Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

Page 1

2e Année - N° 35 3fr 50 1er Juin 1926 L’ART VIVANT Revue bi-mensuelle des Amateurs et des Artistes éditée par les “Nouvelles Littéraires” ARTS DÉCORATIFS ET APPLIQUÉS PEINTURE - LE LIVRE - SCULPTURE LES ARTS DE LA FEMME --- Vente et Administration: LIBRAIRIE LAROUSSE 13-17 Rue du Montparnasse PARIS AU SALON DES TUILERIES : KISLING Directeurs-Fondateurs: JACQUES GUENNE et MAURICE MARTIN DU GARD Rédacteur en Chef: FLORENT FELS --- SOMMAIRE LE SALON DES TUILERIES par JACQUES GUENNE LE SALON DES ARTISTES DECORATEURS par ERNEST TISSERAND Fra Angelico --- Y. Marthe-Lenoir --- La Mode masculine --- Ariste --- Révolution et Réaction --- André Salmon --- L’Art en Province et à l’Étranger --- La vie des Étudiants --- J. Vallery-Radot --- Les livres du mois --- Clément-Janin --- Affiches du mois --- Louis Cheronnet --- Calendrier des Expositions et des Conférences --- Les Expositions --- Charensol --- Des meubles rustiques --- G. Delafosse ---

Page 2

BING & CIE EXPOSITION TABLEAUX de MAITRES MODERNES 20 bis, Rue de la BOÉTIE --- GALERIE MARCEL BERNHEIM 2 bis, rue Caumartin - Paris (9°) Téléph. Central 88-28 — Télég. MABERNECO, PARIS --- TABLEAUX MODERNES ÉCOLE DE 1830 ECOLE IMPRESSIONNISTE EXPOSITIONS PERMANENTES D'ART CONTEMPORAIN VENTE - EXPERTISES - ACHAT --- dominique DÉLIVRE DU CAUCHEMAR DE L'AMCIEN --- dominique CONSTRUIT • MEUBLE • DÉCORE --- dominique 104 FAUBOURG SAINT-MONORE - PARIS TEL: ELYS. 62-84 --- DIRECTION-RÉDACTION PUBLICITÉ 146, Rue Montmartre PARIS (2°) Téléphone : CENTRAL 32-65 et 74-93 Administration, Vente et Abonnements : LIBRAIRIE LAROUSSE 13-17, Rue Montparnasse, Paris (6°) Chèques Postaux N° 153-83 Paris --- ABONNEMENTS À PRIX RÉDUIT À NOS 3 PUBLICATIONS ART VIVANT, NOUVELLES LITTÉRAIRES JOURNAL DES VOYAGES Pour l'ensemble des trois publications : Nouvelles Littéraires, Art Vivant, Journal des Voyages. Un an. France : 130 fr. Pour l'ensemble des deux publications : Nouvelles Littéraires, Art Vivant. Un an. France : 95 fr. Voir nouveau tarif des abonnements à l'Étranger sur le papillon ci-contre. --- ART VIVANT FRANCE Un an : 75 fr. Six mois : 39 fr. Edition de luxe. Un an : 130 fr.

Page 3

FONTAINE et Cie SERRURERIE DECORATIVE de tous STYLES, SERRURERIE DÉCORATIVE MODERNE Œuvres de : - A. BOURDELLE - J. BERNARD - A. MAILLOL - P. JOUVE - J.-M. POISSON - LE BOURGEOIS - MONTAGNAC - R. PROU - SUE et MARE - GROULT - St MARCEAUX - T. SELMERSHEIM - A. CHARPENTIER - E. ROBERT, etc. 190, Rue de Rivoli — 181, Rue Saint-Honoré R.C. Seine 72,356 EXPOSITION DES ARTS DÉCORATIFS MODERNES 1925 : Membre du Jury - Hors Concours --- J. & M. LE LEU MEUBLES -- DÉCORATIONS INSTALLATIONS GÉNÉRALES TAPIS DE DA SILVA BRUHNS 65, Avenue Victor-Emmanuel-III, PARIS — Tél. Elysées 33-41 89, Rue de Paris, PARIS-PLAGE — Téléphone 192

Page 4

La Machine qui domine dans les concours et championnats ainsi que dans les bureaux d'hommes d'affaires soucieux de la perfection et de la beauté de leur courrier c'est la machine à écrire française MAP DEMANDEZ LA BROCHURE « VOTRE DACTYLO » Société des MACHINES A ÉCRIRE MAP 271, Bd Ornano, St-DENIS — Tél. NORD 67-64 et 29-60 --- L’ART POUR TOUS SOCIÉTÉ DE VULGARISATION ARTISTIQUE Fondée le 21 Avril 1901 par Edouard MASSIEUX Faire connaître au grand public les chefs-d’œuvre d’hier et d’aujourd’hui et lui permettre de suivre au jour le jour l’effort des créateurs de Beauté, telle est la tâche poursuivie par l’Art pour tous, qui a organisé plus de 1.200 visites-conférences dans les Musées, Monuments, Expositions, Ateliers, Manufactures, etc. COTISATION : 1 an, 12 fr. - 3 mois, 3 fr. :- DROIT D’INSCRIPTION 2 francs :- Les Adhésions et demandes de Programmes sont reçues aux Visites et au Siège social de L’ART POUR TOUS 2, Rue Brown-Séquard. — PARIS (XVe) --- LIQUEUR BÉNÉDICTINE --- Vous qui aimez la musique : celle des romances et des passe-pied, mais aussi celle des plus modernes valse ou “blues”, et qui désirez jouer en famille les plus célèbres morceaux de nos grands compositeurs, N’allez pas plus avant ! Nous vous offrons une collection unique de pièces connues, celles que l’on joua sous la Révolution et l’Empire, celles des grands maîtres du XIXe siècle, celles dont la vague actuelle garantit la valeur. Pour 30 francs vous recevrez les albums suivants, représentant plus de 100 fr. de musique : I. “Ce qu’on a joué, chanté et dansé durant la Révolution, le Directoire et l’Empire”, œuvres de Gossec, Mehul, Cherubini, Boieldieu... II. “Ce que Mozart a joué et composé entre 4 et 6 ans”. III. “20 morceaux choisis pour piano et violon” de Bach, Haëndel, Haydn, Beethoven, Valerius, Schubert... IV. “Rien que du moderne”, 15 pièces, par Goublier, Trémolo, Gorling... V. “20 morceaux à quatre mains”, de Glück, Weber, Mozart, Rossini, Mendelssohn, Schumann... VI. “20 morceaux pour piano” de Mozart, Beethoven, Chopin, Meyerbeer, Wagner, Halévy, Tschaikowski. N’hésitez donc pas ! Pour recevoir cette collection, envoyez à la C.A.P., 146, rue Montmartre, PARIS (2e) la somme de 30 fr., à laquelle on joindra pour tous frais de port, d’emballage et de manutention, 4 fr. pour la France, ou 8 fr. pour l’Etranger. --- “CLIO” Reliure automatique pour collection annuelle de L’Art Vivant P AR suite des augmentations constantes du prix des matières premières, nous sommes dans l’obligation de faire passer à partir du 1er Mai, le prix de la reliure “Clio”, de 10 francs à 12 francs Les lecteurs peuvent recevoir tous renseignements sur le “Clio” en s’adressant au Service Commercial de l’Art Vivant, Ce Auxiliaire de Publicité, 146, rue Montmartre, Paris (2e). Joindre 2 francs pour frais d’expédition en province et 3 fr. 50 pour les pays étrangers ayant adhéré à l’accord de Stockholm. Les commandes non accompagnées de leur montant ne seront pas exécutées.

Page 5

LE MOBILIER RUSTIQUE G. DELAFOSSE 16, Rue Royer-Collard (près la gare du Luxembourg) PARIS (5°) Tél.: Gobelins 22-38 MEUBLES PAYSANS de toutes les provinces françaises FIDÈLE REPRODUCTION MEUBLES ANCIENS EXPOSITION PERMANENTE 16, Rue Royer-Collard, PARIS (5°) NOUS ENVOYONS GRACIEUSEMENT NOS MAQUETTES SUR DEMANDE --- MAITRES DE L'ART MODERNE DOUZE VOLUMES PARUS FANTIN-LATOUR --- par Gustave Kahn. --- BARYE --- par Charles Saunier. --- COROT --- par Marc Lafargue. --- RENOIR --- par François Fosca. --- CÉZANNE --- par Tristan Klingsor. --- CLAUDE MONET --- par Camille Mauclair. --- Paraitra prochainement : GÉRICAULT, par Raymond Régamey. Berthe MORISOT --- par A. Fourreau. --- RODIN --- par L. Bénédite. --- MANET --- par Jacques-Emile Blanche --- PISSARRO --- par A. Tabarant. --- GAUGUIN --- par Robert Rey. --- VAN GOGH --- par Paul Colin. --- Paraitra prochainement : GAVARNI, par André Warnod. Chaque volume : QUARANTE REPRODUCTIONS EN HÉLIOGRAVURE Broché: 13.50 Relié: 16.50 F. RIEDER ET Cie, EDITEURS, 7, PLACE SAINT-SULPICE, PARIS (VIe)

Page 6

RODIER Ne Vend pas à la Clientèle — Particulière. KASHAFLORE DÉGRADIC KASHA ONDECLA

Page 7

OTHON FRIESZ. LE PORT DE TOULON. LE SALON DES TUILERIES Quittons sans regret les Champs-Elysées, où séjournent peut-être encore des hommes vertueux, mais que les héros ont depuis longtemps abandonnés. Gagnons des rives plus humaines. Comment ne pas franchir d'un cœur léger le seuil de ce Palais de Bois, de ce Salon qui, portant le nom des Tuileries, a son entrée près de la porte Maillot ! N'avons-nous pas l'assurance qu'ici peut encore régner la fantaisie? C'est le meilleur salon de l'année, le plus gai, le plus réconfortant. Le Palais des frères Péret est frais, vaste. La division en petites loges à trois côtés, il est vrai, favorise les plus belles confidences, sur la peinture bien entendu. A l'instar d'un autre plafond célèbre, celui du Palais de Bois a été crevé. Mais, rassurez-vous, il l'a été par la France, belle et puissante, de Bourdelle qui, en saluant les armées de l'Amérique, a traversé le toit d'une hampe pacifique. Nous avons dit ce que nous pensons du Salon des Artistes Français et de celui de la Nationale. Le Salon des Indépendants nous avait également déçu, cette année. N'était-il pas déserté par les meilleurs artistes, découragés par cette mesure démagogique du classement par ordre alphabétique qui les condamne aux plus fâcheuses promiscuités ? Bien plus, on ne découvrait aucune libre fantaisie chez les peintres du Dimanche qui font un des attraits de cette manifestation. Ceux-ci semblaient avoir appris leur leçon et ne savaient même plus faire de fautes. Ils me faisaient songer à ce peintre qui, jusqu'alors, avait peint des petits tableaux réalistes, et qui, invité à justifier l'extravagance de la toile qu'il exposait me répondait : « J'ai cherché à être naïf » ; et ne voyant pas ma surprise, ajoutait : « J'ai voulu faire une composition dans le style naïf ». Combien depuis ces dernières années, avons-nous vu surgir et disparaître de faux douaniers, de faux naïfs ? Le Salon d'Automne, qui est un Salon à jury, perd lui aussi, chaque année, de sa jeunesse. Le Salon des Tuileries est né des dissensions entre les éléments les plus avancés et les éléments les plus réactionnaires de la Nationale. Au groupe dissident de cette Société sont venus se joindre quelques membres du Salon d'Automne et des Indépendants. Le Salon des Tuileries n'est pas un Salon à jury, ni un Salon libre, comme celui des Indépendants. Les peintres qui exposent ici sont invités par l'un des deux comités de tendances très différentes que préside M. Albert Besnard. Cette année, M. Aman Jean, au nom de la droite, ---

Page 8

L'ART VIVANT « plaçait » les toiles provenant des peintres invités par lui ; celles-ci à l’entrée recevaient une étiquette rouge; M. Friesz plaçait les toiles qui, recevant une étiquette verte, émanaient de peintres « indépendants ». Les premières ont été réparties dans les salles comprises entre l’entrée et le salon de repos, les autres entre ce salon et les salles du fond. Les sculptures ont été placées au centre. Et parmi les œuvres de Bourdelle, Poisson, Malfray, Fernand David, Hernandez, Dora Gardine, rêve non sans ironie, le pélican du bon sculpteur Pompon. Il serait absolument vain de chercher à définir l’esprit de ce Salon. Celui-ci est formé par deux groupes antagonistes, qui n’ont pas les mêmes aspirations. Quatre cent soixante peintres exposent ici plus de deux mille toiles. On peut dire seulement que parmi les trois cents peintres environ qui ont été invités par les Indépendants, figurent la plupart des représentants de l’art vivant. Ceux-ci ont chacun leur esprit, leur individualité. Malheureusement, par suite de la défection d’artistes tels que Gromaire, Dufrésne, R. Duffy, L.-A. Moreau, Valadon, Segonzac, Utter, Léopold Levy, Utrillo, Bonnard, Marquet, Vuillard, le public ne peut connaître tous les aspects de la peinture de notre temps. On dit beaucoup, dans les ateliers, que le Salon des Tuileries va disparaître et que les membres avancés de la Nationale seraient disposés à se faire pardonner par les réactionnaires leur séjour parmi les fauves. Il nous paraîtrait alors indispensable d’organiser, chaque année, et le comité de direction du Musée d’Art moderne, actuellement en formation, pourrait prendre cette initiative, une exposition où seraient conviés les peintres les plus représentatifs de l’époque, et ceux dont le talent se serait révélé au Salon des Indépendants. Le vaste public auquel nous désirons ouvrir les portes de ce Musée serait alors complètement et impartialement renseigné. Quoiqu’il en soit, nous ne nous proposons pas aujourd’hui d’autre but que de découvrir, parmi les deux mille toiles des Tuileries, les dix envois qui nous paraissent présenter une grande importance et la cinquantaine de tableaux qu’un amateur éclairé pourrait avec plaisir accrocher sur ses murs. Je ne parlerai pas des œuvres que l’on rencontre dans la première zone du Palais de Bois. J’ai expliqué assez clairement ce que je pensais de la peinture plus ou moins inspirée par l’art officiel. Quand j’aurai dit que les œuvres des deux lauréats de l’Ecole (MM. Despujols et Raphaël Delorme) illustrent d’une façon éclatante ce que j’écrivis récemment sur l’esprit « retour de Rome ». Quand j’aurai signalé que M. Albert Besnard expose deux grandes Scènes algériennes et que MM. Aman Jean, Desvallières et Maurice Denis sont représentés ici, j’aurai suffisamment renseigné nos lecteurs. Au Palais de Bois, cette année, règne l’union sacrée, comme au Parlement, pendant la guerre. Aussi M. Florent Fels a-t-il accepté d’être portraité par M. Jacques-Emile Blanche, dont il sait apprécier, comme nous, certaines esquisses, et dont il goûte le talent d’écrivain. Il paraît d’ailleurs, sur son portrait, se rendre compte de ce que cette aventure peut avoir de piquant. A vrai dire, il eût été curieux de comparer cette effigie avec celle qu’exécute actuellement Marcel Gromaire. Deux conceptions se seraient affrontées. Mais M. Fels, qui est un galant homme, affirme que sur ce deuxième portrait (et cela ne surprendra pas les admirateurs de Gromaire), il paraît moins séduisant que sur la toile de M. Blanche. Et M. Fels, craint les regards de la jeune femme qui le domine si gentiment sur les murs du Palais de Bois. On est tout surpris également de rencontrer dans ces parages des peintres qui eussent cependant mérité une étiquette verte. On affirme que ceux-ci ont été invités par M. Aman Jean qui ne redoute pas, dit-on, l’art indépendant chez ses confrères. Je veux parler des paysages pimpants de Francis Smith, des Fleurs et Victuailles de Roland Chavenson, désormais maître de son talent sobre et robuste, et qui, dans les natures mortes les plus humbles, trouve les plus riches harmonies de couleur; de Marguerite Cissay qui recherche la beauté et modèle ses nus avec passion. Grâce au classement méthodique de M. Friesz qui organise une exposition avec autant de science que ses toiles, le public voit, dans la zone des Indépendants, son choix facilité. M. Friesz a réservé, sauf pour quelques retardataires, un panneau de fond aux envois les plus importants. Mais le moment est venu de choisir les dix œuvres qui consacrent la valeur de ce Salon. Ce sont pour nous, celles de Vladimir, Matisse, Simon-Levy, Lhote, Favory, Laprade Kisling, Friesz, Chagall et Bosshard. Je tenterai de définir, un jour, le critère que je me propose, lorsque je prends contact avec l’œuvre d’un peintre. Je dirai seulement aujourd’hui, qu’avant toute considération d’ordre esthétique, un peintre, selon moi, vaut par l’importance du monde qu’il a créé. Comme il serait aisé de montrer à quel point Vladimir, le dernier peut-être avec Matisse qui soit resté fidèle à l’idéal des Faunes, a créé le sien, ainsi que ses moyens d’expression. Comme il a su découvrir ce qu’il y avait de changé dans la nature éternelle ! Ses paysages ne sont-ils pas les décors où s’agitent les hommes d’aujourd’hui ? Ne sont-ils pas aussi actuels que le furent en leur temps ceux de Breughel, des grands Hollandais et de Corot ? Ses ciels rougis, agités de toutes les inquiétudes du monde, cette atmosphère saturée d’ondes électriques qui s’écoulent vers tous les points de l’horizon, colportant l’angoisse de l’homme, chaque jour plus inquiet de réaliser ces miracles qui semblaient jusqu’alors réservés à Dieu, ne sont-ils pas les ciels dont notre tête semble toujours menacée ? Comme la simple nature morte qu’il expose ici est émouvante ! Comme ce pain de campagne doré, qu’il semble avoir pétri avec amour, est sain ! Comme il excite notre appétit ! Et comme nous paraîtront ridicules, pendant de longs jours, ces pains « esthétiques » que les boulangers de Paris osent appeler pains de fantaisie ! Matisse. Nos lecteurs n’ignorent pas que, si je devais choisir, je donnerais à Matisse la première place parmi les peintres d’aujourd’hui. Je n’hésiterai donc pas à faire des réserves sur la toile que ce maître expose cette année. Sans doute, cette œuvre comporte-t-elle d’admirables morceaux. Mais elle n’a pas arraché cette adhésion totale qu’exige de nous le peintre de la Danse. Si j’ai été profondément séduit par la somptuosité du tapis, par la qualité de la matière du pot aux harmonies bleues, par la fraîcheur de la plante verte, j’avoue avoir été déconcerté par la violence des jaunes des motifs de son fond qui sont paru pesants, et que les fruits jaunes du premier plan ne me semblent pas à équilibrer. Enfin le nu qui, dans cette toile, ne semble avoir d’autre but que de lui permettre de mieux situer les différents plans, m’a paru avoir été traité avec quelque négligence. Le tracé du bras m’a surpris chez ce dessinateur si lucide et si sensible. Si je ne méconnais pas l’importance de cette œuvre, c’est que j’ai compris la volonté de renouvellement de cet artiste qui, parvenu à la maîtrise a le courage d’innover encore et conserve le goût du risque, quand la plupart des peintres devenus célèbres se contentent d’exploiter une formule et de refaire la même toile éternellement. Matisse, comme Cézanne, comme Renoir, comme les plus grands, s’efforce sans cesse d’élargir sa vision. C’est une des raisons pour lesquelles l’admiration que nous avons pour lui, commande aussi notre respect. Simon-Levy. On sait déjà en quelle estime je tiens ce peintre. Mais aujourd’hui, je veux, plus qu’hier encore, insister sur l’importance de son talent. Simon-Levy n’est pas de ceux, dont l’art riche de séduction, trouble profondé-

Page 9

--- J.-E. BLANCHE. PORTRAIT DE FLORENT PELS --- LHOTE. PAYSAGE --- FEDER. PORTRAIT DE M. DE MONZIE --- SIMON-LÉVY. PORTRAIT --- CHAGALL. LE PEINTRE, SA FEMME ET SA VILLE --- TERECHKOWITCH. PORTRAIT DE Mme CONTEL --- J.-E. BLANCHE. PORTRAIT DE Mlle MAUD MAY. --- LAPRADE. FENÊTRE A CAMARET --- BARTH. PORTRAIT DE JANE DE FREISSINGEAS --- — 403 —

Page 10

L'ART VIVANT ment. Mais, à toutes les époques, à côté des virtuoses qui, avec une spontanéité parfois étourdissante, paraissent avoir jeté leur œuvre dans le monde, comme d'autres propagent dans la vie leur enthousiasme ou leur folie, il y eut des peintres qui, acharnés à découvrir tous les secrets de leur métier et guidés par une intelligence aiguë, par un sens critique particulièrement précis, ont créé une œuvre parfaite et durable. La Hollande a donné naissance à quelques-uns de ces excellents artisans qui furent parfois de très grands artistes. Une fois par siècle, un homme unit le lyrisme à la froide raison. Et ce siècle s'honore d'un Cézanne. Plus je vois de toiles du maître d'Aix, et en particulier de cette époque que les critiques avides de classification disent influencée par Pissarro, mais qui décelent des préoccupations très différentes de celles du bon maître d'Eragny, je pense que SIMON-LEVY a su comprendre comment on pouvait poursuivre, en ce qui concerne la couleur, les découvertes du peintres des Joueurs de cartes. SIMON-LEVY recherche autant la densité de la tache colorée que Cézanne, et donne à la couleur la plus grande puissance suggestive. Mais il est beaucoup plus préoccupé du clair-obscur que Cézanne. Et il parvient dans une toile, comme sa Fillette au violon, à une telle sûreté dans la définition des plans, dans la création de l'atmosphère, dans la répartition des ombres et des lumières, dans la précision des volumes, dans les rapports de tons entre le violon, la chaise et le casier, qu'il nous est permis de songer à de très grands noms. Qu'on ne se laisse pas rebuter par l'autre grande toile que SIMON-LEVY expose, ce portrait de femme, dont il serait aisé de montrer la richesse plastique. Ces taches que la lumière pose sur le visage austère de son modèle s'atténueront avec le temps, car SIMON-LÉVY sait qu'un peintre ne doit pas travailler pour l'aujourd'hui, mais pour l'avenir. C'est pour des raisons esthétiques différentes, mais pour les mêmes raisons, si je puis dire, morales, que je suis attiré par l'art d'André LHOTE, dont j'aime l'intelligence aiguë. Plus que son Port de Bordeaux un peu mécanique, je goûte son petit nu, esquisse sensible, et sa Jeune femme au piano, d'une grâce si mesurée. FAVORY qui, lui aussi, pourrait avec succès exploiter les thèmes qui lui ont permis de créer des œuvres opulentes, tente de se renouveler. Nous avons dit récemment combien la joie saine de ce peintre, que les plus grands exemples n'effraient pas, avait enrichi la peinture française. On retrouve dans le Repos du modèle ses plus somptueuses qualités de coloriste. Regardez les rideaux bleus pesants, le coussin rouge et la chair de la femme étendue sur le divan. Remarquez aussi toutes les qualités de composition de FAVORY et l'habileté avec laquelle il sait disposer dans son tableau des lignes qui se compensent. Mais ce peintre, qui est digne des plus grands sujets et sait grouper des nus dans des paysages, ne manquera pas demain de se proposer un but plus élevé. ---

Page 11

L'ART VIVANT ZAK KOGAN. SCULPTURE YVES ALIX. UNE PLAIDOIRIE --- LAPRADE. Voici un peintre bien français qui sait toutes les nuances de notre ciel, tous les secrets de notre lumière. Ceux qui ont passé la frontière et longuement voyagé, savent, mieux que d'autres, apprécier, en revenant en France, la douceur de notre climat. Comme l'air est léger, comme les feuilles des arbres sont transparentes, comme l'horizon est bleu dans notre pays ! Pour découvrir ces trésors, il suffit à LAPRADE d'ouvrir sa fenêtre à Camaret et de regarder la mer. Comme la brise soulève tendrement le rideau de tulle léger! Comme il sait suggérer le plaisir de vivre, accueillir le soleil dans sa chambre, regarder les petites fleurs heureuses qui trempent dans l'eau fraîche, et poser sur la toile cette matière si fine qui tremble de tous les frissons de la vie! On a été injuste pour LAPRADE. On croit trop souvent que la délicatesse est une preuve de faiblesse. Comme je comprends l'admiration qu'a pour lui Edmond Jaloux, qui retient souvent la même grâce dans ses romans si délicats. Peintre de la lumière, peintre des horizons sans fin, avec quelle joie LAPRADE découvre-t-il parmi les feuilages qui entourent cette Terrasse au bord de la mer, les géraniums rouges qui lancent leurs notes vives sous le soleil. Et n'oublions pas que LAPRADE, dans sa Cathédrale de Chartres, qui semble jaillir d'entre les blés et qui demeure son chef-d'œuvre, a dépassé cette séduction qu'on se plaît à reconnaître à son art. KISLING, sans rien abandonner de ces qualités un peu acides qui faisaient l'attrait de ses premières œuvres, est parvenu à la peinture de grand caractère et de grande expression. On a beaucoup parlé à son sujet d'images populaires, et, sans doute, certaines toiles de ses débuts, si joyeusement agressives, rappelaient-elles leur naïveté et leur violence contrastée. Mais Kisling a acquis le sens de la grandeur.Vivant depuis de nombreuses années en France, s'il a compris et montré parfois avec finesse les aspects de notre pays, il garde cette puissance nostalgique et ce sens du tragique que possèdent les hommes de sa race. On pensera sans doute que c'est une enfant triste qu'il a peinte ici, à l'âge où seuls de légers soucis peuvent effleurer son front. Peut-être a-t-il prêté à cette fillette ce léger goût --- ANDRÉ TZANCK. PAYSAGE --- — 495 —