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BEAUX-ARTS
REVUE D'INFORMATION ARTISTIQUE
LE MONUMENT DE LA POINTE DE GRAVE
au Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts
Dès la fin de la guerre, le principe fut adopté d'enthousiasme, par le gouvernement, d'élever sur l'un des points du littoral de l'Océan, où avait débarqué l'armée de secours américaine, un Monument de la Reconnaissance française. Un Comité se constitua et, à l'endroit choisi, l'embouchure de la Gironde, à l'extrémité de cette pointe de Grave qui s'avance à la rencontre des flots, d'où devait nous arriver l'aide généreuse et puissante des Etats-Unis, des cérémonies furent célébrées, où le président de la République posa solennellement la première pierre de l'édifice futur.
Mais ceci se passait voici deux ou trois ans, et depuis lors, le public, qui avait souscrit aussi avec joie à l'idée de cette commémoration si légitime, n'entendait plus parler que de loin en loin des projets et de leur réalisation. On savait seulement que le sculpteur Bartholomé avait été chargé de la direction de l'entreprise, le gouvernement et le comité faisant confiance à l'auteur de l'émouvant Monument aux Morts du Père-Lachaise, que le mémorial conçu par lui devait s'élever comme un phare gigantesque, à l'entrée de l'estuaire de la Gironde, que des figures et des reliefs allégoriques divers devaient le décorer, pour lesquels Bartholomé s'était assuré le concours de toute une pléiade de sculpteurs, lui-même ne se réservant que le rôle de maître de l'œuvre et de chef du chœur.
Des hésitations cependant s'étaient produites et l'atelier rêvé comme un de ces grands chantiers collectifs d'autrefois, ne put s'organiser; les besognes individuelles reprirent plusieurs de ceux qui devaient y collaborer; des essais furent tentés puis abandonnés; finalement, une maquette au dixième de l'ensemble du monument, avec divers morceaux et études, va être installée au Salon de la Société Nationale, et le projet sera signé Bartholomé et André Ventre.
On sait le talent et l'esprit fécond et hardi de ce dernier. Le monument de la Tranchée des Baïonnettes de Verdun l'a appris au grand public, tandis que son nom était déjà familier à tous ceux qui s'intéressent au labeur patient de nos architectes des Monuments Historiques. Traditionnel et érudit quand il le faut, formé aux plus strictes disciplines, novateur enthousiaste à l'occasion et ouvrier de la première heure dans la recherche passionnée de l'architecture moderne, André Ventre occupe une place à part aujourd'hui parmi nos bâtisseurs et nos reconstructeurs. Ce fut une bonne fortune, pour Bartholomé, que de rencontrer et de conserver un pareil collaborateur. Dès ses premiers dessins, la silhouette du phare de la Gironde s'imposa avec une grandeur nette et puissante.
Ce fut aussi, de la part de Bartholomé, une clairvoyante et singulièrement équitable décision
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que celle par laquelle il confia à Bourdelle le soin de dresser en avant de la pyramide qui aura, une fois exécutée, cent mètres de haut, et dont la maquette, reproduite ci-contre, peut donner quelque idée, une figure colossale de la France attendant et appelant le secours américain. La figure aura plus de vingt mètres de haut, et l'esquisse, qui va en être présentée au Salon (dont nous n'avons pu avoir à temps de bonne reproduction pour la faire figurer ici), donnera aussi l'impression de grandeur simple, de calme et de force nécessaire. Très directement inspirée de certaines répliques qui nous font entrevoir, ou deviner, ce que fut l'Athéna Parthénos de Phidias, sa France, d'un geste viril, élève une lance gigantesque garnie d'oliviers pacifiques; son bouclier, posé à côté d'elle, est formé des tables de la loi, symbole de justice, et sa main libre, en un geste qui est à la fois de salut, d'appel, d'espérance inquiète, abrite le regard anxieux qui s'étanche sur l'Océan.
La figure isolée se dressera comme à la proue de l'édifice, visible de la mer qui battra la pointe triangulaire où il s'élève. Tout le reste sera d'une nudité austère et forte, sauf, en arrière, abrité des embruns du large, un grand tableau flanqué de faisceaux de drapeaux, où le visiteur pourra lire l'inscription nécessaire, et au pied duquel veilleront, cariatides également nécessaires au souvenir historique, un soldat français et un soldat américain.
Toute cette partie terrienne de la décoration, que le visiteur apercevra au bout du chemin qui traverse la lande basse, a été confiée au jeune sculpteur Navarre, qui a parfaitement compris le caractère de simplicité et de force, voulu par l'architecte, et l'a exprimé avec un talent personnel et incisif. Ce talent apparaît aussi dans les deux grands reliefs ici reproduits. Ceux-ci décoreront le couloir d'accès, large comme une rue, qui aboutira entre deux énormes contreforts au tableau commémoratif et à l'entrée du phare; ils illustreront, l'un, l'arrivée de Lafayette, frêle messager de l'alliance future, au milieu des vaisseaux de haut bord aux amples silhouettes; l'autre, le débarquement des masses profondes qui, plus d'un siècle après, répondirent à son geste fécond de solidarité et de secours opportun.
Tel est cet ensemble qui frappera certainement les visiteurs du Salon et va faire beaucoup parler de lui, avant la réalisation définitive en ciment, qui prendra place, pour l'éternité, au bord de l'Océan: roc artificiel dressé au milieu des sables par l'intelligence et le cœur reconnaissant de la France.
Paul Vitry.
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NOUVELLES
Le congrès international des bibliothécaires et des bibliophiles s'est ouvert le 3 avril, à la Sorbonne, sous la présidence de M. Barthou, sénateur et biblio-phile notoire.
Le lendemain a été inaugurée au Pavillon de Marsan l'exposition du Livre français que nous avons signalée. Deux autres expositions rétrospectives commencèrent simultanément à l'occasion de ce congrès, l'une à la Galerie Demotte, consacrée au livre moderne (de 1870 à nos jours), l'autre au Petit Palais où l'on pourra voir la totalité des manuscrits à miniatures, les plus belles reliures et les estampes les plus rares de la collection Dutuit.
Parmi les promotions dans l'ordre de la Légion d'honneur du Ministère du Commerce parues à l'Officiel du 31 mars, nous relevons celles, au grade d'officier, de MM. Carteret, éditeur d'art, Guillonnet, peintre, Al. Marcel, architecte. — Au grade de chevalier, de MM. Dervaux, architecte, Kieffer, relieur et éditeur d'art, Rouard, céramiste, Viret, architecte, Vizzavona, éditeur-photographe et Lucien Kraemer, antiquaire.
La Ville de Paris a organisé au Musée Galliera un concours de modèles et cartons modernes à exécuter en tapisserie de basse lisse à Aubusson. Les artistes ont répondu nombreux à cette invitation. Les projets présentés sont exposés au Musée Galliera depuis le 14 avril.
Une exposition d'œuvres de Gavarni et de Daumier aura lieu au Musée Victor-Hugo, le mois prochain. Certains Daumier, y figureront qui seront vus pour la dernière fois en France. Ils ont été achetés par un collectionneur américain.
Le conseil municipal va être appelé à discuter prochainement un projet de Parc des Expositions à Paris. On se souvient d'un projet de Palais des Expositions qui devait être édifié sur le terrain des fortifications. Le nouveau projet reprend l'ancien en le modifiant. L'emplacement qui est prévu se trouve à la Porte de Versailles entre le boulevard Lefebvre et la rue Ernest-Renan. Il comporterait des constructions temporaires, exécutées en matériaux légers et aussi des constructions définitives. Dans l'intervalle des expositions, des fêtes ou des foires, le parc, rappelant ceux des Buttes-Chaumont et de Montsouris, serait ouvert au public.
Aurons-nous une Maison de l'Amérique latine à Paris ? M. Alejandro de Olazabal en a pris l'initiative. Un Comité important, qui comprend les noms d'André Messager, Francis Casadesu, Bourdelle, Léon Bourgeois, Edouard Herriot, Levy-Bruhl, Théodore Reinach, Painlevé, etc., a été formé par lui. La Maison de l'Amérique latine (analogue à celle qui existe à Washington), serait un foyer d'art des peuples de culture latine. L'Académie internationale des Beaux-Arts, journal dont le premier numéro vient de paraître, est une première réalisation de cette solidarité franco-américaine.
ENSEIGNEMENT
Projets de réformes à l'Ecole des Beaux-Arts
À l'Ecole des Beaux-Arts des réformes importantes ont été préconisées par M. Albert Besnard dès sa prise de possession du poste de directeur. Il demande au Conseil supérieur de l'Enseignement des Beaux-Arts la réduction du nombre des concours qui prennent trop de temps aux élèves, au détriment des études. Il demande également la réduction du nombre des jurés admis à juger ces concours. Il pense enfin qu'il est inadmissible que des élèves non doués puissent passer jusqu'à 15 années à l'Ecole.
M. Besnard suggère la modification de certains détails d'enseignement. Il veut voir les jeunes gens étudier plus spécialement qu'on ne l'a fait jusqu'ici la tête et la physionomie humaines, ainsi que la figure habillée.
L'Académie des Beaux-Arts prévoit, d'autre part, -la transformation du concours de Rome de peinture de la façon suivante : un nouveau programme qui serait appliqué une année sur deux, et notamment cette année, prévoit, au lieu de la grande composition, qui laisse trop de place à l'habileté et au tour de main, l'exécution d'une figure nue ou drapée, destinée à mettre mieux en valeur les réelles qualités techniques des concurrents. Pour juger, d'autre part, leur don d'invention, on leur demandera une esquisse de composition peinte en 10 jours.
Un Cours d'Histoire de l'art américain
Peut-être n'a-t-on pas prêté une attention suffisante à l'ouverture d'un cours qui marquera une date dans l'histoire des relations artistiques franco-américaines. C'est cette année que, pour la première fois en France, il nous est donné d'entendre un professeur américain exposer, sinon dans un des amphithéâtres de la Sorbonne, du moins à proximité de l'Alma Mater, l'histoire de l'art de son pays dans ses rapports avec l'art français qui n'a cessé, depuis Houdon et sa mémorable statue de Washington, de lui servir de guide.
L'opportunité et l'intérêt de cette initiative sont si évidents qu'il y a lieu d'être surpris qu'on ait attendu aussi longtemps pour la réaliser. On avait institué, en effet, depuis plusieurs années, un échange régulier de professeurs d'Universités françaises et américaines, qui contribuait efficacement au rapprochement intellectuel de deux grands peuples, en faisant connaître la littérature, l'histoire, les institutions de leurs patries respectives. Mais, par une singulière omission, l'histoire de l'art était exclue de ce programme : anomalie d'autant plus paradoxale et d'autant plus fâcheuse que c'est précisément dans le domaine des Beaux-Arts qu'Américains et Français ont de tout temps le plus étroitement collaboré. Des centaines d'artistes américains se sont formés à notre Ecole des Beaux-Arts et parmi toutes les influences étrangères qui se sont exercées sur l'art des Etats-Unis, celle de l'art français a toujours été prépondérante.
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C'est à M. Hamlin, ancien élève de notre Ecole et aujourd'hui professeur d'histoire de l'Architecture à l'Université Columbia de New-York, que revient le mérite d'avoir comblé cette lacune. Secondé par M. L. Bénédite, qui, lors d'un récent voyage aux Etats-Unis, avait été le confident de ses projets, M. Hamlin a réussi à organiser, à l'Ecole Interalliée des Hautes Etudes Sociales, une série de conférences où il exprime, avec une rare élévation de pensée et une connaissance approfondie de son sujet, la gratitude du monde des artistes américains envers l'art français.
Il est à souhaiter que cette généreuse tentative ne reste pas isolée. Quoi qu'il advienne, nous ne saurions trop encourager et remercier M. Hamlin dont le nom restera attaché à cette création.
Louis Réau.
ACADÉMIES SOCIÉTÉS SAVANTES
Académie des Inscriptions et Belles Lettres
Séance du 16 mars.
La véritable épée de Tristan, l'amant de l'infortunée Iseult, est-elle en Angleterre? c'est ce que se demande M. Lot. D'après une lettre patente du roi Jean Sans-Terre, datée de 1297, l'épée de Tristan faisait partie du trésor des rois d'Angleterre. Mais il n'est plus fait mention de l'épée dans la suite. D'autre part, une épée, dite de Tristan, aurait été découverte au xive siècle, en Lombardie, dans le tombeau d'un roi lombard. C'est le chroniqueur G. Flamma qui l'affirme. L'épée de Tristan est-elle donc en Angleterre ou en Italie?
Sur la proposition de M. Babelon, l'Académie vote une subvention de 4.000 francs pour aider à la publication d'un catalogue de la collection de médailles grecques que le duc de Luynes a léguée en 1862 à la Bibliothèque nationale.
Séance du 23 mars.
Le comte Durrieu fait une communication sur le livre d'heures de Marguerite de Coëtivy, petite-fille de Charles VII et d'Agnès Sorel, femme de François de Pons, comte de Montfort. Ce livre d'heures, qui est conservé au Musée Condé de Chantilly, présente en tête du Psaume de la Pénitence la scène de Bethsabée au bain. Le comte Durrieu indique l'origine de ce sujet qui se trouve dans nombre de livres d'heures français ou flamands.
M. Cagnat, secrétaire perpétuel, donne lecture d'une lettre du général Lamothe et présente son album sur les explorations de la mission de l'Euphrate.
Séance du 28 mars.
Le comte A. Delaborde offre à l'Académie les deux volumes d'une Bible en castillan, dont le manuscrit original appartient à la famille d'Albe.
Le P. Scheil lit une communication de M. Naville, membre associé de Genève, sur la tombe de Toutankh-Amon (Image vivante d'Amon) d'où il ressort que la sépulture découverte par lord Carnarvon est réelle-
ment celle de ce roi, dont le successeur Horemheb avait usurpé le tombeau officiel. C'est ce tombeau qui avait été mis au jour en 1908 par M. Davis.
Académie des Beaux-Arts
Séance du 24 mars.
M. Fenaille lit une notice sur la vie de son prédécesseur, M. Guiffrey.
Société Nationale des Antiquaires de France
Séance du 7 mars 1923.
Le comte Durrieu signale que Jean Fouquet a donné à des figures de saint Michel et à d'autres anges des cuirasses en forme de coquilles, imitant les coquilles qui symbolisent matériellement le pèlerinage à l'abbaye du Mont St-Michel.
M. Pierre Rhein rapproche la légende et les figures des sciapodes, si fréquentes dans les bestiaires du Moyen Age, de certaines habitudes des peuples nègres du Bahr-el-Gazal.
Séance du 14 mars 1923.
M. Blanchet, au nom de M. H. Corot, entretient la Société d'une enseigne militaire gauloise en forme de cheval provenant de Guerchy (Yonne).
M. Mayeux présente une chasse en émail limousin du xixe siècle, conservée au trésor de la cathédrale de Sens, où il voit une représentation de la passion de saint Savinien.
M. Vallery-Radot étudie un chapiteau de la fin du xixe siècle, de la cathédrale de Bayeux, représentant la scène de l'Incrédulité de St-Thomas.
Séance du 21 mars.
M. Maurice Roy commente un tableau du Musée du Louvre, Eva prima Pandora, qui peut être attribué à Jean Cousin père et que nous publions d'autre part.
M. le chanoine Urseau décrit la découverte, faite à la cathédrale d'Angers, de la tombe de l'évêque Ulger.
FRAGMENTS ANTIQUES TROUVÉS A PARADOU (Bouch.-du-R.)
En 1897, la commune de Paradou (Bouches-du-Rhône), a fait procéder à l'aménagement de la source d'Arcoule. Au cours des travaux, les ou-
Stèles retrouvées à Paradou (B.-du-R.)
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vriers ont découvert le corps d'un lion, brisé en plusieurs morceaux, et quatre cippes, qu'ils ont ensuite abandonnés sur les remblais. Le Service des œuvre de décadence, mais, au contraire, une œuvre archaïque.
Ces fragments ont été trouvés dans les remblais de la source, où ils avaient été précipités après mutilation. On a voulu les détruire et les faire disparaître, et non pas les dissimuler pour les abriter.
Cette source d'Arcoule est située à 1 km. 1/2 et au Sud-Ouest des Baux, le long de la route de Fontvieille aux Baux. Elle se trouvait à moins de 500 mètres de la voie romaine d'Arles à Aix, par Fontvieille et Mouriès, en face de la borne du mille IX (1), qui est aujourd'hui perdue. Elle alimentait, avec la source du Mas de la Dame, le deuxième aqueduc d'Arles, qui se terminait au grand réservoir de Barbégal; elle était donc fréquentée dans l'antiquité.
Lion retrouvé à Paradou (B.-du-R.)
Monuments Historiques, en 1902, a recueilli ces fragments et les a transportés au Musée lapidaire d'Arles. Le lion figure dans le Recueil général des bas-reliefs, statues et bustes de la Gaule romaine, du commandant Espérandieu (1).
Tous ces objets sont en pierre du pays. Trois des cippes présentent la forme pyramidale, étroite et haute, avec des profils où le talon domine. Le quatrième est cambré sur ses quatre faces, comme un large talon. Ils ne portent aucune inscription.
En examinant ces différentes pièces, on y remarque un caractère assez spécial, assez différent de celui des trouvailles habituelles du pays. Les cippes rappellent ceux de Délos, du ne siècle, et le lion fait penser aux lions hittites de Milet. On serait tenté de croire qu'il s'agit d'œuvres grecques ou fortement marquées de l'influence grecque, et peut-être antérieures aux Romains. Il est bien difficile de se prononcer, surtout dans cette région; mais il paraît certain que le lion est, non pas une
(1) Vol. III n° 2520. — Le lion mesure 1 m. 60 de long, 0 m. 69 de largeur à la plinthe et 1 m. 20 de la hanche au museau.
Lion retrouvé à Paradou (B.-du-R.) (Reconstitution)
Il est vraisemblable que ces fragments n'étaient pas isolés. Ils proviennent sans doute d'un petit sanctuaire voisin de cette source, et qui devait la dominer. Aucune recherche n'a été faite jusqu'ici; j'ai l'intention de tenter, prochainement, quelques sondages en cet endroit; mais il m'a paru à propos de signaler, dès maintenant, l'intérêt de ces fragments peu connus.
Jules Formigé.
(1) Les bornes VII, VIII et X figurent au Corpus inscr. lat. XXII, nos 5487, 5488 et 5489.
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MONUMENTS HISTORIQUES
Noyon. — Lors de l’avance allemande de mars 1918, puis au cours des terribles bombardements
Cathédrale de Noyon en 1919.
qui suivirent l’occupation, la ville de Noyon, qui, jusqu’alors, avait presque entièrement échappé aux destructions, fut profondément atteinte; la plupart des maisons furent en partie démolies, les monuments, l’Hôtel de Ville, l’ancienne cathédrale Notre-Dame gravement endommagés. Les blessures n’étaient pourtant pas telles qu’on ne pût songer à entreprendre la remise en état des édifices. Certes, Notre-Dame avait vu ses charpentes ses toitures, son beffroi, ses portes incendiées, les voûtes du chœur en partie effondrées, deux piles de la nef gravement atteintes; des brèches nombreuses avaient entamé les murs, les contreforts, les tours. Mais le gros-œuvre était intact; la vieille basilique gardait toute la splendeur de ses proportions et de sa riche décoration sculptée. Si les célèbres panneaux peints de la grande armoire du xive siècle, conservée dans la sacristie, avaient été arrachés de leurs armatures de fer, le magnifique maître-autel du xvme siècle, avec ses bronzes précieux, subsistait indemne; la si curieuse «librairie» du chapitre n’avait que fort peu souffert.
Il n’en fallait pas moins songer à panser ces blessures. C’est à quoi s’employa, dès avant la fin des hostilités, M. l’architecte en chef des Monuments historiques, A. Collin, qui a bien voulu nous donner, à ce sujet, les renseignements techniques les plus précis, que nous résumerons rapidement:
On procéda d’abord à des consolidations de fortune, avec des matériaux pris sur place: les piles endommagées furent étayées, les arcs ébranlés furent cintrés. Un déblaiement fut entrepris, qui permit de retrouver nombre de fragments moulurés ou sculptés (nous en avons entretenu récemment nos lecteurs); soigneusement triés, ils seront remis en place au fur et à mesure de l’avancement des travaux. L’hiver venant, on établit sur tout l’édifice des charpentes légères et des couvertures en tôle ondulée, qui le protègent depuis lors.
Après une réparation succincte de la salle capitulaire, pour y permettre l’exercice du culte, on entreprit la restauration de l’église elle-même, dans cet esprit qu’il ne fallait rétablir les parties endommagées qu’autant que la solidité de l’édifice l’exigeait, et qu’on devait laisser subsister, partout où on le pouvait, la trace des mutilations subies.
La réfection des voûtes du chœur fut commencée aussitôt; ce travail délicat a demandé deux ans d’efforts, et a pu être heureusement terminé. Con-curremment, de nombreuses brèches étaient bouchées, les arcs-boutants remis en état, les chapelles rayonnantes réparées et recouvertes, les remplages des fenêtres refaits. Les deux piles de la nef atteintes ont été reprises, les brèches des tours ont disparu, leurs maçonneries ébranlées, disjointes ou déplacées ont été rejointoyées; un intéressant beffroi de ciment armé a remplacé celui de char-pente.
Cathédrale de Noyon en 1923.
Actuellement, on peut prévoir que les travaux du chœur et du transept seront terminés au cours de cette année; les fenêtres recevront des vitreries, et une cloison provisoire permettra de rendre toute cette partie de l’église au culte.
Jean VERRIER.
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BULLETIN DES MUSÉES
Eva Prima Pandora, par Jehan Cousin père.
Grâce au précieux concours de la Société des Amis du Louvre, notre grand Musée national vient de s'enrichir d'un beau tableau de la Renaissance, qui offre un véritable intérêt au point de vue de l'influence italienne, et surtout de la formation de l'école française classique.
A l'entrée d'une grotte, percée de deux ouvertures qui laissent entrevoir, par de là un large fleuve, la campagne et une cité établie sur la rive opposée, se détache, au premier plan d'un fond obscur, une femme nue, presque de grandeur naturelle, étendue sur une draperie. Son bras droit s'appuie sur un crâne humain, et sa main tient un rameau de pommier sauvage portant de petits fruits; son bras gauche s'allonge pour se poser sur un vase d'où sort une vipère qui s'enlace autour de son bras. Un peu au-dessus, on aperçoit, placé sur un bloc de pierre, un vase élégant, de forme allongée, d'où s'échappe un nuage de fumée, au milieu duquel il était possible de distinguer, autrefois, de petits génies ou esprits malfaisants prenant leur essor pour se répandre à travers le monde. Un écriteau, sur lequel on lit, en lettres romaines, les mots: «EVA PRIMA PANDORA», est suspendu par deux rubans à la paroi supérieure de l'ouverture principale de la grotte.
Cette composition, peinte sur bois et mesurant 1 m. 46 de largeur sur 0 m. 76 de hauteur, présente un certain charme par la façon fine et élégante avec laquelle le sujet a été traité, ainsi que par son exécution délicate et l'opposition des couleurs. On y sent l'œuvre d'un maître.
En effet, depuis longtemps, elle a été attribuée à Jehan Cousin père, qui, autant que nous pouvons le présumer, dut la peindre au début de sa carrière; le tableau paraît, en effet, antérieur de plusieurs années à l'Entrée de Henri II à Paris, en juin 1549; le même artiste avait déjà été appelé à composer des motifs décoratifs pour l'entrée de l'empereur Charles-Quint, le 1er janvier 1540 (1). Mais, lors de l'entrée de Henri II, Jehan Cousin fut chargé, ainsi que le mentionne le compte des fêtes de la Ville de Paris, conservé aux Archives nationales (2), de dessiner un magnifique portail érigé devant le Châtelet, et au centre duquel se trouvait, sous la forme d'une nymphe, la représentation de Lutèce, avec l'inscription suivante,
(1) Voy. notre article dans le Bulletin de la Société arch. de Sens, tome XXVII, p. 193.
(2) L'entrée de Henri II à Paris en 1549. Revue du xvie siècle, V, p. 299.
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placée au-dessus de sa tête : « LUTETIA NOVA PAN-
DORA ». Il est intéressant de rapprocher cette
Lutetia nova Pandora de l'Eva prima Pandora;
toutes deux rappellent la même allusion mythologi-
que, née d'une inspiration identique. La comparaî-
son de la ville de Paris à une nouvelle Pandore,
qui ouvre un vase antique rempli des présents
des dieux, laisse entendre que Paris est, comme Eve,
la cause de bien des maux et de bien des sé-
ductions.
Cette présomption d'attribution de l'Eva à Jehan
Cousin se trouve encore fortifiée par l'histoire
même du tableau, dont on suit la trace depuis le
milieu du xvie siècle.
Félibien, dans ses Entretiens sur la vie des
peintres (1666-1688), rapporte que cette peinture
se trouvait, de son temps, à Sens, patrie des Jehan
Cousin, chez un conseiller au Présidial de cette
ville, nommé Guillaume Lefèbvre, qui exerça ses
fonctions de magistrat du 3 décembre 1655 au 13
février 1715. L'historien sénons Pierre Cartault,
ajoute en 1724 que, rue des Jacobins, on voyait,
dans une maison habitée par Mlle Lefèbvre, fille du
conseiller, « la Pandore de Jean Cousin » (1).
Dézallier d'Argenville indique encore sa présence à
Sens en 1745. L'antiquaire Tarbé dit, en l'an VII
(1798-1799), que le tableau était possédé par
le citoyen de Bonnaire « qui l'a fait restaurer
avec le plus grand soin par le citoyen Lan-
glois (2); il était depuis longtemps relégué dans
un grenier et déjà endommagé autour de la bor-
dure » (3). Millin, s'étant arrêté à Sens, en 1805,
raconte que le même Tarbé le conduisit voir l'Eva
« chez M. Debonnaire » (4). De l'hôtel du conseiller
Lefèbvre, elle était passée, par des alliances suc-
cessives, dans les familles Fauvelet et de Bonnaire;
en dernier lieu, elle appartint à un M. Chaulay,
ancien notaire à Sens, de 1824 à 1835, par sa
femme, née de Bonnaire, et à leurs héritiers.
Si, en outre, nous tenons compte de la tradition
locale que le tableau aurait été rapporté à Sens
d'une petite habitation des environs, appelée Mon-
thard, ayant, dit-on, appartenu au xvie siècle à
Etienne Bouvier, l'un des gendres de Jehan Cousin,
puis aux familles Lefèbvre et de Bonnaire, on con-
viendra que, de tous ces rapprochements, résulte
un très sérieux commencement de preuve absolue
en faveur de l'attribution à Jehan Cousin père
de cet intéressant tableau.
Maurice Roy.
(1) Bibl. de Sens. M. no 68.
(2) Serait-ce le peinté Jérôme-Martin Langlois, né en
1779, élève de David, plus tard membre de l'Institut
(1838)?
(3) Almanach de Sens. An VII.
(4) Millin. Voyage dans les départements du midi de
la France, Paris, 1807, I, pp. 117-118.
BEAUX-ARTS
NOUVELLES ŒUVRES D'ART
D'EXTREME-ORIENT
au Musée du Louvre
La constitution des collections de l'Extrême Orient
au Musée du Louvre, date presque exactement
de trente années; elles furent amorcées en 1893,
par la réunion d'une série d'objets japonais, les
estampes ayant toutes été offertes par des amateurs.
Dans l'accroissement progressif de ces collections,
qui constituent, à l'heure actuelle, un ensemble
déjà important, les monuments des arts anciens
de la Chine n'apparurent qu'assez tardivement, le
jour où les missions d'Ed. Chavannes et de M. Paul
Pelliot, enrichirent le Musée de séries considéra-
bles. C'est à les développer dans ce sens, et à
les étudier archéologiquement, que doivent tendre
désormais les plus constants efforts. Les voyages
d'un connaisseur très averti des arts anciens de
la Chine, M. Marcel Bing, firent beaucoup pour
nous révéler de vénérables monuments de la sta-
tuare, de la peinture et de l'art du bronze datant
des plus antiques époques de l'art chinois, mo-
numents qui sont entrés, depuis lors, dans les plus
notables collections d'Europe et d'Amérique.
En mourant, M. Marcel Bing faisait au Louvre
un legs d'une très grande générosité, deux peintures
chinoises, qu'il avait pu arracher à de vieilles
collections aristocratiques japonaises, ainsi qu'un
bronze d'une rare beauté. C'est un chaudron de
forme ronde, sur une base percée de plusieurs
à-jour, décoré, à l'extérieur, d'une sorte de méandre
en creux. L'alliage du bronze est d'une finesse et
d'une pureté exceptionnelles, la patine verte, d'une
beauté et d'une transparence remarquables.
L'obscurité continue à régner sur les origines de
ces bronzes chinois, qu'on a généralement attri-
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BULLETIN DES MUSÉES
bués à la dynastie des Chou, par conséquent au deuxième millénaire avant l'ère chrétienne. Les vieux catalogues chinois, le Kao-Ku-Tu et le Po-Ku-Tu, tous deux compilés sous les Sung, nous ont fait connaître les désignations des diverses formes traditionnelles, les usages anciens; mais il reste à faire la discrimination scientifique des origines, parmi tant de bronzes parvenus jusqu'à nous, et dont l'aspect seul dénote des origines inégalement reculées. Il faudrait connaître aussi les lieux où ils furent découverts, et seuls les bronzes de l'ancienne collection de Tuan-Fang, nous sont révélés comme provenant du Shang-Tsi. Il faudrait aussi pouvoir les comparer à d'autres objets découverts avec eux, des poteries, par exemple. L'analyse chimique des patines pourrait être aussi un élément d'information. Il reste, on le voit, beaucoup à connaître sur cette importante question. Le catalogue de la magnifique collection du baron Sumitomo, à Osaka (Japon), publié par M. Kosaku Hamada, à Kyoto, en 1921, fera faire un grand pas à cette étude.
Un très joli chaudron, de plus petit format, récemment offert par Mme Ch. Jacquin, de fonte plus lourde, montre assez bien ce que purent être des répétitions de bronzes plus antiques sous la dynastie des Han.
Un objet d'ivoire, récemment acquis, pose l'éigmatique question de son usage ancien. C'est très certainement, par sa forme, un fragment de déco-
Cl. Serv. Phct. B.-A.
Tête de statue de marbre noir. — Chine. Art des Sung. (xie siècle)
ration, soit une épaulière, soit un élément d'une table, chute d'angle ou pied. Profondément gravé, il reproduit, en relief, les traits essentiels du monstre « Tao-tich », ou glouton, animal mythique avec une énorme bouche et des yeux proéminents. On le retrouve très fréquemment sur les plus vieux bronzes. L'objet, unique en son genre (il a été importé de Chine, avec un magnifique manche de poignard en ivoire gravé, acquis par la comtesse de Béhague), est d'un très grand caractère décoratif, et d'une magnifique exécution; il doit dater de l'époque des Han (2 siècles avant - 2 siècles après l'ère chrétienne). Le professeur Hamada, à Tokio, a étudié une série d'os et d'ivoires gravés, trouvés dans les ruines dites Yin, de
(1) Voir Beaux-Arts, 15 janvier 1923, p. 9.
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An-Yan-Changte-Fu (province du Honan), en considérant leur décor comme prototype de celui des bronzes Shang et Chou.
La sculpture de la Chine n'a été étudiée qu'iconographiquement, surtout par le grand et regretté savant, Ed. Chavannes, qui nous a révélé, dans les deux gros albums de sa mission, les sculptures rupestres de la vallée du Lung-Men; il reste à débrouiller les grands caractères de cet art admirable, à définir la variété des types, leur beauté plastique et expressive, la noblesse du drapé des amples vêtements. Quelques têtes arrachées à des ensembles monumentaux sont arrivés jusqu'à nous (des statues entières, comme celle du Musée de Boston, sont des plus rares), et c'est à analyser ces acquisitions récentes du Musée que devra tendre notre étude.
Voici une tête de Bouddha, en grès rouge (la matière n'est pas inutile à noter pour en rechercher un jour les origines); l'ovale du visage allongé et à oreilles très longues est d'un type très exceptionnel dans cette sculpture du temps des Wei (vie-vie siècles), où abondent plutôt les types massifs et lourds. L'expression d'une profonde sérénité est empreinte d'un vague et indéfinissable sourire, qu'on pourrait presque dire intérieur. La figure est d'une émouvante beauté.
L'autre tête, celle-ci de marbre noir, d'une plus énergique expression, d'une exécution très ferme et décisive, représente un personnage âgé, dont une vigoureuse stylisation a accentué les rides et la patte d'oie aux commissures des yeux. Il semble qu'on retrouve ici quelque chose du réalisme expressif de l'art des Sung, au xie siècle.
Un autre fragment de tête, dont il nous reste un puissant profil, aussi de marbre noir, semble nous donner le portrait d'un prêtre.
Le petit ensemble de trois figures de bronze doré, récemment acquis, n'a pas la prétention d'éclipser l'incomparable autel portatif de Tuan-Fang, passé dans la collection de Madame Gardner, à Boston. Elles proviennent cependant d'un autel semblable et de disposition analogue. Est-ce une trinité Amida ? et bien que l'urna n'apparaisse par sur le front de la figure centrale, est-ce le Bouddha Amitabha, trônant assis sur le lotus, encadré de ses acolytes ordinaires, Ava'okiteçvara et Mahasthāma? Pelliot et Chavannes avaient déchiffré l'inscription du piédestal de l'autel Tuan-Fang, qui donnait le nom de Kai-Huang, premier de la dynastie Sui (593); mais on a discuté le synchronisme de certaines de ces figures, avec le piédestal à inscription (1). Il n'en demeure pas moins que,
(1) Hamilton Bell, Burlington Magazine, juin 1911 et août 1915.
par leur style et leur caractère plastiques, les plus parfaites de ces figurines semblent bien relever du plus beau moment de l'art des Wei du Nord, et que les trois figurines charmantes et élégantes de notre Musée, peut-être un peu postérieures, appartiendraient à l'art des Tang à ses débuts (viiie siècle).
Gaston Migeon.
UN MUSÉE MILLET A BARBIZON
Grâce à l'initiative de deux peintres, MM. Douhin et Pontoy, la maison que Jean-François Millet occupait à Barbizon, vient d'être transformée en Musée. Elle a été rétablie dans l'état où elle se trouvait à l'époque où le grand peintre l'occupait, et, à l'intérieur, on a exposé des esquisses, des autographes et des gravures du maître, ainsi que sa palette, ses pinceaux et sa boîte de couleurs. Ce Musée Millet, installé au bord de la forêt de Fontainebleau, est ouvert au public depuis le 23 mars; il a été inauguré par un représentant du ministre des Beaux-Arts.
MUSÉE ARBAUD D'AIX-EN-PROVENCE
Le Musée Arbaud, d'Aix-en-Provence, d'après un rapport publié récemment par son conservateur, M. Raimbault, s'est enrichi, cette année, en dehors des séries de livres destinées à la Bibliothèque, de quelques œuvres d'art, parmi lesquelles nous devons signaler une série de bas-reliefs par Amy et Gondran, donnés par M. René Guillibert, une inscription tumulaire provenant de l'ancienne léproserie de Saint-Lazare, donnée par M. Rougier, ferronnier d'art, une statue de Vierge, en bois, et deux fragments de vitraux anciens, donnés par M. l'abbé Davin; un paysage d'Antony Régnier, don de sa sœur.
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Figures d'autel portatif en bronze doré.
Chine. Art des Tang. (viiiie siècle).
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CORRESPONDANCE DE L'ÉTRANGER
SUEDE
Exposition d'art français moderne à Stockholm
Sous les auspices de S. A. R. le prince Eugène et de M. Delavaud, ministre de France en Suède, on a installé, au palais Liljevalchs, dans la jolie île de Djurgarden, en face de Stockholm, une exposition d'art français moderne, organisée par M. Gabriel Mourey, secondé par M. Pierre Jarillon. Les tendances modernes de l'art français, dans ce qu'elles ont de plus sain, y sont brillamment représentées ; on en a volontairement écarté les « extrémistes » et aussi les classiques, et ce qui frappe peut-être le plus dans cette exposition, c'est l'unité de la pensée dans la variété des manifestations artistiques. Les artistes français ont répondu en grand nombre à l'invitation qui leur a été faite par le Comité directeur; le Catalogue ne comprend pas moins de 753 numéros.
La présentation de l'exposition est excellente : dans un hall central sont disposés les objets d'art et d'aménagement, et dans une série de salles, autour, la sculpture et la peinture. Dans la salle centrale, dont les murs sont ornés des peintures et des dessins de Jaulmes et de Paul Jouve, sont installés les meubles, étoffes et céramiques de Maurice Dufrène, de Sue et Marc, les verreries de René Lalique et de Daum, les vases de métal ciselés de Jean Dunand, quelques beaux produits de la Manufacture de Sévres, des travaux des élèves de l'Ecole Boulle, et des meubles somptueux de Jacques Ruhlmann, véritables pièces de musée.
Les peintures sont nombreuses, et je n'en noterai que quelques-unes, particulièrement remarquées là-bas : des toiles de Desvallières, de Maurice Denis, notamment une Notre-Dame de la Clarté, où, devant le portail de l'église, au milieu des Bretons assemblés, l'Enfant Jésus, descendu du Ciel dans les bras de sa mère, guérit un aveugle; paysages de Paul Signac, de Valdo Barbey et de Henri Lebasque; nous puissamment modelés, où la recherche sculpturale de la masse l'emporte sur la finesse de la ligne ou le charme de la couleur, de Georges d'Espagnat, Charles Guérin, Alfred Lombard, Henri Le Fauconnier; aquarelles lumineuses de René Piot, pleines de fantaisie d'André Marty, charmantes et élégantes de Pierre Brissaud, où sont spirituellement contées les jolies histoires de l'ancien temps et aussi des jeunesse d'aujourd'hui; délicates gravures, fines et distinguées, de Pierre-Louis Moreau. On a beaucoup remarqué aussi ces peintures en manière de fresques de Raoul de Mathan, dont l'une, le Tribunal, inspiré de Daumier, atteint à une certaine grandeur.
La sculpture, moins abondante, est fort bien représentée. J'ai noté tout particulièrement les beaux bustes puissants et énergiques de Bourdelle, une charmante tête de femme de Maillol, et plusieurs bronzes de Jane Poupelet; l'un surtout était fort admiré: c'est une jeune femme assise sur un rocher, tâtant l'eau du bout du pied, en une belle masse de formes pleines et vivantes, dessinant une vigoureuse arabesque.
Exposition Courbet, Daumier, Constantin Guys
En même temps que l'exposition d'art français moderne, avait été organisée, au Musée national des Beaux-Arts, par MM. Gauffin et Hoppe, conservateurs du Musée, et fins connaisseurs de notre art national, une autre exposition d'art français. Depuis quelques années, un Comité de l'art français réunit, chaque année, dans une des trois capitales du Nord, Copenhague, Christiania et Stockholm, les œuvres de quelques grands artistes français, éparses dans les Musées et dans les collections privées de Danemark, de Suède et de Norvège. Cette année, l'exposition a lieu à Stockholm, et est consacrée à Gustave Courbet, Honoré Daumier et Constantin Guys. Courbet se trouve particulièrement bien représenté par un magnifique portrait de Berlioz, qui appartint à Roll, et qui est aujourd'hui conservé au Musée de Christiania, une jolie étude des Demoiselles des bords de la Seine, pour le tableau de la collection Moreau, quelques beaux paysages, et un magnifique portrait de femme aux cheveux de feu, bien connu sous le nom de la Belle Irlandaise, peint à Trouville en 1865, dont on connaît
DAUMIER. La fine Bouteille (sépia)
(Collection particulière à Stockholm)