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3e Année. — Numéro 18 1er Novembre 1925 BEAUX-ARTS REVUE D'INFORMATION • ARTISTIQUE • ANDRÉ MICHEL André Michel, notre maître et notre ami, est mort. La Gazette des Beaux-Arts, à la rédaction de laquelle il appartenait depuis plus de quarante ans et dont le comité de patronage s'honorait de son nom et de son autorité, lui rendra à loisir l'hommage qui lui est dû. Mais nous devons dire tout de suite ici, avec notre émotion douloureuse, la place qu'il avait tenue et tenait encore parmi nous, bien qu'un mal implacable l'eût isolé progressivement depuis bientôt deux ans; cette place était considérable et de premier ordre, aussi bien dans la presse où il avait débuté très jeune, dans les Musées auxquels il avait consacré trente ans de sa vie, dans l'enseignement public et privé où son ardeur communicative se dépensait sans compter, dans la science historique française qu'il a enrichie d'un monument considérable, au Collège de France et à l'Institut où il était entré au soir de sa vie, dans le cœur de ses proches et de ses amis enfin qui avaient éprouvé plus que les autres son ardeur généreuse, la haute droiture de son caractère, et la chaleur réconfortante de ses affections passionnées. Il était né à Montpellier, le 7 novembre 1853, et y avait fait ses études de lettres et de droit, jusqu'à la licence. A Paris ensuite, il avait suivi les cours de l'Ecole des Hautes Etudes, ceux notamment de Giry et de Gabriel Monod. Il songeait à une thèse de doctorat; mais, orienté dès lors vers l'histoire de l'art français, il s'était proposé de faire une étude sur Poussin et la Sorbonne, peu accueillante encore à nos études, rejeta la proposition. Cependant l'art vivant l'attirait aussi et il commença bientôt à donner des articles de critique d'art à divers journaux, notamment à une publication éphémère dont il parlait toujours avec émotion et qui s'appelait le Parlement. Il devait entrer en 1886 au Journal des Débats et y continuer jusqu'à la fin de sa vie une collaboration dont on sait l'abondance et l'éclat. Emite Boutmy l'avait chargé de le suppléer dans sa chaire d'Histoire de l'art de l'Ecole spéciale d'architecture. De nombreux cours et conférences privées exerçaient dès lors sa parole chaude et entraînante. Mais il semblait aussi peu destiné que possible à l'administration, lorsque Courajod, par sympathie d'idées et de tempérament, le désigna et l'imposa, en 1893, comme conservateur adjoint du département de la Sculpture du moyen âge, de la Renaissance et des temps modernes dont il venait de prendre la direction, autonome pour la première fois. Trois ans après, Courajod était enlevé prématurément et André Michel lui succédait dans le département et dans la chaire de l'Ecole du Louvre. On sait l'activité qu'il y déploya à la suite de son maître, l'accroissement méthodique des collections et cette série de cours sur la sculpture moderne établis par un labeur acharné et illuminés, à travers l'analyse patiente, de ces lueurs vivantes qu'il savait projeter sur l'œuvre d'art quelle qu'elle fût, humble chapiteau roman ou chef-d'œuvre classique. En vingt-cinq années consécutives, à peine interrompues au début de la guerre, il était arrivé jusque vers la fin du règne de Louis XIV. Quelle magnifique histoire de la sculpture française il eût pu écrire! Il l'avait promise, comme il avait projeté son Poussin, comme il avait rêvé un Houdon. Il n'a laissé, hélas! à part quelques solides morceaux établis, notamment dans ses articles des Monuments Piot, que des matériaux à pied d'œuvre. Toutefois, la substance de son enseignement a passé dans les chapitres qu'il s'était réservés de sa grande Histoire de l'Art qui commença de paraître en 1905. Il avait déjà, en effet, parmi les autres travaux qui affirmèrent sa manière large et compréhensive, écrit pour l'Histoire de France de Lavisse et Rambaud des chapitres excellents sur l'histoire de l'art depuis le xvie siècle, à la suite desquels la librairie Armand Colin lui confia le soin d'établir, avec les collaborations nécessaires, une monumentale His-

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BEAUX-ARTS toire de l'Art, en seize volumes, dont il fut l'âme dirigeante. Le 15e et le 16e volumes consacrés au xixe siècle, pour lesquels il eut voulu résumer sa vision d'une époque complexe entre toutes et qu'il connaissait mieux que quiconque, vont paraître seulement après sa mort et sans qu'il ait presque pu y collaborer. Mais l'ouvrage d'ensemble, qui fait tant d'honneur à la science et à l'édition françaises, porte et portera légitimement pour l'avenir le nom d'André Michel. On sait combien la période terrible de 1914 à 1918 lui fut dure par les deuils accumulés autour de lui, par la mort de son fils Robert en particulier, par l'ardente sympathie qu'il éprouvait pour toutes les blessures cruelles qu'il sentait autour de lui. Il continua sa tâche, se dépensa malgré tout, pour « servir », en voyages et conférences multiples, en France et à l'étranger. Mais il nous disait dès lors sa lassitude extrême, son cœur surmené, ses nerfs usés. Il quittait le Louvre en 1921 pour se consacrer à l'Histoire de l'Art et à l'enseignement du Collège de France. Mais là il ne put donner toute sa mesure. Il dut renoncer au professorat en 1923. Presque jusque au bout, cependant, il a voulu suivre la publication de l'Histoire de l'Art, dont toutes les épreuves lui passaient par les mains. Progressivement, le reste s'effaçait; il promettait aux Débats des articles qu'il rêvait d'écrire et qui n'arrivaient jamais. Il n'était pas revenu au Louvre depuis près d'un an. Son grand cœur angoissé et tourmenté a cessé de battre le 12 octobre, onze ans presque jour pour jour après le grand coup qui l'avait terrassé en 1914, à la mort de Robert! Paul Vitry. --- NOUVELLES - Nominations. — Par décret en date du 6 septembre, M. Thureau-Dangin, membre de l'Institut, est nommé conservateur du département des Antiquités orientales au Musée du Louvre en remplacement de M. Pottier, admis à la retraite. - M. Charles Masson, conservateur-adjoint du musée du Luxembourg, est nommé conservateur au même musée en remplacement de M. Léonce Bénédite, décédé, tandis que M. Georges Grappe est nommé conservateur du Musée Rodin qu'administrait également M. Bénédite. - Notre excellent collaborateur et ami, Robert Rey, a été nommé conservateur adjoint à la place de M. Charles Masson. - M. Pierre Roussel, professeur à l'Université de Strasbourg, est nommé directeur de l'Ecole française d'Athènes, en remplacement de M. Picard. - M. Chapot, bibliothécaire à la bibliothèque Sainte-Geneviève, a été nommé professeur d'histoire et d'archéo-logie à l'Ecole supérieure des Beaux-Arts, en remplacement de M. Pottier, admis à la retraite. - M. René Grousset, sous-chef de bureau à la Direction des Beaux-Arts, est nommé conservateur-adjoint du musée Guimet. - M. Pontremoli, membre de l'Institut, est nommé inspecteur général des Bâtiments civils et des Palais nationaux en remplacement de M. Chifflot, décédé. - Par décret en date du 10 octobre, M. Herriot, président de la Chambre des députés, et M. Pol Neveux, inspecteur général des Bibliothèques, ont été nommés membres du Conseil des Musées nationaux. - Enfin, le 25 octobre, les journaux annonçaient la retraite de M. J. d'Estournelles de Constant et son remplacement par M. Henri Verne, comme directeur des Musées Nationaux. - Légion d'honneur. — Nous relevons les promotions et nominations suivantes qui ont paru à l'Officiel au cours de ces derniers mois: Au grade de commandeur: MM. d'Estournelles de Constant, directeur des Musées nationaux; Pierre de Nolhac, de l'Académie française; Lemaresquier, architecte en chef des bâtiments civils; Jean Ajalbert, administrateur de la Manufacture de Beauvais; Vincent d'Indy, compositeur de musique. — Au grade d'officier: MM. Sulpis, membre de l'Institut; Moullé, chef de bureau à la direction des Beaux-Arts; Léandre, Lebasque et Georges Picard, artistes peintres; Hippolyte Lefebvre, sculpteur; Préjelean, dessinateur; G. Lechevallier-Chevignard, administrateur de la Manufacture de Sèvres; Godard-Desmaret, amateur d'art. — Au grade de chevalier: MM. Georges Wildenstein, Seymour de Ricci et Lieure, critiques d'art; Perdrizet, professeur à la faculté des Lettres de Strasbourg; Dubalen, directeur-fondateur du musée de Mont-de-Marsan; Fortuny, Friesz, Lefert, Laveille, Matisse et Mlle Louise Lavrut, artistes peintres; Delmas et Trépard, compositeurs; Gonin, amateur d'art; Leydet, inspecteur de l'enseignement du dessin; Witkowski, directeur de l'école de musique de Lyon; Gassier, dessinateur; Dammann et Gaumont, sculpteurs; Jallot et Ruhlmann, décorateurs; Meunier, relieur d'art; Sibel, architecte; Bonnafoux, ouvrier tourneur à la manufacture de Sèvres; Véran, architecte des Monuments historiques; Havot, ouvrier sculpteur à la cathédrale de Reims. - Réunion de l'association des conservateurs de collections publiques. — Une réunion de cette association que préside M. Paul Vitry, a eu lieu les 2 et 3 octobre au Hâvre et à Rouen, où elle a été reçue notamment par M. Dubreuil, député-maire de Rouen et par M. Buchard, adjoint au maire du Hâvre. Elle a visité les musées des Beaux-Arts et d'Histoire naturelle de ces deux villes et consacré la journée du 4 octobre à quelques excursions aux environs de Rouen, au château de Martinville propriété de l'Etat, à Saint-Wandrille et à Jumies. - La Restauration des monuments historiques au Maroc. — Il vient d'être créé à Rabat, au siège de l'Institut des Hautes-Etudes marocaines, un comité pour la restauration des monuments historiques. Les membres de ce comité seront appelés deux fois par an à élaborer le programme des restaurations à effectuer dans l'année.

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BEAUX-ARTS La Propriété artistique. Par décret en date du 6 septembre, il est institué au ministère de l'Instruction publique et des Beaux-Arts un comité consultatif de la propriété artistique composé de vingt membres. Cet organisme est chargé de l'étude et de l'examen de toutes les questions intéressant la propriété artistique sur lesquelles le ministre juge à propos de le consulter. Il procède également, avec l'autorisation du ministre, à toutes les enquêtes concernant la propriété artistique. Quelques jours plus tard, un arrêté du ministre de l'Instruction publique créait un service de l'identification des œuvres d'art contemporaines. Aux termes de cet arrêté, tout artiste peut présenter son œuvre au service compétent en certifiant qu'il en est le créateur ; il appose ses empreintes digitales d'abord sur l'une des parties de son œuvre, si la nature de celle-ci le permet et ensuite sur une fiche qui demeure annexée à la déclaration : En plus, toute œuvre présentée est photographiée et une épreuve revêtue d'un cachet de garantie est délivrée à l'auteur tandis que le cliché est joint au dossier de la déclaration. La mention du numéro d'enregistrement devra être faite par l'officier public chaque fois que l'œuvre passera en vente. Un don américain à la ville de Châlon-sur-Saône. Un intéressant monument du xve siècle, la tour du Doyenné, qui jusqu'en 1907 s'élevait à Châlon-sur-Saône, avait échappé aux revendications du service des Monuments historiques et avait été acheté à cette époque par l'antiquaire Heilbronner. A la vente des biens séquestrés de ce dernier, un amateur d'art américain, M. Franck Jay-Gould, l'acquit et vient d'en faire don à la ville de Châlon, en se chargeant de tous les frais de sa réédification. Les Terrains de l'hôtel de l'Alma. Le ministre de l'Instruction publique a récemment créé une commission qui doit rechercher une meilleure utilisation des terrains compris entre la rue de l'Université et le quai d'Orsay et que l'on désigne par l'appellation d'hôtel de l'Alma. Ces terrains sont actuellement occupés par les bâtiments du Mobilier national, par l'Office météorologique et par quelques autres services de l'Etat. Un projet en voie d'élaboration prévoit la construction d'une école d'art décoratif qui remplacerait les locaux de la rue de l'Ecole de Médecine et ceux de la rue de Seine dont l'insuffisance et la vétusté sont depuis longtemps un objet de scandale. On projette également l'édification, sur ces mêmes terrains, d'une galerie d'exposition d'art décoratif où nos artistes et nos industriels d'art pourraient en permanence présenter leurs travaux. Un monument à John Ruskin. Au début de septembre, à Chamonix, dans le site même où, adolescent, il avait été touché par la beauté de la Nature, un monument a été élevé à la mémoire du grand esthète, John Ruskin, qui fit, à maintes reprises, de longs séjours au pied du Mont Blanc. Expositions de livres à Besançon. La bibliophilie est en honneur à Besançon. Le printemps dernier une exposition du livre illustré depuis le début du xixe siècle jusqu'à nos jours avait été organisée au siège de la Chambre de commerce de Besançon par les « Bibliophiles comtois ». Au cours de cet été, pour faire suite aux expositions des années précédentes, M. Georges Gazier, conservateur de la Bibliothèque municipale, avait réuni un choix des plus beaux livres illustrés des dix-septième et dix-huitième siècles que possède le dépôt dont il a la garde. Cet ensemble était complété par des dessins originaux de Moreau le jeune et de Gravelot pour l'illustration des œuvres de Falbaire de Quingey et par une série de très belles reliures dues aux meilleurs artisans du xviiie siècle. Une Exposition d'Estampes à Rouen. Le directeur de la bibliothèque de Rouen, M. Henri Labrosse, toujours soucieux de révéler au public les richesses du dépôt qu'il conserve, vient d'organiser une exposition d'un choix de 175 estampes du xviiie siècle empruntées pour la plupart au legs Jules Hédou, fait en 1906 à la ville de Rouen et provenant aussi de la collection de M. Garreta qui a bien voulu prêter quelques-unes de ses plus belles pièces. Cette exposition, qui durera jusqu'au 8 novembre, permettra aux visiteurs de se rendre compte des multiples procédés que la technique de la gravure innova au cours du xviiie siècle. Une exposition à l'Institut Städel. A propos du vingt-cinquième anniversaire de la fondation du Städelschen Museums-Verein, une exposition de peinture ancienne avait été organisée cet été dans les salles du célèbre musée francfortois. Les œuvres présentées appartenaient à toutes les écoles et provenaient des collections privées d'amateurs de Francfort dont quelques unes, comme celle de M. Max de Goldschmidt-Rothschild, renferment des œuvres de premier ordre. Une Exposition d'art chinois à Amsterdam. Au cours du mois dernier, dans les salles du Musée municipal d'Amsterdam, la Société néerlandaise d'art asiatique avait organisé une exposition d'art chinois qui, comme celle qui eut lieu à Paris au printemps, se bornait aux œuvres de caractère archaïque, c'est-à-dire uniquement antérieures aux Ming, excluant ainsi les porcelaines. Les principaux musées et les grands amateurs hollandais et étrangers avaient répondu à l'invitation des promoteurs, MM. Westendorp, Roorda et Visser ; c'est ainsi que l'on pouvait admirer à Amsterdam une peinture de l'époque Tang rapportée par M. Pelliot de ses fouilles de Tun Hwang et que conserve le Louvre, plusieurs peintures Sung prêtées par Berlin, un remarquable dragon en bronze venant de la collection Stoclet de Bruxelles, sans compter les pièces d'une rare qualité prêtées par les collectionneurs français, MM. Raymond Koechlin et Jean Sauphar et par les amateurs anglais, MM. Eumorfopoulos, Raphaël, Oppenheim et Rutherston. NÉCROLOGIE Le 2 juillet est mort Henri Lecrat, professeur à la Faculté des lettres de Lyon, correspondant de l'Institut. Archéologue éminent, il s'était passionnément attaché à l'étude de la Grèce antique et avait publié sur l'art grec des ouvrages qui font autorité, notamment : Le Temple grec, La Sculpture grecque et Phidias et la sculpture grecque au ve siècle. Il laisse en manuscrit un livre

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BEAUX-ARTS ayant trait à l'objet de ses recherches habituelles et dont la publication sera bientôt assurée par des mains pieuses. Erik Satie est décédé le 3 juillet à l'âge de 59 ans. Compositeur d'avant-garde, véritable humoriste de la musique, il savait mélanger le sérieux au comique dans des œuvres qui eurent un grand retentissement dans certains milieux où ses audaces déconcertantes provoquaient un enthousiasme délirant. Les œuvres les plus connues sont les Gymnopédies qui eurent l'honneur d'être orchestrées par Debussy, des ballets, Parade, Relâche, et de nombreuses compositions pour orchestre. Il travaillait, au moment de sa mort, à un Paul et Virginie sur un livret de Jean Cocteau et de Radiguet. Au début de septembre, à l'âge de soixante-deux ans est mort le peintre Charles Cottet, membre de la Société nationale des Beaux-Arts. Né au Puy, le 21 juillet 1863, il avait été élève de Puvis de Chavannes et de Roll. Paysagiste d'un talent puissant, c'est à rendre les divers aspects de la Bretagne qu'il s'appliqua surtout, mais un sentiment de profonde humanité l'attirait vers la race forte et rude qui vit sur ses côtes et il sut admirablement exprimer les tristesses et les angoisses de la vie des gens de mer. C'est de cette inspiration que sont sorties les toiles intitulées : La Mer rejetant un cadavre et la Veillée de l'enfant mort, à Ouessant qui établirent la maîtrise de l'artiste. Mais Cottet, pour attaché qu'il fût à la Bretagne, fut aussi sensible aux attraits d'autres cieux et nous le vimes tour à tour emprunter ses motifs à l'Espagne, à Venise, à l'Egypte et à l'Algérie jusqu'au jour où, voici tantôt cinq ans, la maladie lui arracha ses pinceaux. Le sculpteur américain Paul-Weyland Bartlett est décédé le 21 septembre à Paris, où il résidait. Né en 1865, il entra à l'Ecole des Beaux-Arts de Paris où il fut l'élève de Cavelier et de Frémiet. Il exposait très régulièrement à nos Salons où il remporta de nombreuses récompenses, notamment par l'envoi de son Dompteur d'ours. Correspondant de l'Institut de France et membre associé de l'Académie de Belgique, il laisse une œuvre importante parmi laquelle il faut citer les statues de La Fayette, de Colomb et de Michel-Ange. Le 4 octobre est mort Stéphane Dervillé, président du conseil d'administration de la compagnie P.-L.-M. et de plusieurs autres grandes sociétés financières et industrielles. Une remarquable activité lui permettait, au milieu de ses nombreuses occupations, de se montrer un amateur d'art des plus éclairés. La Société du Vieux-Paris, les Amis de l'Université et les Amis du Louvre notamment le comptaient parmi leurs membres les plus dévoués. Hier encore, il n'avait pas hésité malgré ses 77 ans à assumer, à l'Exposition des Arts décoratifs, les fonctions de président du jury supérieur des récompenses. Le sculpteur Segoffin, prix de Rome en 1895, professeur à l'Ecole des Beaux-Arts, est mort ces jours derniers, à l'âge de 58 ans. Son groupe en bronze, Le Génie échappant aux étroites du Temps, figure dans le square du Carrousel. Son Tombeau de Voltaire pour le Panthéon n'est pas encore mis en place. ACADÉMIES SOCIÉTÉS SAVANTES Académie des Inscriptions et Belles-Lettres Séance du 22 mai L'Académie décide d'accorder une nouvelle subvention de 6.000 fr. pour la continuation des fouilles de Fourvières. Le président fait savoir que la commission du prix Ambatielos (3.000 fr.) a attribué le prix à Mme Marcelle Flot pour la publication du fascicule du Corpus vasorum antiquorum, consacré au musée céramique de Compiègne. M. Théodore Reinach communique quelques renseignements nouveaux sur les fouilles exécutées par M. Slousch dans les tombes de la vallée du Cédron, à Jérusalem. Il est maintenant établi que le monument dit d'Absalom et le monument de Zacharie ne sont pas des sépultures, mais les préfaces monumentales, les temples funéraires du tombeau de Josaphat et du tombeau des Apôtres. La décoration du fronton du tombeau de Josaphat montre un curieux amalgame d'éléments grecs et spécifiquement juifs. Deux inscriptions intéressantes ont été également découvertes au cours des fouilles. Séance du 29 mai M. René Cagnat, secrétaire perpétuel, lit une lettre de M. Virolleaud, donnant des renseignements sur les fouilles de Souweida (Syrie) et une autre lettre de M. Pierre Paris sur les fouilles de Turatrato, près Alcaniz, province de Teruel (Espagne). M. Loth, fait une communication sur les relations de l'Irlande et de l'Espagne à l'époque néolithique. Il en donne comme preuves l'identité d'ornementation des croissants d'or irlandais avec les objets d'or similaires de l'Ibérie et la similitude de forme de certains types de vases. Séance du 5 juin M. Franz Cumont fait une communication sur les découvertes historiques et archéologiques effectuées en Cyrénaïque, avec l'appui du gouverneur comte Volpi, par M. Bartoccini. A Tripoli même, l'arc de triomphe de Marc-Aurèle a été isolé et reconstitué. A Sabrata, on a dégagé un vaste amphithéâtre, un temple de Jupiter, et l'on a trouvé dans un souterrain, un grand nombre de fragments d'inscriptions. On a découvert de plus le baptistère d'une basilique chrétienne et des thermes. Mais les résultats les plus importants ont été obtenus, à Leptis-Magna, ville natale de Septime Sévère, ornée par cet empereur de monuments fastueux qui se sont admirablement conservés sous une épaisse couche de sable. On a entièrement déblayé des thermes avec leur placage de marbre et une centaine de colonnes, des statues venues d'Athènes, un port, un cirque, des prisons, et, enfin, des constructions que l'on croit être le palais de l'empereur, avec des formes monumentales rappelant celui de Trajan, à Rome. Académie des Beaux-Arts Séance du 22 août M. Widor donne lecture d'un rapport sur l'œuvre du conservatoire américain de Fontainebleau. Il rend compte

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BEAUX-ARTS de la visite que viennent d'y faire M. Delbos, sous- secrétaire d'Etat aux Beaux-Arts, et M. Paul Léon qui ont trouvé cette école en pleine prospérité. Séance du 3 octobre M. Lemonnier, à propos des écuries de Chantilly, œuvre de J. Aubert, étudie le style architectural des écuries aux dix-septième et dix-huitième siècles, et mon- tre comment il fut l'expression esthétique des besoins particuliers de l'époque. LA "MADONE DE LORETTE" DE RAPHAËL Le « communiqué » hebdomadaire de la Répu- blique des Soviets s'occupe cette semaine — une fois n'est pas coutume — d'histoire de l'art. On nous y annonce, non sans quelque satisfaction, la découverte, dans un château du Caucase ayant ap- partenu aux Demidoff, d'un Raphaël précieux dis- paru depuis plus d'un siècle : il s'agirait de l'ori- Cl. Serv. Phot. B.-A. " La Madone de Lorette " d'après l'exemplaire appartenant aux Musées Nationaux exposé au château de Maison-Laffitte ginal, tant de fois vainement cherché de la Ma- donna del Popoto, dite aussi Madone de Lorette, parce que, de 1717 à 1797, elle appartint à ce sanctuaire célèbre. Le tableau retrouvé en Russie aurait été donné, vers 1800, par un Tsar au Demidoff de l'époque. Souhaitons que cette découverte se confirme! C'est qu'il s'agit d'un tableau dont les copies anciennes sont extrêmement nombreuses : Passavant, en 1860, en énumérait plus de vingt et sa liste est loin d'être complète. Lors de l'entrée des Fran- cais à Lorette, en 1797, les autorités locales, au lieu de leur livrer l'original, lui substituèrent une copie, si médiocre que Louis XVIII la donna sans regrets, en 1820, à la commune de Morangis. Une autre copie, probablement ancienne, achetée, à la même époque, par Louis XVIII à M. de Scitivaux ; cataloguée par Villot sous le no 389, et aujourd'hui exposée à Maisons-Laffitte n'est pas beaucoup meil- leure. On se rend aussi compte de ce qu'était l'original par la copie de Chantilly, par celles de la Bréra, du Musée Capitolin, de Naples, de Gênes, et par le bel exemplaire, certainement contemporain, ac- quis de C. Fairfax Murray par feu Pierpont Mor- gan et qui est aujourd'hui un des ornements de la Morgan Library, à New-York. SEYMOUR DE RICCI. MONUMENTS HISTORIQUES Aude. — Dans un précédent numéro, (Beaux- Arts, 1er mai 1925, p. 134), M. Marcel Aubert a signalé les dangers que faisait courir à la cité de Carcassonne le projet de construction déjà entamé d'une annexe à l'hôtel qui est venu enlai- dir, un peu avant la guerre, la silhouette de la célèbre encelinte. L'Administration des Beaux-Arts, justement pré- occupée de s'opposer dans la mesure du possible à un tel acte de vandalisme, a envoyé sur place une délégation de la Commission des Monuments historiques, qui a examiné au moyen d'une sil- houette l'effet que produirait l'édifice projeté. Les conclusions du rapport soumis à la Com- mission et approuvées à l'unanimité peuvent se résumer ainsi : Devant l'impossibilité où se trouve l'Etat d'in- terdire toute construction, ce résultat ne pouvant être atteint que par l'expropriation du terrain, c'est-à-dire l'engagement d'une dépense tellement élévée qu'on ne saurait envisager cette solution, on doit chercher à limiter le mal : 1° Par la suppression du deuxième étage prévu, de l'attique et de la corniche et leur remplace- ment par une toiture en vieilles tuiles ; 2° Par la coloration de toutes les façades dans la tonalité des murailles avoisinantes ; 3° Par la suppression des balcons et saillies diverses et l'interdiction d'apposer toutes pancar- tes ou affiches. Enfin, la municipalité a été invitée à entre- prendre — ce qu'elle aurait dû faire depuis cinq ans — et à poursuivre sans retard l'étude du projet d'aménagement de la ville qu'elle est tenue

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BEAUX-ARTS de faire dresser en vertu de la loi du 14 mars 1919. On pourra ainsi insérer dans le règlement de voirie des servitudes esthétiques et archéologiques, de nature à éviter pour l'avenir que des propriétaires, peu soucieux de la sauvegarde de nos monuments, renouvellent des tentatives aussi fâcheuses. Telles sont les bases sur lesquelles, l'administration des Beaux-Arts, trop peu armée, d'ailleurs, par les lois actuelles, a poursuivi les négociations. Les administrateurs de la société de l'Hôtel de la Cité, qui étaient du reste disposés à ne pas repousser une entente, ont compris, en acceptant ces conditions, qu'on ne saurait à notre époque, sans être l'objet d'une réprobation générale, ne pas s'efforcer de conserver intact le plus imposant des souvenirs de notre architecture militaire médiévale. Yonne. — Une partie de l'Eglise de Gy-l'Evêque s'étant écroulée récemment, faute d'entretien depuis de longues années, la Commission des monuments historiques n'a pas cru devoir abandonner la totalité de l'édifice à cette même et triste éventualité; elle se serait certainement produite, la commune refusant, faute de moyens financiers, de participer aux travaux. On a décidé de classer la partie la plus intéressante de ce qui subsiste, c'est-à-dire, la façade occidentale, fort beau morceau d'architecture du xime siècle, dont le style offre avec celui de la cathédrale d'Auxerre les plus grandes affinités. Il est regrettable que l'Etat n'ait pu intervenir plus tôt, pour empêcher la ruine du chœur, qui datait comme la nef du xve siècle et qui sans être extrêmement curieux, aurait valu cependant d'être conservé; mais l'on comprend qu'à l'heure actuelle, la dépense élevée qu'il aurait fallu engager, n'ait pas permis un sauvetage de l'édi- Portail de Gy-l'Evêque fice entier: il serait indispensable que l'on retirât des décombres pour les mettre à l'abri les intéressantes stalles, datées de 1547, et le beau retable en bois sculpté et doré du xviiie siècle qui faisait jadis l'ornement de cette malheureuse église. Gard. — La ville de Beaucaire, dont la situation sur le Rhône lui a valu dès le haut moyen- âge une large prospérité due aux foires célèbres qui y ramenaient chaque année les marchands de tout le monde chrétien, s'enorgueillit, à juste titre, du bel hôtel de ville que ses consuls firent construire par Jules Hardouin Mansard, entre 1679 et 1683. Le classement, qui vient d'être prononcé, à la demande de la municipalité, ne fait que consacrer la réputation de cet édifice, dont l'ordonnance générale n'a subi fort heureusement que des modifications insignifiantes au cours des siècles. Les hautes fenêtres, qu'encadre un large cordon sculpté, les lucarnes rondes soulignées de guirlandes de feuillages, la loggia centrale avec ses quatre colonnes ioniques, à l'intérieur le bel escalier à la française et les boiseries de la salle du conseil font le plus grand honneur au premier architecte du roi qui fit sculpter, à droite et à gauche des armes de la ville, le soleil de son maître. Jean VERRIER.

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[57] 1er NOVEMBRE 1925 291 BULLETIN DES MUSÉES MUSÉE DU LOUVRE Peintures et Dessins Legs de Madame Émile Zola Emile Zola avait légué au Louvre trois œuvres de Manet dont le Musée a pris possession, après la mort récente de Mme Zola qui en conservait l'usu- Cl. Serv. Phot. B.-A. MANET. Emile Zola. (Musée du Louvre) fruit : une peinture à l’huile, le portrait de l’écrivain, un pastel représentant Mme Zola et une aquarelle d’après les Anges au tombeau. La composition, que reproduit cette aquarelle, ayant été exposée au Salon de 1864, cette aquarelle doit être mentionnée en premier lieu, pour observer l’ordre chronologique. Après son début au Salon de 1859, Manet avait déjà créé des œuvres importantes, notamment son Déjeuner sur l’herbe. Les Anges au tombeau présentent cet intérêt spécial d’offrir un des rares essais d’art religieux qu’ait laissés Manet. Le portrait de Zola (Duret, Catalogue n° 13) constitue la pièce principale du legs. Indépendamment de sa valeur propre, il commémore le souvenir des luttes entre l’artiste novateur et une critique hostile suivie par le public. Après Baudelaire, Zola garde, à peu près seul, le mérite d’avoir compris, sans restrictions, l’initiative de Manet. Courageusement, il s’institue son défenseur. En 1866, ren- dant compte du Salon dans l’Evènement, il rompt des lances en faveur de l’Olympia avec une ardeur qui lui attire le courroux du directeur Villemessant. Ces critiques furent réunies la même année en une brochure sous le titre : Mon Salon. L’année suivante, Zola publie un autre opuscule : Manet, étude biographique et critique. Par gratitude, l’artiste peignit et exposa au Salon de 1868, le portrait de son ami aux côtés de qui il figura une reproduction de l’Olympia et la brochure intitulée : Manet. Ce portrait fournit, d’autre part, un document iconographique précieux : Zola nous y apparaît à l’âge de vingt-huit ans, au début de sa carrière, avant qu’il eût encore écrit aucun des romans qui assureront sa célébrité. Sa physionomie affecte un caractère grave et peu expressif, quelque peu morne. Le portrait de Mme Zola (Duret, Catalogue n° 3), d’une facture plus libre, plus impressionniste, appartient à cette série d’assez nombreux pastels que Manet a exécutés, principalement d’après des modèles féminins. Le Louvre conservera rapprochées les effigies de l’écrivain et de sa femme, qui furent Cl. Serv. Phot. B.-A. MANET. Madame Emile Zola. (Musée du Louvre) étroitement unis dans l’existence : leurs généreuses volontés viennent accroître très sensiblement la série des œuvres de Manet que possèdent nos Musées nationaux à qui l’étranger les a souvent disputées avec succès. G. R.

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Objets d'Art du Moyen Age et de la Renaissance Bronzes de la Renaissance Un charmant petit bronze est venu enrichir la série des bronzes italiens de la Renaissance du Louvre. C'est un encrier, formé par une figurine de jeune berger assis à terre, les cheveux longs et frisés, les épaules recouvertes d'une peau de mouton, les jambes croisées, tenant des deux bras un petit tonneau. Le modèle en est connu. Il est imité d'un bronze antique, dont un exemplaire de petite dimension est conservé dans les collections des bronzes antiques du Louvre (1) reproduit par Courajod dans l'étude consacrée, dans la Gazette des Beaux-Arts, à L'Imitation et la Contrefaçon des Objets d'art antiques au xve et au xvii siècles (2). Les épreuves exécutées en Italie d'après le modèle antique, à l'époque de la Renaissance, se retrouvent dans plusieurs collections publiques ou privées, soit dans la dimension du nôtre (0,11 cm), soit plus petites, dans la dimension du bronze antique du Louvre (0,06 cm.). Ces bronzes sont conservés au Victoria and Albert Museum, aux Musées de Florence, de Berlin et de Vienne, dans les collections Gustave Dreyfus à Paris, Trivulzio à Milan, Nostitz à Prague, Frick à New-York. L'encrier récemment acquis est un bronze padouan du début du xvie siècle, d'une belle patine foncée. Nous ne pensons pas qu'il sorte de l'atelier de Riccio, auquel le donne Bode dans son ouvrage consacré aux bronzes italiens de la Renaissance (1), où il reproduit l'épreuve de la collection Frick, autrefois chez Pierpont Morgan (2). Cet encrier de bronze provient de la vente récente d'une partie de la collection de M. Léon Fould, après décès de cet amateur parisien. A la même vente le Département des Objets d'art put acquérir quelques belles épreuves de plaquettes de bronze de la Renaissance, qui manquaient à ses collections : David vainqueur de Goliath et Hercule vainqueur d'Antée, par Moderno ; Mercure, par un artiste padouan du début du xvie siècle. Ces deux dernières plaquettes avaient fait partie autrefois du cabinet célèbre du baron de Monville, dont elles portent le monogramme gravé. Enfin une curieuse plaquette, de forme ronde et de patine jaune clair, représentant dans un paysage Rebecca donnant à boire à Eliézer, est une œuvre allemande du xvie siècle. Carle Dreyfus. BIBLIOTHÈQUE ET MUSÉE DE LA GUERRE Le 27 juin dernier, la Bibliothèque et le Musée de la Guerre, récemment installés au château de Vincennes, dans le cadre, que nous avons récemment décrit, du pavillon de la Reine (V. Beaux-Arts, no du 15 avril 1925), ont été solennellement inaugurés par M. le Président de la République. MUSÉE CONDÉ Le comte du Hamel de Breuil a légué à l'Institut quatre portraits : celui de son grand-oncle, Dupin ainé, par Larivière, et un autre portrait du même Dupin ainé, par Horace Vernet; celui du général Foy, par Horace Vernet, don du roi Louis-Philippe à Dupin ainé; enfin un portrait anonyme du chancelier Séguier, qui fut, après Richelieu et avant Louis XIV, protecteur de l'Académie française. Ces portraits devront être placés soit au Palais Mazarin, soit à Chantilly, au Musée Condé. MUSÉE DES ANTIQUITÉS DE LA SEINE-INFÉRIEURE Statues découvertes à Duclair Les habitants de Duclair racontaient parfois aux touristes que certaines vieilles statues avaient été jadis enterrées dans le cimetière qui entourait l'église paroissiale; cette singulière inhumation ne remontait d'ailleurs qu'à une cinquantaine d'années. Les statues ornaient alors dans l'église les murs des (1) A. de Ridder. — Les Bronzes antiques du Louvre, tome II. Les Instruments, no 2933, pl. 103. (2) Gazette des Beaux-Arts, 1886, tome II, page 312. (1) W. Bode. — Die Italienischen Bronzestatuetten der Renaissance, vol. I, pl. XXXVII. (2) W. Bode. — Collection of J. Pierpont Morgan. Bronzes of the Renaissance, nos 43 et 44, pl. XXXIII. Jeune berger. Bronze italien d'après l'antique. (Musée du Louvre)

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[59] BULLETIN DES MUSÉES 293 bas-côtés d'où l'érection d'un chemin de croix les avait fait disparaître. Déposées d'abord dans la nef, vieilles et dégradées, elles semblaient ne plus con- Cl. de la Commission des Antiquités de la Seine-Inférieure Tête d'apôtre. Pierre, xive siècle (Musée des Antiquités de Rouen) venir; et, suivant une habitude à peu près constante en pareille circonstance, le curé-doyen, ne voulant pas s'en débarrasser par vente, avait décité qu'une fosse serait creusée dans le sol du cimetière voisin, et qu'elles y seraient déposées; l'opération fut clandestine, mais les vieillards en avaient conservé le souvenir; ils connaissaient l'endroit qui avait été choisi; c'était le parvis de l'église. A la suite d'une visite, en 1922, de la Société des Amis des Monuments rouennais, MM. Denise et James, conseillers généraux, songèrent à faire quelques fouilles sur l'emplacement qui leur était désigné. Les recherches, entreprises, l'année suivante, en mai et novembre, mirent à jour huit statues représentant des personnages de grandeur nature, mais toutes décapitées. Trois têtes furent recueillies; une seule pouvait s'adapter sur le bloc mutilé. Ces statues sont, pour la plupart, des œuvres du xive siècle (cinq apôtres, un évêque); une d'elles paraît dater du siècle suivant; la dernière, enfin, n'est guère antérieure au xvne siècle et représente un diacre. Une tradition, difficile à contrôler, les fait venir de la grande abbaye voisine de Jumièges; cette al- légation parait vraisemblable, l'abbaye ayant été, on le sait, saccagée puis vendue comme bien national à la suite de la Révolution. Les statues avaient été, tout d'abord, richement décorées de peintures vives rehaussées d'or; plus tard, quand on eut perdu le goût de cette polychromie éclatante que le Moyen-Age affectionnait, elles furent enduites d'un badigeon au lait de chaux. C'est dans cet état qu'elles furent trouvées; cette couverte factice ayant disparu, elles se montrent maintenant colorées d'une patine dont les tons chauds sont d'un effet agréable. Les plus anciennes peuvent avoir été sculptées dans la première moitié du xive siècle; elles présentent, en effet, ces draperies maniérees que les « imagiers » de l'époque compliquaient à plaisir, se complaisant dans l'arrangement habilement calculé de ces plis tuyautés, multiples et terminés en volutes sinucuses. Deux des têtes recueillies se rattachent à cette première série; l'une d'elles reproduite ci-contre, d'une expression sereine et attendrie, est tout à fait remarquable. Cette série de figures peut se rapprocher des apôtres de la Sainte-Chapelle Personnage d'une Mise au Tombeau. Pierre, xve siècle (Musée des Antiquités de Rouen) de Paris et des figures de Saint-Jacques de l'Hôpital du Musée de Cluny. La seule statue, que l'on ait pu reconstituer, est

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BEAUX-ARTS bien différente; traitée en ronde-bosse, avec un réel souci du volume, elle a dû faire partie d'un groupe disposé pour être vu d'assez près, vraisemblablement une Mise au Tombeau. L'attitude du personnage semble confirmer cette hypothèse; son regard abaissé vers quelque chose qui fait défaut aujourd'hui, évoque la figure couchée du Christ mort. C'est un homme âgé, trapu, enveloppé dans les abondants plis diagonaux d'une lourde étoffe; le visage barbu, maigre, asymétrique, exprime une émotion contenue mais profonde. Une femme, sculptée dans les proportions réduites des priants, se tient humblement agenouillée à ses pieds. Les bras de la statue ont été brisés; néanmoins, avec un peu d'attention, il est facile de rétablir par la pensée l'action du personnage; il devait, dans la Mise au Tombeau dont nous le supposons provenir, tenir l'extrémité du suaire. Cette œuvre, empreinte du réalisme puissant et pathétique propre au xve siècle, serait, croyons-nous, le lamentable souvenir d'une des plus anciennes Mises au Tombeau, connues en Normandie, où, heureusement, il s'en trouve encore aujourd'hui beaucoup et de fort belles. Les statues ainsi exhumées ont été, avec l'assentiment du Conseil municipal de Duclair, déposées au Musée des Antiquités de la Seine-Inférieure. M. ALLINNE. MUSÉE DE ROUEN Diverses notes de presse, plus ou moins exactes, ont annoncé, ces temps derniers, la découverte sensationnelle d'un tableau «signé» de Rubens, auquel on a attribué une valeur énorme, et son entrée au Musée de Rouen. Il s'agit en réalité d'une toile représentant le Christ en croix qui figurait avant la Révolution dans un établissement public rouennais. Elle entra pendant la période révolutionnaire au dépôt d'œuvres d'art qui constitua le premier fonds du Musée des Beaux-Arts de Rouen, d'où elle fut distraite pour être attribuée au Tribunal de Commerce de cette ville. M. Guey, l'actif et avisé conservateur actuel du musée, en retrouva facilement la trace dans ses archives et ayant reconnu l'intérêt du tableau, qui était traditionnellement attribué à Van Dyck, il en obtint, après d'habiles négociations, le retour parmi les collections du Musée où il tient une place fort honorable. Un nettoyage prudent a redonné à la peinture tout son éclat et, sans qu'elle porte de signature, on est assez porté aujourd'hui à l'attribuer à Rubens plutôt qu'à son élève. Nous comptons du reste, en mettre prochainement la reproduction sous les yeux de nos lecteurs, avec l'étude critique nécessaire. UN EX-VOTO MILANAIS AU MUSÉE DE NIMES Nous recevons de notre collaborateur, M. Salomon Reinach, la note suivante à propos d'un article paru dans la Gazette des Beaux-Arts: L'ex-voto milanais signalé par M. Dimier dans la Gazette de juin (p. 381) n'est pas le seul exemplaire de cette mystérieuse composition. Il en existe un au Musée de Nîmes, que j'ai fait photographier l'an dernier, avec inscription identique (no 137); j'ai eu l'impression que c'était l'œuvre d'un membre de la famille des Luini, Ambrogio ou Aurelio. La sainte pourrait être la dominicaine sainte Columba, à laquelle convient l'attribut de la colombe. Les Pusterla sont connus à Milan (1284, 1484) et à Verceil (1221); à la fin du xve siècle, une belle Clara Pusterla a été peinte à Milan par Beltraffio. Il appartiendrait aux érudits milanais de nous dire qui était J.-B. Pusterla et comment il échappa aux Gallicae manus dans les circonstances que commémore l'ex-voto. Cl Bernheim Ex-voto attribué à l'atelier des LUINI. (Musée de Nîmes) MUSÉE DES ARTS DÉCORATIFS DE LYON Le nouveau Musée lyonnais, dont nous avons annoncé déjà la constitution, par les soins de la Chambre de Commerce de Lyon et grâce au concours empresse d'un grand nombre d'amateurs lyonnais, s'est ouvert cet été au public. Nous comptons revenir sur son installation que nous présentera son conservateur, notre collaborateur, M. d'Hennezel.

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BEAUX-ARTS CORRESPONDANCE DE L'ÉTRANGER BELGIQUE Expositions de Peinture Les expositions se sont succédé nombreuses pendant ces derniers mois, montrant une peinture belge active, pleine de sève et de vigueur, adonnée à des recherches variées. Tout en faisant la part des exagérations, de la réclame commerciale et habile qui sévit à Bruxelles comme ailleurs, il faut cependant reconnaître que de solides résultats demeurent acquis; l'on peut concevoir de belles espérances pour les jeunes générations qui commencent aujourd'hui à être maîtresses de leur métier. Comme toujours ici, et c'est peut-être une des forces caractéristiques du pays, le présent, même novateur, même audacieux se réfère au passé, l'interroge et l'étudie; aussi les rétrospectives furent-elles le complément de presque toutes les récentes manifestations, et l'on voyait des toiles d'une gloire déjà ancienne et reconnue, voisiner avec les tentatives les plus juvéniles, et quelquefois les moins raisonnables. À l'Art Contemporain d'Anvers de nombreuses peintures de Constantin Meunier venaient nous rappeler qu'il fut avec Charles Degroux, l'un des premiers à suivre en Belgique l'impulsion donnée par Courbet, à dégager, grâce à la magie de la couleur, à l'enveloppement de la lumière, à l'ordonnance des lignes, la beauté de la vie industrielle la plus dure, la plus sombre qui soit. Pour le développement de l'Ecole belge au xixe siècle, comme pour l'intelligence complète du talent de Constantin Meunier, dont on oublie trop souvent l'œuvre peint, il y avait là des toiles de grande importance : La Mine, Le Retour des Mineurs, Le Terril et cette délicieuse esquisse, Le Charbonnage par la Neige, fête de lumière et de tons délicats, où la gamme du peintre, toujours vraie cependant, a su étendre sur la pauvre réalité un riche manteau de féerie, qu'éclaire encore la haute sensibilité, si largement humaine du grand artiste. Au Salon Triennal de Gand, toujours heureusement composé, et où, soit dit en passant, la section française brillait particulièrement avec un nu harmonieux et solide de Picart Ledoux et deux Marquet de première valeur, les organisateurs nous avaient ménagé la joie d'une rétrospective de Claus et de Baertsoen : revoir côte à côte les deux beaux peintres qui, tous deux, ont aimé la Flandre de toute leur âme, l'ont chantée de toutes leurs forces et pendant leur vie entière, c'est là un fécond plaisir, riche de nombreux enseignements. Avec le recul des années, sensible déjà, l'œuvre des deux Gantois semble grandir encore, leurs vigoureux tempéraments, si dissemblables, s'affirmer et se purifier chaque jour. Claus, élève si personnel de nos impressionnistes, reste jusque dans ses dernières toiles la personnification de la jeunesse triomphante qui peut tout, parce que son enthousiasme et ses forces magnifient tout, et qu'elle transforme le monde en joie et en amour. Jamais avant lui on n'avait dit si heu- Baertsoen. Canal à Gand reusement la délicatesse des matins sur la prairie flamande, l'intensité de la lumière sur les lignes de grands arbres, la douceur d'un soleil couchant tein-