Extrait
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
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ART et Décoration
Revue mensuelle d'Art Moderne
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Sommaire
- Etoffes et Tapis de Koloman Moser.
- M.-P. VERNEUIL.
- Les Objets d'Art aux Salons GUSTAVE KAHN.
- Médailles et Plaquettes aux Salons P. GSELL.
- NOS CONCOURS :
- Une Étagère Encoignure.
- E. G.
- Bibliothèque tournante.
- M. P. V.
- Une Etude de Fleur : Lis ou Pavot.
- M.-P. VERNEUIL
- Planche hors texte : Étoffes tissées.
- KOLOMAN MOSER.
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OCTOBRE
1902
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LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX ARTS
13, RUE LAFOYETTE PARIS
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6e Année, No 10
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Art et Décoration
Revue Mensuelle d'Art Moderne
COMITÉ DE DIRECTION :
MM. VAUDREMER, GRASSET,
JEAN-PAUL LAURENS, FREMIET, ROTY,
LUCIEN MAGNE, LÉONCE BÉNÉDITE, ROGER MARX, DAMPT
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L’Année parue ...
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Étoffes et Tapis de Koloman Moser
Koloman Moser est certainement, parmi les artistes défendant le modernisme en Autriche, l'un des plus intéressants et l'un des mieux armés. Mais sa personnalité artistique est assez complexe; nous allons cependant tâcher de l'étudier brièvement ici.
Ce qu'est le mouvement d'art ornemental moderne en Autriche, nous l'avons déjà vu à différentes reprises, et dernièrement encore, à propos de l'enseignement de l'art décoratif à Vienne, nous avons pu en laisser voir, par l'image, les caractères principaux.
L'art moderne est né, en Autriche, des architectes. Otto Wagner, Olbrich, et, après eux, Jos. Hoffmann, Léop. Bauer, en ont été les heureux propagateurs. Koloman Moser marchait avec eux, sans être un des leurs, cependant; car il n'est pas architecte, mais bien décorateur proprement dit. Il est l'un des plus ardents Sécessionnistes de Vienne. On sait ce qu'est cette Sécession, cette réunion de tous les jeunes et beaux talents autrichiens, luttant courageusement pour leur idéal et manifestant par des expositions, qui devraient bien servir chez nous de modèles, aussi bien pour leur organisation essentiellement pratique, que pour leur haute préoccupation d'art. Koloman Moser est donc un pur décorateur; c'est en même temps une personnalité artistique bien marquée, et, nous l'avons déjà dit, bien complexe.
L'art ornemental autrichien a pour caractère distinctif, chez la plupart des décorateurs, l'absence, voulue du reste, d'inspiration puisée dans la nature. Presque tous répudient l'élément naturel, et une décoration florale, par exemple, n'a aucune chance d'être adoptée par eux. La ligne en tant que ligne, des formes ou des surfaces prises pour elles-mêmes, leurs harmonies ou leurs contrastes, forment la base ornementale de cet art viennois qui tend à se répandre en Allemagne et en Italie, sans que, dans ce dernier pays surtout, son adoption semble bien logique.
Koloman Moser a été largement influencé par ces tendances. Alors qu'autrefois il puisait son inspiration presque uniquement dans la nature, ou se servait de formes dérivant de celle-ci, il se complaît maintenant dans les formes abstraites, chères à l'école dont il est, du reste, l'un des plus brillants représentants. Dessina-
Tapis
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Étoffe tissée
Tapis
Étoffe tissée
teur impeccable, coloriste charmant, habile à faire chanter les harmonies douces ou vibrantes, il a semé à profusion les motifs ingénieux. Une influence nouvelle semble cependant depuis peu modifier le caractère de ses œuvres; on lui sent une sympathie ardente pour l'art écossais, bien fait, du reste pour charmer son esprit essentiellement artiste.
Les industries ornementales les plus diverses ont profité de ses indications. Meubles et vitraux, étoffes, tapis, verreries d'usage ou d'ornementation, reliures et affiches, décorations murales, illustrations, l'ont séduit tour à tour, et à chacune de ces spécialités il a su donner des modèles originaux et pratiques.
Nous ne nous occupons ici que de quelques-unes des étoffes et des tapis qu'il a composés, et que la maison Backhausen, de Vienne, a exécutés d'une façon digne d'éloges. L'inspiration, on le voit, se présente sous des aspects multiples, mais il convient de remarquer, d'abord, combien l'artiste se préoccupe de la logique des choses. Nous reproduisons cinq modèles de tapis, dont trois destinés au rôle de tapis courant. Moser s'est bien gardé de tomber dans l'erreur fatale à nombre de nos
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compositeur et de coloriste.
Mais il est un système de composition dans lequel l'artiste semble se complaire particulièrement, et dont nous donnons deux exemples. Dans l'un, des poissons se poursuivent, dans l'autre des oiseaux clairs et foncés alternent. Or, que l'on regarde ces compositions. Le motif initial est unique, et composé de telle sorte que se retournant sur lui-même il vienne se juxtaposer exactement au premier. Dans les poissons, les queues et les nageoires font une sorte de fond sur lequel se détache la masse plus foncée du corps. Dans l'autre étoffe, au contraire, les oiseaux, tour à tour foncés ou clairs, se font mutuellement fond; c'est-à-dire que les oiseaux clairs forment le fond sur lequel se détachent les oiseaux foncés, et réciproquement. La composition d'étoffes ainsi comprises est bien faite pour séduire un esprit curieux. K. Moser y excelle, mais il a le bon goût de ne pas en abuser.
Nous n'avons vu ici, et combien rapidement, qu'une face du talent de cet artiste, si souple et si fertile. Nous devons espérer le présenter un jour d'une façon plus complète, permettant de
artistes. Il a considéré le tapis non pas comme un panneau décoratif, ce que nous voyons trop souvent chez nous, mais bien suivant son rôle utile, et a composé son motif en conséquence. Son motif n'a pas de sens, et peut être vu et compris sous toutes ses faces. Son ornementation est simple et de couleur assez douce dans les tapis courants. Dans l'un, c'est une prairie verte que l'on foule aux pieds, et les feuilles de trèfle s'y massent heureusement; dans les autres, l'ornementation est toute conventionnelle, et se borne à des harmonies de lignes et de couleurs.
L'artiste donne plus libre carrière à sa fantaisie lorsqu'il compose des étoffes destinées à recouvrir des sièges ou à se draper sur les murs. Là, tout lui est bon, et de tout il tire bon parti. Des champignons lui fournissent un motif bizarre, d'une belle harmonie rouge; ou encore des tiges chargées de leurs feuilles et de baies menues composent une étoffe d'un aspect plus aimable. Des lignes, des fleurettes, des formes, seules ou mêlées de principes conventionnels, il tire un parti excellent, faisant valoir à merveille ses qualités de
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goûter à leur juste valeurse excellentes qualités. C'est certainement un artiste décorateur sur lequel l'art autrichien est en droit de fonder les plus belles espérances. Professeur à l'école des Arts et Métiers de Vienne, on doit souhaiter voir ses élèves, non pas l'imiter, mais bien puiser à son exemple dans de fortes études les forces nécessaires pour faire à leur tour œuvre d'artistes consciencieux.
Car l'art décoratif moderne autrichien, art surtout conventionnel, pourrait facilement induire en erreur les artistes, en leur faisant croire que toute étude est inutile ou superflue, et que les motifs linéaires sont dus plutôt au hasard qu'à la science du compositeur. Sans doute, le dessinateur inexpérimenté y obtiendra plus rapidement et plus facilement un résultat passable; mais toujours le bon motif, l'œuvre d'art seront produits par l'artiste consciencieux, habile à composer et à équilibrer les lignes, les masses et les valeurs de sa composition. C'est ce qu'il convient de ne pas oublier.
M.-P. VERNEUIL.
Tapis
Tapis
Tapis
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(Suite)
Dans cet art du bibelot précieux et de l'orfèvrerie de forme élégante, M. Gaillard présente l'effort le plus sérieux. Certains des produits qui figurent dans sa vitrine très variée, très complexe, très originale et très diverse, sont excellents. Le bibelot d'étagère y est représenté par de grands porte-bouquets en forme de serpents, de bouteilles à long goulot d'un ton particulier et curieux. Une amusante série d'épingles à cheveux, de peignes menus, formés par la réunion de deux épingles, ont des qualités. Il y a de jolis pendentifs où des paysages quelque peu japonais choisis dans le tout menu, dans la vie de l'insecte et de l'herbette sont loin d'être sans intérêt. D'autres recherches mènent M. Gaillard à la création de vases très simples de forme, et d'une très jolie et rare tonalité d'ensemble. L'imagination de M. Gaillard est curieuse et multiple. Il semble surtout doser savamment sa quantité de matières précieuses et bien reconnaître la qualité de luxe qu'il peut donner à un produit. Ses petits vases monochromes à reflets chatoyants, satisferont les plus difficiles, comme ses grands porte-bouquets. Il y a, dans la vitrine exposée, mieux qu'une recherche d'art, il y a de la variété dans les résultats obtenus. Une qualité précieuse domine dans les œuvres présentées par M. Gaillard, c'est le goût, un goût sobre et classique, ennemi de la surcharge et des lignes parasites ; c'est un artiste bien inspiré.
M. Haeck a mis une sobre monture à un vase intelligemment compris du Val-Saint-Lambert. Mme Hannie Hoffmann martèle avec simplicité ses services en argent.
GIOT
BONVALLET
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Mais ces artistes sérieux n'apportent pas cette année l'équivalent de leur apport ordinaire, pas plus que M. Giot qui pourtant, à côté de ses couverts un peu classiques, a heureusement de cette tentative, elle trouvera des défenseurs parmi les partisans d'une tradition sagement modifiée. Cette très défendable façon de concevoir l'art décoratif est celle de M. Lelièvre,
paré sa vitrine d'un bougeoir d'une belle ingéniosité linéaire. L'anse en est très heureuse produisant sur l'ancienne forme du martinet une curieuse variation en ligne brisée.
Si d'aucuns pourront contester la nouveauté qui, s'il n'a point cette année, comme nous le disions dans notre précédent article, de trouvailles nouvelles, a conçu avec pureté et correction, un ciboire fin et élancé, bien établi. Le ciboire est assez fréquent parmi les modèles
A. CHARPENTIER
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favoris des ciseleurs. Il émane, chez eux, plus d'une facilité commerciale que d'un goût artistique. Le placement de ce genre de travaux est assez facile. Mais comme dans toute œuvre d'un caractère liturgique, l'innovation n'y est que très peu permise, et c'est surtout de son habileté professionnelle plutôt que de ses facultés créatrices que l'artiste peut y faire montre. Ces ciboires sont intéressants, bien faits, heureux même, c'est tout ce qu'ils peuvent donner, et de ces bonnes exécutions à des créations de nouveautés, il y a loin. D'ailleurs qu'on se reporte aux modèles classiques comme M. Giot, ou M. Lefèvre, ou que comme Mme Hoffmann par exemple, on suit trop fidèlement les meilleures traditions nouvelles, qui sont déjà des traditions, il n'y a pas invention. Le joli marquement de feuilles d'argent de Mme Hoffmann ne nous apprend plus rien. Les artistes curieux d'art décoratif nouveau doivent être plus exigeants pour eux-mêmes, et s'ils ont le droit strict de se répéter pour satisfaire à leur clientèle, ils n'en ont pas moins l'obligation, quand ils exposent aux Salons, de présenter un effort nouveau.
L'orfèvrerie de M. Franck Scheideker est jolie et légère. Au lieu des plans massifs traditionnels, c'est une arabesque cursive qu'on trouve, et presque du découpage sur argent ou platine. Sur sa vitrine même, qu'il expose à bon droit, à titre d'œuvre d'art, M. Scheideker fait courir un frôle dessin de cuivre qui est d'un bel effet. Son surtout et son coffret sont intéressants par la légèreté qu'ils affectent, légèrement un peu inquiétante parfois dans des motifs verticalement présentés. Je veux dire que ce dessin élégant peut à quelque distance, paraître manquer de corps. Le coffret de platine de M. Scheideker a peut-être ce défaite. Son surtout, où des formes de poissons sont largement dessinées en ajouements, est plus satisfaisant.
La raison en est que ces poissons plaqués sur fond de glace sont vus horizontalement; aussi peut-être que leur dessin est plus robuste. Mais, malgré l'inconvénient qu'elle présente, cette recherche, même excessive de légèreté, a son intérêt.
M. Edmond Becker s'est joué à sertir de menues baguettes d'or égayées par endroits d'un feuillage, le corps en bois précieux de menues pendulettes; il hérisse sa vitrine d'épingles à cheveux, en ivoire, très harmonieuses, et d'une épingle à chapeau où un hippocampe se dresse parmi une branche d'algue. Ses pendulettes ont beaucoup de grâce délicate. M. René Foy égaie assez joliment les blancheurs de ses fleurs d'ivoire;
BRINDEAU DE JARNY
G. DE RIBAUCOURT
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Cuivre découpé SCHEIDECKER
ses bagues sont un peu compliquées, mais en somme il arrive à faire tenir un scarabée et deux sphinx, dans le petit espace d'un anneau, sans trop de prétention à la sculpture et demeure ainsi fidèle aux lois essentielles de son art, car le relief d'une bague et la masse de son chaton ne doivent pas être démesurés.
M.de Ribeaucourta exécute des bagues pour Mme Sarah Bernhardt. Une Néréide se baigne, en peignant ses cheveux, selon cette convention de la sculpture sur bagues, qui n'est pas la meilleure des conventions, mais M. de Ribeaucourt a trouvé des motifs plus simples et plus heureux, soit de placer de simples turquoises ou des amethystes dans un pittoresque fouillis d'herbes de fils d'or, et ce savant manque d'ordonnance et cette modestie des sujets lui a donné alors de jolis résultats et indique que cet artiste peut se mouvoir heu-
Entrée de serrure BRINDEAU DE JARNY
reusement dans une simplicité qui est la technique même de son art.
M. Sturbelle a aussi de jolies bagues, mais c'est surtout dans des objets plus vastes qu'il force l'attention. Un miroir orné d'argent est d'une forme ample et commode. M. Sturbelle
Penture BRINDEAU DE JARNY
équilibre fortement ses vases. Il en développe le pied, soit en y créant quatre baguiers qui sont utiles et logiques; il fait aussi, sans autre objet que l'ornementation, jaillir un vase d'un large pied qui se développe sur une arabesque abondante et heureuse (utilisant les ressources de la flore stylisée), très libre de facture, et sinon nécessaire, au moins d'un tour plausible.
Une pendule de M. Sturbelle d'une forme très élégante, conçue en un tonnelet décoré de folioles supporté par un socle ajouré composé de branches fleuries, qui escaladent le barillet, munie d'un balancier intelligemment
Pendule STURBELLE
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Les émaux de M. Auguste Jean sont intéressants. Ceux que M. Feuillâtre présente soutiennent sa réputation; c'est une belle coupe d'émaux translucides, creuse et profonde, avec de jolis jeux de transparences violettes, et des coupes, des bonbonnières, des pendentifs où courent les émaux diaprés des papillons. Sur une même bonbonnière, tout un vol de chauves-souris bleues se heurte et se précipite. Les orfèvreries de M. Feuillâtre encadrent des médaillons entre des ailettes d'émaux translucides, et forment des objets intéressants, mais dont la grâce des émaux sera toujours, beaucoup plus que la sculpture, le délicat attrait, et ceci s'appliquerait à cette jolie coupe où un masque féminin est entouré de tout cet essor vibratile d'ailes brillantes et claires.
La décoration de M. Feuillâtre repose sur des bases excellentes, et personne ne contesterà le bien fondé de son utilisation du cygne, du papillon ou de la chauve-souris. Personne
Papier peint
BAYEN
figuré par une tige d'herbage, offre cet inconvénient, que sur le cartel (qui est une des faces du barillet) on a figuré une danse, violente et quasi caricaturale. Ce peut être si l'on veut, les personnages de ce bas-relief, l'heure qui vient et l'heure qui s'en va. C'est surtout deux figurines aux proportions mal établies et au mouvement inharmonique; il serait même légitime de les taxer de vulgarité ambitieuse. Malgré cette critique nécessaire, il faut attacher de l'importance à l'exposition de M. Sturbelle, à ses vases, et surtout, croyons-nous, à son miroir sobrement orné qui serait excellent, sans quelque gracieux dans ses légers supports.
Lampe
LAPORE BLAIRSY