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Mlle A. DE PUYGAUDEAU. — CERFS ET BICHES À L'ÉTANG, VERRIÈRE EN FILET (MUSÉE GALLIÉRA). LES RENAISSANCES ET LES CRISES DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES ARTISTIQUES L'art n'existe, ne fructifie et ne brille qu'à la condition de renaître. Renaître sans cesse, c'est la plus grande preuve de vie que puissent donner un artiste, une école. Si l'art de France a été grand entre tous — le temps est venu qu'on le dise sans cette sorte de fausse modestie et sans ce goût parfois un peu dépravé pour l'art étranger qui nous ont fait tant de tort, — c'est qu'il a été une succession ininterrompue de renaissances. Mais une chose n'est pas moins étonnante que la grandeur et la richesse du génie français : c'est notre propre entêtement à lui refuser la toute première place dans l'évolution universelle de l'art. Il n'est pas de petite école slave, scandinave, péruvienne, papoue, que nous n'ayons essayé de faire passer avant nos grandes possibilités créatrices et que nous n'ayons voulu ériger en inspiratrices de fausses Renaissances alors que c'était dans nos traditions à nous qu'il fallait chercher le principe des vraies. Quand je dis : nous, c'est une façon de parler. Il y a toujours eu des esprits et des yeux clairvoyants dans ce pays, pour se rendre compte que ces chemins, attrayants, certes, — comme tout ce qui est exceptionnel, bizarre et pervers, — nous écartaient des grandes routes de la vérité et de la beauté. Malheureusement, ces esprits avisés ont été ou timides dans leurs protestations, ou médiocrement avisés dans leurs choix. Ils ont souvent confondu la fausse tradition avec la vraie, comme à l'autre extrémité, des excessifs, des tourmentés ou des ignorants confondaient la vraie innovation avec l'artificiel, l'incomplet et le grimaçant. Il en est résulté qu'entre un académisme banal et ennuyeux, et une outrance maladive et stérilement violente, ou un systématisme estropié, qui permet à des ignorants de prendre une sorte de masque scientifique, notre école française, si admirable, s'est arrêtée net à la crise où nous la voyons aujourd'hui. Cette crise n'a jamais été plus grave. Mais elle n'est, elle ne peut être qu'un préambule à une Renaissance nouvelle, et c'est à cette Renaissance-là que nous voulons nous dévouer joyeusement. Il ne faut pas se dissimuler que l'œuvre sera dure pour ceux qui vont avoir pour mission de relever par leurs travaux l'école de France, de combler les vides, de renouer demain à hier, par dessus aujourd'hui éprouvé et incertain. Il est un ensemble de problèmes qui nous tiendront particulièrement à cœur et dont nous pouvons, dont nous devons commencer à nous occuper dès à présent. C'est celle des arts somptuaires, ou, si l'on veut encore, des industries de luxe. C'est dans cette partie de l'art que l'activité s'est le plus manifestée en ces dernières années, c'est là qu'on a vu à la fois le plus d'efforts, le plus de promesses, et... le plus d'erreurs ! Depuis la célèbre tentative de Bing et de « l'art nouveau », précédée elle-même des premières expo-

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WILDENSTEIN Tableaux Anciens Objets d'Art et d'Ameublement 57, Rue La Boëtie PARIS MÊME MAISON : 647, Fifth Avenue * NEW-YORK --- J. ALLARD & Cie LES MAITRES MODERNES TÉLÉPHONE : CENTRAL 13-36 20, Rue des Capucines ADRESSE TÉLÉGRAPHIQUE : ALNO-PARIS --- RUHLMANN Evilions des Et? Ruhlmann et Laurent Memblier 27 Rue de Lisbonne Paris. --- ÉDOUARD LARCADE Paris, 140, faubourg Saint-Honoré Telephone : Elysées 02-55 --- OBJETS D'ART ANCIENS CHINE -- TABLEAUX --- RIGAUD 16, Rue de la Paix, PARIS UN AIR EMBAUME

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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE PROJET DE GABRIEL POUR LE « CABINET A PANS » DE LA REINE, EXÉCUTÉ À VERSAILLES EN 1747. L'ART DE VERSAILLES L'ÉPOQUE LOUIS XV La menace qui a pesé sur la patrie rend ses enfants plus attentifs à toutes ses gloires. Chaque page de l'histoire de France que nous écrirons désormais portera des marques visibles de notre amour. Nous ne laisserons plus, pour des querelles de partis, diminuer l'honneur de notre passé, ni, sous de vains prétextes d'esthétique, abaisser nos traditions d'intelligence. Les belles règles du goût français nous deviennent aussi chères que celles de la politique nationale. Elles ne sont point malaisées à définir, et Versailles, parmi d'autres chefs-d'œuvre, nous y convie. Avec quelle piété nouvelle ne l'étudierons-nous pas aujourd'hui, après l'avoir vu en péril devant la barbarie moderne. La vieille maison de nos rois en paraît plus précieuse à notre démocratie avertie. On doit veiller à la conserver plus respectueusement que jamais et à mettre en lumière ses moindres parties, puisqu'il n'en est aucune qui ne rende témoignage, aux yeux du monde, des qualités propres de notre génie. Les hautes leçons que nous propose l'art de Louis XIV, et que notre esprit libéré accepte à présent sans contrainte, ne nous sont pas offertes avec moins d'efficacité par les artistes du siècle suivant. A Versailles surtout, les caractères d'harmonie et de noblesse ne semblent pas moindres dans les œuvres de décoration intérieure, qui sont venues joindre un apport neuf au premier trésor d'art accumulé en ce lieu choisi. Elles y sont nombreuses et considérables. Il faut se rappeler, en effet, que le Château de Versailles n'est plus tout à fait celui du Grand Roi. Hors la Galerie des glaces, la chapelle, l'escalier de marbre, les grands appartements du roi et une partie de ceux de la Reine, presque tout ce qui reste d'ancien dans l'illustre demeure est postérieur à la mort de celui qui l'a bâtie. Des besoins nouveaux ont changé les aménagements, d'autres goûts ont modifié le décor. Et comme le règne de Louis XVI n'a touché qu'au détail, c'est en réalité le Versailles de Louis XV qui nous est resté. Ce long règne, un des plus féconds pour l'art national, a vu se succéder des styles assez divers; il y a

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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE quelque distance entre les formes usitées sous la Régence et celles qui s'appliquent, par exemple, au Petit-Trianon, parfait modèle du style Louis XVI, dernier ouvrage conçu pour Mme de Pompadour, et terminé au temps de Mme du Barry. Ces noms féminins ne sont ici que pour indiquer la chronologie et fixer la mémoire du lecteur; je ne crois pas que les femmes, même les plus réputées pour leur intelligence ou leurs prétentions, aient exercé une influence véritablement sur le goût en architecture. C'est l'art viril par excellence, auquel les directrices de la mode ne se haussent pas. Mais les aimables sujettes de Louis XV ont vécu parmi des décors très différents et accepté, avec des engouements successifs, des théories d'art qui semblaient se contredire et qui, en tous cas, se remplaçaient. La grande dame, que consultait son mari, commandait aux artistes en vogue le décor de l'hôtel ou du château, au moment où se fixaient dans la famille les honneurs ou la fortune; d'autres en faisaient autant pour la «petite maison» offerte par le financier ou par le prince; vingt ans plus tard, il leur arrivait à toutes de le regretter, car la mode des meubles et des boiseries avait changé et il était élégant de changer avec elle. La plupart des particuliers, ayant des ressources limitées, devaient se contenter de ce qu'ils possédaient, ajoutant tout au plus un salon ou un cabinet de façon moderne aux appartements démodés. L'ensemble, d'ordinaire, demeurait intact. Nous y avons gagné de conserver, à Paris et dans nos provinces, d'admirables spécimens de la construction et de la décoration françaises aux divers moments du siècle. Mais, chez le roi, il n'en allait pas de même. On y a beaucoup détruit, parce qu'on y a beaucoup créé. Chaque fois qu'une nouveauté apparaissait dans l'usage du bronze ciselé ou du bois sculpté, dans le travail du stuc ou du vernis, ou dans l'agencement des lignes du décor, cette nouveauté, avant d'être admise ailleurs, était essayée dans l'une ou l'autre des «maisons royales». Versailles surtout l'accueillait dans sa primeur, pour le roi ou pour la reine, et en consacrait la réussite. Ainsi trouve-t-on les ouvrages de ce château, quand une recherche d'archi- DESSIN EN COULEURS DU STUCATEUR CHEVALIER POUR LA BIBLIOTHEQUE DE MADAME SOPHIE, EXÉCUTÉE EN 1767.

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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE DESSINS EN COULEURS DU STUCATEUR CHEVALIER POUR LA BIBLIOTHÈQUE DE MADAME SOPHIE, A VERSAILLES.

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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE ves permet de les dater, en avance souvent de plusieurs années sur le moment où leurs pareils se répandent dans le public, sont reproduits par les ateliers, acceptés par le goût général. Une étude attentivement faite de morceaux sûrement datés, que j'ai pu appliquer bien des fois aux trois règnes de Versailles, permet de résoudre mainte petite question où l'histoire précise de l'art est intéressée. Ces initiatives du service des Bâtiments du roi, qui mettaient d'abord aux ordres de Sa Majesté les innovations de nos artistes, n'allaien pas sans quelques sacrifices. Comme il serait vain de les déplorer, il vaut mieux en comprendre la nécessité. Si l'on détruisait fréquemment de fort belles choses pour faire place à d'autres qu'on croyait plus belles, celles-ci les ont, du moins, toujours égalées. Heureux privilège des époques créatrices, qui fait excuser leurs ingratitude ! Quand on voit jeter au grenier les boiseries, tant célèbrees à la fin de Louis XIV, du sculpteur Du Goulon, pour être remplacées par celles de Verberckt, on songe aux fresques de Piero dei Franceschi dans les Chambres Vaticanes, où Raphaël, commandé par Jules II, les a recouvertes sans pitié. Les ordres du maître qu'on servait alors étaient naturellement dictés par le renouvellement continu du goût et le souci de soutenir l'effort légitime des nouveaux venus. C'est grâce à ces sacrifices, souvent cruels, que l'art cheminait sans se fixer en formules, sans s'appauvrir par des répétitions indéfinies. Ces constatations de l'histoire comportent des avertissements pour tous les âges; et ce n'est point parce que nous prêchons l'étude de Versailles que nous voudrions voir les artistes modernes lui demander autre chose qu'une inspiration et une méthode. Qu'ils créent librement, suivant les lois de notre génie, mais après avoir regardé sans dédain les grandes œuvres de la race et en avoir dégagé l'enseignement impérissable qui est applicable à tous les temps. L'architecte préféré de Louis XV nous parlera, pour sa part, si nous savons le bien entendre, avec une force singulière. Il nous apportera assurément beaucoup plus de surprises qu'un Le Vau ou qu'un Mansart. La production de Gabriel, qui a travaillé d'abord avec son père, accompagne presque tout le règne de son souverain, et elle s'efface avec lui. Il a suivi, tour à tour, avec une égale sûreté les routes où l'art du siècle s'est engagé et où il a lui-même contribué à le conduire. Pour s'en tenir à ce que Versailles a de lui, quelle n'est pas la diversité de son œuvre, depuis l'époque où il travaille à la grande chambre de la Reine, encore tout imprégnée de « rocaille », et celle qui dresse, au nouveau Trianon, ces façades pures et légères où quelque chose de la perfection grecque s'inscrit à jamais dans la pierre française ! Aucun morceau ne prouve mieux que cette œuvre suprême de sa vie le robuste équilibre de sa pensée d'architecte, aucun n'explique plus clairement l'esthétique qui résultait de ses propres travaux et des recherches de son temps. Certes, tout l'art français s'est transformé autour de lui par l'étude libre et joyeuse des modèles de l'art antique; mais, qu'il ait été dans la nouvelle école le mieux inspiré et le plus grand, atteste en lui une prodigieuse puissance de rajeunissement. L'artiste qui donne de tels exemples ne saurait être trop écouté. Ange-Jacques Gabriel a été l'inspirateur de tout ce qu'a ordonné, pendant trente-cinq ans, dans le domaine de l'architecture, ce grand service des Bâtiments du Roi, si actif et si bien réglé, qui avait dans ses attributions tout ce qu'y trouve actuellement une direction des Beaux-Arts, et dont le plus beau fleuron était Versailles. Je dirai ailleurs quelles importantes parties de construction le premier architecte du roi a exécutées à Versailles et quelle signification y prennent l'Opéra de Louis XV (sur la rue des Réservoirs) et la demi-aile de la cour royale; celle-ci n'est qu'une amorce de la reconstruction générale projetée du côté des cours et serait d'un aspect moins ingrat et plus cohérent, si la façade entière eût été bâtie. Rappelons ici de préférence quelle part l'artiste a prise à la transformation intérieure, dont il a été le directeur responsable et l'ingénieux initiateur. Depuis l'époque où le marquis d'Argenson note, en son journal que le roi, qui aime ce genre de travaux, « fait continuellement dessiner devant lui en particulier le jeune Gabriel, de ses Bâtiments », jusqu'au moment où M. d'Angiviller, directeur général du service à l'avènement de Louis XVI, accorde au vieil ami de Marigny le droit de prendre sa retraite, c'est lui qui mène à Versailles toute l'œuvre de destruction et de remplacement et qui rêve un château embelli, perfectionné et agrandi par ses soins. Le « grand projet » de reconstruction générale a été fort près de s'exécuter; tout était préparé pour faire disparaître la cour de marbre et ces charmantes façades de brique et de pierre, que le siècle jugeait peu dignes de la majesté du roi de France. La détresse financière de la monarchie a seule empêché cette destruction. Mais la réfection intérieure, sans avoir été l'objet d'un plan aussi précis, s'est poursuivie peu à peu suivant les nécessités de chaque moment et a fini par ne laisser intacts que les grands appartements d'apparat, protégés par la gloire de Louis XIV. L'art de Gabriel dans la décoration des appartements peut être étudié très complètement à Versailles. Les

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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE 7 DESSIN DE GABRIEL POUR UN DES CABINETS DE MARIE LECZINSKA, A VERSAILLES. premiers travaux importants auxquels il a pris part sont ceux de la nouvelle chambre de la reine, qui date de 1734, et de la chambre à coucher de Louis XV, faite en 1738, l'une et l'autre revêtues des boiseries de Verberckt. Mais Ange-Jacques Gabriel n'est encore, à ce moment, que le collaborateur de son père, qui détient le titre et les fonctions de premier architecte, et ce sont seulement les pièces suivantes de l'appartement intérieur du roi qu'on doit lui attribuer entièrement. Elles sont d'un intérêt extrême, et il suffit de les rappeler au souvenir des visiteurs attentifs du château, qui ne sauraient oublier leur enchantement devant le Cabinet de la Pendule, le Cabinet Intérieur, le Cabinet du Conseil, et tant d'autres morceaux précieux. Peu à peu, les intérieurs royaux ont perdu leur caractère. L'âge précédent y aimait les revêtements de marbre, les tentures de somptueux brocarts, sur lesquelles se disposaient les tableaux appartenant à la Couronne; Louis XV, sa famille et sa cour, subissant la mode de leur temps, préfèrent des ensembles de boiseries sculptées et dorées, quelquefois simplement vernies en couleurs, dont l'élégante richesse s'accompagne de toutes sortes de commodités ignorées du grand siècle. Après avoir réinstallé son maître, Gabriel eut à refaire dans le même esprit les appartements du dauphin et de la dauphine au rez-de-chaussée, où par malheur les destructions de Louis-Philippe ont abondamment sévi, l'autre partie du rez-de-chaussée, où s'installèrent Mme de Pompadour, puis Mesdames de France, les petits cabinets de Marie-Leczinska, enfin l'appartement de Madame Adélaïde, à l'étage du roi, dont le « salon de musique » est le seul conservé intact. À la fin du règne, il installa Mme du Barry, en même temps que la dauphine Marie-Antoinette. Les Archives nationales ont gardé une partie des projets qu'il dut multiplier et des dessins de son atelier remis aux

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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE menuisiers et aux sculpteurs. C'est une source de renseignements à laquelle nous avions eu souvent recours. Dans son précieux ouvrage d'ensemble sur Gabriel, M. le comte de Fels y a puisé à son tour et a publié d'excellents fac-similés. Ceux que notre lecteur a sous les yeux sont inédits. La bonne Marie Leczinska n'eut pas beaucoup de fan-taisies au cours de sa vie édifiante et sage; elle tint pourtant à un agréable aménagement des « cabinets » voisins de son grand appartement, où elle travaillait pour les pauvres et recevait chaque jour son aimable cercle de gens d'esprit. On retrouve presque au complet dans nos dossiers le décor de ces cabinets créés pour elle par Gabriel et que ceux de Marie-Antoinette, créés par Richard Mique, ont fait disparaître. Un des morceaux les plus exquis devait être le « cabinet à pans », commandé en 1746 par Le Normant de Tournehem; il a été remplacé par une petite pièce de même forme octogone, qui nous est restée et qui fut la « méridienne » de Marie-Antoinette. On remarquera, dans les deux cabinets de style si différent, la place identique d'une niche de glaces. Chez Marie Leczinska, l'architecte a réservé la place de deux petits dessus de porte de Coypel. Le dessin du « cabinet de Madame Adélaïde » se rapporte à l'installation de la princesse au rez-de-chaussée sur le parterre du nord. Le salon ainsi désigné se trouvait sur l'emplacement d'un beau vestibule datant de Louis XIV, qui va prochainement être remis au jour, et où plusieurs pièces avaient été disposées sous Louis XV. Les mêmes cartons des archives fournissent les dessins en couleur de la bibliothèque de Madame Sophie. Ils sont d'un artiste oublié, qui eut son moment de vogue au XVIIIe siècle, Louis Mansiaux, dit Chevalier «stucateur du roi ». C'est un ouvrage tardif, qui date de 1767. Gabriel aménageait alors l'appartement de la cinquième fille de Louis XV, logée comme ses sœurs au rez-de-chaussée, et dont la bibliothèque de stuc, se trouvait sous la chambre de parade. M. Lucien Layard m'a communiqué des extraits du livre-journal du stucateur, relatifs aux bains du dauphin, faits par lui en 1756, et où il avait déjà placé « huit panneaux incrustés représentant des animaux colorés sur fond blanc, les socles vert-verts, les champs blancs ». C'est un ouvrage analogue que lui dut la princesse bibliophile. Les dessins laissent imaginer aisément la décoration complète de la pièce, munie d'un pavé multicolore. Quant à la technique de ce travail, quelques fragments retrouvés dans les magasins du château permettront de l'étudier un jour. Il semble intéressant d'attirer dès aujourd'hui l'attention sur un des collaborateurs ignorés de Gabriel, qui paraît l'avoir employé au même titre que Martin pour ses « vernis de la Chine », dont plusieurs cabinets de Versailles étaient ornés. On voit que le grand artiste classique savait faire une part aux fantaisies de son temps et les utiliser pour l'agrément des intérieurs de la famille royale. PIERRE DE NOLHAC. DESSIN DE GABRIEL POUR LE CABINET DE MADAME ADÉLAÏDE, AU REZ-DE-CHAUSSEE DE VERSAILLES.

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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE --- INGRES. - UNE ODALISQUE. (PEINTURE.) INGRES CHEZ DEGAS Il y a une vingtaine d'années, Degas fit le pèlerinage de Montauban : il allait saluer le divin maître, chez lui, parmi les cinq mille dessins légués à sa ville natale par Jean-Auguste-Dominique Ingres. Il était accompagné du grand statuaire Bartholomé. C'étaient deux pèlerins passionnés. Ils passèrent plusieurs journées au milieu des reliques ingristes. Degas garda le souvenir le plus profond du séjour de Montauban. Ingres était son dieu. Pour un peu il eut été sa chose. Il avait en horreur les écrivains d'art et il lui paraissait qu'expliquer les maîtres, c'était les trahir. Le seul moyen pourtant de les faire connaître et de répandre leur enseignement, n'est-ce pas de donner à leur œuvre la publicité la plus large ? Pour Ingres, spécialement, Degas s'offrait : « Si quelqu'un doit jamais publier les dessins de Montauban, disait-il, je suis là. » Il est grand dommage que Degas n'ait pas donné suite à ce projet, dont la municipalité de Montauban fut saisie par lui-même ; Degas commentant les dessins d'Ingres, la plume à la main, c'eût été un regal de choix. L'honneur m'échut de révéler à ceux qui les ignoraient les dessins de Montauban. Lorsque l'exposition des six cents photographies au charbon eut lieu chez Bulloz (1), je priai Degas de venir. Il bouda, il bouda longtemps. J'insistai auprès de son ami Bartholomé qui me répondit : (1) 21, rue Bonaparte. --- « L'ingriste, compagnon des voyages à Montauban, voudra-t-il aller rue Bonaparte ? « Ira-t-il à la messe dans ce quartier ? Si près de l'Ecole des Beaux-Arts ! » Je ne sais pas si Degas vint offrir ses dévotions à Ingres, en ce printemps de 1901, « si près de l'Ecole des Beaux-Arts ». Mais ce que je sais bien, c'est que dix ans plus tard, exactement, en 1911, lorsque, poursuivant ma fervente propagande ingriste, j'organisai aux Galeries Georges Petit l'Exposition Ingres, le visiteur le plus obstiné ce fut Degas. Il était déjà bien vieux et sa vue allait baissant de jour en jour. Qu'importait à Degas le haut escalier à gravir et qu'importait qu'il ne vit pour ainsi dire rien — ou presque — des œuvres exposées : il il venait là, chaque matin, il arrivait souvent le premier et il restait le plus longtemps possible, ne disant pas un mot, surtout ne faisant pas de mots. . Rien n'était plus émouvant que cette présence constante dans le sanctuaire du zéloteur ingriste, fermement fidèle jusqu'au bout à la grande admiration de toute sa vie. Un jour, Degas voulut bien me demander de lui nommer les tableaux exposés et les dessins les plus importants. Il fit le tour des deux salles, un peu nerveux. Je me gardais de tout commentaire, par peur de lui déplaire. Il ne parlait pas. Pourtant, devant la Naissance des Muses, j'entendis ceci, proclamé par le peintre si moderne des Danseuses : — « C'est de l'ambroisie. »

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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE INGRES. — MADAME LEBLANC. (PEINTURE.) Et c'est le mot même qu'il répeta devant Jupiter et Thétis (1). Aussi bien, Degas aurait pu se prononcer ainsi sur toute œuvre d'Ingres, car pour lui toute page du maître montalbanais était un régal de l'Olympe. Quand s'ouvrira, dans les mêmes Galeries Georges Petit, l'exposition qui précédera la vente des collections Degas, on verra qu'il sut réunir, pour sa délectation personnelle, quelques uns des chefs-d'œuvre d'Ingres : le portrait de M. de Norvins, le portrait de M. Leblanc, le portrait de Mme Leblanc, le portrait du comte de Pastoret. Les portraits de M. et Mme Leblanc ne sont pas dans mon livre (1) et il aura fallu la mort de Degas, hostile à toute publication, pour que je puisse les révéler ici même — avant leur dispersion — aux admirateurs d'Ingres. Je ne pouvais mieux inaugurer le premier numéro de La Renaissance de l'Art Français, on en conviendra, que par ces émouvantes effigies par lesquelles Ingres va donner une nouvelle leçon de forte discipline à qui voudra l'entendre. Le portrait de M. de Norvins est de 1811. On peut les examiner un à un, les portraits de cette année-là; rien ne leur est supérieur dans l'Ecole française. Qu'on se rappelle M. Bochet, qui est au Louvre, Mme Forgeot Panckoucke, qui est entré par héritage, chez M. Privat-Deschanel, M. Devillers, M. Cordier, sur un fond de paysage romain exécuté par Granet, et légué au Louvre... Quelle formidable série ! Et c'est encore l'année de Jupiter et Thétis — « de l'ambroisie », disait Degas. La photographie ne peut pas rendre le beau modèle de ce visage de froide énergie, ni la couleur ambrée si particulière aux portraits de cette période, du moins ceux qui n'ont pas été récursés par d'inconcevables restaurations. M. de Norvins était directeur de la police impériale à Rome. Il n'est pas besoin de souligner la vérité psychologique qui se dégage de cette effigie. L'auteur du Mémorial et de l'Histoire de Napoléon conserva jusqu'en sa vieillesse cette belle physionomie significative, si on en juge par une photographie qui le représente à l'âge de 84 ans, les yeux toujours interrogateurs, les lèvres serrées, comme dans le portrait qu'un jeune homme de trente ans (1) INGRES, SA VIR ET SON ŒUVRE (1780-1867).

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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE — mais doué de génie — devait laisser de lui à la postérité. C'est à Florence, où il s'était fixé en 1820 pour y peindre le Vœu de Louis XIII, que Ingres exécuta les portraits de M. et de Mme Leblanc. De nombreuses études au Musée Ingres, et chez Bonnat, témoignent des recherches auxquelles Ingres se livra, surtout pour fixer la belle image de Mme Leblanc. Le châle de Madame Rivière, au Louvre, est fameux. Je crois que si Madame Leblanc trouve l'asile glorieux qu'il faut lui souhaiter, le châle peint par Ingres en 1823 ne le cédera en rien à celui de 1805. Quelle œuvre miraculeuse est ce portrait de Mme Leblanc ! Le visage est certes d'une belle noblesse en son calme apparent et on comprend qu'Ingres se soit attaché à l'étudier longuement ! Mais que dire du bras gauche, dont la peau transparaît sous la légèreté du tulle noir ? Quant au portrait de M. Leblanc, les mains seules suffiraient à le rendre fameux, si ce n'était par ailleurs une œuvre de forte volonté, précédant de dix années Berlin l'aîné, dont il est le digne pendant. Ingres, rentré à Paris en 1824 — après une absence de dix-huit années — écrivait à sa femme, demeurée provisoirement à Florence : « Le bon, l'excellent M. Leblanc vient de m'écrire comme un père et un bon père écrirait à son fils. Dis-lui combien sa lettre m'a rendu heureux et m'honore. Remercie-le bien et tant et tant jusqu'à ce que je le fasse moi-même. Fais-leur agréer toute l'expression de ma vive reconnaissance et l'attachement le plus tendre et le plus dévoué de leur bien reconnaissant et obligé ami... » Les deux portraits de M. et Mme Leblanc restèrent dans la famille... Mais un jour on les vit passer dans une vente obscure de l'Hôtel Drouot. Degas et Bartholomé étaient présents, par hasard : ils se mirent d'accord pour acheter les deux portraits, étant entendu que chacun aurait le sien. Mais Bartholomé n'osa jamais insister auprès de Degas, qui garda jalousement le ménage. Quelle sera la destinée de ces deux œuvres magnifiques ? A ces portraits s'ajoute celui du marquis de Pastoret, acquis par Degas, en 1897, à la vente de la marquise du Plessis-Bellières, née Pastoret. Ingres avait connu M. de Pastoret à Rome, où le futur administrateur des biens du comte de Chambord avait débuté dans sa jeunesse — à dix-huit ans ! — en qualité de secrétaire général des Etats romains. Pour lui, il exécuta l'Entrée du Dauphin Charles V à Paris, maintenant dans la collection Bessonneau. Les lettres d'Ingres à Pastoret sont bien émouvantes. Nous les publierons quelque jour. Mais l'occasion est trop tentante pour ne pas dédier cette page aux artistes un peu pressés de connaître, avec les faveurs de la gloire, les hauts prix. C'était en 1824, pendant le Salon où le Vœu de Louis XIII allait enfin révéler Ingres au public : il avait alors quarante-quatre ans. Devant le succès de son tableau, Ingres décida de quitter l'Italie pour se fixer à Paris. Il en avisa M. de Pastoret : « Je reste définitivement à Paris où je suis chargé d'ouvrages honorables et lucratifs, ayant négligé totalement jusqu'à présent les moyens de la plus simple existence pour ne m'occuper que de mon avancement dans l'art. J'ai le projet, à partir de ce moment, de ranger mes prix dans ceux qui tiennent ici les secondes places, tant pour le portrait que pour l'histoire. Ces prix sont connus de tous et vous les savez sûrement, et moi qui suis long à opérer, je crois ne pouvoir faire autrement. Soit ici, soit à Florence, j'ai mis cinq mois pour vous peindre le tableau de Charles V. J'en appelle à vous, Monsieur le Comte, pour avoir égard pour celui que vous m'avez soldé et accepté sans avoir osé alors par timidité et aussi par le plaisir et l'honneur que j'avais d'être distingué par vous, Monsieur, pour qui je me suis toujours senti l'inclination la plus dévouée et encore par la reconnaissance à votre personne pour le bien que j'ai reçu de vous, que si vous croyez ne devoir rien changer à ce second ouvrage je ne le INGRES. — M. LEBLANC. (PEINTURE.)