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LE CINEMA COMÉDIE DRAMATIQUE (A): LE VOYAGEUR SANS BAGORE, film français. - Cadre: Riche famille de la bourgeoisie de province. Sujet: Un annéisme de guerre répudie avec horreur le fâme de l'assez vilain bonhomme qu'il fut et qu'il retombe à son corps défendant. Mise en scène: Anouil, très soigné, mais statique. Interprétation: Excellente équipe; Fresnay, Renoir, Marguerite Deval, Sylvie, Blanchette Brunoy, etc. Note: Film sans aucune action; effets lents et appuyés; atmosphère cependant non indifférente par suite de la qualité du jeu, très supérieur comme intérêt aux scénarii ordinaires. POLICIER BURLESQUE (B): L'AVENTURE EST AU COIN DELA RUE, film français. - Cadre: Boîte de nuit, puis hôtel particulier. Sujet: Un jeune écrivelle, par goût de l'aventure, en vient aux prises sans le savoir pour une bande de malfaiteurs qu'il prend pour des plaisants. Mise en scène: J. Daniel-Norman; assez vivante et dynamique. Interprétation: Rouleau; fantaisie un peu lourde; Alfa; de l'autorité; Suzy Carrier; insignifiante; Toulain, Amiot, etc. Note: Film un peu long à démarrer; acquiert ensuite un certain rythme; des idées bouffonnes, faisant balle. Une soirée agréable. COMÉDIE MUSICALE (B): BONSOIR MESDA-MES, BONSOIR MESSIGUES, film français. - Cadre: Studio de radiodiffusion de haute — ou de basse — fantaisie. Sujet: La radio mise au service des amours personnelles d'un reporter et d'une danseuse, d'un sculpteur... et de sa femme, etc. Mise en scène: Tual; laisse passer une bien médiocre photographie dans certains gros plans. Interprétation: Périer, Gaby Sylvia, Carleton, Parédès, Salou, etc.; font de leur mieux pour animer le néant; le ténor Jansen a une joie voix. Note: Si les gifles tenaient lieu d'esprit, ce film serait pétillant comme un petit champagne... Que de claquas, messieurs! A part ça, peu de chose !... DOCUMENTAIRE ROMANCE (B): PREMIER DE CORDEE, film français. Quel dommage! Voilà un film qui représente un des plus gros efforts sportifs, une des plus grandes dépenses d'énergie que le cinéma français a connus. Pendant des semaines Louis Daquin, metteur en scène, son équipe technique et ses interprètes se sont battus avec la douceur? Combien de fois n'avons-nous pas vu ces caravanes cheminotantes, encordées; ces gros plans de chaussures ferrées de crampons, ou de mains qui tâtonnent, cherchant à s'agripper à la pierre; ces marches tallées au piéton dans la neige vue en lumière frisante; ces spectaculaires descentes de rappel; ces chutes de pierres balayant les senties !... Tout ceci, hélas! c'est du documentaire, documentaire de haute qualité, d'ailleurs, mais documentaire tout de même, alors que nous attendions un « film ». Tout cela parce que l'affaiblissement est extrêmement faible, hors de proportion en tout cas avec la grandeur du cadre. Elle se résume en quelques mots : un guide, fils de guide, est gravement blessé à la tête dans une ascension. Trépanne, il devient sujet au vertige, prend peur et se sauve loin des cimes tentatives. Il montre toute la tranquillence, la tétrature d'une femme pour l'amener à réduquer sa volonté pour vaincre le vertige. Il y parviendra le jour où sous l'empire d'un sentiment plus fort que la crainte il fera partie d'une caravane de secours envoyée à la recherche de son propre père, fourdroyé au cours d'un orage. Cette mince histoire, étirée sur près de deux heures de projection et jouée assez froidement par André Le Gall et Irène Corday, ne suffit pas à nous passionner. Il aurait fait chercher quelque chose de plus dense, un conflit plus nourri. Il nous reste heureusement les admirables photographies de l'opérateur Agostini, qui a dit réaliser parfois des progrès d'adresse et de sang-froid pour situler les diars du matinier en selon asthmatique prob et difficile qu'est Daquin. Bien que cette claire et harmonieuse vision de la montagne vaut la soirée. MARCEL LASSEAUX. COMÉDIE SENTIMENTALE (B): GRAINE AU VENT, film français. - Cadre: Un coin de Normandie. Sujet: L'ével de l'amour maternel chez une petite fille et l'évolution psychologique qui en découle, d'après le roman de Lucie Delarue-Mardrus. Mise en scène: Glory; évolue avec assez d'aiseance dans un décor rustique pas déplaisant. Interprétation: Dumesnil, Gisele Casadesus; corrects; Géniat, Delamare; paysannes plutôt conventionnelles; Carlettina; est avec une étonnante sûreté de jeu et un aplomb de vieux routier le pivot du film. Très bien. Note: Film pas désagréable, quoique manquant un peu d'accent, des notations amusantes, fraîches et jeunes compensement avec honneur certaines... tractions sur la corde sensible. COMÉDIE DRAMATIQUE (B): LA COUPOLE DE LA MORT, film allemand double. - Cadre: Divers cirques et music-halls germaniques. Sujet: Drame de la jalousie provoquant la ruine d'une équipe d'acrobatess et plongeant tout le monde dans le marasme. Mise en scène: Tourjansky; bonne, de la couleur. Interprétation: Marian, Winnie Markus, Mady Ruhl, Albert Hehn, etc.; bien. Note: Scénario cohérent et bien construit; action se languissant pas, se déroulant dans une atmosphère intéressante et pittoresque. FANTASIE MUSICALE (B): VIVE LA MUSIQUE, film allemand double. - Cadre: Milieux musicaux de Berlin. Sujet: Marivaudage entre professeur et élève aboutissant au plus heureux des dénouements. Mise en scène: Helmut Kautner; bon enfant. Interprétation: Ilse Werner, Viktor de Kowa forment un couple agréable; Edith Oss, Thomalia, Grethe Weiser, etc. Note: Petit film, mais agréable et sans prétention, ce qui est beaucoup; de la bonne humeur et de la gentillesse. Bien doublé. Abréviations: (A) Adultes seulement. — (B) Toutes personnes. --- LES LUSQUES Les murs de la capitale et ceux de trente et quelques villes de nos provinces se sont couverts au début de mars d'affiches de divers modèles où, sur un fond radieux enrichi des sept couleurs du prisme et enclos entre les montants aux courbes hiératiques d'une lyre gigantesque, l'on voyait se détacher à contre-jour la silhouette d'un chef d'orchestre prêt à déchaîner d'un geste souverain le torrent sonore de la symphonie. Sous le dessin, il y avait écrit en guise de légende: « Journées de la musique ». Ces affiches nous annonçaient qu'un événement peu banal se produirait bientôt, elles signifiaient qu'à travers toute la France allait être exécuté, durant ce festival de deux semaines, sur l'estrade de nos salles de concert aussi bien que sur nos scènes lyriques, de Lille à Biarritz, de Saint-Brieuc à Besançon, le plus vaste programme de musique « d'ensemble » que jamais mêlée de chez nous ait imaginé en ses rêves. Il convient d'attribuer le mérite de cette réalisation à la persévérance tenace, au zèle inlassable du « Comité national de propagande pour la musique » et particulièrement à l'activité de son président, M. René Dommane, et de son délégué général, M. François Hepp. Une telle manifestation, si nouvelle dans nos mœurs artistiques qu'elle semble miraculeuse, est le résultat d'un long effort. Depuis 1931, le Comité de propagande s'applique à recouvrer l'inertie des pouvoirs publics, à grouper les bonnes volontés, à encourager les initiatives, à intéresser les indifférents à la cause de l'art musical. Il multiplie les conférences, les auditions, recrute des adeptes, éveille des vocations et parvient de progrès en progrès à créer, à entretenir un élan qui lui permette d'organiser, pour reprendre l'heureuse expression de François Hepp, cette « grandiose exposition sonore », prélude à d'autres semaines musicales que chaque année le Comité de propagande à l'intention d'organiser désormais en France. Alfred Bachelet vient de mourir au seuil de sa quatre-vingtième année, au moment où l'Opéra-Comique s'apprêtait à monter un ballet inédit de sa composition. Aucun musicien de notre temps n'aura montré une aptitude plus franche à s'exprimer selon son tempérament sans se laisser influencer par la mode, nul n'aura su comme lui accomplir une carrière académique avec tout ce qu'elle comporte de titres, d'honneurs et de fonctions officielles en faisant preuve d'une pareille indépendance d'esprit et de caractère. Des partitions comme Semo et Quand la cloche sonnera, pour n'en citer que deux particulièrement remarquables parmi beaucoup d'autres, témoignent de l'originalité singulière de sa pensée âpre et sensible; elles demeurent tout imprégnées d'une couleur qu'on admire d'autant plus qu'il était seul à en posséder le secret. MAURICE BEN. --- REVUE MENSUELLE 13, rue Saint-Georges, Paris (9°) Tél.: Tro. 82-54. Ch. post.: Paris 178-705. R.C. Paris 261-513 B (Seine). Bureau de Lyon: 87, cours Gambetta. Tél.: Monsey 52-09. Ch. post.: Lyon 984-22. N° 107 — 11e ANNÉE --- IMAGES DE FRANCE PLAISIR DE FRANCE OLIVIER QUÉANT. Directeur. ROGER BASCHET, Rédacteur en Chef. --- TARIF DES ABONNEMENTS A. France, Colonies françaises et Montcotte . . . . . . . . . Fr. 178 B. Étranger: Affranchissement demi-tarif Fr. 300 Affranchissement plein tarif Fr. 390 --- SOMMAIRE Pages --- OISEAUX DE PORCELAINE --- DANS LA CAMPAIGNE DE PROVENCE --- LA LOGE DE MAURICE ESCANDE --- COSTUMES DE DANSE, par MARCEL LASSEAUX. --- Pages --- LA MONTRÉE ŒUVRE D'ART, par ROGER BASCHET. --- LE QUI ET LE NON, par OLIVIER QUÉANT --- LE CINEMA — LA MUSIQUE — LE THÉÂTRE --- AVRIL 1944 --- Droits réservés pour tous les articles de ce numéro (texte et gravures), Copyright by Images de France », 1944. Les manuscrits, insérés ou non, ne sont jamais rendus et ne pourront en aucun cas faire l'objet d'une réclamation.
--- PARFUMS LANVIN --- CARON POUDRE "PEAU FRAIGHE" DE CARON --- parfums de LANCOME --- Une fleur... des parfums. CRÊPE DE CHINERÉCITALBOIS PRÉCIEUXALTITUDE F.MILOT PARFUMEUR57, AV. VICTOR EMMANUEL IIIPARIS ---
Oiseaux de CHINE ANCIEN --- L a mode ne se contente pas de créer : elle tire du passé pour les remettre en vogue des objets et des formes temporairement oubliés ou délaissés. C'est ainsi qu'elle découvre aujourd'hui le style du Second Empire, fait refleurir sous des globes hier encore vieillots des fleurs d'étoffe ou de coquillage et ressuscite les oiseaux de porcelaine. Ces derniers jouissent auprès des décorateurs modernes d'un crédit particulier : perroquets rutilants ou finement nuancés, perruches aux plumes lisses, bouvreuils qui ne semblent posés qu'un instant sur leurs petits socles fleuris s'intègrent à la décoration murale. Devenus rares à force d'être recherchés, ils ont pris la valeur de pièces de collection. Les plus anciens, depuis longtemps appréciés, ont vu le jour en Chine, les autres, en Saxe, quelques-uns, en France : trois noms qui résument l'histoire de la porcelaine. Au XVIIe siècle la faveur des objets d'art d'Extrême-Orient était considérable ; mais le prix s'en trouvait si élevé que dans plusieurs pays d'Europe on s'efforça de les imiter. En 1701, à la cour du Grand Électeur Frédéric-Auguste de Saxe un nommé Boettger, arrêté pour s'être vanté de pouvoir faire de l'or et mis en demeure de s'exécuter, flatta la passion du souverain pour les beaux chines en s'attachant à découvrir la recette de la porcelaine. Huit ans plus tard il triomphait avec l'emploi du kaolin ; et le château de Meissen, où il avait été enfermé, devenait un atelier puissamment fortifié contre les indiscrétions : les épaisses murailles,
porcelaine les ponts-levis et les sentinelles servirent désormais à garantir l'exclusivité d'un procédé qui allait faire la fortune de la région ; et les ouvriers durent jurer « de garder le silence jusqu'au tombeau ». Boettger s'attacha tout d'abord à copier les objets de Chine, dont Frédéric avait une inestimable collection ; puis des artistes créèrent des modèles nouveaux ; et pendant trois siècles la manufacture eut une production infiniment variée, connue pour ses charmants personnages, ses services de table et ses animaux parmi lesquels figurèrent les oiseaux. Cependant, le secret avait, malgré les précautions, franchi les murs de la forteresse ; et nombre de fabriques, autour de Meissen, exécutèrent bientôt des pièces en porcelaine qui portèrent la marque de Saxe et affirmèrent longtemps leur supériorité sur le marché mondial. Distancées, les manufactures françaises durent attendre la découverte, en 1763, d'un gisement de kaolin près d'Alençon pour entreprendre leurs premiers essais. Mais elles n'obtinrent qu'une matière grise assez grossière. Et ce ne fut que trois ans plus tard, avec la mise en exploitation de l'importante mine de Saint-Yrieix, près de Limoges, que les grandes fabriques, Sévres en tête, s'attaquèrent au problème ; elles ne devaient obtenir la maîtrise du procédé que bien plus tard, comme, d'ailleurs, Vienne, Copenhague, Naples. Voilà tout ce que disent les perroquets empanachés et les muettes perruches qui se découpent aujourd'hui sur les murs clairs de tant de nos modernes demeures. R. L. M. --- QUELQUES OISEAUX EN PORCELAINE DE SAXE Collections de M. N. P. et de Mme JACOPOZZI.
Dans la campagne de La grande salle. Murs « coquille d'œuf »; boiseries jaune d'or ; sièges en tapisserie d'époque Régence; rideau de bourette de soie blanche à grandes fougères vertes. Carrelage rose. Les deux bâtiments avant l'aménagement.
Provence Le petit salon. Harmonisé avec la grande salle, il est orné d'une cheminée en carreaux d'Aix jaunes et verts dont les motifs ont été reproduits sur le tissu du divan. F. SPOERRY et A. SVETCHINE, architectes. Au lieu dit «la Chèvre-d'Or», près de Biot, dans les Alpes-Maritimes, deux humbles bâtiments émergeaient il y a quelques mois encore du fouillis des oliviers, des orangers et des pins; aujourd'hui se dresse à leur place un petit mas de type provençal: les simples habitations paysannes ont été habilement reliées entre elles de manière à ne former qu'un seul bâtiment. Point de grands effets décoratifs, mais des façades très fermées à l'ardent soleil du Midi et qui cachent un intérieur plein d'ombres lumineuses. La décoration des pièces est surtout architecturale; une cheminée sculptée, des poutres apparentes et des marches de grès en constituent les principaux motifs. Des matériaux rustiques comme la pierre, le bois ciré, la toile invitent à la simplicité; une bibliothèque pourvue de quelques bons livres et un divan placé dans un coin plein de fraîcheur engagent au repos; la table est assez grande pour recevoir des amis. L'austérité y est presque monacale. C'est la retraite d'une Parisienne qui veut se recueillir de temps en temps au contact de la campagne provençale, dont les paysages apparaissent à toutes les fenêtres, savamment encadrés de voûtes ou de colonnettes. — R. B. Porch voûté aménagé entre les deux bâtiments anciens. À gauche, le puits. Plans du rez-de-chaussée et du premier étage, après transformation.
LA LOGE DE MAURICE ESCANDE La loge si longtemps occupée par Cécile Sorel a désormais pour hôte Maurice Escande. La chambre de Célimène est devenue celle de Pyrrhus. C'est une grande pièce de forme irrégulière, située au quatrième étage de la Maison de Molière et que vient d'installer le décorateur Roger Séguir : ensemble de style dont les glaces vénitiennes constituent le principal motif. D'innombrables miroirs aux tains divers, tantôt incrustés dans les feuilles d'un paravent de staff ou juxtaposés en mosaïque dans les encadrements des portes, tantôt formant de vastes panneaux, renvoient l'image des torchères polychromes, du lit de repos aux pieds en griffes d'or, des meubles de prix, des fenêtres habillées de draperies rouges soutachées d'ivoire. Des sièges recouverts de satin blanc, un trumeau peint par Boucher, un buste de Molière en saxe, une collection de chines rares qui lancent des notes vertes dans l'ensemble pourpre font un cadre digne de l'acteur que tant de rôles prestigieux transportent sans cesse dans le passé. Les exigences pratiques y sont respectées : une table de maquillage en staff soutenue par une colonne vénitienne s'adosse au mur ; et, pour les soirs de grande première, où la loge est transformée en salon, un paravent fixe masquant une toilette permet à l'artiste de s'isoler. Enfin, le plus beau de tous les décors est peut-être celui qui apparaît dans l'encadrement des quatre fenêtres : la place du Palais-Royal. P. R. IMAGES DE FRANCE
COSTUMES de DANSE par MARCEL LASSEAUX C'est un nouveau couple de danseurs : Janine Charrat-Roland Petit. Lui est de l'Opéra ; elle n'en est pas. Il est bouillonnant, dynamique ; c'est le feu de l'association, dont elle est l'eau qui dort, avec une note de sensibilité rêveuse très personnelle. Tous deux sont en instance d'atteindre quelque jour l'âge mûr de vingt ans... Malgré cette jeunesse ou peut-être à cause d'elle, en tout cas en raison d'un mérite certain, cinq artistes de renom n'ont pas dédaigné d'apporter déjà leur concours à Janine Charrat et à Roland Petit. Marie Laurencin ouvrit le feu, lors d'un récital antérieur. --- Costumes de Christian Bérard pour Roland Petit et Janine Charrat dans la Jeune Fille endormie. La danseuse est vêtue d'une robe blanche ; dans son écharpe et ses longs cheveux brillent des étoiles d'argent. Le danseur porte un maillot gris, un habit noir et des gants rose pâle.
Quant au dernier spectacle qu'ils donnèrent récemment chez Pleyel, c'est Touchagues, Christian Bérard, Cocteau et Nathalie Gontcharova qui s'employèrent à les vêtir. Ainsi naquit cette curieuse série de costumes de danse que nous reproduisons ici ; cinq aspects du même problème vus et traités par cinq tempéraments très différents. Pour Marie Laurencin, cette incursion dans le domaine du théâtre fut plutôt une exception, une chose sans lendemain. Elle n'avait d'ailleurs pas abordé la scène depuis 1914, date à laquelle elle s'occupa d'habiller les Biches, de Francis Poulenc, à la demande de Diaghilew. Les costumes de Paul et Virginie qu'elle dessina pour Charrat-Petit sont très simples de lignes : robe de voile et léger fichu pour la danseuse ; vêtement de matelot pour le danseur. L'empreinte de Marie Laurencin porte principalement sur le choix des couleurs, qui sont tendres et pastellées : des roses, des jaunes, des bleus, des blancs, tout à fait dans la manière du peintre. L'ensemble fait frais et jeune, bien en accord avec le thème sentimental qu'il habille. Tout autre est la composition de Touchagues. Ici, plus de teintes délicates, plus d'harmonies évanescentes, mais des oppositions brutales, des tons crus, heurtés ; une stylisation évoquant dans Marionnettes — musique inédite de Claude Pascal — le french cancan à l'époque héroïque du Moulin-Rouge. L'habit du danseur fut un maillot violet sur lequel un galon vert dessinait les contours symboliques de la veste célèbre — grâce à Toulouse-Lautrec — de Valentin le Désossé. Ainsi nul vêtement effectif ne venait dissimuler même partiellement les mouvements et les attitudes du corps. Quant à la danseuse, le costume d'époque fut essentiellement évoqué par un petit pouf de lingerie et un soupçon de tablier noir de part et d'autre d'une courte robe de dentelles blanches en forme de tutu sur lesquelles tranchaient les jarretelles rouges tendant les bas noirs traditionnels. Avec Christian Bérard, c'est encore une nouvelle vision du costume de danse que nous apporte la Jeune Fille endormie, dansée par Janine Charrat et Roland Petit sur un thème de Liszt. Vision essentiellement romantique avec les gants rose pâle de l'homme et le bouillonnement de tulle blanc de la robe de la ballerine, robe toute simple, en forme de cloche, sans ornement autre qu'une grande écharpe de tulle noir semé d'étoiles d'argent. Pour la souplesse et la grâce des mouvements, la crinoline classique à cerceaux rigides fut répudiée et remplacée par des étages de volants : 60 mètres de tulle ! L'effet était délicieusement aérien, sans rien de raide ni d'engonçant. C'est encore une autre note, mais d'un caractère tout symbolique, que nous donne Nathalie Gontcharova — grande collaboratrice de Diaghilew, pour qui elle dessina les costumes de l'Oiseau de feu, du Coq d'or, des Noces, de Cendrillon, etc. — dans les maquettes qu'elle fit des costumes de l'Ecllosion, poème chorégraphique mis en musique par Ivan Semenoff. Le thème en est l'éveil de la nature au printemps. Pour évoquer l'éclatement des bourgeons, la fusée de la sève, l'épanouissement de la fleur, Mme Gontcharova dessina, d'une part, une tunique vert pâle ouverte sur 1. Les interprètes d'Orphée et Eurydice dans l'atelier de Jean Cocteau, qui a composé leurs costumes. La danseuse porte un maillot blanc et un slip noir; le danseur est également en blanc avec des gants rouges et sur les épaules une écharpe noire. 2. Mme Gontcharova, auteure des costumes d'Ecllosion, termine une tunique que porta R. Petit dans Hippolyte. 3. Touchagues et les interprètes de Marionnettes. J. Charrat porte une petite jupe bordée de dentelle, un corsage vert pailleté de bleu, des bas en tulle noir, des jarretelles rouges et un chapeau noir avec plume verte. R. Petit est moulé dans un maillot violet pailleté d'argent sur lequel un galon vert dessine la veste.
des volants d'un rose dégradé découpés en forme de pétales et, d'autre part, un maillot brun, couleur d'écorce, dont le haut était d'un vert sombre se dégradant progressivement jusqu'au vert amande, avec, en rappel, un flot de rubans roses à l'épaule. Cette évocation sylvestre est gracieuse et fraîche. Avec Cocteau, le ton change encore et de façon tranchée. Pour le ballet à deux d'Orphée et Eurydice sur la musique de César Franck, il a voulu les danseurs simplement moulés dans des maillots blancs, juste barrés aux hanches de la ligne noire d'étroits slips de velours. Seules taches de couleur dans cet ensemble sévère : les gants bleu ciel de Janine Charrat et les gants rouges de Roland Petit. Cette simplicité extrême, ce dépouillement, pourrait-on dire, est l'expression directe de la pensée de Cocteau sur cette question. Ennemi de la stylisation et du pittoresque, il trouve qu'un costume de théâtre ne doit être ni réaliste ni cocasse, mais doit trouver son point d'équilibre entre la réalité et l'irréel. Le mieux pour y parvenir est qu'il soit simple sans être pauvre. De fait, l'impression produite par ces silhouettes claires se détachant sur un fond de velours noir était extrêmement puissante. De ces cinq visions d'artistes appliquées à la même tâche, peut-on dégager une tendance touchant l'évolution du costume de danse moderne? En tout cas on cherche à dégager au maximum le corps du danseur — ou de la danseuse — afin que rien ne vienne dissimuler le jeu des muscles et des membres ni entraver ou alourdir la grâce penchée des attitudes. Pour cela les lignes sont nettes et simples, peu chargées d'ornements. Dans cet esprit, le maillot reste, bien entendu, le moyen d'expression idéal puisque avec lui rien ne peut échapper des intentions de l'artiste. Naturellement, cette règle n'est pas absolue. Le costume doit être avant tout soigneusement accordé avec l'intention de la danse. Comme le dit Mme Gontcharova, il ne doit pas contredire le texte (dansé ou parlé), mais créer l'atmosphère autour du personnage avant même que celui-ci ait fait un mouvement. C'est la même pensée que Cocteau exprime sous cette forme concise : « Un costume a un rôle comme l'acteur ou le danseur et le décor ; comme eux, il joue. » Travail délicat d'interprétation pour le créateur du costume, et qui demande une très vive sensibilité en même temps qu'une grande intelligence, du goût, du jugement et de l'imagination. Souvent la réussite tient à un détail. Supprimez les deux rappels de tons, pourtant minces, des gants conçus par Cocteau et l'ensemble du tableau s'en-deuille et s'assourdit instantanément. En un mot, il faut que le costume d'un danseur ne soit pas simplement un vêtement, mais un des éléments essentiels de la danse. Il faut qu'il ne soit pas seulement une distraction pour les yeux, mais qu'il contribue à élever l'esprit sur ce plan d'irréalité tangible, si j'ose risquer ce rapprochement, qui est l'essence même du théâtre. Domaine merveilleux où l'on nous aide à oublier les tristesses ou les platitudes de la vie en faisant tenir toutes les promesses de renouveau dans des volants de tulle dégradés ou en faisant du rêve avec des flots de mousseline blanche. MARCEL LASSEAUX. 4. Une attitude des danseurs dans Orphée et Eurydice ; la cagoule blanche de Janine Charrat retombe jusque sur ses épaules en larges plis souples. 5. Christian Bérard drape la longue écharpe noire portée par l'interprète de la Jeune Fille endormie. 6. Les costumes de Paul et Virginie sont l'œuvre de Marie Laurencin. Janine Charrat porte une robe de voile blanc, un corsage rose frais et une ceinture jaune d'or. Son châle bleu pastel est bordé d'une large bande bouton d'or et de longues franges blanches; des roses dans ses cheveux, Roland Petit est vêtu d'un pantalon blanc et d'une veste bleu de roi. Photographies LIMOV.

Cette publication de "Plaisir de France" présente des critiques de films tels que "Le Voyageur sans bagage" et "L'Aventure est au coin de la rue". Elle aborde également la décoration intérieure, avec des articles sur les oiseaux en porcelaine de Chine ancienne et la transformation d'une maison en Provence. Une section est dédiée à la loge de Maurice Escande et une autre à des réflexions sur le théâtre et les habitudes des spectateurs.