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BEAUX-ARTS REVUE D'INFORMATION • ARTISTIQUE --- LES MUSÉES DES VILLES ET DES DÉPARTEMENTS DEVANT LE FISC Des personnes qui ont suivi la campagne que nous avons menée, à la Chambre des Députés et dans la presse, pour tâcher de soustraire aux exigences d'une fiscalité ruineuse les Musées et les Bibliothèques des villes et des départements, se demandent où en est aujourd'hui la question. Il nous est agréable de les mettre au courant et, s'il y a lieu, de dissiper leurs inquiétudes. Le problème à résoudre se présente sous trois aspects : 1° les droits de mutation entre vifs ou par décès ; 2° la taxe de luxe ; 3° la taxe sur le chiffre d'affaires. Tandis que les libéralités consenties aux Musées et Bibliothèques de l'Etat sont exonérées de tout impôt, on sait qu'aux termes de l'article 33 de la loi du 25 juin 1920, les dons et legs faits aux Bibliothèques et aux Musées départementaux et communaux, demeurent soumis aux droits de mutation établis par les articles 10 et 11 de la loi du 8 avril 1910. Les tarifs applicables sont progressifs. Ainsi, pour la fraction de part nette comprise entre 50.001 francs et 100.000, les droits de succession à payer par le légataire seront de 21 % ; pour la fraction comprise entre 100.001 francs et 250.000, ils seront de 22 %, et ainsi de suite. Si, au lieu d'un legs, il s'agit d'une donation entre vifs, les droits d'enregistrement, sans être aussi élevés ni progressifs, atteindront encore le taux de 18 %. Ces tarifs imposent des sacrifices si lourds aux départements et aux villes, dont la guerre a bouleversé les finances, qu'ils sont bien souvent prohibitifs, et que, dans l'impossibilité d'acquitter des droits trop onéreux, conseils généraux et conseils municipaux sont amenés à refuser, pour le plus grand préjudice de leurs collections, les libéralités paradoxales qui leur sont faites. Le texte de l'article 11 r du projet de budget pour 1923, que la Chambre, sur ma proposition, a voté à l'unanimité, dans sa séance du 26 janvier, et qui est actuellement soumis aux délibérations du Sénat, mettra fin à cette situation intenable. Il prononce l'exemption totale des droits de mutation pour les dons et legs en nature, faits au profit de Bibliothèques ou de Musées départementaux ou communaux. Si la libéralité consiste en une somme d'argent destinée à l'achat d'œuvres d'art ou de documents historiques, les collectivités donatrices et légataires bénéficieront du tarif réduit de 9 %, prévu par l'article 19 de la loi du 26 février 1901. Nous n'avons pas cru devoir borner à ces deux points la modification des lois fiscales actuellement en vigueur. N'est-il pas inique et absurde d'assimiler à un simple particulier la ville et le département qui, pour enrichir leurs collections publiques, soit obligés de faire des achats d'œuvres d'art ? C'est pourtant ce qu'a décidé l'article 57 de la loi du 25 juin 1920, qui a institué la « taxe de luxe » de 10 %. L'article 11 i du projet de budget pour 1923, également voté à l'unanimité par la Chambre, exonère de cette taxe tous les Musées et Bibliothèques. Enfin, la Chambre, avec une logique parfaite, a adopté, en troisième lieu, un article 11 j, qui exempte, même de la taxe de 1 fr. 10 sur le chiffre d'affaires, l'opération qui consiste « dans la vente d'œuvres d'art, de monuments ou d'objets ayant un caractère historique, de livres, d'imprimés ou de manuscrits, s'ils sont acquis par des départements, des villes ou des établissements pourvus de la personnalité civile et destinés à figurer dans une collection publique ». Est-il besoin d'ajouter que le Sénat souscrit d'avance aux sages propositions adoptées par la Chambre ? Avant le 1er juin, la loi tant attendue sera promulguée. Jean Locquin. Député de la Nièvre.

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BEAUX-ARTS NOUVELLES Un décret du 15 mars 1923 a autorisé l'inscription sur les plaques des grands donateurs du Louvre de noms qui se passent de tout commentaire; il s'agit de ceux de la baronne Salomon de Rothschild et de M. David Weill. Le ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts a, le 15 mars 1923, nommé M. Albert Besnard membre du Conseil des Musées nationaux, en remplacement de M. Flameng, décédé. Le « Salon Unique », dont il a été question à propos de la scission qui s'est produite récemment au sein de la Nationale sera sans doute déjà partiellement réalisé cette année. La Société Nationale ayant, en effet, décidé, d'accord avec la Société des Artistes français et à titre d'essai, d'organiser un Salon commun aux deux sociétés, qui s'ouvrirait le 30 avril. Le gouvernement a déposé sur le bureau de la Chambre le projet de loi approuvant les dispositions prises pour l'Exposition internationale d'art décoratif de 1925. Prud'hon. Vignette pour un imprimé officiel La commémoration du centenaire de Prud'hon amène son contingent de suggestions intéressantes. Le Conseil municipal a été saisi d'une proposition émanant d'un de ses membres, M. Delavenne, pour qu'une plaque de marbre fût apposée au no 32 (ancien 34), de la rue du Rocher où Prud'hon exécute ses dernières œuvres et où il mourut. — De son côté, M. Henri Auriol, secrétaire de la commission des Beaux-Arts de la Chambre, s'est chargé de présenter au Parlement l'idée du peintre Willette qui consiste à employer de nouveau, pour les en-têtes de lettres et les vignettes des imprimés officiels, les compositions qu'exécuta Prud'hon et qui furent utilisées sous la Première République ACADÉMIES SOCIÉTÉS SAVANTES Académie des Inscriptions et Belles Lettres Séance du 2 mars M. Charles Diehl donne lecture d'une lettre qu'il a reçue de M. Fenaille, actuellement à Louqsor, pour visiter les fouilles du tombeau de Tout Ankh Amen. Le comte Durrieu présente à l'Académie le feuillet original (no 45) des « Heures » d'Etienne Chevalier qui, comme nous l'avons dit, a été retrouvé dernièrement dans une vente de Londres. L'Académie s'occupe ensuite des fouilles de Suse en 1921 et 1922, au cours desquelles de nombreux objets de caractère artistique datant des Rois achéménides, ont été découverts. M. Pottier présente notamment un plateau d'offrandes en asphalte durci, supporté par trois bouquetins, analogue à la série existant au Louvre, mais un peu plus récent (2500 ans, au lieu de 3500 ans av. J.-C.). Séance du 9 mars M. Moutet rend compte de ses fouilles à Byblos en 1922. Il a reconnu trois sanctuaires, le premier datant peut-être de 3000 ans av. J.-C., le second des rois de la VIe dynastie (2500 av. J.-C.), le troisième de l'époque romaine, partiellement explorés. Le comte A. de Laborde fait ensuite une communication sur la représentation de la Mort dans les livres d'heures du xve siècle. L'Académie décerne le prix Duseigneur à notre collaborateur Jean Babelon pour son travail Jacopo da Trezzo et la construction de l'Escrural. Académie des Beaux-Arts Séance du 3 mars M. Laloux prononce l'éloge funèbre de François Flameng. La séance est levée en signe de deuil. Séance du 10 mars Le général Gouraud entretient l'Académie de l'Institut d'Archéologie et d'art musulmans qu'il vient de créer à Damas. Il annonce que les fouilles poursuivies en Syrie depuis 3 ans ont produit des résultats considérables et ajoute que l'Institut de Damas se propose le classement de ces richesses et la renaissance des arts industriels en Syrie. Société de l'Histoire de l'Art français Séance du 2 mars M. André Fontaine discute l'attribution des trois tableaux figurant aux inventaires du Louvre sous le nom de Jacques Blanchard; seule la Charité serait de la main de ce maître. M. Verrier communique un rapport inédit de l'architecte Blondel sur l'Eglise des soldats projetée aux Invalides par Libéral Bruant. M. Lebel commente des documents peu connus concernant le portrait d'Henri III par Clouet et la collection de Nicolas Houël. M. Guey présente les photographies de deux panneaux de Jan II Coninxloo, que nous publions plus loin.

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BEAUX-ARTS Société Nationale des Antiquaires de France Séance du 28 février 1923. M. Réau signale une majolique italienne de la collection Salomon de Rothschild, inspirée dans sa décoration d'une œuvre de Hans Burgkmair. M. Huard entretient la Société d'une salle du xiiie siècle du local qui fut celui du Musée des Monuments français, laquelle doit être identifiée avec la salle des mérovingiens dont parle Michelet. --- L'EXPOSITION DU LIVRE FRANÇAIS au Pavillon de Marsan Le Comité du Congrès international des Bibliothécaires et des Bibliophiles, qui se tient cette année à Paris, du 3 au 9 avril, a pris l'initiative d'offrir au public, au Pavillon de Marsan, pour le mois d'avril, une grande Exposition du Livre français, des origines à la fin du second Empire, comprenant des manuscrits à peintures (depuis le viree siècle), des livres à gravures et des reliures. C'est notre collaborateur, M. Amédée Boinet, de la Bibliothèque Sainte-Geneviève, qui a assumé la charge d'organiser cette belle manifestation. Celle-ci attirera certainement beaucoup d'amateurs et d'érudits. Le principe essentiel a été de ne choisir que des pièces offrant un réel intérêt artistique, de façon à montrer à quel degré de perfection est parvenu l'art du livre en France, à travers les siècles. Les divisions adoptées pour la présentation sont les suivantes : grande nef: manuscrits à peintures et livres du xve siècle; 1re salle, sur le jardin: livres du xviie siècle; 2e salle: livres des xviie et xviiie siècles; 3e salle: livres du xixe siècle; 4e salle: reliures. Une petite pièce renferme, en outre, un joli choix d'ex-libris du xviie au xixe siècle. Par décision exceptionnelle, le Ministre de l’Instruction publique a bien voulu autoriser les bibliothèques publiques de Paris (Arsenal, Mazarine et Sainte-Geneviève), celle de l’Ecole des Beaux-Arts, ainsi que certaines bibliothèques de province (une vingtaine), à prêter des manuscrits, des livres imprimés ou des reliures. D’autre part, un bon nombre de collectionneurs ont consenti à se dessaisir pour quelque temps, de pièces rares leur appartenant, et parmi eux, nous citerons la marquise de Ganay, MM. Marcel Bénard, Béraldi, R. de Billy, André Hachette, Henri Gallice, H. Lefuel, A. Marie, Jean Masson, Ed. Rahir, Eug. Reveney, etc. Il nous est impossible de citer ici toutes les raretés qui méritent de retenir l’attention des visiteurs. Le choix est magnifique et sera un véritable régal pour les connaisseurs. Les manuscrits à peintures, notamment, seront un enchantement pour l’œil, et l’on ne saurait trop remercier les municipalités qui ont répondu avec empressement à l’appel du Comité. Les bibliothèques d’Abbeville, Amiens, Arras, Besançon, Boulogne-sur-Mer, Bourges, Cambrai, Dijon, Douai, Grenoble, Laon, Lyon, Metz, Poitiers, Reims, Rouen, Saint-Omer, Valenciennes et Versailles, ont été particulièrement mises à contribution, et les séries ainsi constituées montrent, pour chaque époque et d’une façon complète, l’évolution de l’art du livre. D’autre part, et c’est un des attraits les plus

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BEAUX-ARTS marquants de cette exposition, la direction des Beaux-Arts a autorisé l'envoi des célèbres tapisseries de l'Apocalypse de la cathédrale d'Angers, tis- Minia'ure attribuée à Bourdichon (Bibliothèque de l'Arsenal) sées, comme on sait, à Paris, par Nicolas Bataille, de 1378 à 1381 environ, pour le duc Louis d'Anjou, frère de Charles V. Les cartons furent exécutés par le peintre du roi, Hennequin ou Jean de Bruges. On sait que Louis d'Anjou demanda au roi de lui confier un manuscrit de sa librairie, pour servir de guide au peintre. Charles V possédait plusieurs manuscrits à peintures de l'Apocalypse. Le manuscrit choisi paraît être celui que conserve aujourd'hui la Bibliothèque de Cambrai, ou tout au moins un exemplaire semblable. La municipalité de Cambrai a bien voulu prêter le précieux volume qui lui appartient, et on peut ainsi se rendre compte de la ressemblance complète qui existe entre les tableaux des manuscrits et ceux de la tenture d'Angers. Il est assez rare de pouvoir constater, dans l'art du moyen âge, une influence aussi directe d'une œuvre sur une autre. Notons enfin, pour terminer, que, parmi les œuvres d'art qui ornent les murs des salles de cette exposition, figurent un certain nombre de bustes du plus haut intérêt, prêtés par les Bibliothèques Sainte-Geneviève et Mazarine, notamment ceux de Richelieu, par Warin, de Peyresc, par Caffieri ; et de Palissot de Montenoy, par Houdon. MONUMENTS HISTORIQUES Corrèze. — L'église de Noailhac, récemment classée, dont le chœur appartient au xiiie siècle, et la nef au xve, contient, à l'intérieur, un certain nombre de chapiteaux historiés peu connus. On y remarque notamment une tentation d'Adam et Eve d'une facture plus nerveuse que celle que l'on rencontre généralement en Auvergne. A l'extérieur, du côté du Midi, une échauguette de plan circulaire indique que l'église a possédé une organisation défensive. C'est le reste d'un ancien château de la famille de Noailles, auquel était accolée l'église, et dont la destruction remonte au milieu du xixe siècle. Seine. — M. Paul Léon, directeur des Beaux-Arts, s'est préoccupé de faire ouvrir aux visiteurs les deux grandes salles gothiques de la partie ancienne du Palais de Justice, dont la principale, placée sous la salle des Pas perdus, est l'une des plus belles constructions de la fin du xiiiie siècle que l'on puisse voir. L'autre, qui lui est attenante, dite cuisine de Saint Louis, ne fut cependant sans doute, construite qu'au cours des grands travaux que Philippe le Bel fit exécuter au Palais. Elles ont été l'objet, aux époques suivantes, de « reprises » qui pourront être précisées. Des échafaudages, d'autre part, s'élèveront prochainement autour de la Sainte-Chapelle pour permettre une réparation dont l'urgence s'impose. On a pu constater, en effet, une désagrégation rapide de certaines pierres, due, semble-t-il, aux Salle basse du Palais de Justice de Paris fumées en suspens dans l'air. Ces pierres seront remplacées et, partout où on pourra le faire, une couche de fluate garantira l'édifice contre cette véritable maladie. Jean Verrier.

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[29] 1er AVRIL 1923 85 BULLETIN DES MUSÉES MATHIEU LE NAIN. — Les joueurs de Trietrac LES JOUEURS DE TRICTRAC DE MATHIEU LE NAIN au Musée du Louvre Ce tableau (1) a été acquis, en janvier 1923, de M. Louis Sambon, lequel l'avait acheté quelques mois auparavant à M. le comte Louis de Seyssel, à Turin, avec deux autres, le Jardinier et la Leçon de danse. Ils appartenaient à une suite de sept toiles de même dimension, encadrées dans des bordures pareilles qui étaient aussi peu appropriées que possible au style et à l'époque des peintures. (1) Toile. H. 0 m.90. L. 1 m. 20. A figuré à l'Exposition Le Nain, 15 janvier - 5 février 1923, galerie Louis Sambon, 61, avenue Victor-Emmanuel III (n° 5 du catalogue). Voir Beaux-Arts n° 1, p. 3. Suite artificielle. Je me suis attaché ailleurs (1) à démontrer que, sur ces sept toiles, deux sont indignes des frères Le Nain, étant de ces médiocres paysanneries qui peuvent tout au p'us prouver, par la grossière imitation qu'elles en offrent, le succès des graves peintures de la vie rustique dues au génie de Louis Le Nain. Quant aux cinq autres, elles sont de Mathieu, le chevalier Le Nain (2), mais se rapportent à deux périodes différentes de sa carrière. Les Joueurs de trietrac, (1) Gazette des Beaux-Arts, 1923, janvier. (2) Pour la répartition des œuvres des Le Nain entre les trois frères, Antoine, Louis et Mathieu, je ne puis que renvoyer le lecteur à mes études parues dans la Gazette des Beaux-Arts, mars, avril, mai 1922, janvier et mars 1923.

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BEAUX-ARTS le Jardinier, le Repas de famille forment un premier groupe. On y reconnaît la même palette, composée de quelques tons simples et forts, où des rouges magnifiques éclatent dans une harmonie de noirs, de bruns et de gris. On peut les dater avec vraisemblance des environs de 1659 ; les modes, particulièrement la forme des chapeaux et la disposition des cheveux, sont d'accord avec cette hypothèse. La Leçon de danse et la Ronde des filles et des garçons marquent une évolution de l'artiste vers une manière plus adoucie, plus fine, vers un coloris plus rompu où les gris dominent. Les sept toiles avaient été achetées à Paris, par le comte Ottone Ponte di Scarnagigi, qui fut ambassadeur de Sardaigne au rés du roi de France, de 1777 à 1788, date de sa mort. E les furent à Turin, depuis, ayant pas sé par héritage en la possession de M. le comte de Seyssel, fondateur et directeur de l'Armeria Reale de cette ville. Ce n'est vraisemblablement pas sans artifice ni violence qu'on les mit dans les cadres de bo series où nous les voyons aujourd'hui. Pour obtenir une symétrie parfaite, on fit subir à plusieurs une amputation fâcheuse. Par une coïncidence singulière, c'est à gauche qu'on a su-primé une bande verticale sur les trois toiles qui sont maintenant à Paris. Celle qui a le plus souffert de ce traitement indiscret, c'est la Leçon de danse. Le personnage qui est debout derrière le musicien est malencontreusement coupé par le cadre et la composition, ainsi, se trouve quelque peu déséquilibrée, un large vide sur la droite correspondant mal au groupe trop pressé sur la gauche. Le tableau du Jardinier montre, à un moindre degré, le même défaut : on s'est contenté de rogner une bande plus étroite. L'une des petites filles et le chaudron qui est à terre, au premier plan, sont trop, comme on dit, dans le cadre .Ce sont les Joueurs de trictac qui paraissent avoir le moins perdu de toile, la largeur de deux doigts à peine dans le manteau rouge et dans le bas de la figure du serviteur appuyé sur le dossier de la chaise. On pourra même sans doute remédier en partie à cette légère mutilation, lorsque, pour l'exposer au Louvre, on donnera au tableau un cadre plus convenable. Il y a moins d'un an, Mathieu Le Nain n'était, pour ainsi dire, pas représenté au Louvre. Personne d'ailleurs ne le remarquait, puisque personne ne songeait à distinguer l'œuvre personnelle de chacun des trois frères. Aujourd'hui, à côté des deux tab'eautins bien caractéristiques de la manière d'Antoine et des quatre chefs-d'œuvre, la Forge, la Charrette, le Repas de paysans, la Famille de paysans, qui font paraître sous ses principaux aspects le génie simple et sévère de Louis, l'élegant Mathieu, le brillant coloriste, le portraitiste qui, d'un trait sûr et facile, saisit les physionomies, le chevalier Le Nain, se montre à nous dans la plénitude de son talent avec deux de ses compositions les plus importantes et les plus réussies. La première en date est cette Réunion d'amateurs qu'on croyait naguère hollandaise et qu'on appelait La Chambre de rhétorique. J'ai eu la bonne fortune de la rendre à Mathieu Le Nain, en faisant remarquer que le personnage qui préside cette assemblée est le même que l'on voit à une place analogue dans le célèbre tableau appartenant à Mme la baronne de Berckheim, le Corps de garde, signé et daté de 1643. Huit ou dix ans plus tard, les Joueurs de trict-ac sont le meilleur exemple d'une manière nouvelle qui obtient des effets éclatants avec une palette très réduite. Ces joueurs sont des portraits, les plus vivants et, on peut en être sûr, les plus ressemblants des portraits; leurs serviteurs aussi, du reste. Le joueur de gauche est très reconnais-sable dans un Portrait de jeune homme qui est au Musée du Puy. On a voulu que ce fût Mathieu lui-même, sous prétexte que le jeune homme du Puy porte un hausse-col et que Mathieu était officier dans la milice bourgeoise. Je préfère chercher les portraits des trois frères — et je crois qu'on les y peut trouver — dans le curieux tableau de l'Atelier qui appartient à Mme la marquise de Bute. Or, ni l'élegant jeune homme blond qui doit être Mathieu et qui, drapé dans une blouse de velours, est assis à son chevalet, ni l'artiste un peu plus âgé, debout, enveloppé dans un manteau rouge, qui tient une palette à la main, ni le plus vieux de tous, que nous avons vu au Louvre, dans un des petits tableaux d'Antoine, ne présentent la moindre ressemblance, soit avec notre joueur de trictrac, soit avec le jeune homme du Puy. L'autre joueur a un aimable visage et toute sa personne est pleine de distinction ; c'est un homme de qualité, sans doute ; il ne présente aucun attirail militaire, à la différence de l'ami qui, debout, assiste à la partie engagée ; mais il porte l'épée. Peut-être est-ce le même que l'un des deux jeunes gentilshommes qui suivent le cortège dans le tableau de la Fête du vin. On le retrouve plus sûrement, à quelques années d'intervalle, dans le charmant portrait, daté de 1646, au Musée de Laon. Le jeune homme de Laon, l'inscription peinte en haut de la toile nous le dit, a dix-neuf ans; le joueur de trictrac a environ vingt-cinq ans. Malgré la différence des poses, l'un étant vu de face et l'autre de profil, l'identité est certaine. Paul Jamot.

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[3r] BULLETIN DES MUSÉES LES COLLECTIONS DE LÉON BONNAT Première Exposition au Musée du Louvre Une première série des œuvres d'art léguées, comme l'on sait, par Léon Bonnat, aux Mu- Cl. Serv., Phot. B.-A. Rubens. Esquisse pour un triomphe sées nationaux, pour être déposées au Musée de Bayonne, sa ville natale, est actuellement visible au Louvre. Cette série, exposée dans une des anciennes salles des dessins, qui fut naguère consacrée aux peintures anglaises, comprend surtout les sculptures et objets d'art antiques, ainsi que les peintures antérieures au xixe siècle. Les œuvres sont, en général, de dimensions restreintes, mais, en revanche, de qualité exceptionnelle. Parmi les objets antiques, il faut noter d'abord des marbres : une petite Vénus accroupie, se rattachant au type créé par Doedalsés, un bas-relief votif, figurant un banquet sacré; des bronzes, statuettes d'Hercule, de Mercure, etc., et surtout un miroir à pied soutenu par une figurine féminine en costume dorien; deux fragments de fresques; enfin quelques statuettes de terre cuite, quelques lécythes blancs, quelques vases à figures noires. Le moyen âge est représenté seulement par une plaque de châsse, mais d'une exceptionnelle valeur. Il s'agit d'un émail limousin du xrie ou xire siècle, figurant le Christ entouré d'apôtres. Les tableaux sont, pour la plupart, des esquisses d'œuvres célèbres, notamment de Rubens, de Van Dyck et de Rembrandt. Du premier, un panneau sur bois (que nous reproduisons) nous montre, en grisaille, l'esquisse d'une composition pour un Triomphe inconnu; une autre esquisse — identifiée — est celle du Triomphe d'Henri IV, une autre, celle du Banquet de Térée (du Musée du Prado), une autre, celle de la Bataille d'Ivry. De Rubens, ou lui étant attribués, la collection comprend encore l'esquisse de l'Enlèvement de Proserpine (tab'eau également au Prado), une Hippolyte, une Élévation de la Croix, enfin un Triomphe de Flore, esquisse de Bonnat, d'après Rubens. De Van Dyck, nous trouvons l'esquisse pour le Martyre de Saint Georges, l'esquisse du portrait de Martin Ryckaert (au Musée du Prado), le portrait d'Adam de Coster, une Tête d'étude, très montée de ton, œuvre de jeunesse. Rembrandt est représenté par une étude pour la Suzanne du Musée de Berlin (une esquisse analogue se trouve dans la collection La Caze au Louvre), le petit Portrait du bourgmestre Six accoudé à sa fenêtre, dont l'attitude rappelle celle du portrait gravé du même personnage, enfin un Christ en Croix, petite toile dramatique et, chose notable chez Rembrandt, assez colorée. Les écoles hollandaise et flamande sont représentées encore par une Sainte Face de Dirk Bouts le vieux (la reproduction que nous donnons permet de saisir la qualité exceptionnelle de ce morceau, et Cl. Serv., Phot. B.-A. Dirk Bouts. Sainte Face son réalisme précis et tempéré), un volet de trip-tyque, figurant un donateur à genoux, une Adoration des Mages remarquable par la complication

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BEAUX-ARTS de la composition, enfin un Fumeur, par Frans Hals, l'Ecraseur de poux, de Craesbeeck, un Intérieur d'auberge, par Téniers le jeune. L'école française figure, d'abord, avec deux pièces remarquables du xvie siècle, deux Corneille de Lyon, l'un le Portrait du Cardinal Robert de Lenoncourt, l'autre celui de Charles de France, duc d'Orléans, sur fond vert; puis avec un énergique Portrait de Lépicié, par lui-même, et une esquisse de Doyen, pour son tableau de l'église Saint-Roch. Deux œuvres de l'école anglaise retiennent l'attention. Il s'agit du Portrait présumé du compositeur Weber, daté de 1824, et signé de sir Thomas Lawrence. C'est un tableau exécuté avec un soin qui rappelle celui d'un miniaturiste. Un Portrait d'homme âgé, esquisse de Sir H. Raeburn, est également très intéressant pour l'étude de la technique de l'artiste. Il faut encore rattacher à l'Ecole anglaise un paysage par Constable, et peut-être un tableau du commencement du xixe siècle, qui figure les derniers moments d'un personnage important (la mort du duc de Berry?) Pour être complets, nous signalerons enfin une assez importante série de primitis italiens: un petit triptyque de Simone Martini, comportant au centre, la Vierge et l'Enfant, et sur les volets des figures d'apôtres, d'évêques et d'anges; une Madone de Matteo di Giovanni, une autre Madone de Pesellino, un Portrait d'homme attribué à Dosso Dossi. A PROPOS D'UNE MAJOLIQUE ITALIENNE de la collection Salomon de Rothschild au Musée ou Louvre Dans la belle série de majoliques italiennes, récemment léguée au Louvre par la Baronne Salomon de Rothschild, une des pièces les plus remarquables est assurément un plat en faïence d'Urbino, représentant la Mort qui étouffe de ses deux mains un jeune guerrier étendu à la renverse, tandis qu'elle retient avec les dents le pan de la robe d'une jeune femme qui, affolée, essaie de s'enfuir. Le décor, qui représente l'intérieur d'un palazzo de marbre, est purement italien: il est même spécifiquement vénitien, puisqu'on aperçoit à l'arrière-plan un canal qui baigne les murs du palazzo, et, sur ce canal, le bec effilé d'une gondole. Mais la scène macabre semble bien sortie de l'imagination d'un homme du Nord, et décele une inspiration germanique. On sait que, comme nos peintres verriers et nos émailleurs limousins, les céramistes italiens ont fait de nombreux emprunts aux graveurs allemands, notamment à Martin Schongauer et à Albert Düren. A la faveur des échanges commerciaux, des relations artistiques très intimes s'étaient établies entre Venise et les deux grands emporia de l'Allemagne du sud, Augsburg et Nuremberg. Il paraissait donc très vraisemblable, à première vue, que l'artiste italien se fût inspiré d'une estampe allemande. Il s'agissait de déterminer quelle est la gravure qui lui a servi de modèle. Ce petit problème est d'une solution aisée pour quiconque est familier avec l'art allemand de la Renaissance. Je reconnus immédiatement le thème d'une gravure célèbre de Hans Burgkmair: Der Tod als Würger (La Mort exterminatrice), que j'avais eu l'occasion de décrire à plusieurs reprises. Le Cabinet des Estampes possède, dans un recueil factice, composé par l'abbé de Marolles, et intitulé Clair-obscur de divers maîtres, deux magnifiques épreuves de cette gravure: l'une tirée en ocre avec, sur le pilastre de gauche, la signature H. Burgkmair, l'autre tirée en bistre, et malheureusement rognée, qui porte, outre la signature, la date de 1510. C'est un des plus beaux exemples connus de ce procédé de gravure sur bois à plusieurs tons ou en clair-obscur (Helldunkelschnitt), dont Vasari attribue l'invention à Ugo da Carpi, mais qui a été pratiqué de bonne heure par les graveurs allemands: Lucas Cranach, Baldung Grien, Hans Wechtlin. La comparaison des deux photographies que nous publions ci-contre est trop probante pour qu'il soit nécessaire de justifier notre rapprochement. Il saute aux yeux que le céramiste italien — qui serait, d'après M. Marquet de Vasselot, Niccolo da Urbino — s'est borné à reproduire fidèlement la gravure de Hans Burgkmair. C'est tout au plus

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[33] BULLETIN DES MUSÉES 89 s'il a légèrement modifié le décor architectural pour adapter le format carré de l'estampe à la forme ronde de son plat : tel un peintre qui aurait à transformer un quadro en tondo. Son originalité ne se manifeste que dans le choix des couleurs vitrifiées : vert et bleu de cobalt, qui sont naturellement plus vives que dans la gravure originale en camaïeu. Ce qui a sans doute séduit l'artiste italien, c'est ce mélange savoureux de germanisme et d'italianisme, propre à l'art des peintres d'Augsbourg, et plus spécialement de Burgkmair, lequel fut, avant son grand compatriote Holbein, le principal introduc- HANS BURGKMAIR. La Mort exterminatrice teur de la Renaissance italienne en Allemagne. Ses tableaux, comme ses grandes entreprises xylographiques : l'illustration des romans allégoriques du Theuerdank et du Weisskunig, les planches démesurées du Triomphe de Maximilien prouvent qu'il avait fait le voyage de Venise, et qu'il s'était imprégné du style de Crivelli et de Carpaccio. Dans la gravure qui nous occupe, le costume et le décor architectural n'ont plus rien de gothique : ils sont conçus dans l'esprit de la Renaissance. Le jeune guerrier étendu sur le pavement de marbre est vêtu d'une cuirasse à lambrequins ; sa maîtresse est drapée à l'antique. Les pilastres fleuris de rinceaux, les putti qui encadrent les archivoltes, la somptuosité des revêtements de marbre, évoquent le faste voluptueux des palais vénitiens. Mais par un contraste saisissant, la scène macabre qui se joue dans ce riant décor est d'une brutalité toute germanique. Comme dans les Simulacres d'Holbein, la Mort est représentée non comme un squelette, mais comme une momie parcheminée ; Burgkmair lui a donné de grandes ailes, sans doute pour symboliser la soudaineté de son agression. D'un double geste sauvage, elle étouffe, de ses mains décharnées, le jeune guerrier qui râle sur le sol, et elle agrippe avec les dents la robe de la jeune femme, folle de terreur, qui tente en vain de s'échapper. C'est la tradition des Danses macabres de la fin du Moyen âge qui se survit dans un décor de la Renaissance italienne. Indépendamment de sa valeur d'art, le plat en faïence d'Urbino de la donation Salomon de Rothschild est un curieux exemple, ajouté à beaucoup d'autres, de l'influence de la gravure allemande sur les arts industriels italiens. Louis RÉAU. CARRIÈRE AU LOUVRE Madame Carrière, morte l'an dernier, a eu la généreuse pensée de léguer au Musée du Louvre un tableau de son mari, celui auquel ils tenaient sans doute le plus tous les deux : l'Enfant malade. Madame Carrière y est représentée dans toute la force de sa jeunesse, tout le caractère de sa beauté grave, et avec elle, son premier-né, affaibli par la maladie, déjà marqué par la mort qui devait le ravir à la tendresse ardente des siens. Celle qui survécut à Carrière avait toujours gardé cette œuvre d'autrefois auprès d'elle, comme le legs intangible de l'amour du père et du génie du peintre. Quittant la vie à son tour, elle a voulu mettre à jamais à l'abri cette œuvre sacrée pour elle, et elle l'a donnée à tous, lui évitant ainsi les hasards des transmissions et les lointains voyages. Grâce lui soient rendues pour la décision dont elle a trouvé les raisons dans son cœur d'épouse et de mère ! L'Enfant malade n'est pas l'œuvre de début d'Eugène Carrière, mais c'est une œuvre de sa première période, j'entends celle où il avait déjà pris possession de la forme et de l'atmosphère que sa volonté imposa à sa vision de la vie et à la signification de son art. Il était né au village de Gournay, en Seine-et-Oise, le 17 janvier 1849. Sa vraie patrie, toutefois, ne fut pas là. Fils de la Flandre française par son père, et de l'Alsace par sa mère, c'est à Strasbourg qu'il a été élevé, c'est là que furent ses premiers souvenirs, mais non ses souvenirs d'art. Il n'y fréquenta pas le Musée, ne regarda pas les peintures de Martin Schongauer, à l'église de Saint-Pierre-le-Vieux. C'est lorsqu'il vint à Saint-Quentin, à l'âge de 19 ans, que le peintre s'éveilla en lui.

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BEAUX-ARTS devant les portraits au pastel de La Tour. Sa seconde initiation eut lieu à Dresde, par Rubens, alors qu'il était prisonnier de guerre. A Paris, il entra à l'école des Beaux-Arts, où il eut pour professeur Cabanel, qui n'était ni La Tour, ni Rubens. Il y passa cinq années, de 1872 à 1876, monta en loge pour le concours de Rome, échoua, ce dont il se réjouissait fort plus tard, et quitta sans retour la peinture archéologique pour la poésie de la vie. A partir de 1876, il expose au Salon. L'Enfant malade y parut en 1885. On y voit immédiatement ce qui différencie Carrière de la plupart des peintres de maternités et d'enfances. Aucune autre mise en scène que celle du sentiment exprimé par les formes, les mouvements, les gestes, les visages. Nul mieux que lui n'a exprimé la maternité anxieuse et résolue, la manière de la mère pour serrer contre elle le fruit de ses entrailles, pour CARRIÈRE. L'enfant malade le garder, le défendre. Celle-ci tient son grand enfant à plein corps, une main enveloppant le torse, l'autre main rassemblant les jambes, le visage s'efforçant au calme. L'enfant est douloureux et touchant, marqué par l'invisible, sa tête cachée au giron maternel, une faible main appuyée contre la joue de celle qui le protège, l'autre bras pendant, abandonné déjà. C'est une œuvre que ne regarderont pas sans frémir toutes celles et tous ceux qui connaissent ou qui appréhendent ces heures cruelles où la vie lutte avec la mort. Carrière entre ainsi avec une page significative au Louvre où il faisait déjà antichambre avec la magnifique toile de la collection Moreau-Nélaton, et aussi avec les peintures du Musée du Luxembourg, qui devront bien, un jour prochain, prendre leur place naturelle. D'autres viendront s'y joindre et composer, dans notre vieux Musée, la salle Eugène Carrière, consacrée d'avance par l'opinion pour ce descendant authentique des maîtres de la peinture. Gustave GEFROY. MUSÉE DU LOUVRE Peintures et dessins. — Un legs de Madame Eugène Michon vient de faire entrer au Musée un pastel de Manet, représentant Le Musicien Cabaner, large et brillante esquisse, d'après une curieuse figure de bohème aux traits ravagés. Ce legs nous apporte, en outre, une jolie peinture de Swebach Desfontaines, représentant une Chasse à courre, de la fin du xvm siècle; un portrait au crayon, précis et élégant, de Girodet, représentant la Baronne Larrey; un dessin de Puvis de Chavannes, et quatre pages d'antiphonaire sur vélin du xve siècle; enfin, destiné aux collections de Versailles, un portrait de Louis XIV jeune, attribué à Le Brun. Sculptures modernes. — Le département a reçu en don, de M. Haase, une statuette de terre cuite, attribuée à Puget, qui provient de la collection du marquis de Carignan, et représente l'Evangéliste Saint Mathieu. Cette statuette, qui faisait pendant à un Saint Sébastien, aujourd'hui au Petit Palais, paraît être, comme celui-ci, un projet destiné à la décoration de l'église de Notre-Dame de Carignan, à Gênes. Mais, tandis que le Saint Sébastien fut exécuté en marbre, le Saint Mathieu serait resté à l'état d'esquisse. Les Musées nationaux ont acquis, d'autre part, à la vente Clésinger, un buste de femme en bronze, avec un bouquet de roses au corsage; le plâtre original du buste de George Sand; enfin, un buste colossal en marbre de Dumas père, daté de Florence, 1842, ce dernier destiné au Musée de Versailles. MUSEE DE VERSAILLES Les quatre bordures de forme chantournée qui ornent la charmante « Bibliothèque du Dauphin », au rez-de-chaussée du corps central du château, viennent d'encadrer de nouveau les quatre « Marines », de Joseph Vernet, qui furent commandées jadis pour cet emplacement. Signées et datées de 1762, les quatre peintures représentant : le Matin ou la Pêche, le Midi ou la Tempête, le Soir ou le Couchier du Soleil, la Nuit ou le Clair de Lune, furent exposées au Salon de 1763, sous le titre des

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[35] BULLETIN DES MUSÉES 91 Quatre parties du Jour, avant de venir accroître l'attrait de la pièce discrète qui conserve sa cheminée, ses glaces, ses magnifiques panneaux de boiserie, mais non, hélas! les dorures et couleurs anciennes. Les toiles avaient été enlevées et placées au Louvre (nos 609-612 du catalogue de l'Ecole française, par Villot). Grâce à la parfaite obligeance des conservateurs des peintures du Louvre, voici les tableaux rendus à leur destination originelle et logique. Un embellissement du même genre sera bientôt réalisé dans une pièce plus illustre : le « Cabinet de la pendule », aux petits appartements de Louis XV. Au-dessus de deux portes, se trouvent placées, depuis déjà de longues années, deux « Pastorales » d’après Boucher, en des cadres anciens de bois sculpté et doré. Les portes faisant vis-à-vis vont être surmontées par deux autres peintures de la même série, renfermées en des cadres neufs, copiés sur les anciens, avec fidélité. Cette suite de bergeries galantes, d’aimable qualité, fut exécutée au xvie siècle, d’après un ensemble décoratif de François Boucher, aujourd’hui dissocié, et qui fut gravé par Duflos. Des quatre peintures qui ornaient ce salon inconnu, deux se retrouvent dans la collection Wallace : La Toilette pastorale et L’Automne ou Erigone vaincue (signées et datées de 1745) ; les deux autres : Le Retour de chasse de Diane (signée et datée : 1745), et Les Confidences pastorales (également signée), ont figuré dans la vente posthume de Mme C., à la galerie G. Petit, le 2 décembre 1911. Les copies, qui proviennent peut-être de l’ancien hôtel Bertin, devenu plus tard Ministère des Affaires étrangères, au xixe siècle, feront un très agréable effet au milieu des boiseries de Verberckt. G.B. MUSÉE CARNAVALET Le Musée Carnavalet s’est enrichi d’un certain nombre de dons et legs, qui viennent d’être acceptés par la Ville de Paris. Nous signalerons en particulier un don de la marquise Arconati-Visconti; il s’agit d’un buste de Mirabeau, par Tessier, qui semble être le plâtre original exposé par l’artiste en 1791, à l’Exposition de la Jeunesse, sous le numéro 117 (1). Ce buste dont le Musée de Versailles possède, dans ses réserves, une réplique moins importante et de date plus récente, apporte une utile contribution à l’iconographie de Mirabeau, et révèle une œuvre importante d’un artiste peu connu que l’on sait être également l’auteur de bustes de Cerutti et de Lepeletier de Saint-Fargeau, dont on ignore le sort. (1) Plâtre; hauteur du buste 0,63, signé sous l’épaule droite : « Tessier ». --- DEUX NOUVELLES ŒUVRES DE JAN VAN CONINXLOO au Musée de Rouen L’œuvre rayonnante de Gérard David, le vrai joyau des galeries de peinture ancienne de Rouen, demeurait jusqu’ici à peu près isolée; il n’y avait point pour lui faire cortège et l’accompagner comme il convient, quelques-unes de ces peintures qui, sans prétendre atteindre à la qualité de l’inégalable chef-d’œuvre, lui seraient néanmoins comme une sertissure précieuse et indispensable. Il fallait, pour trouver quelque écho des derniers primitifs flamands, chercher deux panneaux catalogués sous le nom de Jan van Coninxloo, ou Coninxloo, qui avaient beaucoup souffert de réparations maladroites ou des injures du temps. Ces ouvrages, qui ne sont d’ailleurs pas sans mérite, représentent, au dire du catalogue (no 512): la Circoncision (en réalité la Présentation de l’Enfant au Temple), et une Scène de la vie du Christ; peints sur bois; ils mesurent 0 m. 90 sur 0 m. 95. Ils n’avaient guère attiré l’attention que parce qu’autrefois placés sous le nom de Lucas de Leyde, ils avaient été rendus à Jan van Coninxloo, dont on peut lire le nom brodé en bordure du manteau de la prophétesse Anne de la Présentation (1). Ces tableaux représentent assez bien l’art flamand de la fin du premier quart du xvie siècle, au moment où il a déjà subi une profonde influence italienne, tout en gardant ses traditions de technique picturale et la sincérité réaliste de son dessin, surtout dans les physionomies. En ce qui concerne les proportions, elles sont adaptées au canon italien; mais les draperies traitées suivant le goût d’au delà des monts, conservent, dans leur nouvelle ampleur, le souvenir de leurs formes passées. Le cadre architectural, dans lequel se meuvent les personnages, dans la Présentation surtout, est d’un style classique. Ces panneaux, parfaitement égaux, nous semblaient avoir dû servir de volets à quelque retable disparu, ou du moins égaré, et nous pensions qu’en ce cas, le verso (si toutefois un malencontreux et moderne parquetage n’était pas intervenu pour le consolider) devait conserver des traces de l’ancien usage auquel l’œuvre était destinée. Mais, en fait, l’envers de chaque panneau était complètement noir, recouvert d’une épaisse couche d’un vernis opaque et grossier, dans lequel étaient fixées et noyées de fortes bandes de toile. Nous avions déjà, à plusieurs reprises, rencontré cet enduit au revers de certaines toiles ou panneaux des écoles flamandes ou hollandaises, où il dissi- (1) Sur Jan van Coninxloo, voir Gazette des Beaux Arts, 1906, t. II, pp. 289-290.