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L'ARCHITECTE
RECUEIL MENSUEL DE L'ART ARCHITECTURAL PUBLIÉ AVEC LE CONCOURS DE LA SOCIÉTÉ DES ARCHITECTES DIPLÔMÉS PAR LE GOUVERNEMENT
COMITÉ DE DIRECTION :
- MM. A. ARFVIDSON,
- L. H. BOILEAU,
- L. BONNIER,
- BOUWENS DE BOIJEN,
- A. DEFRASSE,
- AD. DERVAUX,
- ROGER EXPERT,
- TONY GARNIER,
- CH. LETROSNE,
- P. PATOUT,
- H. SAUVAGE,
- L. SOREL,
- A. VENTRE
CONSEILLER TECHNIQUE : MICHEL ROUX-SPITZ
RÉDACTEUR EN CHEF : J. PORCHER
NOUVELLE SÉRIE
8e ANNÉE N° 6
JUIN 1930
PARIS
ÉDITIONS ALBERT LÉVY
LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS
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SOMMAIRE
du numéro de "L'Architecte" de Juin 1930
TEXTE
ÉPITRE AUX ARCHITECTES (vers 1770) ... T***
PLANCHES
Pl. 31 et 32. — Immeuble, rue La Fontaine, à Paris ... H. SAUVAGE.
Pl. 33. — Grand séminaire de Saint-Brieuc ... G. LEFORT.
Pl. 34 et 35. — École à Wandsbeck (Allemagne) ... KRÖNCK ET WAHL.
Pl. 36. — Lycée de filles, Oak Pak, Ill. (E.-U.). Piscine... CHILD ET SMITH.
Correspondants.— Allemagne : Adolf Goetz, Gansemarkt, 33, Hambourg-36.— Autriche: D’Ermers, Schegargasse, 47, Vienne.
Agence générale pour la Belgique : Librairie A.-L. DE MEULENEERE, 21, rue du Chêne, Bruxelles.
Tous les droits sur les articles et les reproductions sont réservés pour tous pays.
Les articles parus dans “L'Architecte” deviennent la propriété de la revue.
FRANCE ... Le numéro 12 fcs. — L'abonnement (12 numéros) ... 120 fcs
ETRANGER ... 1°. Pays ayant adhéré à la convention de Stockholm (tarif postal abaissé) le numéro 14 fcs. ... 140 fcs
2°. Autres pays: Angleterre et ses Colonies et Dominions (Canada excepté), Danemark, Dantzig,
État-Unis, Colonies hollandaises, Italie et Erythrée, Norvège, Palestine, Suède,
le numéro 16 fcs. L'abonnement (12 numéros) ... 160 fcs
L'année parue (nouvelle série, 1924, 1925, 1926, 1927, 1928) ... France 150 fcs. — Etranger ... 165 fcs
Portefeuille destiné à contenir une année ... 12 fcs. ... 15 fcs
ÉDITIONS ALBERT LÉVY, 2, RUE DE L'ÉCHELLE, PARIS (Ier). LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS
Cheques postaux: Paris 6690 — R.C. Seine 64.696 — Adresse télégraphique: Edalvyde-Paris — Téléphone: Louvre 33-87.
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L'ARCHITECTE
ÉPITRE AUX ARCHITECTES (vers 1750)
Mes chers confrères, ce que j'entends dire tous les jours importe trop à l'architecture, à notre gloire et à nos intérêts pour que je garde plus long-temps le silence avec vous.
On dit (et ce sont des savants qui le disent) que l'architecture est celui de tous les arts de goût qui demande le moins de génie; et pour preuve de ce qu'ils avancent, ils en appellent à ce que nous faisons aujourd'hui.
Or, c'est nous, mes chers confrères, c'est nous qui faisons porter sur l'architecture, sur le premier et le plus utile des arts, sur l'Art par excellence, un jugement si injuste: Quel reproche pour nous! excepté quelques amateurs du singulier qui nous admirent, tout Paris nous regarde comme les convulsionnaires de l'architecture; on gémit de notre ridicule manie de faire, de nos écarts de goût, et de toutes les inconsequences d'art dont nous fatiguons les yeux des citoyens.
L'antique, l'antique voilà votre cri. Mais en prenez-vous le génie? Avez vous, comme les anciens, la nature pour guide, et pour but la convenance? La raison, l'esprit et les grâces conduisaient toujours leur main.
Que fait la vôtre? Complaisante servile de votre paresseuse imagination, elle va cherchant des ornements nouveaux dans les voiries d'Athènes et de Rome.
Et dans ces décombres fameux, conduite et trompée par l'exces de l'opinion, elle prend pour les fleurs du génie des Grecs et des Romains les plus bizares (et si j'ose dire) les plus triviales productions de ce génie ancien dont elle vient avec enthousiasme surcharger nos temples, nos palais, nos maisons, nos meubles, nos bijoux, etc...
Tout ornement déplacé, fût-il le plus ingénieux
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Fig. 36. — Immeuble, rue La Fontaine, a Paris. Façade.
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TEXTES I
Sous cette rubrique nous donnerons de loin en loin, et sans nous astreindre à un ordre chronologique trop rigoureux, des textes qui nous sembleront intéressants pour l'histoire du mouvement moderne.
Les idées qui ont fait naître l'architecture nouvelle en France sont, dans leur essence, des idées fort vieilles; on peut dire que, formulées ou non, senties plutôt que nettement exprimées souvent, elles ont déterminé, avec des alternatives de faveur et de recul, tout le développement de la construction française. Elles lui impriment, à travers la variété des formes et la multiplicité des influences subies, un caractère constant.
Le texte dont nous donnons aujourd'hui un extrait, et dont l'auteur signe modestement $ T^{***} $ , date des environs de 1770, au moment du grand engouement pour l'antique qui allait marquer si profondément l'art français.
On y trouve indiqué, sous une forme naïve mais qui ne manque pas de saveur, ce goût de la simplicité constructive et de l'économie des moyens qui triomphe aujourd'hui.
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du monde, semble toujours emprunté, et fait tort à son auteur. Les Goths dont les singulières idées révoltèrent l'architecture, la sculpture, la peinture et le goût, avaient encore, au moins, conservé dans leurs monuments de la grandeur, de l'élegance et de la délicatesse : on voyait dans la bizarerie et la confusion de leurs ornements des monstres; mais des monstres enfantés par l'imagination.
O! jugement, esprit, grâces, émulation, revenez à Paris ranimer les Beaux-Arts, guider la main égarée des artistes, et leur faire faire, en dépit d'eux, des choses raisonnées.
Le raisonnement, mes chers confrères, est la base des arts; si nous en ignorons les loix, comment pouvons-nous pratiquer les arts?...
Comment voulons-nous être architectes, si nous n'avons pas l'esprit de l'architecture, si nous ne savons pas quels rapports produisent les plus beaux effets dans l'ordonnance d'un édifice?
Les Goths, ces Goths à nos yeux toujours bar-
bares, ces fantasques ennemis des règles de la noble architecture, ne les ont méconnues dans certaines parties que pour les surpasser dans d'autres.
Leur goût n'était pas si barbare que l'idée que nous y avons attachée; ils savaient (et nous, massifs architectes, nous l'ignorons) que c'est l'air qui perce les parties d'un édifice, qui lui donne de la légèreté, et non les tas de sculptures dont nous chargeons ses murs.
Je vous entens me dire: «ils faisaient des piliers, et nous faisons des colonnes». Oui, et parce que nous faisons des colonnes, nous sommes tout fiers. O mes amis, que nous avons tort, que nous nous aveuglons! Souvent beaucoup d'entre nous devroient plutôt rougir d'en avoir fait.
On voit tous les jours les hommes les plus bornés croire qu'ils sont poètes, parce qu'ils font des vers sans défaut : mais ces vers sans défauts sont des vers sans beautés et sans grâces. Or, si nous ne faisons pas autrement des colonnes, nous sommes architectes comme ces gens-là sont poètes.
Cependant nous nous extasions devant nos ouvrages! Nous admirons comme le plus grand effort de l'imagination quelques chétifs fuseaux que nous avons introduits dans la décoration d'une maison contre toute convenance.
Nous croyons que les ordres d'architecture peuvent être employés indifféremment grands ou petits? Nous nous trompons; la grandeur de l'ordonnance est le grand secret de l'architecture.
Une petite colonne est, dans l'ordre des colonnes, ce qu'un nain est dans l'ordre des hommes, quelque bien proportionné qu'il soit, ce n'est jamais qu'une espèce avortée qui ne fait 'qu'amuser un moment la curiosité; au lieu qu'un grand homme bien fait cause toujours de l'admiration.
On nous voit encore associer à nos petites
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colonnes des pilastres; ornement pauvre et maigre, indigne de la compagnie des colonnes, et même déplacé où il n'y en a pas.
Non contens de faire ces colonnes hautes comme le coude, nous les juchons aussi les unes sur les autres, et si peu ingénieusement que nombre de nos portails d'église ressemblent à un échafaud dressé pour en faire le ravalement.
Vous aurez beau courir au portail de S. Gervais, et crier : voyez celui-ci, est-ce un échafaud? On ne vous écoutea point; ou si on vous écoute, on vous répondra qu'exécuté par une main moins habile il eût été aussi médiocre que les autres.
C'est dans ces décorations extérieures des églises qu'on voudrait nous voir imiter l'adresse et la légèreté des Goths; c'est là qu'on nous demande de faire jouer, comme eux, l'air avec la pierre. Leurs églises avec tous leurs défauts ont cent fois plus de grâces et d'élégance que les nôtres.
Il est criant, dit-on encore, que nos architectes de paroisses n'aient jusqu'ici décoré que le portail, et laissé les côtés comme des murs de grange, sans s'aviser d'aucune décoration agréable qui pût balancer la poussée des voûtes sans découvrir à l'œil la nécessité.
Dirons nous que c'est par raison d'économie que nous négligeons ces parties extérieures des temples sacrés?
Petite raison qui n'excuseroit point la paresse de notre imagination. Car faisons-nous sans dépense ces murailles pleines, ces ailerons et ces contreforts monstrueux qui blessent les yeux et dénotent notre peu de hardiesse et d'habileté?
Il ne faut pas nous examiner dans l'intérieur de ces monuments, nous aurions trop de reproches à nous faire. Demandons-y seulement pardon à Dieu de ce que nous lui faisons tous les jours des demeures si peu dignes de lui, et tant de niches à ses saints.
Si les artistes avaient plus de génie, vous verriez plus de chefs-d'œuvre de l'art : convenons-en, mes chers confrères, nous sommes pauvres de ce côté-là : et nous sommes trop paresseux pour devenir plus riches.
Mais nous ne sommes paresseux que parce que nous sommes trop libres de faire comme nous voulons. Qu'on proscrive les boudins, les bâtons rompus, et toutes les autres modernes antiquailles, nous serons bien obligés de faire autre chose.
Qu'on défende de même d'imiter tout ce qui aura été mal fait, ou fait mal-à-propos dans un édifice, les ignorants copistes se corrigeront, et les défauts ne se multiplieront plus.
Mes chers confrères, pour notre honneur, pour l'honneur de l'architecture, et pour celui de notre siècle, demandons que l'Académie choisisse un nombre d'architectes animés de son esprit pour aller, le flambeau de la proscription à la main, marquer dans tous nos monuments les choses qu'il faut que l'ignorance cesse d'imiter.
O! Marigny, une précaution si sage et si avantageuse aux arts, n'est pas indigne de ton attention ; ajoute encore une branche à ta couronne.
Fig. 38. — Immeuble, rue La Fontaine, à Paris.
Plan des 2e, 4e et 6e étages intermédiaires.
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Fig. 39. — Immeuble, rue La Fontaine, à Paris. Cour.
L'abus des modes est pernicieux au bon goût; le beau, le vrai beau est toujours nouveau, on n'en détourne la vue que pour le revoir avec plus de plaisir.
Cherchons à plaire, mes amis, c'est notre talent. Mais cherchons à plaire avec des grâces à nous, et non avec des ridicules aux autres.
Je ne demande pas que tout le monde invente; mais que celui à qui l'invention n'est pas donnée s'attache à perfectionner les choses inventées, c'est le long concours vers la perfection qui fait qu'on en approche.
Le spectacle de la nature, les événements du temps, les intérêts des hommes sont des portefeuilles inépuisables, où avec un peu d'esprit nous trouverons de quoi orner convenablement tout ce que nous ferons. Cherchons-en la clef, mettons du temps et de l'attention à les feuilleter, et nous serons Grecs et Romains; nous serons des hommes sensés.
Le dessin est l'écriture des arts; sans cette écriture, sans l'usage du dessin, point d'issue à la perfection dans les arts.
Mais l'architecte n'a pas autant besoin que le peintre et le sculpteur, de la perfection de l'écriture : qu'il fasse de bonnes phrases, les autres formeront les mots.
Je vois tous les jours de jeunes architectes dont le crayon se plaît à parer des idées ridicules. On peut les comparer à de jeunes filles qui ornent avec de jolis colifichets de vilaines poupées.
Dessinez bien, mes amis, rien de mieux, mais ne vous plaisez pas trop à faire un beau dessin. L'architecture ne demande que des lignes, il faut la juger toute nue; et si la nudité est choquante, ne cherchez pas à faire illusion en lui donnant une belle parure.
Je vous entends me dire que les idées sans le dessin sont semblables à des diamants dans l'obscurité. Qu'il faut la lumière pour les faire jouer; et que le dessin est la lumière qui fait briller vos idées.
Oui, mais songez que la lumière fait aussi briller une pierre fausse, et que le dessin peut rendre le même office à une mauvaise idée.
Déférez-vous donc, en projetant, de la séduction du dessin, servez-vous de lui sans vous en rapporter à lui; servez-vous de lui, dans ce moment-là, pour écrire et fixer vos idées seulement.
Votre choix fait, et dans l'exécution redevenez bons dessinateurs, soyez même habiles sculpteurs, tout architecte devrait l'être. De l'union et de l'accord parfait de la sculpture avec l'architecture naît l'admiration pour le monument, et l'estime pour l'architecte.
L'étude pour l'architecture demande un autre âge que celui où l'on apprend à la dessiner. Ses convenances, ses beautés, ses finesse et ses perfections ne s'aperçoivent point avec les yeux qui
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précèdent le jugement ; il faut être homme pour les voir et pour les concevoir.
Alors ce ne sont plus des individus architectes qui doivent être vos maîtres, ce sont les ouvrages des architectes, et votre raison.
C'est aussi dans son pays que l'on doit commencer à apprendre à voir, car le caractère d'une nation, son ciel, son sol, ses mœurs et ses usages, ont, et demandent (de même que les lois particulières) des arts à eux.
Qu'au sortir de l'école de dessin, on envoie un jeune homme voir les restes des monuments de l'Italie, de la Grèce, etc. Qu'y voit-il ? Qu'en rapporte-t-il ? Peu de chose pour lui, et rien pour son pays.
La plupart de ceux qui en reviennent le prouvent. Ce qu'ils mettent au jour ne convient presque jamais, ni à Rome, ni à Athènes, ni à Paris. C'est un mélange de choses, un débordement de mémoire, un pot pourri enfin, qui ressemble à tout et qui ne ressemble à rien.
O! mes amis, ne courons pas si précipitamment chez d'autres nations chercher le secret d'un art qui ne nous est point caché chez nous. Ouvrons avant les yeux sur ce que nous montre le génie de notre nation, et étudions le bien avant d'aller chez les autres, afin d'être plus en état d'y prendre de quoi l'enrichir.
La théorie est l'habitude de voir et de comparer les objets avec les yeux de l'esprit; et la pratique est l'habitude de voir et de comparer ces mêmes objets avec les yeux du corps.
Sans cette dernière habitude, mes amis, un architecte flotte toujours dans l'indécision. Il est continuellement en peine du choix qu'il doit faire de telle ou telle proportion : il voudrait voir la chose faite pour se décider.
Il fait des modèles, et ses modèles le trompent, parce qu'on est toujours porté à trouver bien ce qu'on a pensé, et qu'on se juge soi-même quand on est encore tout plein de ce que l'on a fait.
Le meilleur moyen donc pour parvenir à se bien juger, c'est d'avoir vu faire les autres, c'est de les avoir suivis dans leurs opérations, c'est de les avoir vus eux-mêmes dans leurs indécisions; et d'avoir ensuite entendu les jugements du public.
Ces leçons sont celles qui font l'impression la plus pénible et la plus durable; elles accoutument notre œil à mesurer les beautés et les défauts de notre ouvrage pour la comparaison des beautés et des défauts de celui des autres.
Toute idée neuve rit à l'imagination, mais avant
Escalier.