Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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Année - N° 32 3er 50 15 Avril 1926 L’ART VIVANT Revue bi-mensuelle des Amateurs et des Artistes éditée par les “Nouvelles Littéraires” ARTS DÉCORATIFS ET APPLIQUÉS PEINTURE - LE LIVRE - SCULPTURE LES ARTS DE LA FEMME --- IMAGE POPULAIRE. LA BÊTE DU GÉVAUDAN Vente et Administration : LIBRAIRIE LAROUSSE 13-17 Rue du Montparnasse PARIS Directeurs-Fondateurs : JACQUES GUENNE et MAURICE MARTIN du GARD Rédacteur en Chef : FLORENT FELS --- SOMMAIRE GUSTAVE GEFFROY par André SALMON Gustave Geffroy aux Gobelins............ Maximilien Gauthier Imagerie populaire..................... Arnold Van Gennep Louis Legrand.......................... Clément-Janin Les cathédrales de France : Angers... Chanoine Ch. Urseau Byblos.................................. Pierre Montet Du Studio au Salon .................... Ernest Tisserand L’Art et la Mode ....................... Clarisse Londres et Paris....................... Ariste Les Expositions......................... Charensol L’art en Province et à l’Étranger Calendrier des Expositions et des Conférences Informations LE SALON DE L’ARAIGNÉE par FLORENT FELS

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BING & CIE EXPOSITION TABLEAUX de MAITRES MODERNES 20 bis, Rue de la BOÉTIE --- GALERIE MARCEL BERNHEIM 2 bis, rue Caumartin - Paris (9e) Téléph. Central 88-28 — Télég. MABERNECO, PARIS --- TABLEAUX MODERNES ÉCOLE DE 1830 ECOLE IMPRESSIONNISTE EXPOSITIONS PERMANENTES D'ART CONTEMPORAIN VENTE - EXPERTISES - ACHAT --- GALERIE GRANOFF TABLEAUX MODERNES 166, B° HAUSSMANN, 166 PARIS - VIIIe CARNOT 35-40

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Galeries Georges Petit 8, RUE DE SÈZE, 8 — PARIS (IX° Arrond') R. C. Seine 34.210 --- TABLEAUX MODERNES EXPOSITIONS - EXPERTISES BRONZES DE BARYE --- DIRECTION DE VENTES PUBLIQUES IMPRIMERIE ARTISTIQUE 12, rue Godot-de-Mauroy, 12 --- Galerie Armand DROUANT --- EXPOSITIONS PERMANENTES MAITRES MODERNES 66, rue de Rennes, 66 — PARIS (VI°) Tél.: Fleurus 69-56

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FONTAINE et Cie SERRURERIE DÉCORATIVE de tous STYLES, SERRURERIE DÉCORATIVE MODERNE Serrure de Joseph Bernard Œuvres de : A. BOURDELLE — J. BERNARD — A. MAILLOL — P. JOUVE — J.-M. POISSON — LE BOURGEOIS — MONTAGNAC — R. PROU — SUE et MARE — GROULT — St MARCEAUX — T. SELMERSHEIM — A. CHARPENTIER — E. ROBERT, etc. 190, Rue de Rivoli — 181, Rue Saint-Honoré R. C. Seine 72,356 EXPOSITION DES ARTS DÉCORATIFS MODERNES 1925 : Membre du Jury - Hors Concours --- 1RE NE PAULINE Téléphone 697 R.C. 343389 133 B d MONTPARNASSE tableaux-objets art

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--- MARTHE COLLOT --- modes --- $\mathbb{E}$ 10 avenue emmanuel $\mathbb{I}$ paris biarret z. --- Clo ---

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4 CHEMINS EXPOSITIONS TABLEAUX — DESSINS — ESTAMPES EDITIONS D'ART CEZANNE --- PICASSO --- HENRI MATISSE --- ROUAULT --- MARIE LAURENCIN --- GROMAIRE --- MODIGLIANI --- UTRILLO --- 18, RUE GODOT-DE-MAUROY, 18 — PARIS-IXe (Madeleine) --- GALERIE BRIANT-ROBERT 7, RUE D’ARGENTEUIL --- EXPOSITION DE DESSINS DE TÊTES DE WAROQUIER — VL’MINCK — SIGRIST — PICASSO — DE LA PATEL, IÈRE — PASCIN — MODIGLIANI — LOTIRON — LÉOPOLD LEVY LHOTE — KISLING — KARS — GONDOUIN — GLEIZFS — DE LA FRESNAYE — FAVORY — LE FAUCONNIER — FAUCONNET — DIGNIMONT DERAIN — DEGAINE — COUBINE — COCHET — CONRAD KICKERT CHAZALVIEL — BRABO — BOSSHARD — BOMPARD — BERGEVIN VALDO BARBEY — BARAT-LEVRAUX — DU 14 AU 30 AVRIL 1926, DE 14 HEURES A 18 HEURES 30 —

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2me Année - N° 32 3 fr. 50 15 Avril 1926 L'ART VIVANT DIRECTION-RÉDACTION PUBLICITÉ: 146, Rue Montmartre PARIS (2e) Téléphone: CENTRAL, 59-65 Administration, Vente et Abonnements: LIBRAIRIE LAROUSSE 13-17, rue Montparnasse, Paris (6e) Chèques Postaux N° 155-85 Paris Rédacteur en chef: Florent FELS Revue Bi-Mensuelle des Amateurs et des Artistes Éditée par les "Nouvelles Littéraires" DIRECTEURS-FONDATEURS: Jacques GUENNE et Maurice MARTIN DU GARD ABONNEMENTS: FRANCE Un an, 75 fr. Six mois, 39 fr. Edition de luxe... un an, 150 fr. ÉTRANGER I. Pays ayant adhéré à l'accord de Stockholm Un an, 95 fr. Six mois, 48 fr. Edition de luxe... un an, 150 fr. II. Pays ayant décliné cet accord Un an, 105 fr. Six mois, 54 fr. Edition de luxe... un an, 160 fr. (Voir la liste de ces pays aux pages suivantes) GUSTAVE GEFFROY Pour honorer Gustave Geffroy en suivant sans feinte ni détour la ligne même de son patient et tout de même impétueux effort, en reprenant la trace ancienne des pas de ce grand laborieux qui tira gloire du nom de réaliste, voire de naturaliste, on écrirait aisément des pages scrupuleuses, toutes chargées de cette fidélité aux faits dont il se fit une loi et qui, pourtant, ne manqueraient pas à laisser paraître le tour de ces Viés imaginaires, de mode aujourd'hui comme tout ce que conçut fortement Marcel Schwob, dans l'orgueil de son désert. Au fait, l'exemple ne fut-il pas donné par Gustave Geffroy lui-même lorsqu'il écrivit l'Enfermé, cette vie imaginaire, entre toutes véridique d'un Blanqui après trente années d'encellulement demeuré beau, de la beauté du jeune Enjolras? Ce n'est pas en vain que j'attire tout de suite la notion d'un Gustave Geffroy écrivain républicain, lorsqu'on n'attend de son recueillement que l'éloge d'un critique d'art, sensible, bien au-delà de la clairvoyance. On peut s'être assez dépris pour n'être plus du tout choqué du «bon goût» de ceux qui rangent le républicanisme parmi les accessoires de la vulgarité béate. C'est d'une élégance qui ne pourra rien contre ce que comportera de fierté, de bravoure, d'allant, de confiance généreuse, certain esprit «quatre septembre», voire certain «esprit communard», dans lequel il faut voir d'abord un phénomène parisien. De cet esprit, le parisien Gustave Geffroy fut tout plein. Son clémenceisme apologétique d'après-guerre, c'est du clémenceisme paternel par fidélité aux enthousiasmes d'un âge dont tant d'hommes d'aujourd'hui n'ont qu'une mesure incertaine, par fidélité au Clemenceau des réunions publiques, au Clemenceau de Montmartre, l'ami des artistes et l'ora teur des clubs populaires, peint par Raffaelli et caricaturé par le bon André Gill. Pour Gustave Geffroy, l'ami Cle menceau fut aussi le patron favorable à un des ein singulièrement hardi pour l'époque, pleinement réalisé par l'accord de ces deux hommes et qui, aujourd'hui, commande dans une revue comme la nôtre un hommage particulier. L'admirable audience qu'en 1926 nous accorde le grand public, c'est le salaire d'un effort continu, difficile, patient, commun à tout ceux qui depuis les quinze dernières années rompirent des plumes pour la défense, dans la grande presse, de l'art anti-académique. Or, qui nous a montré la vie? Qui nous a soutenu de son exemple et qui se plut, tant de fois, par de significatifs encouragements, à nous maintenir bien vifs, bien agressifs comme il fallait sur ce front de bandière? C'est Gustave Geffroy, le militant républicain, l'ami des intellectuels communs groupés autour d'un La Cécilia, à Londres et des impres sionnistes réfugiés et partageant dans le même brouillard étranger, la soupe à la queue de boeuf du bon Pissarro barbu. C'est Gustave Geffroy qui, le premier, résolut de ravir le privilège de la critique d'art aux publications aristocratiques, journaux à quatre sous où Jules Vallès avait cessé d'écrire. — 281 — GUSTAVE GEFFROY, PAR RODIN

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L'ART VIVANT revues des ducs chéris de Mac-Mahon et des grands juifs de l’Institut. C’est Gustave Geffroy qui, en descendant un soir de Belleville sur Paris, créa de toutes pièces la critique d’art à forme populaire. Ce fut en ouvrant la première rubrique régulière de critique et d’information dans la Justice du M. Clemenceau peint en pied par J. F. Raffaelli. Année 80 ! Zola vient de publier Nana. Castagnany, installé par Gambetta à la direction des Cultes, prépare la double réhabilitation de Courbet, par l’exposition à l’Ecole des Beaux-Arts et la rédaction du Plaidoyer pour un ami mort (Gustave Courbet et la Colonne Vendôme). Sarcey fait de l’anticléricalisme avec l’alacrité du caricaturiste Lavratte et d’A. Humbert à la Lanterne de Boquillon. Kropotkine introduit l’anarchie en Europe, la Nouvelle Calédonie va lâcher les fédérés et l’on va voir Louise Michel faire trembler les boulangers. Boulanger va monter à cheval. Les ouvriers commencent d’être autre chose que « les hommes en blouse ». Dans les lycées, au Quartier, le Symbolisme va jaillir comme papillon du pupitre aux vers à soie. Le naturalisme enveloppe la vie du jour. Une force esthétique existe, prête à régner, riche de possibilités d’outre le temps présent et c’est un art vêtu de toutes les finesse aristocratiques avec un franc accent de vertu populaire, c’est l’impressionnisme. En le défendant, en préparant son triomphe, Gustave Geffroy instituera la critique d’art quotidienne, interrompue un jour, il est vrai et qui reparaitra pour l’extraordinaire fortune de l’art vivant avec les « papiers » de Louis Vauxcelles, le Courrier des Ateliers de Paris-Journal, la Vie Artistique de l’Intransigeant etc, et celles, aujourd’hui, d’au moins cinq quotidiens. À la Justice, Gustave Geffroy travaillait coude à coude avec Paul Alexis, l’un des plus fringants tube-à-bords-plats du jour, le Paul Alexis de la Fin de Lucie Pellegrin qui fut le premier interprète intelligent, sensible, de ce Georges Seurat dont le génie avait extrait les puretés (qu’honore en 1926, l’entrée au Louvre) des courtes liesses « naturalistes » de la Grenouillère, vingt ans avant l’Ecole de Chatou, de Vlaminck et Derain. 1880-1889 ! Étonnante époque des plus sympathiques confusions ! Quand Zola, méditant l’Œuvre, cachait dans un placard des Cézanne insignes, pour épargner les railleries à son condisciple du collège d’Aix ! Quand le jeune Félix Fénéon songeait à ravir les impressionnistes à l’amitié des réalisistes pour les faire accepter par les obscurs aristocrates des cénacles décadents, un grossier feuilletonniste à prétentions, Victor Joze, demandait des couvertures pour ses romans graveleux et privés de style à Seurat et à Toulouse-Lautrec qui lui donnaient des chefs-d’œuvre. Tout conspirait à maintenir dans le trouble les esprits rien que de bonne volonté. Gustave Geffroy qui voulait payer d’une haute accession ces bonnes volontés eut toutes les patiences sans rien céder. Créateur de la critique d’art populaire, il aura été le dispensateur d’une culture nouvelle. Je pèse mes mots. C’est bien pour s’être inquiété d’authentique culture universelle et non pas seulement des bénéfices d’une cordiale propagande, que Gustave Geffroy put être, la soixantaine passée, ce maître mieux qu’indulgent, attentif aux audaces de pensée, voire de façons, de ceux qui, lui devant le meilleur des instruments, durent parfois connaître pour devoir premier de le contrarier, de le démentir, de le combattre dans ses affections les plus vives, dans tout ce qui lui avait coûté les heures de lutte les plus âpres. Lecteur jamais fatigué, Gustave Geffroy les remerciait de livres offerts en hommage, certes, mais qui étaient tout de même des façons d’attaque, par l’envoi paternel, non, fraternel, de ses grands livres largement muris dont je ne sais pas un qui ne nous ait donné beaucoup à réfléchir. Ses livres ! Ce n’est pas sans une émotion de qualité singulière que je viens de les rouvrir avant d’écrire ces lignes, de ces Notes d’un journaliste (1887) préface à la série de la Vie Artistique éditée dès 1892, et qu’un amateur intelligent me remet sous les yeux pour la signification rigoureuse du titre, à ces volumes opulents tels que Le Louvre, jusqu’au Corot de la collection des « Maîtres Anciens et Modernes » heureusement placée sous son contrôle effectif. Ces beaux livres où l’écrivain robuste, à qui sa sensibilité demeurée fraîche faisait négliger d’étendre de son érudition, donnait une leçon de simplicité, de modestie, de gentillesse naturelle en enrichissant la page de garde de ces mots, d’une demi-ronde, un peu maigre et égratignant le papier : « A..., son dévoué confrère. » On n’en connut pas beaucoup de plus dévoués. La lignée de ses obligés remonte assez haut. Il n’est rien ni personne dans la critique libre des quarante dernières années qui ne lui doive quelque chose. Le groupe constitué par feu Jean Julien à Art et Critique, organe dont l’Art Vivant veut se souvenir et dont l’influence fut certaine, lui dut avant tous autres. C’est Gustave Geffroy, le maître de Belleville, pour qui Belleville était un poste d’observation, plus qu’un ermitage au goût de Jean Dolent, que Carrière enfumait délicieusement, qui rendit une destinée à la gravure française quand on croyait que les procédés mécaniques l’avaient tuée. Le beau livre illustré, a revécu beaucoup par lui. Mais l’auteur de l’Apprentic rêvait de beaux livres populaires interprétés par les maîtres du burin et du crayon lithographique. Il ne connut, dans cette voie, que le demi-succès des Minutes parisiennes. Quant à cela… comment empêcher le bibliomane de rafier un Lepère à deux francs pour le faire monter, à l’ombre, jusqu’à cent francs ? La langue de Gustave Geffroy, abondante et sobre à la fois, possède la double vertu d’une plénitude classique et de l’aisance du propos destiné au lecteur quotidien. La description de la boutique de Mme Corot, marchande de modes, en est le plus vif exemple : « La boutique était bien achalandée. Mine Corot, entourée de quelques ouvrières habiles, créait des modèles nouveaux… C’est dans ce milieu, à la fois paisible et affairé, dans cette atmosphère de petit commerce gra-cieux et distingué, de petite bourgeoisie économie et rangée, que, le 23 juillet 1796 (10 thermidor, an IV), naquit… » M. Lucien Descaves, que ce tableau si simple doit prendre à ses entrailles parisiennes, ne pense-t-il pas qu’il commente tous les échecs de J.-K. Huysmans et les réussites de Gus-tave Geffroy, du critique, qui commença de régler son compte à la vieille critique d’experts-comptables, morts avec le Palais de l’Industrie ? André SALMON. --- — 282 —

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L'ART VIVANT GUSTAVE GEFFROY AUX GOBELINS La première fois que je lui rendis visite, c'était en 1912 ; j'avais tout juste dix-neuf ans, et venais de débuter par un article sur les Venise de Claude Monet. Geffroy me reçut dans son vaste cabinet d'administrateur — un cabinet que meuble le bureau de Le Brun, et tapissé de tentures magnifiques. *** Lucien Descaves était là, souriant ce matin-là, attendri peut-être, mais souriant : ce qui veut dire que ma timidité fut à bien rude épreuve. Les deux maîtres, dont je chérissais l'œuvre, et qui m'avaient — évidemment, sans qu'ils s'en doutassent — inspiré l'audace d'écrire, firent de leur mieux pour m'inciter à parler. Ils évoquèrent mon Ménilmontant natal, et leurs propres débuts. Je me sentais effroyablement ridicule, et je n'aurais jamais osé reparaitre aux Gobelins, si Geffroy, me reconduisant avec beaucoup d'égards, posant sur mon épaule, affectueusement, la main, ne m'avait recommandé de revenir, et aussi souvent que cela me ferait plaisir... Tel était son accueil. *** Plus tard, il me reçut dans sa bibliothèque — une bibliothèque de plus de trente mille volumes — et je le connus mieux, et je l'aimai davantage. Gustave Geffroy, dans son grand cabinet, parlait peu ; il écoutait, poli, plutôt lointain et songeur que distant ; les écrivains de la jeune génération venaient en grand nombre le voir, surtout vers la fin de l'année ; il n'évinçait personne. Aux plus tyranniques des solliciteurs, il répondait : « Si j'avais le Prix Goncourt dans ma poche, je vous le donnerais immédiatement, mais j'ajoute que, devant mes amis de l'Académie, je combattrais la candidature de mon fils, si j'avais un fils et qu'il eût fait un mauvais livre ». Au milieu de ses chers bouquins, il lui arrivait de s'animer, de se livrer, de laisser paraître son érudition, son goût passionné des idées, sa tendresse raisonnée à l'égard des hommes et des œuvres. Certains, abusés par son aspect physique, l'ont cru sans cesse occupé de lui-même, inquiet de sa santé, ménager de son énergie ; il se dépensait, au contraire, sans compter, lisant et écrivant la nuit, pris, le jour, par ses besognes administratives, le dévouement aux siens, son vigilant et discret amour de la bienfaisance (dans tous les sens du terme). A soixante-dix ans passés, je l'ai entendu me dire, en se frottant les mains : « Tout un beau dimanche devant moi... pour travailler un peu selon mon cœur. » Je l'ai vu, pour un détail à ajouter à la préface d'une réédition des œuvres des Goncourt, entreprendre de relire consciencieusement tout Sainte-Beuve. Il avait horreur, cependant, du savoir purement livresque : « Il ne faut pas, me recommandait-il, se laisser dominer par le document ; mille pages imprimées ne valent parfois que par un signe essentiel, unique, et qu'il s'agit de trouver, de discerner au passage, un éclair qui sensibilise l'intelligence... » Je puis attester que l'emploi d'administrateur des Gobelins n'a rien d'une sinécure. Quand, en 1908, Gustave Geffroy le prit, l'Odeon venait de représenter cinquante fois, et avec succès, son Apprentie ; il avait une haute situation de conteur et de romancier, de critique et d'historien d'art ; s'il entra aux Gobelins, ce fut pour eux accomplir une œuvre utile : celle de vouer désormais à l'art vivant une fabrication nationale et traditionnelle qui sombrait dans l'académisme. Cette tâche, bientôt, réclama tous ses soins. On le vit se retirer peu à peu de la bataille littéraire, il cessa de collaborer aux journaux, aux revues de combat ; on insinua qu'il prenait trop tôt sa retraite ; en réalité, il se sacrifiait. Il se sacrifia jusqu'à sa dernière heure, et on ne l'a pas toujours compris, et même, en dépit de son passé, on ne lui en a pas été suffisamment reconnaissant — mais c'est ici un sujet de querelle sur lequel je me promets bien de revenir. La rénovation des arts du tissu contemporain et de l'art décoratif en général demeure, pour une grande part, le fruit de son personnel effort, de son opiniâtre désintéressement. *** Des années s'écoulèrent, et Geffroy, un beau jour, m'accueillit dans l'intimité de son logis. Il me montra ses Monet, ses Courbet. Et je sus qu'à l'ombre de ces richesses qu'il avait tant contribué à mettre en valeur, il vivait presque pauvre. Les meubles de sa salle à manger et de sa chambre, et le lit sur lequel je l'ai vu mort, c'étaient ceux-là même de son petit logement d'autrefois, à Belleville, et qui lui venaient de sa mère. Rien n'a jamais compté pour lui, hormis la bonté d'aimer, et les joies austères de l'esprit, et l'enchantement de l'art. *** Il était resté étonnamment jeune. S'il ne partageait pas toujours mes enthousiasmes à l'endroit des maîtres nouveaux venus, il les approuvait cependant, de parti-pris. Si je parvenais à le convaincre, une expression de lui signifiait l'accord : il oubliait la différence d'âges, et se prenait à m'appeler mon vieux... Maximilien GAUTHIER. --- CÉZANNE. PORTRAIT DE M. GUSTAVE GEFFROY. --- — 283 —

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L'ART VIVANT GUS BOFA. DIVERTISSEMENTS BOURGEOIS : LES SPECTACLES EN PLEIN AIR. LUCIEN BOUCHER. BOULEVARD TRÈS EXTÉRIEUR. WILD, SALTIMBANQUES. TOUCHAGUES. MENTON. ---

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L'ART VIVANT LE SALON DE L'ARAIGNÉE Créées sous le Signe de "Araignée", des œuvres, qui ne sont point toujours comiques, mais ont souvent des qualités d'humour et d'art, viennent témoigner du moral de la génération d'après-guerre. Car l'Araignée est le salon des jeunes et les œuvres sont choisies sans but spéculatif, dans un esprit profondément désintéressé. Il serait à souhaiter que Gus Bofa, qui accepte la responsabilité de cette manifestation, l'enrichisse parfois d'œuvres d'artistes d'autrefois. Ce serait une belle occasion de présenter au grand public, les ancêtres de l'humour, Gil Ray, Rolandson, Traviés, etc., auxquels on pourrait adjoindre une section de Peintres du Dimanche. Le passant qui entrerait ici sans préparation éprouverait sans doute quelque stupeur, de cette qualité que prend soudain le monde des apparences lorsque le plancher s'incline à 45° sous l'influence de l'alcool ou de la poésie pure, qui est d'ailleurs la forme spontanée et désintéressée de l'ivresse. --- F. MASEREEL, LES SIX JOURS ---