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3e Année. — Numéro 15 BEAUX-ARTS REVUE D'INFORMATION • ARTISTIQUE L'EXPOSITION INTERNATIONALE DES ARTS DÉCORATIFS ET INDUSTRIELS MODERNES LA PEINTURE MURALE. — LA TAPISSERIE. — LES TAPIS. Les vastes surfaces nues, que déploie l'architecture moderne, semblent, en principe, offrir de magnifiques possibilités de décorations murales aux artistes contemporains. En est-il ainsi, ou bien est-ce au fond une illusion d'anciennes habitudes soins de l'habitant, ne va pas bannir des intérieurs tout décor ? Une visite à l'Exposition permet d'être rassuré à cet égard. Sans doute, il est moins utilitairesment nécessaire de créer autour de soi une atmosphère plaisante que, par exemple, de se Jaulmes. Panneau décoratif pour la salle d'honneur du Grand-Palais. esthétiques ? M. Guillaume Janneau, à qui j'ai le redoutable honneur de succéder ici, a analysé avec toute sa critique pénétrante les désirs et les tendances des modernes architectes et ensembliers. Est-ce que leur volonté d'obéir d'abord, dans l'élaboration de leur programme, à l'utile, aux be- protéger de la pluie ou du froid. Mais pour l'homme d'aujourd'hui, le décor est un aussi grand besoin psychologique. Regarder aux murs une image qui vous agrée, est un plaisir. Or, comme a dit Fontenelle, « chaque plaisir ne correspond-il pas à un besoin ? » Nous voilà de nouveau dans la

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BEAUX-ARTS logique. Il nous sera permis d'avoir un décor mural. Si, d'ailleurs, ce besoin est psychologique, il est par conséquent variable suivant les individus. M. Le Corbusier-Sangnier, par exemple, qui applique n'ont malheureusement pas changé. Ce sont, dans les matières qui nous occupent, la laine ou la soie, colorées avant le tissage, ou après, par l'impression. Les résultats s'en ressentent. Rien de plus difficile que de tirer un parti nouveau de moyens anciens, qui depuis des siècles ont été sollicités dans tous les sens. Et si quelquefois les tissus modernes surpassent les plus belles des productions d'autrefois, notamment quant aux tissus de robes, ils le doivent au renouvellement industriel de la technique, au traitement nouveau de matériaux anciens. Quand la science industrielle n'a rien fait pour un art, le seul moyen d'épurer sa technique de la routine des siècles est de remonter directement à l'origine. Ce fut le cas de la peinture murale. L'Exposition en offre des spécimens nombreux et bien différents. Si l'on commence par la place de la Concorde la visite des Pavillons étrangers, on rencontre, au Pavillon polonais, une salle, dont les parois ont été entièrement couvertes par Mme Sophie Stryjenska de peintures stylisant avec un parti pris naïf des scènes populaires locales. Dès l'entrée, PAUL VÉRA. La Toilette de Flore. Tapisserie. (Ecole nationale d'Aubusson) au Pavillon de l'Esprit nouveau, avec une rigueur monacale, ses théories d'apôtre en faveur du seul lait de chaux, prouve tout simplement que tout décor lui déplait, donc qu'il n'en a pas besoin. Comme certains intellectuels ne supportent autour d'eux aucun objet pouvant entraver par des suggestions étrangères le travail de leur esprit, M. Le Corbusier, dans sa cellule, crée lui-même son décor du moment. Mais le commun est beaucoup moins cérébral et moins mystique ; il aime sentir l'influence d'une ambiance où tout concourt à créer une atmosphère conforme à ses goûts. C'est à ce désir légitime que répondent les tapisseries, les tapis, les tentures tissées ou les papiers peints, de même que la peinture décorative. L'architecture et le meuble modernes essaient d'atteindre la beauté par la logique des volumes et des lignes. Dans le décor des surfaces, comme sont les tissus, intervient ce nouvel élément plus immédiatement puissant sur la rétine humaine, la couleur. Si la technique de l'architecture a été renouvelée par l'introduction d'un matériau nouveau, le ciment armé, qui a ainsi permis la naissance d'un nouveau style, les moyens pratiques d'offrir sur une surface une agréable combinaison de couleurs DA SILVA BRUHNS. Tapis. le « Mas Provençal » est orné à l'extérieur de peintures signées Mathieu Verdilhan, synthétisant avec outrance des vues du pays. L'antichambre du pavillon suédois présente des peintures agrandissant à l'échelle décorative des cartes anciennes

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BEAUX-ARTS de la Suède. Les voûtes des salles italiennes sont enguirlandées de feuillages à la fois néo-pompéiens et Renaissance. Au Pavillon serbe une frise amusante représente paysans et paysannes enlacés dans leur danse nationale, le « Kolo ». Les parois et la voûte du Pavillon danois sont couverts de la figuration stylisée d'une carte danoise archaïque, peinte très haut en couleur. Cette dernière décoration est d'ailleurs très démonstrative des tendances actuelles. Traditionnellement archaïque dans son esprit, faisant appel, comme les autres, au folklore national, son traitement exagère encore ce qu'elle pouvait avoir indéterminé. Sa parenté avec le cubisme est évidente. On comprend mieux quelle est alors la justification du cubisme, qui est, en somme, un retour à la décoration pure. « Le cubisme intégral, a très bien dit Tristan Klingsor, est un bel exercice décoratif où les seuls contrastes de couleur et de lignes doivent susciter notre émoi. Rien ne distingue plus cette peinture de la mosaïque ou du tapis. » L'erreur des cubistes a été de s'être res- treint à la peinture de tableaux de chevalet. On peut regretter que la section française ne leur ait pas abandonné quelques surfaces largement décoratives où ils auraient pu s'essayer. Il ne faut cependant pas, dans cet aperçu ultra-rapide des écoles de peinture du point de vue de la décoration, oublier les impressionnistes et leur descendance. L'œuvre savoureuse de M. Bonnard, visible au Pavillon Bernheim-Jeune, nous donne ainsi l'occasion de comprendre mieux l'apport de l'impressionnisme au renouveau du sens décoratif. Bien qu'à l'opposé de la tradition, le souci de la composition, qui caractérise le talent de M. Bonnard, lui réserve une place originale et importante, dans la filiation de l'esprit décoratif, qui devait aboutir aux excès du cubisme pur, fils révolté de l'impressionnisme. Dans son retour vers son passé, la France est trop riche d'une longue tradition pour n'être pas arrêtée en route. C'est au Grand Siècle que M. Jaulmes se rattache. On le sent devant les groupes harmonieux et puissants que ce décorateur fastueux a ordonnés le long des murs de la Salle des Fêtes, sur un fond rose qui fait si bien aux lumières. Plus loin, c'est à notre ancienne tradition médiévale que M. Maurice Denis et M. Desvallières ont voué leurs émouvants retables placés dans l'église du Village. Un artiste s'est souvenu que nous possédions aussi un folklore littéraire sinon populaire. M. La Montagne Saint-Hubert a illustré dans l'antichambre de l'Ambassade Française deux fables de La Fontaine, ironiquement allégoriques : le Loup et

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BEAUX-ARTS Le décor de la cour des Métiers a été trop critiqué pour que l'on puisse se dispenser d'en parler et pour qu'il soit facile d'en parler. La première remarque qui s'impose (et qui, j'en suis sûr, s'est imposée à chacun des artistes collaborateurs) est qu'un travail en commun entre talents originaux d'égale valeur est presque impossible, et qu'il ne s'explique que comme travail anonyme du disciple sous le maître. Si évident que soit le talent de MM. Rapin, Guillonnet et Marret — et ils ont donné ailleurs de charmantes preuves de ce qu'ils pouvaient faire seuls — ils se sont mutuellement gênés. Puis, tout de même, il semble bien qu'ils aient voulu rendre trop d'idées dans un petit cadre, conséquence d'un plan commun difficile à établir. Comme leur peinture eut gagné, rien qu'en étant moins littéraire ! Comme devant ces exemples d'une ambition illégitime, on comprend mieux qu'une peinture est suffisamment actuelle, persuasive, éloquente, quand d'harmonieuses lignes cernent de jolies taches ! Comme elle souffre de vouloir lutter avec la photographie-reportage, ou le cinéma en couleurs! M. Marret a notamment donné la preuve de son repentir et de son savoir en deux jolies fresques, sur la façade du Pavillon Ruhlmann. Une grande parenté relie les différentes techniques du décor plan. On peut voir à l'Exposition des peintures murales de Robert Bontils, de Da Silva Bruhns, d'Olesiwicz, par exemple, dont on rencontre aussi des tapis ou des tapisseries. STEPHANY. Tenture murale, soie brochée. (Cornille éditeur) Atelier Ruhlmann. L'Agneau et le Renard et le Corbeau. Le même artiste a peint avec la même liberté charmante des Cigognes à l'auberge de la « Potée lorraine ». Ces deux ensembles sont peints selon l'antique technique de la fresque. Désireux de redonner à la peinture décorative les qualités que lui avaient prêtées le grand Puvis, certains artistes ont, en effet, cru trouver le secret dans la peinture à fresque sur mortier frais. Remontant aux origines de cet art ils pensaient ainsi en rafraîchir les possibilités. M. Baudouin, qui avec ses élèves, a encadré de fresques un jardin de l'Exposition, fut un des apôtres de ce renouveau. Son exemple fut suivi et on peut voir dans la Tour de Bordeaux de grandes compositions allégoriques très étudiées et un peu apprêtées, signées Dupas et Despujols. Il est cependant permis de se demander si cette technique ancienne et d'ailleurs difficile, répond aux exigences du décor mural moderne. Certes la peinture à fresque fait vraiment corps avec l'enduit, mais hélas ! l'enduit tient rarement au mur. Les qualités, qui caractérisent la fresque, largeur d'exécution, tons limités, calme des teintes, modelé de bas-reliefs, ne peuvent-elles donc pas être atteintes par d'autres moyens plus actuels ? M. DUFRENE. Les Jets d'eau, soie brochée. Cornille éditeur

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BEAUX-ARTS Mais le plus bel exemple de ce lien est donné par M. Jaulmes. En même temps que l'un de nos décorateurs les plus habiles, c'est notre plus grand tapissier. Pour exécuter le carton de la tapisserie qui resplendit dans le salon consacré aux Gobelins et à Beauvais, et qui représente : le Départ des volontaires de Virginie, M. Jaulmes s'est souvenu de Lebrun, et il ne s'en cache pas. On ne pouvait d'ailleurs choisir plus dangereux et plus difficile modèle. Lebrun arrivait aux Gobelins au moment où le réalisme, la recherche de la copie littérale du tableau allait entraîner la tapisserie dans une décadence. Les tentures réelles où la technique tapissière produit tout son effet, ce sont les pièces du xive ou du xve siècle, de tons francs et limités, de modelés brutaux, de fonds soutenus, d'exécution large. Certains artistes contemporains s'en sont souvenus. M. Siméon, M. Faureau, M. P. Véra ont été sollicités par M. Marius Martin, directeur de l'Ecole Nationale d'Aubusson et ont donné des cartons, que l'on peut voir au Grand-Palais, inspirés de ces antiques exemples. Quand on songe, d'ailleurs, à ce qui sortait des Manufactures nationales, il y a vingt ans, il faut remercier M. Geffroy, comme M. Ajalbert, de leurs efforts, l'un aux Gobelins, l'autre à Beauvais. Il fallait tenter un essai pour redonner vie à une technique ancienne : demander des projets de tapisserie à des artistes renommés, d'esprit moderne, qui voudraient étudier les exigences spéciales du métier de la lisse. Cette expérience, ils l'ont faite. Ils ont confié des commandes de cartons pour des tentures, des écrans, des sièges à des artistes tels que M. Jean Veber, M. Taquoy, M. Gaudisart, M. Robert Bonfils. Quel fut le résultat ? Artistiquement il est souvent remarquable. Pratiquement, au point de vue de la clientèle, il est nul. Or, en art décoratif, c'est la clientèle qui fait le succès. On le voit bien en constatant le prodigieux développement technique des tissus pour robes. Essayer, et mieux réussir, à redonner vie à un art qui ne correspond plus à aucun besoin, c'est soutenir un malade incurable à force de remèdes. Pourquoi, si l'on n'était pas conscient d'un évident anachronisme, n'avoir pas placé la tapisserie de M. Jaulmes dans le salon de l'Ambassade ? C'est qu'en réalité, la tapisserie, pas plus que la fresque, ne sont choses modernes. On peut le regretter devant certaines œuvres charmantes, devant les bouquets de M. Flandrin, les groupes de Mme Yvonne Sjoestedt, devant aussi les tapisseries d'un si beau caractère qui ornent la grande salle du Pavillon tchécoslovaque. Voilà des tapisseries présentées dans un ensemble logique. Mais loin d'être moderne, cette salle s'applique à transposer le style Gothico-Renaissance des châteaux de Bohême. La tapisserie est alors en valeur. Elle est dans son cadre. En revanche, le tapis s'est créé un nouveau style. En parcourant les ensembles de l'Exposition, on peut facilement compter les tapisseries. Elles

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BEAUX-ARTS Ce qui le prouve c'est le nombre des artistes décorateurs qui s'y sont intéressés : Bénédictus, Gaudissart, Follot, Dufrène, Poiret (Martine), Beaumont, Coudyser, Fayet, Pinguernet, Stéphany, Voguet et l'original Da Silva-Bruhns. Mais avant tous, il faut citer, pour être juste envers des précurseurs que l'on a tendance à traiter avec trop d'ingratitude, le nom de M. Follot, et dire ce qu'il a fait pour le tapis moderne. Parmi les premiers, il a essayé de créer, pour ses ensembles, des maquettes de tapis qui revenaient aux BONNET. Damas édité par la Maîtrise. ne sont pas trois. Innombrables sont au contraire les tapis, toujours absolument nouveaux et souvent très réussis. Et pourtant, le tapis moderne est la renaissance d'une vieille technique, celle du point noué. Il est vrai : mais bien des causes légitiment sa faveur. Il correspond d'abord à un besoin, à un besoin autre qu'esthétique, au besoin, si grand de nos jours, de confort. Puis, il s'est révélé une coïncidence remarquable entre les exigences des lois décoratives du tapis et notre amour du dessin géométrique. COUDYSER. Lampas. saines traditions de la décoration pure et qui pourtant avouaient leur filiation avec les anciens styles français. Ce fut d'ailleurs, une des raisons de leur succès légitime. Depuis, même chez les artistes qui en étaient jadis épris, la tendance Ballets-Russes au coloris outrancier, aux oppositions violentes est abandonnée en faveur de la combinaison des pures arabesques de tous réduits et sobres. Les meilleurs tapis d'aujourd'hui retrouvent facilement un cachet archaïque ; on s'en rend compte devant les expositions des pays jouissant en cette matière d'une tradition. Les tapis polonais, (bien que leur technique soit autre que le point noué) à chevrons et rayures, les tapis finlandais et suédois, aux harmonies reposantes, les hollandais affichent un parti-pris de caractère local. Mais les pays, qui sur tous possèdent un beau BEAUMONT. La Rafale. Soie brochée. (Cornille éditeur)

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BEAUX-ARTS métier, sont ceux de l'Afrique du Nord et surtout le Maroc, avec qui la France a la chance de collaborer. Les tapis indigènes conservent une bigarrure orientale un peu trop vibrante, mais ceux qui résultent d'un compromis avec les tendances françaises modernes, sont parfaits. On remarquera au Pavillon Algérien, les tapis de la firme Myrbor, de la manufacture du Calife, des innombrables écoles indigènes : au Pavillon Marocain ceux de Ben-Abadji et de Mme Carrière ; au Pavillon Crès, le tapis tissé à Rabat sur le dessin de Francis-Jourdain. Ils sont comparables dans leur genre aux plus réussis des tapis français, ceux de Da Silva-Bruhns. On retrouve souvent des tapis de cet artiste dans les ensembles et c'est bien heureux. Leur discrétion, qui ne manque pas de puissance, met en valeur tout ce qu'on veut bien leur confier. La diffusion des tapis est d'ailleurs aidée par la technique industrielle. Le Pavillon de Roubaix-Tourcoing prouve que les fabricants commandent des modèles de moquettes Jacquart aux plus renommés de nos artistes, tel M. Bénédictus. Le critère de la réussite pour une technique moderne, la production en grand par la machine, est donc atteint par le tapis. LES TISSUS. LES IMPRESSIONS. Une visite au Pavillon de Lyon apporte la preuve réconfortante de la belle tenue de l'industrie soyère française, qui est, à l'Exposition, tout au moins, quasi sans rivale. Elle le doit à la tradition de ses ouvriers, et aux perfectionnements de la technique. Ce progrès, a été la conséquence d'une production abondante, elle-même causée par le renouveau rapide du décor apporté par les Ballets-Russes. Non pas qu'ils soient seuls responsables de notre métamorphose esthétique, car, en somme, on ne trouve jamais que ce qu'on cherche. Mais ils

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BEAUX-ARTS repondirent aux préoccupations et à l'inquiétude du moment. Leur action dépendit beaucoup plus de notre état réceptif que de leur puissance suggestive. Ils nous rapportèrent le goût de la couleur pour elle-même et la révélation d'une esthétique nou- Mme Chabert-Dupont. Store en dentelle. velle par la recherche de l'unité d'impression du décor. Ils nous offraient ce que nous cherchions, un effet de synthèse. Le décor archaïque des Ballets Russes, accessible parce qu'évolué, comblait nos secrets désirs. Bien que leur mode soit déjà passée, leur action, qui a été considérable, dans toutes les branches de la décoration, persiste encore. Leur coloris se retrouve, plus ou moins adapté à notre goût dans presque tous les tissus français exposés au Pavillon de Lyon. Sans doute les oppositions originelles ont tempéré leur violence. Le dessin du décor se fait plus géométrique suivant la mode. Mais la couleur règne toujours aussi fraîche dans les tissus des fabricants lyonnais. Faire leurs louanges et celle de leurs ouvriers, serait superflu devant cet étalage de richesses inimitables, où dominent les notes d'argent et d'or. Cet éblouissement de couleurs harmonieuses sort des fabriques connues, des firmes célèbres, les jeunes comme les anciennes, Algoud et Joannon, Bianchini-Férier, Coudu-rier-Fructus, F. Ducharme, Albert Godde-Bédin, mêlées aux maisons concurrentes, Cornille, Rodier, Normand et Morin. Des artistes eux-mêmes, sont devenus fabricants, tels Mme Pangon, Gimel, Victor Lhuer. Il serait injuste aussi de ne pas citer quelques tissus d'artistes isolés qui nous ont paru bien agréables : les bâtiks de Mme Kleinmann, dont on peut préférer l'harmonie apaisée aux coloris violents que cette technique orientale inspire par ailleurs ; puis les tissus de Mmes Renée Vautier, Suzanne Bertillon, si français dans leur richesse discrète. Il n'est pas jusqu'à une technique bien négligée à l'Exposition et que l'art moderne dédaigne un peu, la dentelle, qui ne puisse offrir des pièces originales, signées par Mme Chabert-Dupont. Après les industriels, n'oublions pas leurs collaborateurs artistes, les maîtres actuels du décor de tissu : MM. Dufy, Martine, Bonfils, Séguy, Bénédicte. M. Bénédictus a d'autres titres à notre attention. Technicien consommé, il a essayé d'adapter au tissage des belles étoffes une matière nouvelle : la soie artificielle. Pour obtenir des effets aussi complexes qu'avec la soie naturelle, il fallait remédier aux inconvénients inhérents à la matière : un éclat vitreux presqu'agressif, de la raideur, de la sensibilité à l'humidité. Il y a réussi. Après une longue étude de la technique, il a obtenu des tissus où la soie artificielle mélangée avec de la soie végétale (c'est-à-dire du lin mercerisé) a la richesse profonde et discrète de la soie naturelle. Son secret c'est d'user avec sobriété de cet effet d'armure que l'on appelle le flotté de trame, dont, en général, les tissus à bon marché abusent pour cacher la pauvreté de la matière. En se contentant de trois tons, il crée un décor Mme Chabert-Dupont. Store en dentelle. sobre, où les motifs, composés avec science par le jeu des armures différentes, changent, se montrent, ou disparaissent, varient enfin suivant le jeu de la lumière. Il remédie ainsi au plus grand reproche que l'on puisse faire à un décor mural à

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BEAUX-ARTS plat, sa monotonie. En suivant les règles saines de la logique technique, il tire de son métier tout le parti original et irremplaçable que celui-ci peut donner, à des prix étonnants de bon marché. D'autres artistes décorateurs de la soie, Coudyser, Nathan, René Piot se rattachent aussi à l'école de la couleur. Leur faste, qui concevait un intérieur comme un décor, se tempère sous l'influence de la mode nouvelle. On comprend maintenant que l'habitant n'est pas fait pour son intérieur, mais l'intérieur pour l'habitant. Le maître de cette nouvelle tendance est Raoul Dufy et son initiateur fut Paul Iribe. Plus et mieux que dans les tissus de soie, elle s'exprime dans les toiles imprimées et les papiers peints. La mode renaissante du bois gravé, qui montrait le même goût archaïsant de la ligne, fournit les techniciens-artistes nécessaires, dont fut justement Raoul Dufy. C'est, en effet, par l'illustration d'un livre d'Apolinaire qu'il se révéla, avant d'être formé par Bianchini-Férier à la technique difficile du décor des tissus. On peut voir au Grand-Palais, quelques-uns de ses lampas et mieux, au Pavillon de Nice, une chambre où l'une de ses toiles imprimées a été utilisée avec goût. Au lieu de donner comme MM. Jaulmes, Boigegrain et Menu dans leurs toiles de Rambouillet, une transposition, d'ailleurs délicieuse, des anciennes toiles de Jouy, mais dont la beauté plate, définitive et achevée devient à la longue monotone, Tapisseries polonaises « Kilim ». M. Dufy a créé un nouveau dessin. Sans vouloir lutter avec les taches vivantes de la soie, qui s'échappent ainsi de la monotonie, comme on voit dans les plus belles pièces de M. Bénédic-tus, M. Dufy a bien au contraire trouvé le même effet variable dans la ligne. Ce qui fait préférer par beaucoup le mur nu à n'importe quel papier imprimé, fût-il aussi charmant, par exemple que ceux de René Gabriel, c'est leur caractère fixé. Les toiles de M. Dufy sont à volonté des anecdotes ou VICTOR LHER. Chasuble en soie tissée. des arabesques pures, et bien plutôt des prétextes à interprétation inconsciente, toujours sobres avec une richesse naturelle de variations. Pourquoi donc, malgré leurs qualités diverses et évidentes, les ensembles de l'exposition n'ont-ils pas usé davantage des créations de nos artistes ? Pour une magnifique soierie de Bénédictus qui orne le Salon de l'Ambassade française, en restant si bien à sa place et en supportant facilement les tableaux de Dupas, pourquoi compter tant d'ensembles aux murs uniformes ? Il semble, en effet, que les deux tendances des décorateurs d'aujourd'hui se liguent pour écarter tout décor mural. L'artiste, qui crée un décor, comme M. Maurice Dufrène, avec sa chambre blanche, bannit toute création étrangère à la sienne, toute couleur importune et hors de la note dominante. Tout est subordonné à l'unité et à la puissance de l'effet. Il ne se donnera pas la difficile tâche d'unir pour un ensemble vivant et habitable, des éléments divers, mais, ayant plu également au même goût, tel que l'a essayé et réussi M. Ruhlmann dans la décoration des salles de son Pavillon. A côté de ce décorateur-né, le tenant des nouvelles doctrines, le puriste n'est pas moins hostile à l'emploi des tissus décorés. L'esprit architecte-

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BEAUX-ARTS Phot. H. Manuel Stand de la maison CALEMARD, Lyon. tural dédaigne sa grâce. Si M. Chareau, M. Francis Jourdain tempèrent à la française leur rigueur logique, M. Le Corbusier et M. Mallet-Stevens proscrivent tout décor fixe avec une intolérance absolue. Nous comprendrons, d'ailleurs, mieux leurs idées à cet égard, qui deviennent de plus en plus les idées qui s'harmonisent avec les tendances actuelles, si nous remontons aux influences subies. Cet aphorisme de Francis-Jourdain : « On peut aménager très luxueusement une pièce en la démublant plutôt qu'en la meublant », il l'applique aussi au décor. Il est tout imprégné de japonisme comme l'est aussi l'esthétique de M. Mallet-Stevens. Dans ses subtils commentaires sur l'art, de son pays, le critique japonais Okaukra-Kokuso semble parler pour eux, et pour nous expliquer ce que nous cherchons : « La chambre de thé, dit-il, en parlant de la salle de réception de son Phot. G.-L. Manuel Stand de la Mode au Grand-Palais. pays, est dénuée d'ornementation et l'on peut, par suite, d'autant plus librement n'y placer que de quoi satisfaire un caprice esthétique passager. Tout y est de tonalité sobre, du sol au plafond. L'on y apporte à l'occasion, un objet d'art particulier et l'on y choisit et dispose tout en vue de faire valoir la beauté du thème principal... Songerait-on à écouter en même temps plusieurs morceaux de musique ?... On voit ainsi que notre système de décoration est nettement l'opposé de ce qui se pratique en Occident. Il faut, en vérité, une extraordinaire faculté d'enthousiasme critique pour jouir de la vue constante même d'un chef-d'œuvre. » ERIC BAGGE. Dressing-Room. (Pavillon de la Manufacture de Sèvres) Mais cette aimable supposition est contraire à la physiologie elle-même. Nous ne possédons ni une extraordinaire faculté d'enthousiasme, ni une capacité d'art sans limites. Si nous arrivons à ne pas souffrir de la confusion qui nous entoure, c'est qu'au bout de peu de temps elle n'est plus perçue. Elle est comme si elle n'était pas. L'habitude nous y a rendus insensibles. C'est vers cette conception du décor mobile sur un fond neutre que nous allons aujourd'hui. Elle a non seulement pour elle la logique des lois de la perception, mais aussi l'influence du cinéma et de ses images mouvantes, du rythme accéléré de la vie moderne. C'est d'ailleurs une tendance plutôt qu'une doctrine. Le Français est trop ami des conciliations pour n'essayer pas d'adopter, suivant un tempérament original, des excès opposés.

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BEAUX-ARTS Le tissu, la toile imprimée, le papier-peint, de prix différents, répondent d'ailleurs à des besoins différents et trouvent chacun un emploi agréable parce que légitime dans le cadre qui est propice. Ce qu'il fallait indiquer c'est que, non seulement l'emploi de ces matières est comme toujours une éternelle question de goût et d'harmonie, mais que, bien plus, elles essaient de se faire changeantes, ou, si elles n'y réussissent pas, de se faire oublier. A l'harmonie de l'impression d'ensemble, qui est la conception du décor, a succédé la recherche de l'unité d'impression, qui est l'esthétique d'artistes raffinés, de civilisés pressés. Le décor du tissu n'a pas échappé à cette nécessité de satisfaire des besoins nouveaux. LEPAPE. La Chaussure Cecil. LA MODE ET SES ACCESSOIRES. La mode est la clientèle exigeante des techniques textiles. C'est grâce à l'énorme demande de modèles nouveaux que les procédés de fabrication ont atteint une variété et une perfection incompatibles. Loin même de se satisfaire avec les tissus fabriqués spécialement pour les robes, le couturier se sert des tissus d'ameublement ou même des toiles imprimées. Rien n'est trop original pour qu'on se distingue. Les tissus pour robes, comme il est facile de s'en rendre compte au Grand-Palais, ont un aspect bien plus varié que les tissus d'ameublement. A quoi cela tient-il si les jeux d'armures sont les mêmes ? Aux procédés de fabrication, aux mystères de la teinture. Par exemple, les tissus que MM. Rodier frères font fabriquer à Bohain, ne sont pas finis quand ils sont tissés. Bien au contraire. Quand ils sortent du métier, c'est une étoffe lâche où peuvent se mêler toutes les matières, laine, coton, soie, argent et or. Le foulage, la teinture resserrent l'armure qui ondule. L'étoffe est passée ensuite dans des machines qui la cisail lent, la griffent, l'ajourent ou l'impriment. Même sans avoir recours à ces procédés mécaniques, les procédés chimiques du teint en pièce permettent une variété de résultats — aux dépens il est vrai de la résistance — que la soierie d'a- Stand de la maison JENNY au Grand-Palais. Stand de la Mode au Grand-Palais.