Extrait

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3e Année. — Numéro 21 15 Décembre 1925 BEAUX-ARTS REVUE D'INFORMATION • ARTISTIQUE • --- LES IMMEUBLES APPARTENANT A L'ETAT Nous vivons dans un temps où l'Etat n'a pas le droit d'être prodigue et peut, avec raison, non seulement chercher à restreindre ses dépenses, mais examiner si les valeurs, qui lui appartiennent, ne seraient pas bonnes à liquider. Une commission, qui fonctionne depuis quelques mois pour la révision de la liste des immeubles appartenant à l'Etat, semble disposée à proposer l'aliénation d'un certain nombre des dits immeubles. Il est certain que les services publics ont envahi depuis la guerre beaucoup de locaux qui pourraient être avantageusement rendus à l'usage privé. Il est évident qu'il y a des casernes qui ne servent plus à grand chose. Mais déjà des institutions respectables menacées ont protesté. Il en est qui pourraient légitimement être éloignées du centre de Paris, tels le Dépôt des Marbres et les magasins du Mobilier national; il en est d'autres qu'il serait absurde ou injuste d'écart er de la capitale. Nous avons déjà plaidé ici pour le Musée de Marine qui, ne pouvant demeurer au Louvre, ne doit cependant pas être exilé en province. Il y a de la place perdue, évidemment, autour de l'Ecole Militaire et bien des bâtiments qui entourent celui de Gabriel ne sont pas respectables en eux-mêmes. Que deviendrait cependant celui-ci s'il ne demeurait autour de lui suffisamment d'air, de lumière et de constructions secondaires pour le mettre en valeur? Il a été question à la commission, en septembre dernier, de l'Observatoire, où les astronomes se plaignent de ne plus pouvoir travailler dans des conditions satisfaisantes. Va-t-on sacrifier cependant la magnifique architecture, utilitaire cette fois, de Claude Perrault, ou la priver de cette ceinture de jardins qu'il a été question de lotir et qui prolongent si utilement, pour la beauté et la santé même de Paris, les espaces libres du Luxembourg. On tremble un peu à l'annonce officielle (il s'agit d'un communiqué de M. de Monzie paru dans le Temps du 6 décembre) d'une proposition de vente portant sur plus de 200.000 mètres carrés dans Paris, «compte tenu des seuls immeubles pour lesquels il y a accord avec les administrations affectataires et sans comprendre dans ce total les terrains occupés par l'institution des Jeunes aveugles et celle des Sourds-muets». Paris a besoin d'espaces libres, il n'en est que trop privé par rapport aux autres capitales et, si l'on aliène des terrains, ce n'est évidemment pas avec l'intention d'imposer aux acquéreurs une servitude non aedificandi. Quant aux bâtiments eux-mêmes, il en est, nous le savons, qui peuvent être sacrifiés; mais ceux qui valent d'être respectés et conservés le seront plus sûrement s'ils restent propriétés d'état que s'ils passent, même avec des servitudes, entre les mains de particuliers. Qu'on se garde, par exemple, d'aliéner le ministère de la Justice! on sait trop que les classements n'empêchent guère d'altérer les autres parties de la place Vendôme. Se douterait-on que le classement comme monument historique n'avait pas été étendu jusqu'ici aux bâtiments de l'Observatoire? Des lois récentes permettront d'étendre la protection du classement comme sites, aux alentours d'un monument important qui vaut par son cadre autant que par son architecture propre. Que l'on n'hésite pas à s'en servir! On va s'occuper non seulement de Paris, mais des départements. Déjà, dans la proche banlieue, le sort du pavillon du Butard a déchaîné la verve d'un journal quotidien qui réclame à grands cris des sacrifices «grandioses». Non seulement nous sommes d'avis que le Butard doit être conservé et utilisé si on peut, car un bâtiment inutilisé est à moitié perdu: mais, au risque de soulever à nouveau l'ironique fureur de M. Stéphane Lauzanne, nous estimons que ce serait le devoir de l'Etat, même pauvre, de ne pas se désintéresser d'œuvres d'architecture harmonieuses et élégantes que la spéculation ou la négligence peuvent faire dis-

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BEAUX-ARTS paraître ou altérer à jamais d'un jour à l'autre. Que serait devenu le chef-d'œuvre de Mansart, à Maisons-Laffitte, sans le geste opportun de l'administration de M. Henry Marcel en 1905 ? Bien des cas analogues peuvent se présenter pour des édifices religieux que les municipalités renonceraient à entretenir, pour des châteaux ou des hôtels que les particuliers ne pourront plus tenir en état. La caisse des Monuments historiques sera fatalement amenée à intervenir, non seulement pour entretenir, mais pour acquérir. Il s'agira seulement pour les immeubles ainsi acquis, entretenus et respectés, de trouver des utilisations adéquates. Nous ne réclamons pas des musées partout. Mais il est des institutions scientifiques, charitables, scolaires, que sais-je ? qui peuvent s'accommoder d'un cadre historique, en le respectant. Que l'on sacrifie les édifices indifférents, si cela est nécessaire, mais que l'on utilise de façon opportune ceux qu'il importe à la gloire, au bon renom, à la fortune même de la France, de ne pas abandonner au hasard, ou à des mains indignes! Paul Vitry. --- NOUVELLES - Nomination. — Par arrêté du ministre de l'instruction publique et des Beaux-Arts, en date du 4 décembre 1925, M. Alix Marquet, statuaire, a été nommé membre du conseil supérieur des Beaux-Arts, en remplacement de M. Ségoffin, décédé. - A la villa Médicis. — Le Journal officiel publie le décret suivant : Les jeunes gens, qui auront obtenu les premiers grands prix de Rome, seront pensionnés par l'Etat ; les peintres, sculpteurs, architectes, graveurs en taille-douce et compositeurs de musique pendant trois ans et quatre mois, les graveurs en médailles pendant trois ans. Ils devront résider à Rome pendant le temps de leur pension. Toutefois, les pensionnaires compositeurs de musique seront autorisés à rentrer en France à l'expiration de leur deuxième année de pension. Les architectes devront, au cours de leur pension, accomplir un voyage en Orient. - Le Prix Lasserre. — Par arrêté du ministre de l'Instruction publique, en date du 28 novembre 1925, le prix littéraire de la fondation Lasserre est attribué, pour 1925, à M. Edmond Pilon. On sait que le lauréat a publié plusieurs études consacrées à l'histoire de la peinture au XVIIIe siècle, notamment un Watteau et un Chardin. - Monuments commémoratifs. — Avant la guerre un comité s'était constitué sous la présidence de feu M. Homolle pour édifier, au cimetière Montmartre, un monument en mémoire du peintre Greuze dont la tombe se trouvait dans un état de complet abandon. Après bien des traverses et malgré la mort de son président, le comité a pu réaliser son projet et le 1er décembre en présence de M. Paul Léon, directeur des Beaux-Arts et de MM. Chabas et Fenaille délégués par l'Académie des Beaux-Arts, on a inauguré le monument dû au statuaire Ernest Dagonet et à l'architecte A. Bluyssen. — Le 4 décembre, un monument élevé à la mémoire de Roland Garros a été inauguré sur le terre-plain des Champs-Elysées situé en face de l'avenue Alexandre III. Le monument, dont la destination définitive est l'île de la Réunion, patrie du célèbre aviateur, est l'œuvre du sculpteur Etienne Forestier. - Découvertes archéologiques. — Les inondations, qui récemment se sont produites dans la banlieue d'Athènes au pied du mont Lykabettos, ont provoqué des éboulements qui ont mis à jour plus de trente tombaux anciens couverts d'ornements et remplis d'objets précieux ainsi que quatre momies. On n'a pas encore pu déterminer l'époque à laquelle remontaient ces antiquités. — Les services archéologiques du haut-commissariat de Syrie viennent de découvrir dans la région de Tripoli-de-Syrie, au fond d'une grotte d'accès difficile, un intéressant monument de l'époque des Croisades. Il s'agit d'une série de peintures représentant la vie de sainte Marine, qui était née, tout près de Tripoli, à Kalamour, et que les Maronites ont toujours eue en grande vénération. Parmi ces peintures, il en est une qui offre un intérêt particulier parce qu'elle montre l'ancienneté de l'influence exercée par la France en cette région. L'une de ces fresques représente, en effet, une sainte maronite tenant en main un livre qui n'est autre que le Miroir des enfants, manuel scolaire en usage en Occident pendant le Moyen-Age. — Un certain bruit a été fait, ces derniers temps, dans la presse au sujet de la découverte par une mission archéologique américaine opérant dans le Hoggar d'un tombeau extrêmement ancien. Consulté à ce sujet, par notre confrère Le Temps, M. Gsell, l'éminent professeur au collège de France, a, par ses déclarations, singulièrement réduit la portée de la trouvaille en question. Il n'en reste pas moins que les dernières recherches effectuées par les archéologues américains permettront d'apporter d'intéressantes précisions aux constatations faites précédemment par nos compatriotes. - Une Fédération de la couleur. — Le 14 décembre a eu lieu à la salle des Ingénieurs, sous les auspices de l'Association des Chimistes de l'Industrie textile, une réunion en vue de créer une Fédération de la couleur. Cet organisme, qui groupera avec des techniciens des artistes peintres et des décorateurs, sous la direction de M. René Chapoullié, inspecteur général des Arts appliqués, aura pour but une diffusion plus intense de nos connaissances sur les harmonies chromatiques et sur leurs applications. NECROLOGIE - Le 26 novembre est mort le comte Paul Durrieu, membre libre de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Né à Strasbourg, le 2 octobre 1855, il fit ses

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BEAUX-ARTS études au lycée Condorcet et entra à l'Ecole des Chartes. Après avoir publié des ouvrages d'histoire concernant le Moyen-Age, il se spécialisa dans l'étude des manuscrits à peinture et fit paraître sur ce sujet des livres qui font autorité: Les Heures du maréchal de Bouc'caut, les Très riches heures du due de Berry, les Antiquités judaïques, la Miniature flamande au temps de la cour de Bourgogne. Le comte Durrieu était conservateur honoraire des Musées nationaux, président de la Société d'histoire générale et ancien président de la Société nationale des Antiquaires de France. La Gazette des Beaux-Arts publiera prochainement un article consacré aux travaux du comte Durrieu. — Le 10 décembre, André Beaunier est décédé à l'âge de cinquante-six ans. Dès sa sortie de l'Ecole normale, il s'était adonné à la littérature et au journalisme. Romancier et essayiste de grand talent, il avait à plusieurs reprises abordé la critique d'art; c'est ainsi qu'il laisse un livre consacré à l'Art de regarder les tableaux et des Souvenirs d'un peintre qu'il avait recueillis du maître Georges Clairin. La Gazette des Beaux-Ars l'avait compté parmi ses «salonniers». — Le compositeur Eugène Gigout est mort âgé de quatre-vingt-un ans. Organiste distingué, il tint, pendant plus de cinquante années consécutives les orgues de Saint-Augustin. On lui doit plus de 600 pièces pour orgue ainsi que des mélodies pour chant et piano. — Frédéric Régamey, qui s'était fait connaître comme peintre et dessinateur des salles d'armes et des scènes sportives, vient de mourir à l'âge de soixante-seize ans. ACADEMIES SOCIETES SAVANTES Académie des Inscriptions et Belles-Lettres Séance du 30 octobre M. Georges Foucart, directeur de l'Institut français d'Archéologie orientale du Caire, rend compte des résultats des fouilles exécutées par cet Institut en 1925. Il examine les deux chantiers de Melamout et de Deir-el-Medineh, et signale l'importance archéologique des résultats acquis sur les terrains de ces deux localités. Séance du 6 novembre M. G. Bénédite présente le premier numéro de la Revue de l'Egypte ancienne, organe de la Société d'égyptologie, de fondation nouvelle, revue qui remplace les deux grands périodiques égyptologiques français publiés jusqu'à ce jour. Séance du 13 novembre L'Académie procède à l'élection d'un membre libre, en remplacement de M. Henri Cordier, décédé. Au deuxième tour de scrutin, M. Radet, professeur à la Faculté des lettres de Bordeaux, est élu par 29 voix sur 45 votants contre 3 à M. Audollent et 13 à M. Durrbach. M. Diehl présente, de la part de M. Tafrali, professeur à l'Université de Jassy, un important ouvrage sur les objets d'art byzantin et roumain que conserve le trésor du monastère de Poutna. Il y a là surtout une admirable collection de broderies et de tissus dont beaucoup sont du xive et du xe siècles. La récente exposition d'art roumain au Jeu de Paume a mis sous nos yeux quelques-uns de ces chefs-d'œuvre. M. Pelliot fait une communication sur des fouilles récentes exécutées en Haute-Mongolie par le gouvernement soviétique et qui ont mis au jour des objets des cinquième et sixième siècles à ce qu'il semble. Une cinquantaine de tumuli ont été explorés. Ils avaient tous été visités autrefois par des pillards qui en avaient vraisemblablement enlevé les objets d'or et d'argent. Il reste encore des soieries d'un grand intérêt et des laques, ainsi que des objets de bronze. Séance publique annuelle du 20 novembre Après le discours d'usage par le président, M. Ch.-V Langlois, M. René Cagnat a lu une notice sur la vie et les travaux d'Ernest Babelon. Pour terminer, M. Georges Bénédite a fait une lecture sur la Vallée des Rois. Séance du 4 décembre M. Théodore Reinach communique une inscription grecque en vers, du sixième siècle avant notre ère, récemment acquise à Paris par le musée de New-York, qui révèle un nouvel ouvrage du sculpteur Phaidimos, déjà connu par une autre inscription de statue. M. le général Gouraud entretient l'Académie de l'Institut français d'archéologie et d'art musulman de Damas, installé dans le palais Azem. Ce palais a été en partie détruit par la révolte de Damas. D'après une lettre, que le général Gouraud a reçue de M. Eustache de Lorey, directeur de l'Institut, le «malheur est grand, mais n'est pas irréparable»; les deux tiers du palais sont intacts; il dépend du haut commissaire de donner la subvention nécessaire aux réparations. Académie des Beaux-Ars Séance publique annuelle du 28 novembre La séance a été présidée par M. Chabas qui prononça l'éloge des morts de l'année. Après la proclamation des grands prix de Rome décernés en 1925, M. Ch.-M. Widor fit une lecture sur les procès-verbaux de l'Académie d'architecture (1671-1793) que publie M. Henry Lemonnier sous les auspices de l'Académie. La séance se termina par l'exécution de la symphonie de Claude Debussy: Printemps. Société de l'Histoire de l'Art français Séance du 4 décembre Mlle Levalley entretient la société du duc de Choiseul, amateur passionné pour sa collection dont le ministre disgracié dut faire, en 1771, une vente sensationnelle. M. Marquet de Vasselot étudie trois tapisseries d'Aubusson dont les cartons sont dus à J.-B. Huet et que renferme l'Hôtel Burckhardt Meryan récemment donné à la ville de Bâle. Après une lecture attentive aux Archives Nationales des documents relatifs au Pont-Neuf, M. Boucher établit que ce pont fut construit par Baptiste Du Cereau et par Pierre Desiles, qui se chargèrent respectivement, l'un du grand bras et l'autre du petit bras sur la Seine.

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BEAUX-ARTS UN CATALOGUE DE VENTE ILLUSTRÉ PAR JULES BOILLY On sait l'importance qu'a prise, depuis quelques années, pour l'histoire de l'art, l'étude des catalogues de ventes, source inépuisable et encore peu explorée, qui réserve aux chercheurs d'appreciables découvertes. La réunion des catalogues de ventes d'objets d'art dans tous les pays, depuis le XVIIIe siècle, compte parmi les principales richesses de la Bibliothèque Doucet : elle en possède plus de 40.000, trésor unique au monde. Qui dira les efforts, la patience de ceux qui ont recueilli toutes ces brochures, naguère encore dédaignées, et d'autant plus rares qu'elles étaient sans valeur et ne paraissaient point dignes d'être conservées! Aujourd'hui, il existe des collectionneurs de catalogues de ventes, comme en témoigne le prix qu'atteignent ces petits livrets en librairie, mais M. Doucet est certainement le premier qui ait eu l'idée de les réunir systématiquement. Aussi, que de richesses dans cette collection, que de raretés introuvables ailleurs! La réputation de cet ensemble extraordinaire nous vaut quelquefois des dons faits par des amis qui ont à cœur d'enrichir une série si importante et si utile. C'est ainsi que, récemment, M. Loys Delteil, l'éminent expert, a eu la bonne pensée d'offrir à la Bibliothèque un très précieux catalogue, celui de la vente Saint, le peintre en miniature, faite les 2 et 3 mai 1846. Le catalogue est par lui-même assez rare; la collection était importante; elle comprenait un ensemble remarquable de tableaux et de dessins des maîtres du XVIIIe siècle, Watteau, Chardin, Boucher, Greuze, Fragonard, Lavreince, pièces de premier ordre qu'on retrouvera dans les plus célèbres cabinets du XIXe et du XXe siècle, ceux de Walferdin, de Marcille, des Goncourt et d'autres. Mais l'intérêt de notre catalogue est ailleurs: c'était l'exemplaire même de Jules Boilly qui assista à la vente et qui couvrit de dessins les marges de son livret, croquis des tableaux qui passaient en vente, silhouettes des personnages, experts, amateurs, simples curieux qui suivaient les enchères. Sans doute, il ne s'agit point de Gabriel de Saint-Aubin, et même nous n'avons à faire ici qu'à Jules Boilly, mais quel amusant document il nous a laissé! Voici des figures du monde de la curiosité de ce temps-là, d'abord les commissaires-priseurs Laneuville et Defer, qui, pendant 40 ans présidèrent toutes les ventes importantes; puis, de l'autre côté de la barricade, Walferdin, le célèbre amateur qui était venu à la vente rafler des Fragonard à 65 francs, des Watteau à 32 francs et des Chardin à 300 francs, et encore Hédouin, le graveur, Bertauts, le lithographe, Guichard, Bonnefont et Thoré, le critique d'art, barbe hirsute et chapeau à larges bords, toutes physionomies lestement croquées, avec une pointe de malice que Jules Boilly avait héritée de l'auteur des Grimaces. Enfin, à une époque où les catalogues de ventes n'étaient pas encore illustrés, voici, dans les marges, des cro- J. BOILLY. Dessins illustrant un catalogue de vente. (Bibliothèque d'Art et d'Archéologie.) quis de quelques-unes des pièces capitales de la vente, notés avec un sens très sûr des valeurs et du style; un Benedicite de Chardin, adjugé 501 fr., une nature morte du même adjugée 30 fr., puis des Greuze, dont le prix variait de 400 à 700 fr., enfin un magnifique Watteau, Concert dans un parc, payé 4.900 fr. Tous ces tableaux ont fait leur chemin depuis et connu des enchères autrement glorieuses. Ils commençaient seulement, en 1846, à retenir l'attention des amateurs: grâces soient rendues à Jules Boilly d'avoir crayonné les

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silhouettes des premiers fervents de l'art du xvie siècle et à Loys Delteil d'en avoir sauvé ce précieux témoignage. A. J. J. Boilly. Dessins illustrant un catalogue de vente. (Bibliothèque d'Art et d'Archéologie) LE CENTENAIRE DE CHARLES GARNIER au Pavillon de Marsan Il y a cent ans que Charles Garnier est né à Paris; il y a 27 ans qu'il est mort. S'il est déjà «historique» c'est, en somme, qu'il est moins un nom dominant sa postérité, qu'une œuvre révélatrice d'une époque. Les éléments de l'exposition, qui lui est consacrée au Pavillon de Marsan, sont pour la plupart empruntés au Musée de l'Opéra, ou à l'agence d'architecture du même édifice. Une des curiosités de cet ensemble est l'iconographie de Ch. Garnier. Dix portraits de 1846 à 1896 retracent l'image que les peintres ont donnée de lui. C'est très instructif. En 1846, Saintin le voit en juvénile poète vêtu de noir. A Rome, où il est pensionnaire, Barrias le transforme en pèlerin des ruines, et Bouguereau en napolitain de sérénale. Puis, c'est tout à coup la gloire, l'aventure étonnante de ce pensionnaire de Rome, dont le projet pour le nouvel Opéra est choisi parmi ceux de 150 concurrents. Il devient un nom connu, la caricature s'empare de ses traits. Giraud nous le montre en romantique forcené, pipe allemande aux dents, veston rouge sang et souliers à la poulaine. Puis, son collaborateur à l'Opéra, Baudry, le voit en 1869 comme un actif chef de chantier. En 1884, l'Opéra est terminé. Boulanger le peint tel un bourgeois cossu, avec un peu de poésie voulu dans le profil. Enfin, Carolus Duran le campe, en 1896, autoritaire comme un vieux maître d'armes fatigué, les yeux creux, desséchés et ardents, les longues mains coupantes, comme son long visage triangulaire au nez hyperbolique. L'étrange chose qu'au milieu de tous ces portraits ressemblants, la seule image qui vive, c'est celle, fausse, transfigurée, cravate négligente, regard inspiré, qu'a pétrie Carpeaux! Il ne s'agit point de juger le style composite de l'Opéra qui renchérit sur le composite Renaissance de Palladio et lui ajoute des motifs dérivés des découvertes les plus récentes: c'est celui de l'époque un mélange de souvenirs scolaires et de croquis de voyages. En bon élève, l'auteur voulut n'omettre rien de ce qu'il savait. On s'étonne un peu quand on regarde le couronnement de l'Opéra de voir se superposer en perspective les pentes d'un toit, une coupole et un fronton triangulaire. Pour savoir ce que notre temps pense de cette conception de l'architecture, il suffit d'aller se promener aux Champs-Elysées, et voir ce qu'on fait actuellement du Théâtre Marigny, autre œuvre de Garnier également. On élargit et on aère le plan, on éventre les pleins, on ouvre des baies, on passe au ciseau les excroissances superflues. Cela ne veut pas dire, d'ailleurs, que l'on fasse mieux que Garnier. Car c'est un fait: si vous demandez à un architecte ce qu'il pense de l'Opéra, CARPEAUX. Buste de Ch. Garnier. (Musée du Louvre) il admire, et avec raison. Vous lui parlez esthétique, il vous répond technique. Car voici le vrai mot, Garnier fut un grand technicien, un bel ouvrier. Pas un détail de l'immense ensemble,

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BEAUX-ARTS dont le dessin ne fût pas de sa main, que ce soit une fermeture d'œil-de-bœuf, le chambranle d'une fenêtre ou le profil d'une marche d'escalier. Quant à l'aménagement intérieur, il s'inspira évidemment du Grand-Théâtre de Bordeaux de Louis; mais cependant quelle entente personnelle du plan, des dégagements, de la scène, dans les sept étages de cintres, les cinq étages de dessous. Tout cela est d'un grand ingénieur. Parmi les peintres, qui collaborèrent à son œuvre, Paul Baudry sut évidemment son métier, ou plutôt il possédait magistralement un métier, mais trouva-t-il jamais le sien? N'est-il pas permis de lui préférer Elie Delaunay, peut-être sans génie, mais dont les compositions pour le grand salon et le grand foyer s'équilibrent avec une ample et calme harmonie. Comment ne pas préférer surtout Carpeaux? On peut dogmatiquement reprocher à son groupe de la Danse d'être peu architectural, de sortir du cadre, de déplacer les lignes. Oui, sans doute, mais Carpeaux était un artiste et un poète et ceux-là ont toujours raison. Luc Benoist. MONUMENTS HISTORIQUES LARGENTIÈRE. Hôtel de ville. Ardèche. — La ville de Largentière a installé récemment son hôtel de ville dans la pittoresque maison de la fin du xve siècle ou du début du xvie dont nous donnons la reproduction. Il a paru bon d'en prononcer le classement pour éviter que la partie droite de l'immeuble, qui s'écroula en 1917, ne fût remplacée par des constructions trop dis- SAINTE-FAUSTE. Tombeau de la fin du xvii° siècle. parates. Sans insister sur les caractères assez courants de cet édifice, nous signalons cependant les fenêtres doubles placées sur l'angle de la construction, suivant une disposition assez rare dans l'architecture civile du Moyen Age. Indre. — M. l'abbé Ralier, curé de Sainte-Fauste, qui s'attache à assurer la sauvegarde des souvenirs locaux qu'il peut recueillir, souvent à ses frais, a fait transporter dans son église un monument funéraire qui se détruisait lentement contre un mur d'une ferme voisine. C'est le monument que le chevalier Charles de La Grange Montigny, gouverneur de Vierzon, fit élever, en 1592, en souvenir de sa première femme, Renée de La Loë. Suivant les formules habituelles à l'époque, il se compose d'un panneau rectangulaire destiné à recevoir l'épitaphe et encadré d'une forte moulure sculptée qu'accostent deux génies pleurant; en dessous les attributs de la mort et au-dessus, entre deux volutes, un écussion surmonté d'un casque. C'est cet écussion, où l'on peut lire encore les armoiries des La Grange et des La Loë, qui a permis à M. l'abbé Ralier de déterminer la provenance et la date de cet intéressant morceau de sculpture funéraire dorénavant classé. Jean Verrier.

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[53] 15 DÉCEMBRE 1925 339 BULLETIN DES MUSÉES LA RESURRECTION DE LAZARE DE NICOLAS FROMENT au Musée du Louvre Les visiteurs de l'Exposition des Primitifs français, organisée avec tant de zèle en 1904, au Pavillon de Marsan, s'arrêtaient, intéressés et charmés devant un tableau de Nicolas Froment représentant la Résurrection de Lazare, provenant de la galerie de M. Richard von Kaufmann, de Berlin. La courtoisie du collectionneur allemand reçut sa récompense : sa galerie ayant brûlé pendant le cours de cette exposition, ne furent sauvés que les tableaux qui avaient été prêtés. Au mois de décembre 1917 eut lieu à Amsterdam la vente posthume de M. von Kaufmann. La Résurrection de Lazare fut âprement disputée par le Musée de Berlin à M. Castiglioni, amateur autrichien, formidablement enrichi par la guerre, qui se la vit adjuger au prix de 390.000 marks. Des revers l'ont obligé à disperser sa collection et le 17 novembre dernier le Louvre acquit ce tableau à Amsterdam au prix de 154.000 florins. Les œuvres de Nicolas Froment sont extrêmement rares : deux seulement sont d'une authenticité établie par des inscriptions ou des documents : c'est, au Musée des Offices, à Florence, le triptyque de la Résurrection de Lazare, signé et daté du 15 juin 1461, présentant avec le nouveau tableau du Louvre les plus intéressantes analogies ; c'est, à la cathédrale d'Aix, le grand triptyque du Buisson Ardent avec les portraits, sur les volets, du roi René et de sa femme, Jeanne de Laval, accompagnés de leurs patrons, à propos duquel M. Blancard publia, en 1877, des extraits de comptes des Menus plaisirs du roi de Provence, prouvant que cette œuvre capitale fut commandée pour l'église des Grands-Carmes, à Aix, à Nicolas Froment, d'Uzès, et terminée en 1475. On peut rapprocher de ces deux œuvres, comme étant peut-être du même auteur, le Saint Siffrein du grand séminaire d'Avignon, le diptyque, légué à Jean de Matheron par le roi René, où celui-ci est figuré en buste sur un volet en face de sa femme représentée sur l'autre volet (Musée du Louvre), enfin le Saint Mitre de la cathédrale Saint-Sauveur à Aix-en-Provence. Le tableau, qui peut, avec le plus d'autorité, être donné à Nicolas Froment, est la Résurrection de Lazare de l'ancienne collection von Kaufmann. Les analogies avec le triptyque des Offices sont si grandes et si nombreuses que le doute ne paraît Cl. Serv. phot. B.-A. NICOLAS FROMENT. Résurrection de Lazare.

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BEAUX-ARTS guère possible, rares sont les tableaux pouvant recevoir une attribution avec une aussi grande vraisemblance. La figure de Lazare, assis dans le tombeau, est presque la même dans les deux œuvres : moins décharnée toutefois sur le tableau du Louvre, l'arrangement du linceul, retenu sur la tête et tombant le long du dos, débordant aussi sur le bord du tombeau et laissant découvert tout le torse est sensiblement le même, ainsi que le geste de l'assistant qui dénoue les bandelettes attachant les mains du ressuscité. Le saint Pierre est exécuté d'après le même modèle dans les deux peintures. On remarque aussi de grandes analogies dans la figure du Christ et dans celles de plusieurs des assistants. Les colorations sont très harmonieuses dans le tableau du Louvre. Les figures des sœurs de Lazare, Marthe et Marie sont charmantes, enfin le paysage inspiré de la région du Comtat, avec, à gauche, des architectures évoquant le souvenir des remparts d'Avignon et de Carcassonne, du château de Tarascon et aussi de certaines constructions de Touraine, donnent à cette œuvre une particulière et rare beauté. La composition de la scène est mieux équilibrée, plus aimable, avec les personnages agréablement espacés au lieu d'être, comme dans le panneau central du triptyque des Offices, serrés à l'exces les uns contre les autres; le dessin des plis des vêtements de tous les personnages, très réels et très souples n'offre pas la rigidité que l'on rencontre ailleurs; dans les physionomies plus aimables, les visages sont moins anguleux et caricaturaux que ceux que l'on trouve dans l'œuvre conservée à Florence: en un mot, par son exécution plus libre et plus aisée, le nouveau tableau du Louvre témoigne chez son auteur d'un grand progrès depuis 1461; cependant la présence des mêmes modèles dans les deux tableaux ne permet pas de reculer au delà de quelques années l'exécution du Louvre. Henri Bouchot le datait approximativement, dans le catalogue de l'Exposition des Primitifs français, de 1465: c'est une date qui peut être acceptée. Nous ignorons malheureusement à peu près tout de l'existence de Nicolas Froment, que nulle part les chroniqueurs contemporains ne citent. Les mentions, qui le concernent dans les comptes du roi René, sont fort brèves; nous ignorons également l'histoire de ce tableau, et le nom du donateur qui y est représenté. Peut-on espérer que toutes ces lacunes soient un jour comblées? Actuellement, nous ne pouvons que nous réjouir qu'une œuvre française d'une aussi grande valeur artistique soit destinée à prendre place dans la salle consacrée à nos peintres primitifs. N'est-ce pas le but que l'on s'était proposé d'atteindre lorsque l'on décida de vendre le collier de perles de Mme Thiers afin de consacrer une partie de la somme ainsi produite à l'acquisition d'œuvres d'art d'une exceptionnelle importance? Jean GUIFFREY. MUSÉE DU LOUVRE Peintures et Dessins Outre l'acquisition de la Résurrection de Lazare, par Nicolas Froment, le département a reçu plusieurs dons. M. Richard Feuillet lui a légué un agréable tableau de Pater (1695-1736), l'Escarpolette, qui représente des couples amoureux se divertissant dans un paysage de simple campagne. M. Max Rothschild, de Londres, a offert une vivante effigie de prélat par La Neuville (mort en 1826), datée de 1787. Mme Félix Abram, de Marseille, a laissé au Musée son portrait et celui de son mari, deux œuvres de Gustave Ricard (1823-1873), dont le portrait d'homme surtout peut compter parmi les plus belles qui soient sorties du pinceau de l'artiste. Enfin, Mme Urbain a offert au nom de sa mère récemment décédée un tableau de son père, Léon Belly (1827-1877), tableau d'un grand intérêt en ce qu'il montre sous un jour inattendu le talent de ce peintre spécialisé dans les sujets orientaux: il s'agit d'un paysage français, les Foin en Normandie, près de Beuzeval, vigoureusement traité, sous l'influence de Courbet. A ce tableau sont jointes deux études qui nous ramènent au genre habituel de Belly: les Bords du Nil et la Citadelle du Makatan, près du Caire. G. R. MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE LA VILLE DE PARIS Le Palais des Beaux-Arts de la Ville de Paris vient de s'enrichir d'un don magnifique fait par M. Auguste Gurnee, citoyen américain et grand ami de la France. Cette libéralité consiste principalement en douze belles tapisseries des ateliers de Paris (avant les Gobelins), d'Aubusson, et des Flandres. Le public peut, dès maintenant, les admirer sur les murailles du Petit Palais. MUSEE DE LYON Une exposition rétrospective qui comprend, outre les toiles du Musée, une vingtaine de tableaux prêtés par des amateurs a été organisée par M. Rosenthal et ouverte le 29 novembre, en l'honneur du peintre lyonnais Seignemartin mort en 1875, à vingt-sept ans, dont les amis et les admirateurs ont commémoré la mémoire par l'apposition d'une plaque sur sa maison natale, en attendant l'érection de son buste sur le cours des Chartreux.

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BULLETIN DES MUSÉES MUSÉE MASSENA A NICE La ville de Nice est sur le point d'acquérir, pour y installer son Musée, la magnifique villa Thomson. On pourra admirer bientôt, dans ce cadre, la collection des œuvres du peintre Chéret, que le baron Joseph Vitta a accepté d'y déposer. Une partie de cette collection avait été exposée cet été à la manufacture des Gobelins. Le geste du baron Vitta, qui s'était dès longtemps passionné pour le talent de son ami, le maître décorateur, permettra à tous les admirateurs de celui-ci de retrouver dans son entier son œuvre lumineuse et pétillante d'esprit et de grâce. MUSÉE DE ROUEN Le Buste de C. N. Le Cat par J.-B. Lemoyne. Au moment où s'opéraient, à Rouen, les installations du nouveau Musée de peinture, sur les dessins de Sauvageot, en 1884, divers établissements ou services municipaux ne manquèrent pas de diriger sur ce vaste édifice tout ce qui leur paraît appartenir aux collections artistiques de la ville, dotées enfin d'un emplacement suffisant. C'est ainsi que d'une des salles de la mairie, un buste — que quelques-uns croyaient encore, par pure tradition (1), être l'effigie de Claude-Nicolas Le Cat, dû à un artiste inconnu — était envoyé au Musée, et prenait place, pour plus de quarante ans, parmi les ouvrages classés dans la réserve; il y perdait définitivement cette vague personnalité pour n'être plus qu'un «inconnu par un inconnu». Nos recherches, entreprises au sujet d'un buste de l'abbé Frottier par Pajou, devaient nous mettre sous les yeux ce morceau, dont aucune marque ne rappelait plus ni la provenance ni l'identité. Frappé cependant par sa beauté, nous lui avions attribué une place au Musée, à côté des Pajou heureusement retrouvés. Le hasard d'une visite au Musée médical (créé dans l'Hospice général de Rouen, par le docteur Brunon) nous permit d'identifier avec certitude le modèle; les mémoires de l'Académie de Rouen devaient ensuite nous mettre sur la trace de sa provenance et nous aider à établir avec une suffisante certitude le nom de l'artiste, qu'avec beaucoup de pénétration, M. P. Vitry avait cru devoir déjà prononcer: J.-B. Lemoyne. Il existe en effet, à l'Hospice général, offert par un généreux donateur, un magnifique portrait peint (2) de C.-N. Le Cat, où tous les traits de sa physionomie pleine de feu, d'ardeur et de finesse, sont tels, qu'il semble impossible que le peintre n'ait pas eu sous les yeux le buste même qui fait l'objet de cette note. Claude-Nicolas Le Cat (1) est une des plus intéressantes figures médicales de son temps. Chirurgien en chef de l'Hôtel-Dieu en 1733, fondateur de l'amphithéâtre de dissection, membre des Académies de Paris, Londres, Berlin, Madrid, etc., il fut un des plus actifs fondateurs de l'Académie de Rouen. «Un seul homme alors donnait l'impulsion à presque tous ses collègues. Doué d'un génie ardent, infatigable au travail, passionné pour tout genre de gloire, également doué du désir d'apprendre et de celui de communiquer ses connaissances, se livrant sans réserve à l'exercice de sa profession qu'il honorait; s'identifiant avec l'Académie et la regardant peut-être un peu trop comme son patrimoine; conquérant l'estime et la considération, qu'il eût été plus flatteur d'obtenir de la bienveillance, ami de tout homme laborieux; auquel il ne manquait, pour être chéri, que des formes un peu plus douces, M. Le Cat, c'est l'homme extraordinaire que je viens de signaler, était donc fait pour avoir une grande influence sur l'Académie et elle se ressentit en tous temps de l'ascendant qu'il sut y conserver» (2). Nous avons pensé bien faire en reproduisant ces (1) Par Dupont, mort à Rouen le 15 sept. 1775. (2) Comme nous le verrons plus loin, notre éminent prédécesseur M. Gaston Le Breton, si bien informé sur toutes les choses de l'art en général, et spécialement rouennaises, n'avait pas connaissance de cette attribution. J.-B. LEMOYNE. Buste de C.-N. Le Cat. (Musée de Rouen) (1) Ou Lecat. Né à Blérancourt (Aisne), le 6 sept. 1700, mort à Rouen le 29 août 1768. (2) Gosseauame. Pièces analytiques des Mémoires de l'Académie de Rouen. Tome I, in-8°, Rouen 1814, pp. 22 et suivantes.

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BEAUX-ARTS lignes qui commentent si heureusement le caractère du modèle et nous aideront efficacement à comprendre l'œuvre de J.-B. Lemoyne. Ce buste, grandeur nature, représente le célèbre chirurgien en élégant costume de ville, recouvert d'une draperie aux plis largement modelés, bien caractéristiques de la manière du maître. La tête, petite et fine, émerge d'un haut col à jabot de dentelle. Le masque expressif traduit avec vigueur la volonté aiguë et l'activité bouillonnante de l'homme. Le front est largement bombé, le nez un peu fort, long et pointu, le menton carré, volontaire. Tout le visage paraît en action : le re- J.-B. LEMOYNE. Buste de C.-N. Le Cat. (Musée de Rouen) gard vif est dominateur, les lèvres minces, légèrement pincées, comme pour retenir à grand peine des paroles rapides, les muscles des joues et surtout des maxillaires très saillants, modelés avec autorité; l'ensemble d'une vivacité un peu tranchante, d'une intelligence primesautière, incisive, mais sans bonhomie, sans rondeur. C'est le portrait campé avec énergie d'un brillant chirurgien. Cette œuvre fut très probablement exécutée en 1743 (1). C'était le moment où Le Cat et ses amis (1) A l'occasion du transport de la statue équestre de Louis XV destinée à la ville de Bordeaux, Lemoyne dut s'établir à Rouen de mars à juillet 1743. M. Le Breton (J.-B. Lemoyne et l'Académie de Rouen. Sociétés des B.-A. des dép., 1882), cite ce buste sans indiquer où il se trouve. Par suite d'une erreur des s'occupaient activement de l'organisation définitive de l'Académie ; ils poursuivaient fièrement l'obtention des lettres patentes qui devaient, en la plaçant sous la haute protection du duc de Montmorency-Luxembourg, donner à l'institution son caractère officiel. Nul doute que Le Cat n'ait essayé d'entrainer dans son groupe le brillant sculpteur du roi, et qu'il n'ait déjà voulu le faire admettre comme associé. C'est pendant les longues semaines où Lemoyne dut attendre l'installation de sa statue à bord de «La Grive» dont il fallut transformer l'aménagement, qu'il put exécuter le buste du plus ardent promoteur de l'Académie rouennaise. L'intérêt, que devait prendre Lemoyne à la fondation de l'Ecole de Dessin, Peinture et Architecture instituée par l'Académie, sur la proposition de M. de Cideville, les éloges, les encouragements qu'il adressait avec Le Bas, le 18 septembre 1746, témoignent que depuis longtemps déjà le sculpteur est entré assez avant dans l'intimité des membres de la compagnie pour se permettre d'adresser des conseils et des avis. Il devait d'ailleurs être reçu officiellement membre associé le 12 mars 1748. Il promettait, dans sa lettre de remerciements, d'adresser à la compagnie les bustes de Fontenelle et de Jouvenet. Nous comptons bientôt étudier le premier de ces ouvrages qui fut seul exécuté. Un paragraphe du Précis Analytique (1) enregistre que le buste de Le Cat par David (sic) fut donné à l'Académie en 1784. Recherches faites, David était le gendre et le successeur de Le Cat dans ses fonctions à l'Hospice général; il mourut le 22 août 1784, laissant ce souvenir à l'Académie. C'est cette erreur, imprimée dès 1814, qui devait largement contribuer à faire le silence et l'oubli sur cette œuvre (2). Nous sommes heureux d'avoir pu, en la réexposant et en publiant cette notice, rendre un faible hommage au talent du sculpteur et à son brillant modèle. F. GUEY. Précis de l'Académie, qu'il reproduit, il fixe à 1759 la date des bustes offerts à cette compagnie pour sa réception. Iami (Dictionnaire des Sculpteurs), suivant Le Breton, semble à son tour reporter à cette même année l'exécution du buste de Lecat et de celui de Mme Mazeline. Comme on peut le voir par la reproduction que nous en donnons, le buste de Lecat ne saurait être celui d'un homme âgé de près de soixante ans. (1) Gosseauume. Précis Analytique... Tome II, p. 227. «Sculpture». Quels sont les Grands Hommes dont il conviendrait de placer les statues ou les bustes dans le jardin de l'Académie de Rouen! Ext. du Mémoire de M. l'Abbé Saas. (2) Aucun catalogue du Musée n'a jamais fait mention du buste de Lemoyne ni du nom de Le Cat. |56| |56|

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BEAUX-ARTS CORRESPONDANCE DE L'ÉTRANGER ALLEMAGNE Une statue grecque archaïque au Musée de Berlin Malgré beaucoup d'obstacles, malgré même une forte opposition d'une partie de l'opinion publique, malgré des contestations sans fondement sérieux élevées sur l'authenticité de l'œuvre, le Musée Ancien (Altes Museum) de Berlin vient de s'assurer la possession d'une précieuse statue grecque archaïque, connue des archéologues depuis deux ans environ. Lorsqu'elle fut proposée au Musée, il paraissait impossible de disposer de la somme nécessaire. Mais les efforts énergiques et persévérants des directeurs, MM. Wiegand et Zahn, ont enfin abouti, et grâce à l'aide du capital privé, de l'État et de la ville de Berlin, la « déesse archaïque » appartient, depuis le 1er octobre, au Musée, et doit être exposée un de ces jours aux regards du public. La statue, haute de 2 mètres (avec la base), est sculptée dans une pièce de marbre pentélique, jauni par le temps. Son état de conservation est unique pour une œuvre de cette époque, de cette qualité, de ces dimensions. Là où l'on a trop appris à se contenter de débris, de fragments, de membres mutilés, on voit une figure complète, gardant encore son décor polychrome, absolument intacte, à part quelques petites écorchures ou le marbre apparaît encore blanc, et qui datent probablement de son détèrrement ou du transport. Ce transport, ou plutôt la législation restrictive qui interdit l'exportation des antiquités dans certains pays, paraît avoir nécessité des mesures très regrettables : la statue a été coupée en quatre pièces. Autre conséquence déplorable pour la science : la provenance de la statue — comme de beaucoup d'autres — reste dans un profond mystère. Son classement toutefois est aisé, elle se range sans difficulté dans l'art attique ou atticisant de la première moitié du vie siècle avant J.-C., tout en y comblant un vide sensible et y apportant des traits personnels. La « déesse », à l'aspect plutôt masculin, se tient debout, toute droite ; la symétrie est rompue seulement par le mouvement des mains : la gauche, élevée à la hauteur de la poitrine, tient un bord du châle, la droite retombe plus bas, le bras légèrement plié au coude. On me dit que la polychromie de la statue était plus vive à sa première apparition, il y a deux ans, et qu'elle a pâli depuis. À l'état présent, le jaune ne se détache que faiblement de la teinte dorée du marbre, le bleu a pris un coloris grisâtre, mais la couleur, qui joue le rôle prédominant, est précisément celle qui est la mieux con- servée : c'est le rouge du chiton, répété sur le polos, dans l'iris des yeux, etc. Les chairs n'étaient probablement qu'enduites de cire. Le chiton tombe en plis droits et réguliers, de dos, rasant le sol, et, de face, laissant à découvert les pieds chaussés de sandales. La bande médiane du chiton porte un ornement gravé à la pointe, formé de quatre lignes de méandres diversement