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Numéro 11 BEAUX-ARTS REVUE D'INFORMATION • ARTISTIQUE • L'ASSOCIATION DE " LA DEMEURE HISTORIQUE " C'est une ingénieuse idée que celle de grouper en une association, presque un syndicat, les propriétaires de maisons historiques de France. L'Etat ne peut intervenir qu'avec discrétion dans ce domaine essentiellement privé, les classements sont relativement rares et les contrôles difficiles, lors même qu'ils sont légaux; le particulier, quel qu'il soit, aime à rester « maître chez soi » et l'administration, ménagère des deniers publics, se montre souvent réfractaire à des dépenses qui intéressent bien l'intérêt de la collectivité, mais avant tout celui du propriétaire. Et puis, il n'y a pas qu'à empêcher la ruine, il y a la mise en valeur, l'aménagement, l'entretien, toutes choses délicates... et coûteuses. L'association, dont le principe a été posé récemment dans une conférence de M. le Dr Carvalho, propriétaire du château de Villandry en Touraine, chez M. le marquis de Castellane, et à laquelle des concours dévoués et des compétences comme celle de M. Corpechot, l'éminent historien des jardins français, sont déjà assurés, grouperait si les intentions libérales, et peut-être entachées de quelque chimère, de ses fondateurs se réalisent, aussi bien le petit propriétaire urbain qui a quelque souci de sa bicoque à pans de bois, le fermier logé dans quelque ancienne commanderie, que l'héritier des grandes familles qui n'est guère moins embarrassé pour garder à son antique demeure le rang et l'allure qu'elle mérite, ou le financier bien intentionné qui risque, pas ses enrichissements intempestifs, de dénaturer le domaine où sa richesse récente l'a introduit. Le rôle de l'association, comme de toute autre, serait un rôle d'assistance et de conseil et voici son programme tel qu'il a déjà été défini théoriquement et tel qu'il le sera bientôt pratiquement en des statuts définitifs : défense des intérêts communs, étude des dispositions légales qui peuvent léser où favoriser ces intérêts, diffusion des notions d'art et d'histoire relatives à ce patrimoine si riche encore et qui mérite d'être encore plus connu qu'il ne l'est, exhortation aussi persuasive que possible au respect de la physionomie et de l'allure vraie de ces maisons grandes ou petites, fastueuses ou modestes qui font partie du visage de la France, conseils techniques sur l'entretien, l'aménagement intérieur et extérieur, le mobilier et le jardin, directives aussi sur l'appropriation intelligente et nécessaire aux conditions de la vie moderne (un propriétaire de château historique peut très légitimement ne pas se condamner à vivre dans une sorte de musée historique), sur le choix des œuvres d'art à y maintenir, ou à y introduire (il n'est pas nécessaire parce que le cadre de la vie est antique, que tous les accessoires soient des pastiches et il y a des accommodations possibles entre certaines œuvres modernes et les bâtiments respectables qui les contiennent), indications de techniciens et d'artistes, tant parisiens que locaux, susceptibles de concourir à la mise en valeur des demeures historiques de tout ordre, etc., etc. Bref, union et accord de bonnes volontés, entente de particuliers défendant leurs intérêts en songeant à ceux de la collectivité, telles sont les intentions semble-t-il, des fondateurs de la société, tels sont au moins les vœux que l'on peut former en vue de leur succès. Ils ont raison de lutter pour empêcher la transformation trop rapide de nos architectures privées, comme l'Etat le fait pour les édifices publics et les quelques anciennes demeures particulières qui sont entrées dans le domaine national. La transformation lente de l'aspect d'un pays est fatale; mais dans une époque où le respect du passé s'est imposé de plus en plus, il faut surtout éviter l'abandon par incurie, par ignorance, ou par défaut de ressources de ce qui fait une part importante de notre gloire et de notre prestige aux yeux de l'étranger, aux nôtres même : car il est aussi utile d'avoir par soi-même conscience de ce qu'on vaut que de toujours regarder à ce que les autres pensent de vous. Paul Vitry.

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BEAUX-ARTS NOUVELLES - M. le Ministre de l'Instruction Publique et des Beaux-Arts a inauguré le 6 juin l'exposition des dons de Mme Spreckels, destinés au musée que celle-ci a fait élever à San Francisco, sur le modèle de notre palais de la Légion d'honneur, par l'architecte Henri Guillaume. Cette exposition, installée au palais même de la Légion d'honneur, comprend presque exclusivement des œuvres françaises, notamment une série d'œuvres de Rodin et la collection des médailles de guerre de Pierre Roche. - Le ministre de l'Instruction publique et des Beaux-arts a été autorisé à accepter, au nom de l'Etat, le legs d'une somme de 100.000 francs fait par S. M. I Marie-Eugénie de Guzman, veuve de Napoléon III, pour la reconstruction de la cathédrale de Reims. - Un décret, en date du 19 mai, a décidé l'inscription sur les plaques des principaux bienfaiteurs du Louvre des noms de M. André de Ridder et de M. et Mme Edouard Corroyer. - M. Gaston Migeon, conservateur des objets d'art du Moyen Age, de la Renaissance et des Temps Modernes au Musée du Louvre, admis à faire valoir ses droits à la retraite, a été nommé par décret du 25 mai, directeur honoraire des Musées Nationaux. Entré au Louvre, il y a 34 ans, successeur d'Emile Molinier en 1903, M. Migeon avait dirigé particulièrement son activité sur l'organisation et presque la création au Louvre des sections d'Orient musulman et d'Extrême-Orient. On sait comment il y a magnifiquement réussi. - Un arrêté du 26 mai, du ministre de l'Instruction publique et des Beaux-arts, a institué un comité chargé de préparer la coordination de l'enseignement des arts appliqués avec celui de la technique des arts en question. Ce comité se compose notamment de deux délégués de l'enseignement technique, d'un inspecteur général des arts appliqués, d'un inspecteur du dessin, de deux membres pris dans l'enseignement supérieur. Le comité étudiera les moyens propres à réaliser l'interpénétration ou la fusion des enseignements donnés dans les écoles d'arts appliqués et d'enseignement technique et donnera son avis sur la transformation de certaines écoles. - La première des fêtes organisées par le Comité des fêtes versaillaises qui s'est récemment constitué à la suite de l'initiative de M. Lapauze, pour aider à l'entretien ou à la remise en état du château et du parc de Versailles, et qui a pour président M. Etienne de Natèche, a eu lieu le dimanche 3 juin, et a brillamment réussi. D'autres fêtes de nuit analogues, comportant des feux d'artifice et des illuminations des bosquets auront lieu les 15 juillet et 5 août. On nous promet enfin pour le 17 juin, une fête-kermesse dans le parc et pour le 30 juin une grande fête de nuit dans le château même, avec un ballet dansé dans la Galerie des Glaces et un souper servi dans la Galerie des Batailles. NÉCROLOGIE Camille Chevillard est mort le 1er juin. Né en 1859, Il avait succédé, après une carrière déjà importante de compositeur, au fondateur des concerts Lamoureux, son beau-père. Fils d'un musicien, et possesseur d'une belle culture classique, il s'imposa aussitôt comme un des premiers chefs d'orchestre de notre époque. Ses principaux titres de gloire sont, à côté de ses révélations de compositeurs russes et de jeunes musiciens français, d'avoir magistralement conduit et imposé au public les maîtres classiques et aussi Wagner. Certaines de ses interprétations, de ce dernier notamment, sont dans la mémoire de tous les musiciens. --- ACADEMIES SOCIETES SAVANTES Académie des Inscriptions et Belles Lettres Séance du 25 mai L'Académie élit notre collaborateur, M. R. Dussaud, conservateur adjoint au musée du Louvre, en qualité de membre ordinaire, à la place de M. Clermont-Ganneau. Lecture est donnée de la correspondance portant donation par M. le duc de Loubat d'une rente de 3.000 fr destinée à créer un prix quinquennal de 15.000 fr sous le nom de prix «Clermont-Ganneau». M. Adrien Blanchet étudie plusieurs pierres gravées antiques, qui représentent un groupe de Mars et de Vénus debout, dans une attitude qui inspira, il y a plus de 30 ans, l'idée que la Vénus de Milo avait fait partie d'un groupe de ce genre. Mais, il y a, dans les pierres gravées, de curieuses variantes dont les unes représentent Mars, les mains attachées derrière le dos et conduit par Vénus, et les autres, au contraire, Vénus attachée de la même manière et prisonnière du dieu de la guerre. Ces pierres gravées, portent des inscriptions de sens mystérieux. M. Blanchet a retrouvé, dans un papyrus grec magique, la plus longue de ces inscriptions : les pierres gravées, aux types de Mars et de Vénus, étaient considérées comme des amulettes utiles dans certaines rivalités amoureuses. Académie des Beaux-Arts. Séance du 9 juin L'Académie procède à l'élection du successeur de François Flameng; M. Emile Friant est élu au deuxième tour de scrutin, par 18 voix, contre 11 à M. Lucien Simon.

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BEAUX-ARTS Société de l'Histoire de l'Art français Séance du 1er juin M. Lemonnier raconte l'achat par le duc d'Aumale de la collection de tableaux laissée par son beau-père, le prince de Salerne, et qui constitua le premier fonds du Musée Condé. M. Dimier commente les opinions plutôt sévères des peintres anglais Wilkie et Constable sur leurs confrères français au début du xixe siècle. Il étudie ensuite deux paysagistes français de la seconde moitié du xixe siècle, Gauffier et Muntz, tous deux imitateurs des Hollandais dans des manières différentes. De leur contemporain Fauvel, diplomate au Levant, antiquaire, dessinateur et aquarelliste, M. Jamot fait revivre la pittoresque figure. Société Nationale des Antiquaires de France Séance du 9 mai M. Stein fait connaître une inscription de l'église de Paisley (Ecosse), contenant le nom d'un maître de maçonnerie John Moreau qui semble être Jean Moreau, architecte parisien, du début du XVIe siècle, maître d'œuvre de Notre-Dame, en 1510. M. Blanchet fait une communication sur une série nouvelle d'enseignes de pèlerinages de la fin du XVe siècle, relatives aux sanctuaires de Saint-Mathurin à Larchant, de Saint-Claude et du Saint Suaire, à Chambéry. Séance du 16 mai M. Mayeux présente la reconstitution du tympan de l'église de Collonges (Corrèze), représentant l'Ascension et datant d'environ 1170. M. Prinet montre un étui de chirurgien conservé au Musée du Louvre, cet objet est fait de cuir bouilli et a été exécuté en France peut être à Dijon, dans le dernier quart du XVe siècle. M. Formigé parle de la villa romaine de Pitre, près Vinon (Var) et montre une photographie de la mosaïque à personnages qu'on y a récemment recueillie. Séance du 30 mai M. Marquet de Vasselot entretient la Société des objets de la collection Corroyer récemment entrée au Louvre et exposée depuis peu, à laquelle il a consacré dans Beaux-Arts, le 1er juin, un article d'ensemble. M. Dimier entretient la Société d'un portrait légué au Musée du Louvre par la Baronne Salomon de Rothschild. Ce portrait représente Henri d'Albret, roi de Navarre. Cette identification est établie par la lettre que porte la reproduction de ce même visage, scrupuleusement copié dans les recueils de seconde main du temps. Séance du 6 juin M. Destrée, à propos de l'Exposition des peintres belges du Jeu de Paume des Tuileries, parle des influences latines chez Roger de la Pasture et fait diverses remarques sur d'autres peintres de l'Ecole française du Nord et de l'Ecole flamande. M. Michon entretient la Société d'un bas-relief du Musée du Louvre, provenant vraisemblablement d'Egypte et qui décorait peut être un arc de triomphe de l'époque de Trajan. --- DAUMIER ET GAVARNI Une Exposition au Musée Victor-Hugo Avec beaucoup d'art et de patience, M. Raymond Escholier, conservateur du Musée Victor-Hugo, vient de réunir dans les salles du prestigieux logis maintes œuvres de Daumier et aussi de Gavarni. Cette exposition continue avec logique l'entreprise de M. Escholier : l'an dernier il groupait les vestiges du Théâtre Romantique; cette fois il nous montre l'Emeute, cet important élément constitutif de tout le xixe siècle, et les élégances précieusement barbues et chevelues qui en furent (voyez l'Education sentimentale!) les spectatrices familières. Que ces évocations successives aient lieu dans la maison où Victor Hugo respira, rien de mieux. Le grand homme est la synthèse d'une époque dont Daumier et Gavarni furent parmi les plus typiques acteurs. C'est, je pense, le point de vue duquel M. Escholier se plaça quand il résolut de faire voisiner là ces deux artistes antinomiques. L'un est tout peuple, toute naïveté, toute fidélité. L'autre n'est que scepticisme, que distinction, que fantaisie. Les différences de leurs origines s'avèrent dans leurs moindres traits. Daumier, fils d'un vitrier marseillais et poète, reçut peu d'instruction; il n'eut en somme que deux maîtres qu'il se découvrit tout seul : les Antiques et Rembrandt. La Loge, par GAVARNI Collection Dorville

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BEAUX-ARTS Certes, on l'a comparé à Goya, au Caravage, à Michel Ange, à Ribera, que sais-je ? En fait il égale tous ceux qui traduisirent les caractéristiques du modèle humain par des contrastes tantôt rudes, tantôt veloutés, de lumière et d'ombre. Son cœur est merveilleusement généreux. Son amour est unique et quasi fétichiste : le Peuple, autrement dit la République. Il s'en fait une idée concrète; Dessin de GAVARNI Collection Astruc il l'adore, il le peint comme il ferait d'une femme véritable et infiniment chérie. Cet enthousiasme certainement empreint de dévotion, permet que son réalisme de dessinateur-né atteigne souvent une poignante majesté. La Rue Transnonain (lithographie de 1834), La blanchisseuse (peinture) La République (esquisse peinte en 1844, primitivement intitulée La Charité et retouchée par Daumier en 1848; collection Moreau-Nélaton) sont les plus belles œuvres d'inspiration tribunicienne qui se puissent concevoir. Quelle que soit la technique employée, elles s'affirment toutes fort remarquables d'exécution, même et surtout les peintures. Quand Daumier se détend, qu'il montre l'amateur d'objets d'art ou d'estampes, les chasseurs causant à la lueur de l'être, on dirait qu'il gagne encore en intelligence observatrice ce qu'il perd en intensité dramatique. Daumier vécut loin des richesses et des raffinements. Il ne les désira point. Même, sur ses vieux jours, devenu presque aveugle, il fut mort pauvre et sans un toit, si la charité adorably délicate de Corot n'était intervenue à temps. Quelle différence entre cette vie et celle de Gavarni, fleur de dandysme! On retrouve dans l'actuelle exposition quelques œuvres que MM.Lemonnier, Blum et Lemoisne avaient réunies, en décembre 1913, à la galerie La Boëtie, grâce à MM. Beurdeley, E. de Rothschild, Pierre Gavarni. Henri Rouart. On y voit en outre La Loge, de la collection Dorville. Elle semble incarner un brelan de personnages balzaciens pris dans Un grand homme de Province à Paris, par exemple. Elle est comme le résumé de tout ce que préféra Guillaume Chevallier, dit Gavarni : vie luxueuse, femmes jolies, musique légère. Dans toutes ses œuvres, le trait, toujours spirituel et juste au demeurant, est inconsistant, sinuex; son paraphé léger, sur le blanc du papier, semble, d'une lorete, le cheveu collé sur la tempe moite de la sueur du bal. Gavarni au fond n'aima rien, pas même les femmes qu'il sembla tant aimer et dont il n'élu, pour lui dédier enfin de vraies larmes, que la moins digne d'un tel hommage. Si, pourtant, il eut une passion sincère. La poésie? Non. Ses poèmes, ce sont, en somme, de ses lithos écrites; témoin cette première strophe, pleine d'élégant mystère, d'un poème paru en 1834 (l'année de la rue Transnonain!)... dans le Journal des gens du monde. Cette nuit, dans les bois, une calèche errante, De sa double lanterne éveillant l'écureuil, A travers les rameaux revenait scintillante De Boulogne au bassin d'Auteuil. Sa vraie passion ce furent les mathématiques. Il les cultiva toujours et malgré sa production acharnée (Gavarni, pendant plus d'un an fournit, par contrat, un dessin par jour !). En 1865, M. Bertrand, académicien, disait, au cours d'une séance de l'Institut : « Messieurs, j'ai l'honneur de déposer sur le bureau la solution d'une des questions les plus ardues des sciences mathématiques : c'est la généralisation de la série des sinus en fonction de l'arc. Cette solution a été trouvée par M. Gavarni ». Bien qu'également célèbre comme dessinateur et comme dandy, c'est au son de ce violon d'Ingres que Gavarni berça ses dernières années; la dirigeabilité des ballons le hantaît; et, depuis le retour de son dernier voyage à Londres où le spleen semble l'avoir atteint au cours de ses interminables promenades errantes dans les pires quartiers, une obsession de plus en plus lancinante le tenait : le souvenir du temps qu'il préparait « polytechnique... ». Robert Rey.

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BEAUX-ARTS LA TAPISSERIE DE SKOG (Suède) Il y a quelque temps, s'occupant de réunir des objets pour une exposition d'art religieux ancien, M. Erik Salven découvrit, dans la petite église de Skog, au nord de la Suède, une tapisserie qu'on pourrait dater du xie ou du xrie siècle, et qu'il vient de publier dans une thèse très remarquée de doctorat pour l'Université de Stockholm, (Bonaden från Skog, t. IV, des publications de l'Institut Zorn). L'auteur fait une description très soignée, technique et iconographique de la tenture. Par l'analyse des formes, surtout en la comparant avec les pierres runiques de Suède, il peut en fixer la date à la période de 1050 à 1150 et attribue l'ouvrage à la province suédoise de Helsingland. On voit sur la tenture, une église en bois avec une tour isolée pour les cloches. Les fidèles sont rassemblés dans les deux bâtiments ou alentour; ils sonnent les cloches vigoureusement, pour se défendre contre les pouvoirs diaboliques qui, sous forme de lions énormes, commandés par une sorte de monstre à trois têtes monté sur un animal féroce, s'avancent des deux côtés, au galop, vers l'église. Dans cette représentation curieuse, on retrouve les éléments de plusieurs sagas nordiques, des légendes et des contes populaires, notamment l'histoire de la chasse furieuse d'Odin dans la nuit, fatale à qui la rencontre. Les mauvais génies prétendent détruire l'église, bâtie par le missionnaire chrétien, mais le son des cloches la protège. Ce thème iconographique est extrêmement intéressant et fait pénétrer dans l'âme du premier siècle chrétien de la Suède, le xie, où les dieux païens règnaient encore sous le nom de géants, où les lutins et les gnômes inspiraient une angoisse mortelle aux hommes. Le style est tout géométrique, à peu près semblable à celui des pierres à figures d'avant le xrie siècle, et c'est avec raison que l'auteur en souligne le caractère suédois, ainsi que l'iconographie. Cependant, M. F.M. Martin, spécialiste en art oriental, parlant de la tenture de Skog, l'a rapprochée de certaines œuvres textiles transcaspiennes, modernes il est vrai (voir A. Bogolubow : Tapisseries de l'Asie centrale, planche VIII); une influence de cette sorte serait tout à fait naturelle, vu le grand nombre de monnaies arabes et d'autres objets orientaux, qui ont trouvé leur chemin vers la terre suédoise entre 875 et 975 (voir Arne : La Suède et l'Orient). La tenture de Skog est une œuvre de la plus haute importance pour l'histoire artistique et religieuse de la Suède. On peut presque la mettre en parallèle avec la tapisserie de Bayeux, et c'est à ce titre qu'elle pourrait intéresser les savants français. D'autres tentures semblables, qui ont été découvertes aussi récemment, des tentures primitives norvégiennes, des reliefs et des gravures en pierre scandinaves et anglaises, du temps des vikings et du commencement de l'époque chrétienne, accompagnent, dans le livre de M. Salven, la tenture de Skog, de sorte que celui-ci nous présente un tableau de l'art figuré nordique à une époque qui, jusqu'ici, n'a presque pas été étudiée du point de vue artistique. De nombreuses illustrations, ainsi qu'un résumé en allemand, facilitent l'emploi du volume aux savants qui ne lisent pas le suédois. Johnny Roosval. --- MONUMENTS HISTORIQUES Finistère. — L'important ensemble du château de Brest, ayant toujours conservé son affectation militaire, comporte des constructions de bien des époques. C'était une raison de plus pour en assurer la conservation intégrale par le classement qui vient d'être prononcé d'accord avec l'administration du génie. Quelques fragments de l'époque gallo-romaine permettent de croire que déjà à cette époque, une forteresse avait été élevée au fond de cette admirable baie de Brest si précieuse pour les navigateurs. L'enceinte fortifiée forme actuellement un vaste trapèze, où s'élèvent des casernes mo-

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BEAUX-ARTS dernes, sauf celle dite de Plougastel, également classée, construite au xvie siècle par Sourdiac; elle comprend la porte d'entrée flanquée de deux tours, édifiée en 1461 par Olivier Kervéat, précé- Fort de Brest dée d'un «ravelin» modifié par Vauban, deux demi-courtines qui relient cette porte au donjon et à la tour de la Madeleine, une longue courtine entre cette tour et la tour Française de forme elliptique et datant de 1374, la tour de César du xime siècle, couronnée de machicoulis, la tour d'Azénor qui paraît remonter au xne siècle, la tour de Brest et le donjon du xve siècle qui domine tous les autres ouvrages; flanqué de deux tours. ce donjon comprend des appartements, une salle de garde, une chapelle, des cuisines, des cachots et des dépendances. Porte de l'Hospice Comtesse à Lille Nord. — L'hospice Comtesse à Lille, autrefois Hôpital Saint-Jean, qu'après de longues négociations on a pu enfin classer, fut fondé en 1236 par Jeanne de Constantinople; un incendie le détruisit en partie en 1467 et c'est de cette époque que datent la grande salle des malades aujourd'hui réfectoire et la chapelle qui lui fait suite. Cette immense salle voutée de bois est éclairée par de hautes fenêtres en arc brisé; elle contient de vieilles tables du xvme siècle à gros pieds tournés, et de curieux tableaux du xvme et du xvime siècle, intéressants pour les costumes et les armoiries. La «paneterie», qui avoisine, est entièrement revêtue Eglise de Chilly-Mazarin de carreaux de faïence de Delft à décor bleu; le parloir avec son plafond à poutres sculptées, sa haute cheminée du xve siècle, ses massifs bahuts de chêne du xvive siècle, a infiniment de caractère. La ville de Lille, si pauvre en monuments anciens, devait conserver intact cet ensemble intéressant pour son histoire hospitalière. La maison dite du Prévôt, à Valenciennes, était menacée par un alignement malencontreux, que le classement écarte définitivement. Datant du xvie siècle, elle est construite en briques et pierres. Le premier étage en saillie sur le rez-de-chaussée, la tourelle d'escalier en encorbellement donnent à la construction un aspect fort pittoresque. Seine-et-Oise. — L'église de Chilly-Mazarin, peu intéressante à l'extérieur comporte à l'intérieur des parties du xime siècle d'un très bon style et contient une série de tombeaux du xvive siècle, notamment celui du marquis d'Effiat, qui ont motivé le classement dont cette partie de l'édifice vient d'être l'objet. Jean VERRIER.

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[61] 15 JUIN 1923 167 BULLETIN DES MUSÉES UN ALBUM DE DESSINS DE SALOMON DE BROSE au Musée du Louvre Le Musée du Louvre a pu acquérir à la vente du baron de Bethmann un recueil de dessins que connaissaient tous les curieux de notre architecture du xvie siècle. Ce volume porte sur sa couverture de parchemin des inscriptions très effacées, mais que Read put encore lire, lorsque cet album appartenait à l’architecte H. Labrouste; elles nous apprennent qu’en 1607 il était la propriété de Salomon de Brosse et qu’en 1613 il était à Charles du Ry, son parent, « travaillant pour Madame la Duchesse de Longueville à son château de Coulommiers l’année que ledit château a été commencé ». Ce recueil a été étudié sommairement par A. Read (La France protestante, III, col. 209), par M. Masson (Bulletin de l’histoire du protestantisme, 1902, p. 458) et plus longuement par M. le pasteur Pannier (Salomon de Brosse, Paris, 1911, in-8°. pages 138-142). M. Pannier s’est efforcé d’identifier tous les dessins et y a souvent réussi. Sur certains points nous ne partageons pas cependant son avis, mais ne pouvons en cette courte note ouvrir une discussion. Cl. Serv. Phot. B.-A. Porte Saint-Honoré à Paris Album de SALOMON de BROSE Cl. Serv. Phot. B.-A. Façade du Château de Coulommiers Album de SALOMON de BROSE Cet album contient des œuvres dues à deux mains au moins. Une première main, celle de Salomon de Brosse, a tracé les dessins des feuillets 1 à 30; une ou deux autres, ceux des feuillets 35 à 49. Les feuillets 30 à 35 sont restés blancs. Les dessins de Salomon de Brosse doivent tous dater de 1607 à 1613. A côté de relevés d’après le château de Verneuil, qui avait été bâti par son grand-père, Jacques Ier Androuet du Cerceau, et où avaient travaillé son oncle Jacques II et son père, Jehan Brosse, on trouve des motifs décoratifs, encadrements, retables d’autel, cheminées, mascarons, fontaines, tribune de musiciens et toute une série de portes. Certaines de ces portes sont des projets pour celle de l’hôtel de Soissons, dont Sauval admirait « la grandeur extraordinaire » et que Salomon de Brosse imita de la porte de Caprarola par Vigrole. D’autres portes nous rappellent le style du château de Monceaux, où Salomon travailla en 1609. Un des plus beaux dessins est une élévation du pavillon central de Coulommiers.

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Nous retrouvons dans ces dessins les caractères habituels aux œuvres des Androuet du Cerceau; l'abondance de la décoration, les bossages, les frontons dont les clefs des buteaux appareillés interrompent la corniche inférieure, les entablements coupés par les fenêtres du pavillon central, les formes arrondies des amortissements supérieurs, tout cela nous rappelle Charleval ou Verneuil. Que l'on compare ces monuments avec la façade de Saint-Gervais que Salomon de Brosse éleva dix ans plus tard et l'on apercevra toute la différence qui sépare deux styles. En 1608-1610 de Brosse est encore un disciple de la Renaissance, en 1618-1620 il renonce aux ressauts, aux décrochements et donne déjà les formules de l'architecture classique. Un dessin représentant la porte Saint-Honoré pose un problème. Il se trouve au folio 20 au milieu d'œuvres de 1607 à 1613; or la porte Saint-Honoré fut construite en 1626, l'année de la mort de Salomon de Brosse. Faut-il, avec M. Pannier, l'attribuer à cet architecte, sans se préoccuper du fait que depuis 1613 l'album n'appartenait plus à de Brosse? Nous n'ignorons pas que Paul de Brosse, fils de Salomon, fut chargé de démolir le mur d'enceinte de Paris. Il y a là un point à élucider. Nous ne pouvons ici chercher à identifier le pavillon et la grande façade des feuillets 29 verso et 30 recto qui, d'après M. Pannier, ressemblent à Coulommiers ou à Monceaux et où nous serions tentés de voir un premier projet pour le Luxembourg; nous ne pouvons non plus chercher ici pour quelle résidence royale furent exécutés les dessins de la seconde partie du volume. Nous voulions simplement signaler son intérêt: ce recueil contient de précieux documents historiques sur des châteaux disparus; il nous montre tout ce que Salomon de Brosse devait à son grand père Jacques Ier Androuet du Cerceau; il nous permet de mieux connaître le style de l'époque 1607-1613; il est comme la préface d'un autre recueil possédé par le Louvre, attribué au père jésuite Derand et dont les premiers dessins, comme nous avons essayé de le prouver dans notre cours de l'école du Louvre, furent précisément exécutés en 1613, à Blérancourt, dans l'« agence » de Salomon de Brosse. Louis HAUTECŒUR. MUSÉE DU LOUVRE Peintures et dessins. — M. Béraldi, le bibliophile bien connu, a offert récemment au Louvre un beau dessin de Célestin Nanteuil. Le département a, d'autre part, reçu de M. Henri Ribot un joli tableau de la jeunesse de Millet représentant une Femme nue couchée. BEAUX-ARTS DEUX OBJETS D'ART CHINOIS au Musée du Louvre Deux objets très importants viennent d'enrichir les collections d'art chinois au Musée du Louvre. L'un est un grand vase en poterie, de 0 m. 30 de hauteur et 0 m. 30 de diamètre à la panse, en terre assez cuite, non vernissée, probablement recouverte anciennement d'un lait de chaux co'oré. De grands médaillons lobés, en légère saillie, renferment, sur la panse, alternativement des têtes d'éléphants et de lions, modelés en très fort relief; sur l'épaulement du vase court une frise circulaire en relief méplat de chasseurs poursuivant des fauves, ou les portant abattus sur leurs épaules. L'exécution de cette frise, et le caractère même des personnages sont en rapport assez étroit avec l'art de la décoration des dalles de chambrettes funéraires de la dynastie des Han, tandis que les motifs en très fort relief des masques d'animaux sont spécifiquement de caractère iranien ou mésopotamien. C'est un exemplaire d'une poterie qui ne nous était pas encore connue, très impor-

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tante par sa dimension et sa conservation, révélatrice d'un art céramique chinois qui appartient peut-être à la première période des Han, un peu antérieure à l'ère chrétienne. Cette pote ie est plus archaïque, semble-t-il, que ces gros vases à décor de frises, modelées sous couvre verte ou jaune, de bêtes se poursuivant, qu'on a toujours considérés comme appartenant à l'époque des Han postérieurs. Le second objet est une agrafe en bronze filigrané et incrusté d'or et d'argent, avec cabochons en jade vert; la forme est celle d'une viole. C'est un objet d'une technique incomparable, dans laquelle la maîtrise du métier est souveraine, et d'une beauté de forme et de matière qui ne peut être comparée qu'à celles des plus beaux bijoux égyptiens. C'est par des objets de cette qualité et de cet ordre qu'on peut juger de ce qu'a pu être l'art chinois de la glorieuse époque des Tang, (viiie-xie siècles), toute de raffinement et de noblesse. Gaston Migeon. MUSÉE DE VERSAILLES Le Musée a reçu une épreuve en bronze du buste de Pasteur par Paul Dubois, don de M. et Mme Vallery-Radot. Le buste a été présenté dans la galerie des Glaces pendant les fêtes de Pasteur. Un portrait de Buffet par Mouchablon a été donné par la famille de cet homme d'état. Enfin M. René Berge a offert un portrait en pied de La reine Victoria, donné jadis au président Félix Faure. MUSÉE DE SAINT-GERMAIN Le Musée des Antiquités nationales a reçu, notamment dans les derniers temps, une hachette en cuivre et divers silex, dons du commandant Goustillière; il a acquis une série de fragments de sculpture, appartenant à un monument mithriaque provenant d'Entrains (Nièvre) et publiés naguère dans le Recueil des bas-reliefs gallo-romains du commandant Espérandieu. AU MUSÉE DES ARTS DÉCORATIFS A l'Exposition du Livre français et des tapisseries de l'Apocalypse dont nous avons rendu compte précédemment, dès son ouverture, en avril, et dont le succès fut considérable pendant toute sa durée, a succédé celle de «la Vénierie française». On a essayé de grouper les diverses œuvres d'art, inspirées par la chasse à courre, conservées dans les collections publiques et privées. Le visiteur est accueilli dans la nef par les neuf pièces de la Tenture des Chasses de Louis XV, tissées aux Gobelins entre 1734 et 1745 et qui sont habituellement dispersées. Cette série, le chef-d'œuvre d'Oudry, peut ainsi être étudiée dans son ensemble, pour la première fois sans doute depuis le xvie siècle; et l'intérêt en est rehaussé par la présentation dans une salle voisine des admirables esquisses de ces tapisseries peintes par Oudry quelques années auparavant (collection du comte de Camondo). On sait que les cartons de ces tapisseries décorent au Palais de Fontainebleau l'escalier et l'appartement dit des Chasses qui s'ouvrent sur la cour ovale du côté du Nord et qui sont généralement fermés au public. D'autres tapisseries plus anciennes, des Gobelins ou de Bruxelles, accompagnent celles-là. Les manuscrits, les livres, les tableaux, les sculptures, présentent en raccourci l'histoire de la chasse à courre depuis le xve siècle jusqu'à 1870. Mais leur intérêt n'est pas uniquement documentaire; on y trouvera des œuvres de premier ordre et des œuvres charmantes, — il suffira de citer, entre autres, les noms de Van der Meulen, de Desportes, de Van Loo, d'Ollivier, de Casanova, de Carle Ver-net, de Lami, pour qu'on en soit convaincu. Les vitrines d'armes présentent, grâce au concours des principaux collectionneurs (notamment de M. Pailhac et de M. Reubell), de magnifiques spécimens d'arbalètes, d'arquebuses, de fusils et de couteaux de chasse. Dans la salle des expositions temporaires du premier étage, le dépôt de la collection de M.Donat Agache permet d'étudier la faience de Nevers, de Rouen et de Delft sur des pièces provenant de la collection Clampanain à Lille, et dont tous les amateurs de céramique connaissent depuis longtemps la réputation. Il y a notamment une série de pièces de Delft à fond noir qui est unique. MUSÉE CERNUSCHI VIIIe Exposition des Arts de l'Asie On ne pouvait se flatter de donner une vue complète de l'art siamois, qui est à peine révélé aux curieux d'Occident, et que des fouilles archéo-

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logiques, menées d'accord avec les autorités du royaume, permettront seules de connaître à loisir. Aussi, l'exposition du Musée Cernuschi n'a-t-elle d'autre ambition que d'attirer les gens de goût en leur présentant pour la première fois Cet ensemble siamois, qui occupe trois salles, a été formé par M. Pila, ministre de France à Bangkok; il prouve que l'on peut unir aux qualités diplomatiques un goût parfait et un sens délicat des belles choses. A côté de l'art siamois, la municipalité parisienne expose les objets chinois récemment donnés par des membres de la jeune et déjà si active Société des Amis du Musée Cernuschi. On admire la façon dont les vitrines du Musée asiatique de la Ville de Paris se sont enrichies si rapidement de plusieurs centaines d'objets nouveaux: sculptures, terres cuites, porcelaines, jades, laques, etc... Ces dons permettent de discerner l'orientation des collectionneurs qui, négligeant le bibelot d'étagère, s'acheminent résolument vers les pièces de fouilles et les objets de haute époque où le génie chinois Cl. R. Gauthier Chine. Statue de Boddhisattva v° siècle (Pierre) Don de M. Wannieck. a trouvé ses formes les plus vigoureuses; la statue de pierre, datant du ve siècle, que nous reproduisons, est instructive à ce point de vue; ce magnifique morceau a été donné au Musée Cernuschi par M. Wannieck. H. D'ARDENNE DE TIZAC. quelques exemplaires d'un art jusqu'ici inconnu. L'Indo-Chine apparaît de plus en plus comme la contrée qui a donné au bouddhisme son expression la plus saisissante; Chams, Khmers et Siamois ont chargé d'humanité la vieille doctrine éclosse dans les régions métaphysiques de la pensée hindoue. A ce point de vue, la série des têtes de bronze et de pierre exposées au Musée Cernuschi est d'un haut enseignement; ce sont là des morceaux qui, sculpturalement, s'égalent aux plus parfaits; leur puissant et doux sentiment de bonté, d'indulgence et de dédain, atteint un des sommets de la pensée humaine. Les armoires de pagode et les coffrets, destinés à renfermer les textes sacrés, offrent un grand intérêt décoratif; la forme pyramidale tronquée des armoires est sobre, forte, bien assise, mais d'un mouvement élancé qui exclut toute lourdeur; elles sont ornées, sur fond de laque noire, de personnages et de scènes traités en or fin dans un décor semé de rinceaux et de flammèches stylisées. Quelques soieries brochées d'or sur des fonds bleu-de-nuit, mauve pâle, rose tendre ou vert passé, montrent tout le parti que l'on peut tirer de ce style quand il quitte les parois rigides du meuble pour s'assouplir dans une matière mobile et nuancée.

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BEAUX-ARTS CORRESPONDANCE DE L'ÉTRANGER ANGLETERRE Exposition d'Ivoires sculptés au Burlington Club de Londres Le Burlington Club présente en ce moment une exposition d'ivoires sculptés. La dernière datait de 1879; mais on s'est efforcé cet été de faire encore beaucoup mieux, non seulement sous le rapport de l'arrangement et de la qualité des objets exposés, mais aussi quant au caractère scientifique du catalogue. Celui-ci est très sérieusement étudié, l'introduction est copieuse et suffisamment nourrie de renseignements, les notes sont au fait de l'érudition la plus moderne. Suivant l'ordre chronologique, nous débutons avec une petite pièce d'origine magdalénienne, un morceau d'andouiller de renne gravé (no 1) provenant de Laugerie-Basse, aux Eyzies (Dordogne). Vient ensuite un petit poisson (no 2) en ivoire noirci, datant de la première dynastie d'Egypte. Un diptyque (no 24) de la fin du ive ou du commencement du ve siècle, représentant Esculape sur une face et Hygie sur l'autre, a été prêté par le Musée public de Liverpool, dont la contribution à cette exposition est des plus importantes. Cet ivoire avait passé, avant son entrée au Musée public de Liverpool, dans les collections Wiczay, Fejervary et Mayer. Le Musée de Liverpool a également prêté un diptyque (no 25) figurant trois personnages assis dans une tribune. Le diptyque qui porte le no 28 et qui appartient à l'art chrétien primitif, probablement du ve siècle, prêté par M. F.-E. Andrews, est sans doute celui qui est passé en vente chez Christie, il y a deux ans. Les bas-reliefs nos 29 et 30 appartaient à un trône épiscopal du vie ou du vire siècle; ils viennent l'un du Musée Fitz William de Cambridge, l'autre des Musées royaux du Cinquantenaire de Bruxelles. On doit noter également le très beau volet d'un diptyque carolingien (no 38) du ix° ou du xe siècle, qui apparint jadis à la collection Spitzer et qui est actuellement au Musée de Cambridge. Le no 53, un olifiant, paraît être un travail byzantin du xe ou du xive siècle; d'autres ouvrages byzantins sont à retenir également, le très beau relief d'un triptyque (no 54), un autre triptyque (no 55) et divers objets (les nos 57, 58, 59) prêtés par le Musée public de Liverpool. M. Adolphe Stoclet a très aimablement contribué à l'intérêt de l'exposition en prêtant le relief byzantin no 64, une Vierge à l'Enfant qui rappelle un exemplaire du Louvre (no 32 du catalogue Molinier) et un couvercle de boite hispano-mauresque (no 69), ainsi qu'un bas-relief espagnol (no 71) qui figurait jadis dans la cathédrale de Saragosse. L'ivoirerie française du xive siècle — pour laquelle on professe universellement une si haute estime — est bien représentée par environ 60 spécimens prêtés par divers musées publics et collections privées. Attirons l'attention, parmi ceux-ci, sur le couvercle de coffret (le no 138) qui retrace l'histoire, célèbre dans la littérature médiévale, du siège du château de l'Amour, prêté par le musée de Liverpool. Parmi les œuvres caractéristiques de travail italien, nous pouvons citer, par exemple, le retable no 165 qui est sans doute une œuvre de l'école des Embriachi, qui travaillaient au début du xve siècle dans l'Italie du nord, mais l'ouvrage a été repris et présenté dans la forme où nous le voyons, au xvive siècle. On a pris soin de grouper encore des exemples du travail de l'ivoire dans les Flandres, en Allemagne, en Espagne au xvive siècle. La manière de David Le Marchand, de Dieppe, est même représentée; mais il serait vain d'essayer de décrire comme il convient toutes les pièces dignes d'intérêt parmi les 250 spécimens qui nous sont montrés. Cette exposition, d'un intérêt égal pour l'éрудit et le collectionneur, doit rester ouverte jusqu'au milieu de juillet. L'accès en est réservé aux membres du club, toutefois toute personne qui possède une introduction venant de l'un d'eux peut y être admise. Maurice W. Brockwell. BELGIQUE Au Musée d'Anvers Le Musée d'Anvers qui, par ses remarquables envois, contribue si largement au succès de l'Art Belge à Paris, expose actuellement ses nouvelles acquisitions, très judicieusement choisies; elles prouvent que l'on s'est laissé guider bien plus par la qualité et l'intérêt de l'œuvre que par la superstition du nom illustre. Un Combat de coqs signé Frans Snyders, d'une pâte très grasse, et très harmonieux de tons, vient heureusement compléter à Anvers la représentation de ce maître dont le Musée ne possédait que des natures mortes. Une peinture analogue se trouve au Musée du Prado. L'Ecole Belge moderne, qui triomphe déjà au Musée d'Anvers, s'enrichit encore de pièces importantes.