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A. BARTHOLOMÉ. — MONUMENT FUNÉRAIRE D'UN JEUNE SOLDAT. LE PÉRIL SCULPTURAL Une renaissance pour laquelle il ne faut pas compter sur l'appui de La Renaissance de l'Art Français, c'est celle des monuments commémoratifs de la grande Guerre. Du moins s'ils doivent renouer si peu que ce soit la tradition de ceux qui furent érigés pendant la grande Paix. Il y a quelque chose d'aussi désastreux, presque, que la destruction d'un beau monument, c'est l'érection d'un vilain. Car l'un c'est sans doute de la beauté qui s'en va, mais l'autre c'est de la laideur qui reste. Les affreux monuments ont la vie beaucoup plus dure que beaucoup de beaux. On dira que nous nous y prenons de bien bonne heure. Mais nous avons déjà plus d'une raison de redouter ce péril. De toutes parts, il nous vient des informations de comités qui s'organisent, de projets qui s'élaborent, de sculpteurs qui apprêtent leurs ébauchoirs. Ne menace-t-on pas l'Arc de Triomphe d'une nouvelle tentative de couronnement, entreprise où Falguière échoua, que Dalou aurait déclinée, et pour laquelle Rodin lui-même se serait considéré comme mis à une redoutable épreuve ? En même temps que le Vésuve se réveille, Carrare tressaille. Chaque fois qu'un village est détruit par les bombardements, ou récupéré par nos armées, on prévoit la place où s'élèvera le groupe de la délivrance. A Paris même, si envahi déjà par les statues, il faudra, soit abattre des maisons pour planter les allégories de marbre, de pierre ou de bronze, ou bien supprimer quelques-uns des monuments usés pour les remplacer par des neufs. Si cette substitution occasionnait la naissance de chefs-d'œuvre, ou simplement de belles œuvres, personne n'y trouverait à redire. Si, par exemple, un génie encore inconnu ne pouvait se manifester qu'en faisant déplacer le monument de Gambetta, il faudrait bien se résigner à voir celui-ci repiqué dans un terrain moins en vue. Mais qui pourrait, à l'heure présente, nous garantir que nous gagnerons à l'échange ? C'est pour cela que s'il est encore trop tôt pour songer aux glorifications et aux commémorations plastiques de l'immense drame, il est déjà temps de se préoccuper de la manière dont ces glorifications ne doivent pas s'exécuter. La guerre de 1870, dans l'ensemble, n'avait point, sous ce rapport, enfanté de chefs-d'œuvre, il s'en faut. Le Gloria Victis de Mercié fut le mieux inspiré des groupes guerriers, sans toutefois atteindre à la grande statuaire. Des groupes comme celui de Rude ne se reproduisent pas dans un même siècle, et souvent même dans deux L'Alsace et la Lorraine, de Paul Dubois, quoique inachevées, ont de la dignité et une mélancolie touchante. Mais si encore le Lion de Belfort, de Bartholdi, ne manque pas d'allure dans sa masse qui aurait gagné à être serrée de près par un Barye, à côté de cela, du même artiste, le Ballon captif en bronze, à la porte des Ternes, demeure le plus éclatant spécimen de ce qu'il nous faut éviter à tout prix. Or, on peut parler qu'en ce moment même il n'y a pas un grand nombre

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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE de sculpteurs qui rêvent déjà de faire apparaître pour l'éternité des aéroplanes de bronze, des saucisses de pierre, des tanks de marbre, entourés de Boches écrasés et de poilus triomphants ? Nous disions à l'instant le peu de monuments remarquables auxquels avait donné naissance ce qu'autrefois (il y a cinq ans) on appelait « la guerre » tout court, sans avoir besoin de dater ces personnages légendaires qui se nommèrent Moltke et Bismarck. En revanche, nos grandes cités de province sont encore toutes encombrées d'énormes ensembles représentant des moblots en bataille, défendant héroïquement des dames nues, ailées ou non, qui incarnent peut-être des idées excellemment intentionnées, mais sous des formes insuffisantes. Sans doute, il est extrêmement difficile de trouver une forme de monument qui soit à la fois neuve et belle, satisfaisante pour les yeux et capable d'inspirer à l'esprit du passant les plus nobles sentiments, les plus hautes résolutions et les souvenirs ineffaçables. L'allégorie est un grand péril par sa banalité difficile à éviter. Le pittoresque vieillit rapidement. L'effigie personnelle est presque toujours bien au-dessous de l'idée que l'on se fait du héros ou du grand homme. Mais alors, il vaut mieux ne rien consacrer du tout de sculptural à l'idée ou à l'homme que de leur offrir simplement, sur le dos du public, une image mesquine ou une composition relevant de l'art (exquis dans la réalité) du confiseur. Un des grands artistes de notre temps, le plus incontesté, à juste titre, Bartholomé, nous disait combien il était difficile de tirer un élément vraiment plastique du poilu que nous admirons et aimons comme il l'aime lui-même, de tout son cœur d'homme et d'artiste. Le Monument pour le Dr Reymond, celui aussi que Bartholomé prépare pour la Défense aérienne de Paris seront de très belles choses, d'une originalité et d'une grandeur point déclamatoire. Ce seront des pages dignes du Monument aux Morts, qui est aussi de ceux qui ne sont point nombreux dans un siècle. L'artiste a rappelé les caractéristiques de la guerre actuelle sans en copier littéralement les formes. Ce sont des leçons de sobriété éloquente. Mais quoi, un seul maître a un seul accent, et un pastiche de Bartholomé serait aussi insupportable pour nous qu'un pastiche de Rodin. C'est aux artistes à méditer longuement avant d'oser accepter (à plus forte raison solliciter) le redoutable honneur de rappeler de tels souvenirs et de se mesurer avec les hautes pensées qu'un monument de ce genre doit traduire clairement aux yeux de tous, tout en satisfaisant les juges les plus difficiles. Il y a là, certainement, des problèmes de beauté difficiles à résoudre, mais il n'est pas moins certain que nous en avons assez des figures dansantes, des statuettes colossales, des encriers gigantesques. L'époque en est périmée à jamais. C'est aux ministres, aux administrations des Beaux-Arts de s'entourer des conseils nécessaires, de résister aux recommandations qui nous ont valu naguère un musée de tous les ridicules dont la statuaire, art sublime, est capable lorsqu'on la laisse divaguer. La France sera tellement visitée, tellement épluchée, qu'il ne faut pas que le réveil de son activité artistique prête à sourire. Il vaudrait mieux ne pas consacrer de sculpture du tout à la « guerre mondiale » que de reprendre la tradition du compliqué Monument à Victor Hugo, pour prendre un type qui les résume tous. Il ne manquera point de travaux à demander aux statuaires quand les arts renaitront. Est-ce qu'un sculpteur intelligent et inspiré ne peut pas créer des objets parfaits pour nos demeures, pour les palais, pour la décoration des cités, — et même tout simplement des bijoux ? Il n'y a jamais assez de beaux bijoux, et il y a toujours trop de vilains monuments. ARSÈNE ALEXANDRE. A. BARTHOLOMÉ. — L'AVIATION, FIGURE DU MONUMENT AU DOCTEUR REYMOND.

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LA VILLA MÉDICIS PENDANT LA GUERRE --- Au mois de novembre 1914, par ordre spécial du ministre des Beaux-Arts, M. Albert Besnard, accompagné de Mme Besnard, dut quitter Talloires pour rejoindre son poste à l'Académie de France, bien que toute la jeunesse active qui la peuplait auparavant se fut envolée dès la première heure de la mobilisation. Un seul pensionnaire sculpteur, M. Louis Lejeune, avait réintégré la Villa quelques semaines avant l'arrivée du directeur. Définitivement réformé, il est à l'Académie depuis le début de la guerre. Ayant appris, par des informations erronées, que leur fils aîné, le jeune peintre Robert était prisonnier en Allemagne, M. et Mme Besnard se mirent en route tristement, quoique à demi rassurés sur le sort de leur enfant dont ils n'avaient plus aucune nouvelle depuis septembre. Huit mois plus tard, ils devaient apprendre sa fin glorieuse. A son retour, le grand artiste se trouva aux prises avec toutes les difficultés administratives, le secrétaire de l'Académie de France ayant été appelé sous les drapeaux dès le mois d'août. Mais Mme A. Besnard voulut bien remplir les délicates fonctions de secrétaire par intérim, et après une initiation assez pénible, tout alla pour le mieux. C'est à elle, notamment, que l'on doit le classement de la belle bibliothèque d'art que possède l'Académie. On peut voir maintenant à la Villa un meuble commode renfermant d'un côté les fiches portant les noms des auteurs, de l'autre les fiches indiquant les matières et renvoyant aux ouvrages. La bibliothèque et son annexe, où sont placées les œuvres en double et celles d'un intérêt moins immédiat, doivent comprendre de cinq à six mille volumes. Cependant, M. Albert Besnard se remettait énergiquement au travail en dépit de ses préoccupations angoissantes. Au cours de l'année 1915, il fut amené, par les conseils d'un ami qui fréquentait le Vatican, à offrir au pape Benoît XV de faire son portrait. Cet ami lui observait justement (l'Italie n'étant pas encore en guerre, il y avait à Rome beaucoup d'Allemands et L'ENTRÉE D'HONNEUR DE L'ACADÉMIE DE FRANCE À ROME (VILLA MÉDICIS)

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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE Cliché Felici. LOUIS LEJEUNE. — BUSTE DE M. ALBERT BESNARD. d'Autrichiens), qu'il était d'un bon patriotisme de devancer l'ennemi sur le terrain de l'art comme sur tous les autres terrains. L'artiste prit les éléments de ce portrait au cours de quatre séances qui lui furent accordées au Vatican. L'on peut voir dans son atelier un magistral dessin au pastel de la tête du pape, un croquis au fusain du haut personnage tout entier, l'étude des deux mains dont l'une tient son chapeau, et une esquisse peinte réalisée un peu plus tard, à la suite d'une longue station dans les jardins du Vatican. C'est dans un petit atelier tout entouré de verdure, encerclé de grands arbres, celui-là même qu'il avait occupé dans sa jeunesse lorsqu'il était pensionnaire, qu'Albert Besnard exécuta le portrait en pied de Benoit XV. Cet atelier s'appelle La Névrière et porte une plaque indiquant aux visiteurs qu'il fut autrefois celui de Henner. Il fallut deux ans à M. Besnard pour qu'il se décidât à occuper le grand atelier directorial construit pour Carolus Duran où régnait impérieusement l'éclairage spécial que cherchait celui-ci pour ses portraits. Un jour du haut, ajouté depuis, rend cet atelier beaucoup plus Besnard, si ce n'est tout à fait. Ses fréquentes visites au Vatican avaient fort excité l'artiste sur l'originalité, la pompe et le décor de ce milieu tout spécial, et il obtint facilement l'autorisation de le hanter en se mêlant aux fidèles qui attendent leur tour d'audience privée, ainsi qu'aux audiences populaires, ce qui lui permit de prendre maints croquis dont quelques-uns, lavés à l'aquarelle, auront une réelle importance dans son œuvre mineure. Quelques mois avant la déclaration de guerre italienne, en janvier 1915, se produisit le tremblement de terre qui ravagea les villes et les villages des Abruzzes. Sa répercussion se fit fortement sentir à Rome, et tout particulièrement à la Villa Médicis où des fissures assez inquiétantes se produisirent aux campaniles et à l'intérieur de l'édifice. M. Albert Besnard évoque pour nous les douloureuses journées et le grand mouvement de pitié fraternelle qui souleva alors Rome tout entière. Des femmes de grand cœur accouraient de toutes parts pour soigner les blessés et adoucir les souffrances des survivants: Parmi les plus dévouées et les plus ardentes se trouvait la femme d'un ami intime de M. Albert Besnard, qui a tant fait dans cette guerre pour la protection des trésors d'art de l'Italie, Mme Ugo Ojetti. * Rodin, qui vint passer à Rome une partie de l'hiver entreprit, comme M. Albert Besnard, le portrait de Benoit XV; mais il dut assez vite y renoncer, décou- M. GEORGES CLEMENCEAU (HIVER 1917). — FUSAIN.

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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE ragé qu'il fut par son modèle lequel, au cours de trois séances écourtées, persistait à se mouvoir avec l'artiste et ne lui permettait jamais de travailler d'après ses profils. Or, on s'en souvient, Rodin professait que « tous les profils, c'est toute la sculpture ». On a vu le buste ainsi exécuté, au Salon de la Société Nationale, au Petit Palais. Visiteur assidu de la Villa Médicis, Rodin fraternisait avec ses hôtes dans l'admiration pour les beautés éternelles de Rome et son séjour fut d'un grand secours spirituel à ses amis malheureux. L'hiver 1916 le ramena pour la dernière fois auprès d'eux. * 25 mai 1915. Bülow est parti... C'est la guerre. Du belvédère du bosco, des amis de M. Albert Besnard purent voir sur le campanile de sa Villa Malta, l'ex-chancelier adressant un dernier adieu à cette Rome qu'il avait cru conquérir et qu'il devait quitter le soir même. Il respirait une rose. Avec une longue-vue, on eût peut-être découvert une larme au bord de sa paupière. Mais laissons la parole Cliché-Felici. PORTRAIT DE GABRIELE D'ANNUNZIO. à l'artiste qui a bien voulu nous communiquer quelques passages de son carnet de notes dont il pourrait bien sortir tôt ou tard un livre bien piquant : « Les discours d'un patriotisme enflammé du poète d'Annunzio viennent à point pour donner à ce peuple de poètes l'occasion de partir en beauté dans l'entraînement du rythme de son verbe. « L'enthousiasme de ces êtres vigoureux et beaux qui vont à la mort ne se ralentit pas. « D'Annunzio, dont j'ai décidé de faire le portrait en vue de l'histoire de la guerre italienne, met assez peu d'entrain à poser ; il sera cause que son image, entreprise cependant avec tant d'enthousiasme, ne sera pas ce que j'aurais voulu qu'elle fût. Il est venu trois fois, en tout et pour tout ; j'ai fait une étude-au pastel et je ne sais pourquoi cela ne marche pas ; cependant, son type est très écrit. L'œil est beau, à fleur de tête, le nez très fort avec la cloison qui descend sur la bouche, chauve autant qu'on peut l'être, il serait glabre s'il ne s'arrangeait pour avoir une moustache tout en n'en n'ayant pas ; il la rase jusqu'à ne laisser au-dessus de sa lèvre qu'un mensonge de poils, et à ce mensonge, il donne une forme à la Henri III. Une pointe à peine M. VENIZELOS (FUSAIN).

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S. M. LA REINE DES BELGES, ÉTUDE AU PASTEL POUR LE PORTRAIT ÉQUESTRE.

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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE 299 S. M. LE ROI DES BELGES, ÉTUDE AU PASTEL POUR LE PORTRAIT ÉQUESTRE. heureusement d'être sauvé par miracle. Il est sous-lieutenant, cité à l'ordre du jour, décoré de la médaille militaire et de la croix de guerre. L'année 1916 fut pour M. Albert Besnard féconde en travail et en émotions historiques. Il eut l'honneur de connaître le cardinal Mercier et de réaliser, d'après cette noble figure, le grand portrait symbolique que l'on sait. Une fois encore, écoutons l'artiste décrire en son style vivant et coloré les traits de son illustre modèle : > « Ce fut le prince Vladimir Ghika, frère du ministre de Roumanie, qui m'introduisit auprès du cardinal, au Collège belge où il était descendu tout d'abord et où il voulut bien m'accorder la première séance pour la tête. > > « Une porte s'ouvre et voici le cardinal, grand comme un géant ; il est vêtu de noir liséré de rouge. Sa tête, très fine, est bien flamande. Une grande mèche blonde encadre son front chauve. Sous des sourcils blonds, grisonnants et broussailleux, les yeux gris bleu, contenus par les paupières que plisse le sourire, sont doux, mais pleins de regard. Ils vous voient et vous réjouissent. Le nez, très fort, arrive en pointe au-dessus de la bouche qu'un accident d'automobile a déformée en grossissant la lèvre inférieure. Comme tous les gens du sensible termine son menton. Ces simulacres allègent le bas de sa figure qui est plutôt gras. Il est petit, même menu, et son crâne où rayonne un point lumineux est assez vaste. Son volume domine le visage qui, à partir des oreilles, s'effile en pointe. C'est un œuf parfait. D'Annunzio est mis à la mode la plus rigoureuse. Il dit qu'il est impatient de connaître la joie de reparaitre sain et sauf à la lumière après avoir coulé un navire. Il dit la volupté de dépasser les nuages et celle de vivre la vie des poissons malfaisants. » * Cependant, à l'automne, la Villa s'éveillait un peu par l'installation d'une pensionnaire de sculpture, Mlle Heuvelmans, et par la courte visite de deux pensionnaires mobilisés pris de la nostalgie de cette noble demeure. Les graveurs Piel et Maillard s'étaient battus héroïquement. Mais on apprenait, hélas ! de bien tristes nouvelles : l'architecte Mirland, mort à l'ennemi ; l'architecte Grégoire, noté comme disparu ; le musicien Parrey, prisonnier à Darmstadt. Le musicien Delvincourt, blessé très grièvement, avait perdu un œil et subi la plus grave opération au ventre et une opération à la jambe. Considéré comme perdu, il vient PORTRAIT DE MMME AVY, NÉE ALBERT BESNARD (PEINTURE). Caché Felici.

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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE LE CARDINAL MERCIER (FUSAIN) Nord à sang blond, cet homme, qui a soixante-cinq ans, doit en paraître trente dans ses bons moments. Les bras sont très longs et maigres, les mains d'un dessin très ferme. Le pouce surtout dit toute l'énergie du personnage. « Je tire mon carton, mes crayons, trois seulement : un noir, un blanc et un rouge ; les gris seront fournis par le papier. Cet homme est très gai, sa parole vive est expressive et colorée ; sa voix grêle contraste avec son corps monumental ; sa conversation, inoubliable. « Au bout de quarante minutes, il me faut plier bagage mais je remporte la promesse formelle de plusieurs séances à mon atelier. « C'est au cours de ces séances que, sur la demande que me fit transmettre M. Briand, Président du Conseil, en visite à Rome, j'arrangeai pour celui-ci une entrevue avec le cardinal qui se montra on ne peut plus heureux de causer avec un représentant de la France. Cette entrevue eut lieu dans mon atelier et, bien qu'en principe elle dut être tenue secrète et que je n'en soufflai mot à personne, je pus lire le lendemain dans les journaux italiens le compte rendu de cette visite communiqué, me dit-on, par les soins du Président du Conseil. --- Cliché Felici --- LE COLONEL STEFANIK (JUIN 1918). — FUSAIN. --- Cliché Felici --- **Enfin, le cardinal vient poser pour moi. J'essaie de dessiner l'ensemble de mon modèle en de nombreux croquis, car il importe que ce soit lui, bien que ce portrait ne puisse être un de ces portraits à détails, un de ces portraits assis dont on dit (même lorsqu'ils sont mauvais) : un beau portrait ; un de ces portraits à œil vague, avec des mains qui s'appuient sur les bras du fauteuil ou sur une table d'occasion. Nous causons de l'ordonnance du tableau. La présence du Sauveur à son côté l'inquiète ; il a peur de manquer de modestie ; mais je lui parle de mes compositions de l'hôpital Cazin Perrochaud à Berck, où j'ai placé le Christ dans le fond de tous mes sujets, comme un leitmotiv. Là, lui dis-je, il était l'expression de la douleur ressentie par tous ceux qui souffrent, par eux-mêmes ou dans leurs enfants, l'encouragement à l'effort humain d'où découlera la guérison et la rédemption. Ici, il représentera la Belgique violée, outragée et martyre. » Cet homme excellent et intelligent au suprême degré, comprend fort bien tout ce que je puis tirer de mon idée, et il s'y range. J'ai suivi le cardinal dans presque toutes ses apparitions mondaines ou religieuses ; aux légations alliées, près du Saint-Père et dans

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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE 301 les églises. A Saint-Louis-des-Français, il m'apparut dans toute la splendeur du geste divin qu'il me décrivit si bien au cours d'une séance en me parlant de la première bénédiction qu'il donna à la foule en qualité d'évêque. « Je dus, me dit-il, en sortant de l'église, bénir la « foule, et alors je sentis que mon geste était aisé et, « malgré moi, que « la longueur de « mes bras le fai- « sait beau. » C'est ce même hiver que vint séjourner à la Villa la pauvre et charmante artiste Lili Boulanger, si prématurément disparue. Avec sa sœur Nadia, elle reprit possession de sa jolie chambre de pensionnaire, si gracieusement arrangée et dans laquelle, au temps heureux de la paix, elle avait cru pouvoir travailler pendant ses quatre années de pension. La guerre et la mort en avaient décidé autrement. Très peu de temps après son arrivée elle dut prendre le lit pour ne le quitter que bien rarement jusqu'à sa mort. Cependant, deux ou trois semaines avant son départ pour Paris, se croyant à peu près convalescente, elle se trainait sous les ombrages de la Villa où sa sœur l'installait tendrement sous des couvertures. Quel spectacle poignant que celui de cette jeune fille souffrant courageusement et avec résignation ! Le 13 juin 1916, Lili Boulanger prenait congé du directeur et de Mme Besnard qui ne devaient pas la revoir. Un souvenir précieux restera d'elle : c'est un buste très ressemblant qui est en même temps un fort beau buste, œuvre de caractère et d'expression exécuté avec grand talent par sa collègue, Mlle Heuvelmans, durant les dernières semaines de son séjour à la Villa Médicis. * L'année 1916 fut, pour M. Albert Besnard, une de ces années où les grands artistes vivant à des époques héroïques touchent de plus près à l'histoire ; et si Degas vivait encore il lui serait difficile de répéter la phrase lapidaire avec laquelle il crut stigmatiser Albert Besnard jeune homme pour le restant de sa carrière, et qui fut répétée ici même, dans un article renfermant ses mots les plus célèbres : « Il voile de nos propres ailes. » Le portrait du cardinal Mercier achevé, l'inspiration vint à l'artiste de fixer pour la postérité les nobles figures du roi et de la reine des Belges chevauchant sur la plage de La Panne, dans l'atmosphère grise de la mer du Nord. M. Albert Besnard et sa femme passèrent quinze jours inoubliables sur ce petit lambeau de terre symbolique qui représente presque tout ce qui reste de la Belgique. M. Albert Besnard, qui s'était muni à La Panne d'études précises et de documents nécessaires à la réalisation du portrait des souverains belges, y a longuement travaillé. Ce tableau, signé du 1er juillet dernier, a déjà passé d'un présent immédiat à l'histoire : l'ennemi bombarde La Panne que les souverains belges ont dû abandonner. Grande et belle demeure, asile magnifique de l'Art PREMIÈRE IDÉE POUR LE PORTRAIT DU PAPE BENOIT XV.

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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE BUSTE DE LILI BOULANGER PAR MÈLE HEUVELMANS, PENSIONNAIRE. français, Villa Médicis, doublement famense dans Rome, tu auras été, pendant cette longue guerre, la demeure du bon labeur où de hauts esprits auront fraternellement médité sous les ombrages de ton bois sacré, de ton boschetto divin. Asile du labeur qui ne connaît point de trève, tu ne cesses point d'être hospitalière aux héros et aux exilés : souvenirs plus nobles furent-ils jamais pour celui qui fixera l'histoire de l'Académie de France à Rome ? D.-F. GUARNATI. EN SOUVENIR DE LA VILLA BORGHÈSE (PRINTEMPS 1918). Cliché Felici. BUSTES PAR LOUIS LEJEUNE, PENSIONNAIRE. L'ARCHITECTE MIRLAND, PENSIONNAIRE, TUÉ A L'ENNEMI. LE MUSICIEN DELVINCOURT, PENSIONNAIRE, MUTILÉ DE GUERRE. LE PEINTRE ROBERT BERNARD, FILS DU DIRECTEUR, TUÉ A L'ENNEMI. Cliché Felici.

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LA MINIATURE SUR ÉMAIL EN FRANCE AU XVIIIe SIÈCLE THOURON, VIEILLARD INCONNU. (MUSÉE DES BEAUX-ARTS, GENÈVE.) --- L A peinture sur émail, ce décor exquis imaginé par l'orfèvrerie française au temps du cardinal de Richelieu, est arrivée, un siècle plus tard, assez loin de son point de départ. La fortune et les honneurs qui ont couronné la carrière de Petitot hantent l'imagination de ses successeurs. Il n'est émailliste de quelque talent qui veuille peindre autre chose que le portrait, et, comme ils travaillent pour une société pressée de jouir, peu soucieuse de la durée des œuvres d'art, ils abandonnent bien vite la peinture au feu pour la gouache sur ivoire, plus expéditive et moins empêchée de difficultés techniques. En apparence, la peinture sur émail reste florissante. Mais ses jours sont comptés. Presque tout son éclat lui vient d'étrangers acclimatés en France. Les meilleurs accourent de Genève. Leur génie patient se prête mieux que la fantaisie et l'exubérance française aux minutieuses opérations de l'émaillage. En outre, les ouvrages de bijouterie que Paris dédaigne se spécialisent à Genève. Ils y entretiennent des ateliers florissants, d'où sortent de temps à autre de véritables artistes, empressés à quitter les travaux de fabrique pour chercher en France la gloire et la richesse. À la mort du régent (1723), la peinture sur émail ne compte pour ainsi dire aucun représentant. On ne parle plus du facile et fécond pinceau de Charles Boit. Le vieux peintre ne va pas tarder à mourir, infirme et dans un état voisin de la gêne. Ferrand, qui se croit victime d'injustices, ne travaille plus en émail et codifie en traité un art qu'il ne pratique plus. Châtillon est plus qu'octogénaire. Tout au plus peut-on citer un Suisse, Gabriel Fontaine (1696-1707), et Jean-Baptiste Oudry (1686-1731), dont la parenté avec le célèbre directeur de la manufacture de Beauvais n'est rien moins que prouvée. Tous deux sont représentés à la vente Cottin en 1752. Avec Jean-Baptiste Massé (1687-1707), nous rencontrons un artiste en vogue, une célébrité de la miniature, chanté par Voltaire dans l'Indiscrét en 1725. Malheureusement, Massé ne se livre à l'émaillage qu'à ses débuts, et parce que son père, riche marchand joaillier, ne lui laisse la faculté de faire de l'art qu'à ce prix. À la fin de sa vie, il possède encore ses deux premières plaques d'après Van Dyck, et les lègue par testament à son ami Cochin, avec ce commentaire : « Je fis ensuite, beaucoup moins mal en ce genre, quelques morceaux pour l'Angleterre, pour le duc de Lorraine et le grandduc de Toscane, et vraisemblablement j'y aurais fait quelques progrès, sans les circonstances qui m'empêchèrent de les continuer. » Le célèbre Liotard (1702-1789), quelque temps son élève, ne reste pas beaucoup plus fidèle à l'art du feu. Ce fils d'un joaillier suisse s'est déjà approprié tous les secrets de la peinture sur émail quand il débarque à Paris en 1723. Son maître à Genève, c'est Elie Gardelle, un émailliste qui possède plus de métier que de génie et dont on connaît un portrait d'homme daté de 1721 au musée de Genève, et une plaque ovale Acis et Galatée dans l'ancienne collection Paul Garnier. De cette période d'apprentissage date la plaque Diane et Endymion, au musée de Genève, signée Liotard et datée de 1722. C'est un bon ouvrage, mais qui infirme un peu le dire de Mariette « qu'ayant copié une peinture en émail de Petitot il la rendit si parfaitement que peu s'en fallut que la copie n'égalât l'original ». À Paris, il reste trois ans sous la direction de Massé, puis il le quitte pour J.-A. Arlaud, non sans lui avoir fait son portrait sur émail, que le vieux maître garde toute sa vie et lègue à sa nièce par testament. Il n'est plus question d'émail pour Liotard au cours de ses voyages, ou du moins nous ne connaissons aucune œuvre à rattacher à cette période. Mais en 1747, à son passage à Lyon, chez ses nièces, il peint en dimensions peu ordinaires la Marie-Thérèse d'Autriche du musée d'Amsterdam, après de nombreux essais, attestés par la plaque inachevée du musée de Genève.