Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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ART et Décoration Revue mensuelle d'Art Moderne --- Sommaire - Salons de 1903 : - Henri Martin - HENRY MARCEL - Une maison, un mobilier modernes - FRANTZ JOURDAIN - L'Exposition Georges de Feure - GABRIEL MOUREY - Bellery-Desfontaines - CHARLES SAUNIER - Planche hors texte : - "La femme au boa" - G. DE FEURE --- MAI 1903 --- LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS 13, RUE LA FAYETTE PARIS Prix de la Livraison : 2 fr. 7° Année, N° 5.

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Art et Décoration Revue Mensuelle d'Art Moderne COMITÉ DE DIRECTION : MM. VAUDREMER, GRASSET, JEAN-PAUL LAURENS, FREMIET, ROTY, LUCIEN MAGNE, LÉONCE BÉNÉDITE, ROGER MARX, DAMPT --- Abonnement annuel : PARIS & DÉPARTEMENTS . . . . . . . . . . . . . . . . 20 fr. ÉTRANGER . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25 fr. Prix de la Livraison : 2 francs L’Année parue ...

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Salons de 1903 HENRI MARTIN L'homme dont la personnalité s'affirme dans le monumental ensemble décoratif que nous reproduisons avec ces lignes, vient de loin. Cet art qui apparaît si spontané, si franc, si ingénue en quelque sorte, est le résultat d'une longue évolution, d'un travail soutenu d'émancipation et de renaissance. Il a fallu à H. Martin une perception nette et sûre du but à atteindre, une rupture résolue avec les enseignements de sa jeunesse, une lente conquête des moyens appropriés, une volonté têtue, une ténacité héroïque de paysan acharné sur sa terre, pour mettre au jour, d'écllosion en écllosion, la magnifique lignée d'œuvres dont son exposition de cette année forme le glorieux couronnement. La toile qui attira sur lui l'attention et lui valut d'emblée une première médaille en 1883 : Paolo Malatesta et Francesca de Rimini aux Enfers, dans sa disposition concertée, sa tonalité caravagesque rappelant les premiers ouvrages de son maître Laurens, était un pur morceau d'école et n'exprimait qu'un robuste savoir de dessinateur. Il fit ensuite, dans le même ordre d'idées, un Ugolin en prison, au milieu de ses fils, aujourd'hui en Amérique, moins découpé sur les fonds et mieux relié à l'ambiance par des transitions de ton, où il avait cherché la délicatesse, comme le montre l'esquisse conservée dans son atelier. Un voyage en Italie, accompli comme boursier du Salon, en 1885, lui ouvrit brusquement les yeux. Alors que tant d'autres, qui portaient dans cet heureux pays des germes de personnalité, en sont revenus avec une vision d'emprunt, l'obsession des chefs-d'œuvre consacrés, pour se confiner depuis lors dans les thèmes et les pratiques traditionnels, H. Martin eut cette bonne fortune d'y être moins sollicité par la richesse morte des tableaux de musée, ou le mystère enfumé des fresques d'église, que par les gaiétés de la rue et la splendeur du ciel. L'heureux allégement que la lumière donne aux formes, la volatilisation de la matière dans la clarté le frappèrent comme des choses délicieuses et éternelles qu'on n'avait pas, jusqu'alors, ou songé ou pleinement réussi à traduire. Il entrevit soudain, pour la peinture de style, une source de rénovation intarissable; pour la décoration monumentale, des perspectives radieuses et illimitées. A cette même heure, l'impressionnisme, dégagé des compromis et des tâtonnements du début, fixait, dans les paysages de Monet, les idylles de banlieue de Renoir, une conception identique de la nature régénérée, vivifiée par la lumière. L'originalité de notre artiste est d'en avoir aperçu du premier coup la fécondité au point de vue du renouvellement des grands lieux communs de l'art, d'y avoir trouvé pour le mythe un milieu

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Art et Décoration d'élection où la vie frissonnante des choses s'exalte et se diffuse en émanations idéales, où le rêve se précise en créations à demi substantielles dont la lumière forme l'essence et la trame. C'est par le paysage que H. Martin commença ses essais; sa prudente nature de terrien trouvait avantage à garder contact avec les réalités solides, et à ne passer aux compositions imaginaires qu'après s'être essayé à promener sur les fermes profils de son pays natal, causses pierreux et arides, villages compacts enracinés au sol, la caresse mobile du rayon, la changeante féerie des reflets, et s'être rendu compte in anima vili du degré de transfiguration que souffre la matière inanimée, sans perdre ses caractères intrinsèques ni son existence spécifique. Tout de suite et d'instinct, on le vit s'essayer à la technique des impressionnistes, mais sans velléité d'imitation aucune, et par une sorte de création parallèle. La décomposition des tons lui parut un sûr moyen de leur conserver sur la toile toute leur luminosité et leur fraîcheur, et il se vit, lui aussi, amené à juxtaposer les couleurs à l'état pur, par petites touches distinctes, s'en remettant à l'œil du spectateur pour reconstituer lui-même le mélange optique. Sa première tentative dans l'ordre de la grande peinture fut la Fête de la Fédération du Musée de Toulouse. Le tableau est curieux, mais manqué. La préoccupation exclusive de l'effet lumineux, de l'irradiation solaire noyant la multitude des uniformes et des costumes

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Henri Martin --- dans une sorte de poudroiement aveuglant, a égaré l'artiste. Au lieu d'une scène mouvementée où la passion frémit, où l'allégresse éclate à travers la symétrie des ordonnances officielles, où l'on sent planer au-dessus du cérémonial compassé l'immense âme orageuse du peuple, nous assistons à un spectacle d'une froideur, d'une insignifiance et d'un ennui singuliers. Ces membres du tiers, ce clergé, ce corps de noblesse dont il était si indiqué d'exprimer les sentiments contraires, ici l'enthousiasme agressif, là une défiance renfrognée et un sombre mécontentement, paradent comme des figurants sous l'œil du régisseur. Il serait cruel d'insister sur l'erreur qui faisait d'un grand drame historique un simple déploiement pittoresque ; encore l'effet cherché n'est-il que très incomplètement atteint ; l'égalité des valeurs, l'abus du blanc, prodigué pour les clairs, donnent à la toile, en dépit de la diaprure des couleurs tendres : rose, gris perle, jonquille, gorge de pigeon, un aspect terne et comme enfariné. H. Martin en convient lui-même : les tons ne « chantent » pas. Il fait meilleur marché encore d'un autre ouvrage officiel : l'Entrée du président Carnot à Agen, qui se voit au Musée de cette ville et où la fatigue d'une tâche ingrate est manifestement empreinte. Avec son jugement très sûr, l'artiste se rendit compte que les précisions trop littérales de l'histoire n'étaient pas son fait ; les ressemblances garanties, les décors authentiques, les sentiments trop circonstanciés se refusaient à

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Art et Décoration ses prises. Le monde du rêve, du mythe, du symbole, avec les libertés qu'il autorise, l'attirait, par contre, impérieusement. Il y fit sa première incursion avec l'Homme entre le Vice et la Vertu, du Musée de Toulouse. Ici le progrès est réel, ou plutôt les facultés originales, la vision particulière qui l'avaient desservi dans les ouvrages précédents, le secondent cette fois à souhait. Cette lumière impalpable, à force de légèreté et de finesse, qui baigne ses personnages, semble, en dévorant leurs contours, les dépouiller de leur humanité contingente ; ces fonds vagues, cette pulvéruence dorée les reculent dans l'abstraction pure. La fantaisie subtilement perverse qui a coiffé et habillé le Vice, la nudité virginale et quasi-incorporelle de la Vertu, autant de traits qui accusent le sens tout idéal de la scène. Par malheur le héros que se disputent leurs deux séductions contraires est d'un type insuffisamment choisi et d'une anatomie quelque peu vulgaire. Il y a là un élément discordant, ressouvenir trop évident des académies de l'école, dernier écho d'un passé répudié depuis longtemps. Chacun sa Chimère, du Musée de Bordeaux, composition plus étoffée, en même temps que plus homogène dans son parti pris, réalise un nouveau pas appréciable dans la même voie. Quelques bizarreries de goût, quelques pauvretés de forme déparaient encore cet ouvrage. Aucune défaillance ne se marqua plus dans Vers l'abîme, qui est une des parures du Musée de Pau. A travers un paysage stérile et désolé, fait de monticules de sable, sous des vols avides de corbeaux, une foule haletante de désir, épuisée de fatigue, se traîne, les bras étendus dans une imploration désespérée, sur le pas d'un être ambigu, dont des gazes noires transparentes rattachées par des pavots sanglants trahissent les carnations gracieuses, dont des ailes unguiculées complètent l'attirail funèbre; c'est la volupté, spectre fantasque et décevant, tueuse d'âmes et bourreau

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Henri Martin des corps, et qui, dans son insaisissable fuite, fera d'eux, l'un après l'autre, la pâture des oiseaux de mort. Rien de plus impressionnant et de plus tragique que cette composition. Ici plus de diaphanéités de rêve, de décor insubstantiel; des formes écrites, des reliefs accentués, une lumière sourde, une coloration fauve, tout s'accorde pour dire la misère des destinées humaines, l'irrésistible et lamentable fatalité des passions. Parallèlement à ce cycle symbolique, H. Martin poursuivait d'année en année son œuvre décorative : l'Hôtel de Ville de Paris, le Capitole de Toulouses'enrichirent successivement de compositions délicieuses : les Muses inspiratrices et consolatrices pour l'un, Clémence Isaure et ses troubadours pour l'autre, en fournirent les motifs. On a trop bien dit ici même et trop récemment l'exquise qualité de ces ouvrages, l'heureuse simplicité des agencements, la fraîcheur du sentiment poétique, le charme surnaturel de la lumière, pour que je m'étende à mon tour sur cette phase privilégiée de la carrière de l'artiste. Elle atteignit son apogée dans la grande toile du Luxembourg : Serénité, qui a été également louée comme il convient pour ses mérites hors de pair : douceur pénétrante de l'inspiration, charme paisible et recueilli des attitudes et des gestes, pureté, calme, harmonie d'une atmosphère élyséenne. Le vaste ensemble décoratif dont je vais parler a pris naissance dans les études de paysages qu'Henri Martin poursuit depuis quelques années avec une préoccupation toujours plus attentive du caractère des régions, des particularités de leur sol, de leur végétation, de leurs eaux, de leurs ciels. Avec ce goût d'innovation qui est en lui, il s'est demandé s'il ne pourrait pas trouver dans le site même l'élément générateur du décor, et si les cultures et les occupations qu'il comporte, les formes de vie rustique appropriées au climat n'étaient pas susceptibles d'y mettre cet intérêt humain,

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Art et Décoration cette animation, cette variété de formes et de mouvements qu'appelle le revêtement des grandes surfaces. Renonçant donc, pour cette fois, à placer des types généraux dans des sous trois aspects successifs. Dans le premier panneau, des arbres fruitiers en fleurs mettent leurs touffes roses et blanches, une vapeur de verdure veloute le fût des peupliers, pâque- rettes et boutons d'or foisonnent dans l'herbe que tondent des moutons. La bergère, un tricot à la main, devise avec un jeune gars, sa veste à l'épaule. Dans le compartiment du milieu, c'est le mois de juin, avec ses végétations drues et vivaces. On fauche laprairie, où les journaliers s'avancent lentement en cadence, souslapluie ardente du soleil. Leurs biceps se gonflent, leurs cous se hâlent; leurs chemises s'embrasent di- arrangements conventionnels de nature, il a portraituré les lieux et les êtres, et cherché uniquement dans la simplification des lignes et le choix de la lumière la stylisation nécessaire. Et voici ce qu'il a réalisé. Une petite rivière coule au bas d'une ligne de collines, entre deux files de peupliers, dans des prés herbus. Cet unique paysage est représenté dans son développement, en allant de gauche à droite, versement dans la mêlée des rayons et des reflets; trois fillettes dansent en rond, une autre, assise à terre, tient gravement son petit frère. A droite, l'hiver vient à grands pas, les coteaux s'envaguent de brumes, les troncs se dénudent, quelques peupliers tardifs semblent de grandes plumes d'or fichées en terre; devant sa maisonnette close qui s'empanache de fumée, une vieille voûtée mène une chèvre et son biquet.

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Henri Martin L'année et ses phases successives s'apparent de la sorte aux étapes de la vie humaine; conception bien simple mais si naturelle qu'il y aurait presque une dissonance à traiter le thème à rebours. Et la vérité rustique de l'ensemble est telle, ce coin de pays se creuse et se circonscrit si heureusement entre les lignes architecturales, qu'il semble qu'une trouée se soitouverteau mur, paroùent librement les souffles salubres, les toniques effluves de la campagne. Etpourtant, brusque irruption de l'espace, du grand soleil, de la vie palpitante des éléments, gestes précis des travailleurs, présence des animaux domestiques, rires de jeunesse rythmant cette activité, rien de tout cela qui fasse confusion, fracas, rien qui altère les proportions, disloque les plans du vaisseau à décorer, rien qui risque d'y distraire le silence de l'étude, le recueillement de la méditation. C'est que la facture élargie, les silhouettes synthétisées, le constant accord des lignes maîtresses affirmant l'unité de la conception, communiquent à l'œuvre une harmonie tranquille et une sorte de dignité grave, et lui impriment ainsi ce caractère monumental qu'il paraissait à tort qu'on ne pût demander qu'à des entités abstraites et à des milieux de convention. Ainsi les sites modestes et le labeur des humbles font leur entrée dans le domaine de la grande peinture, sans avoir, les uns à se guinder vers l'héroïque, l'autre à prendre des attitudes attendrissantes ou des travestissements pittoresques. La vie humaine sincèrement, sérieusement exprimée, c'est assez pour toucher les âmes et dégager de la beauté. Qu'on n'aile pas croire au surplus que l'artiste, tout entier désormais à l'apologie des tâches nourricières, ne jure plus que métai ries et qu'emblavures, et plante là ses chères Muses. Il demeure le délicat modeleur de songes, l'interprète ému des mythes éternels, l'aède pieux des gloires locales; fils non indigne de Virgile, qui chanta la mort de Didon et la fondation de Rome sur le même mètre

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Art et Décoration dont il célébrait naguère les mœurs industrieuses des abeilles. Vis-à-vis de la grande composition où il magnifie la vie rustique, s'esquisse déjà, dans l'admirable cadre du cloître des Augustins, un groupe mystérieux où le nu féminin, lentement dévoilé, figure l'inspiration descendant sur le poète, et s'entrevoient, dans des campagnes dorées que domine la masse auguste de Toulouse, des silhouettes long vêtues, diversement contemplatives et cherchant, parmi les multiformes ébauches des nuées, l'image sublime de leur désir... (1) J'ai retracé, trop rapidement à mon gré, la suite des travaux de H. Martin, tous marqués par un progrès dans l'affranchissement de sa personnalité et l'élaboration de son idéal. A l'heure qu'il est, notre artiste tient, avec Besnard, la tête de la Peinture monumentale. Moins enclin aux tours de force de palette, aux paradoxes de facture, virtuose moins prestigieux de la forme humaine, il offre dans sa carrière, avec une évolution identique, quelque chose de plus uni et de plus homogène. Sa vie laborieuse et un peu sauvage, son espèce de claustration artistique, comme aussi on ne sait quoi de naïf et de frais dans son imagination, l'apparentent de près à certains de nos chers Toscan du quattrocento, dont il unit harmonieusement le goût du rêve et l'amour du réel. C'est encore, pourrait-on dire, un Puvis moins épris du rythme des lignes, mais doué d'une même compréhension de la nature, qu'il voit seulement plus blonde, plus tiède, plus riante. Quelles que soient, au demeurant, les divergences d'interprétation des deux peintres, elles se justifient également par la sincérité et l'éleva- (1) Voir l'article de M. Léonce Bénédite dans le numéro d'Art et Décoration de janvier 1900. vation de leur sentiment poétique, et ç'aura été un grand sujet de joie pour tous les amis de l'art français de voir cette vive aurore suivre de si près ce lent et majestueux crépuscule. HENRY MARCEL.

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CHARLES PLUMET. Une Maison, un Mobilier modernes L'ARCHITECTE qui cherche à réagir contre la manie du recopiage et le fétichisme pour le passé, l'artiste soucieux de ses devoirs professionnels qui manifeste nettement sa volonté de se plier aux besoins de son temps et de créer des formes adéquates au milieu dans lequel nous vivons, celui-là se heurte à des difficultés dont il est impossible de connaître la multiplicité et l'étendue quand on ne s'est pas mêlé soi-même à la lutte. Que l'on réfléchisse d'abord que le novateur doit tout, absolument tout improviser, qu'il a à vaincre la routine, l'apathie et la paresse cérébrale de collaborateurs qui, loin de lui venir en aide, s'ingénient à paralyser ses efforts et à annihiler ses tentatives. L'entrepreneur et l'ouvrier apportent la plus absolue mauvaise volonté à comprendre, à interpréter, à traduire, à exécuter un projet qui ne ressemble pas à la besogne courante et qui exige une tension intellectuelle inattendue. La nécessité de perdre les bénéfices d'une instruction longuement et péniblement acquise, d'une éducation de l'œil et de la main dont on s'enorgueillit plus ou moins, d'un savoir dont on est porté à exagérer l'importance, et cela dans un but d'esthétique bien vague pour certains cerveaux, oui, ce bouleversement engendre de dangereuses colères et de redoutables haines. Que l'on songe, par exemple, à l'état d'esprit d'un ornemaniste qui possède à fond le style Louis XV et qui, du jour au lendemain, se voit contraint d'oublier ce qu'il sait, en se lançant à l'aventure, dans des études fatalement pénibles et sans réglementation appréciable, et l'on devinera l'acrimonie des artisans contre un mouvement dont ils ne considèrent que le mauvais et désagréable côté. Quant aux industriels, l'évolution actuelle ne s'attaque pas seulement à leurs habitudes, elle met en péril leur situation et leur fortune. Les anciennes maisons de pâtisserie, quincaillerie, bronze, papiers peints, ébénisterie et autres possèdent un stock considérable de modèles qui ont coûté fort cher et qui représentent une valeur énorme. Que les styles anciens soient à jamais chassés de la construction et de la décoration intérieure, brusquement ces moulages, ces maquettes, ces dessins, ces documents innombrables deviennent d'encombrants gravois et d'inutiles paperasses ; il faudra payer pour aller les jeter aux décharges publiques, et la ruine menacera de remplacer l'aisance. Écartant les considérations artistiques qui cependant ont leur importance, et en s'occu-