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ART ET DÉCORATION
AOÛT 1926
- LES SALONS, PAR ROBERT REY.
- LA CÉRAMIQUE DE MASSOUL, PAR CH. SAUNIER.
- LE BUREAU D'UN IMPRIMEUR, PAR R. CHAVANCE.
- L'ENSEIGNEMENT DE L'ART DÉCORATIF EN TCHÉCOSLOVAQUIE, PAR M. P.-VERNEUIL.
- HORS-TEXTE EN COULEURS : CÉRAMIQUES, PAR MASSOUL.
- CHRONIQUE : CONCOURS, EXPOSITIONS, VENTES, LIVRES.
ÉDITIONS ALBERT LÉVY
LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS
2, RUE DE L'ÉCHELLE - PARIS
CE NUMERO :
France : 8 fr. 50
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ART ET DÉCORATION
et l'Art Décoratif
REVUE MENSUELLE D'ART MODERNE
Rédacteur en Chef : Léon Deshairs
30e année. — N° 296
Tous les droits sur les articles et les reproductions sont réservés pour tous pays.
Les articles parus dans Art et Décoration deviennent la propriété de la revue.
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I. France, le Numéro : 8 fr. 50
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Le Numéro
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| Le Numéro | 0.46 | 0.1.11 | 2.30 | 3.14 | 1.10 |
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CHEMIN de FER de PARIS à ORLÉAN
Château de Villandry
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Les Châteaux des bords de la Loire
La région de la vallée de la Loire qui commence à Orléans est surtout connue pour ses magnifiques Châteaux.
Ceux de Blois, Chambord, Cheverny, Chaumont, Amboise, Chenonceaux, Valencay, Loches, Ussé, Luynes, Langeais, Villandry, Azay-le-Rideau, Chinon, Saumur, Angers, sont les plus célèbres.
En été, Services automobiles au départ de BLOIS, TOURS, SAUMUR et ANGERS
Pour tous renseignements, consulter le Livret-Guide officiel de la Compagnie d'Orléans.
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CHEMIN de FER de PARIS à ORLÉANS
Uzerche (Corrèze).
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Entre la Loire et la Garonne
Le Réseau d'Orléans dessert, entre la Loire et la Garonne, une série de vieilles provinces où l'on peut voir de grandes cathédrales : Bourges, Angoulême, Bordeaux, Périgueux, Limoges, Cahors, Rodez, Albi ; des villes d'art comme Bourges, Poitiers ou Toulouse et de vieilles bourgades comme Uzerche, Najac ou Rocamadour ; enfin une capitale préhistorique, les Eyziès. Bordeaux (paquebots pour le Maroc, le Sénégal et l'Amérique du Sud) se recommande également par son grand port.
En été, circuits automobiles au départ de Brive, de Rocamadour, des Eyziès, etc...
Pour tous renseignements, consulter le Livret-Guide officiel de la Compagnie d'Orléans.
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HENRY DE WAROQUIER
LES SALONS
Le Salon des Tuileries, qui termine la saison artistique, résume à peu près tous les autres salons de l'année. Il arrive le dernier, il résulte d'une sélection; ce double titre justifie sa raison d'être. Le souvenir ne peut qu'avec peine l'enjamber rétrospectivement. Et ce souvenir même nous empêche de bien revoir les œuvres exposées, par les mêmes artistes d'ailleurs, dans les Salons qui précédèrent celui-là. C'est donc du « Salon des Tuileries » — qui se tient, comme on sait, à la porte Maillot — que je parlerai surtout.
Parmi les artistes que tente la grande composition, nous retrouvons Alix, avec une scène de tribunal. Elle se présente comme un gros premier plan de cinéma. Les personnages viennent en avant du cadre; leur format un peu énorme, leurs passions feintes ou spontanées, qui apparaissent furieusement sous le masque et qui le boursouflent, font penser, naturellement, à du Daumier; mais aussi à du Boilly, mais encore aux « têtes d'expression » si fort à la mode au temps de Greuze. Elles sont réalisées au moyen de tons clairs avec une matière qui ne cherche pas à séduire.
On se rappelle ces grandes silhouettes de marins au port, qui demeurent une des meilleures réussites d'Alix. Bompart est resté, lui, fidèle à des inspirations de ce genre. Sa peinture, austère, montre, en des contours à la fois réalistes et majestueux, les mouvements propres aux gens de mer. Et là encore je songe à Daumier aux cent formes; je me demande s'il n'est pas un des grands inspirateurs de notre génération.
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ART ET DECORATION
PIERRE-EUGÈNE CLAIRIN
Alix se souvient de ses « tribunaux ». Bomp part se rappelle la blanchisseuse gravissant les degrés du quai... Simple supposition. Plût aux dieux qu'elle fût exacte. Peu d'ainés peuvent suggérer des pensées plus nobles en même temps que plus humaines.
Un jeune apparaît ici sous des formes pleines de promesses. Je veux parler de Bagarry. C'est un méridional, et un méridional savant; il a le goût de l'éloquence. Il fait de beaux rêves latins où se mêlent à de grands souvenirs classiques de plus proches réminiscences : Poussin, Courbet, Favory... Mais il voit large, il vise au style. Il tient de sa race une belle facilité d'expression, un peu emphatique peut-être, en tous cas aucunement vulgaire. C'est beaucoup. On peut en attendre plus encore.
D'autres, dans la voie où Manet et Degas trouvèrent tant de motifs, observent les scènes de la vie contemporaine dans les instants qu'elles prennent un aspect de féerie, d'ivresse, de grande fête : tel est cette fois Flandrin qui montre deux « Catherinettes » à Bullier. On dirait deux fleurs faites d'étoffe, de chair fraîche, de lumière, deux fleurs qui boivent du champagne. Aimable symphonie très « marvalienne ». C'est encore un café avec orchestre que montre M. Brianchon. Tableau moins lumineux, certes, que celui
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LES SALONS
J. MIGONNEY
de M. Flandrin et surtout moins photogénique, comme on dirait s'il s'agissait de beautés inédites. L'art de M. Brianchon réside surtout dans la finesse et la sobriété de sa matière, dans le choix discret des contrastes. Peut-être, quand d'autres aperçoivent d'abord l'agitation plus ou moins nostalgique du « dancing », M. Brianchon voulut-il traduire, lui, ce je ne sais quoi d'extraordinairement morne qui passe parfois sur la fête, environ les deux heures du matin; qui éteint les yeux et fait pencher les têtes. Toujours est-il que ses personnages semblent frappés d'une soudaine somnolence. Et cet effet, pour littéraire qu'il soit, n'en a pas moins d'originalité.
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ART ET DECORATION
MAURICE BRIANCHON
En opposition avec ces joies qui se déroulent en des cadres artificiels, Barat-Levraux fait mûrir au soleil son « groupe à l'ombrelle chinoise ». Cet aspect surchauffé, un peu bouché, toujours d'une grande opulence matérielle qu'offrent les tableaux de Barat-Levraux se retrouve ici, mais avec quelque chose de plus plausible, de plus caressant, comment dirais-je, de plus détendu. C'est une très belle toile, puissamment décorative, suggérant comme ni des mots, ni de la musique ne le pourraient faire la lumière odorante et balsamique du plein été, dans les verts, dans les durs feuillages méditerranéens. Il semblerait que la Provence ait inspiré M. Legueult aussi. Point. Le grand carton de tapisserie que lui commandèrent les Gobelins s'intitule « la Franche-Comté ». Peut-être, trop éblouis par les paysages franc-comtois de Courbet, nous faisons-nous de cette région une idée fausse et préconçue ; mais, à première vue, le vaste panneau de M. Legueult nous aurait plutôt fait songer à quelque synthèse méridionale : grâces arlé-siennes, cueillettes des olives. Quoi qu'il en soit, M. Legueult a su construire son œuvre sur un plan majestueusement décoratif : formes amples et simples, arabesque pleine de sérénité, tonalité de fresque, sans luisant, sans pittoresque facile; il ne craint pas, ça et là, quelques citations empruntées à la statuaire classique.
Ces rappels se retrouvent dans la fantaisie si voluptueuse de M. Paul Vera. Elle
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LES SALONS
RAYMOND LEGUEULT
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ODETTE DES GARETS
se déroule dans un jardin à la Le Nôtre, mais un Le Nôtre encore plus aimable que majestueux. Là, sur une brouette où elle reste élégante comme sur une chaise longue, s'allonge, menue en comparaison des futaies, mais grande par ses formes, une Flore, fille de Clodion. Nulle prétention d'ailleurs, si ce n'est de charmer. C'est encore à des exemples du passé que fait penser le Piqueur de M. Mare. Sous le remous des grands arbres pleins d'un romantisme hautement aristocratique et sauvage, le veneur sonne du cor. La pâte rappelle «le cheval dérobé» de Courbet; le costume et l'attitude évoquent Carle Vernet, voire de Dreux. Mais le tout arrangé très spirituellement, avec émotion même, au goût du jour. Et l'on sait que ce goût comporte un regret doucement moqueur mais attendri, de ces élégances vieilles de cent ans.
C'est au contraire du réalisme que relève «le permissionnaire» de M. Thévenet, ce jeune père, ou ce frère, qui, dans l'ample chambre paysanne assiste, pipe aux dents, à l'allaitement d'un nourrisson qu'admire aussi une voisine. Les quatre silhouettes occupent à peu près, dans le décor, la place d'acteurs sur une petite scène. Chacune d'elle a son individualité propre, indiquée par des moyens très simples de contour et de couleur.
Comme il advient toujours, les paysages sont en majorité. De Waroquier expose deux vues, l'une de Volterra, l'autre de Vérone. Elles ont un caractère grandiose et silencieux. Ceux qui visitèrent ces sites et qui vécurent dans leur calme lumineux, lourd d'un passé plein de prestiges, doivent les apprécier encore plus que je puis le faire. Pour moi, j'ai surtout regardé dans l'envoi d'Henry de Waroquier, le portrait et, plus encore, une prodigieuse nature morte dont
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LES SALONS
je reparlerai tout à l'heure. Les petites toiles de Klingsor n'ont pas l'abord distant que présentent les de Waroquier. Elles sont tout d'amabilité; un doux soleil les tiédit; leurs ardoises bleues, leurs tuiles roses, la blancheur distinguée de leurs murettes en font de charmantes mélodies comparables à celles que chanteraient des enfants autour d'une Sylvie. Klingsor, poète autant que peintre, ne néglige pas de baigner dans une atmosphère très tendrement poétique, très apaisée, un tantinet bourgeoise, ces motifs empruntés aux coins les plus frais de la Touraine ou de la Picardie.
Céria, Chabaud avec ses « vues de la montagnette », Daragnès, Guyot, Gernez dont
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ART ET DECORATION
FERDINAND OLIVIER
les notations s'assouplissent et dont les tons se fondent, Eisenschitz, Jouclard dont les paysages ont une saveur si puissamment rustique, d'un réalisme si direct et si dru, mériteraient d'attentives analyses. Voici les chênes verts et les oliviers que peignit précisément M. Ferdinand Olivier, en des paysages savants. Les éléments y sont analysés et mis en place avec force. Dans ces toiles, construites sur une trame cézannienne on aperçoit sans doute le labeur, mais la matière en est riche et traduit une émotion contenue d'assez noble allure. Il faut citer les paysages de M. Paul Jamot. Ils sont distingués et sobres, je les comparerais volontiers à certaines études de Cazin. Leurs qualités d'exécution sont parmi les plus choisies. Puis voici la mer. La mer enfermée dans ses bassins, soumises à des carènes, avec Lhote qui trouve ici quel- ques-unes de ses notations les plus émues, les plus nacrées; et « le Port » d'Othon Friesz. Cette toile étrange, d'un vérisme intense, s'harmonise sur deux tons principaux dont le mariage est si difficile que M. Othon Friesz lui-même ne le réussit pas toujours : le brun et le bleu. Son port est une sorte de mer morte, ceinturée par les appontements, les ateliers, les forges, tout ce qui rend les pilotis huileux, tout ce qui moire de pétrole la surface de l'eau prisonnière. Au centre, des bateaux de fer, sortant de l'eau miroitante, comme les toits d'une cathédrale dans une ville recouverte par l'inondation. De grands reflets blafards jouent sur ce bassin uni jusqu'à sembler sinistre. Le jeu de toutes ces couleurs brunes, de toutes ces couleurs bleues est très fin, très peintre. Il faut, en dépit du bâclage apparent, regarder la toile de près.
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LES SALONS
OTHON FRIESZ
Elle est gorgée de ce que j'appellerais des qualités internes.
Je voudrais avoir la place d'étudier encore les envois de Louis Jourdan, de Jacob-Hians, de Ladureau dont les progrès s'affirment et qui montre un « tournant de rivière » devant lequel on évoque des souvenirs de Corot et de certains crépuscules de Jongkind; de Laprade, de Berthold Mahn, de Mainssieux, de Mondzain, du russe Pailes, de Stival. Stoppelaere montre un grand paysage remarquable; Thiollière, Ghy-Lemm, Villebœuf, Parent, enfin Vergé-Sarrat auquel je trouve un délicieux talent. Et j'en oublie, et j'en oublie!
Céria, Vergé-Sarrat pourraient être pris pour type de ces artistes qui ne conçoivent pas comme incompatibles la belle peinture et la gaité. Qu'on ne se méprenne pas sur le nom que je vais écrire : je tiens pour certain que rien ne rappelle, de près ni de loin, Utrillo dans les toiles de Céria ou de Vergé-Sarrat. Mais Utrillo, le premier dans cette génération, a osé fixer sur une toile de petits détails colorés et pittoresques, d'amusantes précisions graphiques jugées jusqu'alors puériles et indignes de figurer ailleurs que sur un dessin d'enfant. C'est en cela que je le considère comme l'explorateur d'une voie devenue très large et dans laquelle une quantité de peintres, qui ne lui ressemblent pas — Hadrian, Quizet, Céria, Vergé-Sarrat et tant d'autres que je mêle exprès ici — se sont fort heureusement engagés.