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Numéro 12
BEAUX-ARTS
REVUE D'INFORMATION • ARTISTIQUE •
LES GRAVEURS ET LE LOUVRE
Les graveurs veulent être à l'honneur; ils n'ont pas trop à se plaindre du public, des amateurs tout au moins, en ce moment: le renouveau du livre d'art illustré, de plus en plus intense et fécond, les expositions multipliées, les revues même qui se fondent à leur profit, les hauts prix atteints constamment par les belles épreuves de jadis, tout conspire à leur donner de légitimes ambitions, à les venger d'ingratitude passagères et à leur faire oublier certains dédains immérités. Ils considèrent cependant comme une injustice à réparer le fait que notre grand musée national semble leur fermer les portes de ses galeries. Déjà, en 1910, une requête avait été adressée au Sous-secrétaire d'Etat des Beaux-Arts d'alors, par les délégués de toutes les sociétés de gravure et de lithographie, pour demander la création de salles de gravures anciennes et modernes dans les Musées nationaux. M. Dujardin-Beaumetz avait affirmé sa sympathie aux graveurs, le Conseil des Musées consulté avait fait des promesses.
C'était, hélas! le temps où le Ministère des Colonies était sur le point de quitter le Pavillon de Flore et où l'on envisageait largement les utilisations possibles des locaux devenus disponibles. Depuis lors, les Colonies ont déménagé; mais, à part quelques emprises réalisées par le musée avant la guerre sur les locaux du Pavillon de Flore, les Finances ont tout réoccupé, et la Marine est toujours là! Les collections de peintures se sont étendues, celles des dessins, pour des raisons prudentes de préservation, autant que de restriction nécessaire, sont réduites à des expositions temporaires...
Le voeu, renouvelé ces temps-ci par les sociétés de graveurs, reste donc toujours entièrement sympathique aux artistes et aux amis des arts. Il a été présenté avec chaleur récemment par notre confrère Le Livre et l'Estampe, le Conseil des Musées l'a examiné à nouveau, mais sans pouvoir prendre aucun engagement, pour des raisons matérielles. La place fait défaut, le personnel de gardiennage également. On pourra peut-être y repenser le jour où le Pavillon de Flore sera rendu définitivement aux Musées nationaux.
On se propose, en attendant, de consacrer une salle du Musée lui-même à l'exposition de pièces tirées des collections de la Chalcographie, qui, dans ses locaux spéciaux du quai du Louvre présente déjà plusieurs petites salles d'exposition. On sait aussi que cette antique institution de la Chalcographie, récemment vivifiée et régée par des méthodes nouvelles, se montre de plus en plus accueillante aux graveurs contemporains, particulièrement aux graveurs originaux.
On peut se demander d'ailleurs, s'il est bien nécessaire, même dans un musée à tendances encyclopédiques comme le Louvre, d'augmenter encore le cadre et les charges de l'établissement. « Toutes les manifestations de la pensée humaine disent les graveurs, y sont représentées ». Ce n'est pas tout à fait juste, même artistiquement parlant, la monnaie, par exemple, n'y figure pas plus que la gravure. Le Cabinet des Estampes, comme le Cabinet des Médailles de la Bibliothèque nationale et le Musée de la Monnaie remplissent admirablement leur rôle de conservatoire des œuvres maîtresses pour ces arts spéciaux. Que l'on y songe davantage à l'exposition, à la présentation au public, à la vulgarisation, que l'on y fasse une place plus large aux modernes, les intéressés peuvent le souhaiter et le demander. Mais il n'est peut-être pas indispensable de créer ailleurs de nouveaux fonds, ce qui n'irait pas sans dépenses considérables, bien entendu, et sans doubles emplois. Bien des amateurs estiment aussi que les gravures précieuses ne sauraient rester exposées en permanence aux effets de la lumière. Ce serait donc un nouveau cabinet de consultation à créer; à peine peut-on songer à l'organisation rationnelle de celui des Dessins. Toutes ces considérations peuvent s'ajouter aux raisons matérielles invoquées par le Conseil des Musées.
Paul Vitry.
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NOUVELLES
En dehors des récompenses dont nous avons fait mention dans le compte rendu du Salon, le Conseil supérieur des Beaux-Arts a récemment décerné le Prix national à M. Paul-Elie Dubois, artiste peintre pour sa composition : la Paix dans la Lumière.
Des bourses de voyage ont été en outre attribuées : pour la peinture, à Mlle Elisabeth Chaplin, de la Société Nationale des Beaux-Arts, à Mme Dumand et à M. Lagrange, des Artistes Français; pour la sculpture, à MM. Charles Garnier, R. I. Josset et Pierre Traverse, des Artistes Français; pour l'architecture, à MM. Fournier, Souzy, des Artistes Français, et Philippe Besnard, de la Nationale; pour la gravure, à M. Giannelli, de la Nationale; pour les arts décoratifs, à M. René Gabriel, des Artistes Décorateurs.
Le concours annuel organisé par la Société d'encouragement à l'art et à l'industrie entre les diverses écoles d'art de France et d'Algérie a été jugé le 18 juin.
Il comportait comme sujet une petite table à thé, une théière et un sucrier en argent. Les résultats en seront exposés du 1er au 20 juillet au Pavillon de Marsan.
On annonce que le groupe des Bœufs au labour, de Henri Bouchard, qui eut, on s'en souvient, un grand succès au Salon de 1909 en plâtre, et en bronze en 1912, qui avait été acheté, sous cette dernière forme, par la ville de Paris, vient, après être resté depuis ce temps au dépôt des marbres, d'être cédé par décision du Conseil municipal, à la ville de Clermont-Ferrand.
Les expositions internationales d'art décoratif moderne se multiplient hors de France. Actuellement est ouverte à Göteborg en Suède, l'exposition dont nous avons rendu compte. On vient d'inaugurer en Italie, à Monza, une exposition à laquelle la France a été conviée officiellement; les principales réalisations italiennes sont publiées dans une revue, Le Arti Decorative dont le 2e fascicule vient de paraître.
L'Espagne devait également réunir à Barcelone les artistes décorateurs mondiaux, mais cette exposition a été retardée par suite de l'état politique du pays.
On annonce enfin, pour avoir lieu en 1926, une exposition internationale d'art décoratif moderne à Philadelphie, exposition sélectionnée où chaque nation ne serait, dit-on, représentée que par une des spécialités qui «la personnifie le plus expressément».
On a inauguré le 23 juin, à l'Ecole des Beaux-Arts, en présence de M. Paul Léon, directeur des Beaux-Arts et de M. Albert Besnard, directeur de l'Ecole, du Président de la Société des architectes diplômés, des professeurs et des élèves, le monument érigé à la mémoire du sculpteur et esthéticien Eugène Guillaume, ancien directeur de l'Ecole.
Le monument a été placé dans la salle du musée des antiques.
ACADEMIES SOCIETES SAVANTES
Académie des Inscriptions et Belles Lettres
Séance du 15 juin
Le grand prix d'histoire fondé par le Baron Gobert d'une valeur de 10.000 francs, a été accordé pour la part principale, 9.000 fr., à M. Lucien Romier pour son ouvrage Le Royaume de Catherine de Médicis.
Le second prix — 1.000 fr. — a pour lauréat M. Rigné pour le tome II de son Histoire du Vivarais.
L'Académie a entendu l'analyse, par M. Charles Diehl, d'un rapport du général Charpy, commandant le corps d'occupation de Constantinople, sur les fouilles effectuées dans cette région.
Elle a écouté, ensuite, M. José de Figueiredo, directeur du Musée National de Lisbonne, qui a étudié un livre d'heures flamand renfermant des miniatures peintes vers 1530 pour don Fernando, fils du roi de Portugal, don Manuel Ier, qu'il croit pouvoir attribuer à Simon Bening.
M. de Figueiredo a parlé, en outre, d'un livre d'heures de 1517 qui appartient au musée de Lisbonne et d'un bréviaire peint pour la reine Léonor de Portugal (1458-1525) et qui est aujourd'hui dans les collections de M. Pierpont-Morgan.
Académie des Beaux-Arts
Séance du 16 juin
M. Widor rend compte de la visite qu'il a reçue du ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts du Canada, M. Athanase David qui lui a parlé du succès de l'école des Beaux-Arts de Montréal, dirigée par M. Fougerat. Le ministre a l'intention de fonder parallèlement à cette école, un Conservatoire de musique dont les professeurs seraient choisis parmi nos prix de Rome et nos lauréats du Conservatoire.
UNE EXPOSITION DE TAPISSERIES FRANÇAISES A STRASBOURG
A l'occasion des fêtes du centenaire de Pasteur à Strasbourg, le Commissariat général et la Direction des Beaux-Arts en Alsace et en Lorraine ont organisé une exposition d'art français, consacrée principalement à l'ancienne tapisserie française, avant l'époque des Gobelins. Cette exposition est la sixième démonstration artistique que Strasbourg ait vue au Palais du Rhin en moins de quatre années.
L'ancien palais impérial, devenu «Palais du Rhin», avait vu se succéder, dans les appartements de réception, transformés par le goût si sûr de M. Robert Danis, d'abord une exposition de peinture, qui résumait le mouvement pictural en France depuis 1870; puis une très remarquable exposition des arts décoratifs; puis une
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exposition d'architecture française des xvie et xviiie siècle, tout à fait neuve. La sculpture ne fut pas non plus négligée, malgré les difficultés du transport : mêlée à la peinture et à l'architecte, et les encadrant à propos, elle fut aussi à l'honneur.
La tapisserie, par deux fois, avait fait une éclatante apparition : une première fois à l'Université, avec l'Histoire du Roi, lors de l'inauguration solennelle du 22 novembre 1919 ; une seconde fois au Palais du Rhin, avec les magnifiques tapisseries de Mignard, (Les quatre Saisons) reproduction des peintures de St-Cloud détruites en 1870 par les Allemands. Ces très belles pièces, dues à la libéralité de M. Dumonthier, avaient excité une vive admiration.
La série exposée aujourd'hui (treize pièces, dont neuf de la plus grande dimension), est tout entière empruntée à cet ensemble, autrefois célèbre et aujourd'hui trop peu connu, qu'est la Tenture d'Artémise. L'histoire de cette vaste entreprise a été esquissée, (sinon complètement établie, car bien des points sont encore obscurs) dans les écrits de Lacordaire sur la manufacture des Gobelins, de Jules Guiffrey sur Nicolas Houël, d'Anatole de Montaiglon sur Antoine Caron, de Léon de Laborde dans son ouvrage sur la Renaissance des Arts à la cour de France, etc. Conçues sous Catherine de Médicis, peut-être commencées avant 1600, mais plus probablement exécutées définitivement après cette date; remaniées, appropriées aux divers règnes et aux diverses « Artémises » qui ont survécu aux « Mausoles », leurs victorieux époux (Catherine de Médicis, Marie de Médicis, Anne d'Autriche), ces tapisseries, dont l'histoire s'étend sur tout un siècle, et sur cinq règnes consécutifs (sensiblement de 1560 ou 1570 à 1660), excitent l'intérêt à plus d'un titre. Leur mérite historique principal est de démontrer le glorieux état de la grande tapisserie française cinquante ou soixante ans avant l'établissement des Gobelins, et de prouver que les Gobelins furent non pas une création, mais une « suite », d'ailleurs remarquablement organisée, d'un art qui avait déjà tous les caractères d'un art royal et national, malgré les marques visibles de l'influence italienne. Quant au mérite artistique, grand style du dessin, beauté de l'ordonnance, éclat et richesse de la composition et de ses divers cadres, il est du premier rang. Les dates entre 1610 et 1630 semblent les plus probables pour la majorité de ces pièces; quant aux auteurs, au nom de Lerambert, déjà transmis par la tradition, il semble bien qu'il faille ajouter ceux de Guill. Dumée et de Guyot, qui lui succédèrent en 1610 comme peintres officiellement désignés pour fournir aux dessins des tapisseries.
Quoi qu'il en soit, la « démonstration d'art » produite par cet exceptionnel ensemble est pour Strasbourg et les hôtes de Strasbourg dans cette saison de grandes fêtes la plus superbe leçon que la France puisse donner sur une époque jusqu'ici peu connues de son passé artistique.
Treize pièces, (sur 28 que possède le Mobilier national), représentent ici la Tenture d'Artémise, que d'ailleurs Paris n'a jamais vue dans son entier. Elles semblent appartenir à trois groupes de compositions qui forment une suite coordonnée : Le triomphe posthume de Mausole, ou ses obsè-
La prise de Rhodes par Artémise Pièce de la Tenture d'Artémise
ques « en manière de triomphe », distribuées en scènes de cortège, avec des chars glorieux, précédés et suivis de hérauts, — non sans un souvenir assez direct de Mantegna, de Jules Romain, et, çà et là, de Raphaël. Le triomphe d'Artémise après la soumission des Rhodiens révoltés (allusion au Hâvre ? à La Rochelle ?). L'Education du Prince, enfin, représentée par l'Escrime, l'Equitation,l'Attaque d'un Fort, et les Manœuvres militaires.Onze pièces, sur treize, portent le monogramme MH entrelacé (Marie de Médicis, Henri IV); deux, d'un coloris d'ailleurs différent, portent MA, enlacés aussi, qui semblent associer Anne d'Autriche à Marie de Médicis. Mais ici, et ailleurs encore, les questions se posent...
Quoique la Tenture d'Artémise attire principalement les regards, il serait tout à fait injuste de ne point signaler le beau complément de sculpture moderne qui souligne la valeur artistique de cette exposition. Seize statuaires ont répondu à l'appel de M. Danis : Bouchard, Jean Boucher, Bloch, Carabin, Drivier, Ebstein, Gardet, Hannaux, Landowski, Larivé, Mlle Muzanne, Pasche, Preiser, Schultz et Ségoffin. L'envoi de Bourdelle a
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une spéciale importance: sa Vierge à l'Enfant, destinée à Niederdruck, figure ici au tiers d'exécution : à côté, l'on voit se dresser, déjà colossale, quoique simple maquette, cette France au bras levé qui doit surgir en avant du monument de la Pointe de Grave. A côté de la leçon d'art français ancien, la leçon d'art français moderne. C'est complet.
S. ROCHEBLAVE.
MONUMENTS HISTORIQUES
Marne. — La chapelle du château de Baye, seul vestige du château du xime siècle qu'a remplacé une vaste construction du xviiie siècle, sans caractère d'ailleurs, n'est pas seulement intéressante par son architecture. Elle possède encore dans ses cinq fenêtres de très beaux vitraux à médailles du xime siècle représentant la vie du Christ, la vie de la Vierge, la légende de saint Alpin et un arbre de Jessé. Son sol est pavé de carreaux émaillés et une très belle vierge en pierre du xime siècle surmonte son autel. Elevée, suivant la légende, sur le lieu même de la naissance de saint Alpin, un des premiers évêques de Châlons, elle serait l'œuvre de Jean d'Orbais, un des architectes de la cathédrale de Reims.
Tarn-et-Garonne. — La maison dite de l'Amour à Saint-Antonin, qui doit son nom à la curieuse clef sculptée qui orne l'arc du rez-de-chaussée,
Chapelle du Château de Baye
était trop célèbre dans la région pour que l'administration des Beaux-Arts consentit à sa disparition du pays. Cette sculpture était sur le point
Vitrail de la Chapelle de Baye
d'être vendue à un antiquaire lorsque le classement est intervenu, ce qui permettra d'assurer sa conservation.
Isère. — On accède à la Grande Chartreuse par une route datant du xvie siècle qui traverse le Guiers-Mort sur six ponts de la même époque; ces ponts font à la fois partie du paysage et de l'histoire de la célèbre abbaye. Ce sont les ponts dits de la Dame, du Grand-Logis, de la Forge, de la Tannerie, le pont Perent et le pont de la Petite-Vache. En les classant, l'administration des Beaux-Arts a entendu répondre aux vœux de tous les touristes si nombreux à la belle saison dans cette pittoresque région.
Belfort. — L'administration militaire ayant consenti récemment au classement du très curieux système défensif du xviiie siècle, placé en avant de la porte de Brisach, à Belfort, la mesure vient d'être étendue au bastion avancé, au pont-levis, au pont dormant, aux murs extérieurs et à leur couverture, ainsi qu'aux fossés qui donnent à ce côté de la ville un aspect si pittoresque qu'il importait de conserver.
Jean VERRIER.
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BULLETIN DES MUSÉES
UNE TÊTE ROYALE ÉGYPTIENNE EN PATE DE VERRE
au Musée du Louvre
L’année 1923 aura été particulièrement heureuse pour le Département Egyptien : après l’ad-
Cl. Serv. Phot, B.-A.
Tête royale égyptienne en pâte de verre
mirable statue de chien-loup reproduite dans le numéro de Beaux-Arts du 1er mars dernier, il vient d’être autorisé à acquérir une œuvre qui ne se recommande pas moins par sa rareté que par sa beauté exceptionnelle. C’est une tête en verre, de petites dimensions puisqu’elle mesure seulement 87 millimètres de hauteur, mais entièrement pleine, et faite de deux pâtes de couleurs différentes. On sait que nous ne connaissions jusqu’à présent, comme objets égyptiens en verre, que des pièces d’incrustation ou des vases ; et, par ailleurs, les ruines d’une fabrique découverte à Tell-el-Amarna montrent que ces vases étaient obtenus, non par soufflage, — le verre soufflé n’apparaît pas en Egypte avant l’époque romaine — mais par coulage, le verre étant travaillé, à l’état de masse pâteuse, autour d’un mandrin de métal. Ici, au contraire, nous avons sûrement affaire à un objet façonné au moyen d’un moule en creux : et la question se pose seulement de savoir si sa fabrication n’a pas nécessité deux moulages suc-
cessifs. Etant donné que le visage est fait d’une pâte bleu-lapis clair, tandis que la perruque est d’un bleu-lapis foncé, il semble bien, en effet, que l’artiste a dû d’abord moudrer séparément l’une et l’autre de ces deux parties, et les a ensuite ajustées, avec une habileté qui tient vraiment du prodige, et suivant un procédé qui resterait à préciser.
Mais l’intérêt de la pièce n’est pas seulement d’ordre archéologique ou technique. La photographie la meilleure apparaît impuissante à rendre la beauté grave et le charme souriant tout ensemble de cette tête — effigie royale ou divine — coiffée de la perruque courte, et que ceignait un bandeau d’or, aujourd’hui disparu. L’uraeus a disparu aussi, qui se dressait autrefois en avant du front, et aussi les yeux rapportés : mais ces mutilations n’altèrent pas l’émouvante sérénité de l’œuvre, et la nouvelle tête du Louvre s’apparente si évidemment, par son style, à la tête, dite de Khonsou, conservée au Musée du Caire, qu’on peut non seulement la rapporter avec certitude à la fin de la dix-huitième dynastie, mais encore la compter parmi les plus purs chefs-d’œuvre de cette époque qui, pour son art tout au moins, semble bien décidément avoir été, si l’on peut ainsi parler, le siècle de Périclès de l’Egypte.
Charles BOREUX.
Cl. Serv. Phot. B.-A.
Tête royale égyptienne en pâte de verre
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MUSÉE DU LOUVRE
L’« Achille blessé » du sculpteur J.-B. Giraud
L’acquisition par le Louvre, à la vente Livon-Daime de Marseille, de la petite maquette en terre cuite que nous reproduisons ci-contre, nous permet d’attirer à nouveau l’attention sur cet artiste curieux, originaire d’Aix-en-Provence, qui n’était pas représenté jusqu’ici dans nos collections nationales.
Né en 1752, ayant fait un apprentissage d’orfèvre à Aix, puis à Paris, ayant fait aussi un voyage d’études indépendant en Italie, il fut agréé tardivement à l’académie en 1788 et reçu académicien l’année suivante, le 28 avril 1789. Son morceau de réception consiste en une figure d’Achille blessé qui, on ne sait pour quelle cause, sans doute en raison des événements révolutionnaires, n’entra pas dans les collections de l’académie, resta entre ses mains et fut léguée par lui à sa ville natale. Le marbre figura à une exposition qui eut lieu à la mairie d’Aix, en 1824, et entra en 1831 au Musée créé dans l’ancien prieuré de Malte. Il y est encore et nous le reproduisons ci-contre, grâce à l’obligance de M. Ponthier, le conservateur, à qui nous devons aussi les renseignements ci-dessus.
La petite maquette en terre cuite, attribuée à Giraud dans la collection Livon-Daime, présente des différences notables : le personnage est inversé, et sans casque : l’un des bras est levé et appuyé sur un bouclier, mais on est frappé par une similitude remarquable dans le mouvement du corps et les qualités du modelé qui sont émi-
Cl. Serv. Phot. B.-A.
Achille blessé Terre cuite (Louvre)
Esquisse attribuée à J.-B. GIRAUD
nentes. Ce doit être une des esquisses présentées par Giraud en 1788 à l’Académie pour être agréé, d’après laquelle il exécuta, après étude nouvelle, son marbre de 1789.
On connaît peu d’œuvres de notre Giraud qu’il ne faut pas confondre avec son homonyme François-Grégoire Giraud, dit Giraud du Luc (Var), provençal également, mais plus jeune que lui, son neveu, son protégé et son héritier; celui-ci obtint
J.-B. GIRAUD. Achille blessé. Marbre
(Musée d’Aix)
le prix de Rome en 1806 et est représenté au Louvre par son Chien braque du salon de 1827 et par une admirable maquette en cire, pour un tombeau de femme, don de M. Montenard.
Ayant hérité d’une grosse fortune, J.-B. Giraud retourna en Italie et y vécut pendant huit ans, s’intéressant surtout aux œuvres antiques dont il réunit plus tard, dans son hôtel de la place Vendôme, des séries de reproductions par le moulage, particulièrement d’œuvres grecques de la plus belle époque : Emeric David fréquentait chez lui et s’y documenta pour ses Recherches sur l’art statuaire, de même Granet, le peintre aixois, Clarac, le comte de Forbin, Gatteaux et Ingres. L’intérêt de ce milieu a été signalé notamment par Courajod dans la Gazette des Beaux-Arts en 1891 (1), et par Gonse, dans ses Musées de France. Il vaudrait d’être étudié p’us complètement.
P. V.
Un buste de Carpeaux
Le département des sculptures modernes a reçu du Dr de Spéville, au nom de sa belle-mère, Mme de Fontréal, un buste en terre cuite de Carpeaux qui représente cette personne et avait été montré il y a quelques années au Jeu de Paume, à l’exposition des œuvres de Carpeaux et de Ricard. Mme de Fontréal était une amie de Mme Carpeaux et le buste, qui n’est ni signé ni daté, fut exécuté, nous a-t-on affirmé, en Angleterre, pendant le temps qu’y passa Carpeaux avec sa famille, au lendemain de la guerre de 1870-1871. L’allure sentimentale et légèrement maniérée de la figure, la souplesse du modelé et
(1) T. I, p. 308-310.
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l'habileté du traitement de la chevelure sont à la fois très typiques de certaines nuances de l'époque et du talent de l'auteur; il sera, en tous cas, intéressant de voir représenter celui-ci par ce por-
Cl. Serv. Phot. B.-A.
CARPEAUX. Madame de Fontréal (terre cuite)
trait plus intime à côté de ses grands bustes officiels de la princesse Mathilde et de la marquise de La Valette, ou plus pétillants de vie, comme le buste de Mlle Fiocre.
LE PORTRAIT DE MÉRYON PAR LÉOPOLD FLAMENG au Musée du Louvre
La scène se produisit le 11 mai 1858.
Méryon, l'infortuné Méryon, tourmenté par mille démons intérieurs, venait de quitter le duc d'A-remberg et la généreuse hospitalité que lui avait offerte à Bruxelles le grand seigneur auquel par hasard le génie du graveur était apparu.
Méryon s'était installé 81, rue St-Jacques. La folie resserrait son étreinte. Philippe Burty qui fut le témoin le plus attentif de la vie de Méryon nous a raconté ces heures d'anxiété. Le malheureux n'était pas d'abord facile. Plus farouche que jamais, il menaçait d'un pistolet quiconque prétendait l'approcher. Mais écoutons Ph. Burty : « Un soir, M. Léopold Flameng vint avec un carton, une feuille de papier gris et des crayons noirs, et quoique Méryon s'y prêtât peu, il esquissa un portrait de caractère : Méryon en chemise, une cravate nouée lâche autour du col, est à demi-assis sur un lit de fer; un de ses genoux soulève la couverture et sert d'appui au bras qui soutient
la tête... La silhouette de la chevelure, aux mèches roides et indociles, est vivement projetée sur le mur par la lumière oblique de la lampe. Le visage aux traits aigus, émaciés par le jeûne qu'il s'imposait volontairement, est empreint de mélan-colie et d'ironie.
Lorsque le dessin fut achevé, Méryon demanda à le voir. Brusquement il s'élança de son lit pour le déchirer. Flameng s'enfuit en renversant sa chaise.
Le lendemain, 12 mai 1858, deux agents s'emparaient de Méryon, qui se laissait conduire sans résistance à la maison de Charenton-St-Maurice. Il était âgé de 37 ans ».
Ce dessin, fort beau d'ailleurs, vient d'être donné au Musée du Louvre par les petits-fils de Léo-pold Flameng. Il constitue un document des plus précieux; il est d'un pathétique intense et nous montre Méryon, le plus puissant, le plus original des aquafortistes du xixe siècle, dans le moment même où la folie referme sur lui son effroyable main.
L'acuité féroce et puérile de ses petits yeux, la charpente aiguë du nez qui semble prête à déchirer la peau qu'elle fait brider, l'énergie animale et dissimulée qui tout à l'heure va détendre le dément et le ruer sur le dessinateur font qu'on ne peut imaginer effigie plus angoissante.
On sait la destinée de Méryon, né des irrégulières amours d'un médecin anglais, secrétaire de Lady Esther Stanhope, et d'une humble danseuse de l'Opéra, Mlle Chaspoux. Il fut élevé à Passy à la pension Savary, la même, je suppose, où plus
Cl. Serv. Phot. B.-A.
LÉOPOLD FLAMENG. Portrait de Méryon
tard un petit « pays chaud », Camille Pissarro, devait être interne. Il devient officier de marine, connaît la grande houle du Pacifique et les enchantements des archipels océaniens, quitte la marine,
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dont la hantise pourtant apparaîtra maintes fois dans ses rêves; et, d'emblée, ou presque, devient un maître de l'eau-forte. Comme Edgar Poë, avec lequel il a beaucoup d'analogies, dont il crut un moment — et contre toute vraisemblance — avoir été l'inspirateur, Méryon allie une précision quasi mathématique à un satanisme sincère. Le vague effroi qui se dégage de la vieille cité, de la cathédrale écrasante, Méryon le fait peser sur nous; mais loin d'employer le colossal et les masses fumeuses, son métier est au contraire d'une incroyable exactitude; ses traits rectilignes sont d'une vigueur et parfois d'une dureté troublante.
L'œuvre original de Méryon se réduit, quant au nombre des panches, à peu de chose : 25 en tout. Il en détruisit la plupart avec cette cruauté qu'il exerçait à l'égard de lui-même, qui alla s'exaspérant jusqu'à la démence finale. Il fut loin d'être ignoré de ses contemporains. Th. Gautier, Baudelaire, Thoré, Paul Mantz, Burty, Bracquemond, Seymour Haden, Delâtre, Viollet-le-Duc même, s'attachèrent à l'aider, à le célébrer. Il décourageait l'encouragement. Le grand public fut lent à connaître ses œuvres. L'Angleterre et surtout l'Amérique nous devancèrent dans cette voie; et, hélas! les plus belles épreuves de Méryon ne sont plus chez nous...
Robert Rey.
LES COLLECTIONS de LÉON BONNAT
Quatrième Exposition au Musée du Louvre
Voici encore une partie nouvelle des collections qui vont aller faire la gloire et la richesse du Musée de Bayonne et que les amateurs parisiens vont être appelés à pouvoir étudier pendant quel-
ques semaines au Louvre, dans la salle habituelle. Il s'agit précisément cette fois de documents d'autant plus précieux qu'ils sont plus rares au Louvre même. La partie la plus importante de l'exposition consiste en effet en vingt-six dessins d'Albert
Dürer: on y a joint les dessins des écoles septentrionales du xve et du commencement du xvie siècle. Les œuvres postérieures des écoles flamande et hollandaise viendront ensuite.
Les dessins de Dürer couvrent et caractérisent toute la carrière de l'artiste. Voici une figure de femme à la plume d'environ 1494, une étude datée de 1495 d'après Pollaiuolo, l'Enlèvement des Sabines, un croquis pour l'Adam de la gravure de 1504, une composition de l'Adoration des Mages pour la gravure sur bois d'avant 1506 qui figure dans la suite de la Vie de Marie, trois légères esquisses, tout à fait précieuses, d'environ 1506, pour le tableau qui ne fut jamais exécuté de la Vierge trônant au milieu des Saints.
Le Couronnement de la Vierge, étude pour la partie centrale de l'autel Heller (1509) qui fut brûlé; le précieux portrait d'Arnold de Seligenstadt, de 1520.
Enfin une grande esquisse à la pierre noire pour la tête du Saint Pierre, et une autre, sur papier vert, de la figure entière du Saint Jean, pour les célèbres volets de 1526, à la Pinacothèque de Munich.
Trois aquarelles de fleurs; une autre, prestigieuse de couleur, représentant une aile de geai, et trois paysages à la plume, complètent cette incomparable série de dessins de Dürer.
Un grand dessin pour un camailieu vert représentant Adam et Eve, peut être attribué à ce mystérieux Hans Wechtlin, dont l'art est si proche de celui de Dürer dans sa jeunesse, alors qu'il était sous l'influence de l'art du Haut-Rhin.
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BULLETIN DES MUSÉES
Sous son influence, mais avec un mélange de l'influence de Grünewald, figure à cette exposition un dessin magnifique, représentant un moine agenouillé, tendant les mains vers le ciel, exécuté à la plume et lavé d'encre sur un papier
Cl. Serv. Phot. B.-A.
HOLBEIN LE JEUNE. Annonciation
préparé avec une matière grisâtre; il semble qu'on puisse l'attribuer à Hans Schäufelein. Signalons encore une femme tenant un écusson, dessin de vitrail par Hans Baldung Grien.
Le second grand maître de l'art allemand au xvie siècle, Hans Holbein, n'est représenté que par un très important dessin de vitrail : une Annonciation, reproduite ci-contre. Son frère Ambrosius figure ici avec un portrait d'homme à la pointe d'argent, et surtout son père, Hans Holbein le Vieux, avec six de ces petits portraits à la pointe d'argent, d'une si grande rareté, et qui faisaient jusqu'ici presque exclusivement l'honneur des collections publiques de Bâle et de Berlin.
Plusieurs dessins anonymes très rares de la fin du xve siècle sont encore à signaler.
Un Repos pendant la fuite en Egypte, tout près de l'art de Bouts, et appartenant sans doute à l'art du Rhin moyen ou du Bas-Rhin; une tête de femme de l'école de Cologne, etc...
L'art néerlandais est moins bien représenté que l'art allemand. La feuille la plus précieuse est une Adoration des Mages de Jan van Amsterdam; mais on peut encore citer un Festin de Lazare de Pieter Cornelisz, de Leyde, de 1534.
MUSÉE GUIMET
Une nouvelle galerie d'art indochinois
Une nouvelle salle ou, plus exactement, une nouvelle galerie vient de s'ouvrir au Musée Guimet; elle est consacrée aux arts de l'Indochine, principalement à l'art khmer (Cambodge vie-xrie siècles). L'art Tcham (ancien Annam, influence indoue) et les arts, en général plus récents, du Siam et du Laos y sont également représentés. C'est à la suite d'un don du gouvernement général de l'Indo-Chine que la création de la nouvelle galerie a été décidée. Sur la proposition du directeur de l'Ecole française d'Extrême-Orient, d'importants morceaux de sculptures khmères, envoyées à l'exposition coloniale de Marseille, sont venus ensuite enrichir les collections du Musée Guimet. De ces sept pièces, six provenaient du dépôt de la conservation d'Angkor, où sont réunies les récentes trouvailles faites dans l'enceinte de la ville et aux environs, une dernière a été découverte, il y a deux ou trois ans, dans la région de Phnom-Srok par une mission composée de M. Louis Finot, directeur de l'Ecole française d'Extrême-Orient, M. Henri Parmentier, chef de service archéologique, et M. Goloubew, membre de l'école. C'est sur l'indication d'un indigène, interrogé, qui déclara que de vieilles pierres se trouvaient non loin de là, que la mission a pu découvrir, en pleine forêt, dans un lieu où les inventaires archéologiques
Tête khmère provenant d'Angkor.
n'indiquaient aucun reste ancien, quatre monuments fort curieux, appartenant à un Bouddhisme très influencé par le tantrisme civaité, dont le plus beau figure dans la nouvelle salle du musée.
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BEAUX-ARTS
Les six pièces provenant d'Angkor ont été choisies pour illustrer des séries dont le musée ne possédait aucun exemple. Ce sont : un bouddha abrité par le nāgarāja (roi des serpents), Muci-linda, une des plus belles représentations de ce sujet fréquent au Cambodge ancien, un linteau décoratif
montrant le traitement des rinceaux et quatre têtes: l'une d'une perfection absolue et d'une froideur académique assez fréquente en ce temps chez les Khmers; une autre, d'un réalisme qui tient compte du type ethnique et a pu faire croire à un portrait individuel; une troisième, à haute coiffure en diadème, en grès rose, empreinte de cette sérénité khmère si particulière; une dernière, aux yeux ronds, permettant de voir la manière dont les Cambodgiens se représentent les divinités terribles, qu'elles soient « gardiens de porte », « asura » ennemis des dieux, ou sortes d'ogres (yakshas).
Que représentent ces pièces ? il est bien difficile de le dire. Les recherches iconographiques au Cambodge se heurtent à de grands obstacles. Le bouddhisme du « grand véhicule » existait dès une époque reculée, conjointement à un brahmanisme principalement civaite, et ces religions se sont interpénétrées de telle sorte, vers l'époque qui nous occupe, dans toute la civilisation indoue et principalement chez les Khmers, que les identifications en deviennent presque impossibles. De plus les statues nous parviennent en général mutilées et ne portant plus les insignes qui auraient peut-être permis de les reconnaître.
La question des dates est également pleine de difficultés. Les œuvres d'art khmer sont situées entre le vie et le xive siècles. C'est entre le ive et le xive siècles que se place la période de prospérité d'Angkor, donnant la date approximative des sculptures trouvées dans cette région ; mais il est impossible pour le moment de parvenir à des précisions plus grandes. Les monuments datés sont assez rares, les sculptures en rondobosse, ont été le plus souvent retrouvées parmi les décombres, loin du lieu primitif où elles s'érigeaient, mutilées très fréquemment par les envahisseurs Thai.
Les anciennes pièces Khmères que possédait le musée sont venues prendre place dans la nouvelle galerie, les principales proviennent de la mission Aymonier : quelques statues fort curieuses et de belles têtes, dont l'une, à expression méditative (la première à droite dans la galerie), peut mériter d'être considérée comme le chef-d'œuvre de l'art khmer.
De fort importantes pièces siamoises ont été rapportées par la mission Fournereau, un grand bronze laotien est, depuis peu, en dépôt au Musée; M. Bouasse-Lebel a bien voulu prêter une série de petits bronzes laotiens et siamois. Le visiteur peut ainsi se faire une idée, pour la première fois à Paris, croyons-nous, de l'art relativement ancien du Siam et du Laos.
M. et Mme Clément-Carpeaux, qui ont offert au musée la collection complète des photographies stéréoscopiques prises par Charles Carpeaux à Angkor avant le débroussaillement, ont donné les moulages des frises du Bayon d'Angkor, qui figurent dans la nouvelle galerie.
Des moulages ont été également offerts par M. Groslier, directeur des Arts Cambodgiens. M. Groslier ne s'est pas contenté de réorganiser le Musée Albert Sarraut et de fonder l'Ecole des Arts à Pnom Penh, il a créé récemment un service photographique et un atelier de moulages, dont provient la réplique de la statue de Hariharan (Vishnou et Čiva en un seul être), une des plus belles sculptures du Musée de Pnom Penh.
M. Loo et M. Haase ont donné un fragment de plafond d'Angkor-Vat, qui illustre la technique du bois.
De nombreux agrandissements photographiques exécutés, pour la plupart, à l'occasion de l'Exposition de Marseille, sont aussi exposés. La longue frise d'Angkor-Vat représentant le barattement de la mer de lait se déroule ainsi toute entière. Des photographies réunies dans un meuble à volets conduisent le visiteur à travers Angkor et Banteai Chmar, la ville ancienne du nord du Cambodge comparable par son importance à Angkor.
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Elles lui montrent le travail accompli depuis vingt ans, les portes de l'enceinte d'Angkor et le temple qui se dresse au centre de la ville avant et après le débroussaillement, une des chaussées d'accès telle qu'elle était il y a peu d'années et telle qu'elle est aujourd'hui avec ses géants soutenant le serpent formant balustrade, qui ont été redressés pierre par pierre, restitution de l'état ancien qui faisait l'admiration du voyageur chinois Tcheou Ta-Kouan au xixe siècle; elles le mènent à Angkor-Vat, depuis l'enceinte extérieure jusqu'au sommet du troisième étage et lui découvrent les aspects divers du monument tel qu'il se présente à celui qui le parcourt.
Philippe STERN.
Attaché au Musée Guimet.
MUSÉE DU LUXEMBOURG
Dès que l'exposition d'art belge aura fermé ses portes, la direction du Musée du Luxembourg va reprendre possession des locaux du Jeu de Paume singulièrement améliorés et y réinstaller l'exposition des Écoles étrangères qui y figurait antérieurement. La petite salle du premier étage sera comme précédemment consacrée aux dernières acquisitions de peintures françaises modernes, parmi lesquelles figureront quelques pièces importantes tout récemment entrées dans les collections de l'État.
MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE LA VILLE DE PARIS
M. Maurice Bernhardt vient d'offrir au Conseil municipal pour la Ville de Paris, qui le destine au Petit Palais, un grand portrait de Mme Sarah Bernhardt, œuvre du peintre Clairin.
AU MUSÉE DE DIJON
A propos des panneaux de Broederlam
M. Dimier expose, dans le n° du 1er juin de Beaux-Arts, ses désirs personnels, relativement à la présentation des volets du retable de Champmol portant les peintures de Broederlam.
Nous répondons aux suggestions de M. Dimier que les volets seront, dès leur retour, remis à la place même qu'ils ont quittée. Et cela pour de multiples raisons :
1° Les retables de Champmol ne sauraient avoir, historiquement, de place plus honorable que dans cette salle des Gardes du musée qui contient la plupart des œuvres de la Chartreuse actuellement conservées à Dijon — en particulier les tombeaux des Ducs. 2° Pour leur conservation même; ils sont à l'abri des grands destructeurs de la peinture à l'œuf, le soleil et la lune surtout. On ne saurait leur trouver une meilleure place. 3° Pour le respect des conceptions artistiques du Moyen Age. En dehors de la valeur considérable de ce document pour l'histoire de la peinture médiévale, il y a, sur la face intérieure des volets, des statuettes qui ont un intérêt très grand pour l'histoire de la sculpture burgondo-flamande du xive siècle et qui ne méritent pas d'être sacrifiées; elles ne sont d'ailleurs que des parties indivisibles du tout sculptural qu'est l'intérieur du retable. 4° La présentation actuelle, devant les immenses baies de la salle des Gardes, sur des rails et des galets d'acier très solides qui permettent une fermeture totale du retable, laisse assez peu à désirer. Ce n'est guère que par un temps brumeux de novembre qu'on peut regretter le manque de lumière. Nous venons de voir les volets de Broederlam à la salle du Jeu de Paume et nous n'avons pas constaté, photométriquement, une différence appréciable. 5° Si le catalogue de 1883 a fait figurer ces œuvres de Champmol parmi les objets d'art, la nouvelle édition, en préparation, les porte aussi bien à la peinture qu'à la sculpture. Un énorme cartel est placé depuis bien longtemps sur le socle du retable, pour la satisfaction des visiteurs.
Quant aux érudits qui désirent étudier de plus près les peintures des volets, ils ont toujours obtenu à Dijon toutes les facilités.
Albert JOLIET, Conservateur du Musée de Dijon.
Fernand MERCIER, Conservateur-adjoint
MUSÉE DU VIEUX MARSEILLE
Comme Paris, Marseille va commémorer le centenaire de Gustave Ricard, son glorieux fils. Voulant s'associer à cette manifestation, Mme Félix Abram, dans une charmante et généreuse pensée, a offert au Musée du vieux Marseille l'un des trois portraits qu'elle possède de ce peintre. Elle a choisi, à cet effet, celui de M. J. Abram. La délicate lumière qui baigne ce visage de vieillard fin et doux, glissant discrètement ensuite le long du plastron de linge, tandis que le vêtement s'estompé dans le fond, donne à ce portrait une saveur profondément distinguée.
Ce Musée, que dirige, avec autant de compétence que de goût M. Marius Dubois, s'est aussi enrichi d'une Vierge-Mère en marbre, de l'école de Puget, don de Mme Dumon-Plasse et de Mlle Plasse. L'Enfant à cheval, sur le genou droit de la Vierge, se présente nu en face du spectateur. mais il se rejette en arrière dans un mouvement plein de calinerie pour caresser de la main le visage de sa mère.
M. Cattorini, d'Aix, a offert au même Musée quelques meubles excellents parmi lesquels il convient de citer un grand autel Louis XIV en bois sculpté et entièrement doré, une commode peinte, une armoire de sacristie et un petit bureau à tiroirs et abattant, de l'époque Louis XV.
P.G.