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IMAGES de FRANCE LA REVUE DES MÉTIERS D'ART JUILLET 1944 LE NUMÉRO : 17 Frs 13, RUE S’GEORGES. PARIS
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IMAGES de FRANCE LA REVUE DES MÉTIERS D'ART JUILLET 1944 LE NUMÉRO : 17 Frs 13, RUE S’GEORGES. PARIS
VOLUME 1 SERVICE DE NUIT (B), film français réalisé par Jean Faure. C'est une comédie construite autour d'un certain téléphonique dans une ville des Alpes qui porte un nom d'emprunt, mais dont le pittoresque est son authentique. Suzanne, la demoiselle de la jeune fille, a été incarcérée la vie intime de la petite cité dont elle est le centre nerveux; chaque ligne la relie à un membre de la communauté; et lorsqu'elle plante un courant d'amour ou de haine. Pêchée sur l'écorceur elle accuse les cœurs et peut, lorsque bon lui semble, « couper » les dunes trop longs, écarter les importuns d'un suave « pas libre » et éviter ou provoquer des rencontres. Mais Suzanne n'abuse pas de cet immense pouvoir. Le dictateur qu'elle pourrait être reste un bon petit discrét qui réhabilit l'ordre dans un ménage tourné, remet une jeune fille dans le droit chemin et seconde utilement un médecin. Et l'on s'étonne que ce film ne pèse pas, pour satisfaire à la mode actuelle, ce titre : « L'ange du téléphone ». Serre de nuit est une pièce alerte comportant quelques bons tableaux et un habile dénouement. On regrette seulement que l'intrigue principale soit noyée dans des scènes accessoires qui éparpillent l'intérêt et donnent l'impression que la situation n'a pas été exploitée à fond. Un tel thème aurait pu donner lieu à des effets plus puissants. Gaby Morlay joue les téléphonistes avec son aisance habituelle; Jacqueline Bouvier compose un rôle de jeune fille naïve avec une fraîcheur charmanne; Dumesnil, Gallas, Carette sont bien à leur place. LA VIE DE PLAISIR (A), film français réalisé par Albert Valentin. En cinéma comme en littérature, l'œuvre les mieux composée doit être de son temps, et lorsqu'elle la prétention d'être une satire et de reformer la société la règle est formelle. C'est pour avoir méconnu ce principe que la Vie de plaisir ressemble à un album de vieux clichés où se côtoient des images démodées et jaunies: images d'une aristocratie outrécutable dont des générations d'autres ont décrit autrefois les travers, mais dont la toute-puissance et les préjugés ont été depuis longtemps balayés; Valentine diatribe contre une caste dont M. Albert Valentin est mieux fait de dépêndre l'évolution face à la vie nouvelle. Un directeur se boîte de nuir qu'éprend d'une jeune fille de ma noblesse la demande en langage, mais se fait éconduire « parce qu'il travaille »; il vend alors son établissement et « achète sa fiancée » pour un nombre respectable de millions qui sauveront le beau-père de la ruine. Mais celui-ci, après avoir pris l'argent, cherche à faire divorcer la jette dans les bras d'un mûle titré. L'aventure se double de celle d'un beau-frère qui attend un enfant d'une danseuse méritante, mais dont le père s'oppose au mariage en prétexant qu'« il y a dans son monde un tarif pour les batailles ». Le film est bien construit et la présentation du sujet, ingénieuse; les interprètes y sont de classe: Albert Préjean incarne parfaitement le brave garçon qui se heurte aux usages du monde; Aimé Clariand est un piètre intranto et vanites; Claude Gorin, une jeune femme in hérisité entre famille et son amour. Malheureusement ils sont desservis par des rôles conventionnels et forcés qui fausset la démonstration. L'autre semble tout ignorer de la société qu'il décrit. Certes, il importe peu qu'il se trompe dans l'emploi des titres ou dans le protocole religieux; mais plus graves sont les erreurs de psychologie qui lui font à tout moment confondre les traditions avec les manies et les usages du monde avec des manières de nouveaux riches en usage chez les grands de notre époque. L'intrigue, par exemple, est basée sur l'obtention d'un divorce dont le principe est honni dans la haute aristocratie et qui met les bénéficiaires au ban de la société. La façon de morale est faite par un tenancier de tripod-dansant où le jeu est pratiqué à grande échelle et où se retrouvent des couples irréguliers. Et le nombre respectable de millions drainés en quelques années par cette « honnête » institution est opposé à la « scandaleuse » fortune qu'entretiennent dix-huit conseils d'administration (cumul interdit depuis 1936). Je me permets de poser deux questions: le moment est-il bien choisi de dresser les classes les unes contre les autres? Ce film est-il destiné à faire de la propaganda pour la famille française? LES PETITES DU QUAI AUX FLEURS (B), films féculés de Marc Allegret. Propriétaire de la librairie du quai aux Fleurs M. Grimaud est nanti de quatre grandes filles mutines et charmannes dont la jeunesse s'écoule parmi les in-folio et les incubables. L'intelligence est parfaite dans cette nichée de rats de bibliothèque; les quatre soirs mènent sous la ferule paternelle une vraie vie de pensimant et permettent en commun leurs petits secrets... jusqu'au jour où l'anée est fiancée à un dessinateur d'affiches dont s'expriment également la cadette. C'est alors une rivalité sans haine, un menu drame entre amoureuses en herbe; c'est, autour de la petite intrangie, une série de tabacs sans protection, dont le seul but est de faire sourire et d'attendre. Il ne faut chercher ni thèse, ni moralité (si ce n'est que le bonheur ne s'accommode pas d'un rhume de cerveau et que l'emploi de la motocyclette ne guérit pas de l'amour); on n'y trouve rien juste contreire ni même fin dialogue; ce film est, dans un décor de studio — le quai aux Fleurs ne figure malheureusement que dans le titre — une opérante sans chansons, animée par les personnages traditionnels du soupirant benêt, de bon jeune homme sacrifié, du vieux professeur de Faculté, de l'ingénue révolée et du bourru bien-faisant. Ce dernier rôle est tenu par Lefaur, qui s'est composé un excellent visage de père rébarbatif, livré pieds et poignes liés à quatre péronniques dont Odette Joyens incarne la plus belle et dont les sourires constituent un des attraits du film. Par intérim: ROGER BASCHET. Abréviations: (A) Adultes seulement.—(B) Toutes personnes. --- REVUE MENSUELLE 13, rue Saint-Georges, Paris (9) Tél.: R. 82-54. Ch. post.: Paris 178-705. R. C. Paris 261-513 B (Seine). Bureau de Lyon: 87, cours Gambetta. Tél.: Monaco 12-09. Ch. post.: Lyon 984-22. N° 110 — 11e ANNÉE LA MÉTAMORPHOSE D'UNE ÉGLISE: S'FERDINAND DES TERNEs, par MARCEL LASSEAUX... EXPOSITIONS... HOMMAGE À PAUL POIRET, par OLIVIER QUÉANT. --- IMAGES DE FRANCE LAISIR DE FRANCE OLIVIER QUÉANT. Directeur. --- SOMMAIRE Pages L'EFFORT DÉCORATIF ACTUEL: UN GRAND APPARTEMENT; LA CÉRAMIQUE DANS LA DÉCORATION, par ROGER BASCHET. LETRES SUR CÉZANNE. GRANDES FIGURES ET FIGURINES. LE CINEMA — LES LIVES — LE THÉÂRE --- TARIF DES ABONNEMENTS Fr. 18 A. France, Colonies françaises et Monaco . . . . . . Fr. 178 B. Étranger . . . . . . Fr. 300 Affranchissement demi-larif Fr. 390 Affranchissement plein larif Fr. 390 JUILLET 1944 Pages --- Droits réservés pour tous les articles de ce numéro (texte et gravures). Copyright by Images of France ©, 1944. Les maruscrits, insérés ou non, ne sont jamais rendus et ne pourront en aucun cas faire l'objet d'une réclamation.
LA MÉTAMORPHOSE D'UNE ÉGLISE L. Ferdinand des Ternes Tous les Parisiens connaissent, au moins de vue, l'église Saint-Ferdinand des Ternes, édifice dans l'ensemble assez quelconque portant bien la marque du temps qui le vit naître : cette seconde moitié du xixe siècle dont l'originalité, l'élégance, la légèreté ne furent pas les qualités maîtresses. Cœur spirituel d'un quartier très peuplé, ce sanctuaire s'avérait insuffisant ; et c'est pourquoi il va disparaître pour renaître de ses propres gravats sous une forme neuve et plus vaste. A l'exemple de Saint-Pierre de Chaillot, cette transformation aura pour caractéristique d'être effectuée par étapes, sans interruption du culte. Toutefois, dans le cas de Saint-Ferdinand, une curieuse particularité mérite d'être signalée : le grand axe de la nouvelle église sera incliné d'environ 20 degrés par rapport à celui de l'ancienne afin d'obtenir une meilleure utilisation du terrain et de créer notamment un transept qui faisait antérieurement défaut. Comme on peut s'en rendre compte par un coup d'œil jeté sur le plan que nous reproduisons, la vieille église était sensiblement orientée suivant la bissectrice d'un angle formé par la rue Saint-Ferdinand et la rue d'Armaillé. Cette disposition avait été adoptée avec l'intention de donner de l'air au portail, une vue directe sur la place Saint-Ferdinand et non sur une voie étroite. Désormais, l'église s'étendra parallèlement à la rue d'Armaillé, sans que l'on renonce pour cela au débouché direct sur la place. Le porche restera là où il est aujourd'hui, c'est-à-dire en pan coupé à l'intersection des deux rues ; mais, celui-ci ne se trouvant plus dans l'axe de l'église, il en résultera une rupture de perspective qui sera corrigée, prétend-on, par un système de tambours convenablement disposés à l'intérieur des portes. La substitution de l'église neuve à la vieille s'effectuera en trois étapes, dont deux sont, à l'heure actuelle, pratiquement terminées. La première tranche de travaux fut consacrée à Les photographies ci-dessus montrent: à gauche, ce qui reste de l'ancienne église avec l'amorce de la nouvelle façade ; à droite, l'église future d'après un dessin de l'architecte. IMAGES DE FRANCE
l'édification des nouvelles sacristies ainsi que des bureaux sur un pan de terrain resté inoccupé en bordure de la rue d'Armaillé. Le clergé paroissial disposant ainsi des locaux qui lui étaient nécessaires, on put aborder la seconde phase des opérations, qui prévoyait la destruction de l'an- cienne sacristie. L'autel fut transporté dans la nef, seule réservée désormais au culte et qu'un mur sépara du chœur. Celui-ci fut alors démoli; et sur son empla- cement on creusa une vaste crypte au-dessus de laquelle furent édifiés le nouveau chœur et son transept qui sont maintenant en service. La troisième étape verra la démolition et la reconstruc- tion de la nef et du clocher. Après quoi, il n'y aura plus qu'à abattre une cloison pour réunir les deux tronçons de l'édifice. Com- mencé en 1935-1936, ce travail considérable ne sera naturellement terminé que lorsque les événements le permettront. Construite principalement en béton et brique creuse de gros module, la nouvelle église de Saint-Ferdinand des Ternes est d'un style s'apparentant au romano- byzantin, ce qui n'est pas particulièrement original. Il est, en effet, regrettable que l'on n'ait pas profité de cette occasion pour chercher une voie plus neuve, tant les occasions sont rares de créer de grands ensembles modernes. L'intérieur cependant est d'une conception assez nouvelle ; les masses et les courbes en sont heureuses. De vastes coupoles éclairent largement le sanctuaire, trop largement même, car une lumière crue est peu propice au recueillement. La faute n'en est pas à l'archi- tecte, M. Durand, qui s'efforça d'en pallier les effets dans la mesure du possible par des vitraux en verre éclaté de Labourret, mais à la mode du jour, qui, depuis qu'est prônée la nudité des murs, exige toute la lumière... L'ornementation des parties terminées de l'église est signée de noms connus dans l'art décoratif actuel. La table de communion du maître-autel et les chapiteaux sont taillés dans la pierre par le sculpteur Muguet; tout ce qui est en fer forgé, qu'il s'agisse des torchères comme des grilles des autels secondaires, est l'œuvre de Poillerat. Les
Le maître-autel et la grande fresque de Dionisi. Flambeaux, porte-cierges et tabernacle de Poillerat. IMAGES DE FRANCE
fresques du chœur et d'un des bras du transept — l'autre n'est pas terminé — sont dues à Dionisi, Bouchaud, Bezombes ; celles de la coupole ont été peintes par Bouquet, les autres par MM. Delplanque, Sernas, Guy Loe et Tondi : huit jeunes décorateurs désignés par l'Etat. Cette mesure a pour premier avantage de donner leur chance à des «jeunes» et, ensuite, d'apporter une grande variété à la décoration de l'église par la confrontation de huit tempéraments artistiques différents. Elle a comme contrepartie de nuire à l'unité de style et d'inspiration qu'aurait souhaitée l'architecte. Aussi tous les efforts de M. Durand ont-ils tendu à maintenir une certaine harmonie d'ensemble, à éviter les dissonances et les éclats entre des «manières» susceptibles de s'opposer et à convaincre des artistes, dont les personnalités étaient parfois fort marquées, de la nécessité de se plier aux exigences d'une œuvre commune. Tâche d'autant plus lourde et délicate que Une des quatre grandes figures de la coupole peintes par Bouquet. l'architecte doit non seulement se conformer aux directives du curé de la paroisse pour le thème des compositions décoratives, mais concilier à tout propos les désirs des deux grands maîtres de l'heure : les Beaux-Arts et l'archevêché, l'un ne voyant en toute chose que le côté profane et l'autre que le côté religieux. Petit exercice de patience et de diplomatie qui semble avoir abouti à une façade banale. La partie qui se dresse déjà en bordure de la rue d'Armaillé a l'ordonnance et l'austérité d'un bâtiment de séminaire : c'est une sorte de pastiche qui, lorsque le temps l'aura patiné, sera sans âge et pratiquement sans style. Il ne faut point toutefois se presser de porter sur la nouvelle église de Saint-Ferdinand des Ternes un jugement trop hâtif : toutes les perspectives sont encore tronquées ; certaines parties ne sont pas terminées ; et il faut faire confiance à des hommes qui, en des années difficiles, se sont efforcés de mener à bien une œuvre aussi importante. MARCEL LASSEAUX. L'autel dédié à saint Joseph et la fresque de Tondi. Au premier plan, table de communion par Poillerat. Photographies «Images de France».
Expositions --- J.-F. LAGLENNE. Le tombeau de Jean Giraudoux (peinture). Une lectrice ou béroine s'est arrêtée près de la colonne qui évoque les œuvres de l'écrivain. Au fond, une ronde de fillettes, chœur ingenu d'Intermezzo. --- S > les Salons ne peuvent être maintenant organisés qu'à grand-peine (les décorateurs ont dû renoncer au dernier moment à leur manifestation annuelle), les petites salles continuent, par contre, d'accueillir les artistes qui, dans notre monde bouleversé, ont trouvé le moyen de s'isoler et de poursuivre un idéal. > > J.-F. Laglenne vient d'exposer à la galerie Bourdeix des natures mortes, des fleurs et des allégories qui sont des œuvres décoratives plutôt que des morceaux IMAGES DE FRANCE
--- LOUIS MONTAGNE. Vieille cuisine aux Angles. (Aquarelle.) --- de peinture : compositions nitelligentes qui, presque toujours, affirment une intention littéraire ou poétique, mais où le dessin et la matière sont en général sacrifiés à la recherche de la couleur et de l’arabesque. Louis Montagné, après avoir parcouru pendant des années les routes de Provence et s’être attaché à peindre des paysages à grand spectacle, a dû réduire son champ d’action et planter son chevalet aux environs immédiats de son village. Son art n’y a pas perdu et son exposition, à la galerie de l’Art français, nous a montré que sans quitter son logis campagnard des Angles il avait trouvé dans le simple décor de sa cuisine ou de son four à pain des émotions qui l’amènèrent à assouplir encore sa technique de l’aquarelle. Alexandre Kasskoff, surtout connu pour ses cartons de tapisseries et dont le nom fut si souvent associé à celui de Leleu, vient d’inaugurer la petite galerie Etienne-Chambault en exposant des aquarelles et des dessins qui révèlent une face nouvelle de son talent. Il faut signaler aussi des ensembles de M. X. Roussel, de Deluol, de Jouve. R. B. --- IMAGES DE FRANCE
hommage à PAUL POIRET PAUL POIRET, prodigieux artificier du rayonnement de Paris, est mort obscurément. De toutes les fusées qu'il lança dans notre ciel et qui éblouirent vingt capitales, il ne restait plus ces dernières années qu'une pauvre flamme vacillante : survivance de l'homme qui, ayant jadis habillé les cours d'Europe, se drapait d'un dernier geste dans un dernier pan de splendeur. Peu s'en fallut que sa fin ne passât inaperçue dans cette ville dont il avait fait naguère un Camp du drap d'or... Il y avait quelque chose d'extraordinaire dans cet homme, tour à tour grand seigneur et fantaisiste effronté, despotique et charmeur, apôtre du goût et amateur d'esbroufe, dont la vie eut ses alternances de grandeur et de misère, de dérèglements et de génie. Il y avait en lui l'insouciance du poète avec, en plus, le faste de l'Oriental, la munificence du nabab. L'argent ne lui servit jamais qu'à assouvir sa soif de rêve : il glissait entre ses doigts comme un sable doré dont naissaient des étoiles. Sa curiosité avide s'intéressait à tout. Mécène, il flaira les talents et révéla des artistes ; impresario, il organisa des spectacles dignes des Mille et une Nuits et présenta à l'Exposition de 1925 les trois péniches : Amours, Délices et Orgues ; écrivain, il fut l'auteur des livres : En habillant l'époque, Art et Phynance, etc. ; comédien, il joua la Vagabonde avec Colette ; diseur, il récitait de façon adorable les fables de La Fontaine ; conférencier, il étonna l'Amérique ; peintre, il fit dernièrement à Paris une exposition de ses œuvres ; excellent père de famille, il adora ses cinq enfants... Sa carrière est une course étonnante dont les obstacles sont les livres de comptes. Enfant, Paul Poiret dessine déjà des robes. A dix-huit ans, il entre comme modelliste chez Doucel, qui fut son maître spirituel dans l'art de la mode ; il dessine ensuite pour Worth et crée bientôt sa première maison de couture rue Aubert, où Paris, surpris, voit un jour un étalage fait de feuilles mortes sur des tissus. Novateur il est, novateur il reste, jusqu'au bout. Son esprit original a toutes les audaces, se permet toutes les excentricités. Magicien des couleurs, il ose des assortiments jamais encore tentés, tel celui du rouge avec le violet. Il lance une mode nouvelle, délivre la femme du corset, révolutionne l'art des étoffes, ouvre à des peintres le temple de l'industrie lyonnaise. Sacré, à trente ans, grand couturier, il s'installe en 1908 rue Pasquier, puis dans un hôtel du Faubourg-Saint-Honoré, où il donne des fêtes somptueuses. Il loue, en 1912, à Vaucresson le pavillon du Butard et y fait jouer de la musique ancienne. Le style persan lui inspire une féerie et aussi l'amusante idée de la jupe-culotte, qui fit école comme tant d'autres de ses trouvailles. Sa verve a les renouvellements incessants des marées. Le premier, il associe la création des parfums à celle de la mode et donne à cette branche de son activité le prénom d'une de ses filles, Rosine : tous les autres couturiers devaient, un à un, l'imiter. Le prénom d'une autre fille, Martine, devient la marque d'un atelier de décoration et le titre d'une école de dessin. Le premier — encore — il pense à éclairer avec des projecteurs disséminés dans des massifs de verdure la façade de sa maison du rond-point des Champs-Elysées, où il emmène ses amis, un soir, après avoir fait « brûler » par Ruggieri son hôtel du Faubourg-Saint-Honoré. Les comptes, toujours les comptes ! Mesquinerie des bilans ! Poiret bute, trébuche, se relève, s'en-fonce et reparait un jour, place de l'Etoile : il appelle alors sa maison : « Passy 10-17 ». Nouvelle éclipse... de soleil. Il échoue dans un grand magasin qui lui offre un pont d'or. Le pont brûle : l'or fond. Il émigre sur la Côte d'Azur, habite Saint-Tropez. La guerre passe. Poiret poursuit son rêve : pas pour lui, pour son art, pour son pays. Il écrit au Maréchal. Il propose — en 1941 — la création d'un Conservatoire du luxe et de la mode. Ses projets sont prêts. Son plan est mûr. Il l'a tracé de la main gauche, car la droite est paralysée. Un mal implacable le terrasse. Il meurt, en avril 1944, presque seul : ses amis sont arrivés trop tard. Son cortège aurait dû être suivi par toutes les ouvrières de la couture, par tous les mannequins de Paris. Les événements n'excusent pas l'ingratitude... Un pays a besoin d'hommes aux vues larges : il s'en trouvera toujours assez d'autres pour brider leurs élans. On ne construit rien de grand dans la parcimonie. Bien avant l'autre guerre, des industriels d'outre-Atlantique avaient offert à Poiret 20 millions de sa maison de couture et 400.000 francs d'appointements annuels : il refusa, jugeant ces chiffres insuffisants. Plus tard, rencontrant une de ses sœurs, il lui avoua qu'il n'avait plus que 2 francs dans sa poche ; elle lui prêta 1.000 francs. Poiret l'invita alors à déjeuner. On était alors en décembre. Il commanda des asperges et des pêches, et comme sa sœur s'élevait contre ce dispendieux caprice il répondit : « Puisque j'ai de l'argent !... » Il faut de tout pour faire un monde. Il faudrait, demain, à l'élégance française au moins un Paul Poiret. OLIVIER QUÉANT. --- Georges Lepape Un des dessins illustrant l'album les Choses de Paul Poiret vues par Georges Lepape, édité en 1910. --- IMAGES DE FRANCE
LA CERAMIQUE dans la décoration DANS l'appauvrissement général que soulignent aux devantures les tristes mentions de « factice » ou « sans tickets » subsistent heureusement quelques îlots où est entretenue la qualité. Des hommes courageux ont résisté à la tentation de l'« à peu près »; et le décorateur Jacques Adnet est du nombre. Depuis trois ans, en dépit d'obstacles matériels continuellement renouvelés, il a suivi, sans jamais s'en écarter, le programme qu'il s'était tracé et dont ses expositions ont marqué les étapes. Son but est, on le sait, de renouveler la décoration intérieure en y intéressant des artistes qui n'avaient jusqu'alors jamais travaillé qu'isolément. Après s'être successivement assuré le concours de peintres, de sculpteurs, de ferronniers, d'émailleurs, il vient de faire appel à Vendanges. Bas-relief en céramique de Yencesse. Cheminée monumentale de P. Pouchol. Table basse de Poillerat avec plateau en carreaux de céramique.
Meuble-bibliothèque en chêne blanchi de J. Adnet. Colonnettes en céramique de Savin. des céramistes : non point des grands maîtres dont le talent rayonne déjà, mais des jeunes qui n'avaient jamais eu l'occasion ou la possibilité de mesurer leur force. A Pouchol, qui s'était borné à créer des petits objets, il donna les moyens d'exécuter une vaste cheminée de campagne dont le dessin et la matière sont de grande classe. A Marianne Clouzot, qui n'avait jusqu'alors tenu que le pinceau, il octroya de la terre et des émaux dont elle fit des vierges charmantes. A tous il offrit des débouchés nouveaux et enseigna le travail en équipe pour un ouvrage commun sous la direction d'un maître d'œuvre : excellente préparation pour l'après-guerre. Après un an d'efforts, Adnet a pu constituer un ensemble d'une rare qualité où ses propres meubles sont faits en collaboration avec Georges Jouve, Savin, Jacques Lenoble, Pouchol et où figurent des poteries du poète Lanza del Vasto, du sculpteur Yencesse, de l'architecte Moreux. Appliques, fontaines, tables, bahuts, cheminées, entourages de portes sont signés de céramistes auxquels vient d'être ouverte une voie nouvelle. Louons Jacques Adnet d'avoir fait œuvre d'animateur et de savoir entretenir la flamme d'un enthousiasme aujourd'hui précieux. ROGER BASCHET. Photographies I. de F. Fontaine murale en céramique de R. Conturier. Lustre de G. Poillerat. Rideaux de Paule Marrot.

Ce numéro de la revue "Plaisir de France" présente des critiques de films français tels que "Service de Nuit" et "La Vie de Plaisir". Il détaille également la transformation architecturale de l'église Saint-Ferdinand des Ternes, en décrivant les étapes des travaux et les artistes impliqués dans sa décoration. Enfin, il rend compte des expositions artistiques et des représentations théâtrales de l'époque, notamment une adaptation d'"Antigone" et une nouvelle production d'"Andromaque".