Excerpt

First pages of the volume, freely accessible.

Page 1

LES ARTS N° 89 PORCELAINES DE SÈVRES. — Collection E. M. Hodgkins Mai 1909 Fond bleu de roi à quatre médaillons ornés de têtes en camaieu et d'entrelacs de rubans à perles, les ors brunis à effet, monté sur un socle en bois doré En ancienne pâte tendre de Sèvres. — Haut. sans le socle : o m38 (Collection E. M. Hodgkins)

Page 2

GARNITURE DE CINQ VASES DUPLESSIS A anses de jones dorés, fleurs et feuillages en relief, déchiré bleu au haut et bas En ancienne pâte tendre de Vincennes (Collection E. M. Hodgkins) PORCELAINES DE SÈVRES COLLECTION E. M. HODGKINS In France, sauf quelques rares collections particulières qui ne sont accessibles qu’à des amis privilégiés, il n’existe aucun ensemble de porcelaines de Sèvres pouvant nous donner une idée des si remarquables productions de notre grande manufacture royale, pendant la seconde moitié du XVIIIe siècle. Ce n’est qu’en Angleterre qu’il est permis au public amateur de cette céramique délicate, de se réjouir les yeux et de se former legout, en visitant les admirables collections de Windsor et de Manchester square (Richard Wallace). Dans nos musées nous ne possédons rien de ce genre pouvant soutenir la comparaison. Il nous est donné cependant aujourd’hui de voir, rue de la Ville-l’Évêque, 18, une belle manifestation de cet art aimable, réunion formée à Londres par Mr. Hodgkins. Nous y trouvons modèles et coloris des belles époques Louis XV et Louis XVI. La plupart de ces pièces que nous nous proposons de décrire ont été recueillies en Angleterre. Cela s’explique facilement. En effet, lorsque, vers la fin du XVIIe siècle, se produisit la secousse formidable dans laquelle devait sombrer l’ancienne société française, dont les principaux représentants avaient été les protecteurs des arts, ornant palais, hôtels et châteaux, et s’entourant de ces meubles riches ou bibelots familiers que nous nous disputons aujourd’hui, à cette époque, dis-je, la confiscation des palais royaux ou des biens des émigrés jeta sur le marché, par les ventes dites nationales, tous ces objets auxquels la plupart de nos compatriotes étaient devenus indifférents. Chez ceux qui en avaient conservé le culte, l’argent était rare et les nouveaux enrichis n’osaient pas afficher le luxe de ceux auxquels ils succédaient. Il advint donc que d’habiles négociants, parmi lesquels on doit surtout retenir le nom de Benoist, pâtissier de la cour d’Angleterre, achetèrent à l’encan et à vil prix tous ces objets d’art sortis des mains de nos plus grands artistes qui, chez nous, avaient cessé de plaire. C’est alors que fut constituée l’impeccable collection de Windsor et celles de nombreux lords qui furent heureux d’orner leurs grandes demeures de nos meubles, tableaux et porcelaines, et cela pour un prix modique. Cet exode explique la pauvreté de nos collections nationales ou particulières d’origine ancienne. En Angleterre, au contraire, le goût de la porcelaine de Sèvres s’était implanté dans les classes riches et il y est resté très vivant jusqu’à nos jours. George IV régent, puis roi d’Angleterre de 1810 à 1830, forma la collection de Buckingham palace, puis sir Richard Wallace celle si extraordinaire qu’il a laissée à son pays et

Page 3

Fond bleu turquin, médaillons à sujets mythologiques en camaieu sépia, par Le Guay, et rinceaux en couleurs. — Monture en bronze ciselé et doré, par Gouthière Ancienne pâte tendre de Sèvres. — Année 1780. — Haut : 0m36 ; diam. : 0m26 (Paie de Grands Vases Médicis) (Collection E. M. Hodgkins)

Page 4

LES ARTS qui n'est pas sans nous donner quelques regrets jaloux lors- que nous visitons l'hôtel de Manchester square. Enfin de nos jours, Lord Rothschild et Mr. J. Pierpont Morgan recherchent aussi avec amour, soit en France, soit en Angle- terre, les plus beaux échantillons de la production de Vin- cennes et de Sèvres. Mais, dans la recherche de la curiosité, il y a souvent de ces retours et avatars qui ne doivent plus nous étonner. C'est ainsi que les objets de la collection Hodgkins ont repassé le détroit. Demeureront-ils dans leur pays d'origine? En tout cas, jouissons de la visite qu'ils sont venus faire dans leur patrie. Mr. Hodgkins leur a consacré une galerie spéciale dans laquelle neuf vitrines sont garnies de ces beaux spécimens de nos porcelaines de Vincennes et de Sèvres. Nous allons les visiter en suivant l'ordre dans lequel ils sont placés, sans tenir compte de leur ordre chronologique. Vitrine A. — Signalons d'abord deux grands vases Médi- cis, fond bleu turquin, décorés en plein deguirlandes, cornes d'abondance, fleurs et épis de blé en polychrome, sur la partie évasée et sur le pied (page 3). Sur chaque face un médaillon ovale orné d'un sujet mythologique en ca- maieu d'un ton légèrement sépia, entouré d'un large filet d'or bruni à effet. A la base du vase lui-même et au sommet du culot deux cerces réservées, la première décorée d'une grecque en or, la seconde de rinceaux de feuillages carmin et vert, au milieu desquels des oiseaux sont perchés. Ce décor est un peu dans le goût de Huet. Une légère monture de pampres en bronze doré, très finement traitée, accompagne ces deux très belles pièces, auxquelles on ne peut reprocher que d'être un peu basses d'époque (1789), mais nous ne sommes pas exclusifs et, si nous pensons que la porcelaine de France était plus artistique à Vin- cennes et dans les dix premières années de Sèvres, cela ne nous empêche pas de voir le beau où nous le trouvons. La base en bronze reçoit le pied du vase sur une partie ronde de rais de cœur très poussée comme ciselure. La marque en or aux deux L pour la date et une torche, sigle de Le Guay (Pierre- André), anciennement peintre de figures, qui passa à la dorure après 1780. Il n'y a pas d'autre marque de décorateur, mais il semble probable que le décor comme la dorure est de Le Guay. (Hauteur $o^m36$, diamètre $o^m26$.) Une grande coupe imitant le marbre gris dite dans les collections des mo- dèles de Sèvres: Vase Choiseul. Cette pièce est de forme antique à gros godrons en relief, et se termine par une large gorge. La monture en bronze doré est DEUX VASES COUVERTS Fond bleu de roi, réserves ovales, décorées de chiffres or, avec des guirlandes de fleurs Monture en bronze cisele doré, d'époque Louis XVI. En ancienne pâte tendre de Sèvres (Collection E. M. Hodgkins)

Page 5

DEUX GRANDS VASES --- Fond bleu de roi, décors d'ors avec quelques blanches réserve. — En ancienne pâte tendre de Sèvres. — Haut : 0m45 --- UN GRAND VASE (E.U.F.) --- Fond bleu de roi avec deux réserves décorées d'oiseaux exotiques dans un paysage. — En ancienne pâte tendre de Sèvres. — Haut : 0m45 --- (Collection E. M. Hodgkins) ---

Page 6

LES ARTS formée de jonces liés par un ruban et court sur les bords. Les extrémités sont relevées par deux serpents enroulés. La marque nous donne la date de 1763 et le décorateur a signé d’un G. Nous nous demandons si ce n’est pas Genest, chef de l’atelier de peinture à cette époque. Au Victoria and Albert Museum, dans la collection Jones, on peut voir une garniture de trois pièces analogues et de monture semblable. Un vase marbre gris et deux marbre bleu lapis. Deux grands vases couverts bleu foncé, quelques blancs réservés, les parties bleues sont recouvertes de décors d’ors, soit rinceaux de feuillages, soit silhouettes d’Amours, l’or se détachant sur le fond (page 5). Les sujets de ces silhouettes semblent représenter des cortèges mythologiques. Aucune marque ne nous indique l’époque à laquelle ils sont sortis des ateliers de Sèvres, mais il semble, vu le décor, que ce soit dans les dix dernières années du xviiie siècle. Ces pièces proviennent de la collection de la Marchioness Conyngham. (Hauteur oᵐ⁵⁰, largeur oᵐ¹⁵.) Un vase œuf avec cordons en relief formant anses. Le fond bleu foncé est orné de guirlandes et d’un large filet d’or entourant deux réserves décorées d’oiseaux exotiques dans un paysage (page 5). Le culot est indiqué par des godrons droits en or s’arrêtant au pied. Tous les ors sont brunis à effets. Sans marque. Époque Louis XVI. (Hauteur oᵐ⁴⁵, largeur oᵐ²⁰.) Deux vases couverts, fond gros bleu, forme urne. En dessous du collet, une cerce de rinceaux en relief et dorés, est reliée en haut, de chaque côté par une feuille d’acanthe s’écrasant sur le vase, la tige de la feuille formant anse par un gracieux mouvement d’enroulement. Le culot formé de feuilles de laurier réservées et dorées part, au-dessus d’une couronne de perles blanches, d’un pied léger cannelé blanc et bleu. La base est carrée. Sans marque. Époque fin Louis XVI. (Hauteur oᵐ³⁸, largeur oᵐ¹⁸.) Deux petits vases couverts, cônes tronqués renversés, désignés à Sèvres : Vases gobelets à monter (page 4). Sur chaque face une réserve ovale se détachant sur le fond bleu nouveau est décorée de chiffres or, guirlandes de roses et bleuets ; d’un côté F. P. J. et de l’autre F. B. Les deux chiffres sont couronnés de fleurs. La monture en bronze doré isole le vase du couvercle par un ajouré. Époque Louis XVI. (Hauteur oᵐ²⁷, diamètre oᵐ¹².) Garniture de trois vases couverts, cônes tronqués renversés. Vases gobelets à monter. Le fond bleu céleste est semé de réserves rondes contenant chacune une rose et entourées de feuillages d’or (page 7). A la pièce centrale, le couvercle surmonté d’une pomme de pin en bronze doré est isolé du vase par un ajouré en bronze formé de palmettes. Deux mascarons, têtes de dauphins, sont surmontés d’une corne se divisant en deux parties qui se terminent en vrilles. La monture des petits vases de côté, très riche au pied, est plus simple dans l’ajouré du haut formé d’anneaux enlacés. Les anses sont des rinceaux ornés de feuilles de myrte. Époque Louis XVI. (Hauteur totale le grand oᵐ³⁵, les petits oᵐ²⁵.) Passons maintenant à la vitrine B qui va nous donner des impressions plus variées. Signalons d’abord une pendule en bronze doré d’or moulu, comme l’on disait à l’époque. Le sujet se compose d’une femme accoudée sur un fût de colonne cannelé en porcelaine de Sèvres, gros bleu et blanc, soutenant de la main gauche un médaillon en biscuit, bas-relief blanc sur fond bleu représentant une danseuse antique. Cette pendule forme une charmante garniture avec les deux vases que nous décrivons ci-dessous. Le même modèle de pendule se trouve dans les collections de Versailles. Ces colonnes à pendule étaient vendues à la manufacture en 1779, 96 livres. Deux grands vases dits vases ferrés à bandeaux et à chaînes (page 8), fond bleu nouveau de forme ovoïde mais terminés en haut par une cerce recouverte d’une armature imitant le métal doré et encadrant sur les faces des sujets d’enfants en camaieu gris. Cette sorte de gouache était appelée autrefois blanc fixe. Sur les côtés des mascarons, têtes de lions blanc et or, les pattes retombant sur l’armature. Sur la partie ovoïde, le bleu alterne avec des cannelures blanches garnies d’asperges dorées. Le couvercle est formé de feuilles d’acanthe blanches dorées attachées sous un bouton bleu et venant retomber sur le fond bleu qui lui-même repose sur un boudin de feuilles de laurier en or. La marque ne porte ni lettre ni sigle de décorateur, mais nous pensons qu’on peut classer ces pièces vers 1775. Entre ces deux vases et la pendule, nous voyons deux petits vases Médicis montés sur deux socles carrés, fond bleu nouveau. Le culot et le pied de chaque vase sont décorés d’ors brunis à effets, et le corps des vases, réservé, a reçu des couronnes de roses et de bleuets entrelacées et alternées, un oiseau volant au centre de chaque couronne. Le piédestal carré qui supporte le vase est de même époque et chaque face est décorée de deux oiseaux voletant ou perchés sur des arbres. Ces deux charmantes petites pièces ont été montées en bronze doré, ce qui ne permet pas de voir une marque donnant la date. Mais, vu la nature du bleu et du décor et d’après des pièces connues de nous, soit à la collection Wallace,

Page 7

GARNITURE DE TROIS VASES COUVERTS Fond bleu céleste semé de réserves contenant une rose à entourage de feuilles d'or. — Monture en bronze ciselé et doré, par GOUTHIERE En ancienne pâte tendre de Sevres. — Haut : 0"35 ; larg. : 0"25 (Collection E. M. Hodgkins)

Page 8

LES ARTS soit dans la collection P. Morgan, nous les classerons vers 1767. En bas de la vitrine, un plateau fond vert en forme de losange mouvementé et arrondi aux angles, bordé d'un gros cordon d'or venant se nouer aux deux extrémités. Le bord du marli est décoré d'une résille d'or et de pendentifs et rinceaux (page 9). Le centre est formé d'un médaillon épousant la forme du plateau dans lequel le maître Dodin a peint un paysage animé d'une charmante composition mythologique : Vénus et Mercure qui donne une leçon à l'Amour. Son caducée est près de lui et près de Vénus deux colombes se becquetant près du carquois de l'Amour. (Année 1777. — Dodin, décorateur; Noël, doreur.) Deux vases à oreilles, troisième grandeur, décorés en plein sur fond vert caillouté d'or. Le fond vert, d'un émail marbré, est d'une grande transparence (page 10). Cette forme connue ne demande pas de description. Nous la dénommons généralement aujourd'hui vase tulipe. Une simple nervure dorée descend du col sur la panse, mais aucune réserve n'a été ménagée. La date est de 1768. Pour en terminer avec cette vitrine, voici deux pièces très intéressantes, vu leur rareté et aussi leur qualité. Deux flambeaux de grande dimension, fond bleu lapis. Le pied est découpé de neuf festons, et trois nervures formées de rinceaux blancs et or viennent s'écraser sur le pied descendant de la poignée ou renflement, duquel part le porte-lumière (page 12). Entre ces nervures et remplissant les vides sont des imbrications en relief auxquelles s'attachent des vases fleuris en or. Trois réserves épousent la forme du renflement central Fond bleu nouveau, avec sujets d'enfants, en camaien gris, Cannelures blanches et asperges dorées. Couvercles feuilles d'acanthe blanc et or En ancienne pâte tendre de Seyres. — Haut.: 0=405 (Collection E. M. Hodgkins)

Page 9

PLATEAU Fond vert bordé d'un gros cordon et d'une reselle d'or. — Au centre médailon : Vénus et Mercure donnant une leçon à l'Amour En ancienne pâte tendre de Sèvres. — Année 1777. — Doin, décorateur; Noël, doeur (Collection E. M. Hodgkins)

Page 10

LES ARTS et sont décorées de trophées polychromes. La marque porte la lettre F, 1758, et S nous indique que le décor est dû à Mérault ainé. Dans la vitrine suivante, nous ne trouvons que cinq pièces, mais toutes de grand style et d'une belle décoration formant une garniture très complète. Deux vases couverts, dits Vases ovales Mercure, fond PAIRE DE VASES DITS À OREILLES Fond vert marbré avec cailloute d'or et une nervure d'or allant du col à la panse En ancienne pâte tendre de Sèvres. — Année 1768. — Haut.: o=28 (Collection E. M. Hodgkins) gros bleu, cerclés d'un jonc blanc autour duquel court un léger ruban rattachant des brindilles dorées. Le jonc se noue aux deux extrémités pour former les anses. Le dessous est relevé de godrons droits en relief, blanc et or, et à la partie supérieure, recevant le couvercle, règne une bande dorée formée d'oves coupées (page 15). Le couvercle, ajouré pour partie, est orné de deux médailles en biscuit représentant des têtes mythologiques, dont l'une est celle de Mercure. De grosses guirlandes dorées re- tombent gracieusement du bouton sur une partie pleine, bleue. La monture empêche de constater si une marque donne la date. Mais le style semble nous indiquer le commencement de l'époque Louis XVI. Belle composition et bonne exécution. (Ces pièces proviennent de la collection de Lord Willoughby d'Eresby. — Hauteur oᵐ33, largeur oᵐ23, longueur oᵐ33.) Deux vases à jets d'eau. Le culot est formé de feuilles

Page 11

GARNITURE DE TROIS VASES Fond bleu de roi, avec réserves décorées de sujets de marine par Morin et de sujets à fleurs, ornements et festons en or, brunis à effet En ancienne pâte tendre de Sèvres. — Année 1779. — Morin, décorateur; Vincent, doreur. — Haut : 0m4H; Larg. : 0m34 (Collection E. M. Hodgkins)