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Numéro 9
15 Mai 1923
BEAUX-ARTS
REVUE D'INFORMATION • ARTISTIQUE •
L'EXPOSITION D'ART BELGE ANCIEN ET MODERNE au Jeu de Paume
L'exposition d'art belge ancien et moderne, ouverte depuis quelques jours au Jeu de Paume, est avant tout, dans la pensée de ses organisateurs, même français, une manifestation en l'honneur des peintres flamands et wallons du xixe siècle; ces beaux artistes sont les premiers à nous accueillir dans les salles coquettement aménagées par M. G.-L. Jaulmes, et profitent largement de l'hospitalité qui leur fut offerte par M. Léonce Bénédite et ses collaborateurs; mais on nous pardonnera d'aller saluer tout d'abord les grands «ambassadeurs» de la peinture septentrionale.
Vit-on jamais à Paris semblable «conférence»? L'exposition des Primitifs à Bruges (1902) consacra définitivement le prestige de l'école dite flamande, et que nous appelons aujourd'hui, pour plus de justesse et de justice, «école des anciens Pays-Bas». Quand bien même l'exposition du Jeu de Paume n'offrirait pas l'immense intérêt didactique que présentait sa devancière, la faveur des artistes pourrait suffire à justifier l'organisation d'une fête si brillante, à rehausser son lustre incomparable.
On sait qu'avant les Van Eyck, les caractères de l'art flamand ne sont guère fixés. Peintres, tapissiers, sculpteurs et miniaturistes, qu'ils travaillent à Paris, dans le nord ou dans la région bourguignonne, participent d'une esthétique où les influences italiennes, orientales et colonaises concourent à la création d'un style international que le Paremment de Narbonne ou les tapisseries d'Angers (exposées le mois dernier au Musée des Arts décoratifs) nous révèlent à son point culminant.
Puisque l'on veut qu'un naturalisme teinté de bonhomie soit l'une des marques distinctives de la peinture flamande et wallonne, on en cherchera peut-être un premier témoignage dans l'œuvre de Melchior Broederlam, d'Ypres, peintre de Philippe le Hardi. Pourtant, les volets de retable prêtés par le Musée de Dijon sont encore d'un idéalisme très italianisant. Quelques détails familiers y annoncent l'esprit des temps nouveaux.
Adam et Eve, des Van Eyck, fragments du polyptyque de l'Agneau, nous montrent l'art du xve siècle à son apogée, dès sa fleur. Parlons sans doute de réalisme, mais aussi de cette force strictement mesurée, de cette vie intérieure par quoi le Portrait de Marguerite Van Eyck, entre autres, nous fascine et nous fait rêver. La Vierge à la Fontaine et la petite Sainte Barbe, inachevée, d'Anvers, sont du Jean Van Eyck le plus gracieux.
Quant à l'Annonciation d'Aix-en-Provence (église de la Madeleine), de laquelle on a rapproché le Jérémie de Bruxelles (acheté à la vente Jacques Normand) et l'Isaïe — hélas! si défiguré — de la collection Herbert Cook, signalons-en simplement le caractère eyckien et laissons à M. Hulin de Loo le soin de résoudre un problème d'attribution dont voici les données par lui découvertes.
Cl. de la Gazette des B.-A.
Partie centrale du Jugement dernier,
de Roger van der Weyden.
(Hôtel-Dieu de Beaune)
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Le maître de Flémalle, probablement Robert Campin, est le plus ancien, le plus touchant des conteurs wallons. Son Annonciation (collection de la comtesse Jeanne de Mérode), narration précise où mille détails se juxtaposent sans confusion,
Memline éloigné de Bruges a-t-il perdu de sa séduction? Le Diptyque de Martin van Nieuwenhove entre autres chefs-d'œuvre, ayant quitté l'hôpital Saint-Jean, plaide ici la cause d'un peintre qu'il faut aimer d'amour et ne pas trop dépouiller de sa légende. Quant à Gérard David, par qui l'école brugeoise brille ensuite d'un nouveau feu, il est grave, un peu timide, peint par lui-même au coin du panneau qui rassemble La Vierge et les saintes femmes (musée de Rouen) et dont la majesté tranquille impose presque le silence. Même allure cérémonieuse dans l'Adoration des Mages; cordialité la plus franche dans la Vierge à la soupe au lait (Bruxelles).
Jérôme Bosch: deux tableaux du musée de Gand, dont le Portement de Croix: co'oris, clair-obscur, invention satirique extraordinaires. Quentin Metsys: la Madeleine d'Anvers, et les grands volets de Bruxelles. Pierre Bruegel l'ancien : trois chefs-d'œuvre de Bruxelles et, de Vienne, le Dénicheur et cette Marine romantique dont les « peintres » seront enthousiastes. Nous sommes en plein seizième siècle, mais en présence du maître le plus « moderne ». Sautons deux siècles... non sans remarquer l'Angélique, de Rubens (Vienne), ce Fragonard avant la lettre, la Fécondité, de Jordaens, les magnifiques portraits de Van Dyck et de Corneille de Vos.
Il y a cent ans, Navez, élève de David, (la Famille de Hemptine est son meilleur tableau), n'ignorait pas les primitifs. Henri Leys allait bien-tôt les interroger sur la technique, mais les romantiques ne connaissaient que Rubens... et s'inspiraient de Paul Delaroche. Un isolé, Henri de Braekeleer, le plus beau peintre de l'école belge, (il n'est question d'« école belge » qu'après 1830),
L'annonciation par un Maître flamand du xv° siècle (Eglise de la Madeleine d'Aix-en-Provence)
vaut par des qualités que l'on retrouve dans la Madone glorieuse du musée d'Aix et la Nativité de Dijon, mais qui feront place, à la fin de la vie du maître, aux accents dramatiques que Roger Van der Weyden découvrit sans doute le premier.
Né à Tournai, où il travailla longtemps dans l'atelier de Robert Campin, Roger de la Pasture, dit Van der Weyden, fonde l'école de Bruxelles. Voici rapprochées deux de ses œuvres capitales, puisque S. M. le roi d'Espagne consentit à prêter la Descente de Croix, (Escurial), exécutée vers 1435 et dans laquelle se concentre en une sorte de bas-relief, tout le pathétique de la plus poignante tragédie; et puisque l'hôpital de Beaune nous envoya le Jugement dernier, commencé en 1443, et dont les grandes figures sont inoubliables. Nous ne pouvons que citer la Pietà (Bruxelles), l'Homme à la flèche (id.), et le Philippe de Croy (Anvers). Van der Weyden est le mieux représenté parmi les maîtres du quinzième siècle.
Il nous faut aller vite, passer devant le Retable du Saint-Sacrement (Thierry Bouts), dont les volets furent restitués par l'Allemagne à l'église Saint-Pierre de Louvain. Rien de Hugo Van der Goes, mais on croit discerner les traces de son influence dans une précieuse tenture venue des Gobelins. (Nous ne pouvons naturellement songer à décrire les tapisseries, enluminures, meubles et bois sculptés qui reflètent l'éclat des peintures).
rappelle d'abord les petits Hollandais, puis devance l'impressionnisme. A côté de lui, Jan Stobbaerts, autre Anversois robuste et sanguin.
Mais surtout la pleiade réaliste d'après 1850: le
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parisien Alfred Stevens et son frère Joseph, grand animalier. Puis Agneessens, Louis Dubois, Verwée, le portraitiste Liévin de Winne, le mariniste Artan, Boulenger qui nous laisse avec Jean De Greef les plus beaux paysages brabançons, Constantin Meunier, Charles De Groux, Rops, Eugène Smits avec la Marche des Saisons, Vogels et Pantazis, précurseurs de James Ensor.
Peu d'impressionnistes à l'exposition, car les meilleurs ne sont pas morts. Voici pourtant l'Espagnol à Paris, d'Evenepoel, Heymans, Baertsoen, Lemmen. Quelques idéalistes un peu « en marge » : Mellery, Khnopff, Auguste Donnay. Enfin Rik Wouters et le triomphe de la jeunesse.
Cl. Becker
L'homme à la chaise, par DE BRAEKELEER (Musée d'Anvers)
Faut-il, mauvaise habitude, sacrifier la sculpture dans un bref compte-rendu? Nous en avons dit assez pour que nos lecteurs veuillent se « rendre compte » par eux-mêmes, et nous excusent.
Paul FIERENS.
NOUVELLES
Par arrêté du Ministre de l'Instruction publique, M. Lucien Simon est nommé chef d'atelier de peinture à l'Ecole nationale des Beaux-Arts, en remplacement de M. François Flameng, décédé.
Un arrêté du Ministre de l'Instruction publique a, d'autre part, fait entrer au Conseil supérieur des Beaux-Arts MM. Maurice Denis, artiste-peintre et Georges Hue, compositeur de musique, MM. Locquin et Marcel Plaisant, députés.
M. Joseph Hackin, qui était conservateur-adjoint au Musée Guimet, vient d'être nommé conservateur en titre de ce musée, en remplacement de M. Moret, nommé professeur au Collège de France.
M. Claude Maître, ancien directeur de l'Ecole Française d'Extrême-Orient, a été délégué aux fonctions de conservateur-adjoint.
Une exposition d'art français, placée sous le patronage du Ministère japonais de l'Instruction publique, a lieu en ce moment à Tokio.
Au mois de novembre s'ouvrira à Rome la deuxième exposition biennale internationale des Beaux-Arts. Le peintre Efiso Oppo et le statuaire Alfredo Biagini, ont été chargés de venir à Paris pour assurer la participation française.
A l'occasion des Jeux Olympiques de 1924, cinq concours d'art seront créés dont les résultats seront exposés au stade de Colombes. Les œuvres destinées à ces concours devront se rapporter à un sujet sportif. Le dessin de l'affiche Internationale a été confié au peintre Georges Dorignac.
Une pétition émanant du Syndicat de la rue Royale a été déposée sur le bureau du Conseil municipal, par M. Froment Meurice. Elle a pour but d'imposer le respect des servitudes établies par lettres patentes du roi en 1757 et 1758 et qui exigeaient que les façades soient exactement conformes les unes aux autres et contribuent ainsi à l'harmonie de la perspective.
La commission du Vieux-Paris, dans sa dernière séance, s'est occupée du projet d'élargissement de la rue des Carmes, qui dégagera l'ancien Collège des Irlandais, devant lequel un square serait ménagé.
Un concours de façades, dont le principe avait été adopté en décembre 1897, va être ouvert prochainement par le conseil municipal. Il s'appliquera à l'ensemble des édifices construits ou terminés du début de 1914 à la fin de 1922, et vise à encourager les efforts des architectes, des artistes et des entrepreneurs qui cherchent à donner aux maisons nouvelles et spécialement aux boutiques, un aspect moderne et agréable.
Un congrès international pour la protection de la nature (sites et monuments naturels) se tiendra à Paris, du 31 mai au 3 juin, sous la présidence de M. Louis Mangin. Il étudiera, notamment, l'extension des villes, les réserves et refuges, les parcs nationaux
NECROLOGIE
Le 4 mai, s'est éteinte à Paris, après une longue maladie, une femme de grand esprit et de grand cœur qui fut une bienfaitrice insigne de nos Musées et de nos établissements scientifiques, sans compter mainte œuvre sociale, la marquise ARCONATI-VISCONTI. Elle était la fille du sénateur Alphonse Peyrat qui fut un des républicains de la première heure et un ami des fondateurs de la Troisième République.
On connaît la magnifique collection qu'elle voulut voir installer au Louvre de son vivant. Son testament laisse à l'Université de Paris l'ensemble de sa fortune évaluée à dix ou douze millions.
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ACADÉMIES SOCIÉTÉS SAVANTES
Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.
Séance du 20 avril.
M. Lantier donne lecture d'une note relative à de nouvelles découvertes de tombeaux puniques effectuées à Carthage.
M. Albert Grenier, professeur à l'Université de Strasbourg, fait une communication sur Trèves, capitale des Trévires, et les vestiges de la ville romaine dont le plan primitif en damier se conserve encore dans le sous-sol de la ville actuelle.
Séance du 27 avril.
M. Senart lit un rapport sur la mission de M. Foucher en Afganistan et décrit les monuments boudhiques de la vallée de Bamian.
Séance du 4 mai.
Lecture est donnée d'une note de M. Virolleaud sur les fouilles de Syrie.
M. Camille Jullian fait une communication sur les vestiges d'une fabrique de poteries antérieure au vie siècle, retrouvés dans les fouilles de M. l'abbé Hermet, près de Milhau.
Académie des Beaux-Arts.
Séance du 21 avril.
L'Académie a émis le vœu que le Président du Conseil et le Ministre de l'Instruction publique veuillent bien prendre les initiatives nécessaires pour que soient protégés les beaux vestiges des civilisations romaine et arabe en Tunisie.
Séance du 28 avril.
L'Académie élit deux associés étrangers, en remplacement de MM. Cuypers et Pradilla, décédés : le sculpteur américain Paul Weyland Bartlett, de Washington, et le sculpteur espagnol Benliure y Gill.
Société d'Histoire de l'Art français
Séance du 13 avril.
M. Carlo Jeannerat retrace la biographie du miniaturiste François-Antoine Romany, né à Lyon, artiste modeste qui, au cours de la Révolution, épousa la fille légitimée du marquis de Romance, Marie-Jeanne, sous le nom d'Adèle Romany, elle est l'auteur de nombreux portraits conservés à la Comédie-Française.
M. Mauricheau-Beaupré, se fondant sur une lettre au marquis de Marigny qui figure dans la correspondance des directeurs des Bâtiments du Roi (Archives Nationales), donne à François de Troy le tableau représentant Louis XIV et sa famille (Londres, Collection Wallace) attribué à Largillièrе.
M. Gaston Brière énumère quelques œuvres d'art décoratif jusqu'ici dispersées et qui vont retrouver au musée de Versailles leur place primitive : Les quatre heures du jour par Joseph Vernet, des panneaux d'après Boucher, et une composition de Noël Coypel. Il signale plusieurs sculptures de Raon, de Vassé, de Coustou et d'Adam le jeune, exposées depuis peu dans les galerie; du cha eau.
L'ARCHITECTE HENRI EUSTACHE (1861-1922)
et ses projets pour un Musée d'Art contemporain
Une exposition vient de s'ouvrir à l'Ecole des Beaux-Arts, consacrée à l'œuvre d'un architecte qui y professa, de 1904 à 1922, le cours d'enseignement simultané des trois arts, et qui, en
mème temps qu'un des plus brillants représentants de notre école classique, fut un peintre délicat, dont les aquarelles et notations multiples, connues jusqu'ici d'un petit nombre d'amis, témoignent d'un talent raffiné et sensible.
M. Paul Léon, dans la préface du catalogue de l'Exposition, a rendu un hommage ému à la mémoire d'Henri Eustache, enlevé, il y a un peu plus d'un an, par un coup brutal et prématuré, à l'affection de ses amis et de ses élèves; il a sou'igné le caractère de cette nature « fière et discrète » et de ce talent complexe emporté « en plein travail, en plein rêve, protégé des atteintes de l'âge par la jeunesse de l'esprit et par la jeunesse du cœur ».
Elève de Ginain, prix de Rome à 30 ans en 1891, médaille d'honneur du Salon en 1902, avec sa restitution de la Voie Sacrée, Eustache avait montré de bonne heure un goût naturel et une habileté peu commune dans le rendu léger et enveloppé des coins familiers de France, ou des nobles horizons au milieu desquels il avait vécu à Rome. Ses relevés même de marbres antiques, au chagrin de ses maîtres de l'Institut, s'agrémentaient de cadres de verdure harmonieux et de reflets inattendus. Sa curiosité en éveil, après l'avoir promené de Venise en Sicile, l'avaient, son temps de Rome achevé, entrainé vers la Grèce, où, d'une mission accomplie de 1895 à 1896, avec M. Gabriel Millet, sortit une moisson de relevés et d'études colorées d'après les curieuses églises et les vieilles fresques byzantines de Mistra, qui n'ont encore été qu'incomplètement publiées.
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De retour en France, la carrière administrative qui s'ouvrit pour lui dans les services de la Ville, puis dans ceux des Bâtiments civils, l'amena à
Premier projet pour un Musée d'Art contemporain
s'occuper de pierres moins dorées, comme celles de la Bourse de Paris ou du Ministère de l'Agriculture. Il faut noter toutefois, au passage, son projet ingénieux et habilement présenté pour une reconstruction de la Bourse au milieu du jardin du Palais Royal. Mais un bon génie veillait sur lui et l'affectait à l'entretien de l'hôtel Biron et du palais de Fontainebleau; le merveilleux jardin parisien, magnifié par sa solitude et son abandon, le parc qui prolonge la forêt qui lui était chère depuis longtemps et près de laquelle une demeure familiale abritait ses loisirs laborieux, fournirent à ses crayons et à ses pinceaux bien des motifs pittoresques et des ensembles de lignes harmonieuses. Versailles l'attirait également par la noblesse de ses masses de verdures et d'architectures classiques. Mais une dernière occasion lui fut encore donnée de renouveler au loin les impressions exo-
Deuxième projet pour un Musée d'Art contemporain
tiques et classiques à la fois de sa jeunesse. Un studieux pélerinage au Maroc s'imposa à lui dans les dernières années de sa courte vie en vue de la construction de l'Institut Musulman de Paris,
dont il avait agencé les grandes lignes avant de disparaître.
Tous ces souvenirs, toutes ces impressions, ordonnés par des mains pieuses, crayons, pochades, esquisses, pages d'aquarelle très poussées, avec de réelles et personnelles qualités de peintre, voilà ce que cette exposition de l'Ecole des Beaux-Arts, nous offre en un ensemble aussi varié qu'imprévu, à côté des austères planches grand aigle du relevé de la Voie Sacrée et des envois de Rome.
Nous devons toutefois, ici, nous arrêter plus particulièrement à ces projets ingénieux et dont la réalisation eut été infiniment souhaitable, si les temps où ils furent conçus l'avaient permis, pour la construction, autour de l'hôtel Biron, d'un Musée d'art contemporain digne de son objet, digne de notre pays, digne aussi du joyau d'architecture française qui devait en constituer le noyau.
Troisième projet pour un Musée d'Art contemporain
Un premier projet englobait l'hôtel Biron entre deux masses de bâtiments formant ailes, laissant intacte la belle façade du jardin et faisant précéder celle qui s'oriente vers la rue de Varenne d'une cour qui n'était pas sans rappeler celle de l'hôtel Soubise.
Un second projet, respectant davantage le logis primitif, l'enchaînait, sans le toucher, dans la masse des bâtiments nécessaires au développement des galeries. Un troisième enfin, le laissant intact et isolé vers la rue de Varenne, élevait au fond du jardin, avec façade sur le boulevard des Invalides, tout le nouveau bâtiment.
Les trois solutions avaient leurs avantages; nous ne saurions ici les discuter en détail. A défaut des plans que l'on pourra voir à l'exposition, les trois vues d'ensemble à vol d'oiseau que nous reproduisons permettent de se rendre compte de ce labeur considérable dont la modestie d'Eustache avait fait trop peu de bruit et qui intéressent
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pourtant au plus haut point quiconque a souci de la dignité de nos collections d'art moderne, si mal partagées jusqu'ici comme logement. Les études mises au point par Eustache, avec la collaboration d'un jeune architecte de l'Ecole des Beaux-Arts, M. Roger Deperthes, fils d'un de ses camarades d'atelier, trop tôt disparu, lui aussi, ont été poussées très avant et, le jour où notre vigilante administration des Beaux-Arts trouvera le moyen de les reprendre, la mémoire d'Eustache qui y apporta toute son ardeur et toute son élégante générosité d'esprit ne devra pas être oubliée, en présence d'une réalisation qui s'imposera tôt ou tard.
Paul Vitry.
MONUMENTS HISTORIQUES
Charente. — La très intéressante église de Saint-Estèphe, près d'Angoulême, méritait à bien des titres le classement qui vient d'être prononcé. C'est un édifice à nef unique, terminée par un chevet plat, où l'on retrouve la trace de plusieurs campagnes de travaux.
Maison de la rue des Merciers à la Rochelle
Charente-Inférieure. — Un alignement malencontreux de la pittoresque rue des Merciers, à La Rochelle, risquait de faire disparaître la belle maison du début du xvie siècle, existant encore au no 8. Le classement intervenu permettra de con-
server la façade et les intéressantes dispositions intérieures de cette curieuse demeure bourgeoise, construite par quelque riche armateur de l'époque. Sur une large arcade en arc surbaissé, que
La "Porte Guillier" à Semur-en-Auxois
précède un passage couvert, commun avec les maisons voisines, s'élèvent deux étages éclairés chacun par trois fenêtres à frontons coupés par un fleuron, triangulaires au premier, circulaires au second. Deux lucarnes surmontées de frontons, ornés d'animaux héraldiques, d'une sculpture un peu lourde, couronnent la façade. Sur la cour intérieure, un étroit escalier de pierre, supporté par une épaisse colonne à chapiteau dorique, donne tout son caractère au logis; les appartements sont malheureusement vides de leur décoration et de leurs cheminées anciennes.
Côte-d'Or. — La petite ville de Semur en Auxois, conserve encore, englobée dans des constructions de diverses époques, une partie de son enceinte du Moyen-âge, et notamment l'une des anciennes portes, dite « Porte Guillier ». L'enceinte était double; c'est l'ensemble des deux passages, avec les bâtiments qui les surmontent, leurs tourelles à machicoulis, la tourelle d'escalier, qui a été classé. La façade sur la ville comprend un haut pavillon à trois étages, éclairés par de gracieuses fenêtres à colonnettes du xive siècle, dont le linteau est élégé en trèfle. On pénètre dans ces salles par un escalier donnant sur le passage, par une petite porte surmontée d'une statuette de Sainte Anne avec la Vierge.
Jean Verrier.
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BULLETIN DES MUSÉES
UNE STATUETTE DE BRONZE D'HÉRAKLÈS
au Musée du Louvre
L'exemple du Jeune prêtre isiaque de la collection Fouquet, dont l'entrée au Musée n'a pu être réalisée l'an dernier que grâce au très généreux concours de la Société des Amis du Louvre, montre à quel prix s'élèvent aujourd'hui, lorsqu'ils passent en vente, les bronzes antiques de valeur.
Il en résulte que c'est une bonne fortune pour le Louvre lorsqu'il est à même de s'en assurer quelqu'un avant qu'il ne soit passé par les mains d'un de nos grands marchands parisiens ou qu'un riche amateur ne l'ait recueilli.
La statuette reproduite ci-contre comptera à coup sûr parmi les plus heureux de ces achats du département des antiquités grecques et romaines. Son possesseur, — de qui nous avons acquis en même temps une curieuse anse de vase formée d'un lion dévorant un bélier étendu, qu'il maintient de ses pattes de devant, — en faisait un Zeus. Il est certain qu'il faut en réalité y voir un Héraklès.
Le héros est en marche, la jambe droite en arrière et ne touchant le sol que par la partie antérieure du pied, la jambe gauche au contraire, verticale à partir du genou, posant franchement à terre, de manière à assurer la solide assiette du corps, le visage légèrement de trois quarts. De la main droite levée et ramenée à hauteur de sa tête, il brandissait la massue: entre les doigts fermés reste précisément la place nécessaire au manche. Le bras gauche tendu en avant, dans la main fermée de même, tenait l'arc. Massue et arc, deux armes que portait aussi simultanément le fameux Héraklès de la collection Oppermann au Cabinet des médailles de la Bibliothèque Nationale.
Héraklès, ici de même, est barbu. Il ne s'agit pas d'un Héraklès juvénile, mais d'un Héraklès dans toute la force de l'âge. Une barbe abondante, non seulement forme collier au menton, mais couvre les joues et se réunit en avant des oreilles à la chevelure, traitée comme elle par petites boucles frisées, qui se succèdent accolées les unes aux autres, sans épi, ni raie d'aucune sorte. A la barbe se superposent en outre deux longues moustaches tombant des angles de la lèvre supérieure. La caractéristique de la tête, à qui des yeux aux pupilles creuses, jadis incrustées, donnaient une vie singulière, est avant tout la puissance.
Même impression de puissance se dégage du torse à la musculature saillante, muscles pectoraux, muscles des côtes, muscles inguinaux limitant le ventre à l'attache des cuisses par deux bourrelets nettement accusés.
Il n'est pas douteux que nous ne soyons en présence d'un type du ve siècle, et tout de suite se présente à l'esprit le nom de Myron, auteur, on le sait, de plusieurs Héraklès. La parenté, aussi bien, est grande du bronze avec une tête
Cl. Serv. Phot. B.-A.
Héraklès, statuette de bronze antique
d'Héraklès du British Museum attribuée par Furtwängler à Myron.
La statuette, qui mesure 0m. 13 de haut et qui est dans un état de conservation parfait, aurait été, dit-on, trouvée à Mantinée en Arcadie.
Etienne Michon.
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MUSÉE DU LOUVRE
Peintures et dessins
A une vente récente, faite par le fils du peintre Jules Dupré, le département s'est rendu acquéreur d'un beau dessin de paysage de cet artiste, en même temps que d'un dessin rehaussé d'aquarelle de Th. Rousseau.
Il a acquis, d'autre part, trois dessins de Corot, dont un représentant le portail de l'église de la Madeleine de Vézelay pendant la restauration de Viollet-le-Duc.
AU MUSÉE DE VERSAILLES
On vient de replacer, à la Salle des gardes de la Reine, le tableau de Noël Coypel: « Sacrifice offert à Jupiter », dans la bordure de marbre qui l'encadrait jadis, au-dessus du chambranle de la cheminée. Cette peinture avait été remplacée, lors de la constitution du musée historique, par l'intéressante copie, faite par Delutel, du tableau de Pierre Mignard: le Grand Dauphin et sa famille, alors agrandie. Envoyée des réserves du Louvre au Musée de Picardie, à Amiens, en 1872, l'œuvre de Noël Coypel revient avantageusement à sa destination. L'on devra également remettre à la place pour laquelle il fut exécuté l'autre tableau du même peintre, exilé au Grand Trianon et qui représente: « Jupiter élevé par les Corybantes ». Ainsi, la Salle des gardes de la Reine, retrouvera toute son ancienne décoration.
Une toile célèbre de Gros: « Bonaparte haranguant ses troupes avant la bataille des Pyramides, le 21 juillet 1798 », est exposée, depuis quelques semaines, dans la salle no 84, au premier étage de l'aile du nord. Enlevée de la salle no 69 (où elle était admirablement placée entre la « Révolte du Caire » de Girodet, et le « Pardon de Bonaparte » de Guérin), lors de l'affectation des pièces du rez-de-chaussée de l'aile du Midi, en 1875, aux bureaux de la Chambre des Députés, cette grande peinture (no 1496 du catalogue par Soulié), était demeurée roulée.
Elle apparut au Salon de 1810 et orna un salon au Sénat Conservateur. Plus tard, elle fut proscrite, comme toutes les peintures retraçant des événements de l'histoire impériale et reparut, grâce à la création du Musée de Versailles. Mais, à ce moment, l'administration royale réclama un élargissement de la composition afin que la toile pût remplir exactement l'espace qui lui était assigné. Gros, traça les additions latérales, ajoutant des officiers et des Arabes, mais il n'avait pas achevé la peinture, avant sa lamentable mort. Ce fut Auguste Debay, son élève, qui termina les augmentations, d'après les dessins du maître, et la toile ainsi élargie fut envoyée au Salon de 1836 (no 899). Le groupe des cavaliers, à gauche, révèle la main du créateur et se relie adroitement et aisément à la composition centrale, mais l'on sent trop le pinceau du disciple dans la partie ajoutée à droite, surtout dans le Kléber et le groupe du vieillard et ses enfants d'un déplorable accent déclamatoire et d'une facture plate et molle.
Dans la salle no 100, l'on verra désormais l'esquisse du « Jeu de Paume » de Louis David, envoyée par le Musée du Louvre, où elle n'était plus exposée depuis de longues années. La commémoration du célèbre serment prêté par les députés sous la présidence de Bailly, le 20 juin 1789, fut demandée au grand peintre républicain par la Société des « Amis de la Constitution », commande bientôt prise à sa charge par l'Assemblée Nationale qui décréta que la peinture serait placée dans la salle des séances. David se mit à l'œuvre en suivant la composition, dont il exposa le dessin fini (aujourd'hui au Louvre), au Salon de 1791. Sur une vaste toile, il ébaucha au crayon, au bistre et à l'huile — se faisant probablement aider par des élèves — les figures qu'il groupait. Il dessinait les personnages nus, indiquant sommairement les vêtements qui devaient les couvrir. Malheureusement, les événements politiques interrompirent trop vite le travail, l'esquisse fut abandonnée, coupée, roulée, la toile rendue à David en 1820. L'Etat s'en rendit acquéreur à une vente d'œuvres provenant de l'atelier du maître, en 1835. Quatre têtes seulement sont peintes, déjà très modelées, celles de Mirabeau, Barnave, Dubois-Crançé et Michel Gérard.
Par sa valeur artistique comme par sa signification historique, l'œuvre de David méritait d'être remise sous les yeux des curieux et nul emplacement n'était plus propice que le château consacré aux représentations figurées de notre histoire, proche la salle où se déroula la scène fameuse.
SCULPTURES DE J.-B. LEMOYNE
au Musée
de la ville de Saint-Germain-en-Laye
Malgré le tour de France entrepris naguère par Louis Gonse, nos Musées de province réservent encore bien des surprises à quiconque prendra la peine de les explorer sérieusement. Les plus proches de Paris ne sont pas toujours les mieux connus. Je n'en veux d'autre exemple que le Musée municipal de Saint-Germain-en-Laye, modestement installé dans une aile de l'Hôtel de Ville, dont l'existence est ignorée de presque tous les visiteurs qui affluent au Musée d'Antiquités Nationales, as-
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sûrement beaucoup mieux logé au château. L'idée ne vient pas qu'une ville de l'importance de Saint-Germain puisse s'offrir le luxe de deux Musées : cependant, la petite collection municipale n'est point
Apollon, statuette en terre cuite par J.-B. LEMOYNE
du tout négligeable et loin de décevoir les explorateurs avisés qui ne craindront pas de s'y aventurer, elle dépassera leur attente.
Je fus, pour ma part, largement récompensé de ma visite : car, j'eus la chance d'y découvrir tout un nid de sculptures de J.-B. Lemoyne, absolument inédites, et même, pour la plupart, insoupçonnées. Le Musée de la Ville de Saint-Germain-en-Laye ne possède, en effet, pas moins de cinq ouvrages de Lemoyne, provenant d'un legs de son principal bienfaiteur, le peintre Ducastel.
C'est d'abord le buste en marbre du jurisconsulte Claude de Ferrière. L'inscription du piédoche l'attribue à Jean-Louis Lemoyne : erreur d'autant plus singulière qu'on peut lire, très distinctement, la signature et la date, gravées par derrière : Par J.-B. Le Moyne, 1776. C'est donc une œuvre incontestable de Jean-Baptiste, et même une des dernières qu'il ait signées, puisqu'il mourut deux ans plus tard, en 1778 : ce n'est, d'ailleurs, pas la meilleure (1)
On préférera sans doute un charmant petit buste en terre cuite, qui passe pour être le portrait de la sœur de Louis XVI : Madame Elisabeth.
(1) Le nez a été cassé et le buste semble avoir été indiscrètement lessivé : il a perdu sa patine.
Nous y verrions plutôt le portrait de sa tante, Madame Adélaïde, dont Lemoyne a fait, comme on sait, un très beau buste en marbre.
Les trois maquettes de statues, qui n'avaient pas jusqu'à présent reçu d'attribution, sont encore plus intéressantes. La petite statuette de femme est certainement la déesse Hygie, symbole de la santé rendue à Louis XV, après sa maladie de Metz, dont nous avons récemment parlé, ici même, à propos de la première pensée du monument de Rennes : elle tient à la main une patère dans laquelle devait boire un serpent qui a été brisé. Il suffit de comparer cette terre cuite à la petite réduction en bronze du Louvre, pour se convaincre de leur identité.
La maquette d'une figure d'Apollon nous restitue probablement le modèle de la statue destinée aux jardins de Choisy-le-Roi. Elle ne fut jamais exécutée ; mais Lemoyne la reprit avec quelques variantes dans la statue de marbre commandée par Frédéric le Grand pour Sans-Souci.
Le dernier modèle est particulièrement précieux : c'est celui de la statue de Saint Grégoire, qui décorait la chapelle des Invalides, et qui a malheureusement disparu sous la Révolution, en même temps que le Saint Ambroise de Falconet. Grâce
Saint Grégoire, statuette en terre cuite par J.-B. LEMOYNE
à cette terre cuite, nous avons au moins la possibilité de nous représenter cette œuvre importante qui avait été exposée avec succès au Salon de 1746, et dont nous n'avions plus aucun vestige.
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Nous espérons pouvoir revenir plus en détail, dans la Gazette des Beaux-Arts, sur ces cinq œuvres inédites de Lemoyne, que nous nous bor- nons aujourd'hui à signaler, et qui sont certainement, avec le Charlatan bien connu de Jérôme Bosch, et un merveilleux dessin à la plume du Strasbourgeois Hans Baldung Grien, les plus précieux joyaux du petit Musée de Saint-Germain.
Louis Réau.
MUSÉE DE GRENOBLE
La collection de Monsieur et de Madame Marcel Sembat, dont on avait annoncé le legs au Musée de Saint-Germain-en-Laye, vient d'être attribuée, par la volonté des exécuteurs testamentaires de Madame Agutte-Sembat au Musée de Grenoble; on a estimé que celui-ci constituerait mieux un ensemble sympathique avec le caractère des œuvres modernes réunies par les donateurs. On sait que cette réunion comptait surtout des productions de la jeune peinture française. La municipalité de Grenoble accepte de maintenir la collection groupée dans une salle spacieuse qui portera les noms accolés des deux donateurs.
Les efforts réalisés par M. André Farcy pour faire de Grenoble le plus jeune et le plus vivant de nos Musées de province, trouvent ainsi leur juste récompense.
MUSÉE ARCHÉOLOGIQUE DE SAINT-JEAN-D'ANGELY
Une société d'archéologie de Saint-Jean-d'Angély et de sa région, qui vient de se constituer, annonce l'intention de fonder un Musée d'objets d'art, de souvenirs locaux et de débris lapidaires de diverses époques.
MUSÉE LAPIDAIRE DE SAINT-RÉMY A REIMS
Les deux chapiteaux que nous reproduisons ci-contre appartenaient au Musée lapidaire municipal installé dans une des galeries du cloître de l'Hôtel-Dieu à Reims. Le premier figure sous le no 69, dans le catalogue de ce dépôt rédigé en 1895 par MM.Givelet, Jadart et Demaison. Il provient de l'ancien prieuré d'Evergnicourt (Aisne); chapiteau de cloître en pierre, destiné à surmonter une double colonnette, c'est un excellent spécimen, avec ses enroulements végétaux et ses masques décoratifs, de l'art roman du xue siècle. Le second, en albâtre, est un débris de style Renaissance du tombeau de Saint Remy, qui fut détruit à la Révolution, morceau élégant et relique précieuse pour l'histoire rémoise.
Or, l'un et l'autre de ces deux documents avaient disparu dernièrement du musée lapidaire; un ama-
teur les retrouva entre les mains d'un ouvrier étranger à Reims et les lui acheta. Averti par M. Antony-Thouret, trésorier des Amis de la cathédrale de Reims, de leur provenance, il a consenti
à les restituer par l'intermédiaire de M. Thouret et de l'administration des Beaux-Arts au Musée municipal; tout est bien qui finit bien. L'abandon où a vécu la malheureuse ville de Reims pendant si longtemps a amené bien des pillages. Celui-ci ne paraît pas cependant avoir eu l'état de guerre comme excuse et les galeries de l'Hôtel-Dieu ont été, même depuis l'armistice, beaucoup trop accessibles à tout venant. Il importe que l'on considère à Reims — et ailleurs — que les vieilles pierres ne se gardent pas toutes seules et qu'un dépôt ou un chantier sont de véritables musées, qui peuvent tenter des gens sans scrupules et sur lesquels il y a lieu de veiller soigneusement.
MUSÉE DE ROUEN
M. le directeur des Beaux-Arts a inauguré, le 12 mai, la salle consacrée à la donation J.-E. Blanche, dont il a été question dans notre numéro du 1er février, ainsi que celles où sont exposées les collections Barbet et Gérus, récemment entrées au Musée. La première de celles-ci contient des tableaux anciens, des porcelaines, ainsi que des pierres dures d'Extrême-Orient; l'autre, des meubles, dentelles, bijoux, etc. de provenance normande.
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BEAUX-ARTS
CORRESPONDANCE DE L'ÉTRANGER
Expositions rétrospectives de peintures du XIXe siècle
Deux expositions consacrées à des peintres italiens du xixe siècle se sont ouvertes à Milan : la première, à la Galleria Pejaro, dédiée au souvenir de Federico Faruffini ; l'autre, dans le siège du « Circolo d'Arte e di Alta Cultura », comprenant la production de Daniele Ranzoni. Ce dernier, mort il y a peu près trente ans, après une vie douloureuse, a passé quelque temps en Angleterre et en France, et a pu perfectionner, au contact des artistes et des impressionnistes, sa sensibilité artistique, qui était, déjà à son origine, d'une délicatesse très rare. Son exemple et ses conseils ont contribué d'une manière décisive à la formation de l'art de Tranquillo Cremona, un peintre dont la renommée va justement en augmentant tous les jours.
Federico Faruffini, qui s'est suicidé, en 1869, à cause de sa misère, à l'âge de trente-huit ans, doit être considéré comme un des premiers peintres qui, en Italie, avec une vision personnelle et un sentiment de perception très aigu, ont étouffé en eux tous les souvenirs de l'Académie. Peintre d'histoire, il s'impose — et ici est le mérite de son art, la nouveauté de sa conception — non plus par le sujet, mais par les qualités de sa couleur. Élève à Bergame de Trécourt, c'est près de son maître qu'il a connu Cremona : tous les deux, passés ensuite à Venise, ont su profiter des exemples offerts par les grands peintres de cette école, du Tintoret à Tiepolo. Faruffini a aussi gravé à l'eau forte. Des tableaux avaient été envoyés pour cette manifestation par plusieurs collections particulières, et par des Galeries publiques de Rome, de Milan, de Pavie. Il faut noter que, depuis longtemps, on ne connaît plus la destinée d'un des tableaux les plus connu du peintre, Le Borgia et Machiavel ; on croit qu'il se trouve dans une collection française.
Le portrait de Maurice Denis peint par lui-même est venu enrichir la collection des Autoritratti de la Galerie des Offices à Florence. On sait que cette collection, absolument unique et d'une valeur très rare pour l'art, l'histoire, la curiosité, a été commencée dès le xviiie siècle, et a été mise en ordre, pour la première fois, par le grand duc Cosme III, en 1681, après la mort de son oncle, le Cardinal Léopold de Médicis, qui l'avait accrue par des acquisitions très nombreuses. La collection demeura toujours un organisme très vivant : la peinture française moderne, qui comptait déjà, entre autres, les portraits de Lebrun, de David, d'Ingres, de Cabanel, de Corot, de Fantin-Latour, de Bonnat, de Puvis de Chavannes, s'enrichit aujourd'hui de l'image du peintre contemporain, dont l'œuvre, à Venise, en 1922, à la xixe Exposition internationale de Beaux-Arts, a trouvé un accueil si respectueux et cordial.
L'Associazione Artistica fra i Cultori d'Architettura de Rome, a émis le vœu qu'une collaboration des autorités et du public vienne arrêter la mode d'élever, sur les places ou dans la cour des palais publics, des monuments aux soldats morts pour la patrie ; ces témoignages touchants de la piété publique révèlent trop souvent une pauvreté extrême au point de vue de l'art, et causent de très graves dommages à des monuments et à des ensembles d'une grande beauté ; ils sont nuisibles, aussi bien à la tradition d'art qu'au sentiment national qu'ils voudraient célébrer.
A. Bertini-Calosso.
Cliché Alinari
La Vierge du Nil, par FARUFFINI (Rome, Galerie nationale d'art moderne)