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PARC DE VOISINS (SEINE-ET-OISE). — CRÉÉ PAR LE COMTE DE FELS.
LE PARTERRE DE L'ORIENT.
EXPÉDITIONS ARTISTIQUES
On a beaucoup parlé, depuis quelque temps, de notre action artistique à l'étranger. D'abord, on a réuni une immense Commission ; puis cette Commission s'est divisée en deux grandes Sous-Commissions, qui elles-mêmes, sans aucun doute, se ramifieront en un bon nombre de commissionnettes.
Tout cela est parfait. Nous n'avons aucune raison, au contraire, de critiquer l'initiative qui a fait surgir de tous les coins de notre monde artistique ce nouveau groupe d'action ; nous nous gardons également de douter qu'il agira.
Toutefois, avant de travailler, ce qu'il importe le plus, c'est de se rendre compte de ce qu'on veut faire, et surtout de ce qu'il y a véritablement à faire.
Il ne suffit donc pas de dire : nous allons organiser des expositions à l'étranger, faire mieux connaître notre art (à des nations qui le connaissent déjà fort bien), faciliter à nos artistes la vente de leurs œuvres dans le Far-West, la République Argentine, le Japon et la Chine, territoires à conquérir à notre influence artistique, à défaut de l'Allemagne, à laquelle nous ne voudrons plus vendre, et de la Russie qui ne sera plus guère en état, d'ici longtemps, de nous acheter des œuvres d'art.
Ce dont il faut se pénétrer, c'est qu'en même temps — je ne dis pas avant, car il sera nécessaire d'aller vite, et de faire des improvisations qui aient le caractère et la valeur du définitif — en même temps donc qu'on répandra l'art français au dehors, il y aura à le réorganiser complètement à l'intérieur.
C'est là la question ou l'ensemble des questions graves qu'il est moins commode de résoudre que de poser.
Nous nous trouvons en présence d'un terme connu, indubitable, il faut le déclarer tout d'abord afin de ne point passer pour pessimistes, opinion qui empêche de
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vaincre. Ce terme, c'est l'inépuisable vitalité du génie français, capable à la fois de créer et de s'assimiler, d'innover et de parfaire. Cela, c'est le fonds, c'est la terre natale, que l'on ne laboure et ne cultive jamais en vain.
Mais il y a aussi un terme inconnu, et dont on ne saurait trop se préoccuper, afin de n'être pas non plus trop optimistes, opinion qui empêche de faire face à toutes les difficultés.
Des difficultés, certes, on en rencontrera. Le monde n'aura pas été secoué impunément pendant au moins quatre années, par une tempête qui ne pouvait à aucun point de vue amener d'autres résultats que de funestes pour l'art.
J'entends bien que dès que la Paix reparaitra, son magique rameau à la main, un immense besoin de créer succèdera aux immenses fatalités de destruction. Mais c'est justement pour cela que nous nous trouverons en présence d'un monde nouveau, mystérieux, plein de surprises auquel nous aurons à nous adapter, et pour quoi nous ne saurions trop tôt nous préparer.
Il est certain que les formules d'hier ne suffiront plus pour que la France puisse comme on le souhaite, comme on le veut, imposer les productions de son goût et de sa verve. Les dernières expositions l'ont prouvé. Nous sommes aussi repus du trop traditionnel que de l'informe et de l'extravagant à froid. Les grands impressionnistes, maintenant qu'ils représentent une valeur terrifiante, ne nous intéressent plus. Ils ne peuvent qu'engendrer des initiatives au troisième degré, et ces « valeurs » ne sauraient donner naissance qu'à des non-valeurs.
Il faut donc, avant tout, se préoccuper de la question de l'enseignement artistique, à la fois technique et esthétique, qui sera la condition et le gage de l'avenir tout entier.
Mais où trouvera-t-on cet enseignement efficace ? Chez les maîtres aujourd'hui sur la fin de leur carrière ? Ils ne peuvent pas enseigner autre chose et plus qu'ils n'ont fait avant la guerre. Chez les artistes plus jeunes, de qui les œuvres valaient plus par les belles intentions que par le profond savoir ?
Rien que de poser ces questions prouve qu'il faudra se forger de nouvelles et sûres armes presque au moment même de s'en servir.
Non seulement l'enseignement du dessin proprement dit, mais celui de toutes les techniques doivent être dès maintenant l'objet de toutes les attentions et de tous les efforts. Car ce ne seront pas les choses à dire qui manqueront ; les événements, les idées nouvelles, les besoins nouveaux ne seront que trop abondamment inspirateurs de l'art de demain. Ce qui fera le plus défaut, c'est la manière juste et forte de dire tout cela.
Il serait donc nécessaire (chose qu'on n'a pas, je crois, envisagée dès la première réunion de la vaste Commission) de s'occuper dès à présent de la réorganisation complète de l'École des Beaux-Arts, de l'École des Arts décoratifs, de toutes les écoles de Beaux-Arts des départements.
Cela peut très bien se combiner avec l'esprit d'improvisation qui devra jouer un si grand et si utile rôle dans notre « activité artistique à l'étranger ». Les deux éléments se prêteront une mutuelle puissance. Mais, encore une fois, ne partons pas pour ces expéditions sans nous être assurés d'avoir de quoi les réussir.
Nous emprunterons volontiers un exemple à ce que nous montre l'art des modes parisiennes. Cet art, qui est un des plus expressifs et des plus complets, improvise perpétuellement ; mais il ne réussit que parce que nous comptons d'excellentes ouvrières, et que celles-ci ont été tout d'abord soumises à un sérieux apprentissage. Nos artistes ne se croiront pas humiliés de la comparaison, j'espère. Elle n'a trait qu'à la méthode, à l'esprit général. C'est à eux de donner à leurs ouvrages la valeur, la durée et la portée qui les classent, par rapport aux futiles et adorables créations des modistes de Paris.
Une autre et très grave question, que nous ne pouvons qu'indiquer brièvement, devrait être également inscrite au premier rang des travaux de la Commission si l'on veut que ces travaux amènent un résultat vraiment important.
C'est celui de l'organisation commerciale de nos expositions au dehors. Jamais elles n'ont « rendu » ce qu'elles devaient, par suite de la nullité parfaite de nos agents et de nos représentants à l'étranger, — à ce point de vue tout au moins. Les autres pays, avec des expositions infiniment moins importantes, ou moins attrayantes, râflaient toutes les ventes, — mais nous avions l'honneur !
Vincere scis, sed victoria uti nescis, peut se traduire librement : tu sais exposer, mais tu ne sais pas vendre ce que tu exposes.
Tout cela signalé, il n'y a aucunement à désespérer de l'avenir de notre action artistique au dehors. Mais que l'on se souvienne que sans un bon enseignement chez nous, et sans une bonne organisation pratique chez les autres, nous ne réaliserons que très incomplètement ce que le programme récent nous a conviés à ambitionner.
Ce petit supplément de travail pourrait-il effrayer ceux qui ont vu la guerre ?
ARSÈNE ALEXANDRE.
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LES PORTRAITS PEINTS PAR MANET ET REFUSÉS PAR LEURS MODÈLES
Il y a eu de tout temps des hommes qui ont su peindre le portrait, de manière à plaire d'abord aux gens riches qui voulaient faire reproduire leurs traits, puis après, à leurs parents, amis et connaissances et enfin à la foule, aux expositions.
L'exécution des portraits de cette sorte est généralement convenable. Les hommes à qui elle est due ont une science suffisante et une mise en œuvre appropriée. Ils savent donner une physionomie engageante à leurs modèles, en les peignant dans la formule qui a cours et selon les règles du dessin acceptées. Ils se gardent d'accentuer les traits, lorsqu'ils sont d'un caractère tranché et offrent des particularités, qui pourraient être considérées comme de la laideur. Cependant, aux traits peints de cette manière, ils s'appliquent à laisser une part d'individualité, pour qu'on puisse dire de leurs portraits qu'ils sont ressemblants.
Les hommes adonnés à cette sorte de production parviennent encore à s'assurer la faveur, par le choix de poses traditionnelles, par l'addition aux personnages d'accèsories à leur usage et surtout, lorsqu'il s'agit de femmes, par le choix, pour les vêtir, de costumes à la mode. Nombreux sont ceux qui ont trouvé, qui trouvent et trouveront, dans la peinture de portrait, pratiquée telle que nous venons de le dire, le succès et la fortune.
Il y a une autre sorte d'hommes, peignant le portrait d'une manière différente. Ceux-là, ce sont les originaux, les artistes de tempérament, qui ont une manière propre de voir les choses, dont ils ne sauraient se départir, qui ont également un faire des procédés personnels, qu'ils appliquent à l'exécution de leurs œuvres, sans dévier, comme étant seulement ceux qui leur permettent de fixer leur vision dans toute sa puissance. Or, Manet étant un de ceux-là, voyons l'accueil qui a été fait à ses portraits.
Il a longtemps soulevé une réprobation générale. Les gens riches, qui recherchent des portraits à leur goût, ne pouvaient donc penser à aller le trouver, pour qu'il reproduisit leurs traits moyennant finance. Il a cependant peint un assez grand nombre de portraits, mais alors d'une manière désintéressée, sans qu'ils lui fussent payés. C'étaient ceux d'amis ou de connaissances. Dans ces conditions, il donnait cours, en les exécutant, à son originalité et les revêtait du caractère exceptionnel, propre à toutes ses œuvres.
Un de ses premiers portraits, en 1860, fut celui d'une jeune dame, amie de sa famille. Il l'avait peinte debout, de
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grandeur naturelle. Elle n'était pas jolie, paraît-il. Il avait dû, se laissant aller à sa pente, accentuer les particularités de son visage. Toujours est-il que, lorsqu'elle se vit sur la toile, telle qu'elle y figurait, elle se mit à pleurer — c'est Manet lui-même qui me l'a dit — et qu'elle sortit de l'atelier, avec son mari, sans vouloir jamais revoir le portrait.
En 1866, Manet présenta au Salon le portrait de l'acteur Rouvière, dans le rôle de Hamlet. Le jury le refusa.
En 1876, il envoya au Salon, sous le titre de l'Artiste, le portrait de Desboutin. Le jury le refusa.
En 1881, Manet fit recevoir au Salon le portrait d'Henri Rochefort; une tête et un buste de sa meilleure manière. Le portrait se trouve maintenant au musée de Hambourg. Manet, attiré par sa physionomie pittoresque, avait demandé à Rochefort de se laisser peindre. Il n'avait nullement songé à tirer profit du portrait à exécuter. Terminé, il l'offrit à l'original et il eût été heureux de le lui voir prendre. Mais Rochefort, qui n'a jamais aimé que la peinture sèche et léchée, le trouvait déplaisant. Il n'en voulut pas et le refusa. L'avenir lui donna tort.
Albert Wolff était alors un chroniqueur et critique célèbre au Figaro. Il passait son temps, comme tant d'autres, à recommander à l'admiration publique de ces médiocres qui n'ont rien laissé et dont le nom est oublié. Et alors que, par fortune, il rencontrait en Manet et les Impressionnistes de ces hommes rares, qui créent et qui inventent, il n'avait pour eux que du mépris. Ayant cependant fait la connaissance de Manet, il était allé le voir à son atelier. Manet lui avait proposé de peindre son portrait. Il avait accepté. Manet l'avait alors fait asseoir dans un fauteuil recourbé, à balançoire. La pose offrait des difficultés à prévoir, entraînant à des longueurs d'exécution, qui eussent porté d'autres à l'écart er. Mais Manet n'éprouvait jamais de tels soucis.
Après avoir conçu un arrangement, quel qu'il fût, il se mettait à l'œuvre.
Il avait donc commencé à peindre Wolff et, selon sa manière hardie de procéder, il avait jeté, par places, sur la toile, les plaques et les taches de couleur, pour revenir de nouveau sur chaque partie et, par additions successives, mener l'ensemble au point d'achèvement qu'il jugerait convenable. Cependant, il s'était tout d'abord appliqué au point important, à la tête, et, dès l'état d'esquisse, l'avait marquée d'un caractère saillant.
Or, Wolff était d'une affreuse laideur et naturellement Manet, dans son portrait, la lui avait tout de suite mise en plein, mais en lui donnant du style. Wolff eût dû admirer l'œuvre qui faisait de sa laideur, connue de tous, quelque chose d'artistique, d'un ordre supérieur. Il ne pouvait comprendre que le genre de peinture s'appliquant à atténuer les formes insolites et à modifier les traits, tenus pour laids. Aussi alla-t-il par la ville, disant que, comme il l'avait toujours pensé, Manet n'était qu'un artiste incomplet, qui tâtonnait, qu'après plusieurs séances, son portrait restait à l'état d'ébauche, attaqué en vain de divers côtés, etc., etc. C'était en réalité la laideur naturelle de sa tête qui ne lui plaisait pas.
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PORTRAIT DE FAURE DANS « HAMLET ».
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PORTRAIT DE ROUVIÈRE DANS « HAMLET ».
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Manet, auquel ces propos furent rapportés, en fut très mécontent. Le portrait ne fut point continué. Il est en effet resté inachevé. Mais tel quel il révèle le maître. Seul un homme, connaissant toutes les ressources de son art, a pu mettre du premier coup sur la toile une tête aussi vivante et aussi superbe d'expression.
Retrouvé après la mort de Manet dans l'atelier,
le portrait fut remis par la famille à Wolff. Il a fait partie de la vente de Wolff après décès. Mais Wolff avait dû le remiser chez lui, dans quelque coin, sans qu'on vint à le connaitre, car l'expert, chargé de l'inventorier, ne l'a pas tenu pour une œuvre de Manet. Ne sachant qu'en penser, il l'a inscrit dans le catalogue de la vente, sous la rubrique: Genre de Manet.
Faure, le chanteur le plus en vue de l'Opéra, baryton favori du public, collectionnait des tableaux. Il avait été amené par M. Durand-Ruel à entrer en rapports avec Manet, à acheter de ses œuvres et il le fréquentait dans son atelier.
Il lui demanda, en 1877, son portrait. Il posa en Hamlet, qui était alors le rôle qu'il tenait avec succès, dans l'opéra de ce nom d'Ambroise Thomas. Il est montré debout, se précipitant en avant, l'épée à la main. On ne saurait imaginer un portrait plus ressemblant, si l'on conçoit la ressemblance comme devant être la synthèse des traits d'un modèle. Mais ce qui se dégage de l'œuvre, c'est l'image d'un virtuose, chantant de la musique sans grand caractère et présentant, en définitive, la tête grimée d'un homme, qui se produit sur la scène de l'Opéra. Manet avait saisi ainsi, avec son coup d'œil supérieur, la réelle apparence du modèle.
Cette sorte de ressemblance ne plut point à Faure. Aussi, alors qu'il avait demandé son portrait à Manet pour l'ajouter à celles de ses œuvres qu'il possédait déjà, qu'en sa qualité d'homme riche il avait entendu le lui payer, lorsqu'il fut exécuté et mis au Salon de 1877, s'en déclara-t-il mécontent et refusa-t-il de le prendre.
Faure désirait malgré tout avoir son portrait par Manet. Il lui demanda donc un portrait, en costume de ville, tête et buste à la place de celui où il était montré en Hamlet. Faure posa alors assis et Manet commença. Mais, dans ce nouveau portrait, il remettait plus ou moins l'expression qu'il avait mise dans l'autre. Il ne pouvait s'en dispenser, c'était ce qu'il voyait.
Après un certain temps, Faure se levait et, passant derrière Manet, venait examiner son travail. «Mais, mon ami, disait-il, quelle tête vous me faites ! Vous devriez modifier ce trait du visage, changer ce contour, etc., etc. » Manet avait besoin d'argent. C'était une aubaine que ce portrait, qui devait lui être exceptionnellement payé. Aussi faisait-il tous ses efforts pour arriver à plaire.
Faure allait se rasseoir. Manet se remettait à l'œuvre. C'était toujours la même expression. Le portrait fut recommencé inutilement sur plusieurs toiles. Manet à la fin dut l'abandonner, exaspéré des observations de son modèle.
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Vers le temps où Manet s'efforçait sur le portrait de Faure, il commençait celui de M. Clemenceau, alors député du XVIIIe arrondissement de Paris. Le portrait fut entrepris sur deux toiles. Sur l'une, il est resté à l'état de simple esquisse, sur l'autre il a été plus poussé. Ne séduisant point le modèle, il ne fut pas terminé.
Manet accentuait le caractère des physionomies. L'art est une simplification. En véritable artiste, il négligeait les détails. Il faisait une synthèse des traits d'un visage, il en donnait la véritable expression. Or les hommes, en général, se croient beaux ou imposants, ils ne savent se voir tels qu'ils sont. Leur image venant à leur être montrée sans artifice leur déplaît naturellement.
Manet, en peignant ses portraits, n'accentuait pas seulement ces traits qui, par leur singularité ou leur laideur, le conduisaient à un résultat jugé désagréable, il accentuait de même toute expression et alors, quand l'expression se trouvait par hasard de nature à pouvoir plaire au modèle et au public, il arrivait exceptionnellement au succès. C'était le cas avec le portrait du graveur Belot, le Bon Bock, au Salon de 1873. Belot, de mine réjouie, se produisant d'une manière engageante, séduisait.
Le Bon Bock avait recueilli une louange qu'on peut dire universelle et procuré à son auteur un succès éclatant, appelé à rester unique. Manet devait cependant connaître une certaine faveur, avec quelques autres de ses portraits. Tel, au Salon de 1880, celui d'Antonin Proust. Proust était un homme du monde, de mise élégante, de port désinvolte. Ces points ressortaient sur la toile pour l'agrément du public.
Encore mieux reçu était, au Salon de 1882, le portrait d'une jeune fille, de Jeanne, jolie, mais sans expression particulière. Le portrait rentrait donc, en quelque sorte, dans le genre de ces œuvres courantes, qui plaisent à tous. Aussi était-il, après le Bon Bock, de tous les portraits de Manet, celui qui devrait être le plus favorablement accueilli du public.
Il ne faudrait pas considérer l'insuccès que Manet, en sa qualité d'artiste original, a d'abord éprouvé à l'occasion de ses portraits comme une malchance, qui lui serait restée propre. Les autres originaux, ses contemporains, Courbet et Rodin, n'ont guère eu, pendant longtemps, meilleure fortune. Si l'on venait à raconter les circonstances dans lesquelles ils ont exécuté leurs portraits et l'accueil qui leur a d'abord été fait, on verrait que le traitement qu'ils ont reçu de leurs modèles et du [public] n'a pas été fort différent de celui qui a été réservé à Manet.
THÉODORE DURET
PORTRAIT D'ANTONIN PROUST.
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LE PREMIER LIVRE FRANÇAIS SUR LES ÉTATS-UNIS
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La guerre d'Amérique a inspiré un petit chef-d’œuvre de la gravure française au XVIIIe siècle, et l’un des moins connus. C’est un recueil de planches gravées publié à Paris, l’année même du Traité de Versailles, en 1783, et devenu à peu près introuvable (1). Le titre, au frontispice, est : Recueil d’estampes représentant les différents événements de la Guerre qui a procuré l’Indépendance aux États-Unis de l’Amérique. Il comprend seize gravures à l’eau-forte et au burin, d’un travail exquis.
Ce recueil est dû à deux collaborateurs, FRANÇOIS GODEFROY, « de l’Académie de Vienne », et NICOLAS PONCE, « graveur de Mgr le comte d’Artois », interprète fameux de scènes galantes et vignettiste de talent. Lorsque ces artistes entreprirent leur publication, ils répondaient assurément à une curiosité générale. Les événements avaient passionné les esprits et la popularité la plus enthousiaste entourait les héros du Nouveau-Monde, ainsi que la cause de la Liberté qui triomphait avec eux. Il était relativement facile de se documenter, grâce aux croquis et aux souvenirs des Français qui revenaient d’Amérique. Les compositions des dessinateurs attestent des recherches consciencieuses pour les paysages, les armes, les uniformes.
(1) La maison Goupil va en publier une reproduction gravée en fac-similé, à laquelle cette étude servira de Préface.
Le texte gravé qui les accompagne constitue, quand on le lit d’ensemble, un récit succinct, mais fort précis, des principaux faits de la Révolution américaine et de la campagne des alliés. Il a été fourni certainement par une plume autorisée, et le résumé du traité de Versailles qui le termine se trouve précédé de deux planches géographiques d’un réel intérêt, qui montrent les points importants visés par le traité (Tabago et le Sénégal cédés à la France, les Florides et Minorque à l’Espagne) et le territoire des nouveaux États d’Amérique, tels qu’ils sortent de la paix libératrice. Tout est donc conçu pour l’agrément, mais aussi pour l’enseignement du public.
Les plus vifs hommages sont rendus au courage des « insurgents » et à la justice de leur cause. Leurs premiers succès sont rappelés par le combat de Lexington et la reddition du général Burgoyne à Gates, commandant les milices américaines à Saratoga. Mais, comme il s’agit avant tout de mettre en lumière les épisodes où ont brillé les chefs de l’armée de Louis XVI, on n’est pas surpris de voir une planche ingénieusement réservée à chacun d’eux.
Voici le duc de Lauzun recevant la capitulation du gouverneur du Sénégal ; le comte d’Estaing, à la Grenade, posant ses conditions au parlementaire du Fort-Royal; Bouillé envoyant Dillon exiger la reddition de l’ennemi campé dans une gorge de Tabago; Rochambeau à York-Town, faisant présenter à Washington l’épée que lui
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offrait le général anglais, avec La Fayette à gauche derrière lui; Bouillé encore, dirigeant l’attaque de la forte position de Brimstone-Hill. On a tenu à réserver une place aux commandants des troupes espagnoles : don Bernardo Galvez chevauche devant Pensacola, à l’instant de l’explosion de la demi-lune, et le duc de Crillon, au siège du fort Saint-Philippe, assiste à l’incendie des magasins. Quelques anecdotes populaires ne devaient pas être oubliées ; il fallait rappeler, par une planche
De nombreuses compositions accessoires remplissent la première et la dernière planches. Elles se rapportent à des événements qui, pour n’avoir pas prêté au même pittoresque que les précédents, ne pouvaient cependant pas être omis, et auxquels se rattachaient des noms placés alors sur toutes les levres. Ce sont les victoires de Trenton et de Monmouth remportées par le général Washington, et surtout les exploits des chefs des armées navales : d’Estaing, Du Chaffault, La Motte-Piquet,
PRIS DE TABAGO
amusante, la punition infligée au « maltôtier » Malcolm par le peuple de Boston, au début de la révolution; et bien des lecteurs, intruits par les gazettes, s’intéressaient à nos chasseurs d’Auxerrois qui enlevèrent à l’assaut une batterie anglaise, lors de la prise de la Dominique, et au vaillant chevalier O’Connor, qui arrêta le cheval de lord Cockburn, gouverneur de l’île Saint-Eustache, au moment où un détachement anglais faisant l’exercice sur l’esplanade était attaqué à l’improviste par les Irlandais de Dillon.
D’Orvilliers, Du Couédic, Kersaint, Grimoard, Paul Jones, l’amiral hollandais Zoutman, La Pérouse à la baie d’Hudson, et même le baili de Suffren aux Indes. Ces petits sujets ne peuvent être regardés qu’à la loupe; leur quantité indique chez les auteurs du livre l’intention d’être complets, de même que les listes des principaux officiers tués ou blessés dans cette guerre témoignent du désir d’intéresser un grand nombre de familles françaises.
Nos graveurs avaient fait appel à quelques dessina-
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teurs notoires, comme Marillier et Le Barbier, au bon peintre de scènes militaires Le Paon, à l'aquafortiste J.-B. Bertaux. Un autre collaborateur, Fauvel, n'est autre que le futur archéologue, mort consul de France à Athènes sous la Restauration. Les éditeurs se réservaient le droit de modifier les dessins fournis. Ceux de Le Paon, que j'ai eus sous les yeux, sont en hauteur, et Godefroy et Ponce les ont interprétés librement en largeur.
Le grand succès répond-il à leurs efforts ? On l'ignore. Après avoir essayé de placer l'ouvrage entier,
ils mirent en vente séparément plusieurs de leurs planches. D'après les annonces de la Gazette, le prix était d'une livre 16 sous. Ainsi s'explique qu'il y en ait un certain nombre d'assez connues, alors qu'on ne rencontre plus au complet, sous son cartonnage ancien, l'élégant recueil composé pour faire aimer davantage l'Amérique à nos pères. Il mérite d'être remis au jour, à l'heure où les Américains, les Français et leurs vaillants alliés, les Anglais, livrent ensemble les combats de la Liberté.
PIERRE DE NOLHAC
SURPRISE DE S'EUSTACHE
La Marquis de Rouelle, gouverneur, qui est des Bel du Vent informe que la garnison de St-Puysache, ce gardet assez mal, rescolait de reprendre sur les Anjolais cette He importante pour cet effet il embarqua à St Pierre de la Mariamique le 13 o 9° cfe avec six hommes aux ordres de M° de Dumas et Dillon, sur 3 frappes une corvette et 4 bateaux aux ordres de M° le Cm de Gorardin ; arrive le 23 à la vue de l'He, il commença son débarquement; mais ses rares de marée inattendue, avant coumerge quelques chaloupes, et mis les frappes en demeure il se trouva à terre le 26 a g he° du maïs avec moins de 400 hommes dans une réunion ici craque, cet officier général pris le parti d'attaque; et marchant a pas redouble au fort et aux causses, dont il était élégant de 8 heures il y arriva à 8 heures à la tête de sa petite trouppe. M° le Cm de Dillon avec ces trépaille remontent et
A.P.D.R.
Et chez Godefroy, amis des France Beyrogeois, Porte S. Michel
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UN CRÉATEUR D'ÉLÉGANCES
GEORGE BARBIER, DE NANTES
C'est une constatation qui ne surprend personne, que les plus parisiens de nos artistes sont souvent nés en province. Pour un J.-L. Forain, de Paris, que d'autres, comme le plus typique de tous, Sem, sont de Périgueux ou de Bergerac. Alfred Stevens, qui a fixé la parisienne du second empire, était de Bruxelles; Helleu, l'élegance même, est un Breton de Vannes, fils de marins. Au XVIIIe siècle, avant que l'essor des « machines » eût précipité l'œuvre de la décentralisation, pour un Lancret, un Saint-Aubin, de Paris, que de maîtres gracieux vinrent de Saintonge, de Gascogne ou des Flandres. C'est à Valenciennes que Watteau, le plus célèbre et adorable de tous, vit le jour.
Être de Paris, ne suffit point pour procurer ce je ne sais quoi d'esprit et de grâce, d'imagination et de gaieté, qui crée le véritable parisianisme. Beaucoup de provinciaux — et de notoires — sont nés à Paris et ne l'ont jamais quitté. Au contraire, il semble qu'un artiste doué et original, qui vient jeune chez nous, saisit, avec plus de fougue et de facilité, le côté charmant de Paris, sa marque inimitable, et s'approprie avec discernement les caractères essentiels de cet éblouissant composite du