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ART ET DÉCORATION MAI 1926 --- UN DESSINATEUR : JEAN LAUNOIS, PAR JEAN ALAZARD. — LES CÉRAMIQUES DE RICHARD-GINORI, PAR MARIO LABÒ. — PAUL VERA ET L'ART DU LIVRE, PAR PAUL LECLÈRE. — L'ENSEIGNEMENT DE L'ART DÉCORATIF DANS L'U.R.S.S., PAR M. P.-VERNEUIL. — EUGÈNE ZAK, PAR HENRI MARTINIE. HORS-TEXTE : FEMME D'ALGER, PASTEL, PAR JEAN LAUNOIS. CHRONIQUE : CONCOURS, EXPOSITIONS, VENTES, LIVRES. --- EDITIONS ALBERT LEVY LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS 2, RUE DE L'ÉCHELLE - PARIS --- CE NUMERO : France : 8 fr. 50

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ART ET DÉCORATION et l'Art Décoratif REVUE MENSUELLE D'ART MODERNE Rédacteur en Chef : Léon Deshairs 30e année. — N° 293 Tous les droits sur les articles et les reproductions sont réservés pour tous pays. Les articles parus dans Art et Décoration deviennent la propriété de la revue. Les modèles publiés dans la revue sont et demeurent la propriété de leurs auteurs, toutes reproductions ou imitations même partielles, sont interdites et seront poursuivies par leurs auteurs. --- PRIX POUR 1926 I. France, le Numéro : 8 fr. 50 L'Abonnement (12 numéros) : France, 85 francs II. Pays ayant adhéré à la Convention de Stockholm : Allemagne, Argentine, Autriche, Belgique, Bulgarie, Canada, Cuba, Espagne, États-Unis, Ethiopie, Grèce, Hongrie, Italie et Erythrée, Lettonie, Luxembourg, Paraguay, Perse, Pologne, Portugal et ses Colonies, Roumanie, Suède, Tchécoslovaquie, Terre-Neuve, U.R.S.S., Uruguay, Yougoslavie. Le Numéro : 10 francs L'Abonnement (12 numéros) : 100 francs III. Autres pays Le Numéro : 11 fr. 50 L'Abonnement (12 numéros) : 115 francs EMBOITAGES (chaque emboîage contient un semestre), 10 francs (Port en sus : France, 2 francs. Etranger, 3 francs) Demander le tarif spécial pour les années parues, brochées ou reliées --- ÉDITIONS ALBERT LÉVY, 2, Rue de l’Échelle, PARIS (1er) Compte chèques Postaux 6690 R. C. Seine 64696 Téléphone Louvre 33-87 --- BERGUE FER·FORGE BATIMENT ET DECORATION INTERIEURE 10.R. DESRENAUDES PARIS XVI TEL. WAGRAM 10-98. GRAND·PRIX ARTS. DECORATIFS / 1925 EXPOSITION PERMANENTE --- CHEMINS DE FER DE L'ÉTAT Mise en vente de six nouvelles Affiches artistiques illustrées - Le Mont Saint-Michel. - Bords de la Rance de Dinard à Dinan. - Château de Fougères. - Baie de Paimpol — Tour de Kerroch. - Camaret (Les Tas de Pois). - Ile de Ré (L'Ane en culotte). Ces affiches (ainsi que celles éditées précédemment et dont le Réseau possède encore une réserve suffisante), sont mises à la disposition des collectionneurs, au prix de QUATRE francs l'exemplaire. Elles sont expédiées, sous enveloppe, franco à domicile, contre l'envoi préalable de leur valeur. Pour recevoir les affiches sous rouleau, joindre le prix du colis postal (gare ou domicile). Aucun envoi n'est fait contre remboursement. Ecrire ou s'adresser au Service de la Publicité des Chemins de Fer de l'État, 20, rue de Rome, à Paris (8e).

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ART ET DECORATION SCHWARTZ - HAUTMONT ANCIENS ÉTABLISSEMENTS SCHWARTZ & MEURER ET BERGEOTTE 42, rue du Hameau PARIS Tél. : Ségur 63-83 et 63-84 SERRURERIE ET FERRONNERIE D'ART LUSTRERIE OOO OBJETS OOO OO MOBILIERS OO OOOOOOOOOOOOOOOOOOOO OOO PROJETS OOO OOOO DEVIS OOOOO OO CATALOGUE OO SUR DEMANDE R. C. : Seine 98.303 --- CHEMINS DE FER DE L'ÉTAT ET SOUTHERN RAILWAY Pour se rendre en Angleterre AVEC LE MAXIMUM DE CONFORT Prendre la ligne PARIS-SAINT-LAZARE à LONDRES, par Dieppe-Newhaven SERVICES RAPIDES de JOUR et de NUIT tous les jours (Dimanches et Fêtes compris) et toute l'année GRANDS et PUISSANTS PAQUEBOTS à TURBINES munis de postes de T. S. F. ouverts à la correspondance privée Transbordement direct entre les Trains et les Paquebots à Dieppe et à Newhaven. Les voyageurs de 1re et de 2e classes, porteurs de billets d'aller et retour de PARIS et ROUEN à LONDRES, via DIEPPE-NEWHAVEN ont la faculté d'effectuer leur voyage de retour via SOUTHAMPTON-LE HAVRE, sans supplément de prix. Cette facilité s'étend aux voyages des mêmes classes de la ligne LE HAVRE- SOUTHAMPTON, qui désireraient revenir par NEW- HAVEN-DIEPPE. INTERPRÈTES Des interprètes en uniformes sont à la disposition du public à l'arrivée et au départ des trains-paquebots, dans les gares de PARIS-ST-LAZARE et de LONDRES- VICTORIA. --- CHEMINS DE FER DE L'ÉTAT AVIS TRÈS IMPORTANT Faculté d'Arrêt à Lisieux L'Administration des Chemins de l'État a l'hon- neur de porter à la connaissance de MM. les Voyageurs munis de billets comportant le pas- sage par LISIEUX, qu'ils ont la faculté de séjour- ner pendant 24 heures dans cette localité, sous la condition de soumettre à l'arrivée leur titre de circulation au visa du Chef de gare. A moins d'indications contraires dans les tarifs, les bagages sont enregistrés pour la gare défini- tive et ne peuvent être retirés au passage à LISIEUX. Cette faculté d'arrêt ne peut, en aucune ma- nière augmenter la durée de validité des billets d'aller et retour, dont les voyageurs sont porteurs, quelle que soit la nature de ces billets d'aller et retour.

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CHEMINS DE FER DE L'EST SAISON 1926 Relations entre Paris et les Villes d'Eaux de l'Est Dès le 15 Mai, le rapide pour Bâle, partant de Paris à 11 h. 45, comprendra des voitures directes (1re et 2e classes) pour : Martigny, Contrexéville, Vittel et Plombières. Du 1er au 30 Juin, des relations directes (1re et 2e classes) seront établies : Entre Paris et Vittel, Contrexéville, Martigny, par le nouveau train « Suisse-Rapide »; départ à 10 h. 45, arrivée vers 16 heures; Entre Paris et Luxeuil, Plombières, par le rapide de 11 h. 45 à destination de Bâle; Entre Paris et Bourbonne-les-Bains, par le rapide de 9 h., à destination de Bâle, dép. reporté à 8 h. 45. En outre, à partir du 1er Juin, et pendant toute la durée de la saison, le rapide quittant Paris à 16 h. 50 comportera une voiture directe (1re et 2e classes) pour Martigny, Contrexéville et Vittel avec arrivée vers 22 heures. Enfin, l'express dit « Train des Eaux », assurant sans changement de voiture les relations directes de 1re et 2e classes entre Paris et les Villes d'Eaux de l'Est sera mis en circulation : A l'Aller : du 1er juillet au 20 septembre, départ de Paris à 11 h. 05, arrivée dans les Villes d'Eaux entre 16 h. et 17 h. 30. Au Retour : du 2 juillet au 21 septembre, départ des Villes d'Eaux entre 8 h. et 10 h., arrivée à Paris à 15 h. 55 (Wagons-Restaurants). EXPOSITION ANNUELLE DE DRESDE JAHRES SCHAU DEUTSCHER ARBEIT DRESDEN JUNI - OKT 1926 INTERNATIONALE KUNST AUSSTELLUNG EXPOSITION INTERNATIONALE DES BEAUX-ARTS 12 Juin - 10 Octobre 1926 CHEMIN de FER de PARIS à ORLEANS Étampes. — L'Hôtel de Ville La Banlieue Sud-Ouest De grande valeur pour tout Ami des Arts Un élégant ouvrage in-4° avec 250 reproductions en grand format et planches hors-texte représentant les plus beaux intérieurs et avec un texte de ALEXANDER KOCH En superbe reliure toile ... Reichmarks. 20 Edition de luxe, reliure Japon .. — 25 Un prospectus illustré est envoyé gratuitement sur demande La Compagnie d'Orléans (de Paris-Quai d'Orsay à Étampes et Dourdan et de Paris-Luxembourg à Sceaux-Robinson et Limours) dessert, avec cette banlieue, une superbe région; (belles forêts, ruines romantiques, coquettes bourgades, grands châteaux, vieilles églises, Vallées de l'Orge, de la Juine, de la Bièvre, de l'Yvette.) En été, circuit automobile au départ de Saint-Rémy-les-Chevreuse pour la visite du Pays de Chevreuse (Port-Royal, Dampierre et les Vaux-de-Cernay). Pour tous renseignements, consulter le Livret-Guide officiel de la Compagnie d'Orléans.

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UN DESSINATEUR JEAN LAUNOIS Une récente exposition à la galerie Van Leer a fait connaître au public le nom d'un très jeune artiste qui s'est classé dès ses débuts parmi les dessinateurs de race. Jean Launois est originaire de Vendée, pays dont il aime les aspects variés et les types humains si caractéristiques. Ses premiers dessins représentent des Vendéens au visage rugueux et, dans son trait, on notait alors l'influence de ce peintre dont on a mieux compris, depuis quelques années, le rôle artistique : Milcendeau. Ne nous y trompons pas du reste; il ne serait pas exact de dire que Launois a été le disciple de Milcendeau. Trop souvent je l'ai entendu exprimer en termes ardents l'admiration qu'il ressent devant les œuvres des grands maîtres français, italiens ou allemands, pour ne pas affirmer que ce sont avant tout les exemples du passé qui l'ont formé. Un nu de Lucas Cranach, un dessin d'Ingres, une nature morte d'Edouard Manet, un paysage de Corot le font vibrer d'une intense émotion d'art. Il aime surtout ce qui traduit la vie sous toutes ses formes, la vie pleine de sève, riche d'un beau caractère. Quand je l'ai connu, il était, en Algérie, le compagnon de route d'Albert Marquet. Quel saisissant contraste entre ces deux natures, l'une, calme et souriante, l'autre étonnante de jeunesse et de vitalité, qui semblaient faites pour se compléter. Marquet, juge si pénétrant, a toujours apprécié ce tempérament franc et libre d'artiste. En revoyant récemment à Florence, le sculpteur Andreotti qui a rencontré Launois sur le front italien, je ne fus pas surpris de l'entendre évoquer son entrain, les ressources de sa verve, son intarissable gaieté, tout ce qui fait le charme d'une nature spontanée. L'homme est donc débordant de vie; il n'est pas inutile de le connaître, si on veut bien comprendre certains côtés de son art; lui-même se plaît à insister sur ses préférences; il fuit ce qui n'est pas mouvement, JEAN LAUNOIS

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ART ET DECORATION JEAN LAUNOIS ce qui n'est pas expression; le caractère d'une physionomie, surtout s'il est accusé, l'attire; il ne comprend pas que l'on puisse vivre dans le silence des ateliers; il aime la foule grouillante, les assemblées bigarrées, et ce n'est pas en spectateur impassible qu'il observe leurs gestes et leurs attitudes; au contraire, on le voit prendre plaisir à se mêler à leurs joies ou à leurs élans. Sa carrière, encore brève, mais déjà si remplie, commence à ses croquis de guerre; ce sont ensuite de longs séjours dans l'Afrique du Nord, et c'est, en troisième lieu, son voyage en Indo-Chine. Les dessins qu'il rapporta des tranchées étaient déjà d'une belle tenue et d'un caractère aigu; leur franchise séduisit M. Léonce Bénédite, qui en acquit un grand nombre pour le Musée du Luxembourg. Launois avait alors vingt ans; peu de temps après il est envoyé à la Villa Abd-el-Tif, cette délicieuse Villa Médicis algérienne, qui, depuis dix-huit ans, a vu s'éveiller bien des vocations. Est-il besoin de dire que l'Afrique mineure devint pour le jeune pensionnaire une terre d'élection? Parmi les peintres que l'Algérie et le Maroc ont attirés, il en est beaucoup qui n'ont été séduits que par l'étrangeté du paysage; ou bien c'est le côté purement exotique et pittoresque qui les a frappés; bien rares sont ceux qui ont su définir, en observateurs perspicaces, les caractères essentiels des physionomies, — comme aurait pu le faire un Holbein. Or je crois bien que Launois est celui qui a le mieux compris, le plus finement analysé le caractère original des visages berbères. Avant lui, Eugène Delacroix avait déjà compris de quoi était faite la beauté de ces profils: «Imagine, écrivait-il à Pierret en 1832, ce que c'est que de voir, couchés au soleil, se promenant dans les rues, raccommodant des savates, des personnages consulaires, auxquels il ne manque même pas l'air dédaigneux que devaient avoir les maîtres du monde; ces gens-ci ne possèdent qu'une couverture dans laquelle

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JEAN LAUNOIS ils marchent, dorment, et sont enterrés, et ils ont l'air aussi satisfaits que Cicéron devait l'être de sa chaise curule. Vous ne pourrez jamais croire à ce que je rapporterai, parce que ce sera bien loin de la vérité et de la noblesse de ces natures.. » Delacroix fut impressionné par certaines attitudes sévères, solennelles, presque hiératiques, qui lui faisaient dire qu'il avait retrouvé en elles «la beauté antique»; c'est un côté de l'âme berbère que Launois, lui aussi, a bien compris; quelques-uns de ses dessins sont comme des évocations de ce passé lointain qui revit en des gestes et des physionomies d'aujourd'hui. Launois a parcouru l'Algérie et la Tunisie dans tous les sens; il n'est pas une oasis où il n'aît séjourné, depuis la mystérieuse Ghardaïa jusqu'aux «perles du Djérid», Nefta et Tozeur, jusqu'à Djerba, «l'île aux sables d'or». Il y a eu la révélation de mimiques pittoresques et inattendues, faites pour séduire son sens extraordinaire du mouvement et du caractère. C'est que tout

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ART ET DECORATION JEAN LAUNOIS modèle l'intéresse, pourvu qu'il ait une ligne, un volume originaux; il a horreur de ce qui est banal et conventionnel; comme Toulouse-Lautrec et Degas, on le sent irrésistiblement entraîné vers tout spectacle où apparaissent, presque à nu, les instincts primitifs, où la nature humaine se montre sous son aspect le plus simple, le plus vrai. Il saisit la vie directement, dans toute son intensité, sans ce souci de l'arrangement et du décor qui perdent souvent les meilleurs peintres. Certes il est sensible à la beauté d'un paysage, — et je connais des pastels où il a rendu la richesse feuillue du jardin d'Essai d'Alger,—et qui sont de tons savoureux; mais il revient bien vite aux attitudes vivantes, aux groupes animés, aux visages de contours aigus, éclairés par des yeux dont il sait si bien saisir l'expression individuelle : car il est un véritable poète du regard.

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JEAN LAUNOIS Alors que tant d'autres semblent regarder leur art un peu comme un métier, il ne peint et ne dessine que lorsqu'il a quelque chose à dire, lorsque sa sensibilité a reçu un choc. Je l'ai vu, à Paris, rester plus d'un mois sans toucher un crayon ou un pinceau; n'ayant rien à dire, il ne disait rien; n'est-ce pas un des côtés par lesquels se révèle un tempéra- ment probe et plein de santé? Lorsqu'il voyage en Algérie, en Tunisie ou en Indo-Chine, son attention est sans cesse attirée, son instinct de curiosité mis en éveil; ses dessins sont comme les résultantes de sensations vives et fraîches. C'est pourquoi chacun d'eux a une signification et traduit une émotion. La spontanéité des impres- sions esthétiques s'unit, chez lui, à un métier d'une rare sûreté. Ce qu'un geste a d'imprévu, ce qu'un visage a de mobile ou d'impénétrable, ce qu'une arabesque offre d'originellement sinueux, rien de tout cela ne lui échappe. Un Ingres aurait aimé cette écriture si vivante et si nerveuse. « Il faut toujours dessiner: dessiner des yeux quand on ne peut dessiner avec le crayon. » Pour des artistes comme Ingres, comme Launois, le dessin, c'est une manière d'être, c'est l'ex- pression vibrante d'une pensée sachant analyser, comme dans le plus savoureux des romans, les êtres et les choses. Il aime les spectacles africains, et chaque fois qu'il revient en Algérie, c'est comme s'il découvrait un monde nouveau. Mais le jour où il partit pour l'Indo-Chine, ce fut presque avec un enthousiasme de néophyte; il voyait, comme à travers un rêve, un pays d'une merveilleuse richesse, des types humains racés et de noble allure. Il ne fut pas déçu, et les lettres qu'il écrivait à ses amis en 1923 et 1924 le montraient s'exaltant au contact d'une nature plus séduisante, plus menue, plus exubérante aussi que la nature algérienne, d'une civilisation raffi- née et fière de l'admirable passé que racon- tent les ruines d'Angkor. Dans les dessins et les pastels que Launois a rapportés du Tonkin et du Laos on retrouve toutes les qualités de ses notations africai- nes; le style y atteint une pureté et une sobriété « classiques»; le trait gagne en sou- plesse, l'ordonnance générale en liberté; on sent que l'artiste est maître de son métier. D'un côté ce sont ces physionomies au masque vigoureusement construit, et il en a rendu, avec une âpre vérité, le caractère impénétrable, austère, teinté parfois d'ironie et de douceur. C'est nerveux, direct, d'une analyse poussée et subtile. Ses têtes de bonzes et de mandarins satisfont pleine- ment notre esprit par la beauté des formes, la science des traits aigus, et l'expression des yeux immobiles... D'un autre côté ce sont des dessins à la plume, d'une ligne sinuouse et élégante : arabesques impeccable- bles, où les volumes apparaissent dans toute leur ampleur, par une simple indication linéaire; il faut être un artiste exceptionnel- lement doué pour créer des synthèses si dépouillées et si riches à la fois. Ses deux « archers indo-chinois » rappellent l'art signorellien; l'esprit du quattrocento revit en ce style épuré; les notations sont sobres, et cependant complètes. Pour Launois, la Femme Annamite JEAN LAUNOIS

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ART ET DECORATION JEAN LAUNOIS force et la beauté d'une œuvre sont en fonction de la simplicité des lignes et des contours; c'est une loi capitale; « les belles formes, disait Ingres, sont celles qui ont de la fermeté et de la plénitude, où les détails ne compromettent pas l'aspect des grandes masses ». Les corps indo-chinois étant souvent parfaits d'équilibre et de souplesse, on comprend qu'un artiste comme Launois ait trouvé en eux des modèles incomparables, et il ne faut pas s'étonner que le trait élégant, en même temps que robuste, dont il enveloppe ces corps, fasse penser à la fermeté de la ligne grecque. N'avait-il pas déjà retrouvé dans certains visages berbères la netteté des profils antiques? Ce voyageur infatigable va donc, d'instinct, vers tout spectacle dont il attend des impressions originales et fortes; ce qui est « déjà vu » le laisse indifférent, l'exaspère même parfois; vous ne le verrez jamais fouler les sentiers battus; son œuvre est faite d'éléments jeunes et vivants, à côté

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JEAN LAUNOIS JEAN LAUNOIS desquels tant d'autres sont passés sans en apercevoir l'intérêt, sans en deviner le caractère émouvant. Launois nous a révélé ce qu'il y a de profondément humain dans les masques africains ou asiatiques, et il nous a fait comprendre la beauté d'attitudes dont nous ne soupçonnions pas qu'elles pussent avoir tant de style et de noblesse. Il faut souhaiter qu'il puisse réaliser son projet d'aller jusque dans l'Afrique Occidentale et jusqu'aux Antilles; ces terres lointaines seront pour lui, comme Tahiti pour Gauguin, les sources de nouvelles émotions plastiques; il analysera leurs aspects divers avec une implacable vérité, comme il l'a fait pour l'Algérie et le Laos. Le dessin, le pastel, la gouache sont ses moyens d'expression les plus naturels, parce que les plus vivants; ils traduisent la pose qui définit le caractère du modèle et n'en fige pas l'expression; la rapidité de sa vision a besoin de cette interprétation aiguë qui tend à la synthèse; on ne le voit jamais s'appesantir sur les détails ou fignoler une