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ART ET DÉCORATION JUIN 1926 --- BERTHOLD MAHN, PAR G. DUHAMEL. — QUELQUES ASPECTS NOUVEAUX DE L'ART DU VITRAIL, PAR GASTON VARENNE. — L'ŒUVRE AFRICAIN D'ALEXANDRE IACOVLEFF, PAR PIERRE MILLE. HORS-TEXTE : DANSEUSE, PASTEL, PAR A. IACOVLEFF CHRONIQUE : CONCOURS, EXPOSITIONS, VENTES, LIVRES. --- ÉDITIONS ALBERT LÉVY LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS 2. RUE DE L'ÉCHELLE - PARIS --- CE NUMERO : France : 8 fr. 50

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ART ET DÉCORATION et l'Art Décoratif REVUE MENSUELLE D'ART MODERNE Rédacteur en Chef : Léon Deshairs 30e année. — N° 294 Tous les droits sur les articles et les reproductions sont réservés pour tous pays. Les articles parus dans Art et Décoration deviennent la propriété de la revue. Les modèles publiés dans la revue sont et demeurent la propriété de leurs auteurs, toutes reproductions ou imitations même partielles, sont interdites et seront poursuivies par leurs auteurs. --- PRIX POUR 1926 I. France, le Numéro : 8 fr. 50 L’Abonnement (12 numéros) : France, 85 francs II. Pays ayant adhéré à la Convention de Stockholm : Allemagne, Argentine, Autriche, Belgique, Bulgarie, Canada, Cuba, Espagne, Etats-Unis, Ethiopie, Grèce, Hongrie, Italie et Erythrée, Lettonie, Luxembourg, Paraguay, Perse, Pologne, Portugal et ses Colonies, Roumanie, Suède, Tchécoslovaquie, Terre-Neuve, U. R. S. S., Uruguay, Yougoslavie. Dollars --- Livres sterlions --- Françs suisses --- Pesetas --- Florins holl. --- 0.40 --- 0.1.8 --- 2.- --- 2.85 --- 1.- --- 4.- --- 0.16.8 --- 20.- --- 28.57 --- 10.- --- Le Numéro L’Abonnement (12 numéros) III. Autres Pays : Dollars --- Livres sterlions --- Françs suisses --- Pesetas --- Florins holl. --- 0.46 --- 0.1.11 --- 2.30 --- 3.14 --- 1.10 --- 4.20 --- 0.17.6 --- 21.- --- 29.99 --- 10.50 --- EMBOITAGES (chaque emboitage contient un semestre), 10 francs (Port en sus : France, 2 francs. Etranger, 3 francs) Demander le tarif spécial pour les années parues, brochées ou reliées --- ÉDITIONS ALBERT LÉVY, 2, Rue de l’Échelle, PARIS (1er) Compte chèques Postaux 6690 R. C. Seine 64696 Téléphone Louvre 33-87 --- CHEMINS DE FER DE PARIS À ORLÉANS ET DU MID: RELATIONS entre la FRANCE et l’ALGÈRIE par PORT-VENDRES Trains et Paquebots rapides pour ALGER et ORAN LÉGENDE Lignes ferroviaires ———— Lignes maritimes ———— Le trajet le plus rapide de Paris à Port-Vendres par Limoges-Toulouse-Narbonne. Wagons-Lits et Voitures directes toutes classes au départ de Paris-Quai d’Orsay. La traversée la plus courte dans les eaux les mieux abritées. Service hebdomadaire pour Alger et Oran, Billets directs et enregistrement direct des Bagages Pour tous renseignements, consulter le Livret-Guid officiel de la Compagnie d’Orléans. --- CHEMINS DE FER DE L’EST SAISON 1926 Relations entre Paris et les Villes d’Eaux de l’Est Dès le 15 Mai, le rapide pour Bâle, partant de Paris à 11 h. 45, comprendra des voitures directes (1re et 2e classes) pour : Martigny, Contrexéville, Vittel et Plombières. Du 1er au 30 Juin, des relations directes (1re et 2e classes) seront établies : Entre Paris et Vittel, Contrexéville, Martigny, par le nouveau train « Suisse-Rapide »; départ à 10 h. 45, arrivée vers 16 heures; Entre Paris et Luxeuil, Plombières, par le rapide de 11 h. 45 à destination de Bâle; Entre Paris et Bourbonne-les-Bains, par le rapide de 9 h., à destination de Bâle, dép. reporté à 8 h. 45. En outre, à partir du 1er Juin, et pendant toute la durée de la saison, le rapide quittant Paris à 16 h. 50 comportera une voiture directe (1re et 2e classes) pour Martigny, Contrexéville et Vittel avec arrivée vers 22 heures. Enfin, l’express dit « Train des Eaux », assurant sans changement de voiture les relations directes de 1re et 2e classes entre Paris et les Villes d’Eaux de l’Est sera mis en circulation : A l’Allier : du 1er juillet au 20 septembre, départ de Paris à 11 h. 05, arrivée dans les Villes d’Eaux entre 16 h. et 17 h. 30. Au Retour : du 2 juillet au 21 septembre, départ des Villes d’Eaux entre 8 h. et 10 h., arrivée à Paris à 15 h. 55 (Wagons-Restaurants).

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ART ET DECORATION GALERIE GRANOFF TABLEAUX MODERNES 166, BOULEV. HAUSSMANN PARIS (VIIIe) CARNOT 35-40 --- MAISON FONDÉE EN 1720 P. et A. PICARD FABRICANTS DE QUINCAILLERIE DÉCORATIVE POUR LE BATIMENT. A.P.C. 4, RUE SAINT-SAUVEUR, 4 PARIS R. d. C. N° 8147 (Seine) --- 1000 IDEEN ZER KUNSTLERISCHEN AUSGESTALTUNG DER WOHNING REDACTURER VON ALEXANDER KOCH De grande valeur pour tout Ami des Arts Un élégant ouvrage in-4° avec 250 reproductions en grand format et planches hors-texte représentant les plus beaux intérieurs et avec un texte de ALEXANDER KOCH En superbe reliure toile ... Reichmarks. 20 Edition de luxe, reliure Japon .. — 25 Un prospectus illustré est envoyé gratuitement sur demande Verlagsanstalt Alexander KOCH. Darmstadt O. 38 (Allemagne)

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ART ET DECORATION EXPOSITION DES ARTS DECORATIFS DE 1925 BATIMENTS ET JARDINS par M. Michel ROUX-SPITZ Voici paru le grand ouvrage attendu qui doit constituer pour l'avenir un souvenir et un témoignage définitifs de cette importante manifestation dont l'influence se fait sentir si profondément dans le domaine de l'architecture et des arts appliqués. Tous les aspects les plus caractéristiques des différentes tendances sont représentés en 100 planches magnifiques, admirablement imprimées en héliogravure, précédées d'un texte explicatif de 56 pages; les plans et coupes des bâtiments complètent la documentation. L'agréable format in-quarto de ce recueil en fait, non seulement un instrument de travail précieux, mais aussi un très beau livre de bibliothèque que se devront de posséder tous ceux pour qui l'Exposition n'a pas été qu'une attraction passagère. Prix du volume . . . . . . . . . . . . Relié 220 frs. Sous portefeuille 200 frs. Un prospectus détaillé et illustré sera envoyé sur demande. --- ÉDITIONS ALBERT LÉVY LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS PARIS, 2, Rue de l'Échelle

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BERTHOLD MAHN BERTHOLD MAHN Je le connais depuis vingt ans. Il est de mes plus chers amis. Et si vous m'objectez que l'amitié corrompt la critique, je vous répondrai qu'il est impossible d'approcher Mahn sans devenir son ami, qu'il est impossible d'étudier les œuvres de Mahn sans éprouver de la tendresse pour leur auteur, que la critique pure, en ce qui concerne Mahn, est donc impossible et qu'il est d'ailleurs souhaitable qu'une telle critique soit déclarée impossible à tout jamais et dans tous les cas. Depuis Taine, il est d'usage, quand on présente un artiste, de se livrer à d'astucieuses investigations historiques, d'étudier avec gravité le milieu, le sol et l'atmosphère, de mettre en lumière la généalogie de l'esprit créateur, bref de tout expliquer. Pour moi, j'accorde peu de crédit à ce déterminisme scolaire. J'aime le fait nouveau et me plais à penser que, chaque jour, quelque chose commence dans le monde. Considérant Mahn, contemplant ce parisien vivant, joyeux, naïf, dévoré de ferveur, soulevé d'élan généreux, je ne sens nulle envie de disséter vainement sur l'origine de ses dons et de tout résoudre en formules. Il me plaît, au contraire, de penser que, premier de sa lignée, Mahn a, quelque jour, éprouvé le besoin de saisir crayons et brosses et qu'il s'en sert avec honneur. De l'aveu de Mahn lui-même, ce qu'il y a

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ART ET DECORATION de plus notable, dans ses commencements, c'est, en quelque sorte, l'absence de milieu germinatif, l'indifférence des groupes sociaux dans lesquels s'est écoulée sa jeunesse travailleuse. Nul ne l'a guidé, conseillé, instruit. C'est en lui-même qu'il a trouvé tout courage et toute ambition. Il a regardé les objets, les visages, les maisons et les rues de la grande ville natale, la belle campagne entrevue sous la clarté de trop rares vacances, et il s'est dit, tout bas, dans le secret de son cœur : « Je veux dessiner, peindre, représenter tout cela. » Il s'est mis à l'ouvrage, avec candeur, avec passion. Il a bientôt compris qu'il lui fallait tout apprendre. Il a donc résolu d'apprendre tout. Des événements ont éclaté, tantôt grands événements pour le seul Mahn, et tantôt grands événements pour l'univers. La guerre surtout fut rude. Mahn, pris dans les courants et les remous, a rencontré d'autres artistes qui, tout de suite, l'ont aimé, salué frère; mais il est resté, tout au moins dans son art, sauvage, indépendant : il a sa route et sa mission. Un illustre peintre de mes amis me disait un jour : « Mahn ! Il faut le mettre à part. » Rien de plus juste. Mahn a vécu hors des clans et des sectes, il semble insensible aux modes, il a traversé, comme par miracle, sans y laisser un poil, les épidémies qui ont, depuis vingt ans, ravagé le monde des Beaux-Arts. On ne l'entend jamais demander avec angoisse ce qu'il convient de faire, quel est le goût du jour et d'où souffle le vent. Il a, devant soi, du travail pour un siècle. Il ne se presse pas trop; il ne se presse jamais. Il aborde les problèmes de l'art avec le flegme d'un laboureur qui respecte la loi des saisons. Il me dit parfois : « Je ne peux ima- giner que, dans quarante ans, je ne serai pas à l'ouvrage. C'est que je n'aurai pas fini, dans quarante ans ! » Il n'aura jamais fini: il rêve de tout figurer à sa guise. Il est dans la force de l'âge et montre une faculté d'enthousiasme qui pourrait donner de la honte à presque tous les hommes de notre époque. Il est peintre, dessinateur, graveur, lithographe. Il apprendra le reste! Les autres techniques, toutes les façons d'exprimer ce que l'on sait, ce que l'on sent. Se peut-il que quelque chose ne l'intéresse pas, ne l'attire pas, ne le tente pas? Il est d'une modestie insigne et, pourtant, il a grande confiance en soi : la confiance des gens qui connaissent le prix et la vertu du travail. Dans sa vie, dans sa carrière, il s'est révélé totalement impropre à ces menues fraudes, hypocrisies, fanfaronnades, combinaisons, BERTHOLD MAHN

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BERTHOLD MAHN supercheries et réclames aux- quelles tant de bons peintres demandent quelque surcroît de prestige. En l'avertissant que j'al- lais écrire quelques pages sur son œuvre et sa personne, je lui ai demandé, comme le gabelou, s'il avait à me déclarer quelque chose d'importance. Il a rougi puis répondu : « Quelque chose d'importance ? Bien sûr, mais je l'ai complètement oublié. » Je conseille aux découragés, aux désabusés, aux neurasthé- niques de suivre Mahn, pas à pas, au long d'une journée de travail. Quelle flamme vigilante et pure ! Quelle vivacité de cœur devant les spectacles ! Un enfant n'est ni plus frais, ni plus curieux, ni plus ardent. Beauté, grâce, déli- catesse des aspects ou des senti- ments, rien ne lui échappe. Toutes les choses exquises l'arrêtent, le réclament. Va-t-il se disperser ? Non, il choisit, s'installe, tire son carnet, ses bouts de crayon, saisit au vol un geste, une ligne. Il a, devant l'objet, surtout devant l'être vivant, l'air timide, interdit. On croit l'entendre murmurer à la nature mobile : « Va, bouge, vibre, prends l'essor, ne t'occupe pas trop de moi. Je ne suis pas là pour te troubler, mais pour t'aimer, humblement, fidèle- ment. » C'est ainsi qu'il s'efface d'abord, témoin discret. Mais observez l'artiste et vous verrez, petit à petit, son regard s'ai- guiser, les doigts se nouer au crayon, vous verrez enfin jaillir sur la page le trait ner- veux, ferme, sûr. Ces croquis, ces esquisses où Mahn prodigue un talent délié, une finesse débonnaire, une clairvoyance pure de fiel, ces croquis, dis-je, risquaient de demeurer longtemps encore le régul de quelques intimes. Par bonheur, Claude Aveline va publier les Souvenirs du Vieux- Colombier, et ce premier carnet de notes — je dis premier car j'en espère d'autres — rendra superflue toute glose. Mlle J. K..., mine de plomb BERTHOLD MAHN Que, dans l'œuvre d'un artiste, le croquis figure la part la moins pesante, la plus subtile, la plus vivante, Mahn le sait bien. Comme toutes les œuvres d'inspiration fran- che et quasi fulgurante, le croquis est une offrande de la fortune, un présent que l'ar- tiste lui-même reçoit avec émerveillement et gratitude. Nous l'achevons au gré de nos rêves et c'est en cela qu'il nous est cher : il laisse au spectateur une grande marge de liberté, d'illusion. Il nous invite à collaborer. Il n'impose presque rien et propose presque tout. Heureusement, Mahn n'est pas dupe du sortilège. Trop de peintres, surtout dans l'époque moderne, ont succombé sans lutte aux délices de l'inachevé. Ils comprennent trop bien que le génie efflorescent qui visite

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ART ET DECORATION BERTHOLD MAHN souvent les ébauches ne résiste guère au feu patient du travail. Mais, pour que l'œuvre puisse affronter le temps, il faut qu'elle soit accomplie. Maniée avec maîtrise, la matière n'étouffe pas l'âme, elle la protège et la fortifie. J'approuve Mahn quand il me dit : « Parachever, compléter, terminer mon ouvrage ! A force de persévérance attentive, à force d'adresse et de savoir, retrouver enfin, dans le tableau, les grâces impalpables de l'esquisse ! » Tout le caractère de Mahn tient dans ce propos, dans cet effort. Si le mot d'impressionnisme veut encore dire ce qu'il dit, je dois reconnaître que Mahn est affranchi de l'impressionnisme. Peut-être même n'en fut-il jamais touché. Je le répète, il s'est développé hors des écoles et s'il fut jamais esclave de quelque chose, ce n'est pas des systèmes, mais plutôt de ses modèles. J'aime à voir Mahn travailler et, chaque fois que le plaisir m'en est offert, je pense que, si la loyauté se trouvait honnie du monde, elle devrait chercher asile dans le

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BERTHOLD MAHN Dieppe, peinture BERTHOLD MAHN cœur de cet artiste. Certes, je n’accompagne pas souvent Mahn dans ses randonnées vagabondes; je ne suis pas toujours derrière lui quand, le visage bleu de froid, les mains gercées à vif, il guette l’insaisissable au coin de quelque ruelle, sur ma chère colline Sainte-Geneviève. Mais je parle surtout d’un certain Mahn portraitiste que nombre de gens ont pu voir à l’œuvre. Mahn excelle dans le portrait. Il possède cette vertu exceptionnelle que, par dépit, tant de peintres affectent de mépriser: il fait des portraits ressemblants, riches de frémissante et tendre vérité. Je viens de prononcer un mot qui demande commentaire: certains critiques bilieux ne manqueront pas de reprocher à Mahn cette tendresse qu’il répand dans toute son œuvre et, particulièrement, dans ses figures. Sans nul doute, Mahn manque de venin. Le trait qui lui semble juste est affectueusement équitable, jamais caricatural. Je pense qu’il se refuse à souligner avec malveillance ce qui, dans son modèle, n’est que lâcheté fugitive, incertaine laideur, cruauté douteuse. Il aime trop l’humanité pour ne pas lui faire crédit. Il croit évidemment, et je l’approuve, qu’on ne corrige pas les hommes en leur grossissant leurs défauts, mais en s’efforçant de les leur faire oublier. Il ne poursuit pas une œuvre de rancune, mais d’affection. Il a, du reste, tout l’esprit qu’il faut pour indiquer discrètement ce qu’il néglige et marquer qu’il ne s’abuse pas. Si bien que son œuvre de portraitiste respire la confiance, la subtile bonté. Mahn a fait mon portrait une bonne dizaine de fois. — Je ne compte pas une foule de

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ART ET DECORATION BERTHOLD MAHN menus croquis. — Il me dit souvent : « La prochaine fois, ce sera mieux » car, comme tous les vrais artistes, il pense avec raison que chaque œuvre est une fin en soi et un moyen de perfectionnement pour les œuvres futures. Poser m'est souvent un supplice, mais poser pour Mahn m'est un divertissement. Certains penseront qu'il n'est peut-être pas inutile d'avoir la conscience en repos : l'artiste vous regarde avec une obstination, avec une curiosité qui seraient inquiétantes si vous ne les sentiez nourries de franche, d'ardente sympathie. Puis il sème ici et là ses esquisses, cherche, s'oriente, trouve enfin sa route, et, brusquement, s'applique. C'est, direz-vous, le moment de se bien tenir. Et pourquoi ? Vivez donc, le peintre ne vous demande pas autre chose. L'entretien s'allume, franc, familier. Que les muscles de votre visage dessinent librement vos pensées, que parfois, la rêverie laisse flotter votre regard, que le silence, tour à tour, meure et renaisse. L'œil du peintre, cependant ne vous lâche pas ; mais comment,

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BERTHOLD MAHN si cordial, saurait-il vous incommoder? D'un imperceptible signe du menton, du doigt, de la brosse, il rectifie votre aplomb, vous rappelle à l'ordre, c'est-à-dire à la vie normale. Et, petit à petit, une bonne part de votre âme, la meilleure part sans doute, émigre dans la belle image. Mahn vous considère avec une telle droiture, son visage mobile exprimant d'étonnement, de contentement, de plaisir que l'on oublie parfois de poser et que l'on éprouve l'envie de faire le portrait du peintre. N'a-t-il pas, cent fois, repris son propre portrait dont il rêve de faire quelque jour l'œuvre essentielle, le portrait par excellence. Cette subordination du peintre à son modèle est, en réalité, chez Mahn, plus apparente que réelle. Ce n'est qu'une discipline Ch. Vildrac, croquis BERTHOLD MAHN de formation, une méthode transitoire. Dès maintenant, et sinon dans le portrait qui est par nature, astreinte, obéissance, du moins dans les autres ouvrages plastiques, Mahn abandonne souvent le modèle, comme le font, l'heure venue, tous les vrais artistes, comme le fit, en sa maturité, ce grand Corot que Mahn reconnaît pour son meilleur, son plus cher maître. J'eus, le mois dernier, l'honneur de visiter l'Escorial et le Prado en compagnie de M. Manuel B. Cossio qui est une des gloires de la critique espagnole et l'un des hommes les plus savants que je connaisse. « Les œuvres cardinales des plus grands peintres, me disait-il, sont le fait de l'imagination pure; elles ont été réalisées dans l'atelier, H. Barbusse, lithographie BERTHOLD MAHN