Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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2e Année - N° 29 3fr50 1er Mars 1926 --- REVUE BI-MENSUELLE DES AMATEURS ET DES ARTISTES ÉDITÉE PAR LES “NOUVELLES LITTÉRAIRES” L’ART VIVANT ARTS DÉCORATIFS ET APPLIQUÉS PEINTURE • LE LIVRE • SCULPTURE LES ARTS DE LA FEMME --- LE SALON DES INDÉPENDANTS par ANDRÉ SALMON La Critique et le Compte Rendu salle par salle par FLORENT FELS 50 REPRODUCTIONS DES TABLEAUX EXPOSÉS Portraits d’artistes : André Lhote --- Jacques Guenne --- Plan de Paris --- André Beucler --- L’Art Populaire français d’autrefois --- L’Art Vivant --- Chronique de l’Architecture --- Maximilien Gauthier --- Chronique de l’Art décoratif --- Ernest Tisserand --- L’Art en Province et à l’Etranger --- Willette --- J. Valmy-Baisse --- Les Expositions --- Charensol --- Informations. — Calendrier des Expositions et des Conférences. Directeurs-Fondateurs : JACQUES GUENNE et MAURICE MARTIN DU GARD Rédacteur en Chef : FLORENT FELS. --- Vente et Administration : LIBRAIRIE LAROUSSE 13-17, Rue du Montparnasse PARIS

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BING & CIE EXPOSITION E. BOYER du 1er au 15 Mars 1926 --- 20 bis, Rue de la BOÉTIE --- GALERIE MARCEL BERNHEIM 2 bis, rue Caumartin - Paris (9e) Téléph. Central 88-28 — Télég. MABERNECO, PARIS --- TABLEAUX MODERNES ÉCOLE DE 1830 ECOLE IMPRESSIONNISTE EXPOSITIONS PERMANENTES D'ART CONTEMPORAIN VENTE - EXPERTISES - ACHAT --- dominique DELIVRE DU CAUCHEMAR DE L'ANCIEN dominique CONSTRUIT • MEUBLE • DECORE dominique 104 FAUBOURG SAINT-HOMOIRE - PARIS TEL: ELYS. 62-84

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--- Palais de marbre 77 Champs-Elysées_Paris — L’Exposition la plus élégante de l’Ameublement et de la Décoration Meubles et Objets d’Art Anciens et Modernes Galerie de Tableaux Création de Mercier frères 100. Fts S’Antoine Paris --- CHARLES OULMONT LES LUNETTES DE L’AMATEUR D’OBJETS D’ART ils font des yeux payeurs. ART ANCIEN A PARIS CHEZ BERNARD GRASSET M.C.M.XX.VI --- ENFIN Voici le livre qui vous permettra de trouver et de distinguer à coup sûr les pièces authentiques *Le fruit de vingt-cinq ans d’expérience d’un collectionneur, qui est aussi un charmant écrivain.* GRASSET — 15 fr. --- Publ. A. Boscage, Paris *

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COUVERTS ET ORFÈVRERIE CHRISTOFLE REPRÉSENTANTS DANS TOUTES LES VILLES DE FRANCE ET DE L'ÉTRANGER

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2me Année - N° 29 31.50 1er Mars 1926 L'ART VIVANT DIRECTION-RÉDACTION PUBLICITÉ: 146, Rue Montmartre PARIS (2e) Téléphone: CENTRAL { 52-65 74-95 Administration, Vente et Abonnements: LIBRAIRIE LAROUSSE 15-17, rue Montparnasse, Paris (6e) Chèques Postaux N° 155-85 Paris Rédacteur en chef: Florent FELS Revue Bi-Mensuelle des Amateurs et des Artistes Éditée par les "Nouvelles Littéraires" DIRECTEURS-FONDATEURS: Jacques GUENNE et Maurice MARTIN DU GARD ABONNEMENTS: FRANCE Un an : 75 fr. Six mois : 59 fr. Edition de luxe... un an : 150 fr. ÉTRANGER I. Pays ayant adhéré à l'accord de Stockholm Un an : 95 fr. Six mois : 48 fr. Edition de luxe... un an : 150 fr. II. Pays ayant décliné cet accord Un an : 105 fr. Six mois : 54 fr. Edition de luxe... un an : 160 fr. (Voir la liste de ces pays aux pages suivantes) LE SALON DES INDÉPENDANTS Le Salon des Indépendants est né libertaire. Ni jury, ni récompense. On y entre comme dans un moulin. C'est bien le cas de le dire puisqu'on y vit, vers 1910, la toile qu'un âne peignit avec sa queue, espieglerie du charmant Dorgelès, alors jeunet, et sur laquelle, tout à l'heure, on s'expliquera une fois pour toutes. Magnifiquement installé au Grand Palais dès après la guerre, comme si la chose eût été inscrite en l'ahurissant Traité de Versailles, le Salon des Indépendants fut longtemps un bohème aux allures de nomade. Les Vieux de la Vieille, les vétérans et aussi quelques cadets des vétérans ou vétérans des cadets — ô juniors ! — regretteront longtemps, toujours, les pittoresques galeries de toile, les émouvantes galeries foraines face aux palais bourgeois du Cours-la-Reine, voire ces baraquements embaumant le sapin frais édifiés une année sur le Champ-de-Mars, là où la Galerie des Machines avec son ascenseur étonnait les Parisiens de 1889. Le Salon des Indépendants est né du Salon des Refusés, héroïque manifestation d'un temps que les Manet étaient chassés devant Cabanel comme Cain de devant Jéhovah. Mais le Salon des Refusés, dès sa seconde année, aspirait à être reconnu d'utilité publique, sollicitant l'attention efficiente, la protection catégorique du directeur des Beaux-Arts, incarnation parfaite d'une administration impériale qui avait la peau trop dure pour capituler en rase campagne. La Société des Indépendants devait attendre plus de trente ans avant de rechercher la consécration très officielle, avant de brûler ses tentes à la façon des émirs vaincus, gêne Delacroix, pour s'installer au cœur des Palais nationaux. Sa réputation anarchique n'en a pas trop souffert. Il y a tout de même quelque chose de changé et, sans doute, faudrait-il faire appel à plusieurs sociétés de bigophonistes et pécheurs à la ligne pour obtenir assez de volontaires propres à composer ce «public du dimanche» qui allait, naguère, aux Indépendants afin d'y «bien rigoler». Le soin d'une telle conférence-promenade ne saurait être confié à aucun autre que M. Georges Courteline, cet admirable écrivain qui a emmené Bossuet au Chat-Noir, symboliquement, n'est-ce pas ? — et qui, tout de bon, s'est offert le luxe d'un «Musée des Horreurs» où figurèrent des Henri Rousseau (et vraisemblablement des Cézanne) aussi longtemps que ne naquit point l'occasion de les «refiler» avantageusement au fils La Brige devenu marchand de tableaux. L'amateur sensible, le critique au cœur pur pleureront de conserver ce public du dimanche, si candidement insolent, aussi fort qu'ils regrettent les campements du Cours-la-Reine. Oui, il y a quelque chose de changé aux Indépendants et ce n'est certes pas tout bénéfice. Le public n'ose plus se moquer. Le public le moins averti sait trop, par la simple lecture des quotidiens les plus résolument fermés aux choses de l'art, que cette peinture qui le fit rire si gras, ça s'offre dans des boutiques somptueuses autant qu'instituts de beauté, que ça se vend très cher et même, que ça entre au Louvre ! Les universités populaires Portrait de l'artiste Photo Librairie de France CÉZANNE — 161 —

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L'ART VIVANT HENRI-EDMOND CROSS Photo Librairie de France et l'Exposition des Arts Décoratifs ont fait le reste du miracle. Enfin les artistes indépendants se sont assagis. Entendons-nous bien. Les Impressionnistes n'y sont plus, c'est le passé ; les impressionnistes avec leurs choux bleus et leurs moutons violets. Les Fauves ne sont plus si fauves et les cubistes exposent ailleurs. Le Douanier Rousseau est mort, de plus en plus, malgré la peine touchante prise par certains critiques acharnés à découvrir un peintre-né chez les rémouleurs et les marchands de mouron. On ne refait pas non plus tous les jours le coup de Boronali. Roland Dorgelès, en ce temps-là, ne prévoyait pas l'horizon nord-est des croix de bois. Il confectionnait la Petite Semaine, journal humoristique, avec MM. Gabriel de Lautrec et Rodolphe Bringer. Ancien élève de l'Ecole des Arts Décoratifs, notre ami entretenait sur l'art naissant des idées assez semblables à celles qui furent chères au pauvre Willette, le plus rude ennemi de tout ce que nous avons aimé et défendu. Seulement, Dorgelès n'y mettait pas de méchanceté. Il en eût été incapable. Willette était plus roide en ses propos et il situait plus haut l'ère de la décadence. Pour l'Ami Pierrot, tous les malheurs dataient de la révélation du Pétomane. Un peuple qui a applaudi le Pétomane mérite Matisse, Apollinaire et doit en arriver au Cubisme. Il fallut la guerre pour rendre la confiance au vieil artiste. Au moins Willette précisait-il ses haines. Car enfin, cher Dorgelès, vous ne nous avez jamais appris contre qui fut monté le coup de Boronali. A qui prétendez-vous donner cette « bonne leçon » ? A Picasso ? A Derain ? A Braque ? A Van Dongen ? A Max Jacob exposant d'honnêtes marchandes d'œufs de Quimper ? Vous ne vous êtes jamais expliqué là-dessus devant vos compagnons du Lapin Agile. Bref, avec la queue de l'âne à Frédéric, le cabaretier-poète-guitariste du Lapin, antre enfumé mais illuminé d'une composition de Picasso (époque dite des Saltimbanques), Dorgelès peignit un Coucher de Soleil sur l'Adriatique. Aliboron donna, pour le catalogue, Boronali. La toile fut accrochée. Parbleu ! Point de jury pour porter le ridicule de cette admission. Vingt-cinq francs permirent à Dorgelès de se contenter. L'œuvre n'était que mauvaise, pauvre, gauche, une queue d'âne étant brosse de mauvaise qualité. Au surplus, la règle du jeu voulait que tout en fût tout à fait mauvais. Pour que c'eût été vraiment farce, il eût fallu que des critiques nigauds marchassent, emballés sur le Coucher de soleil de Boronali. Or ni Vauxcelles (Gil Blas), ni P. N. Roinard (Petite Gironde), ni Apollinaire (Intransigeant), ni Tabarant, ni Raynal, ni M. Adolphe Basler, ni M. Fritz Van der Pijk, ni moi-même, pour ne citer que l'extrême-gauche, ne remarquèrent cette merveille. La foule passa, indifférente. Dorgelès s'amusa tout seul avec de petits échos. Alors, les bigophonistes et les Artistes Français vinrent rire devant le Boronali. C'est à quoi se réduit la légende. Regrettons aussi Boronali. Il y a pire. Il y a le nombre. Il y a le peuple immense, d'année en année accru, des cotisants dont chacun figure moins un Indépendant, d'esprit et de tempérament, qu'un Refusé des Artistes Français. Il y a ces innombrables ignorants d'où jamais encore n'a surgi qu'un seul Rousseau. Or, le nombre fait la loi. La majorité des assemblées a tout mis en œuvre pour décourager les artistes de valeur dont beaucoup, le succès étant survenu, n'exposaient plus aux Indépendants que par fidélité à un beau principe et naturelle gentillesse d'esprit. Le classement par nationalités fut chose d'un boronalisme aigu, d'un subboronalisme navrant. Anerie épique qui eût renvoyé Picasso parmi les Espagnols et Van Dongen en Hollande s'ils s'étaient prêtés à ces réjouissances asines. C'était du plus absurde sentiment xénophobe, totalement sauvage, quand la constitution d'une Ecole de Paris, par l'apport de tant d'éléments étrangers soumis à la vraie tradition française retrouvée, offrait le bénéfice d'une si haute leçon. Comme ça ne suffisait pas à ruiner ce qui était noble et beau, on vota, par acclamations et avec cris d'animaux, le classement par ordre alphabétique. Ainsi c'en était fait de cet attentat à la démocratie : le jury intérieur en ce salon sans jury. Il est vrai, Les placeurs constituent un véritable jury et, s'ils sont des gens de goût, c'est le plus cruel des jurys. Chacun est admis, certes, mais comme chacun est bien proprement remis à sa place ! Attentat à la démocratie ? Quel malheur que Paul Signac n'ait pas crié à la meute : « Ce salon est libertaire et son Pré- VAN GOGH Photo Librairie de France ---

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sident, votre serviteur, demeure, malgré la gloire, les hon- neurs et l'argent, un bon vieil anarchiste ! » Son fidèle lieutenant, Maximilien Luce, eût approuvé. Hélas ! Chef des Indépendants jadis bellement sectaires à l'imitation des Indépendants du siècle d'Elisabeth, Paul Signac ne sut que se couvrir de son chapeau à la Cromwell, la séance tournant à l'orage. Paul Signac ne cesse de verser l'espoirance au cœur des critiques émus de voir, en 1926, les derniers comitards dignes de la glorieuse (quand même) société se retirer un à un, ou par troupes. Je crois qu'en lui-même il a laissé toute espérance. Remercions-le donc si, avec quelques obstinés, dont ce Maximilien Luce si digne de respect, il demeure, en face d'une telle médiocrité montante pour que nous reste quelque raison de visiter le Salon. Où sont-ils les beaux « salons carrés » de jadis installés au cœur du Salon ? Les faux Douaniers, les marchands de petits chats, les cuirassiers de Reischhoffen et les Trouilleberts bigophonistes en ont eu raison. Et pourtant, ce fut quelque chose. Hélas ! faut-il si loin se souvenir ! Je reprends une chronique fanée, 1910 ! Alors je pouvais écrire : « On a procédé au groupement des artistes de même tempérament avec beaucoup d'intelligence. » Bien des héros des grands jours n'étaient plus là, pourtant cette seule année nous proposait, je cite dans l'ordre de découverte : Van Dongen, Marie Laurencin, Braque, Metzinger, Derain, mais oui, Derain au Salon ! Henri Ghéon pas encore « Compagnon de Notre-Dame », Ribemont-Dessaignes en avance de dix ans sur tout ce qu'on put attribuer, la guerre passée, au fameux « mal du siècle » cultivé par les dadaïstes et leur suite ; Schuffenecker l'ami de Seurat, tout le groupe survivant de Pont-Aven autour de Maurice Denis ; Bonnard, Vuillard, Francis Jourdain qu'on baptisait chez Régis Gignoux le Saint François d'Assise du Paysage. J'en passe ! Et cette année, où je pouvais écrire : « Les Fauves ne sont pas loin, on les entend rugir dans la cage centrale ! », Henri Matisse triomphait. Un Adam et Eve de Friesz faisait face au Flûtiste du Douanier Rousseau. Cette année-là, M. Georges Courteline eut bien de l'agrément. En 1926, fera-t-on seulement sourire M. Clément Vautel ? Je le souhaite vivement, sans apercevoir, cher Paul Signac, le remède au mal dont les Indépendants sont si sûrement frappés. ROUSSEAU La gloire officielle est-elle pour les Indépendants — les vrais de vrai dirait M. Carco qui, chez eux, s'éprit de Modigliani révélé par eux — quelque chose comme de somptueuses obsèques ? Les beaux souvenirs, chez les anciens qui nous les livrent, datent des années de misère. Un de ces anciens avait noté, pour 1886 : « Nous n'étions qu'une poignée aux petites réunions du modeste café de la rue de Richelieu où, sans cesse, nous discutions le même problème : celui d'un meilleur abri. De salle en salle, on nous pourchassait. » Nabot gentilhomme et génial, Henri de Toulouse-Lautrec coiffé d'un gibus, l'aisselle enrichie d'un jonc aussi beau que celui que Jules Laforgue tenait de l'Impératrice Augusta, courait la ville à pied ou crevant les chevaux de fiacre, acharné à cette quête d'un local. En 1901, la Société obtenait les Serres de la Ville de Paris. Signe fatal ? Y pouvait-on songer quand la société comptait alors ces recrues : Matisse, Marquet et leur ami Manguin. On eût pu presque oser, au moins pour la lettre M le classement alphabétique, premier symptôme du mal dont les Indépendants doivent mourir, fatalement si... André SALMON. P. S. — Les invitations pour 1926 me parviennent. Attention : Trente ans d'Art indépendant (1884-1914). Le passé à la rescousse. Oui. Ce peut être salutaire. Soutenons tout ce qui peut être salutaire au malade. LAUTREC Photo Librairie de France — 163 — L'ART VIVANT

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L'ART VIVANT SEURAT Photo Librairie de France --- MEMBRES DU COMITÉ DE LA RÉTROSPECTIVE AU PREMIER RANG, ASSIS (DE GAUCHE À DROITE) : CHARLES RÉMOND, A. URBAIN, PAUL SIGNAC, L. SÉRUSIER, A. LÉVEILLÉ. AU DEUXIÈME RANG, DEBOUT: BOMPARD, DILIGENT, ANDRÉ LHOTE, LUC-ALBERT MOREAU, DUFAUT, JACQUEMOT, IGOUNET DE VILLERS, LADUREAU, PARENT, SCHREIBER, MARCHAND, MANGUIN, CAMOIN, ALBERT MARQUE, BARAT-LEVRAUX, LIGIER ---

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L'ART VIVANT LE DERNIER SALON DES INDEPENDANTS Au printemps de 1884, un groupe de jeunes peintres, qui gardaient le souvenir du traitement infligé à Edouard Manet, le père de la peinture moderne, las de voir les œuvres originales systématiquement refusées par les Jurys des Salons officiels régis par les pontifes de l'Ecole des Beaux-Arts, décidèrent la création du : GROUPE DES ARTISTES INDÉPENDANTS (*). Le 15 mai 1884, ce groupe conviait, dans les baraquements des Tuileries (dont les décombres apparaissent en core, ruines de la Commune), le public à son premier vernissage. Le 29 juin de la même année, ce groupe était transformé en Société des Artistes Indépendants. Elle avait pour objet l'organisation d'Expositions annuelles et périodiques des Beaux-Arts (Peinture, Sculpture, Architecture, Gravure, Dessins, Cartons, Aquarelles, Pastels, Miniatures, Vitraux, Emaux, Porcelaines et Faïences) ; basées sur la suppression des jurys d'admission. La devise de la Société des Indépendants est : NI JURY NI RÉCOMPENSE. *** Félix Fénéon, le délicat critique apologiste de Seurat, faisait un jour ce rapprochement et citait cette suite de noms, à laquelle il est inutile d'ajouter le moindre commentaire. Depuis trente ans «l'Académie des Beaux-Arts décennait le premier grand prix de Rome, peinture à MM. Pinta, Axilette, Lebayle, Danger, Thys, Laurent, Devambez, Levalley, Lavergne, Mitrecey, J.-A. Leroux, Déchenaux, Larée, Moulin, Gibert, Laparra, Roger, Sabatté, Jacquot-Defrance, Sieffert, Guérin, Monchablon, Roganeau, G.-P. Leroux, Billotey, Aubry, Lefeuvre, Bodard, Dupas, de Gastyn, Girardon. «La Société des Artistes Indépendants, a compté parmi ses exposants, et nous en oublions d'importants : A grand, Anquetin, Bonnard, Cézanne, Lucie Cousturier, Cross, Denis, Derain, Van Dongen, d'Espagnat, Flandrin, Forain, Van Gogh, Guillaumin, Henri Matisse, Laprade, Marie Laurencin, Luce, Manguin, Marque, Marquet, Marval, Metthey, Peské, Puy, Redon, K. X. Roussel, Van Rsselberghe, Segonzac, Seurat, Signac, Toulouse-Lautrec, Vallotton, Valtat, Vuillard, Lebasque, Vlaminck ». (*) Le siège de la société est : 18, rue Mazarine, Paris. Il ne manque dans cette liste que Renoir et Picasso, pour nous permettre de dire que les Indépendants comprennent les noms de tout ce qui compte et constitue l'histoire de la peinture moderne française. La rétrospective est un terrible réquisitoire contre l'art officiel qui n'a rien produit depuis un demi-siècle. Ingres est le dernier tenant d'un art académique qui s'est effondré sous les règnes de Gleizes, de Louis Boulanger, et ce n'est certes par L.-O. Merson (l'éminent dessinateur du billet de cent francs), qui e t fait remonter la valeur de la peinture de l'Ecole. Une jeune et sympathique revue entreprenait récemment une enquête : « Que deviennent les prix de Rome ». Rien n'est plus émouvant, concluant, que la réponse d'un peintre officiel, auteur de peinture du genre dit historique, du Chevalier aux fleurs, de G.-M. Rochegrosse. (1) *** « Nous en avions assez, me dit le Président, M. Paul Signac, d'être traités comme de mauvais écoliers, par des peintres qui se prétendaient maîtres, et dont nous méprisions les œuvres. Nous nous serions peut-être soumis au jugement d'un Manet, d'un Claude Monet, nous refusions de soumettre nos recherches à celui de Cormon et de Bonnat. « D'où vint l'idée du Salon libertaire ? Je l'ignore. Un matin, Paris tu fleuri d'affiches : Groupe des Artistes Indépendants. Odilon Redon, Seurat, Cross, Angrand et moi, y portâmes nos toiles. Elles furent accrochées n'importe où. Le groupe, transformé en Société, fit sous sa nouvelle dénomination, une exposition au Pavillon de la Ville de Paris dans les Champs-Elysées au bénéfice des victimes du choléra. « Songez qu'à cette époque nous n'avions ni revues pour nous défendre, ni marchands et galeries pour exposer nos toiles. « Le Salon des Indépendants, cette année, n'aura pas moins de deux mille exposants. Et c'est encore là qu'il faudra se rendre si on veut dénicher des talents inconnus. « Le placement par ordre alphabétique, qui créa chez nous quelques mécontents et même nous valut les démissions de jeunes membres du comité, dont le départ me touche profondément, est certes regrettable. Mais né démocratique, le Salon des Indépendants se doit de ne faire aucun classement, --- Photo Hodebert CÉZANNE

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L'ART VIVANT VLAMINCK Photo Art Vivant aucun choix, et c'est pourquoi nous ne pouvons admettre le classement par tendances (2). » Nous n'avons pas osé objecter au vieux Maître que l'organisation de salles sélectionnées, nous semble le meilleur moyen de plaider en faveur des œuvres les plus significatives de notre temps, et nous respectons ce parti-pris qui entraîna la démission des meilleurs jeunes talents, et menace la vie même de la Société. Avouons que, si les Indépendants succombaient des suites de cette saignée, au profit du Salon des Tuileries, bénéficiant de tout ce sang jeune, si nous voyons aujourd'hui le dernier Salon des Indépendants, il aura fini dans une apothéose. Si nous avons retardé la publication de cet article, si le jour du vernissage, nos amis n'ont pas trouvé à la porte du Grand Palais leur Art Vivant, c'est qu'un élément eût manqué à notre information. La foule, le grand public de 1926, est-il différent de celui que nous avons vu rire, il y a quinze ans devant les fauves et les cubistes? Un journaliste habile eût étudié une telle question. Mais il nous faut être véridique dans cette revue qui veut être l'organe officiel de l'art d'aujourd'hui, de l'art vivant. Devant les Cézanne, devant les Rousseau, les Van Gogh, nous avons retrouvé les mêmes «rigoleurs», ceux, (1)... Maintenant, avec tout ce qui bouillonne dans les jeunes cerveaux des artistes et les sollicitations que reçoit de tous côtés la jeunesse vers un «Art nouveau» je ne crois plus guère, hélas! à l'utilité de ce stage en face des œuvres des maîtres d'autrefois — ces œuvres, il faut bien se l'avouer, n'émeuvent plus les jeunes gens d'aujourd'hui — à part, toutefois, quelques «sporadiques» courageux, prêts à affronter toutes les railleries et tous les martyrs, et vers qui va ma profonde et fervente sympathie. Il n'y a pas à se le dissimuler, il se passe en ce moment quelque chose de profondément grave et émouvant. Il semble que, pour un nombre toujours grandissant de jeunes artistes, il se produit une sorte de déplacement... «cosmique» de l'idée de Beauté. Leurs préoccupations se meuvent dans un domaine psychologique tout autre que celle de tous leurs devanciers... Certaines des œuvres nouvelles parmi celles des futuristes, des cubistes, des synchronistes, etc..., témoignent même d'une entrée résolue dans un monde nouveau... au seuil, presque, de la quatrième dimension, pourrait-on dire... Ce mouvement, auquel les vieux comme moi assistent, éperdus d'horrreur et de tristesse, a une correspondance mystérieuse, dirait un occultiste, avec le pouvoir grandissant et haineux de notre «Frère ainé» le Métal... En outre, il s'apparente très certainement au grand, et universel et angoissant désir de changement qui oppresse l'humanité et qui grâce auxquels, la Lise de Renoir, les Baigneuses de Cézanne, les portraits de Van Gogh et ses jardins en feu, les plus beaux Lautrec, et les plus somptueux paysages de Rousseau, ont quitté la France pour l'Allemagne, la Russie, l'Amérique. Et de nos jours l'exode continue des Matisse, Derain, Vlaminck, Utrillo, vers des pays sans peintres de génie, mais où les amateurs font confiance à l'art de France, où les représentants des musées savent imposer dans les Galeries, les peintres de l'Ecole de Paris. Mais si le public fut nombreux, qui s'esclaffait devant les Cézanne «c'est ça qui vaut des centaines de mille francs» avouons que ce n'était pas seulement ces jeunes artistes, furieux, nerveux, les poings serrés dans les poches, qui souffraient devant les boutades de ce public «des vernissages et des premières». Il y a quelque chose de changé à la direction des Beaux-Arts. On réorganise le Luxembourg. Les usées de Lyon, de Grenoble, de Nantes, acquièrent d'excellentes œuvres modernes. Cela ne nous rendra certes pas les Manet, les Renoir et les Cézanne partis aux Amériques et au Japon. Entre Corot-Courbet et Matisse-Vlaminck, il y aura un trou que parviendront difficilement à combler les dons des collectionneurs. Soyons confiants. De cet art libéré, de ces Indépendants où succombèrent les faibles, dans ce creuset terrible où vinrent se fondre les tempéraments les plus surprenants; et les peintres des nationalités les plus diverses, est sorti le gemme éblouissant et pur de l'art contemporain. * Si les tendances multiples de l'Art contemporain nous apparaissent ici clairement, c'est que délaisant pour un temps l'ordre alphabétique, les organisateurs de la rétrospective ont accepté de voir créer plusieurs «Salons carrés». Le centre de l'Exposition est réservé à Cézanne, Van Gogh, Lautrec, Seurat, Rousseau. Pour tous autres, l'ordre chronologique fut respecté et la dernière salle, celle des jeunes exposants, n'est pas la moins intéressante. LA SALLE I, contient des œuvres de Henri Moret, Paul Madeleine et Braqueval, peintre décédé en 1919. Pourquoi ne s'est pas mieux classé ce délicieux talent? Nos ainés avaient sans doute des raisons que notre raison ne connaît point. Il est tout de fines nuances, et ses tableaux sont d'une ANGRAND Photo Art Vivant — 166 —

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L'ART VIVANT matière exceptionnellement riche et nacrée. Le Marché à Aix, le Concours hippique, avec ses beaux rouges sombres, sont des toiles d'un charme très prenant. Par contre, voici Alfred le Petit, devant lequel le plus aimable de nos confrères, celui qui ressemble à une belle photographie Nadar 1895, m'entraîne avec une familiarité qui m'honore. Il y a là un singe malade, qui est, paraît-il, beau comme un Chardin. Je le crois plutôt destiné aux boutiques de la rue Drouot qu'aux salons du Louvre. Du même, une vue sur la cour des ateliers, fait songer vaguement à Rousseau. Ce fut donc, un tempérament qui se cherchait. S'est-il trouvé? Nous ne pouvons le considérer qu'en peintre du dimanche, et certes ses toiles sont de celles qu'on marchanderait à la Foire aux Puces. SALLE 2, Petitjean, à la technique divisée et Lucien Ott, aux effets très décoratifs. LA SALLE 3, offre déjà plus d'intérêt. Près de Peské, Paviot, voici Albert André, survivant de l'impressionnisme. Diriks est chatoyant, comme «ils» disent, et d'Espagnat cotonneux. On peut assez judicieusement se rendre compte de la carrière de Maurice Denis par l'ensemble des toiles réunies par ce peintre. Par ses écrits, nous savons que son activité en tous sens, fut inépuisable. Il eut la chance de fréquenter les plus grands peintres du temps, il a connu leurs théories avant même qu'elles fussent concrétisées en œuvres. Il n'a cessé de confronter ses dons (qui sont des plus minces) avec ses doctrines. Sa remarquable intelligence s'en est-elle nourrie ? On n'ose conclure. Son petit paysage, reproduit dans ces pages de l'Art Vivant, nous montre toute la faiblesse de cet écrivain de talent dès qu'il prend le pinceau. Il admire Cézanne, mais l'introduisant dans une toile, il en fait une caricature, lui donne un masque de doux alcoolique. Maurice Denis n'est pas le seul qui soit un grand peintre dans certaines revues d'art et se révèle sans grand intérêt dans ses œuvres. Je suis assez inquiet de rencontrer près de lui Pierre Bonnard, sur lequel j'ai maintes fois écrit mon sentiment. Il est d'usage, dans une certaine Galerie d'Art lorsqu'on vend un Bonnard, de dire au client, (lorsqu'on est certain qu'il «marchera»): «C'est admirable, quoi qu'en dise Monsieur Fels». Non, ça n'est pas si beau que ça. Si nous parvenons à être convaincus que Vuillard, représenté ici par une petite figure de Lautrec, est un grand peintre, si chacune des toiles de cet artiste, trop parcimonieusement représenté dans les expositions, apporte une nouvelle consécration à son talent, Bonnard reste le petit intimiste de 1900,*au style Majorelle. Cette nonchalance de chaton, cette recherche des harmonies aisées dans les coloris RAOUL DUFEV DERAIN proposés*par la mode, ne permettent pas dire que Bonnard soit un grand peintre. Sa matière sans éclat prend à la longue une teinte grise uniforme. Les sujets n'ont rien qui nous puissent retenir. Abandonnons ces paysages de banlieue, où les femmes semblent toujours être en caraco, paysages de fumées et de papier gras. Paysagiste, de génie ? Non. Peintre de banlieue pour petits retraités des chemins de fer. Roussel. Séruzier. LA SALLE 4 contient au moins deux chefs-d'œuvre. Ils ne sont pas de Pissarro, le grand inquiet à l'œuvre magistrale, très mal représenté ici, avec des paysages sans accent et sans nuances, qu'on dirait choisis pour diminuer sa mémoire. Ils sont d'Angrand. Celui-là fut un grand artiste quand il peignit le Chemin de fer, et Les Choux. L'éclat de ces toiles, le sujet, l'anecdote traitée avec brio, la certitude du dessin, volontaire, poussé, exprimé par la couleur, nous font souhaiter que ces œuvres soient acquises par l'État, si leur possesseur accepte de s'en dessaisir. Schuffenacker, qui fut l'ami et la victime de Gauguin, semble timidement inspiré par Degas. Luce. Deltombe. Signac domine la salle, au moins par la surface couverte. Il fut l'écrivain qui transcrit la pensée de Seurat. Il est le président des Indépendants. Il restera à ces deux titres. Pourquoi le préférions-nous à tous autres divisionnistes ? Parmi eux, il fut sans doute l'un des plus fermes dans la théo- gronde plus ou moins ouvertement, mais de plus en plus puissamment dans toutes les classes et dans tous les pays du monde... «Le Fièvreux se retourne dans son lit...» Malgré tout le désir qu'on en aurait, peut-on croire que l'Ecole de Rome, malgré toutes ses belles et nobles traditions, aurait la puissance d'enrayer un mouvement aux sources si profondes? et si le torrent formidable se déclenche un jour, il est bien à craindre, hélas ! que les grêles et caduques barrières qu'on essayerait de lui opposer soient emportées comme des fétus de paille.... Alors?... alors, tant pis... ou tant mieux, ou tant pis... comme dit le grand Verlaine... Quant à la question pratique, à savoir si le Prix de Rome assure aux jeunes artistes qui l'ont obtenu une existence meilleure, je vous renvoie à un fait divers paru dans les journaux au printemps dernier : un ancien Prix de Rome trouvé mort de faim au coin d'une rue... Après enquête plus ample, il paraît que le pauvre malheureux n'était pas tout à fait mort... Mais le fait, n'en garde pas moins une valeur symbolique... » Extrait de A.B.C. Magazine d'art no 14 (2) La dernière assemblée générale de la Société des Artistes Indépendants fut marquée par un incident. A la suite d'un vote qui donnait la majorité aux partisans du placement par ordre alphabétique, les peintres Yves Alix, Bompard, Victor Dupont, Gromaire, Jacquemot, André Lhote, Ladureau, Jean Marchand, Luc-Albert Moreau, se retirèrent du Comité. ---