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3e Année. — Numéro 19
15 Novembre 1925
BEAUX-ARTS
REVUE D’INFORMATION • ARTISTIQUE •
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LE MUSÉE DE MARINE
Il a été beaucoup question du Musée de Marine cet été, pendant la période réservée, dans la presse, au récit des exploits du grand serpent de mer, aux « campagnes » de second intérêt et aux « enquêtes » de omni re scibili. On finissait par oublier que, détaché administrativement des Musées nationaux et versé « pour ordre » au Ministère de la Marine, il occupait toujours à peu près un demi-étage du Vieux Louvre. Une commission interministérielle, réunie pour aviser au meilleur emploi des immeubles appartenant à l’Etat, à leur reclassement et à l’aliénation de ceux qui paraîtraient notoirement inutiles ou mal utilisés, exprima un beau jour le vœu de voir transférer le Musée de Marine en d’autres lieux et de préférence dans un port : il est peu probable, cependant, que la commission ait envisagé de louer à des familles nombreuses, ou d’affecter à de nouvelles institutions mieux en cour, le deuxième étage du Louvre et il faut bien croire que c’est le souci du développement des collections nationales qui l’y poussait. Elle eût bien fait, pendant qu’elle y était, de pousser jusqu’au pavillon de Flore et de s’inquiéter de l’annexe provisoire du Ministère des Finances qui s’y incruste.
Cependant, des quatre points cardinaux, de Dunkerque à Toulon, des ambitions s’émerrent et se disputèrent l’honneur d’héberger le Musée de Marine. Brest, Marseille, Le Havre se mirent à solliciter le gouvernement par l’intermédiaire de leurs municipalités, de leurs députés, maires ou sénateurs. L’un invoquait ses gloires maritimes, ses écoles, l’autre les prélèvements opérés anciennement dans les collections maritimes de son arsenal et qu’il serait juste de réintégrer. On projeta l’édification ou l’affectation de bâtiments somptueux. Le Havre mit en ligne son hôtel Frascati, magnifiquement situé à l’entrée du port, où l’on avait pensé mettre une caserne des Douanes. La ville se déclarait prête à l’acheter et à le mettre gratuitement à la disposition de l’administration.
Mais d’autres cloches se firent entendre et, comme jadis déjà, lorsqu’il avait été question d’un déplacement moins lointain (il ne s’agissait que des Invalides), les défenseurs du Musée réclamèrent vivement son maintien à ce qu’ils considèrent comme une place d’honneur, consacrée par une possession séculaire. Le Musée de Marine fut installé, en effet, dans ses locaux sous la Restauration ; mais déjà des modèles de navires occupaient, avant la Révolution, certaines pièces du palais du Louvre dépendant de l’ancien Ministère de la Marine.
Songeons, du reste, que le Musée de Marine est une institution nationale et une réunion de documents unique, infiniment précieuse au point de vue historique et technique. Il serait vraiment fâcheux et impolitique de le diviser ou de l’exiler. Il n’en reste pas moins qu’il n’est pas à sa place au Louvre et que ses salles nombreuses et susceptibles d’un aménagement facile en salles de peinture par l’éclairage supérieur, seraient des plus utiles au développement des collections d’art auxquelles le palais entier devrait être consacré. Le département des peintures est tout indiqué pour y installer les séries de peintures du xixe siècle actuellement coupées en trois ou quatre morceaux. Déjà la collection Thomy-Thiéry et certaines suites modernes occupent au second étage de la Colonade des salles qui furent autrefois reprises au Musée de Marine. La collection Chauchard qui est logée à un kilomètre de là pourrait en être rapprochée, et la collection Moreau-Nélaton qui fait antichambre au Pavillon de Marsan, venir les rejoindre. Un magnifique ensemble de l’école de 1830 se trouverait ainsi constitué, auquel feraient suite les tableaux plus récents déjà groupés au premier étage, dans les anciennes salles de dessins et ceux que le Luxembourg remanié va obligatoirement céder bientôt au Louvre.
Mais que faire des bateaux ? Les Invalides qui s’offraient à eux autrefois sont combles aujourd’hui. On avait songé à les loger dans les bâti-
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ments mêmes de la place de la Concorde où les bureaux du Ministère leur auraient cédé la place. Mais il faudrait construire un nouveau ministère! A Vincennes, le Musée de la Guerre a occupé l'ancien pavillon de la Reine et songe au pavillon du Roi d'où l'Ecole d'Intendance militaire n'a pas encore, du reste, déménagé et ne se laissera peut-être pas aisément expulser. Pourquoi ne pas penser aux magnifiques et spacieux bâtiments de la place d'Armes de Versailles, la Grande ou la Petite Ecurie? Versailles n'est pas port de mer, mais il est à la porte de Paris et quel plus bel entourage trouver pour un musée d'histoire? L'épigraphie de Louis-Philippe A toutes les gloires de la France s'étendrait aussi bien aux collections maritimes qu'aux séries iconographiques abritées dans le palais même, et, d'ailleurs, l'espace nouveau mis à la disposition du Musée de Marine dans les constructions de Mansart, que le public serait ainsi admis à apprécier, lui permettrait un développement impossible dans les locaux actuels. Comment monter au second étage du Louvre les ancres, les bouées ou les torpilles de la dernière guerre? Comment exposer les modèles des sous-marins et des nouveaux transatlantiques dans des salles trop pleines déjà pour la marine de Louis XIV?
Paul Vitry.
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NOUVELLES
- La Direction des Musées nationaux. — Nous avons annoncé dans notre dernier numéro la nouvelle, qui nous était arrivée au cours de son impression, de la retraite de M. Jean d'Estournelles de Constant qui occupait, depuis six ans, le poste de directeur des Musées nationaux et de l'Ecole du Louvre, après avoir rempli pendant de longues années à la Direction des Beaux-Arts ceux de chef du bureau des théâtres, puis de chef de division. On sait l'importance des travaux de réinstallation qui s'accomplirent au Louvre sous sa direction et, d'autre part, la création, à laquelle il s'intéressa avec une activité particulière, à côté de l'Ecole du Louvre, d'un cours public et gratuit d'histoire de l'art, de conférences-promenades dans le Louvre et les différents musées nationaux, de conférences pour le grand public sur des sujets variés. Ces diverses institutions aujourd'hui en pleine activité se poursuivront certainement avec fruit.
Par décret en date du 21 octobre, M. Henri Verne, chef du secrétariat de la direction des Musées nationaux a été nommé directeur à la place de M. d'Estournelles de Constant et M. Jaujard homme de lettres, chef adjoint du cabinet de M. Painlevé, a été nommé à la place de M. Verne.
- Nominations. — Par décret, en date du 26 octobre, MM. Bourguignon, conservateur de Malmaison, d'Esparbès, conservateur du palais de Fontainebleau, et Sarradin, conservateur du palais de Compiègne, ont été noumés conservateurs des Musées nationaux et maintenus dans leurs postes respectifs.
- M. Bourguignon est chargé, en outre, de la conservation de la maison de Bonaparte, à Ajaccio.
- M. Lemaitre, conservateur du palais de Pau, a été nommé conservateur adjoint des Musées nationaux et maintenu dans son poste actuel.
- Par arrêté ministériel, en date du 21 octobre, M. Jacques Beltrand, artiste graveur, est nommé membre du conseil supérieur des Beaux-Arts, en remplacement de M. Waltner, décédé.
- Au musée Condé. — Dans la dernière assemblée trimestrielle, tenue le 21 octobre par l'Institut de France, M. le maréchal Pétaïn a été élu conservateur du musée Condé, à Chantilly, en remplacement de M. Elie Berger, décédé.
- Remise des récompenses et clôture de l'Exposition des Arts décoratifs. — La cérémonie de la remise des récompenses a eu lieu le 26 octobre en présence du président de la République dans le cadre majestueux du Grand Palais. Après l'audition des discours prononcés par MM. Fernand David, commissaire général; Dunant, ministre de Suisse, président des commissaires étrangers; Delbos, ministre de l'Instruction publique; Chaumet, ministre du Commerce, M. Doumergue procéda lui-même à la remise du palmarès aux commissaires étrangers et aux présidents de groupes.
Le dimanche 8 novembre a été la dernière journée de visite publique de l'Exposition. La foule s'y pressait encore et le succès se maintint jusqu'au bout. Les travaux de déménagement et de démolition sont aujourd'hui commencés.
- Monuments commémoratifs. — Le 20 octobre, un monument, œuvre des sculpteurs André Le Roy et Sauchez a été inauguré dans le Jardin colonial de Nogent-sur-Marne en mémoire des tirailleurs malgaches, morts au cours de la guerre.
- L'Ecole Polytechnique a élevé dans sa cour d'honneur un monument destiné à commémorer le souvenir de ses élèves tombés au champ d'honneur. Une Victoire en bronze, aux ailes déployées, œuvre du regretté sculpteur Ségoiffin, couronne le monument dont la partie architecturale est due à M. Umbdenstock.
- M. Ambroise Vollard vient d'offrir à la ville d'Aix-en-Provence une fontaine Cézanne qui sera adossée au mur de l'hôpital non loin de l'ancien atelier de l'artiste. Le peintre Georges Rouault en a composé l'architecture qui comportera deux bas-reliefs de Renoir: Le Bain des nymphes et le portrait de Cézanne.
- Le Centenaire de Charles Garnier. — La Société centrale des Architectes a tenu à célébrer le centenaire de Charles Garnier qui fut autrefois son président. A cette occasion, une cérémonie a eu lieu le 7 novembre, à 15 heures, dans le foyer de l'Opéra sous la présidence du ministre de l'Instruction publique, des discours ont été prononcés par M. Nénot, au nom des amis de Garnier et par M. Tournaire, au nom de la Société centrale des architectes. Le soir, au cours d'une représentation de gala, le buste de Charles Garnier a été couronné.
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D'autre part, au Musée des Arts décoratifs, s'est ouverte ces jours-ci une exposition relative à l'œuvre de Charles Garnier et de ses collaborateurs, peintres et sculpteurs.
Donation américaine. — Un citoyen américain, M. Ethan Allen Dennison, au nom des anciens élèves américains de l'atelier Laloux, vient de faire don à l'Ecole des Beaux-Arts d'une somme de cent mille francs dont les revenus seront affectés à la fondation d'un prix annuel dénommé : « Prix des anciens élèves américains de l'atelier Laloux. »
Trouvailles archéologiques. — Des travaux de construction, entrepris aux environs de Bizerte, ont provoqué la mise au jour de nombreux vestiges romains : pierres tombales, gargoulettes, sarcophages, etc.
— On vient de découvrir à Luxeuil, sur la place Saint-Martin, plusieurs sarcophages remontant aux époques mérovingienne et carolingienne. Des fouilles antérieures avaient révélé qu'en cet endroit se trouvait le cimelière de l'antique Luxovium. Les tombes chrétiennes s'y superposèrent à celles de la période gallo-romaine et c'est de là que proviennent un grand nombre des pierres tumulaires conservées à Luxeuil dans la galerie des Bains.
— On a annoncé enfin tout récemment la découverte à Fréjus, dans les fouilles d'une villa appartenant à M. Marcel Giraud, d'une statuette égyptienne en bronze, fort bien conservée, représentant le dieu Amon.
Les Fouilles de Vaison. — Au cours de l'assemblée des « Amis de Vaison » qui a eu lieu récemment à Vaison-la-Romaine, M. l'abbé Sautel a donné lecture d'un rapport concernant les fouilles exécutées pendant le courant de l'été.
Le dégagement du théâtre et des maisons romaines de la colline de Puymin a été activement poursuivi et a mis au jour divers appartements dont il a été possible de reconnaître la distribution. Au cours des fouilles, on a découvert une très belle tête de statue en marbre.
Enfin, l'assemblée a admis le principe des moulages des statues conservées au musée de Vaison que réclament de nombreux musées de France et de l'étranger.
Le Centenaire du Musée de Norwich. — Les 23 et 24 octobre dernier ont été célébrées en Angleterre les fêtes du centenaire de la fondation du Musée de Norwich. Organisées sous la présidence du due d'York, par le maire de Norwich, M. Frank Leney, conservateur du Musée, et M. P.-M. Turner, ces fêtes avaient groupé, avec les représentants des grands musées anglais, nombre de ceux du continent, notamment M. Hulin de Loo (de Gand), M. Bautier (de Bruxelles), et nos compatriotes MM. Jean Guiffrey et Paul Jamot, du Louvre. Une importante exposition avait été organisée en l'honneur de l'école du paysage de Norwich, fondée par John Crome, où avaient été réunis notamment une série de tableaux français depuis Claude Lorrain jusqu'à nos contemporains.
Au Musée du Prado. — Continuant la série de ses travaux de réorganisation, dont nous avons déjà eu l'occasion d'entretenir nos lecteurs. (V. Beaux-Arts, N° du 1er juin 1924), le Musée du Prado vient d'inaugurer quatre salles et un grand escalier conduisant au premier étage.
En attendant que le toit de la grande galerie soit refait, ces nouvelles salles abritent diverses œuvres de l'Ecole espagnole des xvie et xviiie siècles, notamment des toiles de Murillo et de Ribera, que prochainement viendront rejoindre les tableaux donnés au musée par le roi d'Espagne, le duc d'Albe, le marquis de Conullas, le comte de Romanones et le comte de la Cimera.
Une copie d'un carton de Conrado Giaquinto, exécutée par Luca Giordan et traduite en tapisserie par la fabrique de Santa Barbara, découpe le plafond du nouvel escalier. Sur les murs ont été placées des toiles du Titien et de Ribera qui rehaussent admirablement l'architecture de l'escalier.
— Signalons encore la mise en place récente dans la salle du musée réservée au Greco d'un nouveau tableau du maître. Il s'agit d'une œuvre restée longtemps ignorée et pour ainsi dire cachée dans les galeries du collège de Monforte à Lugo et qui fut révélée récemment par le critique d'art, M. Antonio Mendez Casal. Elle représente saint Laurent debout, vu de profil et regardant le ciel. Le vêtement, comportant principalement une chauble rouge brodée d'or, rappelle ceux que l'artiste a donnés aux saints Augustin et Etienne qui figurent dans l'Enterrement du comte d'Orgaz, auquel l'œuvre, qui nous occupe, semble un peu antérieure.
Une exposition Daumier à Berlin. — On annonce l'ouverture prochaine à la galerie Malissen, à Berlin, d'une exposition d'œuvres de Daumier, pour laquelle des prêts ont été sollicités officiellement auprès des Musées et des amateurs français.
Découvertes archéologiques à la villa Aldobrandini. — La démolition de la grande muraille, qui suivait la via Mazzarino, vient de mettre au jour, à l'angle de la via Panisperna, d'importants vestiges de la Rome antique qui remontent à l'époque de la République pour certains et à la période de l'Empire pour les autres. Il s'agirait de restes d'édifices privés.
Profitons de l'occasion pour nous réjouir du refus que la commission municipale de Rome vient d'opposer à une Société américaine qui se proposait de transformer la villa Aldobrandini en palace.
Des fouilles accomplies sur l'emplacement de l'ancienne Cyrène ont permis de découvrir un temple d'Apolon considéré comme un des plus remarquables spécimens de l'art prédorique.
NÉCROLOGIE
Le 28 octobre, mourait à l'âge de 81 ans, M. Ernest May, membre du Conseil des Amis du Louvre. Le financier autant que l'amateur avaient mérité en cet homme à l'esprit droit, ouvert et généreux, l'estime générale. Ses belles collections du faubourg Saint-Honoré, sa restitution, à laquelle il tenait tant, du domaine de la Couarde, en forêt d'Yveline, lui furent une source de jouissances précieuses qu'il faisait librement partager à ses nombreux amis. Il a voulu que le public après lui profitât de quelques-unes des œuvres les plus curieuses et les plus significatives qu'il avait réunies et dont un choix de pièces remarquables avaient été données de son vivant aux Musées nationaux avec une simple réserve d'usufruit.
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ACADEMIES SOCIETES SAVANTES
Académie des Inscriptions et Belles-Lettres
Séance du 12 juin
M. Batanos expose la question du redressement des colonnes du Parthénon, mutilées depuis le bombardement de 1687. Longtemps certains considérèrent comme aléatoire et dangereuse toute tentative de restauration, et les travaux de 1838 à 1842 leur avaient donné raison. M. Batanos s'est élevé cependant contre cette doctrine. Restaurateur des Propylées et de l'Erechtein, il a entrepris le redressement des colonnes du Parthénon. Il a relevé la place exacte de beaucoup de morceaux conservés et commencé le relèvement de la colonnade Nord. Les colonnes sont redressées dans leur forme primitive, inclinées vers l'intérieur, tandis que le chapiteau s'incline vers l'extérieur.
Séance du 10 juillet
M. Dussaud rend compte de son voyage en Syrie. Dans les fouilles du Djebel-Druse, dues à M. Dussaud et au capitaine Carbillet, on a dégagé de nombreux édifices romains et chrétiens, avec d'abondantes inscriptions. Une mosaïque dans une maison romaine de Philippopolis représente les noces de Thétis et de Pélée. A Palmyre les fouilles sont conduites par M. le professeur Gabriel, de l'université de Strasbourg, auquel s'est joint un savant danois, M. Ingott. M. Gabriel donnera prochainement une restitution graphique de Palmyre. Enfin, M. Dussaud signale l'activité du service archéologique conduit par M. Virolleau. Les musées de Damas et de Soucida se développent. Un nouveau musée va être construit à Beyrouth.
Séance du 24 juillet
M. Thureau-Dangin signale que des fouilles clandestines se poursuivent à Tello où plusieurs statues de Goudéa et de son fils Our-Ningirsock, cette dernière acquise par le Louvre, ont été découvertes l'an dernier. Ces statues proviennent d'un même temple, dont les fouilles de Sarzec et de Cros ont permis de situer l'emplacement sur le versant Ouest du Tell, dit Tell des Tablettes.
Séance du 31 juillet
M. le président fait part des renseignements et des photographies, qui lui ont été communiqués par Mme Rodjestsvenskaia, sur les livres d'heures du quinzième siècle d'origine française que la république des Soviets a placés dans le nouveau fonds dit : Concentration des collections privées de la bibliothèque de la capiale. Le comte Paul Durrieu croit pouvoir les dater du premier tiers du quinzième siècle et estime que les auteurs des miniatures se rattachent au groupe des artistes de Lotha-ringie.
Séance du 7 août
M. S. Reinach présente à l'Académie deux images inédites d'Aphrodite qui, toutes les deux, se rattachent à l'école de Praxitèle. La première est un marbre absolument intact, représentant Aphrodite accroupie qui, des deux mains, écartera une opulente chevelure ; elle a été exhumée à Rhodes et photographiée pour M. Edmond de Rothschild, de l'Académie des Beaux-Arts, à son passage dans l'île, en juin dernier. La seconde est un grand bronze, haut de 50 centimètres environ, représentant Aphrodite passant un collier à son cou. Connu seulement par une peinture de 1882, au fond d'un portrait et par un moulage, cet admirable original, longtemps conservé en Russie, a passé dans la collection du docteur de Frey, à Vienne, et a récemment fait le voyage de Paris pour y être nettoyé. Il est probable qu'il a été trouvé vers la fin du dix-huitième siècle dans une des villes gréco-romaines de Campanie.
Séance du 14 août
M. S. Reinach communique une note de MM. Vidal et Bréuil, qui viennent de découvrir dans une nouvelle galerie de la grotte de Bedeilhac (Ariège), toute une série de grandes peintures représentant des bisons et un cheval. M. S. Reinach donne également lecture d'une lettre du professeur Paribeni, directeur des antiquités à Rome, qui affirme l'authenticité et la provenance de l'Aphrodite accroupie trouvée à Rhodes, dont il a été question à la dernière séance, et dont l'antiquité avait été mise en doute à cause de son extraordinaire conservation. M. le commandant Espérandieu présente des photographies d'un très curieux buste de pierre qu'il a trouvé dans ses fouilles du mont Auxois. M. Georges Bénédite dépose au nom de M. James H. Hyde un rapport qui met en valeur l'activité archéologique des savants américains en Egypte, notamment les campagnes de l'expédition Hearst et les importantes fouilles exécutées pour le compte du Metropolitan Museum de New-York.
Séance du 11 septembre
M. Eustache de Lorey, directeur de l'Institut français d'Archéologie et d'Art musulman de Damas, expose les travaux de cet institut, les découvertes récentes et notamment les restaurations effectuées à la mosquée des Omniades et aux citadelles de Damas et d'Alep. Au cours d'un voyage d'études en Haute-Mésopotamie, M. de Lorey a procédé à des recherches sur Rakka, résidence favorite d'Haroun-al-Raschid : un four de potier intact et de nombreux spécimens céramiques ont été mis à jour ; certains sont identiques aux spécimens de l'époque islamique archaïque trouvés en Perse, d'autres présentent des peintures comparables aux enluminures des manuscrits mésopotamiens.
Société de l'Histoire de l'Art Français
Séance du 5 juin
M. Réau, président, fait part de la découverte par M. Glauco Lombardi, à Parme, de nombreux projets dus à Petitot, architecte français du XVIIIe siècle, au service des ducs de Parme.
M. Vitry communique, de la part de M. Rosenthal, un bas-relief en plâtre de l'époque révolutionnaire (Allégories de la Liberté et de l'Egalité), modèle d'une sculpture de Chinard pour l'Hôtel de Ville de Lyon, qui a été acquis dernièrement pour le Musée de cette ville.
M. Marquet de Vasselot étudie une poire à poudre en ivoire (travail français de la fin du XVIe siècle, appartenant au musée du Louvre), sculptée d'après une gravure d'Etienne Delaune.
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M. Lebel a retrouvé, puis acquis, dans une vente récente, les premiers essais, repris à la plume ou à la sanguine, des eaux-fortes de Gillot pour son Livre des Portières. Il commente, d'autre part, un tableau du Musée de Perpignan, Réunion dans un jardin, qu'il attribue à Gabriel de Saint-Aubin.
M. Jeannerat reconstitue la biographie, singulièrement travestie par ses précédents historiens, du miniaturiste lorrain Nicolas Dun (1764-1832), fixé dès sa jeunesse à Naples, où il travailla pour le roi Murat et pour les Bourbons, et où il mourut.
MONUMENTS HISTORIQUES
Somme. — L'administration des Beaux-Arts vient d'acquérir pour en empêcher la destruction, les restes de l'ancienne église Saint-Pierre, à Doullens, que la ville voulait démolir en vue de réaliser une opération de voirie d'un intérêt secondaire. Bien que très mutilé par les siècles et dans un état de vétusté inquiétant, cet élifice, d'une très heureuse proportion, offre des dispositions curieuses dont la rareté dans l'architecture du xixe siècle a été signalée dès 1885 par M. G. Durand (Mémoires de la Société des Antiquaires de Picardie, t. XXIX, p. 571). C'est tout d'abord les colonnes géminées des grandes arcades de la nef dont on avait prévu tout d'abord le voûtement sur croisées d'ogives : elles étaient destinées à permettre la construction d'un mur goutterot suffisamment épais pour résister aux poussées de cette voûte. C'est aussi l'aménagement d'un passage supérieur à l'extérieur des fenêtres hautes, disposition rappelant un peu celle des absides des églises romanes de Lombardie et des bords du Rhin et qu'on ne retrouve guère à l'époque gothique qu'à la cathédrale de Limbourg sur la Lahn. Le service des Monuments historiques aura évidemment des réparations assez importantes à exécuter pour empêcher l'aggravation des désordres sérieux constatés dans une construction non entretenue depuis plus d'un siècle. On doit lui savoir gré d'avoir assuré la sauvegarde d'un spécimen fort intéressant de l'architecture gothique de la Picardie.
Nyons. Pont gothique.
Alpes-Maritimes. — La vieille chapelle de Notre-Dame d'Entrevignes, à Sigale, conserve encore des restes importants de fresques du xve siècle qui ont paru dignes d'être sauvegardés, autant que faire se pourra, grâce au classement entier de l'édifice. On y voit représenté, tant sur la voûte que sur les murs latéraux, les scènes de la vie de la Vierge—Naissance, Annonciation, Rencontre avec Elisabeth, Couronnement — ainsi que les prophètes et les évangélistes qui accompagnent ces scènes. Des inscriptions, le caractère de la décoration et le millésime de 1536 permettent de dater avec précision ces curieuses peintures.
Drôme. — Tous les touristes, qui se sont rendus dans la petite ville de Nyons, ont été frappés de la hardiesse et de la beauté singulière du pont qui franchit l'Eygues d'une seule arche de 40 mètres d'ouverture à 15 mètres au-dessus du niveau de la rivière. Ce bel ouvrage d'art fut construit de 1341 à 1409 par une de ces corporations de «frères pontifes» auxquelles on doit notamment le pont d'Avignon, le pont de Bonpas sur la Durance, le pont de la Guillotière à Lyon, et le fameux Pont Saint-Esprit. Il comportait jadis, en son milieu, une tour carrée où était perçu le péage et qui fut détruite en 1840 et à ses extrémités des chapelles qui disparurent au début du xixe siècle. Inscrit désormais sur la liste des monuments historiques, il subsistera sans modifications nouvelles, bravant encore de son inébranlable construction les terribles crues du torrent qu'il franchit.
Cl. Novaro
Sigale. Peinture du xvi^e siècle.
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Allier. — L'hospice civil de Gayette, sur la commune de Montoldre, est une vaste construction du xvm siècle dont les façades à frontons triangulaires et le jardin à la française ont un grand caractère. Il comprend, en outre, un gros
donjon carré élevé sans doute au milieu du xve siècle, dont la haute toiture au-dessus du couronnement de machicoulis domine toutes les constructions. Ce château fut, en 1695, transformé en hôpital des frères de St-Jean-de-Dieu par le propriétaire de l'époque, François de Pingré. On n'a cru devoir classer que le château du xve siècle et le puits de la même époque situé dans la cour. Il eût peut-être été préférable de comprendre aussi dans le classement les façades et les toitures du xvme siècle qui méritent d'être conservées sans modifications.
Pyrénées-Orientales. — Les efforts poursuivis depuis plusieurs années pour conserver à nos villes et à nos villages les souvenirs du passé ont réussi à faire créer dans diverses régions des associations qui cherchent à seconder l'action de l'administration des Beaux-Arts dans cette tâche souvent fort difficile. C'est ainsi que dans la petite ville de Prats-de-Mollo la société des copropriétaires du Fort-Lagarde a permis de réaliser le classement, tant du fort lui-même que du chemin couvert le reliant à l'agglomération. C'est un curieux ensemble de constructions militaires dues à Vauban et dont la désaffectation par l'Armée et la vente projetée par le Domaine risquent de faire une simple carrière pour la région. On conservera ainsi à cette petite ville un des éléments de son pittoresque, en utilisant d'ailleurs les constructions pour un établissement d'éliothérapie.
Aveyron. — Les ruines du château de Najac, dont les murs dorés par le soleil dominent si hardiment les escarpements pittoresques de l'Aveyron, sont une construction militaire du plus grand intérêt qui risquait fort si elle n'avait été classée, de devenir carrière de pierres commode pour les habitants qui l'eussent ainsi « grignoté » peu à peu. Le propriétaire actuel l'a compris et a donné son consentement à cette mesure indispensable.
Cette forteresse, dont les très curieuses dispositions ont été étudiées jadis par M. Nodet (Bulletin Monumental 1886), fut bâtie au début du xhe siècle, puis entièrement transformée et aménagée suivant les systèmes de défense du Nord de la France en 1249, quand elle devint la propriété d'Alphonse de Poitiers, frère de Saint-Louis. Le donjon, notamment, est un donjon de l'Ile-de-France transporté
en Rouergue; il mesure 33 mètres de haut et 11 mètres de diamètre. Sa défense est assurée au moyen de très hautes archères (6 m. 80 à l'extérieur), combinées de telle sorte que les traits de l'assaillant ne peuvent arriver jusqu'au défenseur.
Jean VERRIER.
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BULLETIN DES MUSÉES
UN BRONZE CHINOIS DU SIXIÈME SIÈCLE
Acquis par le Musée du Louvre
Le Musée du Louvre a pu acquérir, cet été, un groupe en bronze doré qui, malgré ses petites dimensions, constitue pour les séries de l'Extrême-Orient un enrichissement précieux. Depuis longtemps, d'ailleurs, les érudits et les amateurs le connaissaient et l'admiraien. Il avait appartenu jadis à un collectionneur au goût aussi averti qu'éclectique, M. Joanny Peytel, dont le nom est inscrit sur les plaques de marbre du vestibule de la Galerie d'Apollon, parmi les grands bienfaiteurs du Louvre (1); il a figuré aux expositions d'art chinois organisées à Paris en 1913 et en 1925 (2).
Ce petit monument (3) représente une scène peu familière, peut-être, aux amateurs occidentaux, mais dont l'art chinois archaïque fournit divers exemples. Deux Bouddhas sont assis, l'un à côté de l'autre, sur un même trône bas, engagés dans une conversation mystique. Ils ont tous deux le visage rasé, la tête surmontée de la protubérance classique; leurs attitudes sont symétriques, chacun ayant une jambe repliée et relevée; ils sont vêtus de robes et de manteaux simples, dont les plis réguliers et stylisés se détachent nettement sur la face de leur trône; tous deux ont la main droite levée dans l'attitude rituelle « sans peur » et la main gauche abaissée; ils se détachent sur deux grandes auréoles aux sommets effilés et dont les bordures sont ornées de flammes. Ce sont, l'un, Çakyamuni, le Bouddha présent, et l'autre, un Bouddha antérieur, Prabhutaratna; ce dernier, selon la légende, serait apparu un jour planant dans un temple où Çakyamuni, par un effet de sa puissance surnaturelle, serait allé se placer auprès de lui. Au-dessous d'eux, sur la face antérieure du socle ajouré qui supporte leur trône, deux petits donateurs agenouillés, tenant des tiges de lotus; ce sont deux frères, moines, dont une inscription va donner les noms. Au-dessous d'eux un petit personnage accroupi (?) tenant de ses deux bras levés un plateau à offrandes (ou un brûle-par-
Cl. Serv. Phot. B.-A.
Groupe de deux Bouddhas
Bronze doré. Art chinois (518)
(Musée du Louvre)
fums ?); deux lions assis encadrent la petite figure centrale (1).
Sur les deux petits côtés et sur le revers du socle est gravée une assez longue inscription, dont on n'avait jusqu'ici qu'une traduction très incomplète (2). M. Pelliot a bien voulu (et nous sommes heureux de l'en remercier) l'étudier attentivement, et il est parvenu à la déchiffrer presque entièrement. Voici sa traduction:
(1) Un des donateurs, un des lions et le petit personnage central sont malheureusement abîmés.
(2) Voir le Catalogue de l'exposition de 1913, p. 58-59.
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(1) M. André Peytel, qui avait déjà manifesté sa généreuse sympathie envers le Louvre, a bien voulu lui céder ce bronze, vivement convoité par diverses collections étrangères.
(2) Musée Cernuschi ; Quatrième exposition des arts de l'Asie. Art bouddhique. Catalogue sommaire. Paris, 1913, in-12; n° 435. — H. d’Ardenne de Tizac, L’art bouddhique au Musée Cernuschi; L’art décoratif, 1913, p. 250-251 et fig. 7. — Catalogue de l’exposition d’art oriental, Chine, Japon, Perse. Paris, 1925, in-8°; n° 700 et pl. V.
(3) Hauteur 0,260; largeur 0.165.
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BEAUX-ARTS
« La troisième année [du règne de] Hi-ping, le deuxième mois, le seizième jour, les deux frères T'an-jen et Tao-mi, moines du temple de ... [dans la sous-préfecture de] P'ou-wou, pour leur père et leur mère et pour leurs propres frères ainés et cadets, ont fait [faire] respectueusement les deux vénérables Prabhutaratna et Çakyamuni et leur rendant hommage leur font offrande. Leur père Wang K'ang et leur mère née Tcheng... » [se sont associés à leur offrande (?)] ; ces derniers mots sont indéchiffrables.
La date correspond au 13 mars de l'année 518. Si le nom du temple demeure incertain, on sait du moins maintenant qu'il était situé sur le territoire de la sous-préfecture de P'ou-wou, c'est-à-dire près de la ville actuelle de P'ing-chan, à l'Ouest de Tcheng-ting-fou, dans la province du Tchili, soit à environ deux cents kilomètres au Sud-Ouest de Pékin. L'indication de la provenance complète utilement celle de la date, en prouvant que ce petit monument a dû voir le jour dans la province du Tchili, qui fut alors le centre d'une école de sculpture très remarquable.
Car la valeur artistique de ce groupe est non moins grande que son intérêt archéologique. Il date d'une période dont on saisit maintenant toute l'importance dans l'histoire de la plastique chinoise, celle de la dynastie des Wei du Nord. Ces princes tartares, qui ont régné dans la Chine septentrionale de 386 à 534, ont en quelque sorte renouvelé l'art chinois; ayant embrassé le bouddhisme, ils se sont appliqués à le répandre; ce sont eux qui ont développé la sculpture dans les grottes, aujourd'hui célèbres, de Yun-kang et de Long-men. Cette époque des Wei du Nord a été, dans l'évolution générale de la statuaire chinoise, comparable à ce que fut pour notre pays le siècle de saint Louis; dans les deux cas, la ferveur religieuse a donné naissance à une floraison d'art très raffinée. Le sourire des deux Bouddhas rappellerait même celui de certaines figures de notre xime siècle; ici il est fin, à peine indiqué; dans des morceaux plus récents ou de qualité inférieure, il tournera au rictus stéréotypé et peu agréable.
Le groupe du Louvre peut compter, en effet, parmi les pièces les plus achevées de cet art remarquable. M. Ashton, qui l'a publié dans son Introduction to the study of chinese sculpture (Londres, 1924, in-4°; p. 80 et pl. XL), y reconnaît « une des reliques les plus exquises de l'art bouddhique en Chine ». Et cet éloge ne semble pas exagéré, quand on rapproche notre petit monument des autres bronzes de la première moitié du vie siècle; car on en connaît dès maintenant plus d'une demi-douzaine (1), entre lesquels on peut faire des comparaisons instructives (2). Aucun d'eux n'égale, pour l'élégance et la délicatesse du style, celui que le Louvre vient d'acquérir. Ceux qui s'en rapprocheraient le plus seraient: le petit autel (un Bouddha, avec deux Bodhisattvas et d'autres figures), daté de 522, qui est entré récemment dans la collection de M. Rockefeller; le Çakyamuni debout, daté de 536, conservé à l'University Museum de Philadelphie; le Maitreya debout, daté de 519, qui appartient à M. Friedrich Sarre. Une raideur et une sécheresse plus accentuées caractériseraient l'Avalokiteçvara debout, daté de 516-517, de la collection de M. Stoclet à Bruxelles; le groupe des deux Bouddhas, daté de 519, dans la même collection; le Bodhisattva debout, daté de 520, conservé au Musée Freer à Washington. Sans doute, ces divers bronzes présentent de grandes analogies avec le groupe du Louvre (plusieurs ont des nimbes analogues, à bordures décorées de flammes), mais ils sont loin d'avoir tous la même perfection artistique. Grâce aux ouvrages abondamment illustrés, publiés récemment, on commence, en effet, à se rendre compte de la valeur relative de tous ces monuments; bientôt on pourra tenter des classements plus méthodiques et on débrouillera peu à peu l'histoire très attachante de la sculpture chinoise archaïque, qui était, il y a peu d'années encore, presque totalement inconnue.
J.-J. MARQUET DE VASSELOT.
MUSÉE DU LOUVRE
Peintures et Dessins
Le département a reçu en don, de M. Kleinberger, un précieux tableau représentant une Nativité attribué à Lucas de Leyde, sur lequel nous reviendrons prochainement.
Divers dons et achats viennent d'enrichir le cabinet des Dessins : Mme Jules Henner a donné au Musée cinquante dessins de son oncle, Jean-Jacques Henner (1829-1905). Ils offrent pour nous le grand intérêt d'être, pour la plupart, des notations de premier jet et de représenter la conception originelle de plusieurs grandes compositions; exécutées par l'artiste.
(1) On en trouvera des reproductions dans le monumental ouvrage de M. Oswald Siren : Chinese sculpture from the fifth to the fourteenth century, Londres, 1925, in-4°, 4 vol. Voir les pl. 146 à 158, au tome II. — Le bronze de M. Sarre a figuré à la récente exposition d'art chinois archaïque, à Amsterdam, (septembre-octobre 1925; no 88 du Catalogue).
(2) Le rapprochement avec les sculptures en pierre serait non moins intéressant, mais entraînerait d'assez longs développements qui dépasseraient les limites de cette note.
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Mme Edouard Kann a bien voulu se dessaisir, en souvenir de sa sœur Mme Albert Cahen d'Anvers, de dessins à la plume où Bonnat a copié plusieurs de ses portraits : Victor Hugo, Thiers et ses successeurs à la Présidence de la République, le Prince de Monaco... A cette intéressante suite iconographique sont joints de curieux souvenirs sur les modèles et sur les séances de pose que Bonnat passa avec eux.
D'autre part, le Louvre a acheté neuf dessins à sujets religieux dus au Hollandais Jean Dhoey (vers 1545-1615), ancêtre des conservateurs du Louvre, puisque, en 1608, Henri IV l'appela, le premier, à garder les collections royales à Fontainebleau. Il a été également acquis onze dessins par Mme Haudebourt-Lescot (1784-1845), souvenirs du long séjour que fit à Rome cette artiste, élève de Lethière. M. Hautecœur doit revenir prochainement ici sur ces derniers.
G. R.
UN PORTRAIT INÉDIT DE PAHIN DE LA BLANCHERIE
au Musée de Langres
On sait le rôle important joué dans la vie artistique de la France à la fin de l'Ancien Régime par cet ingénieux et entreprenant compatriote de Gillot et de Diderot : Mammès-Claude Pahin, né à Langres, le 29 décembre 1752, qui avait jugé bon d'ajouter au nom hérité de ses aieux le complément sonore de la Blancherie, à cause d'un jardin que possédait sa famille dans un des faubourgs de Langres et où on blanchissait des toiles (1). Considérant que la vieille Académie de Saint-Luc avait été arbitrairement supprimée en 1777 et que par suite, les artistes non agréés n'avaient plus aucun moyen d'exposer leurs ouvrages, il imagina de susciter, à ses risques et périls, une concurrence au monopole de l'Académie Royale et de procurer à tous les artistes que leur jeunesse, leur indépendance, leur nationalité écartait de l'Académie, la possibilité de se faire connaître.
A cet effet, il organisa dans la rue de Tournon, puis dans un hôtel de la rue Saint-André-des-Arts, une exposition permanente et libre sous le nom de Salon de la Correspondance, qui servait en même temps de bureau gratuit de renseignements et de lieu de rendez-vous pour les artistes de tous pays. Cette institution originale avait pour organe un journal hebdomadaire intitulé Nouvelles de la République des Lettres et des Arts. Salon et journal vécurent, non sans traverses de toutes sortes, sus-
(1) Bellier de la Chavignerie. Les Artistes français du XVIIIe siècle oubliés ou dédaignés. Revue Universelle des Arts. 1865.
citées par la jalousie de l'Académie et l'hostilité non déguisée du directeur des Bâtiments du Roi, le comte d'Angivillers, de 1779 à 1787. A la fin, le pauvre Pahin décourage, harcelé par ses créanciers, s'expatria en 1788 à Londres, où il mourut, dans la maison jadis habitée par Newton, qu'il essaya de transformer en sanctuaire national, le 25 juin 1811.
Agent bénévole et officieux de vente et de publicité de tous les artistes non arrivés, Pahin de la Blancherie ne pouvait manquer de trouver parmi ses obligés de nombreux portraitistes désireux de
Kyml. Portrait de Pahin de la Blancherie.
(Musée de Langres)
lui témoigner leur gratitude en fixant ses traits. En effet, nous avons connaissance de pastels par Simon-Bernard Lenoir et Joseph Ducreux, d'une miniature de Rouvier, qui figurèrent au Salon de la Correspondance en 1779 et en 1781. Mais ces portraits ont disparu. De là l'intérêt tout particulier du petit portrait ovale, peint sur cuivre, donné en 1844 par M. Guyot de Gley au Musée de Langres et qu'on trouvera reproduit ici pour la première fois, grâce à l'obligence du conservateur, M. Royer, qui a bien voulu le faire photographier sur ma demande.
Dans son étude sur le Salon de la Correspondance, Bellier de la Chavignerie dit, à propos de
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ce médaillon : « il est de bonne facture et ressemblant, à ce qu'il paraît; il a été exécuté par le peintre anglais Kymls ». Dans le Catalogue du Musée de Langres, dont il a paru deux éditions en 1873 et en 1886, ce prétendu Kymls se transforme en Kylms.
Le malheur est que ni l'un ni l'autre n'ont jamais existé. On cherchera vainement dans les Dictionnaires d'artistes un peintre anglais du nom de Kymls ou Kylms. Le véritable auteur de ce curieux petit portrait, dont on n'a pas su déchiffrer la signature, pourtant très lisible, est Kymli. Belier de la Chavignerie et les rédacteurs du catalogue ont fait de ce peintre, dont ils ignoraient l'existence, un artiste anglais parce qu'une notice manuscrite apposée au revers de la plaque de cuivre rappelle le long séjour de Pahin de la Blancherie, dit Pahin-Newton, à Londres. Ils n'ont pas pris garde que le portrait est daté de 1778 et qu'à cette époque Pahin résidait à Paris où il travaillait précisément à organiser le Salon de la Correspondance.
Ce Kymli, que j'ai eu l'occasion d'étudier récemment dans Les Archives Alsaciennes d'Histoire de l'Art (1), était un peintre allemand, pensionnaire de l'Electeur Palatin, qui était venu faire son éducation artistique en France. J'ai relevé sur les registres d'immatriculation de l'Académie de Peinture, conservés à la Bibliothèque de l'Ecole des Beaux-Arts, la mention suivante qui a permis de reconstituer sa biographie : 11 juin 1775. François-Pierre-Joseph Kimli, P. de Mannheim, âgé de 27 ans, protégé par M. Wille.
Il en résulte que ce peintre, inconnu même des historiens d'art allemand, puisqu'on lit à la suite de son nom dans le catalogue de la Galerie de Schleissheim cet aveu d'ignorance : Lebensverhältnisse unbekannt, était né en 1748. Son séjour en France se prolongea au moins pendant une dizaine d'années : car il expose à Paris, d'abord au Salon du Colisée, puis au Salon de la Correspondance, de 1776 à 1787. C'est à Paris qu'eut lieu le 22 février 1813, la vente de sa collection (2).
Il n'est pas surprenant que Kymli ait fait le portrait de Pahin de la Blancherie, puisqu'il fut l'un des nombreux artistes étrangers qui bénéficièrent de l'hospitalité du Salon de la Correspondance. Le médaillon du Musée de Langres, peint à petites touches avec une application de miniaturiste, qu'il y exposa en 1779, est bien dans sa manière habituelle. On pourrait lui appliquer le jugement porté par l'Almanach des Artistes sur une autre de ses œuvres, remarquable « par cette touche précieuse et ce beau fini qui donne l'existence jusqu'aux pores de la peau ».
Ce sont des qualités du même ordre qu'on peut louer ou blâmer — suivant les goûts — dans le portrait de Pahin, qui nous conserve en tout cas l'image de ce curieux personnage « petit, brun et assez laid », dit Mme Roland, à qui il faisait la cour, mais spirituel et plein de ressources, fondateur de la première Sécession artistique, en qui les présidents du Salon d'Automne ou du Salon des Indépendants peuvent saluer un précurseur.
Louis Réau.
MUSÉE ARCHÉOLOGIQUE DE TOURS
On annonce que M. Georges Gouin, réalisant une intention de son père Eugène Gouin, ancien maire de Tours, et sénateur inamovible (1818-1909) a légué à la Société archéologique de Touraine le charmant hôtel de la Renaissance connu à Tours sous le nom d'hôtel Couin. La Société qui a installé ses collections depuis peu, dans un autre hôtel de la place Foire-le-Roi, dont elle n'est que locataire, déménagera-t-elle, ou dédoublera-t-elle son musée ? Si ses ressources le lui permettent, cette solution serait infiniment préférable et les collections variées et en voie d'accroissement continu, dont elle a la charge : préhistoire, folk-lore, antiquités locales, souvenirs tourangeaux, etc., rempliraient facilement deux maisons qui seraient par là même heureusement préservées dans leur caractère.
MUSÉE DE MARSEILLE
Une importante annexe du Musée de Marseille vient d'être inaugurée le 3 novembre. Il s'agit de l'hôtel légué à la ville par M. Grobet et situé dans le voisinage du palais de Longchamp. Cet hôtel contient les belles collections de peintures, dessins et objets d'art légués en même temps par l'amateur marseillais et que le public sera admis désormais à visiter.
MUSÉE DE MONTPELLIER
En 1825, le peintre Fabre léguait à la ville de Montpellier sa collection de tableaux qui forme le fonds le plus important du beau musée qui porte son nom. On sait qu'une grande partie de ce magnifique ensemble constituait la collection de la comtesse d'Albany, dont Fabre avait été le légataire universel. A l'occasion de ce prochain centenaire, la municipalité a l'intention d'organiser une cérémonie qui sera présidée par le ministre de l'instruction publique.
(1) Louis Réau. Les Artistes allemands en France au XVIIIe siècle. Archives alsaciennes d'Histoire de l'Art. Troisième année. 1924.
(2) Catalogue de tableaux qui composaient la collection de M. Kymli, Peintre du cabinet de la Cour Palatine de Bavière.
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CORRESPONDANCE DE L'ÉTRANGER
ALLEMAGNE
Un nouveau Musée d'Art Décoratif à Berlin
Depuis le départ de Guillaume II, le château de Berlin était devenu tristement vide; on a résolu d'y installer le Musée des Arts Décoratifs qui se trouvait trop à l'étroit dans l'édifice de la Prinz-Albrechstrasse et le château royal a pris maintenant le nom de Schloss-Museum.
Cette destination nouvelle est heureuse. Un musée de peinture ou de sculpture a besoin d'un cadre nu qui laisse toute leur valeur aux œuvres exposées. Pour un musée d'art décoratif, il faut, au contraire, une ambiance favorable, tant au placement qu'au groupement des objets.
À Berlin, il y avait pourtant une autre difficulté. De par la destination des pièces à peine débarrassées des meubles d'usage appropriés aux différents services qui les occupaient, l'on se trouvait avoir des cadres complètement disparates, les pièces d'apparat étant somptueusement décorées, les autres souvent dépourvues de tout arrangement, même le plus simple. C'est pour cette raison qu'on n'a pas pu disposer, en toute liberté et comme il aurait été bon de le faire, les anciennes collections. Il a fallu souvent avoir recours à des mesures arbitraires et séparer des meubles ou des objets qui auraient dû rester réunis. Il a aussi fallu sacrifier l'ordre chronologique, sans pour cela observer rigoureusement la division par matières.
L'arrangement le plus heureux est celui de la Galerie des porcelaines. Les pièces principales sont disposées sur des encoignures surmontées de glaces; celles de moindre importance dans des vitrines placées au milieu de la pièce. Les murs sont tendus de damas rouge et l'on y a exposé la très complète collection des portraits de femmes du peintre Pesne.
Mais, vu le grand nombre des porcelaines, et l'impossibilité de les grouper dans un même lieu, on a disposé dans une salle spéciale les porcelaines de Sèvres, qui ont été placées dans des vitrines de milieu, tandis que contre les murs sont rangés d'admirables meubles de notre xviie siècle français, au-dessus desquelles s'étaie la somptueuse suite des tapisseries exécutées d'après les cartons de Boucher, encadrées dans des moulures de bois naturel.
Quant aux porcelaines de Berlin, elles sont rangées dans les salles royales décorées par Gontard et Erdmannsdorf pour l'empereur Guillaume II.
Faute de place, on a été obligé de mettre côte à côte les objets d'art décoratif romains et ceux du xixe siècle français.
Par contre, des chefs-d'œuvre de l'ancien musée royal qui juraient dans des salles de musée banales, prennent ici toute leur valeur et forment un heureux ensemble. Les majoliques italiennes sont dans une vaste salle dont les murs sont rehaussés par une série de tapisseries, et le splendide buffet d'argent, pièce gigantesque d'orfèvrerie, datant de 1703, figure dans la salle des Chevaliers, ainsi que la merveilleuse collection d'argenterie de Lünebourg, le « Pokal » impérial de Wenzel Jamnitzer et le « Pokal » de Diane d'Hans Petzolt.
Salon rouge.
(Schloss-Museum, Berlin)
Le Musée ne comprend pas moins de soixante-dix salles, remplies pour la plupart de meubles ou d'objets d'origine allemande. Parmi les séries étrangères, notre art français du xviiie siècle seul est bien représenté. Il est d'ailleurs difficile de porter