Extrait
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3e Année. — Numéro 20
1er Décembre 1925
BEAUX-ARTS
REVUE D'INFORMATION • ARTISTIQUE •
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LA BIBLIOTHÈQUE D'ART ET D'ARCHÉOLOGIE
DE L'UNIVERSITÉ DE PARIS
On a beaucoup parlé de la « grande pitié des laboratoires » de France. On a bien fait d'en parler : à l'appel de la presse, le public a fini par répondre. Un effort considérable a été accompli : les besoins urgents ont été satisfaits ; les laboratoires commencent à ne plus craindre l'avenir.
On ne parle guère encore de la grande pitié des bibliothèques de France. Ou, du moins, l'on n'en parle qu'entre initiés. Mais les circonstances sont assez graves pour qu'il convienne d'atteindre désormais un public plus étendu.
Il fut un temps où les bibliothèques n'étaient utilisées que par des travailleurs peu nombreux, habitués aux livres et aux recherches, disposant de longs loisirs.
La Bibliothèque Nationale et les autres grands dépôts parisiens suffisaient à contenter tout le monde. Livres et revues étaient bien moins nombreux. Le Dépôt légal fournissant tous ceux qui paraissaient en France, les achats de livres étrangers étaient faciles, car nous avions une bonne monnaie.
La situation est aujourd'hui exactement contraire. Si l'on examine, par exemple, le domaine de l'histoire de l'art, on constate que le nombre de ceux qui s'intéressent à ces études et celui des publications de toutes sortes ont augmenté dans des proportions considérables.
En ce domaine comme en tant d'autres, il a fallu spécialiser, décentraliser. Une admirable initiative privée, celle de M. Jacques Doucet, a doté les études d'histoire de l'art d'un instrument unique au monde. Livres, revues, estampes, photographies, documents de toute espèce, de tout temps, de tout pays se sont accumulés, rue Spontini, dans la « Bibliothèque Jacques Doucet ». Leur généreux propriétaire ne s'est pas contenté de les communiquer librement à tous ceux qui les demandaient : il les a enfin donnés à la Nation, la « Bibliothèque Doucet » est devenue « Bibliothèque d'Art et d'Archéologie de l'Université de Paris ».
Le nombre de ceux qui l'utilisent croît sans cesse en même temps que les services qu'elle rend, malgré les temps difficiles. Les revues, les livres, chaque jour plus nombreux, sont chaque jour plus chers et les circonstances économiques rendent presque impossible l'acquisition de ceux qui paraissent dans les pays à change élevé.
Les pouvoirs publics ont fait leur devoir. A ce premier exemple d'une bibliothèque qui offre à l'étude d'une discipline intellectuelle particulière toutes les ressources qu'elle peut souhaiter, l'Etat accorde une subvention annuelle de 100.000 francs et il l'a installée dans les salles magnifiques de l'hôtel Salomon de Rothschild. De généreux amis ont aussi apporté leur aide : qu'il s'agisse de l'accroissement des collections ou de la poursuite de publications indispensables, l'effort des particuliers a valu celui de l'Etat.
Dans les circonstances présentes, l'Etat ne peut rien faire de plus. Or, si l'on retire de la subvention qu'il alloue les frais matériels indispensables : éclairage, chauffage, personnel (et celui-ci n'est que trop restreint), il reste à la Bibliothèque d'Art et d'Archéologie une somme qui ne suffirait même pas à l'acquisition des périodiques ! Il est beau d'avoir réuni 150.000 volumes, des manuscrits, des estampes, 150.000 photographies. Mais tous les initiés savent qu'une bibliothèque qui ne se tient plus au courant devient presque inutile. Une Bibliothèque d'Art et d'Archéologie bien complète est indispensable en France. Comment acquérir les livres, les documents nécessaires ?
Une fois encore, l'union, la solidarité feront des merveilles. La Bibliothèque d'Art et d'Archéologie ne peut pas mourir : elle vivra, elle se développera, grâce à tous ceux qu'elle intéresse, à tous ceux dont elle aide les travaux, qui ont eu et qui auront besoin d'elle. Petits ou grands pourront désormais apporter leur aide : une Société des Amis de la Bibliothèque d'Art et d'Archéologie de l'Université
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de Paris, les groupant tous (1), concentrera, dé-
cuplera leur effort. Qui pourra lui refuser son
concours ? Membres adhérents à 30 francs, mem-
bres actifs à 100 francs, donateurs, bienfaiteurs
collaboreront d’un même cœur. Il a suffi que la
nouvelle Société fût annoncée pour qu’elle bénéfi-
ciât des dons les plus généreux : quinze mille
francs d’un anonyme, coutumier de ces sortes de
bienfaits, nouvelle et très importante contribution
de M. Fenaille, déjà bienfaiteur de la maison, pour
l’achat des périodiques, envoi par M. le duc
d’Albe d’un livre précieux et fort coûteux qu’il
vient de faire publier.
Nous savons que ces exemples seront suivis :
le public d’élite que forment les lecteurs de Beaux-
Arts ne peut manquer de répondre à l’appel pres-
sant que nous lui adressons. Nous demandons
instamment à tous les lecteurs de remplir le bil-
let d’adhésion encarté dans le présent fascicule et
de faire autour d’eux, à notre œuvre, la plus ac-
tive propagande (2).
G. WILDENSTEIN.
Secrétaire général de la Société des Amis
de la Bibliothèque d’Art et d’Archéologie
de l’Université de Paris.
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NOUVELLES
Nominations. — Par décret du ministre de
l’Instruction publique et des Beaux-Arts, M. Benjamin
Chaussemiche, ancien architecte en chef du domaine de
Versailles, est nommé architecte en chef du Museum.
— M. Charles Picard, ancien directeur de l’Ecole fran-
çaise d’Athènes, est nommé professeur d’archéologie grec-
que à la Faculté des Lettres de Lyon en remplacement
de M. Henri Lechat, décédé.
Cours du Collège de France et de la Sorbonne.
— Les cours publics d’enseignement supérieur reprendront
dans la première quinzaine de décembre. Parmi les
cours annoncés pour l’année scolaire, nous noterons les
suivants qui intéressent directement l’histoire de l’art.
Collège de France
M. Théodore Reinach : Les Types monétaires et les
statues célèbres de l’Antiquité. — M. Gsell : Monuments
et rites funéraires des populations de l’Afrique du Nord
dans l’Antiquité. — M. Capitan : L’Art péruvien antique.
Etude de ses origines.
Faculté des Lettres
M. Fougères: Les Origines de l’architecture grecque.
— M. Focillon : Le Paysage médiéval. — M. Diehl : Les
Villes d’art chrétiennes de la Méditerranée orientale.
(1) Fondée sur l’initiative de M. Paul Appell, recteur
de l’Université de Paris, elle a, dès l’origine, groupé les
personnalités les plus éminentes et les plus compétentes.
(1) Une brochure contenant les statuts sera envoyée
sur une simple demande adressée à M. le Secrétaire
Général, 11, rue Berryer.
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— M. Pirro : La Diffusion de la musique italienne au
xviie siècle. — M. Schneider : Michel-Ange et son temps.
A la Bibliothèque nationale. — A la fin de
janvier s’ouvrira à la Bibliothèque nationale une expo-
sition consacrée au Moyen-Age. On y verra un impor-
tant choix de manuscrits. Le Cabinet des Estampes y sera
représenté par une série de pièces datant des débuts de
l’art de la gravure, les Imprimés montreront quelques-
uns de leurs incunables les plus précieux. Des objets
provenant du Cabinet des Médailles et des tapisseries
prêtées par le Garde-Meuble national compléteront cet
intéressant ensemble.
Monuments commémoratifs. — Dernièrement
a été inauguré à Béziers, sous la présidence du maréchal
Joffre, le monument élevé par la ville à la mémoire de
ses enfants morts pour la patrie. Ce monument, œuvre
du maître Injalbert, de l’Institut, est érigé à l’entrée du
jardin des Poètes.
— Le 15 novembre, le ministre de la Guerre et les
ambassadeurs de Grande-Bretagne et de Belgique ont
inauguré à Rouen, devant le Palais de Justice, le monu-
ment de la Victoire, dû au ciseau du sculpteur Maxime
Réal del Sarte.
— Le 14 novembre, au cimetière Montmartre, M. Yvon
Delbos, ministre de l’Instruction publique, a inauguré un
médailon de Desbois, apposé sur la tombe du composi-
teur Claude Terrasse.
Plaque commémorative. — Le 18 novembre
on a inauguré sur la façade de la maison portant le
no 114 de la rue de Vaugirard, une plaque comméo-
rative due à l’initiative de la Société des Rosati rappel-
ant que le sculpteur Gustave CRAUK travailla dans cette
maison pendant cinquante ans (1856-1906). On sait que
l’artiste, compatriote et contemporain de Carpeaux, puis-
qu’il naquit aussi à Valenciennes, voici bientôt un siècle,
est représenté dans sa ville natale par un musée spé-
cial qui ne comprend pas moins de 300 morceaux et
que Paris lui doit le monument de Coligny à l’Oratoire,
le groupe du Centaure, à la mairie du VIe arrondisse-
ment, un fronton du Pavillon de Marsan, etc.
NECROLOGIE
Le 17 novembre est décédé prénaturément le
sculpteur Max BLONDAT, artiste délicat, qui par son
talent gracieux et spirituel, mais puissant à l’occasion, avait
acquis une notoriété du meilleur aloi. Né à Crain, dans
l’Yonne, il était venu recevoir à Paris l’enseignement de
l’Ecole des Beaux-Arts. De bonne heure, il s’était fait re-
marquer par ses envois aux Salons, particulièrement en
1904 où il exposa la Fontaine aux grenouilles. On lui
doit aussi plusieurs monuments aux Morts de la guerre,
notamment ceux d’Auxerre et du Ministère de l’Intérieur.
Il était l’auteur de motifs décoraient les pavillons de
Sèvres et de l’Intransigent à la récente Exposition.
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ACADÉMIES
SOCIÉTÉS SAVANTES
Académie des Inscriptions et Belles-Lettres
Séance du 9 octobre
M. Ch. Virolleaud, directeur des antiquités de la Syrie,
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présente un rapport sur l'ensemble des travaux effectués au cours de l'année 1924-1925. Les fouilles ont été poursuivies activement en Phénicie, principalement à Byblos et dans la région de Sidon, où l'on a découvert plusieurs nécropoles remontant au deuxième et au troisième millénaires avant J.-C.
Le service des antiquités a établi, d'autre part, le plan des restaurations à apporter aux principaux monuments de la Syrie : les trois temples de Baalbek, le temple du Soleil à Palmyre, l'église Notre-Dame de Tortose. M. Virolleaud estime qu'il serait nécessaire d'envoyer de France un architecte qualifié pour organiser et diriger ces travaux. Le musée syrien, qui est installé à Damas, dans un bel édifice du treizième siècle, s'est développé beaucoup cette année, sous l'influence de son conservateur, l'émir Djafar, arrière-petit-fils d'Abd-el-Kader et ancien élève de l'Ecole du Louvre.
Séance du 16 octobre
M. Dussaud donne lecture d'une note de M. Perdrizet, transmise par M. le général Sarrail, haut commissaire de la République en Syrie. Après différents sondages effectués à l'ancienne Hiéropolis, M. Perdrizet, accompagné de MM. Seyrig et D. Schlumberger, a exploré Tell-Amar et Arslan-Tech, au delà de l'Euphrate. Des monuments hittites et assyriens, datant du début du premier millénaire avant notre ère, ont été découverts. Certains bas-reliefs trouvés déjà à Tell-Amar sont à Constantinople et une statue a été expédiée au Louvre.
Sur rapport de M. Adrien Blanchet, au nom de la commission de Syrie et de Palestine, une somme de 10.000 fr. est attribuée au service des antiquités de Syrie pour être remise à M. Maurice Dunand, en vue de sa nouvelle mission dans le Hauran.
Séance du 23 octobre
M. Ch. Picard, qui fut jusqu'à ces dernières semaines directeur de l'Ecole d'Athènes, rend compte de l'activité scientifique de cette école en 1924-1925. A Délos, toute une opération de remblayage du lac inférieur a permis de découvrir un sanctuaire nouveau d'ordre dorique à l'Est de l'agora des Italiens. A Phéræ (Thessalie) une fouille est commencée, d'accord avec l'éphorie hellénique, dans un ancien sanctuaire de Zeus, un temple archaïque et un temple du quatrième siècle vont être explorés. A Thasos, des fouilles ont été entreprises aux abords de l'agora et dans la large rue dallée de marbre bordée d'édifices allant jusqu'au Bouleuterion, ainsi qu'au sanctuaire présumé de Poseidon et, au Sud de l'île; à Aliki, dont le temple, voisin de la mer, est du quatrième siècle, d'intéressantes sculptures et des inscriptions ont été mises à jour. A Philippius, a été entrepris un levé général des ruines. En Crète, à Mallia, on a mis à jour dans le palais une salle hypostyle minoéenne. A Téos (Asie-Mineure), a été poursuivi le dégagement du temple de Dionysos, répondant au plan d'Hermogène (architecte de Magnésie de Méandre). On a trouvé aussi un nouveau théâtre et plusieurs édifices sur l'acropole ; un levé a été entrepris.
Académie des Beaux-Arts
Séance du 7 novembre
M. H. Lemonnier présente une étude de M. Henri Dehérain, conservateur de la bibliothèque de l'Institut.
sur un architecte français, Louis Thibault, qui exerça son art au Cap de Bonne-Espérance de 1783 à 1815. Ancien élève du célèbre Gabriel, Thibault alla au Cap en 1783 comme militaire pour défendre la colonie alors possédée par les Pays-Bas contre une attaque anglaise Il s'y fixa. Il construisit plusieurs monuments publics et des villas privées dans la ville du Cap ainsi que dans ses environs. Plusieurs de ces monuments subsistent aujourd'hui encore. Thibault importa au Cap de Bonne-Espérance le style néo-classique, très différent du style néerlandais, alors dominant dans l'Afrique du Sud.
Séance du 14 novembre
M. Pierre Paris entretient l'Académie de la construction de la Casa Velasquez qui avance rapidement. Il signale notamment le don d'une très belle porte par le gouvernement espagnol.
M. Ch.-M. Widor, secrétaire perpétuel, lit une notice qu'il a consacrée aux « procès-verbaux de l'ancienne académie d'architecture », que publie M. Henry Lemonnier sous les auspices de la Société de l'Histoire de l'Art français.
Il annonce ensuite qu'une Américaine, Mrs. Newbold Edgar, vient d'offrir de sa propre initiative les fonds nécessaires à la réfection du grand orgue de Saint-Sauveur au Petit-Andely (Eure).
Cet orgue, l'un des plus beaux spécimens de la facture ancienne, est resté dans son état primitif. Il a été construit au début du dix-septième siècle, vers 1620, par un artiste dont on ignore le nom, pour l'abbaye cistercienne du Trésor.
A l'époque où fut construit cet orgue, une religieuse de cette communauté se nommait Suzanne de Saint-Simon. Les armes de cette famille étant reproduites sur le buffet de l'orgue, on en conclut qu'il dut être offert à l'abbaye par la famille de cette religieuse.
Séance du 21 novembre
L'Académie des Beaux-Arts a élu M. Moreau-Nélaton, en remplacement de M. Homolle, dans la section des membres libres.
M. Moreau-Nélaton, qui est à la fois un mécène et un artiste, a obtenu, au troisième tour, 23 voix, contre 6 à M. Stanislas Lami, 6 à M. A. Boschot, 1 à M. Schneider, 1 à M. Hourticq et 6 à M. Camille Bellaigue
Société de l'Histoire de l'Art Français
Séance du 3 juillet
M. Danis, grâce à des documents nouveaux, reconstitue la carrière de Kléber, architecte. Né à Strasbourg en 1753, le futur général de la I^e République vint à Paris, en 1772, où il fut peut-être l'élève de Chalgrin qui bâtissait alors Saint-Philippe-du-Roule.
Devenu soldat par coup de tête, il sert dans l'armée autrichienne jusqu'en 1785. A cette date, il s'installe à Belfort où il succède à son demi-frère, Martin-Burger, comme inspecteur des bâtiments sous les ordres de l'intendant d'Alsace. Il fournira les plans d'un certain nombre de constructions qui subsistent encore aujourd'hui. Redevenu soldat à la Révolution, Kléber fera pour la dernière fois œuvre d'architecte en donnant les plans du tombeau de Marceau, à Neuwied.
— M. Paul Jamot communique les observations qu'il a recueillies, lors de la récente exposition du Paysage
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français, en étudiant les vingt-deux peintures qui y figuraient sous le nom de Poussin. Quelques attributions sont insoutenables, mais, en revanche, des œuvres de grand intérêt ont été rapprochées et leur confrontation permet de fixer des points essentiels de chronologie.
* Séance du 6 novembre
M. Paul Vitry, au nom de M. Macon, lit et commente une lettre inédite du peintre Sauvage de Tournai (1747-1818), premier peintre du prince de Condé.
M. Vitry communique, d'autre part, des fragments de comptes relatifs au château de Chambord, retrouvés par M. Jusselin et M. Louis Jarry.
M. Marquet de Vasselot, d'après des renseignements communiqués par M. Dimier, établit que la carte de France en mosaïque, formant le dessus d'une table aujourd'hui au Louvre, dans la première salle de la Colonade, figurait, sous Louis XIV, à Versailles au Cabinet des Curiosités dont une Vie de Colbert par Sandraz de Courtil (Cologne, 1695) fournit la description.
M. Jean Vallery-Radot réhabilite Nicolas Cochin, l'ancien, considéré à tort comme un plagiare de Callot ; ses grandes estampes de cortèges et de cavalcades montrent au contraire, une personnalité intéressante.
MONUMENTS HISTORIQUES
Seine. — Lorsque Colbert résolut de se constituer un domaine digne de la puissance que lui donnait la faveur de Louis XIV, il acquit du duc de Fresnes, en 1670, la baronnie de Sceaux qu'il augmenta peu à peu jusqu'à posséder 700 arpents entourés de murs.
Si le château, construit par Colbert, et dont, fort heureusement, une estampe de Rigaud nous a conservé l'aspect, a été démoli à la Révolution, le parc, dessiné par Le Nôtre, avec ses beaux alignements d'arbres, ses bassins, ses eaux vives et
Parc de Sceaux.
quelques-unes de ses statues, subsiste intégralement et c'est merveille. C'est aussi des aménagements de Colbert que datent l'entrée avec ses pavillons carrés, sa grille et les groupes attribués à
Coysevox qui l'accostent, le charmant pavillon de l'Aurore qui doit son nom à la figure de la déesse du jour qu'y peignit Le Brun et dont, à travers des restaurations répétées et quelque peu excessives on peut encore admirer l'allégorie, l'orange-
SCEAUX. L'Orangerie.
rie, la balustrade des pintades, la maison de l'Intendance et le petit château où furent élevés les enfants de la duchesse du Maine.
Ce magnifique ensemble risquait fort de disparaître — qui peut conserver aux portes de la Capitale de si lourdes propriétés? — si la ville de Paris, dont on ne saurait trop louer, en la circonstance, l'intelligente prévoyance, n'avait décidé d'acquérir cette réserve boisée pour en faire un îlot de verdure dans ses extensions futures, nouveau Bois de Boulogne dans le plus grand Paris. Pour assurer, en outre, la conservation intégrale des beaux restes du domaine de Colbert, on vient de classer parmi les Monuments historiques : le pavillon de l'Aurore, la clôture ancienne du château (pavillons, pont, fossés, groupes attribués à Coysevox), l'orangerie, la balustrade des pintades, les trois bassins circulaires, le grand canal, le grand bassin de l'octogone.
La presse avait rapporté, il y a quelques semaines, l'opposition formulée par la Commission des Monuments au placement dans une chapelle de Notre-Dame du monument du cardinal Amette jugé hors de proportion avec l'entourage qu'on voulait lui donner. L'auteur, M. Hippolyte Lefebvre, s'est incliné devant les objections qui lui ont été présentées et ramènera son monument à de plus justes mesures.
Jean VERRIER.
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BULLETIN DES MUSÉES
UNE NATIVITÉ DE LUCAS DE LEYDE
donnée au Musée du Louvre
La Nativité, ou Adoration de l’Enfant Jésus (1), que M. Kleinberger vient d’offrir au Musée du Louvre, montre mieux encore qu’aucun autre ta-
des paysans, est, à vrai dire, ainsi strictement établie dans la répartition des personnages, une conception d’Hugo van der Goes, mais son sentiment d’intimité et sa poésie de conte populaire, l’idée d’anges (ou de gamins) chantant, dans la coulisse, un Noël, qu’accompagne, de l’autre côté de la com-
Cl. Serv. Phot. B.-A.
LUCAS DE LEYDE. La Nativité.
(Musée du Louvre)
bleau jusqu’ici connu, combien Lucas de Leyde se rattache, par-dessus l’enseignement de son maître, Cornelis Engelbrechtsen, aux tendances de la vieille école hollandaise. Elle le montre déjà par la richesse de son coloris, digne de celui du Maître de la Vierge entre les Vierges, par l’ampleur de ses draperies, semblables aux draperies épaisses et souples de Gérard de Saint-Jean, elle le montre par le type du visage de l’un des bergers qui s’apparente aux types de Jérôme Bosch. La conception même de cette scène où figurent, avec la Vierge et saint Joseph, des anges adorant, et, dans un coin,
(1) H. 0,44. L. 0,58. Bois.
position, le son champêtre de la cornemuse, dérivent de l’art des Pays-Bas septentrionaux; l’aspect fantastique et féerique, que donne l’éclairage artificiel à la représentation de la Nuit Sainte, est une invention de Gérard de Saint-Jean. Celui-ci, dans le célèbre et merveilleux tableau de l’ancienne collection Kaufmann (aujourd’hui à la National Gallery de Londres), n’a pas tant, il est vrai, cherché, par le jeu des rayons et des ombres, un effet pictural, qu’il n’a voulu faire mystiquement émaner de l’Enfant divin lui-même la lumière. Moins poète et plus éloigné de l’esprit du Moyen-Age, Lucas de Leyde ne s’est pas borné à ce thème mais, en dramaturge, il a en outre placé, comme une rampe,
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BEAUX-ARTS
en bas à droite et presque hors des limites du cadre, un large foyer de flammes, pour allonger, contrarier, et faire vaciller, sur le fond de son tableau, les ombres de ses personnages, pour animer toute la scène d'un mouvement fantomatique; il y a là du Shakespeare; on sent le contemporain d'un Mathias Grünewald; c'est un pas vers l'imagination de Rembrandt, ou du moins vers l'imagination et la facture des luministes du début du xvie siècle, comme Gérard Honthorst, qui importèrent peut-être en Italie le fantastique de ces fortes oppositions, s'ils lui empruntèrent la façon de faire servir le clair-obscure à l'expression des sentiments. Ce thème de l'Adoration nocturne de l'Enfant, que créa le génie du vieux Gérard, fit fortune dans les Pays-Bas du Nord, et cela se conçoit aisément: il offrait matière au tempérament coloriste des peintres de Harlem, de Leyde ou d'Amsterdam; à Anvers, à la fin du xve siècle, s'en empara le maître du triptyque Morrison; Jan Joest de Calcar, au début du xvie, l'introduisit à Cologne, où le reprit Barthel Bruyn, et d'où Baldung Grien l'importa à Fribourg. Mais, seul, Lucas de Leyde sut le renouveler par l'idée théâtrale et la grande silhouette hardie du saint Joseph, drapé de rouge, faisant écran à la lumière, ainsi que par la promenade des ombres, qui mystérieusement reculent le fond de son décor. A la grange traditionnelle, à la charpente de bois ouverte sur l'obscur cam-pagne, il a encore substitué la pierre massive d'une belle architecture, dont un pan seulement s'est écroulé, dans un angle, pour qu'apparaisse, d'autant plus noire et tragique, la nuit du dehors; et de ce mur ruiné se détache un étrange bas-relief qui augmente encore l'apparence étrangement antique de la scène: sous une courte arcade s'affrontent deux personnages accroupis des deux côtés d'une colonne qui peut-être figure l'arbre de vie. Quant aux anges, si les petits garçons sages, qui chantent à droite, sont encore, bien que plus comiquement réels, parents des angelots chers aux vieux maîtres, si, mieux, ils sont les frères de ceux que peignent alors Quentin Metsys ou Jacob van Ostsanen, les anges adorant, que l'on voit au centre du tableau, sont nus comme des Amours, ce sont de véritables putti à la mode italienne, et tels que ne les conçoivent même pas encore Van Orley, ni Mabuse.
Ce mélange d'éléments traditionnels et de nouveautés, dans notre tableau, nous permettra-t-il de dater exactement celui-ci dans la carrière si courte de son auteur (1494-1533)? La chronologie de Lucas de Leyde ne nous semble malheureusement pas bien fixée, et les critiques sont loin d'être d'accord sur elle. Cet artiste fut d'une précocité étonnante; certaines des planches de sa seizième ou de sa vingtième année sont parmi les plus belles, et rien, dans l'histoire de l'art, n'est plus déconcertant. L'influence de Dürer, qu'il recontra à Anvers en 1521, s'est pourtant bien aupara-vant exercée sur lui par l'étude des estampes de ce maître, et l'influence du «romanisme», qui deviendra prépondérante, chez Lucas de Leyde, à partir de son voyage avec Mabuse dans les Flandres en 1527, semble s'être également fait sentir à lui, dans les années précédentes, par l'œuvre gravé de Marc-Antoine.
Ses peintures sont peu nombreuses, et, sauf exception, de dates incertaines. Ses dessins eux-mêmes sont tantôt serrés et inflexibles, tantôt larges et robustes avec quelque incertitude, et ne paraissent pas cependant appartenir, les uns ni les autres, à des époques essentiellement différentes. L'effet si rare de lumière, que nous admirons dans le tableau donné par M. Kleinberger, se retrouve dans le Loth et ses filles, que possède déjà le Musée du Louvre et qui, sans doute, devrait être à peu près daté de la même façon; mais M. Friedländer et M. Beets placent ce dernier tableau en 1514, tandis que le Dr Winkler le réclame pour la dernière période de l'artiste. Nous pencherions volontiers vers l'opinion des deux premiers critiques, car, pour d'autres raisons, la Nativité ne nous semble pas pouvoir être classée postérieurement à 1520-1521. Les influences des vieilles traditions néerlandaises nous paraissent, en effet, l'emporter, chez elle, sur les influences des romanistes, et même de Dürer; aucune influence de Mabuse en tout cas ne s'y révèle. Elle est antérieure, pensons-nous, à la Vierge avec sainte Madeleine de Munich, qui est de 1522. Elle se rapprocherait davantage de la Madone de Berlin, dont le coloris, de l'avis de tous, serait caractéristique de la période 1515-1520; le voile blanc de cette Vierge, sa robe bleu foncé et son manteau cramoisi composent une harmonie bien voisine de celle de notre tableau, où le voile et la robe bleue de la Vierge s'opposent au rouge pon-ceau du manteau de saint Joseph; de plus, les figures des anges, avec leurs airs naïfs et comiques, et le dessin si étrangement bombé de leurs joues, sont ici et là absolument identiques. La draperie rouge du Saint Jérôme de Berlin, de 1515, nous donnerait aussi, pour le coloris, un point net de comparaison. D'autre part, et bien que l'argument soit fragile, comme tout argument fondé sur des ressemblances de physionomies, le visage du joueur de cornemuse, qu'on voit dans notre Nativité, nous semble (malgré sa grimace) si proche du portrait de Lucas de Leyde par lui-même, conservé au Musée de Brunswick, qu'il serait impossible d'éloigner beaucoup les dates de ces deux œuvres; or, si même on ne prend point en considération
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l'indication d'une ancienne gravure, qui placerait ce portrait en 1510-1511, il faut reconnaître, avec Dülberg, qu'il ne saurait être postérieur à 1519. Parmi les dessins de Lucas de Leyde, l'étude de femme du British Museum, aussi datée de 1519, plus molle que les études de têtes postérieures à cette date, est, à notre avis, le plus proche, par le modelé, du visage de notre Madone, sous les traits de laquelle on sent comme l'esquisse large du fusain. Les mains déjà bien en chair, mais sans exa-
Cl. Serv. phot. B.-A.
LUCAS DE LEYDE. Les Filles de Loth.
(Musée du Louvre)
gération, de cette Madone, ainsi que celles du joueur de cornemuse, ne semblent pas indiquer l'influence de Dürer telle qu'elle s'exerce sur Lucas en 1521. D'autre part, autant que les estampes peuvent nous servir d'étalons, c'est encore dans le Grand Calvaire de 1517, par exemple, ou dans la Marie-Madeleine se livrant aux plaisirs du monde de 1519, que nous trouverons les meilleurs points de comparaison. Notre Madone est bien plus proche de la Madone de 1514 (B. 83) que de celle de 1523 (B. 84).
Cette belle Nativité est donc un exemple du génie strictement hollandais de Lucas de Leyde, avant qu'il n'ait été touché par la Renaissance italienne et qu'il n'ait tourné son légitime effort vers la compréhension de ce qu'elle apportait, avant qu'il n'ait en lui-même nourri l'idéal de progrès qui devait enfanter l'art de la fin du xvie siècle; elle se rattache intimement aux traditions du xve, et, chose importante et curieuse, par dessus les romanistes même aux efforts de qui devait participer son auteur, elle semble annoncer par le dramatique de la conception, ainsi que par la largeur de la facture, quelque chose de l'art postérieur, de l'art du xviiie siècle.
Louis DEMONTS.
MUSÉE DU LOUVRE
Peintures et Dessins
Une très importante acquisition vient d'être réalisée par le Musée à la vente Castiglioni à Amsterdam. Il s'agit de la Résurrection de Lazare, de Nicolas Froment, de l'ancienne collection Kaufmann, qui avait figuré en 1904 à l'Exposition des Primitifs français. Nous y reviendrons prochainement.
Objets d'Art
Mme Alfred Heymann, qui s'était spécialisée dans la collection des lunettes et lorgnettes anciennes et avait publié en 1911 un beau volume sur cette matière, préfacé par Georges Lafenestre, a légué au Musée du Louvre une série de onze lorgnettes du xviiie siècle avec un joli dessin de Boilly représentant des mains tenant une lorgnette. L'ensemble de ce don est exposé depuis peu dans une vitrine des salles de la Colonnade.
Le Musée de Cluny a reçu, de son côté, une importante vitrine de lunettes et d'étuis à lunettes, le Musée des Arts Décoratifs une série de lorgnettes des xviiie et xixe siècles et le Musée Carnavalet a bénéficié également de générosités du même genre pour son Musée du Costume.
Antiquités égyptiennes
Les fouilles exécutées en Egypte, sous la direction de M. Georges Foucart, par les Membres de l'Institut Français d'Archéologie orientale ont été particulièrement actives au cours de ces dernières années, et le Département égyptien du Louvre s'est vu attribuer, à la suite d'un accord de partage intervenu entre M. Lacau, directeur du service des Antiquités, et M. Georges Bénédite, un lot important des objets qu'elles ont mis au jour. Il a recueilli ainsi toute une série de bronzes, bois, verres, lampes, poteries, etc., trouvés en 1921-1922 par MM. Henne et Bisson de la Roque à Tell-Edfeu, sur l'emplacement de l'ancienne Apollinopolis magna; le site est de ceux qui ont été habités jusqu'à une époque très tardive, en sorte qu'un très grand nombre de ces pièces viendront fort opportunément et fort heureusement compléter la salle des Antiquités chrétiennes d'Egypte en cours d'installation dans le Pavillon
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BEAUX-ARTS
voisin de celui qui abrite le Mastaba et la sculpture de l'Ancien Empire : cette même salle recevra aussi deux grandes fresques à décor géométrique, provenant du couvent de Baouit (vie siècle après J.-C.), dont la découverte est due au regretté Jean Maspero. Par ailleurs, la campagne conduite en 1922-1923 à Déir-el-Medineh par M. Bruyère n'a pas été moins fructueuse, et le Département égyptien se trouve acquérir de cette façon d'intéressants morceaux de la seconde époque thébaine, en particulier, trois ostraka à représentations, parmi lesquelles une scène de chasse, et surtout deux grandes stèles à trois registres, l'une en calcaire et l'autre en grès, dont les dédicataires portent le titre, assez peu expliqué encore, de « sodem-ashou » de cette partie de la nécropole thébaine appelée la « Place de Vérité ».
Enfin les fouilles dirigées l'hiver dernier à Médamoud, près de Thèbes, par MM. Bisson de la Roque et l'abbé Drioton ont abouti du premier coup, comme l'on sait, à de très importantes découvertes. Il était légitime que le Département égyptien en
Statue de Senousrit III Art égyptien du Moyen Empire. (Musée du Louvre)
cût sa large part, puisque c'est pour le compte du Louvre que M. Bénédite avait demandé et obtenu la concession d'un chantier dont il pressentait depuis longtemps l'exceptionnel intérêt ; mais l'événement, ici, a dépassé toutes les espérances, et
les deux statues en granit gris du roi Senousrit III qui ont été retrouvées, en même temps que le masque très mutilé d'une troisième, dans les substructions du temple ptolémaïque de Médamoud, outre qu'elles sont extrêmement précieuses pour l'iconographie royale de la XIIe dynastie — laquelle n'était pas représentée au Louvre jusqu'ici — peuvent compter parmi les meilleurs spécimens de ce réalisme direct, et quelque peu brutal parfois, qui caractérise l'art du Moyen Empire. A cet égard, le fragment de masque dont nous donnons la reproduction n'est pas très éloigné d'être un chef-d'œuvre : quant à la statue assise, elle est d'une expression volontairement adoucie, à ce qu'il semble, et tout porte à croire que nous avons affaire ici à des effigies qui visaient à représenter le roi à différents âges de sa vie.
Charles Boreux.
QUELQUES DESSINS DE MADAME HAUDEBOURG-LESCOT au Musée de Louvre
Le Musée du Louvre ne possédait aucun dessin de Mme Haudebourg-Lescot. Il vient d'en acquérir onze qu'il est assez facile de dater.
Née en 1788, Mlle Lescot était encore fort jeune, lorsque, au dire de Charles Blanc, elle se fit remarquer comme danseuse dans les quadrilles de Treniz, Violette et Dupaty. « On l'avait admirée quoique elle ne fût ni belle, ni même jolie, mais on s'explique ses succès quand on a vu son portrait par Ingres, ce délicieux crayon où elle est à la fois laide et ravissante, les yeux louche et le regard charmant, la bouche mal faite, mais tendre
Masque royal. Art égyptien. XIIe dynastie. (Musée du Louvre)
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et provoquante. Ce dessin, qui appartenait alors à M. le comte de Montgermont, a figuré en 1913 (no 338) à l'exposition de David et de ses élèves.
Mlle Lescot connut Ingres à Rome. Elle y avait suivi Guillon-Lethière, qui venait d'être nommé directeur de l'Académie de France et qui, dit-on, ne se contentait pas d'être son professeur. Reçue chez le préfet de Rome, le comte de Tournon, elle avait fait son portrait. Elle nous a laissé plusieurs croquis fort amusants de Lethière : tantôt, enveloppé dans une vaste houppelande pour se défendre contre les aigres froids romains, il dessine à la lampe (Musée du Louvre), tantôt, dans un croquis qui nous appartient, débraillé, en bras de chemise, il fume sa pipe, tantôt (collection P. Gubourg), bien peigné, le regard haut, il est très fier d'être le bel homme qu'ont représenté Ingres et David.
Mlle Lescot se souvient d'Ingres en ses dessins; son trait est net, franc; il enveloppe la forme, mais chez elle il a plus de mollesse; il se laisse aller; Mlle Lescot insiste sur une ombre, et pose un frottis, comme les dessinateurs du xvième siècle, en inclinant son crayon. Parfois l'anatomie d'une main n'est pas très sûre; le volume d'un pied manque de consistance, mais n'importe, ces croquis sont toujours spirituels et tel de ses enfants fait penser aux petits bonshommes de Boilly.
Mlle Lescot, chaque année, envoyait au Salon des scènes d'Italie. Elle cultivait ce genre qui fit le succès des Schnetz, des Léopold Robert, des Granet, des Bodinier. Parmi les dessins du Louvre nous pouvons identifier un croquis pour son tableau de 1810, Une station de Pifferari devant une Madone, pour ceux de 1812, Une Frascatone en prière devant une Madone et Un Escamoteur, pour celui de 1819, Un petit joueur de marionnettes.
Cl. Serv. phot. B.-A
Mme HAUDEBOURG-LESCOT. Croquis d'enfant (Musée du Louvre)
Nous trouvons aussi dans ce lot un mandoliniste et une Frascatone, des portraits de femme.
Lethière quitta Rome en 1820; il semble que Mlle Lescot soit rentrée en France à cette époque. En tout cas, elle épousa la même année l'architecte Haudebourg (1788-1849). L'avait-elle connu à Rome? c'est possible. Haudebourg publia, avec Suys, une étude sur le palais Massimo et plus tard (1838) un essai de restauration du Laurentin, la maison de campagne de Pline le Jeune. Les dessins du Louvre semblent avoir été tous exécutés entre 1811 et 1820, c'est-à-dire durant le séjour romain de Mlle Lescot.
Mme Haudebourg continue à prendre des sujets de genre, à lithographier les types italiens; elle exécute quelques bons portraits; celui de sa mère, dit Charles Blanc, fit sensation en 1824. Aussi figure-t-elle — un peu derrière Lethière — dans le tableau du Louvre où Heim a représenté le Roi Charles X distribuant les récompenses aux artistes à la fin du Salon de 1824.
Cette ancienne danseuse mériterait une place dans la galerie des maîtresses d'artistes devenues artistes elles-mêmes. Ses crayons, acquis par le Louvre, auront un intérêt documentaire.
Louis HAUTECOEUR.
Mme HAUDEBOURG-LESCOT. Portrait de Lethière (Musée du Louvre)
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MUSÉE DES ARTS DECORATIFS
Nous avons annoncé le legs fait par Mme A. Heymann à la fois aux Musées Nationaux et au Musée des Arts Décoratifs d'un certain nombre de pièces de son importante collection de lorgnettes anciennes.
Un legs de M. Catenacci, architecte, fera entrer, d'autre part, au Musée différentes pièces de mobiliers, un baromètre xviie siècle, une table guéridon marquetterie et bronze 1860, un chauffe-main persan du xive siècle, divers éventails, bijoux, etc. Un legs de Mme Wendling y apportera aussi quelques meubles, miniatures, bijoux et pièces d'orfèvrerie.
Le Musée a reçu également de M. David Weill un bas-relief en bronze xviiie siècle, du Dr Contenau une collection de verreries des xvie et xixe siècles, 13 sonnettes, 2 pots de pharmacie du xviiie siècle et un nécessaire à ouvrage en émail et vermeil 1830; de M. le comte de Bryas deux devants d'autel xviiie siècle en soie brodée, enfin de MM. Roger et Marcel Martin du Gard une soixantaine de céramiques diverses des xviiie et xixe siècles.
A propos de l'Ex-voto milanais DU MUSEE DE NIMES
Les ex-voto signalés par MM. Dimier et Salomon Reinach (Voir Beaux-Arts, no 18, p. 294) ne sont pas les seuls connus. Parmi les tableaux de la collection Campana entrés au Louvre en 1863, existait une réplique (catalogue Cornu, no 524, Reiset, no 221) qui a été envoyée en 1876 au Musée du Mans, où elle se trouve encore. L'inscription est semblable: EGO. IO. BAPT. PUSTERULA. EQVES. PRECIBUS. TVIS. GALLICAS. MANUS. EVASI. Les attributs que porte la religieuse — qui ne nous paraît pas être une dominicaine — sont identiques.
L'intérêt de cette réplique vient d'une autre inscription placée près de la figure féminine, MARIA CATRINA BUGORA. Reiset la nomme la Bienheureuse Marie-Catherine Bugora. Peut-être ce détail permettra-t-il à un historien italien de découvrir l'origine du tableau et de connaître l'épisode des guerres d'Italie auquel fait allusion cet ex-voto à plusieurs exemplaires.
Louis HAUTECOEUR.
MUSÉE ARCHÉOLOGIQUE DE CHATEAUROUX
La vieille église des Cordeliers, à Châteauroux, est aujourd'hui transformée en Musée archéologique. Sa restauration, exécutée sous la direction de M. A. Mayeux, architecte en chef des Monuments Historiques, est à peu près terminée: les murs ont été consolidés, le sol débarrassé des immondices qui l'encombraient; les fenêtres ont été garnies de vitraux, et l'on a même réussi à remonter dans la rose centrale de la grande fenêtre du chevet le beau vitrail du xime siècle, représentant le Jugement Dernier, qui avait été démonté et conservé au Musée du Trocadéro.
C'est dans le vaisseau de cette église qu'ont été placés divers morceaux de l'époque gallo-romaine trouvés dans le département, des autels, — notamment une belle pierre consacrée au dieu gaulois Cernunnos, — plusieurs stèles, avec la représentation du mort dans ses occupations journalières; des tombeaux mérovingiens, et parmi les sculptures du moyen âge, de très beaux fragments provenant de l'abbaye de Déols, récemment étudiés par M. Jean Hubert dans sa thèse de l'Ecole des Chartes; un morceau de tympan représentant le Christ en majesté, l'extrémité d'un linteau figurant la Cène, des chapiteaux à personnages sculptés, intermédiaires entre l'art de la Bourgogne et celui de l'Ile-de-France au milieu du xme siècle, et un très beau tombeau d'abbé, du xme siècle, avec, aux pieds, un petit bas-relief figurant deux moines récitant les prières des morts, exemple assez rare de cette figuration pareille à celle des pleurants.
On a exposé à côté de ces fragments le plan de l'abbatiale de Déols, relevé par M. Jacques Barge, d'après les fondations récemment découvertes.
Le Musée a été inauguré cet été, et l'archiviste, M. E. Hubert, qui est chargé de sa conservation, prépare le catalogue des objets exposés.
Stèle funéraire gallo-romaine,
(Musée archéologique de Châteauroux)
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MUSÉE DU BERRY
Le Tombeau du duc Jean
Un document important se voit depuis peu dans les salles du Palais Jacques Coeur, abandonné par les tribunaux et destiné à entrer après sa complète restauration au musée berrichon. Il s'agit de la restitution du tombeau de Jean de Berry entreprise par le regretté Paul Gauchery, ingénieur architecte, à Vierzon, dès 1892, et appuyée sur des études minutieuses d'érudition dont les résultats avaient été publiés par lui (1).
La maquette en plâtre, grandeur d'exécution, exécutée par ses soins, en 1924, a été donnée par lui au Musée du Berry qui l'a mis en dépôt dans une des salles du Palais Jacques Coeur.
Le restaurateur archéologue, soigneux et érudit, avait à sa disposition pour exécuter ce travail :
1° Un procès-verbal de translation (2), dont les détails techniques avaient lassé la patience de Raynal qui le reproduit dans son Histoire du Berry (2) ;
2° La table de marbre noir qui couronnait le mausolée et supporte encore le gisant conservé dans la crypte de la cathédrale, et dont les dimensions permettent la vérification des mesures ;
3° Les 18 statuettes de pleurants, connus jusqu'ici et conservés pour la plupart au Musée ;
4° 3 fragments d'albâtre, déposés au Musée de Bourges, savoir : un pied droit séparant deux niches du grand côté ; un débris de dais, couronnant une niche du petit côté ; un piédestal trian-
gulaire supporting une statuette et sur lequel se trouve le chiffre du duc.
Il existe en dehors de ces fragments et également au musée, un morceau d'albâtre ajouré, provenant d'un des côtés du dais qui abritait la tête du gisant et un petit fragment du revers de ce dais en marbre blanc représentant trois apôtres endormis.
en 1756, pour faciliter le transport du tombeau de la Ste-Chapelle à la crypte de la cathédrale. La démolition de ce tombeau fut décidée en 1793, à la suite de la proposition du procureur général syndic.
(2) Histoire de Berry, par Raynal.
(1) Voir les ouvrages: A. de Champeaux et Paul Gauchery. — Les Travaux d'art exécutés par Jean de France, duc de Berry. H. Champion, 1891. P.P. 34 à 48.
Le palais du duc Jean et la Sainte-Chapelle de Bourges. Nouveaux documents sur leur état primitif, leur mutilation et leur destruction, par Paul Gauchery. Société des Antiquaires du Centre, XXXIXe vol., XLe vol.
(2) Ce procès-verbal signé de Trézaguet avait été dressé