Extrait
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
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L'Art Roman Français
A u grand temps des xi° et xii° siècles toute basilique romane semble être un fruit issu des ossatures de la ornement, s'y trace comme axé par des rencontres de courbes et de droites — dans cet ordre ou tout s'enchaîne, éternisé, l'être y épouse l'âme qui sourd, de la montagne natale par ses pierres constructives.
terre : il est le fruit, logiquement voûté selon l'orbe du globe entier, tout y concourt à l'esprit de rocher, à sa calme et rude saveur.
Dans notre Art antique Roman tout, de ses épures, de son appareillage et des L'Art Roman est l'art organique, logique, il est le temple généré conçu en traits universels.
C'est dans ce berceau d'absolu que se berça notre génie français.
Dans toute construction Romane, le
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sculpteur qui y loge une figure humaine, une image d'être vivant, haletant, agissant, doit lui donner avant toute autre activité le sens d'une masse de pilier.
J'étais encore un enfant, que, initié par mon père, j'étais déjà architecte de meubles, recomposant avec son aide des vieux bois anciens détruits.
et se proportionnait aux murs de planches du meuble tout entier.
Voilà la grande loi de l'art roman, aussi du haut Gothique et ce sera toujours le sens de l'art monumental. Le berger de pensée, ou maître-ouvrier s'afflige quand il voit, les apprentis (moutons) quittant le sentier de beauté, s'égarer aux routes stériles.
CATHÉDRALE DU MANS. TYMPAN DU PORTAIL MÉRIDIONAL
Bâtissant et sculptant l'ensemble, je taillais les masses de bois sans aucun croquis préalable : c'était en moi le sens roman-gothique (ornemental) qui naissait.
Chaque morceau sculpté ainsi pouvait fort bien être privé d'attrait si on le détachait de l'architecture du bois, car il était conçu pour les masses de la charpente
Surtout quand l'un des agneaux se cabrant, debout sur ses frêles sabots, prend le grand manteau du Berger qui ne peut pas tenir sur ses maigres épaules et qui s'efforçant de singer l'attitude du maître d'œuvres et ses sûres indications, entraîne hélas avec lui dans l'abîme toute une part de l'aveugle et pauvre troupeau des suiveurs.
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L'AMOUR DE L'ART
II MOISSAC
Le Tympan
Cette œuvre concentre toute la sagesse ardente.
Là les repos et les activités s'y partagent l'éclat de l'ombre et des clartés.
Cela n'est plus de la sculpture seule : c'est à la fois de l'ornementation et de la grande statuaire unie à de l'architecture.
Ce n'est seulement pas le métier du ravaleur et du tailleur de pierres : c'est bien tout l'Art du constructeur d'esprit.
Détachez un morceau, du mur, il vous embeaumera de son parfum de pierre où s'est formé un cœur d'humanité.
Remettez-le au mur, aussitôt il lui parlera en verbe de rocher des traits humains grandis aux lois d'espèce et dont le trouble décuplé par l'innocence de la roche tend un hymne double vers Dieu.
Vers Dieu que l'on désigne ainsi des noms, du bien, du vrai, du beau.
Les hommes qui ont fait cela semblent avoir été aidés des Anges, de ces Anges que j'appelle pensées de Dieu parvenant jusqu'aux hommes.
Le même grand ouvrier a fondé, bâti, sculpté et peint le chef-d'œuvre roman — sans ces trois arts on n'est qu'un tiers d'artiste.
De ces fruits des roches terrestres il s'en tient sur notre sol de France pour en grandir sa destinée.
Il est le pain à levain de calcul dont se nourrit l'initié.
EMILE-ANTOINE BOURDELLE.
MOISSAC. — LE TYMPAN
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Les Bijoux dans l'Egypte Antique
Dans l'immense nécropole de Memphis, M. de Morgan a eu la bonne fortune de retrouver d'admirables collections de bijoux, parmi lesquels ceux des princesses Ita et Knoumit, de la xii^e dynastie, dont les familles régnaient en Egypte il y a environ 4500 ans!
Les photographies en couleurs naturelles que j'ai prises de ces bijoux au Musée du Caire, sont très fidèlement reproduites ici. Les pectoraux, pièces d'or massif, découpées à jour, incrustées de cornaline, d'émeraude d'Egypte et de lapis lazuli, sont peut-être des bijoux funéraires, spécialement faits pour parer les princesses dans leur sépulture, aussi luxueusement qu'elles l'avaient été sur la terre.
Ils sont emblématiques, l'un d'eux surtout, bijou historique, qui semble vouloir perpétuer le souvenir d'expéditions victorieuses faites par les Pharaons aux frontières de leur empire,
et où ceux-ci, proches parents des princesses, sont représentés sous la forme de deux griffons, de deux lions à têtes d'éperviers terrassant un nègre et un asiatique; le cartouche du Pharaon Ouertcean III est au centre de cette double scène, sur laquelle un vautour étend ses ailes (4).
L'autre pectoral, du même style est fait des mêmes matières, porte le protocole royal d'Ouertcean III (1).
Le revers de ces admirables bijoux est plan. Dans l'or poli est ciselée la réplique des motifs ornementaux ou symboliques qui ornent la face.
Quant aux fermoirs de colliers à têtes d'éperviers ou à celui qui, composé de fleurs de lotus retombant épanouies, dont les tiges se lient par un nœud de tisserand, aux menus joyaux et au beau scarabée, formant chaton de bague, tous de même facture, ils nous donnent une haute idée de la perfection des bijoux de l'époque et surtout de l'habileté professionnelle de
FIG. 1. — BIJOUX DIVERS EN CLOISONNÉS D'OR, LAPIS-LAZULI, ÉMERAUDES D'ÉGYPTE ET CORNALINE
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ceux qui les exécutèrent. Elle était d'autant plus grande que leur outillage était très ru-
dimentaire et que leur dextérité et leur ingéniosité seules leur ont permis de réaliser de véritables merveilles, que ne désavoueraient pas nos orfèvres les plus réputés (3-5-6).
Tels ces deux poignards, dans nous donnons ici les images fidèles ; l'un d'eux a appartenu à la princesse Ita. La poignée de cette arme, ou plutôt de ce bijou est d'or et composée de trois parties :
1° Le Pommeau fait d'un seul morceau de lapis lazuli en forme de croissant ; il est soutenu par une partie courbe d'or massif.
2° Le Manche proprement dit, orné de 36 rosaces disposées en files régulières. Au centre de chacune se détache une petite fleur crucifère. Cercle et fleur sont soudés sur le cylindre d'or, creux et aplati transversalement, servant de base à ce travail.
3° La Garde, d'or, large de quatre centimètres et demi ; la lame est de bronze et le temps lui a donné une belle patine verte (7).
L'autre poignard, est, lui, à lame d'or sur laquelle court une magnifique niellure. Dans l'étude qu'en a fait M. Berthelot il a constaté que les cloisons d'or, dont la tranche dessine le décor, n'ont pas été soudées sur le fond, mais enfoncées à chaud dans le nielle encore pâteux.
Il a appartenu à la Princesse Aab-Hotpou et il a fait l'ornement d'une des plus belles vitrines du Musée du Caire (8).
Ces deux poignards doivent être considérés comme des objets d'apparat plutôt que comme des armes.
A signaler aussi la perfection et l'originalité de cette coquille bivalve (reproduite également ici avec ses couleurs naturelles). Elle est ornée de pierres multicolores sur sa partie convexe (2). Le dessin représente une fleur de lotus soutenant un objet (?) rouge d'où s'échappent des herbes. Nous ne nous figurons pas la destination exacte de ce bijou, à défaut d'autres pièces, plus périsposables et disparues, auxquelles il devait se rattacher. Quantité d'accessoires des bijoux antiques n'ont pas pu résister, en effet à la lente désagrégation pendant des milliers d'années, les plumes d'oiseaux entre autres. Seuls les tubes d'or qui les soutenaient dans les diadèmes ou sur les coiffures ont subsité, mais sans qu'on puisse déterminer exactement la place de ces ornements légers, plumets, aigrettes, etc., dans les parures.
Quant à leur forme et à leur composition, nous ne pouvons que l'imaginer incomplètement d'après les dessins ou les peintures de l'époque et aussi par les survivances qui,
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aux Indes et en Chine surtout, se sont perpétuées et nous révèlent quel parti on a su tirer, en Orient et en Extrême-Orient, des plumes des oiseaux, dont quelques-unes, exceptionnellement rares et recherchées, atteignent encore aujourd'hui des prix fabuleux dans le Céleste Empire.
Avec les perles de verre de couleur ou de pierres dures, les perlettes rondes, ou en forme d'olives, ou oblongues, ou tubulaires, d'or et d'argent, quelle variété de matériaux pour la confection des colliers, bracelets, boucles d'oreilles et pendentifs de toutes sortes ! Jusqu'aux graines, quelquefois odorantes, à l'ambre, au corail, aux coquillages, dents de squale, griffes de félins, tout fut utilisé avec art dans la parure féminine.
Puis vinrent d'autre progrès, le "granulé", entre autres, « un art nouveau, nous dit M. Vernier, dans son bel ouvrage sur "La bijouterie antique en Egypte ", qui consistait à décrire des lignes, des méandres et des figures géométriques infiniment variés sur la surface, plane ou convexe, des métaux précieux, non plus en profilant, à l'aide du burin, du poinçon ou du ciselet, mais en alignant des granules d'or presque imperceptibles, qui étaient ensuite fondues et fixées sur le fond, avec une précision et une netteté vraiment admirables » (fig. 2).
Entre le VIIe et le Ve siècle avant notre ère, les orfèvres phéniciens, aiguillonnés par la concurrence des Grecs et de Etrusques, ses surpassèrent et produisirent de merveilleux travaux. L'Egypte ne resta pas étrangère à tous ces raffinements du luxe et l'art de fabriquer les chaînes, les filigranes, tout se perfectionna de siècle en siècle jusqu'aujourd'hui où, sous les Ptolémée, on put ajouter, aux matériaux de jadis, les perles fines et les pierres précieuses de l'Extrême-Orient pour faire à Cléopâtre ses merveilleuses parures.
GERVAIS COURTELLEMONT.
FIG. 4. — BRACELETS ET COLLIERS DE PERLES D'OR, D'AMÉTHYSTÈ, DE TURQUOISES ET D'ÉMERAUDES D'ÉGYPTE (Musée du Caire)
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Albert Marque
BAS-RELIEF
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R IEN ne me semble plus malaisé que de parler de la sculpture. Or, il faut bien constater qu'il n'y a pas, dans les arts comme dans les métiers, un être qui bavarde plus volontiers à propos de son œuvre que le sculpteur. Il lui apparaît toujours qu'elle a besoin d'être expliquée — et il l'explique : il faut qu'il nous montre par quels états est passé son morceau, quelle pensée a présidé à sa conception, quelles difficultés il a dû vaincre ; il nous dit, surtout, ce qu'il a voulu faire, oubliant qu'il ne sera pas éternellement là pour lever le voile qui recouvre son enfant.
Il appelle cela dégager l'idée. Malheureusement, cette idée il la dégage, lui, sculpteur, avec le sarcloir des mots, qui n'est pas précisément le propre instrument réservé à sa profession.
Et nous le quittons stupéfait qu'il soit besoin de tant de discours pour nous révéler ce que la matière devait seule nous dire.
On ne peut pas faire grief aux sculpteurs de tant parler de leur art; après tout, ils sont fondés à le faire avec abondance — avec intelligence, aussi, car c'est, de tous les arts, le plus armé contre la critique de l'amateur, et le plus muet aux questions du public.
Pourquoi, choisis entre les plus indiscutables chefs-d'œuvre, tel torse grec du musée de Tarente ou de Narbonne, ou le Mercure assis du musée de Naples, ou le ventre de la Vénus de Milo, ou certain masque d'Apolon du Louvre, ou le corps adorable de l'Eros de bronze de Madhia, va-t-il directement remuer le fond le plus secret de notre émotion, tandis que l'Hercule
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MASQUE DE DAUMIER
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Farnèse nous domine sans nous émouvoir ?
Dans une œuvre littéraire, il y a la composition qui nous renseigne, il y a la phrase qui chante, juste ou faux, fortement ou faiblement. Devant un tableau, aussi, il nous est loisible de faire la chimie de nos sentiments. Au pied d'un temple antique, devant un palais de Gabriel, devant une maison, devant une colonnade, nous pouvons trouver certaines règles de cette grammaire du bonheur dans le goût et dans les proportions...
Mais devant deux torsos de femme qui sont, vraiment, deux torsos équivalents en talent et en facture, comment expliquerons-nous que l'un nous intéresse et l'autre nous bouleverse ? Les modèles avaient la même séduction plastique, la nature a été respectée avec le même souci — et voilà qu'un torse a de la pensée tandis que l'autre en est privé, que l'un a de la vie et que l'autre n'en a pas?... Mystère de cette magie de l'art : l'une des œuvres est fervente, l'autre ne possède qu'une foi glacée ! Pourquoi?... L'une est d'un artiste, l'autre d'un homme adroit?... C'est une conclusion : ce n'est pas une explication.
Alors, on peut bien laisser les sculpteurs parler : ils définiront peut-être l'indéfinissable dans leur œuvre, ils ne le définiront pas dans celle des autres — et Rodin ne sera pas grand parce qu'il aura beaucoup parlé, ou parce qu'on l'aura fait parler beaucoup, de son art ou de lui.
J'en ai connu qui ne faisaient point de discours — c'étaient des travailleurs obstinés. J'ai connu ce moqueur terrible, à l'esprit endiablé, au cœur si bon, qu'était Frémiet. De temps à autre il lançait un mot, une remarque cinglante : aussitôt, un brave sourire plissait sa bouche et adoucissait l'éclair de ses yeux dans sa face de vieux singe perverti d'intelligence. Et il se remettait à son œuvre, ne disant jamais rien d'elle.
J'en connais d'autres qui perpétuent l'espèce de ces silencieux : je n'en connais pas de plus silencieux qu'Albert Marque — ni de plus inquiet, ni de plus tenace.
Etant statuaire, né statuaire, il serait incapable de tenir honorablement une chaire de sculpture. Il ne saurait point enseigner : c'est qu'il n'a rien appris par l'oreille ou par la lecture. Tout ce qu'il sait, il le tient de la vie ; quand on est près de lui, il apparaît qu'il croit ne rien savoir encore d'elle, et qu'il va en refaire l'apprentissage. Il tâtonne, il fait une esquisse, une autre, les détruit toutes les deux; recommence ainsi dix fois, vingt fois, jusqu'à ce que, malgré lui, semble-t-il, il prenne un parti.
Alors, le voilà dans son œuvre !
LE BUSTE DE KETTE
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La figure monte, se tend vers cette vie qu'il faut atteindre et qui est, si souvent et pour tant de nous, un mirage.
Voilà, enfin, que l'artiste touche au but de sa course...
C'est fini !
C'est fini, et pourtant un souci demeure gravé sur le visage d'Albert Marque.
Il pèse longuement des yeux ce qu'il a fait, mouille sa toile, recouvre sa terre, et s'en va. Le lendemain, ramené d'instant devant sa selle, il revient sur une partie de ce qu'il avait bâti la veille avec tant de passion, et s'en prend à un profil. Mais ce profil en commande deux autres, qui, eux-mêmes...
L'inquiétude et la conscience de l'artiste sont déchaînées ! De modifications en corrections, l'œuvre se transforme, opère une marche régressive (c'est ce que Marque appelle "foutre tout par terre"); ensuite, ce jour-là ou plus tard, elle recommence son ascension. Elle avance lentement se gardant du dangereux enthousiasme — qu'elle réserve, cette fois, pour la fin. Le compas n'opère jamais ; l'œil seul de l'artiste se charge de la triangulation.
Et l'œuvre repasse par des états anciens où les évite; elle prend ses volumes; elle joue dans les profils, elle les atteint!
Elle est achevée?... Peut-être! Son maître en décidera plus tard — et rien ne pourra faire que son jugement sur elle s'adoucisse, ni la peine qu'il s'est donnée, ni le temps qu'il a dépensé, ni les difficultés de l'existence qui ne désarment jamais, ni cet appétit du gain à qui l'on doit les bons commerçants et les mauvais artisans, le progrès des nations et la déchéance des artistes.
Flaubert disait de la patience : "Je ne crois pas que ce soit le génie, mais c'en est le signe quelquefois, et ça en tient lieu. Ce vieux crouton de Boileau vivra autant que qui que ce soit, parce qu'il a su faire ce qu'il a fait".
Bien faire ce qu'on fait, c'est pousser très loin de la séduction initiale; il y faut de la patience. Or, la patience, c'est le contrôle des dons. Mais contrôler ses dons, quelle aventure pleine de risques! Se dire devant un morceau charmant: " cela devrait être fort !" et se remettre à la tâche pour que cela devienne fort! Y en a-t-il tant qui s'y résolvent?
C'est un enseignement plus vieux que la plus ancienne œuvre d'art, et point n'est besoin de fréquenter les écoles pour s'en pénétrer.
Marque n'a fréquenté aucune école, et il ne peut se recommander d'aucun maître; ce
NAYADE
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dogme est pourtant le sien. Jusque dans la fièvre de la tâche, sa conscience le lui rappelle ; et, à voir son œuvre, qui s'étend déjà sur près d'un quart de siècle, on découvre que sa conscience ne lui a pas tenu souvent un autre langage.
Dès l'année 1900, le garçon qui faisait hardiment des heures chez un modelleur, se plie à cette discipline. Pourtant, quels dons il avait qui l'orientaient vers les tentations du "facile à faire" ! On connaît de lui un petit buste de fillette, qui porte le titre de Charlotte riant, qui date de ses dix-sept ans, et dont l'original appartient, je crois, à Maurice Denis : c'est le meilleur témoin de ce que le jeune Marque pouvait tenter alors. Il y a là une telle aisance dans la recherche de la réalité fugitive du sourire, qu'il était impossible de se méprendre sur la vocation de l'auteur. Il fallait que ce petit devint un statuaire. Il le devint, mais ce fut lui-même qui s'imposa d'être son propre maître : entre deux séances sur les échafaudages, il court les musées, modèle et travaille pour lui, consulte, sur les gravures, les grandes références de la statuaire : aucune peine ne lui coûte. Il loue un atelier rue Dutot ; ses modèles sont indifféremment des hommes, des femmes ou des enfants — toutefois, sa préférence est marquée pour ceux-ci. Hardiment, il va dans l'art au plus difficile.
En 1901 et en 1902, on trouve de lui à la Nationale un nu de femme et un buste de fillette. En 1903, le voici aux Indépendants avec le groupe d'enfants qui couronnera sa fontaine. Ensuite, c'est la fondation du Salon d'Automne à laquelle il participe : il exposera, ici et là, le meilleur de ce qu'il a produit dans son labeur inlassable de vingt années.
Il faudrait une longue étude pour parler d'une œuvre si considérable ; du moins, nous voyons déjà les morceaux qui la dominent : l'admirable nu de la belle aveugle (Femmes se coiffant - 1908), le grand visage si puissant et si malicieux de Daumier, ainsi que le buste de fillette que possède M. J. Doucet; le buste du petit Quénioux, le buste de Jacqueline Richet, et ce chef-d'œuvre alerte, gracieux et sûr, qu'est le buste de Kette. Et la ronde. et la fontaine des enfants, et la maternité assise...
Baignant ce peuple de petits et de grands, il y a la vérité de la vie, avec la fraîcheur, la grâce et la force — les trois fées qu'il faut au chevet d'un artiste pour traiter de l'enfant, de la femme et de l'homme.
On songe à Carpeaux, ont écrit des critiques en parlant du buste d'homme que Marque exposait à l'avant-dernier Salon d'Automne. Ce serait une injustice de n'en pas convenir, mais en considérant ce qu'Albert Marque nous a donné jusqu'ici, on songe aussi à Houdon, et à Jean Goujon. Une œuvre s'ennoblit en évoquant de telles figures.
GASTON CHÉRAU.
NONO
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Louise Hervieu
Louise Hervieu est une belle artiste. La première fois que je la vis elle me surprit. Elle est longue, mince, son visage maigre accuse le sourire nerveux qui la caractérise. Elle n'a aucun souci d'élégance, parle le langage libre et familier des peintres, avec vivacité. Je connaissais certains traits particuliers de sa vie dure, elle traversa de longues périodes hostiles ou rien de ce qui rend le goût de l'existence amer ne lui fut épargné, elle eut à lutter contre la maladie qui la ployait dans la douleur. Mais elle ne rappelle jamais ces souvenirs, elle les écarte d'un air mutin, les méprise avec cette jolie vaillance des femmes qui acceptent toutes les épreuves avec grâce lorsqu'un feu intérieur les rend bien vivantes. Et Louise Hervieu est la proie d'une passion, ardente, exigeante, opiniâtre. Elle chérit le dessin. Oh, quand on a causé une heure avec elle on a compris, si l'on peut, qu'il n'y a pas de plus grande joie sur terre que de dessiner.
Et les feuilles de papier l'entourent, s'accumulent gonflent les cartons. Elle travaille, regarde, crée, aime puisqu'elle dessine.
Elle emploie surtout le fusain et ce moyen abandonné aux débutants et réservé surtout aux premières esquisses prend sous ses doigts une vigueur profonde, saccadée ou légère suivant son caprice qui lui donne une facture très personnelle.
Il y a sur la couverture de son petit livre "Entretiens sur le dessin avec Geneviève" trois bourdons qui entourent une rose que je devine d'un rose éclatant. Les bestioles sont analysées avec une prestesse surprenante. Leurs ailes vitreuses striées de nervures légèrement effacées, leurs gros yeux ovales aux luisants doux, les têtes portées au bout d'un fil, détachées du corps, d'un beau noir d'eau-forte, les bandes d'or des abdomens qui paraissent palpiter, les pattes crochues sont détaillées à petits traits, tout est noté, inscrit avec une intelligence précise, rapide, spirituelle.
J'ai choisi ce petit exemple parce qu'on retrouve dans toute l'œuvre de l'artiste à côté de vues larges ce caractère savoureux du croquis bien descriptif qui accroche, amuse et retient l'intérêt.
Je m'arrêterai encore un instant sur ce léger ouvrage, à l'album didactique. Sûrement on n'y trouvera pas étalés avec orgueil de grands principes qui permettent d'entreprendre les tableaux dits de style et donnent des recettes. Non, on est plutôt en présence d'un charmant poème intime. Bien que les
ILLUSTRATION POUR LES "FLEURS DU MAL"