Extrait

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Géanne L'AMOVR DE L'ART MAI 1936 PRIX : 12 FRANCS RÉDACTION: 63, AV. DES CHAMPS-ÉLYSÉES, PARIS (8°). - ADMINISTRATION, PUBLICITÉ: ÉDITIONS A. SEDROWSKI, 33, RUE CLAUDE-TERRASSE, PARIS (16°)

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L'AMOVR DE L'ART REVUE MENSUELLE DIRECTEUR : RENÉ HUYGHE DIRECTEUR-ADJOINT : GERMAIN BAZIN DIX-SEPTIÈME ANNÉE MAI 1936 — N° V SOMMAIRE L'Exposition Cézanne au Musée de l'Orangerie - ICONOGRAPHIE DE CÉZANNE - VU PAR LUI-MÊME. - VU PAR LES AUTRES - VU PAR L'OBJECTIF. - CÉZANNE ET SON ŒUVRE - Documentation fournie par John Rewald. - SOURCES D'INSPIRATION DE CÉZANNE - René Huyghe, Conservateur-adjoint au Musée du Louvre. - John Rewald. CHRONIQUES - LES LIVRES : - Livres divers - R. H., R. et G. B. - LES EXPOSITIONS - L'Art aux Enchères - M. F. - G. B. et M. F. --- FRANCE : 95 FRANCS RÉDACTION : 63, AVENUE DES CHAMPS-ÉLYSÉES, PARIS (8ème). TÉLÉPHONE : ÉLYSÉES 66-67 Administration-Publicité: Editions A. SEDROWSKI, 33, rue Claude-Terrasse, Paris (16ème). Téléphone: Jasmin 02.78 --- POUR NOS ABONNÉS AUX EDITIONS A. SEDROWSKI En souscription : Un album de format in-4° raisin, présenté sous couverture rempliée, en deux couleurs, sous cristal, composé d'un frontispice et de douze planches de ROBERT WEST sur des contes d' EDGAR POE avec une préface de YVES-GÉRARD LE DANTEC Le tirage exécuté dans les Ateliers des Presses Modernes, pour le texte, et par les Etablissements Vigier et Brunissen pour les planches, est limité à: - 12 exemplaires sur Japon Impérial, numérotés en chiffres romains de I à XII à frs 120.— - 250 exemplaires sur velin crème, numérotés en chiffres arabes de 1 à 250 à frs 60.— - Les abonnés de « L'Amour de l'Art » bénéficieront d'une réduction de 15 p. c. sur ces prix de souscription. Ces prix sont ceux de souscription et, à la parution de l'ouvrage, seront portés respectivement à 140 francs (sur Japon) et 75 francs (sur velin). SPÉCIMEN SUR DEMANDE.

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CÉZANNE SOMMAIRE - ICONOGRAPHIE DE CÉZANNE - VU PAR LUI-MÊME. - VU PAR LES AUTRES - VU PAR L'OBJECTIF. - CÉZANNE ET SON ŒUVRE René Huyghe. Conservateur-adjoint au Musée du Louvre. - SOURCES D'INSPIRATION DE CÉZANNE John Rewald. Documentation fournie par John Rewald.

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I. — CÉZANNE VU PAR LUI-MÊME --- FIG. 2. — VERS 1865.Collection Josse Bernheim Jeune. --- FIG. 3. — EN 1876.Collection Josse Bernheim Jeune. --- FIG. 4. — VERS 1880.Londres. Tate Gallery. --- FIG. 5. — VERS 1898.Collection Pellerin. --- FIG. 6. — CÉZANNE AU CHEVALET, VERS 1880.Collection Paul Gézanne fils. --- FIG. 7.A LA CASQUETTE.Musée de Moscou. --- FIG. 8.AU BONNET DE LINGE.Musée de Munich. --- FIG. 9.AU CHAPEAU MELON.Ancienne Collection Hansen. --- FIG. 10.AU BÉRÊT BASQUE (1838).Ancienne Collection Fabbri. ---

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AUX EDITIONS A. SEDROWSKI — 33, RUE CLAUDE-TERRASSE PARIS - 16° — JASMIN 02-78 --- VIENT DE PARAITRE : CÉZANNE ET ZOLA par JOHN REWALD Docteur de l'Université de Paris Un ouvrage format in-8° raisin (165 x 250) de 200 pages avec 82 reproductions en hors-texte Un chapitre saississant de l'histoire de l'Impressionnisme, fondé sur des documents nouveaux. Lettres inédites d'Emile Zola, Paul Cézanne, Ed. Manet, Cl. Monet, C. Pissarro, Th. Duret, J.-K. Huysmans, etc. --- Prix de Vente : 25 frs

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II. — CÉZANNE VU PAR LES AUTRES LES PEINTRES FIG. 11. CÉZANNE PAR PISSARRO, DESSIN. (1874) Pissarro est le premier peintre impressionniste que connut Cézanne en arrivant à Paris; celui-ci le rencontra à l'Académie Suisse. Pissarro eut sur la carrière de Cézanne une influence décisive, en contribuant à le libérer de sa première manière, pendant les années 1872 à 1874, au cours desquelles les deux artistes, dont l'un résidait à Pontoise et l'autre, non loin de là, à Auvers, se rencontraient très fréquemment. FIG. 12. CEZANNE PAR PISSARRO, PEINTURE. (1874) FIG. 13. CÉZANNE PAR PISSARRO, EAU-FORTE. (1874) Maurice Denis a connu Cézanne à la fin de sa vie, en 1906, à Aix, où il alla le voir avec quelques artistes. En 1901, il avait composé un Hommage à Cézanne (aujourd'hui au Musée du Luxembourg), véritable manifeste qu'il exposa à la Société Nationale des Beaux-Arts et qui montre, réunis autour d'un chevalet portant la Nature Morte de Cézanne de la figure 53, Odilon Redon, Vuillard, Bonnard et d'autres artistes. FIG. 14. CÉZANNE PEIGNANT PAR MAURICE DENIS. (1901). Détail. Appartient à M. Maurice Denis. Emile Bernard fut un des premiers admirateurs de Cézanne, qui l'accepta dans son intimité. Il fut un peu pour Cézanne ce qu'Eckermann avait été pour Goethe et publia, en 1907, 1920, 1921, dans le Mercure de France, des entretiens avec Cézanne, ensuite réunis en un volume. Dès 1889, il lui avait consacré un fascicule des Hommes d'Aujourd'hui. Son intimité avec Cézanne était assez grande pour que, en 1904, au retour d'un voyage en Égypte, il ait passé tout un mois avec lui. Le portrait de Cézanne du Musée d'Aix fut fait par Bernard, un soir en rentrant de chez Cézanne, à qui Bernard n'avait jamais osé demander de poser. FIG. 15. CÉZANNE PAR EMILE BERNARD (Vers 1904) Musée d'Aix. FIG. 16. CÉZANNE PAR HERMANN-PAUL. (Vers 1904)

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CÉZANNE VU PAR LES AUTRES: LES SCULPTEURS III. — CÉZANNE FIG. 17. BUSTE PAR PHILIPPE SOLARI (1904). Collection Emile Solari. Le sculpteur Philippe Solari, né à Aix en 1840, fut un des amis de jeunesse de Cézanne et d'Emile Zola, dont il fit également le buste vers 1868. Il modela deux bustes de Cézanne, l'un d'après nature en 1904 (fig. 17), l'autre de mémoire après une conversation en 1905 (fig. 18). Cézanne était très lié avec Renoir, qu'il connut à Paris par l'intermédiaire d'un condisciple de l'Académie Suisse en 1866. En 1885, les deux familles Cézanne et Renoir passèrent même un mois ensemble à La Roche-Guyon. C'est Renoir qui présenta Cézanne au collectionneur Chocquet. Mme Vieil Noë (nom d'artiste de Mme Tessier) était la fille de la propriétaire du Château-Noir, qui louait une chambre à Cézanne dans ce domaine (voir fig. 76). Elle fit de Cézanne, qu'elle avait connu étant jeune, un buste posthume (fig. 19). Elle vient de mourir, il y a quelques semaines, au Château-Noir. FIG. 18. BUSTE PAR PHILIPPE SOLARI (1905) FIG. 19. BUSTE POSTHUME PAR Mme VIEIL-NOË (CHATEAU-NOR). FIG. 20. MÉDAILLON PAR RENOIR SUR UNE FONTAINE D'AIX (BRONZE). FIG. 21. Cézanne se rendant sur le motif en costume de travail, avec l'attirail de peintre, à Auvers, en 1873. FIG. 22. CÉZANNE DANS LES FOUGÈRES. (Fontainebleau. Vers 1895?) FIG. 23. Groupe à Auvers en 1873. A droite, Pissarro; assis, Cézanne. Les autres sont peut-être Guillaumin, Cordey et Vignon. ---

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CÉZANNE VU PAR L'OBJECTIF SUR LE MOTIF DÉCISION... JUGEMENT... AJOURNEMENT. FIG. 24 A 26. Cézanne peignant dans le Chemin des Lauves, à Aix. Photographies prises par Maurice Denis, en 1906. THÉORIES RÉFLEXION... ARGUMENTATION... CONCLUSION. FIG. 30 A 32. Conversations de Cézanne et de Gaston Bernheim de Villers. Photographies prises par M. Josse Bernheim, au Chemin des Lauves, à Aix, en 1904. --- Figure Captions: - FIG. 27. CÉZANNE PEIGNANT DANS SON ATELIER, PASSAGE DULAC, À PARIS, EN 1894. - FIG. 28. CÉZANNE EN 1872. - FIG. 29. CÉZANNE EN MACFARLANE, VERS 1905.

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CEZANNE A AIX FIG. 33. VUE PRISE DE LA FENÊTRE DE L'ATELIER DE CÉZANNE AU CHEMIN DES LAUVES. Sur la table, un des crânes qu'il peignit souvent. Dans le fond, la Cathédrale d'Aix. --- A Aix, Cézanne demeura d'abord dans la propriété de sa famille, au Jas de Bouffan (voir fig. 107). Lorsque celle-ci fut vendue, en 1899, après la mort de sa mère, il alla résider en ville, rue Boulegon (fig. 34) et, en 1902, se fit construire un atelier sur un terrain dominant le Chemin des Lauves, à la sortie d'Aix (fig. 35, l'atelier est la petite maison à jronton en haut de la photographie). La journée de travail de Cézanne était très méthodique. Levé à 5 heures, il se rendait à 6 heures à son atelier des Lauves (quelquefois après avoir assisté à la première messe) et il y travaillait jusqu'à 10 heures et demie. Il rentrait déjeuner rue Boulegon, mais parfois il collationnait frugalelement dans l'atelier même d'un morceau de fromage, d'un quignon de pain, de quelques noix, d'un verre de vin et d'une tasse de café. L'après-midi, il allait peindre dans un de ses sites favoris, au moyen d'un façade, tiré par deux vieux chevaux blancs, qu'il avait loué à l'année et où il entassait toiles et chevalet. Il travaillait sur le motif jusqu'à 5 heures, rentrait rue Boulegon et se couchait aussitôt après souper. Bien que marié, il vivait souvent seul à Aix, avec sa vieille gouvernante, Mme Brémont, tandis que sa femme et son fils restaient à Paris. --- FIG. 34. FAÇADE DE LA MAISON HABITÉE PAR CÉZANNE, RUE BOULEGON, À AIX. Il habitait le troisième étage, où se trouve l'atelier. C'est là qu'il est mort. Photo Réwald. --- FIG. 35. — ATELIER DE CÉZANNE DOMINANT LE CHEMIN DES LAUVES À AIX. Photo Réwald. ---

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CEZANNE ET SON OEUVRE I. — L'AGE DE LA VÉHÉMENCE (1839-1870) La verve des biographes et le grossissement des légendes ont créé l'image caricaturale d'un Cézanne solitaire, à la timidité morbide et aux colères bégayantes. Que Cézanne ait été un hypersensible, entier jusqu'à la violence dans ses convictions et maladroit en face de la vie, qu'il oubliait, absorbé par son art, nul n'en doute; mais ses lettres, ses vers de jeunes si aisés et enjoués, ses conversations révèlent une intelligence nourrie par de fortes humanités, la plus cultivée, la plus lucide, la plus ample, avec celle de Degas, de toute la génération impressionniste. Méfiant en face de soi et en face des autres, enfermé dans une solitude que permettait une large aisance due à la fortune de son père et que protégeait sa crainte de tout ce qui menaçait de lui « mettre le grappin dessus », il a édifié une œuvre qui a déterminé le destin de la peinture du XXème siècle. Elle reste l'étonnante entreprise d'édifier un art littéré de toute influence et de toute habitude et qui isole avec une rigoureuse pureté ces deux éléments éternels : la Nature et l'homme qui la regarde, pour créer entre eux le plus intègre des liens. Il n'en fut pas tout d'abord ainsi : à ses débuts, Cézanne n'apportait rien qu'une ardeur encore incertaine du but à s'assigner. Favorisée par une ambiance où l'intensité vibrante de l'inspiration romantique se dissipait pour céder la place à l'intensité physique de la technique naturaliste, elle devait placer Cézanne sous l'influence spirituelle de Delacroix, qui restera sa grande admiration, de Daumier, de Tintoret, comme sous l'influence matérielle de Courbet et de son métier. Rien ne laisse encore prévoir le Cézanne de demain, celui que nous retenons. Pourtant Cézanne est déjà là tout entier, moins la discipline. Il avoue sa sensualité violente, qu'il pousse dans certains sujets (Une Après-Midi à Naples, Le Viol, L'Orgie) jusqu'à l'érotisme de l'imagination; il avoue sa sensibilité tourmentée, dans ses tons contrastés et tragiques, noirs et blancs, dans sa pâte lourde, vêhément, dans son inspiration dramatique (L'Autopsie, Le Crime). Peut-être, d'ailleurs, ce tourment trouve-t-il sa source dans cette sensualité. Et cette véhémence s'exaspère encore par la contrainte d'un obstacle : l'inexpérience technique. Sensualité et tourment ne peuvent s'apaiser, parce qu'ils ne peuvent pleinement s'exprimer. Cézanne n'a reçu aucun enseignement; à Paris, l'Académie Suisse ne lui offrait qu'un modèle, sans corrections ni conseils; il ne fait partie d'aucun groupe et reste en marge des impressionnistes qu'il ne fréquente pas sans garder sa réserve. Il n'a aucun acquis technique, aucune expérience même; il lui faut tout inventer à chaque moment. Cela, c'est sa misère : privé de tout automatisme de l'œil ou de la main, il butte à chaque pas, perd « le fil » de son tableau, va parfois au hasard de peur de laisser s'éteindre l'inspiration. Sa violence est un peu celle du bègue furieux qui crée faute de s'exprimer aisément. Mais c'est aussi le gage de sa future grandeur. Il va pouvoir reconstruire la peinture à la base, car il sera maître d'éliminer cet acquis léger qu'il n'aurait voulu ni pu abandonner s'il l'avait trouvé solidement ancré en lui, avec toutes ses ressources et ses habitudes. Pour le moment, alors qu'éclate la guerre de 1870, cette ardeur de Cézanne se dévore et se consume en un art véhément qui se cherche dans le paroxysme des sujets aussi bien que dans celui de l'exécution. --- Fig. 36. CÉZANNE VERS 1860. PHOTOGRAPHIE. --- 1839 --- 19 janvier : Naissance de Paul Cézanne, à Aix-en-Provence, fils du chapelier Louis-Auguste Cézanne, devenu banquier en 1848, et de Anne Aubert. --- 1849-52 --- Après ses premières études à l'école primaire, il entre à l'Ecole Saint-Joseph. --- 1852-58 --- Elève du Collège Bourbon, il se lie avec son condisciple Emile Zola, dont il sera l'ami intime jusqu'à leur brouille en 1886. Fait d'excellentes humanités dont il gardera toujours le goût du grec et surtout du latin. Vers 1856, il commence à suivre les cours de Gibert à l'Ecole de Dessin d'Aix. En 1858, il obtient un second prix. --- 1859-61 --- L'année où son père achète le Jas de Bouffan, Paul, pour lui obéir, suit les cours de l'Ecole de Droit d'Aix. --- 1861 --- Après de longues luttes avec son père, qui voudrait faire de lui son successeur, il obtient de venir étudier la peinture à Paris, où il reste d'avril à septembre. --- 1862 --- Découragé, il accepte d'entrer comme employé dans la banque paternelle. Mais il revient à Paris en novembre. Il étudie le modèle à l'Académie Suisse, y rencontre Pissarro et Guillaumin, est présenté à Manet, connaît Bazille, Monet, Renoir et Sisley, mais, très sauvage, fréquente peu le Café Guerbois, centre de ralliement des impressionnistes. --- 1863 --- Ouverture du Salon des Refusés, où il peut voir les œuvres de tous les jeunes artistes en réaction contre l'académisme. Vers cette date, il échoue à l'entrée de l'Ecole des Beaux-Arts. --- 1864-70 --- Partage sa vie entre Paris et Aix, où il retourne quelques mois tous les ans. --- 1870 --- Pendant la guerre, évite le recrutement en se fixant dans une maison de sa mère à l'Estaque, près de Marseille. ---