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LES ARTS N° 88 PARIS — LONDRES — NEW-YORK Avril 1909 TOCQUÉ. — PORTRAIT DE FEMME (Collection de feu M. Maurice Kann)

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PATER. — ASSEMBLÉE GALANTE Collection de feu M. Maurice KANN A galerie Rodolphe Kann, dont nous avons énuméré ici, il y a six ans (1), les principales richesses — dispersées depuis, après la mort de leur possesseur, dans des conditions de prix fabuleuses (2), — voisinait, avenue d’Iéna, au point de n’en être séparée que par une porte faisant communiquer les deux hôtels jumeaux de M. Rodolphe Kann et de son frère Maurice, avec la collection de ce dernier, non moins riche et non moins belle. De formation plus ancienne, celle-ci jouissait cependant d’une notoriété moins grande, M. Maurice Kann, après son exode du boulevard Haussmann, n’ayant jamais pris le temps, en amateur jaloux d’une mise en valeur absolument parfaite de ses trésors, de les disposer dans les salles qu’il leur avait réservées. Si la mort, à quelques mois d’intervalle, n’avait enlevé, après le cadet, l’aîné des deux frères, quel prestigieux ensemble n’eût pas offert, aux soirs de réception, l’enfilade des salles (1) V. Les Arts, no 13, 14 et 15 (janvier, février et mars 1903). (2) Elle fut achetée en bloc, en 1907, par la maison Duween frères, de Londres, pour la somme de vingt et un millions. des deux galeries! L’admiration des visiteurs fût allée, émerveillée, des douze Rembrandt (1) de l’une aux sept de l’autre, eût hésité entre les Frans Hals et les Cuyp de la première et ceux de la seconde; eût passé du Vermeer, du Metsu et des Terborch de celle-là au groupe imposant de Ruisdael, des Steen et des Brouwer de celle-ci; eût savouré le contraste offert par l’ingénuité des Primitifs avec l’élégance mondaine des maîtres anglais, et, entre ces inestimables joyaux: le Portrait de Giovanni Tornabuoni et l’adorable Fragonard d’une part, le Ridotto de Guardi et le boudoir de Boucher de l’autre, fût demeurée perplexe... Mais ce beau rêve jamais ne se réalisa... Essayons du moins de l’évoquer ici par le texte et par l’image, en faisant succéder à la description de la galerie Rodolphe Kann celle de la collection fraternelle, encore subsistante. Dès les premiers pas dans la galerie, l’émerveillement (1) Depuis la publication de notre article dans les Arts, M. Rodolphe Kann avait acquis encore une belle étude de Rembrandt: une tète d’un vieillard à barbe blanche, datée de 1643.

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L'ARCHITECTURE. — LA CHIMIE BOUCHER. — PANNEAUX DE DÉCORATION D'UN BOUDOIR (Collection de feu M. Maurice Kann) LE CHANT. — LA DANSE

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LES ARTS L'ASTRONOMIE. — L'EAU BOUCHER. — PANNEAU DE DÉCORATION D'UN BOUDOIR (Collection de feu M. Maurice Kann) commence : on se trouve dans le délicieux boudoir dont nous venons de parler, constitué par les décorations exécutées par Boucher, à la demande de la marquise de Pompadour, pour son château de Crécy. Toute la grâce du XVIIIe siècle revit en ces huit panneaux aux colorations amorties où, parmi des guirlandes de fleurs et des arabesques du dessin le plus élégant, des compositions superposées deux à deux, séparées par des médaillons ornés de paysages en camaieu, retracent, en des allégories personnifiées par des enfants, les éléments de la nature et les diverses connaissances humaines : l'Air, l'Eau, le Feu, la Danse, la Musique, l'Astronomie, l'Architecture, la Sculpture, la Vie pastorale, etc. L'ingéniosité de la mise en scène, l'harmonie des colorations délicates, l'heureux effet décoratif, font de ces peintures, que les reproductions ci-jointes nous dispensent de décrire plus longuement, les créations peut-être les plus parfaites qu'ait signées Boucher. D'autres œuvres de sa main sont dans la salle voisine : deux dessus de portes ovales avec des Amours joufflus et rosés parmi des fleurs ; une Diane au repos, étendue sous une tente à l'orée d'un bois, parmi le gibier qu'elle a tué et qu'un chien vient flairer; un petit paysage idyllique, comme Boucher excella à en peindre, où le pont à l'arche moussue dominant un cours d'eau tranquille où pêche un jeune garçon, le colombier où des pigeons se becquent, la vallée ombreuse servant de fond et d'encadrement, composent le motif le plus harmonieux; enfin, une de ces pastorales délicieusement mièvres tant aimées du peintre et de ses sensibles contemporains : sous des colombes qui roucourent et près d'un agneau bélan, un jeune Céladon contant fleurette, tandis que sa bergère est endormie, à une jeune Philis en galants atours, dont la mine s'essaie à paraître ingénue. Pater, à son tour, nous retient dans ce pays du Tendre : une Assemblée galante, dans un parc auquel sert de fond un paysage de rêve noyé dans des colorations voluptueuses, le montre sous l'aspect le plus séduisant de son talent. Watteau ne manque pas à la réunion ; un seul tableau, tout menu, le représente : des enfants qui jouent, costumés gravement en personnages de la Comédie italienne; mais cette petite composition, où les gris verdâtres, les bleus, les roses, les blancs crèmeux s'unissent en des accords harmonieux, délicate-ment posés, est une joie pour l'œil. Après les peintres de la fantaisie, voici maintenant ceux de la réalité. Au premier rang, Chardin. Cet artiste exquis, peut-être le plus vraiment français de tous nos maîtres par ses qualités de saine vision des choses, de mesure, de goût parfait, triomphe ici avec

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LE DESSIN. — LA SCULPTURE BOUCHER. — PANNEAUX DE DÉCORATION D'UN BOUDOIR (Collection de feu M. Maurice Kann) LA COMÉDIE. — LA TRAGÉDIE

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ANTONIO CANALE. — SANTA MARIA DELLA SALUTE, A VENISE (Collection de feu M. Maurice Kamm)

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GUARDI. — UNE MASCARADE DANS LA SALLE DU « RIDOTTO », A VENISE (Collection de feu M. Maurice Kamm)

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LES ARTS CHARDIN. — LE JAMBON (Collection de feu M. Maurice Kann) trois œuvres de premier ordre : deux natures mortes, Le Jambon et Le Petit Déjeuner (des œufs près d'une bouteille et d'une cafetière), et une Petite Fille avec un oiseau mort, qui peuvent rivaliser avec les meilleures toiles de notre Louvre par la justesse et la délicatesse de rendu des valeurs, la saveur de l'exécution. Son prédécesseur Desportes se montre, lui aussi, observateur sincère et peintre excellent, quoique moins subtil et un peu froid, dans un tableau représentant un lièvre mort et des pêches, avec un bel ara blanc aux ailes déployées. Les portraitistes Largillière et Tocqué complètent ce groupe de l'École française, le premier avec deux toiles d'arrangement pompeux et de coloris magnifique : le Fermier général Crozat, en costume d'officier de l'ordre du Saint-Esprit, et le Marquis de Vandenesse, en habit de velours rouge et jabot de dentelles ; — le second avec les effigies de deux époux, d'une facture moins libre, d'une coloration un peu froide, mais délicate : l'homme, en habit gris violacé, un fusil à la main et accompagné d'un chien, est assis dans un paysage ; la femme, vêtue d'un long paletot au ton d'or pâli s'ouvrant sur une jupe grise, tient pressée contre elle sa fillette, une jolie enfant en robe bleue à broderies d'or, et se détache sur les frondaisons d'un parc déjà assombri par la nuit, près d'un grand vase enguirlandé de feuillage. Ces portraits d'apparat voisinent avec d'autres non moins décoratifs, dus aux principaux maîtres de l'École anglaise du XVIIIe siècle. On sait la faveur qui s'attache de nos jours, non moins qu'aux œuvres françaises de la même époque, à ces élégantes productions. M. Maurice Kann fut un des premiers qui en goûtèrent les séduisantes qualités, et sa prédilection pour cette école s'accuse visiblement par l'importance qu'elle occupe dans sa collection. Tous les grands maîtres, sauf Gainsborough, y figurent avec plusieurs œuvres, dont beaucoup sont des chefs-d'œuvre. En premier lieu, voici Reynolds, avec un merveilleux portrait de femme, Miss Taylor : vêtue d'une robe jaune pâle, coiffée d'un grand chapeau Directoire à plumes blanches et rubans blancs et bleus, elle est assise de trois quarts au devant d'une fenêtre par où s'aperçoit un paysage embrasé par les lueurs du couchant. L'heureux effet de l'arrangement, la délicatesse et l'harmonie des couleurs, font de cette toile un des meilleurs morceaux du peintre de la Comtesse Spencer, de Mrs. Robinson, de Nelly O'Brien, et de tant d'autres toiles charmantes. Reynolds est encore représenté ici par un tableau de jeunesse : son propre portrait, où, visiblement sous l'influence de Rembrandt, il s'est peint dans une pose à effet, vu de trois quarts, vêtu d'un manteau rouge à collet noir, et tournant la tête vers le spectateur. C'est ensuite Hoppner, avec une jolie Enfant tenant des fleurs, et un homme en habit rouge et gilet blanc, debout, vu à mi-jambes, dans un paysage, œuvre excellente où la grandeur du style s'unit à la richesse et à l'harmonie du coloris. Romney s'offre à son tour, avec cinq portraits masculins en buste. Et voici Lawrence, léger et brillant dans l'effigie d'une femme en robe décolletée, ornée de bijoux,

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COLLECTION DE FEU M. MAURICE KANN REYNOLDS. — PORTRAIT DE MISS TAYLOR (Collection de feu M. Maurice Kann)

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LES ARTS LAWRENCE. — PORTRAIT DE JEUNE HOMME (Collection de feu M. Maurice Kann)

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COLLECTION DE FEU M. MAURICE KANN RAEBURN. — PORTRAIT DE MRS. HUNTER (Collection de feu M. Maurice Kann)