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L'ARCHITECTE
RECUEIL MENSUEL DE L'ART ARCHITECTURAL PUBLIÉ AVEC LE CONCOURS DE LA SOCIÉTÉ DES ARCHITECTES DIPLÔMÉS PAR LE GOUVERNEMENT
COMITÉ DE DIRECTION :
- MM. A. ARFVIDSON, L. H. BOILEAU,
- L. BONNIER, BOUWENS DE BOIJEN, A. DEFRASSE, AD. DERVAUX,
- ROGER EXPERT, TONY GARNIER, CH. LETROSNE, P. PATOUT,
- H. SAUVAGE, L. SOREL, A. VENTRE
CONSEILLER TECHNIQUE : MICHEL ROUX-SPITZ
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SOMMAIRE
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TEXTE
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Tous les droits sur les articles et les reproductions sont réservés pour tous pays. Les articles parus dans "L'Architecte" deviennent la propriété de la revue.
FRANCE . . . Le numéro 12 fcs. — L'abonnement (12 numéros) . . . 120 fcs ETRANGER . . . 1°. Pays ayant adhéré à la convention de Stockholm (tarif postal abaissé) le numéro 14 fcs. L'abonnement (12 numéros). . . 140 fcs 2°. Autres pays: Angleterre et ses Colonies et Dominions (Canada excepté), Danemark, Danzig, États-Unis, Colonies hollandaises, Italie et Erythrée, Norvège, Palestine, Suède, Suisse: le numéro 16 fcs. L'abonnement (12 numéros). . . 160 fcs L'année parue (nouvelle série, 1924, 1925, 1926, 1927, 1928) . . . France 150 fcs. — Etranger. 165 fcs Portefeuille destiné à contenir une année . . . 12 fcs. — 15 fcs
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L'ARCHITECTE
L'ARCHITECTURE UNIFORME
A considérer la répartition de l'architecture moderne dans les différents pays d'Europe, on constate deux choses : la première, c'est que cette répartition est très inégale, la seconde, que l'originalité des constructions ou des études, prises dans leur ensemble, n'est guère en progrès. Laissons de côté la première constatation, quitte à y revenir plus tard. La deuxième est inquiétante. Certes il est naturel que, plus l'on construit, plus augmente la proportion des bâtisses quelconques. Mais là n'est pas la question ; l'inquiétant est que, loin de favoriser le développement d'une architecture vivante, comme on pouvait l'espérer, l'abondance semble mener tout droit à la banalité.
Nous nous imaginions que la mode du pastiche était passée, avec celle des colonnades, des trophées et des placages de toutes sortes. Tout le soin des novateurs s'est dépensé à rappeler aux architectes que le secret de l'originalité et de la jeunesse se cachait dans une étude serrée du plan et des matériaux, que la forme n'est qu'un aboutissement, le décor qu'un accent. Peine perdue : la grande masse des constructeurs n'a retenu de ces conseils que justement ce qu'ils ne comportaient pas. Ils n'ont vu qu'une forme qu'il fallait imiter pour être « dans le mouvement », des éléments décoratifs, un « style » enfin. Sur des données différentes, c'est répéter exactement l'erreur de nos devanciers, lesquels mettaient du classique partout. Bien plus, le décor, beau ou laid, introduisait au moins une certaine vie, un peu de mouvement ; avec la nudité que nous préférons actuellement, le chiffre des combinaisons est maigre. Il en va tout autrement si l'architecte consent à se laisser guider par la variété infinie des programmes ; la doctrine fondamentale de l'architecture moderne, à savoir qu'il est bon d'accuser franchement la construction dans la forme, que le plan est à la base de tout bâtiment, c'est, il ne faut cesser de le répéter, la seule méthode de travail possible et féconde.
Or la personnalité des novateurs est si forte, leur puissance persuasive si entraînante, que peu
Fig. 49. — Salle de concerts de l'École normale de musique, à Paris. Orchestre.
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L'ARCHITECTE
Fig. 50. — Salle de concerts de l'École normale de musique, à Paris. — Plan au niveau du balcon.
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L'ARCHITECTE
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Fig. 31. — Salle de concerts de l’École normale de musique, à Paris. — Plan du rez-de-chaussée.
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Fig. 52. — Hotel particulier, à Paris. — Plan du rez-de-chaussée.
à peu ils en sont venus à incarner, aux yeux de beaucoup de leurs émules, l'architecture de ce temps, et que leurs œuvres, où l'application d'une doctrine se mêle d'éléments individuels, semblent faites surtout pour être imitées : respect redoutable, exemple mal compris.
De même, d'où vient que, malgré sa sécheresse et la simplicité nécessairement grande de ses plans, l'architecture des usines, des halles, des ponts, nous apparaîsse comme si diverse et nous intéresse si vivement à l'heure actuelle? Ce n'est pas parce qu'elle flatte en nous une sorte de goût industriel que nous tiendrions de notre époque machiniste, comme on dit. C'est seulement par sa franchise, libre qu'elle est de tout alliage sentimental, de toute influence de la mode, de toute coquetterie. Ses formes traduisent les moindres variations du plan, rendent compte de tous les détails d'un programme, sans arrière-pensée. Les ensembles mécaniques nous plaisent par les mêmes qualités d'adaptation naïve à une fonction déterminée. Mais qui ne voit qu'en imiter les formes, c'est précisément tourner le dos au but vers lequel on tend?
Il n'est question en ce moment que d'une architecture internationale ; qu'entend-on par là ? Veut-on dire que les formes tendront à s'unifier partout? Mais cette forme à tout faire ne sera qu'un trompe-l'œil, plaqué sur la diversité mouvante des choses. Ce serait la faillite des beaux principes, et vraiment il était inutile de se donner tant de mal.
En admettant même que cette uniformité dans l'architecture soit justifiée par une uniformité croissante de la vie européenne, ce qui n'est pas démontré, il est certain qu'elle agirait comme un stérilisant, qu'elle amènerait un épuisement de la force créatrice, un arrêt net du progrès que l'on prétend seconder. Sans doute l'échange, dans tous les domaines, est chose indispensable, féconde. L'histoire de l'art n'est faite que de celle des influences, et, s'il y a quelque chose d'un peu vain dans la recherche des « sources » à laquelle d'aucuns la borneraient volontiers, il est sûr que cette recherche, à condition de n'être pas exclusive, aide singulièrement à définir la personnalité d'un artiste ou un courant artistique. Mais les temps ont changé depuis que le Bernin arrivait à la cour de Louis XIV pour tout transformer et s'y faisait recevoir de la façon que l'on sait. Les méthodes de pénétration ne sont plus les mêmes,
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L'ARCHITECTE
et les influences s'assènent à dose massive, que les résistances locales ont quelque peine à assimiler. Or l'influence ne vaut que si elle n'est pas une importation pure et simple; elle est féconde à condition de susciter, non de remplacer.
J'assistais dernièrement, à Paris, à la représentation d'un film sonore américain. La passivité du public était étrange. Non seulement il ne donnait aucun signe, d'approbation ou d'ennui, à ce spectacle, où la sottise d'ailleurs le disputait à la vulgarité, mais il semblait trouver tout naturel de n'y rien comprendre : car tout, ou presque, était anglais, chant et paroles. Que pouvait-il tirer de là? Plaisir? Il n'y avait pas apparence. Dégout? Pas même. Rien. Que des productions de ce genre puissent ainsi s'imposer et attirer des foules à longueur de journée en évitant peu à peu la concurrence, c'est un bel exemple de ce qu'obtiennent la réclame et la bonne organisation. Commerce, dira-t-on. Evidemment, et commerce seulement, commerce quitient, en l'espèce, lieu de talent.
Mais qu'est-ce donc en architecture que le standard, sinon, en fin de compte, du commerce? En matière industrielle, croit-on, le public choisit, et c'est le produit le meilleur qui finit par triompher. Soit; encore le public est-il à peu près capable, en ce cas, de choisir, car ce qu'il exige dudit produit est simple, précis. Le rendement d'une machine se traduit par des chiffres. Mais ailleurs? Ailleurs, le public prend ce qu'on lui donne. Il accepte, docile, parce qu'il serait bien empêché de dire ce qu'il veut. En architecture il n'a en général aucune idée de ce qui lui est nécessaire ; les commissions, comme les « Congrès d'architecture moderne », qui se donnent tant de tracas et font de si utile travail, sont composés uniquement d'architectes ; les expositions où elles rendent compte des résultats de leurs recherches sont visitées par les seuls architectes ou par des spécialistes du bâtiment, et aussi par de rares profanes ébahis et sceptiques.
Le jour où l'architecture sera tout à fait standardisée, c'est-à-dire organisée industriellement et commercialement, où la part de l'architecte se réduira au montage approximatif d'éléments semblables fabriqués en série à Bordeaux ou
Fig. 53. — Hotel particulier, à Paris.
Plan du 1er étage.