Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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ART et Décoration Revue mensuelle d'Art Moderne --- Sommaire - Eugène Grasset. - GABRIEL MOUREY - Henry Caro-Delvaillie. - ÉLIE FAURE - Esquisses décoratives de René Binet. - GUSTAVE GEFFROY - Le Diplôme de l'Exposition d'Hanoï. - Nos Concours : Un porte-cartes. - T. D. - Planches hors texte - Reliure en émail. - "La Musique", aquarelle. - EUGÈNE GRASSET. - Une maison de campagne. - M.-P. VERNEUIL. --- JANVIER 1903 --- LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS 13, RUE LA FAYETTE PARIS Prix de la Livraison : 2 fr. 7° Année, N° 1

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Art et Décoration Revue Mensuelle d'Art Moderne COMITÉ DE DIRECTION : MM. VAUDREMER, GRASSET, JEAN-PAUL LAURENS, FREMIET, ROTY, LUCIEN MAGNE, LÉONCE BÉNÉDITE, ROGER MARX, DAMPT --- Abonnement annuel : PARIS & DÉPARTEMENTS . . . . . . . . . . . . . . . 20 fr. ÉTRANGER . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25 fr. Prix de la Livraison : 2 francs L’Année parue ...

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Illustration extraite de l'Histoire des Quatre Fils Aymon. EUGÈNE GRASSET RASSET ! Quelques-unes de mes plus délicieuses impressions revivent dans la mémoire de ma sensibilité, tandis que ma plume forme les sept lettres de ce nom! Je me rappelle l'ivresse de rêve que connut mon adolescence curieuse d'art et de nouveauté à feuilleter cette admirable Histoire des Quatre Fils Aymon où l'âme du Moyen Age est ressuscitée en de si émouvantes images et si véridiques, avec ses héroïsmes, son intimité, son fantastique, sa ferveur de foi et d'amour, sa grandeur épique et familière; je me rappelle les joies que nous goûtions, quelques-uns et moi-même, au fond de notre province provençale, à nous laisser emporter par le tout-puissant enchanteur qu'est Eugène Grasset dans ces domaines de féerie et de légende dont telles pages de la Revue Illustrée, du Paris Illustré nous ouvraient alors toutes grandes les portes d'or. Quel magicien! comme nous l'admirions, mieux, comme nous l'aimions! Qui donc savait, aussi bien que lui, suggérer et évoquer? qui possédait cette exactitude savante, ces accents de vérité, cette imagination brillante et fleurie, cette faculté de donner à des rêves l'apparence de choses vues? Sa précision surtout nous ravissait; elle suscitait merveilleusement le regret de n'avoir point vécu dans ce passé, parmi ces décors que la science et la fantaisie de l'artiste faisaient si vrais et si beaux. Les évocations de Gustave Doré, quelque prestigieuses qu'elles fussent, n'avaient point ce charme véridique, cette séduction suggestive; elles n'avaient point les caresses de la couleur, la fraîcheur attirante dont Grasset nous ensorcelait; nous les jugions maintenant trop désordonnées, trop romanti-

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Art et Décoration Couverture de partition. ptable et qui jamais ne recula devant aucun effort, il les a développées en lui jusqu'au plein épanouissement où nous les voyons ; par le raisonnement et l'analyse, par la pratique judicieuse et consciente de son art, c'est-à-dire de tous les arts du dessin, il est parvenu à créer, avec leur aide, une science du décor qui lui est propre et à accentuer sans cesse les caractères de sa personnalité, mais ne cherchez pas ailleurs le secret de son talent. Il repose sur l'étude directe de la nature, des éléments naturels que fournit sans cesse à l'artiste le trésor de l'univers et de la vie et sur l'exercice d'une imagination infiniment féconde et toujours enrichie par une culture au perfectionnement de laquelle, jour par jour, comme un moine à l'épurement de sa personne morale et physique, il travaille avec une énergie vraiment digne d'admiration. Haute conscience d'artiste, belle attitude d'homme ; vrai, même si l'œuvre de Grasset ne valait autant qu'elle vaut, n'avait eu sur la renaissance des arts du décor toute l'influence qu'elle a eue, il faudrait le citer en ques, trop fiévreuses. Grasset satisfaisait au contraire tant notre tendresse pour l'archaïsme que notre désir de nouveauté ; il était d'autrefois et de demain avec une mesure parfaite, avec une évidente maîtrise ; il n'était pas seulement un imaginatif, il était aussi un vériste accompli ; il avait un sens de la nature profond et sain, il était un constructeur de réalité exquis et fort. Ceux qui eurent vingt ans alors que vit le jour son chef-d'œuvre n'oublieront jamais les adorables heures qu'ils lui doivent, les voyages ensoleillés qu'il leur fit faire dans le pays des épopees et des légendes, les belles songeries dont il peupla leurs jeunes pensées. Les précieux dons d'Eugène Grasset ne m'apparaissent point autres aujourd'hui que ceux auxquels nous attribuions alors de si magiques pouvoirs et je le juge tel que je le ressentais : un imaginatif de la plus rare puissance, un observateur, un passionné de vérité de la plus haute sincérité. Voilà ses facultés maîtresses et toute son œuvre en demeure l'expression magnifique et diverse ; par le travail opiniâtre et patient, par une volonté indom- Couverture de revue.

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Eugène Grasset exemple, lui-même, pour sa volonté et sa pro- bité de travail. Son œuvre! il a touché à tout, il a tout essayé, tout osé, il a scruté toutes les techniques; dessinateur d'affiches, dessinateur d'étoffes, de papiers peints, de tapis, illustrateur, verrier, ébéniste, ferronnier, architecte, faïencier, émailleur, brodeur, il n'est pas une branche des arts décoratifs dont il n'ait tenté rationnels et strictement logiques, à la propagation desquels sont dues toutes les productions de vrai mérite qu'ont réalisées nos artisans et nos artistes depuis une quinzaine d'années. « Deux lois importantes, disait Eugène Grasset au cours de sa fameuse conférence sur l'Art nouveau, commandent l'Art ornemental. La première, c'est que la forme d'ensemble des objets ornés doit être adaptée à l'usage de ces de faire refleuriir la sève, glacée par la routine, stérilisée par la copie et le pastiche. Et en tout on peut dire qu'il a excellé, élargissant le champ acquis des recherches, ouvrant des horizons nouveaux, révélant des possibilités insoupçonnées, marquant le moindre de ses efforts de sa marque personnelle, de l'empreinte de son originalité. « Il sait trop ! » prétendent certains que gênent son souci de perfection et l'universalité de ses connaissances. Il sait tout, en effet, il a tout étudié et tout retenu ; cet homme est une encyclopédie vivante des arts du dessin; la production des siècles écoulés, le trésor des idées et des formes qui, depuis que le monde existe, ont vu le jour, il en a dressé l'inventaire impartial, avec le sens critique le plus aiguisé. De ces observations, de cette étude, il est sorti armé des principes rigoureusement objets, et que cette forme ne doit pas être altérée par ces ornements. La deuxième est que la matière oppose une limite à la représentation exacte des objets naturels, et que cette limite ne doit être franchie par aucun tour de force. « De la combinaison étroite de ces deux principes dérive le style, c'est-à-dire l'appropriation spéciale de l'imitation d'un objet à un but défini et à une matière donnée... » Et plus loin : « Ce qui manque totalement au plus grand nombre des artistes industriels modernes et des peintres ou sculpteurs qui s'essayent dans l'objet d'art, c'est : la notion, le sentiment des proportions, le sens constructif ou agencement, la variété dans la disposition... « Chez tous les peuples et à toutes

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--- Ego sum Vitis Vos autem Palmites --- AETAS JUVE NILIS --- PUER AETAS ILIS --- Carton de mosaïque pour l'église Saint-Etienne de Briare. ---

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STuLTiTiA --- HUMILITAS --- AUDITUS --- SAPIENTIA --- GUSTUS --- VANNITAS --- TIRA --- BIAPERSU --- Cartons de mosaïque pour l'église Saint-Étienne de Briare.

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Art et Décoration les époques, il s'est dégagé quelque chose de logique au moment où une modification, survenant dans l'architecture, en a changé le caractère. En comparant ces divers caractères, on comprend combien il faut de bon sens, avant tout, pour employer logiquement la matière dont on dispose, et donner en outre aux membres d'architecture une forme en rapport avec leur fonction ; car les matériaux employés par l'Architecture doivent comme première condition durer, et par conséquent être employés logiquement et conformément à leurs propriétés essentielles. « Voilà une des principales raisons qui rendent l'étude de l'Architecture obligatoire pour tous ceux qui veulent travailler une matière. « Mais, outre cet enseignement de premier ordre, l'Architecture en renferme un autre qui est le sens de l'équilibre. L'équilibre est aussi une condition essentielle de durée. Or cet équilibre dicte les proportions, c'est-à-dire les rapports entre les longueurs, les largeurs et les épaisseurs ; en sorte qu'après avoir un peu pratiqué, on donne par instinct les épaisseurs et les largeurs voulues aux pleins et aux vides, aux moulures leurs saillies, aux supports leur force en rapport avec la charge portée. En un mot, on acquiert le sens de la proportion. « Voilà pour ces artistes le mal expliqué, touché, démontré ! « Le remède, où est-il ?... Dans une meilleure direction donnée à l'enseignement destiné aux ouvriers d'art ; cet enseignement devant être plus technique qu'il ne l'est et comprendre, outre la Géométrie, l'Architecture et l'Anatomie, les éléments de la Botanique et de la Zoologie descriptives, en négligeant au besoin toute la partie phy-

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Eugène Grasset siologique ; dans l'examen plus complet de la nature qui ne produit pas exclusivement des femmes nues ; dans l'étude des objets de toutes sortes pouvant engendrer des ornements ; dans le travail manuel de toutes les matières, seul moyen de trouver le style. » Bien d'autres préceptes, non moins féconds, Ce cours comprend, dans ses grandes lignes, deux parties. La première est purement théorique ; elle a pour objet l'étude des principes des formes en elles-mêmes au point de vue abstrait et de leurs rapports, de leurs combinaisons entre elles. Elle se subdivise en trois sections, éléments primitifs, rectilignes, courbes, seraient à citer qui, en montrant plus clairement le point de départ, mettraient en plus nette évidence le point d'aboutissement de l'art d'Eugène Grasset ; j'ai eu, d'autre part, l'occasion de jeter récemment un coup d'œil sur les cahiers du cours qu'il professe depuis une dizaine d'années à l'Ecole Guérin, j'ai pu feuilleter près de lui cet amas de notes et de dessins, et j'ai été émerveillé de la justesse, de la profondeur, de la logique des idées qui en sont l'âme. Le jour où Grasset consentira à publier cela, on pourra se convaincre de la valeur de son enseignement. leurs modifications, leurs combinaisons, leur emploi. La seconde partie a trait à l'étude des formes végétales et leur interprétation à l'aide des lois révélées dans la première partie ; de même, pour les animaux, la figure et le paysage, en tenant toujours compte, cela va sans dire, des conditions de la matière employée, qui contribuent aussi à déterminer le style, toute matière nécessitant un dessin particulier. Rien, on le voit, n'y est laissé de côté : le système pédagogique est complet ; c'est un organisme parfait dont toutes les parties s'harmonisent et s'équilibrent rationnellement,

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Art et Décoration Page 8 scientifiquement. Mais ce dont on ne peut se faire une idée, c'est la richesse, la variété, l'utilité, la nouveauté des matériaux qui ont servi à l'artiste pour bâtir son édifice. Il faut voir l'innombrable série de croquis, d'exemples, de graphiques qui illustrent ces pages, et comment partout, toujours, l'étude de la nature vivifie la théorie abstraite, l'éclaire, la féconde, lui donne sa véritable signification. Le cours de Grasset est la Somme des arts du dessin. Que ne puis-je y insister davantage, mettre en pleine lumière l'originalité de ses conceptions, la saine droiture de ses idées, l'universalité de ses principes! Mais son œuvre est là, c'est-à-dire l'expression même de ces idées et de ces principes, la cristallisation merveilleuse de son imagination et de sa pensée ; il faudrait un livre entier pour en dresser le catalogue raisonné... et je ne dispose que de quelques pages. Chronologiquement, c'est aux meubles composés pour M. Charles Gillot, qui fut un des premiers, sinon le premier à pressentir son talent, par Eugène Grasset et exécutés sous sa surveillance qu'appartient la première place. La cheminée monumentale, la crédence, des chaises, des fauteuils, un tabouret de piano, des chenets, pelles et pincettes, une suspension en fer forgé, datent de 1879, 1880, 1881. L'art de Grasset s'exprime ici, déjà, de la plus affirmative manière, avec son amour de la perfection, sa fantaisie de détail et, en même temps que sa volonté de donner un sens à ses décorations, sa passion de l'ornement pour l'ornement. La cheminée et la crédence méritent d'être considérés comme deux chefs-d'œuvre du meuble moderne. Tout au haut de la cheminée, l'artiste a représenté, sous la forme d'une chauve-souris et d'un oiseau, le Jour et la Nuit. Dans les petites galeries qui supportent les tablettes latérales sont figurés les quatre éléments par des plantes, des minéraux, des animaux, et les quatre saisons par des végétaux. Aux quatre panneaux carrés des portes, on voit le Travail et l'Étude, la Guerre et la Paix, tandis qu'au renflement de la corniche qui supporte l'allège, si l'on peut dire, du monument, apparaissent la Science et l'Art. L'ornementation pure, colonnes avec leurs chapiteaux, moulures, frises, est d'une extraor-

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Dessin de la crédence appartenant à M. Charles Gillot.