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EXPOSITION INTERNATIONALE DES ARTS DECORATIFS ET INDUSTRIELS MODERNES PARIS 1925 UNE AMBASSADE FRANÇAISE ORGANISÉE PAR LA SOCIÉTÉ DES ARTISTES DÉCORATEURS EDITIONS D'ART CHARLES MOREAU

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UNE AMBASSADE FRANÇAISE

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L'Album de « L'Ambassade Française » a été achevé d'imprimer à Paris, en novembre 1925, par Paul, Vigier et Cie pour les planches en héliotypie, et par Ducros et Colas pour la typographie. Les planches en couleurs ont été exécutées par Jean Saudé. Les modèles figurant dans cet album sont et restent la propriété de leurs auteurs et toute reproduction, même partielle, entraînera des poursuites. COPYRIGHT BY CHARLES MOREAU, 1925

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EXPOSITION INTERNATIONALE DES ARTS DECORATIFS ET INDUSTRIELS MODERNES PARIS 1925 UNE AMBASSADE FRANÇAISE ORGANISÉE PAR LA SOCIÉTÉ DES ARTISTES DÉCORATEURS EDITIONS D'ART CHARLES MOREAU 8 ET 10, RUE DE PRAGUE, - PARIS (XIIe)

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INTRODUCTION Des millions de visiteurs qu'attira l'Exposition Internationale des Arts Décoratifs et Industriels modernes, il n'en est point qui, d'un pas nonchalant ou rapide, ayant parcouru le Grand Palais, le Cours-la-Reine et l'Esplanade des Invalides, ne se soit arrêté un peu longuement à la Cour des Métiers. Les moins avertis d'entre les profanes percevaient là comme un lieu de dilection. Son architecte éminent, M. Charles Plumet, avait rêvé d'en faire le cerveau de l'Exposition. Par la présence de la Société des artistes décorateurs, elle en fut plutôt le cœur dont l'ardeur passionnée vivifia toutes les autres manifestations. L'art décoratif de ce temps n'a point surgi spontanément. Il a fallu la volonté tenace de quelques hommes pour ranimer l'esprit d'invention que la routine semblait avoir étouffé. Nul foyer ne recueillit avec plus de soin la flamme vacillante, ne l'entretint plus chaleureusement, et, finalement, ne réussit mieux à la faire jaillir dans son éclat que la Société des Artistes Décorateurs. Depuis sa fondation en 1901, groupant les efforts jusque là dispersés des novateurs, elle a contribué à corriger les errements des ouvriers de la première heure, elle a suscité des directions rationnelles et fécondes. Par ses expositions, d'abord timides et isolées, bientôt considérables et régulières, elle a travaillé à convaincre le public récalcitrant de la réalité d'un art appliqué contemporain, elle le lui a montré vivant et productif, et finalement, elle le lui a fait aimer. En 1923, sous la Présidence de M. Bokanowski, MM. Henry Rapin, Charles Hairon et Paul Follot, étant vice-présidents, elle entrait de haute lutte au Grand Palais et y installait son Salon annuel sur le même pied que les autres Sociétés, ses ainées jadis dédaigneuses, renversant les barrières fragiles derrière lesquelles se retranchaient encore les représentants de "l'art pur". Avec persévérance enfin et dès 1910, elle soutint l'idée d'une Exposition Internationale où seraient confrontées les ---

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tentatives du monde entier pour doter la vie moderne d'un cadre harmonieux. C'est avec son aide qu'en furent posées les bases. Pourtant quand, après un long retard et de tragiques événements, son vœu fut réalisé, dans cette Exposition qui était en grande partie son œuvre, elle n'eut point tout d'abord sa place marquée. Le bel ensemble par quoi elle affirma sa vitalité collective, elle ne parvint à le créer qu'au prix d'un laborieux enfantement dont les phases méritent d'être rappelées. * Si les difficultés furent nombreuses au début, on ne saurait les attribuer aux organisateurs de l'Exposition dont la bonne volonté ne fait point de doute. Tout le monde au contraire s'empressait de reconnaître le rôle capital joué par la Société des Artistes Décorateurs dans le grand mouvement moderne, manifestait à son égard la plus vive sympathie et protestait de son désir de la voir participer aussi largement que possible à l'entreprise commune. Mais, remarquait-on, ses membres avaient accès dans toutes les classes, beaucoup d'entre eux pouvaient au reste se faire incorporer à des groupements qui préparaient d'importantes manifestations ou contracter des ententes avec des industriels sous la firme desquels ils exposeraient. Ils seraient partout, que souhaitaient-ils de plus ? Le raisonnement semblait irréfutable. Malheureusement il péchait par la base. Certes tous les stands étaient ouverts aux décorateurs, mais pour y être admis, comme pour figurer dans des groupements, il fallait d'abord réaliser à grands frais des objets que l'on avait peu de chance de revendre sans perte, après des mois de stationnement dans les galeries. L'installation, à elle seule, coûtait fort cher. Or, si quelques artistes étaient pourvus des fonds nécessaires, la plupart ne possédaient que de maigres ressources. Quant aux collaborations promises avec les industriels, elles ne se présentaient que rarement, timidement, de loin en loin. Bref tout eut été pour le mieux si l'on avait eu de l'argent et l'on ne recueillait guère jusque là que de bonnes paroles. C'est alors qu'on eut l'idée de se tourner vers le Directeur des Beaux-Arts, qui se trouvait en outre occuper les fonctions de Commissaire Général-Adjoint de l'Exposition. M. Paul Léon n'est pas seulement, par état, le protecteur des artistes, il est encore, par inclination, leur ami sincère et leur guide éclairé. Jamais ils n'ont en vain recours à lui. — 6 —

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Par une heureuse fortune, les Beaux-Arts, en vue de l'Exposition, disposaient d'un crédit que venaient de leur voter les Chambres non sans quelques atermoiements — mais cela, comme dit Kipling, est une autre histoire. Ce crédit était destiné en principe à la participation des Manufactures et des Écoles d'Art de l'État. Pourtant, et bien qu'il ne fut point très considérable, on pouvait, en procédant avec économie, en distraire une certaine somme au profit des artistes. Et voici ce qui fut convenu : La subvention officielle serait consacrée à faciliter la composition et l'aménagement d'ensembles dont les éléments, exécutés par les créateurs de modèles, au plus juste prix et sans bénéfice, resteraient la propriété de l'État, s'ils n'étaient acquis au préalable par des particuliers. La Société des Artistes Décorateurs était chargée de l'organisation de ces ensembles. M. Paul Léon lui promit un million. *** La voilà donc en possession du nerf de la guerre. En plus elle voyait se réaliser son ambition légitime d'une exposition collective. Toutefois, un point d'interrogation subsistait. Où s'abriterait-on? La question avait son importance. S'il fallait construire un pavillon, et un pavillon convenable, toute la subvention risquait d'y passer. D'autre part la crise du logement s'étendait aux galeries de l'Exposition et l'on n'y trouvait rien de disponible. Dans cette perplexité nouvelle on songea tout naturellement encore à M. Paul Léon. Les trois vice-présidents de la Société, MM. Charles Hairon, Henri Rapin et Maurice Dufrène s'en revinrent frapper à sa porte. Le hasard voulut que M. Ch. Plumet fut, ce jour là, dans le bureau du Directeur des Beaux-Arts, M. Plumet, architecte en chef de l'Exposition, qui achevait de construire l'élégant et paisible palais dont les lignes sobres couronnent l'Esplanade. Précisément deux ailes de la Cour des Métiers restaient inoccupées. Ces deux ailes apparurent tout à coup aux décorateurs comme l'image du salut. Ils n'hésitèrent pas à le proclamer. Mais s'il n'y avait aucune raison primordiale pour qu'on les leur refusât, il n'y en avait pas non plus de suffisante pour qu'on les leur accordât. Une Exposition est une institution démocratique. On y professe l'égalité et l'on y craint les complications. Si l'on donnait satisfaction aux décorateurs sans autre forme de procès, n'allait-on pas soulever les réclamations de nombreux compétiteurs qui se verraient ainsi frustrés de leurs espérances? — 7 —

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A vrai dire M. Paul Léon, non moins que M. Plumet, penchait vers une solution favorable aux artistes. Encore convenait-il que ces derniers l'y aidassent. Ah! s'ils avaient pu mettre sur pied un projet d'ensemble vraiment exceptionnel! M. Henri Rapin eut alors un trait de lumière. La nécessité rend ingénieux. Rien n'empêche au reste de supposer que des réflexions préalables secondèrent son inspiration. Il proposa de réaliser les appartements d'une Ambassade française. Une ambassade... d'abord son caractère d'établissement d'État répondait au programme officiel que l'on avait adopté. Et puis sa double destination permettait à la fois de composer avec vraisemblance des pièces d'apparat et des pièces intimes où l'on serait libre de déployer tout le luxe et le raffinement désirables. Enfin une ambassade, c'est un morceau de la France à l'Étranger. Son ameublement devrait en bonne logique constituer une manière d'exposition permanente qui propagerait au loin nos trouvailles décoratives. La démonstration de nos modernes créateurs de modèles y trouvait donc tout naturellement sa place. L'idée parut excellente et les arguments péremptoires. Séance tenante, les deux ailes de la Cour des Métiers furent dévolus à la Société des Artistes décorateurs. * Il ne s'agissait plus que de passer à l'exécution. Mais comment répartir le travail? Tâche délicate. On ne pouvait désigner arbitrairement les bénéficiaires de la subvention. Il importait de se montrer équitable, autant du moins qu'il est humainement possible de l'être. On s'en remit au moyen classique en pareil cas: le concours. Un appel fut adressé aux artistes décorateurs, sans excepter ceux dont les noms ne figuraient pas sur les listes de la Société qui, d'ailleurs, en fait, les englobe à peu près tous. Le comité avait élaboré un plan des appartements. Celui-ci permit d'établir un programme où la qualification des pièces et leurs dimensions étaient indiquées. Et bientôt affluèrent les projets. Restait à décider entre eux. MM. Paul Léon, et Ch. Plumet ayant décliné ce soin, un jury fut constitué suivant une méthode singulièrement libérale. Tous les concurrents en firent partie. Seulement, comme il faut compter avec certaines préférences bien naturelles, même chez les artistes, chacun d'eux eut la faculté d'émettre deux votes: le premier, éventuelle-

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ment, pour son propre projet, le second pour celui d'un rival. Grâce à cet ingénieux parti les voix se groupèrent sur quelques têtes et l'on parvint à dresser le tableau des ensembliers auxquels incomberait la réalisation de chaque pièce. Maîtres d'œuvres serait un terme plus exact car, en principe, l'élu devait se borner à composer les grandes lignes de l'ensemble, s'en référant pour le reste à des collaborateurs de son choix qu'il se contenterait de diriger. En réalité cette heureuse répartition du travail n'a pas toujours pu être mise en pratique. Pour les pièces de petite dimension il a paru difficile de diviser les efforts. Et puis, faut-il l'avouer? la sage discipline qui assura l'unité des grandes œuvres d'autrefois, n'est pas encore, hélas, la vertu dominante des artistes d'aujourd'hui. Cependant plus d'un exemple de ces collaborations sympathiques nous ont été offerts à l'Ambassade. Tantôt des affinités de talent et de goût les ont déterminées spontanément, tantôt avec discrétion le comité lui-même à suscité de tels mariages. Et l'on a pu voir des architectes s'associant avec des décorateurs et s'entourant de meubliers, de céramistes, de verriers, comme aussi de peintres et de sculpteurs afin de parfaire un tout harmonieux. Ainsi les artistes les plus divers ont eu l'occasion de se manifester, grâce à la manne généreuse répandue par l'État. Une prudente administration et le concours de certains décorateurs fortunés qui purent se passer de la subvention officielle ont permis du reste d'en consacrer une partie à l'aménagement et à la décoration de la galerie des bibelots et d'aider quelques exposants dans les classes. * Telle est, avec ses traverses, ses incertitudes, et son succès final, l'histoire véridique de la persévérante campagne entreprise par la Société des Artistes Décorateurs et qui aboutit au résultat que l'on sait. Ce résultat, les reproductions de cet album l'évoquent assez fidèlement pour qu'il paraisse superflu d'y ajouter le moindre commentaire. Sans doute eut-il été souhaitable qu'un plan général fut préalablement établi d'accord avec l'architecte. De la sorte la distribution des pièces eut été plus logique, la circulation plus facile. Surtout, on eut pu prévoir un plus grand nombre d'ouvertures et ménager aux appartements un éclairage naturel. Les circonstances ne l'ont point voulu. Les galeries de la Cour des métiers étaient construites quand on décida de les octroyer aux décorateurs. Il n'en sont que plus dignes de louanges pour l'excellent parti qu'ils ont su tirer de locaux sans destination certaine. — 9 —

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Dans les vingt-quatre pièces, vestibules et passages de l'Ambassade française on peut dire qu'ils nous ont offert le résumé, l'essence précieuse de tout ce que notre art décoratif a produit en ce temps. On y a trouvé réunies avec un remarquable éclectisme toutes les tendances et toutes les orientations contemporaines, celles qui directement se rattachent à la tradition, renouant par des liens indéfinissables les formes du passé aux formes d'aujourd'hui, et les plus audacieuses, les plus affranchies qui, sans renier toutefois le long apport des siècles, cherchent dans l'avenir des données imprévues. Et pourtant de cette diversité de conceptions, de cette multiplicité de créations, architectures intérieures, meubles, tentures, tapis, bibelots, se dégage une surprenante impression d'harmonie. On y perçoit des caractères communs qui les apparentent les unes aux autres avec évidence : construction rationnelle, équilibre des proportions, belle matière, sobriété du décor, minutieuse exécution et aussi ces éléments impondérables qui sont l'élegance, la fantaisie, le bon goût, la mesure. C'est qu'elles ne traduisent pas seulement les aspirations modernes, en s'accordant avec les mœurs, les habitudes, les visions actuelles, mais qu'elles expriment encore subtilement les qualités éternelles de notre race. En gardant fixées, sur les pages qui suivent, l'exacte reproduction de telles œuvres, cet album constitue mieux qu'un instrument de propagande pour l'art décoratif dont il répandra les trouvailles ; il restera comme un témoignage du magnifique effort français en 1925 où les générations de demain discerneront peut-être la naissance d'un style. RENÉ CHAVANCE — 10 —