Extrait
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
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ART et Décoration
Revue mensuelle d'Art Moderne
Sommaire
- L'Art décoratif à la Société Nationale
M. P.-VERNEUIL
- La Sculpture aux Salons
PAUL VITRY
- Nos Concours : Un Tapis de salon
E. G.
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Juin 1903
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LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS
13, RUE LAFAYETTE PARIS
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7e Année, N° 6.
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Art et Décoration
Revue Mensuelle d'Art Moderne
COMITÉ DE DIRECTION :
MM. VAUDREMER, GRASSET,
JEAN-PAUL LAURENS, FREMIET, ROTY,
LUCIEN MAGNE, LÉONCE BÉNÉDITE, ROGER MARX, DAMPT
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L’Année parue ...
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L'Art décoratif à la Société Nationale
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P rocédant logiquement, nous allons, com- mençant par l’architecture, passer succes- sivement en revue les diverses branches des arts décoratifs, leur assignant un rang plus proche dans notre classement suivant qu’elles se rapprocheront plus directement de la mai- son elle-même.
C’est-à-dire que, voyant celle-ci avec l’architecture, nous passerons au mobilier, puis aux tentures, pa- piers et étoffes, aux vi- traux ensuite, aux tapis, toutes choses faisant corps avec la maison, pourrait-on dire.
Nous aborderons enfin les objets se rat- attachant plus directe- ment au bibelot, à l’or- nementation pure, à la parure.
On doit regretter qu’une logique sem- blable fasse défaut le plus souvent dans les conceptions d’inté- rieurs modernes. Ceux- ci ne doivent pas être des réunions d’objets pris au hasard et sans aucun lien commun. L’architecture devrait toujours être le point de départ de tout ensemble ornemental, et tout devrait logiquement se rattacher à elle ; mais bien peu s’en préoc- cupent.
L’architecture domestique est peu repré- sentée au Salon ; mais encore y trouvons-nous plusieurs envois intéressants. Les noms de Lavérière, Plumet, Benouville, Provensal, Collin, Klein, vont nous en fournir la preuve.
M. Lavérière nous avait déjà, l’année der- nière, montré d’agréables exemples de son talent bien personnel. Ses envois ne sont pas moins intéressants cette année. Parmi eux, je retien- drai surtout une villa bien conçue, au plan bien distribué, à la façade amusante.
J’aime moins, du même auteur, une fon- taine un peu lourde, quoique certainement bien composée. M. Lavérière semble pos- séder ici le sens monumental à un moins haut degré que le sens familier et pratique.
Etagère (Joaillerie de G. Charpentier; sculpture de C. Garnier)
A. GOUBERT
Ce dernier, cette année, paraît avoir fait légè- rement défaut à M. Collin dans son habitation à la pointe du Raz. Le plan en semble en effet surtout curieux et un peu bizarre, avec ses partis triangulaires. L’élévation massive est bien faite, cependant, pour défier les tem- pêtes marines.
Avec M. Benouville, ce n’est plus la maison de campagne, mais bien la maison ouvrière que nous abordons. On sait l’importance considérable qu’ont prise à l’étranger ces tenta- tives. Certaines sont même célèbres parmi elles, Port-Sunlight, par exemple.
Il faut savoir gré à M. Benouville de nous avoir montré qu’en France aussi, on est passé de la théorie à la pratique.
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Art et Décoration
Cependant, ses habitations de Beauvais, d'Epinal ou de Bogny semblent un peu tristes à côté de celles de la localité anglaise que nous citons plus haut.
Il est assez difficile de classer la « maison de Solness » qu'expose M. Provensal, parmi les maisons de campagne. L'excellent architecte devait être tenté par ce beau sujet; il a su, tout en donnant un aspect hautain et sévère à la demeure du Constructeur, se garder de la bizarrerie dans laquelle l'âme étrange de Solness pouvait faire tomber un moins habile; et la haute tour de l’Idéal surmonte la belle demeure, symbolisant les aspirations poétiques du héros d'Ibsen.
Nous retombons dans le domaine pratique avec les envois de MM. Plumet et Klein.
Du premier, la maison de rapport de l'avenue Victor-Hugo a été étudiée dans notre dernier numéro par M. Francis Jourdain. Nous n'y reviendrons donc pas.
C'est un immeuble de rapport situé rue Claude-Chahou, que présente M.Klein, immeuble construit en béton armé et grès Muller. L'ensemble est intéressant, et certaines parties sont à retenir, comme la porte et les balcons, par exemple. On peut regretter une couleur un peu vulgaire, imputable uniquement du reste à la matière employée. Les grès de M. Muller présentent malheureusement un aspect un peu « ripolin » manquant de finesse et de distinction.
On doit regretter qu'à cela se limitent les efforts architecturaux intéressants à la Société Nationale. La faute en est-elle aux architectes ou à leurs clients? A tous deux, peut-être. En tout cas, il devrait appartenir à ceux-là de violenter un peu le goût de ceux-ci et de les faire marcher dans une voie nouvelle, plus en dehors des chemins par trop rebattus.
Fidèles à notre plan, c'est au mobilier que nous allons nous intéresser maintenant.
M. Gaillard expose des meubles nombreux dans les deux sections d'objets d'art et d'architecture. Un ensemble de salle à manger, des fauteuils, une vitrine à bibelots, une sellette. M. Gaillard aime beaucoup le bois d'acajou et
Buffet
EUGÈNE GAILLARD
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L'Art décoratif à la Société Nationale
CHARLES KLEIN, architecte
il a raison, car ce bois est beau et il en use fort bien. Sa vitrine à bibelots, reproduite déjà dans cette Revue, est un charmant petit meuble. On peut lui reprocher des pieds un peu lourds peut-être, et des lignes légèrement tourmentées. Cette dernière critique peut du
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reste s'appliquer à la salle à manger aussi. Les chaises en sont parfaites, cependant.
M. Lambert, qui nous montrait l'an dernier des lits de cuivre fort intéressants, est resté fidèle à cette matière. Il est moins heureux cette année, et semble victime du travers de trop d'ingéniosité.
M. Sauvage m'a causé une joie et une décep-
liblement sur le sol; la petite table est bien; mais le lavabo, charmant de disposition, présente le grave défaut de n'être que très insuffisamment protégé contre l'eau, qui pénétrera sous la glace supportant la cuvette et détériorera rapidement le meuble. La cheminée en grès de Bigot est parfaite, et la grille qui l'entoure est réussie. On doit aussi féliciter
LÉON BENOUVILLE
tion. C'est avec plaisir que je voyais un artiste traiter ce sujet charmant: une chambre d'enfant. Mais j'avoue avoir été un peu désappointé par celle de M. Sauvage. Celui-ci a donné assez de bonnes, d'excellentes choses pour que l'on ne craigne pas de lui dire la vérité. Or sa chambre d'enfant me semble peu réussie. Dans l'ensemble elle est plus sévère qu'une pareille pièce ne doit être. Dans le détail, les critiques se multiplient: le lit est de forme peu agréable; l'armoire, bien dans sa partie supérieure, repose lourdement sur des pieds beaucoup trop grêles; le fauteuil d'enfant manque de l'assiette nécessaire pour résister aux secousses que lui imprimera fatalement son petit propriétaire, destiné ainsi à rouler infail-
M. Jourdain pour sa frise de petite gardeuse d'oies. J'aime moins les cerfs-volants du haut.
Que M. Sauvage me pardonne ces critiques acerbes; mais le sujet était si charmant et le talent de l'artiste si reconnu que l'on attendait mieux de lui en cette circonstance.
Ce sont encore des critiques que je vais adresser à M. Benouville. Mais ici, elles ne s'adressent plus à la chose, mais bien à l'esprit.
En même temps que les maisons ouvrières dont nous parlions plus haut, M. Benouville expose un mobilier complet destiné à meubler l'une d'elles. Or, c'est contre la composition de ce mobilier, c'est contre son prix de vente que je veux protester. Certes, l'intention est
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LÉON BENOUVILLE
Mobilier de maison ouvrière ou de maison de campagne
Chèques : F. BRINDEAU; Moniserie : J. LE CŒUR; Décoration : F. AUBERT
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Art et Décoration
louable; et il serait à souhaiter de voir l'ouvrier s'entourer, comme autrefois, de meubles honnêtes et solides, répondant bien à ses besoins. Mais c'est mal connaître l'ouvrier que de le supposer susceptible de désirer et d'acheter pareilles choses. Que veut-il? Se donner l'illusion du luxe et non le confort.
Il se la donne mal, cette illusion, j'en conviens; il achète pour cela, à très bas prix, des meubles n'ayant aucune des qualités de durée, de solidité, de beauté même, qu'il serait en droit d'exiger. Mais au moins, l'armoire à glace rappelle-t-elle celle qu'il a pu voir chez son patron, et pour lui, cela rapproche en quelque sorte les distances sociales.
Or, que prétend-on? Lui donner des meubles solides, sans doute, agréables et commodes, j'en conviens; mais ces meubles ne singent plus l'acajou, ni le palissandre; l'armoire n'est plus à glace! et au lieu de lui demander quatre ou cinq ou six cents francs, qu'il paye pour les meubles qu'il aime, on lui en demande douze!
Le tort de M. Benouville, ici, a été d'intituler son envoi: mobilier de maison ouvrière. Il aurait simplement mis au catalogue: mobilier pour une maison de campagne, et tout le monde eût trouvé cela charmant, bon marché, bien établi.
Laissons donc le titre de côté, et examinons cet envoi. Il se compose d'une salle à manger-chambre à coucher comprenant: buffet, table avec tables de bout, chaises, étagères, penderie, lit, table de nuit, paravent. Le tout en chêne clair, simple de formes et de lignes, sobre, de bon goût. Peut-être la table est-elle un peu grêle? Excellent mobilier pour la campagne.
De MM. Plumet et Selmersheim, une salle à manger en bois de padouck, dans la manière ordinaire de ces artistes. Donc, meubles bien équilibrés, bien composés. Pourtant, ici peut-on regretter un peu de sécheresse de lignes. Les chaises sont heureuses, quoique le cannage trop clair tranche un peu brutalement sur le ton du bois. J'avoue moins goûter l'horloge flanquée de jardinières.
De M. Gallé est le dernier ensemble important. Une salle à manger encore, mais d'un style combien différent! Car ici, le style natu-
Panelière
ÉMILE GALLÉ
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Chambre d'enfant
Grès de BIGOT; Fer forge de REGIUS; Papier peint et Marqueterie de FRANCIS JOURDAIN et COUSIN
SAUVAGE ET SARAZIN
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Papier peint
Mlle M. DESMA
riste triomphe; c'est-à-dire que tout y est inspiré directement de la nature; trop directement même, souvent. Pour la structure des meubles, le blé a été l'élément ornemental choisi par l'artiste.
Ce principe était bon. Mais on doit déplorer certaines fautes de goût, comme les épis gigantesques, en bois sculpté, qui ornent (?) le buffet, sans autre raison d'être. Les ferrures recouvrant les glaces y sont aussi d'un aspect sec un peu désagréable.
Dans l'ensemble des meubles, la marqueterie est répandue à profusion, sans emploi bien justifié, souvent; ni non plus d'une façon bien logique quelquefois, comme dans le dessus de la table, où l'ornement marqueté, représentant un paysage, des fleurs, forme tableau: or, qu'y comprennent les spectateurs placés de façon à le voir à rebours? L'emploi des bois y est cependant très heureux.
La panetière me semble être la pièce la plus réussie,
Autel
GUSTAVE SERRURIER
heureuse de formes et de structure. On regrette cependant que la tablette inférieure ne soit pas plus logiquement soutenue. Mais que dire des chaises au dossier formé d'une ombrelle lourde et laide? Mieux vaut n'en pas parler.
Les meubles isolés sont peu nombreux. Parmi eux, un bureau en noyer, de M. Hérold. L'année dernière, cet artiste nous montrait une table, de même inspiration et de même principe ornemental, mais combien plus gracieuse et plus légère. Car, avouons-le, le principe linéaire qui nous charmait dans la table est repris ici, mais bien lourdement!
De M. Goubert, une petite étagère en poirier, aux détails assez plaisants, mais aux consoles latérales vides et frêles. Même reproche de minceur aux libellules formant poignées des tiroirs, et semblant peu pratiques.
De M. Belville un cartonnier orné d'un panneau de cuir repoussé d'un beau travail. M. Bigot expose une salle de bains, bai-
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L'Art décoratif à la Société Nationale
gnoire, et revêtement mural en grès. La baignoire est lourde de forme et d'aspect ; mais son défaut principal est, selon moi, dans la matière même. Une baignoire ne doit- décorés d'algues, largement traitées, sont très réussis comme exécution aussi bien que comme composition.
En grès aussi la cheminée ornant le centre
Vitrail exécuté par FÉLIX GAUDIN
E. GRASSET
elle pas inspirer une idée de propreté minu- tieuse? Or l'émail de la baignoire de M. Bigot donne au fond de celle-ci un aspect savonneux peu agréable. A part cela, c'est, au point de vue technique, une œuvre remarquable, faisant honneur à son auteur. Les revêtements,
d'une décoration de salle à manger qu'expose M. Louis Bigaux. Deux panneaux peints rehaussés d'or, des portes, complètent ainsi un ensemble qui n'est pas sans agrément.
La section du mobilier ne nous révèle donc rien de bien nouveau cette année. Du reste, est-