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LES ARTS N° 87 PARIS — LONDRES — NEW-YORK Mars 1909 GIOVANNI BELLINI. — LE POÊTE GIO. GIORGIO TRISSINO (Ancienne collection des comtes Trissini de Vicenza) (Collection de M. le baron de Schlichting)
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LES ARTS N° 87 PARIS — LONDRES — NEW-YORK Mars 1909 GIOVANNI BELLINI. — LE POÊTE GIO. GIORGIO TRISSINO (Ancienne collection des comtes Trissini de Vicenza) (Collection de M. le baron de Schlichting)
ADRIEN YSENBRANDT. — TRIPTYQUE TROIS PRIMITIFS NÉERLANDAIS de la Collection du comte de Valencia de San Juan Quoique l’on ne rencontre pas dans l’histoire de l’art primitif hollandais des noms aussi célèbres, aussi retentissants que ceux qui ont illustré la Flandre, certains pourtant peuvent être comptés au nombre des plus grands. Parmi ceux-ci, Geertgen tot St Jans est au premier rang. Karel van Mander, notre seule source pour la vie du peintre, est malheureusement fort sobre de renseignements. D’après lui, Geertgen naquit à Leyde, au xve siècle, et mourut à l’âge de vingt-huit ans, à Haarlem, où il avait passé sa vie chez les Chevaliers de Saint-Jean. Van Mander n’est pas mieux informé des œuvres du peintre, dont il ne connaît que deux : la Vue de la Cathédrale de Haarlem et une Mise en Croix, dont une partie se trouve à présent au Hofmuseum de Vienne (Autriche). Il est probable que les iconoclastes ont détruit ou fait disparaître la plupart des tableaux qu’exécuta Geertgen tot St Jans. Les deux que nous donnons ici, deux volets d’un triptyque de la collection de feu le comte de Valencia de San Juan (1), peuvent être rangés dans son œuvre. On retrouve dans ces deux tableaux les têtes oviformes, la couleur rouge foncé, les scènes peu mouvementées qui font penser aux groupes sculptés de ce temps ; l’expression sereine et douce des visages, l’amour prononcé pour le paysage et les quelques figures vues de dos ou tournées à demi, qui rappellent les autres œuvres, comme la Descente de Croix et la Mise au Tombeau, de Vienne. Dans le Christ fait prisonnier, l’habit de saint Pierre est d’un vert foncé, son manteau rouge clair ; Malchus et Judas sont vêtus de brun clair, et le Christ de violet rougeâtre. A la droite du Christ, l’homme vu de dos porte un pantalon d’un rouge vif. Le Christ au jardin des Oliviers porte le même vêtement (1) Madame la comtesse de Valencia de San Juan a permis qu’on exposât au musée des Beaux-Arts, de Madrid, quelques tableaux de sa précieuse collection, entre autres certains primitifs néerlandais et deux très beaux portraits de Pourbus. M. J. O. Kronig, dont nos lecteurs n’ont point oublié les très intéressantes communications, particulièrement celle sur Nicolas Elias (Les Arts, 1907, no 71), veut bien commenter ici ces toiles que Madame la comtesse de Valencia nous autorise gracieusement à reproduire. N. D. L. D.
TROIS PRIMITIFS NÉERLANDAIS FRANÇOIS POURBUS LE JEUNE. — L'ARCHIDUCHESSSE ISABELLE (Collection du comte de Valencia de San Juan)
LES ARTS violet rougeâtre, et, des trois disciples, deux sont en rouge clair et le troisième en blanc. Dans la Mise au Tombeau la Vierge est drapée de vert foncé; la Madeleine, saint Jean et une des saintes femmes sont habillés en rouge carmin. L'autre femme, ainsi que Joseph d'Arimathie, sont en vert clair. La date, comme le lieu de la naissance d'Adriaen Ysenbrandt, sont également inconnus. On sait qu'il fut reçu franc-maitre à Bruges le 29 novembre 1510 et qu'il y mourut en juillet 1551. « Maitre » avant de s'y établir, il ne tarda pas cependant à subir l'influence de Gérard David, le peintre le plus en vue de ce temps à Bruges. Dans le tableau que nous reproduisons, et dont le revers des volets présente une Annonciation en grisaille, on observe l'éclat spécial de son coloris, d'une transparence remarquable; l'extrême délicatesse de son modelé, la grâce LA MISE AU TOMBEAU GEERTGEN TOT ST JANS. — DIPTYQUE (Collection du comte de Valencia de San Juan) LE CHRIST EST ARRÊTÉ AU JARDIN DES OLIVIERS
TROIS PRIMITIFS NÉERLANDAIS FRANÇOIS POURBUS LE JEUNE. — L'ARCHIDUC ALBERT D'AUTRICHE (Collection du comte de Valencia de San Juan)
LES ARTS de ses figures, la forme particulière des nez rappelant les statues grecques, son dessin mince et le peu d'originalité de la composition, empruntée à Gérard David. Tous ces traits se retrouvent dans ses autres tableaux et dans sa Mater Dolorosa de Notre-Dame de Bruges, qui est son chef-d’œuvre. Ici le Saint est vêtu de brun clair, la Madone porte une robe vert foncé avec une jupe rouge-brun; Joseph est en vert avec des manches rouge carmin, et l’évêque a un vêtement lié de vin. Adriaen Ysenbrandt a joui, de son temps, d’une grande réputation. Dans l’obituaire de la confrérie, son nom est précédé de la qualité de « meester », ce qui ne se rencontre que pour un petit nombre d’artistes. Antoine Claeis était un des trois fils de Pierre Claeis, dit le Vieux. Admis, le 18 septembre 1570, à la maîtrise de Bruges, Antoine Claeis devint bientôt le peintre officiel de la ville, où il se fit une grande réputation. Il y mourut le 18 janvier 1613. L’influence de Pierre Pourbus, dont il avait été l’élève, se fait sentir dans ses portraits. Il est surtout à reconnaître à son coloris opaque et dur, ANTOINE CLAEIS. — TRIPTYQUE (Collection du comte de Valencia de San Juan) sans aucune transparence. Les reflets qu’il a voulu donner aux étoffes ne sont pas plus limpides. Dans la représentation de la Vie de saint Jean-Baptiste, de la collection du comte de Valencia, on retrouve ce coloris rouge-noir aux ombres grisâtres, ces mains larges et courtes aux longs doigts, d’un contour brun-noir, et les paupières d’un rose gras de ses autres œuvres. Le lit a des rideaux verts; une des femmes est vêtue de rouge, l’autre de brun. Salomé porte une robe lilas et le bourreau est habillé de rouge. Bruges possède encore un grand nombre de tableaux d’Antoine Claeis. Un des meilleurs est le Banquet, au Musée communal. Les beaux portraits des archiducs Albert et Isabelle d’Au- triche, grandeur naturelle, attribués modestement dans cette collection à un peintre flamand inconnu, sont indubitablement de la main de François Pourbus le jeune, peintre de la cour de LL. AA. SS., né à Anvers en 1569, mort à Paris en 1622. Il s’y appliqua surtout, comme dans ses autres œuvres, à rendre dans la plus grande perfection les costumes dont les dentelles et les colerettes, minutieusement peintes, sont caractéristiques. Dans le tableau de Frans Francken le jeune, représentant un bal à la Cour des Archiducs, tableau maintenant au musée de la Haye (n° 244 du catalogue), on retrouve les mêmes portraits avec ceux de quelques autres personnages. Que l’on compare encore le portrait de Marie de Médicis qui est au musée du Louvre. J. O. KRONIG.
LES ACCROISSEMENTS DES MUSÉES ITALIENS La Collection Barberini au Musée Kircher (Rome) Le gouvernement italien vient d'acquérir les antiquités que les Barberini ont exhumées, de 1855 à 1866, dans leur fief princier de Préneste et qu'ils conservaient, jusqu'à une date récente, dans la Libreria de leur palais de Rome. Elles viendront enrichir les séries palestriniennes du musée Kircher, lequel renfermait déjà la ciste Ficoroni et le merveilleux trésor d'orfèvrerie découvert en 1876 dans la tombe Bernardini. Si l'on ajoute les objets d'art de même provenance que possèdent le Musée du Capitole et la Galerie grégorienne du Vatican, il sera désormais facile de se faire à Rome quelque idée de ce qu'a pu être le passé artistique de la ville latine. La fortune en est singulière et l'histoire s'en divise en deux phases bien distinctes. Les monuments archaïques remontent peut-être au VIIe siècle avant Jésus-Christ et ne descendent pas plus bas que le VIe; les antiquités qui leur succèdent sont d'inspiration grecque, mais appartiennent à une BRAS ET LION D'IVOIRE ARCHAÏQUES, TROUVÉS À PRÉNESTE VIIe-VIe SIÈCLE AV. J.-C. (Collection Barberini)
LES ARTS période avancée de l'art et voisine de sa décadence. Untrou noir, que rien n'a comblé jusqu'ici, sépare les deux ères. Les objets d'art les plus anciens sont de ce style encore mal défini que les archéologues il y a une trentaine d'années, étaient convenus d'appeler phénicien. Sans nous attarder à réfuter cette manière de voir, nous rappellerons simplement qu'on n'a rien découvert jusqu'ici, dans la Phénicie proprement dite, qui permette d'y supposer, à cette date, une industrie de cette nature et de cette importance. Par contre, nous savons que Chypre, dès le deuxième millénaire avant Jésus-Christ, exportait des défenses jusqu'en Égypte : comme l'on a trouvé dans l'île des objets d'ivoire sculptés analogues à ceux de Palestrine, ces derniers sont peut-être de fabrication chypriote. Quant aux bronzes et aux bijoux, si, comme il semble, ils sont venus du dehors, ils ont dû sortir de quelque atelier situé sur la côte d'Asie ou près de ses rivages, dans quelque grande ville de commerce, Milet, Phocée ou Samos, où, comme à Chypre, les traditions mycéniennes se combinaient avec les influences orientales et où les expériences et l'initiative des Ioniens préparaient lentement l'avènement de l'art grec. Si l'on regarde ces agrafes et ces fermoirs décorés au repoussé, ce trépied orné de singulières protomes, ce support tronconique que surmonte un calice et, posé sur cette base, ce cratère d'où sortent, menaçantes, quatre têtes de griffons ; enfin, ces tasses, ce lion et ces étranges bras d'ivoire, ÉTUI D'OR ET FERMOIR A RELIEF, TROUVÉS À PRÉNESTE vii° (?) siècle av. J.-C. (Collection Barberini) COUPES D'IVOIRE ARCHAÏQUES, TROUVÉES À PRÉNESTE vii°-vi° siècle av. J.-C. (Collection Barberini)
LES ACCROISSEMENTS DES MUSÉES ITALIENS GRAND CRATÈRE DE STYLE IONIEN TROUVÉ À PRÉNESTE VIIe-VIE SIÈCLE AV. J.-C. (Collection Barberini)
LES ARTS TRÉPIED ARCHAÏQUE TROUVÉ À PRÉNESTE VIIe-VIIIe siècle av. J.-C. (Collection Barberini) on est frappé de la vie singulière, luxuriante et touffue, qui anime ces figures isolées, ces frises et ces reliefs. Ces groupements d'animaux fantastiques, affrontés ou passants, avec leurs ailes qui se recoquillent et leurs bois qui se tordent pour remplir le champ, ces plantes aux volutes irréelles et chimériques, tous les éléments de cette flore et de cette faune, sont bien empruntés aux bas-reliefs et aux tissus orientaux, aux monuments de l'Égypte, de la Syrie « blanche » et de l'Assyrie, mais ils sont traduits et transformés parla main même quiles copie. Les divinités animales et démoniaques, nées des croyances enfantines et barbares des religions touraniennes et sémitiques, sont, pour l'artiste ionien, de simples figures ornementales et pittoresques qu'il emploie et modifie à son gré. Parmi ces êtres hybrides et composites, il ne garde guère que le sphinx, la sirène, le griffon, le centaure ; encore tend-il à diminuer, dans leurs représentations, la part de l'irréel : en éliminant ainsi les motifs insolites et illogiques, et en ne gardant que ceux-là seuls qui étaient ou vrais ou vraisemblables, il préparera les voies à l'art grec, soucieux par-dessus tout de naturel et de beauté. La technique ne lui est pas moins redevable. Tan-tôt il conserve, comme dans les coupes à pied, les cernés puissants des bas-reliefs assyriens, où les figures sont silhouettées d'un trait double et comme bordées d'un ourlet ; tantôt, comme dans les bras d'ivoire, il s'affranchit de cette convention et modèle les corps en rehaut assez faible, mais sans heurts dans les transitions et en marquant sobrement les détails intérieurs. Tous ces monuments, et c'est
LES ACCROISSEMENTS DES MUSÉES ITALIENS GRANDE CISTE OU COFFRET DE TOILETTE TROUVÉE À PRÉNESTE IVe ou IIIe siècle Av. J.-C. (Collection Barberini)

Ce numéro de la collection « Les Arts » présente une étude sur trois peintres primitifs néerlandais : Geertgen tot St Jans, Adriaen Ysenbrandt et Antoine Claeis, avec des reproductions de leurs œuvres issues de la collection du comte de Valencia de San Juan. Il aborde également les acquisitions des musées italiens, notamment la collection Barberini au musée Kircher de Rome, et discute de l'école napolitaine à travers les œuvres de Lucas Giordano et André Vaccaro.