Excerpt
First pages of the volume, freely accessible.
Page 1
ART ET DÉCORATION
JUILLET 1926
LE SALON DES ARTISTES DÉCORATEURS
PAR RAYMOND RÉGAMEY
HORS TEXTE : RELIURE PAR P. LEGRAIN. VERRERIES DE DAUM
CHRONIQUE : CONCOURS, MONUMENTS, EXPOSITIONS, LIVRES.
---
ÉDITIONS ALBERT LÉVY
LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS
2, RUE DE L'ÉCHELLE - PARIS
---
CE NUMERO :
France : 8 fr. 50
Page 2
ART ET DÉCORATION
et l'Art Décoratif
REVUE MENSUELLE D'ART MODERNE
Rédacteur en Chef : Léon Deshairs
30e année. — N° 295
Tous les droits sur les articles et les reproductions sont réservés pour tous pays.
Les articles parus dans Art et Décoration deviennent la propriété de la revue.
Les modèles publiés dans la revue sont et demeurent la propriété de leurs auteurs, toutes reproductions ou imitations même partielles, sont interdites et seront poursuivies par leurs auteurs.
---
PRIX POUR 1926
I. France, le Numéro : 8 fr. 50
L’Abonnement (12 numéros) : France, 85 francs
II. Pays ayant adhéré à la Convention de Stockholm : Allemagne, Argentine, Autriche, Belgique, Bulgarie, Canada, Cuba, Espagne, Etats-Unis, Ethiopie, Grèce, Hongrie, Italie et Erythrée, Lettonie, Luxembourg, Paraguay, Perse, Pologne, Portugal et ses Colonies, Roumanie, Suède, Tchécoslovaquie, Terre-Neuve, U. R. S. S., Uruguay, Yougoslavie.
Dollars
---
Livres sterlings
---
Francaux suisses
---
Pesetas
---
Florins holl.
---
0.40
---
0.1.8
---
2. »
---
2.85
---
1. »
---
4.-
---
0.16.8
---
20. »
---
28.57
---
10. »
---
III. Autres Pays :
Dollars
---
Livres sterlings
---
Francaux suisses
---
Pesetas
---
Florins holl.
---
0.46
---
0.1.11
---
2.30
---
3.14
---
1.10
---
4.20
---
0.17.6
---
21. »
---
29.99
---
10.50
---
EMBOITAGES (chaque emboîtement contient un semestre), 10 francs (Port en sus : France, 2 francs. Etranger, 3 francs)
Demander le tarif spécial pour les années parues, brochées ou reliées
---
ÉDITIONS ALBERT LÉVY, 2, Rue de l’Échelle, PARIS (Ier)
Compte chèques Postaux 6690
R. C. Seine 64696
Téléphone Louvre 33-87
---
CHEMIN de FER de PARIS à ORLÉANS
LA BOURBOULE (P.-DE-D.)
---
L’Auvergne
En Auvergne et dans les régions voisines, il existe de grandes stations thermales ou climatiques: La Bourboule, le Mont-Dore, Saint-Nectaire, Royat, Vic-sur-Cère, le Lioran, Nérís-les-Bains, Evans-les-Bains, Miers près Rocamadour, etc...
En outre, les Gorges du Tarn sont une des merveilles naturelles de la France et vers les Cévennes se trouve Lamalou-les-Bains.
En été des services automobiles au départ du Mont-Dore (notamment sur St-Nectaire et Besse) et de Vic-sur-Cère permettent la visite des plus beaux sites.
Pour tous renseignements, consulter le Livret-Guide officiel de la Compagnie d’Orléans.
---
CHEMINS DE L’EST
Relations entre Paris, la Suisse et l’Autriche
ÉTÉ 1926
La Compagnie de l’Est apporte cet été d’importantes améliorations aux relations rapides de jour entre Paris, la Suisse et l’Autriche.
Du 1er juin au 30 septembre, le nouveau train “SUISSE-VOSGES-RAPIDE”, partant de Paris à 10 h. 45 et arrivant à Bâle à 17 h. 50, permettra d’atteindre Lucerne à 20 h. 40, Zurich à 20 h. 12, toute la Suisse Orientale dans la soirée, Vienne le lendemain à 14 h. 55 et Budapest à 21 h. 55 (voiture directe de Paris à Vienne et Budapest. Wagon-restaurant).
Au retour, en quittant les principales stations suisses vers la fin de la matinée et Bâle à 13 h. 40, l’arrivée à Paris aura lieu à 20 h. 35.
En outre, à partir du 15 mai, une nouvelle relation de nuit sera assurée toute l’année entre Milan et Paris-Est, via Saint-Gothard, par le rapide arrivant actuellement à Paris à 14 h., qui sera légèrement retardé, Milan départ 22 h. 25, Lucerne départ 4 h. 50, Bâle arrivée 6 h. 25, départ 7 h., Paris-Est arrivée 14 h. 20.
Page 3
Bracelet, or et pierres de lune
SIEGFRIED BOËS
LE XVIe SALON DES ARTISTES DÉCORATEURS
La Société des Artistes décorateurs a aménagé cette année son Salon dans le labyrinthe de salles et de galeries qu'elle occupait déjà en 1923 et 1924, au Grand Palais. Elle a obtenu pour son seul usage la porte d'angle de l'avenue Nicolas-II et des Champs-Élysées que, les années précédentes, elle devait partager avec la Société des Artistes français, et la rotonde à laquelle cette porte donne immédiatement accès. Mais elle s'est vu refuser par la Ville de Paris la jouissance du petit jardin de la rue Jean-Goujon, le Conseil Municipal « considérant qu'on ne saurait envisager l'édification de constructions provisoires quelconques dans les jardins contigus à la promenade des Champs-Élysées sans nuire à l'esthétique de cette promenade, en même temps d'ailleurs qu'à l'aspect du Grand Palais ». Nous ne connaissons que par un plan l'exposition de l'architecture et de l'art des jardins dont M. Marrast avait établi le projet; le goût de l'artiste en faisait augurer grand bien, mais quelle qu'elle dût être, nous trouvons singulière « l'esthétique » de la municipalité qui lui a préféré la désolation actuelle du jardin, emplacement ravagé du souk tunisien de 1925. M. Marrast n'a pu que décorer la porte Jean-Goujon. La décoration de l'autre porte est l'œuvre de M. Patout; les proportions très réduites de la baie y sont dues à la fois à la nécessité d'un vaste cartouche qui en diminue la hauteur et à la forme que prend tout naturellement la pensée de l'architecte, habitué, comme les artistes de la fin du xvie siècle, à faire prédominer les pleins sur les vides.
La tenue générale du Salon est certainement excellente, les œuvres intéressantes y abondent, et pourtant il décrit un peu. L'on n'y saisit pas bien quels enseignements a apportés l'Exposition de 1925. Il ne nous semble pas être la conclusion de l'Exposition en ce qui concerne l'art français, tandis que le dernier Salon, celui de 1924, en était une assez significative préface. Les abstentions ont été très nombreuses. Quelques décorateurs consacrent leurs efforts au prochain Salon d'Automne de Lyon; tels sont Dominique,
Bracelet, or et argent
ANDRÉ RIVAUD
Page 4
ART ET DECORATION
GEORGES BASTARD
MM. Süe et Mare. D'autres ensembliers manquent à l'appel pour des raisons que nous ignorons, par exemple MM. Groult, Gallerey, Mallet-Stevens... L'absence d'un Gallerey est particulièrement regrettable, en ce que cet artiste recherche de préférence la simplicité et que ce Salon ne nous montre pas autant que nous le désirerions tout ce qu'on a reproché à l'Exposition de n'avoir pas mis suffisamment en lumière : le meuble, l'objet usuels et à bon marché. Nous déplorons autant de ne pas voir les œuvres d'artistes qui, comme M. Mallet-Stevens, représentent les tendances nouvelles que l'on sait.
Les abstentions ne se remarquent pas seulement parmi les ensembliers. Un Decœur, un Lenoble, un Puiforcat, combien d'autres! n'ont rien envoyé. Leur absence coïncide d'une manière assez fâcheuse avec le fait que, dans la distribution générale du Salon, les ensembles attirent l'attention plus que ne font les vitrines. La délicate question se pose chaque année avec une acuité nouvelle. En 1924, une solution avait été trouvée : on avait réduit le nombre des vitrines mobiles, et M. Sézille avait réalisé une grande salle de vitrines murales. L'année dernière, plusieurs stands du Grand Palais, entre autres ceux de la céramique, de la verrerie, la section autrichienne, donnaient dans le même sens d'utiles indications. Il est assurément nécessaire pour l'avenir du Salon des Décorateurs*que les problèmes de présentation soient résolus d'une manière satisfaisante à la fois pour les artistes spécialisés dans une technique et pour les ensembliers. Les uns, qui ont fait la fortune du Salon dès le début, estiment aujourd'hui qu'ils sont sacrifiés aux autres, et, si cette expression de « sacrifice » est tout à fait excessive, il est certain que la place leur est de plus en
JEAN LUCE
Page 5
LE XVIe SALON DES ARTISTES DÉCORATEURS
PIERRE LEGRAIN
plus ménagée. Pourtant les intérêts en présence ne paraissent pas forcément opposés. Une formule heureuse et qui séduit le public, dont nous sommes, est celle que représentaient en 1925 le Pavillon du Collectionneur et le Musée d'art contemporain. Dans le présent Salon, le «Bureau de Réception» de M. Ruhlmann en montrerait un commencement d'exécution si des cordes n'empêchaient pas le visiteur de s'approcher des objets exposés sur les meubles les plus éloignés de l'entrée. Cette formule pourrait être combinée avec celle des vitrines murales, et l'application en serait plus séduisante encore si l'on poussait l'électisme jusqu'à réunir non seulement des objets, mais aussi des meubles créés par des artistes différents. Une exposition ainsi conçue serait plus vivante, elle serait plus vraie; elle donnerait en effet, une plus fidèle image de la vie réelle, où les ensembles systématiquement concertés sont l'exception.
Quoi qu'il en soit, c'est le principe des vitrines mobiles et des ensembles dus chacun à un seul décorateur qui a prévalu cette année. Il a été, du reste, appliqué par les organisateurs avec art et ingéniosité. L'unité d'aspect des deux galeries principales est obtenue surtout par la régularité des appareils d'éclairage : les boules de verre dépoli à petites facettes de la galerie Pierre Selmersheim, les abat-jour carrés en batiste de la galerie Boileau-Carrière. Des pauses son marquées par la vaste salle de thé et par les halls : le hall Dervaux où règne M. Lalique,
Page 6
ART ET DECORATION
GABRIEL LACROIX
le hall Montagnac, dont M. Subes occupe un panneau et qui est comme la Tribuna ou le Salon carré des plus belles vitrines, enfin les deux rotondes, intéressantes toutes deux par le luminaire. L'une, dont M. Roux-Spitz est l'architecte, est éclairée par les appliques de M. Perzel et par un lustre formé de boules en métal blanc et poli comme un miroir, analogue à celui dont son auteur, M. Théo Berst, avait décoré, en 1925, le pavillon de « l'Art en Alsace ». C'est également à M. Perzel qu'est dû le lustre de la rotonde Favier, composé de douze polyèdres à vingt faces triangulaires en verre dépoli, auxquelles de très légères différences de valeur, des veinures et surtout les incidences variées donnent une vie charmante.
Les appareils d'éclairage sont une des principales originalités de ce Salon et contribuent beaucoup à son agrément. Nous aurions plaisir à étudier des appareils comme ceux de M. Chareau, de Mlle Clouzot, si l'éclairage ne devait faire prochainement l'objet d'un article dans cette revue.
Nous ne voulons pas ignorer le débat qui divise les partisans d'un modernisme limité au renouvellement plus ou moins timide des formes et les théoriciens de nouveaux
Page 7
LE XVIe SALON DES ARTISTES DÉCORATEURS
programmes qu'imposent, disent-ils, des matériaux, des conditions de vie, des états de sensibilité jadis et naguère inconnus. Nous allons jusqu'à penser que tout observateur doit être le théâtre de ce débat et se partager contre lui-même, s'il veut justement apprécier les œuvres. Au reste, les plus expressifs des arts parce que les plus proches de la vie ne manquent pas de traduire la complexité présente. C'est bien vrai que des problèmes nouveaux se posent, mais ils ne s'imposent pas à tous. La conception qu'un bourgeois « moyen » se fait d'un appartement est, à peu de chose près, celle de son arrière-grand-père, commerçant, industriel ou avocat de 1840. Il a cependant la prétention d'être de son temps. Elle ne se marque dans son mobilier, comme dans ses vestons et dans les robes de sa femme, que par les changements superficiels de la mode. Or il lui faut bien trouver des décorateurs qui le satisfassent, en remplissant le rôle qui leur est assigné depuis qu'il y a des hommes et qui veulent une habitation ornée.
M. Maurice Dufrène compte parmi les artistes dont la tâche est de donner un air nouveau à l'ancien logis. C'est lui qui a créé l'ensemble le plus important du Salon : « l'Appartement d'un Français moyen ». Les innovations les plus originales qui s'y notent mettent bien en valeur ces caractères : elles sont, en effet, volontairement de surface. La cuisine serait celle que nous offrent tous les intérieurs bourgeois, si elle n'attirait l'attention par son harmonie gaie de rouge et de blanc. Dans la chambre à coucher et dans le salon, au lieu de réserver au haut des murs une large bande blanche, ce qui était la mode les années dernières, il a fait mordre sur le plafond le papier de tenture. De part et d'autre de la glace qui occupe le pan coupé de la cheminée, dans le salon, règne, jusqu'aux trois quarts de la hauteur environ, un papier de dessin argenté, gris, noir et jaune, qu'interrompt un papier jaune uni ; une bande d'un gris argenté lui succède ; la suivante est d'autre gris auquel du noir se mêle. Ainsi la tenture est formée de pièces diverses juxtaposées qui sont certainement inspirées des puzzles cubistes.
Un renouvellement foncier ne préoccupe
GABRIEL LACROIN
Page 8
ART ET DECORATION
RAYMOND SUBES
pas davantage M. Paul Follot. Son appartement, riche de multiples intentions, marque comme un aboutissement logique des recherches de somptuosité auxquelles se complait l'artiste. Les meubles de sa chambre à coucher s'élargissent tous de bas en haut et des pans coupés animent leurs plans. Le même parti est systématiquement adopté par M. Eugène Printz avec des plans curvilignes, et ce sont là, cette année, les réactions les plus nettes contre les formes rectangulaires qui étaient naguère en faveur. La tendance est cependant fréquente ailleurs à faire jouer pour l'œil le dessin des beaux bois par l'artifice de courbes, généralement discrètes, et d'inflexions modérées. Elle ne date pas d'aujourd'hui, nous le savons, mais elle s'affirme et se fortifie. M. Bouchet et M. Leleu excellent dans cette voie, amoureux tous deux des bois clairs. Sans opposer ces deux artistes délicats, nous goûtons chez M. Leleu un sens exquis de la ligne, qui fait de sa commode aux légères incrustations d'ivoire un meuble accompli. Un buffet-vitrine de M. Rapin résume assez bien les recherches actuelles. Ses masses générales sont à angle droit, son assiette est robuste; mais en plan sa partie basse dessine une série de courbes; au sommet l'amortissement en socles combine les courbes, les horizontales, qui sont les dominantes, et les lignes biaises.
Les meubles de M. Ruhlmann (nous devons excepter ses gros fauteuils de cuir, assez inattendus) manifestent évidemment pour l'historien des styles des tendances
Page 9
LE XVIe SALON DES ARTISTES DÉCORATEURS
Grilles d'intérieur en fer forgé
EDGAR BRANDT
Collaborateur : HENRY FAVIER, architecte
Page 10
ART ET DECORATION
à la personnalité de M. Ruhlmann. Un sens parfait de la proportion, du galbe beau comme celui des plus belles colonnes. Un étonnant génie du rare semble se jouer, avec pourtant la rectitude de la méthode, avec le charme de la fantaisie, avec ruse.
Un air d'aménité se répand même dans les créations d'artistes qui se plurent au rigide, au pesant et parfois au lugubre. Le goût pour ce qui tempère de grâce ou d'un peu de fantaisie une volonté architecturale, nécessaire
analogues. Mais l'amateur et le critique oublient devant eux de situer M. Ruhlmann parmi ses contemporains, pour songer plutôt à sa place dans l'assemblée idéale des grands ébénistes des derniers siècles. Il fait songer à l'Empire quand les créations en sont belles. Il est de plus en plus XVIIIe par l'esprit, et cela est très net cette année dans les deux petits meubles qui sont placés de part et d'autre de la porte. On songe plus encore
Fauteuils
PIERRE CHAREAU
Page 11
LE XVIe SALON DES ARTISTES DÉCORATEURS
Inspirée d'un dessin de Survage et exécutée par Mme Lantier
PIERRE CHAREAU
mais non pas suffisante, devrait rendre à la sculpture le rôle qu'elle tint si souvent dans le meuble français des belles époques. Pourtant, il n'en est rien encore. La sculpture ne réapparaît guère que sur deux meubles de M. Jallot, où des singes, de très bas-relief et presque méplats, décrivent, trois par trois, l'un au-dessus de l'autre, la courbe spirituelle et décorative de leur corps que prolonge leur queue en volute.
M. Jallot ne prétend pas exposer un « ensemble », mais « divers meubles de salon ». Ils ne plaisent pas seulement par les éléments indéfinissables qui manifestent un tempérament d'artiste, ils attestent une recherche heureuse de finesse et de légèreté, jusque dans des meubles qui sont ordinairement d'une lourdeur un peu barbare, comme les fauteuils de cuir en forme de caisses.Un parcil éloignement des outrances,