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IMAGES de FRANCE LA REVUE DES MÉTIERS D'ART MARS 1944 LE NUMÉRO : 17 Frs 13, RUE S'GEORGES, PARIS

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LE CINEMA COMÉDIE DRAMATIQUE (A): VAUTRIN, film français. — Cadre: Quelques saisons de la haute société au xixv siècle. Sujet: Aventures du forçat Vautrin, devenu personnalité parisienne après une dramatique évasion. Mise en scène: Pierre Billon; habile, sans être très puissante. Interprétation: Michel Simon, Madeleine Soligne, Jean-Marcial jouent dans les nôtres personnels et justes les rôles principaux; bien encadrés et soutenus par Jacques Varennes, Michèle Lahaye, Seigner, etc. Note: Bon film, adroitement construit sur un scénario de Pierre Benoit. Le roman fleure de Balzac est évidemment réduit à quelques épisodes, mais qui se tiennent. Décors et costumes somptueux. FRERIE ET COULEURS B: LES AVENTURES DU BARON MUNCHEBAUSEN, film allemand doublé. — Cadre: Divers coûts de l'Europe au xxviie siècle. Sujet: Mise en images des gasconades fameuses du baron de Crac. Mise en scène: J. von Baky; trop de sagesse, et que l'application là où il aurait dûl un dynamisme de tous les pays. Interprétation: Henri Albers, Brigitte Horney, Ilse Werner, Ferdinand Marian, etc. Note: Spectacle agréable par le faste des décors et des costumes aussi bien que par la qualité de l'interprétation. Peu de progrès du côté de la couleur, dont les tons restent pâles et souvent incertains. Très bon doubleage. DE TAPE ET D'ÉLÉVÉ B: LE BRIGAND GEN-TILLOGONE, film français. — Cadre: Une Espagne du xviie siècle, figurée par le château des pages en Avignon et autres lieux. Sujet: L'honneur et la vie d'un gentilhomme sauvés par le sacrifice d'une femme, les larmes d'une mère, la magnificat d'un grand roi, etc. Mise en scène: Gonzal; le cher Domme L. Interprétation: Jean Weber, Robert Favart, Katia Love, Michèle Lahaye, etc. Note: Attendrissante restitution de ce que fut le « mélo » aux beaux jours du Boulevard du Crime. Les passages les plus dramatiques obtiennent un succès d'hilarité de bon aloi. LE CIEL EST A VOUS, film français [B]. — Il était une fois un couple de comparaisons, quelque part dans une petite ville; lui, occupe uniquement de ses « chignoles »; elle, de ses miches. Tont ceci tout bonnement, sans chercher midi à quatorze heures, et parce que c'est ça la vie. Un jour, l'appel de l'air se fait sentir dans le garage. C'est à qui autoriseront tout, désormais, à ce hebain supérieurs - voir? L'abolissement est l'acquisition d'un petit avion de sport avec lequel la femme battra le record distance au nom de « la raison ». Un beau sujet, net, fort et franc, comme on en souhaiterait beaucoup à la place de tant de pauvretés prêteuses. Certes, on peut épiloguer sur le droit qu'une mère peut avoir de jouer sa vie au regard des enfants qu'elle laisse derrière elle, surtout quand rien ne l'oblige à le faire. La question est délicate... Entrefois, le seul raisonnement du risque est son conditionaire: l'acceptation des consommateurs possibles d'un échec, soit à la base de tout esprit d'entreprise, sans lequel il n'y a que stagnation, médicorité et mort tente. Vanell et Madeleine Renaud interprètent le couple volant avec autant de simplicité que de justesse et de puissance. C'est très bien. Debucourt, Reynond, Corne et la jeune Marie Labaye donnent également tout leur accent à leurs personnages. La mise en scène de Grémillon est extrêmement soignée, tout en restant très simple et exempte d'effets mélodramatiques. L'observation est augée, l'ironie, tranchaille et posée. Par contre, le style est trop chargé en détails et incidents - d'intérêt perdu secondaire - qui alourdissent et racontent ensuite l'action pendant les deux premiers tiers. Malgré ces réserves, ce film est une réussite, surtout si l'on tient compte d'une époque ou tout ce qui touche à l'aviation est un problème! MARCEL LASSEAUX. VALDEVILLE B: UN CHAPEAU DE PAILLE D'ITALIE, film français. — Cadre: Une ville et une campagne d'impartie où. Sujet: Recherche éperdus d'un chapeau dont la perte compromet une femme. Mise en scène: Cammage: ne recèle devant aucun sacrifice pour nous faire rire; nous montre les deuts de Fernandel vues avec une loupe de fort aussitôt. Interprétation: Fernandel, Joseline Gail, Tramel, Andres, Denny, Jacqueline Laurent, Delmont, Charpin... Note: Deux spécimens de l'esprit du film: « La Modiste » (à Fernandel). Une paille comment, Monsieur? - Fernandel. Pas une paille de fer, bien sûr! - La Barrea toujours à Fernandel, je vous aimez les petits pieds. - Fernandel. Oui, surtout pané... COMÉDIE B: LES FEMMES NE SONT PAS DES ANGES, film allemand doublé. — Cadre: Un papelier, puis un studio de cinéma. Sujet: Piquée de voir un metteur en scène connu ne prêter aucune attention — comme il se doit! — à un scénario qu'elle lui a soumis, une jeune femme « interprète » faire jouer l'aventure au maternel. Mise en scène: Willi Forest, Istee appuyée. Interprétation: Marthe Harel, von Ambesser, Romanowsky, Hedwig Bleibtreu, etc. Note: Idée neuve, originaire et amusante traitée mollement. L'action piétine longuement, malgré le « clou » vraiment bien trouvé d'un faux mariage au studio. COMÉDIE DRAMATIQUE (B): LA VALSE BLANCHE, film français. — Cadre: Hôpital particulier, pour la montagne invernaie. Sujet: Amours d'un musicien et d'une étudiante en médecine savamment retardées et d'une divers malentendus et incidents. Mise en scène: Stell. Interprétation: Berthaud, Lise Delamare, Ariane Borg, Alerme, Claridon, etc. Note: Une petite chose semblable et inclore, malgré des aspirations bien présomptueuses à un meilleur état. Abréviations: (A) Adultes seulement. — (B) Toutes personnes. --- LES Monsieur Guy Mazeline vient de publier un petit roman, la Femme donnée en gage (Robert Laffont, édit.), qui, pour ne pas montrer l'ambition de son grand roman du Jebour, n'en constitue pas moins une aimable réussite dans un genre mineur et fait penser à ces œuvres où se délèssent les compositeurs de symphonies entre deux travaux de longue haleine. La trame est grêle et semblerait devoir porter une nouvelle plutôt qu'un roman. Un jeune peintre, Denis, se trouve à Marseille après l'armistice de 1940. Il a fait la guerre, il vient de rejoindre sa femme Camille, et le couple est au bout de ses ressources. Denis ne peut souffrir que Camille travaille et se résout à demander l'hospitalité de sa tante-Christine, à Aix. Celle-ci, fort riche et autoritaire, voit que son neveu vécut auprès d'elle et s'efforce de le détacher de son art, au point que Camille vient à douter de son mari. Mais tout cette comédie, jouée pendant des mois auprès de sa tante, Denis ne s'y était astreinte que par amour pour sa femme, et l'histoire finit bien. Sur ce fragile canaves, M. Guy Mazeline a brodé de subtiles variations où un psychologue averti, doublé d'un excellent écrivain, donne la mesure de son clair talent. Mme Sonia Bouissou, édit., débute dans la littérature par un massif roman de plus de 450 pages compactes, intitulé Plain-Chant (Guy Le Prat, édit.). C'est d'un beau courage, et l'on peut admirer qu'une si jeune femme marque d'entrée un tempérament si viril. Son livre, en effet, ne conte rien de moins que l'histoire d'une famille française entre 1894 et 1940. Il couvre donc plusieurs générations, et maints chapitres sont d'une heureuse venue qui fait bien augurer de l'avenir de cette romancière dès son premier pas. En fait, Plain-Chant oppose la destinée d'une mère à celle de son fils, tous deux écrits d'absolu et tournés vers une conception différente de la vie. Je ne dis pas que Mme Bouissou ne se soit pas parfois un peu perdue dans sa trop abondante matière, qui eût gagné à un peu plus élégante. Je crois aussi qu'elle aurait eu intérêt à varier un peu son angle de prise de vues; son livre est composé d'une succession de tableaux dans lesquels elle emploie représentation le présent narratif : d'où une certaine monotonie. Mais il faut rendre hommage à une ambition qui n'est pas inférieure à ses dons. Reste à Mme Sonia Bouissou de savoir discipliner une manière un peu torrentueuse. Elle est évidemment faite pour conter des histoires: c'est beaucoup. Le Malade vous parle (Editions Denoël), de Mme Louise Hervieu, est un livre noir et souvent atroce. La romancière de Sang, durement éprouvée par la maladie, a vu autour d'elle d'autres malades, dont elle a recueilli les confidences. Le récit qu'elle en fait constitue un véritable brievière de la douleur, qu'on ne peut lire sans être profondément remis. Des chapitres comme « la Mort se farde » ou « un Ménage d'hospice », entre autres, atteignent, sans aucune littérature, au sommet du pathétique. Et cependant Mme Louise Hervieu refuse de s'abandonner au désespoir et écrit noblement : « Celui-là est passé comme un étranger parmi les êtres et les choses qui s'en va de ce monde sans avoir connu et désiré la souffrance, sans avoir cédé à l'amour. » Haute et sereine leçon, permise aux seules grandes âmes. Un jeune éditeur du Puy-en-Velay offre aux amateurs les deux premiers volumes d'une collection à tirage limité: la Maison-Dieu, de Louis Pourrat, et Insonnie, de Marc Bernard (Editions de l'Epervier), dont la qualité, à la fois par le texte et la présentation, témoigne que la décentralisation n'est pas un vain mot. Henri Pourrat, dans une langue vigoureuse et fruitée, retrace en 125 pages ornées de belles gravures sur bois de Ph, Kaepelin (l'histoire de la célèbre abbaye de La Chaise-Roch, Marc Bernard enregistre les diverses étapes d'un cauchemar éveillé, qui rend souvent le bernard des Chants de Malderor, et dont l'illustrateur, Georges Toutel, a visuellement exprimé la sombre poésie. Sous le titre de Passages (Arrault et C°), M. Sylvain Knecht présente 32 images photographiques de « la Belle Touraine ». Tours vu de l'île Simon, la Loire à Sainte-Radegonde, à Langeais, à Rochecarbon, un écroulement d'églanterns, de roses pompon ou d'arbres en fleurs, telles sont ces images, avec d'autres, qui font de l'albun où elles sont réunies sous le parrainage de M. Charles Gay au plaisir des yeux. YVES GANDOUD --- REVUE MENSUELLE 13, rue Saint-Georges, Paris (9e) Tél.: Tru. 82-54. Ch. post.: Paris 178-705. R.C. Paris 261-518 (Seine). Bureau de Lyon: 87, cours Gambetta. Tél.: Monancy 52-09. Ch. post.: Lyon 984-22. N° 106 — 11ème ANNÉE --- IMAGES DE FRANCE PLAISIR DE FRANCE OLIVIER QUÉANT, Directeur. ROGER BASCHET, Rédacteur en Chef. --- SOMMAIRE Pages --- LE 60<sup>e</sup> SALON DES FEMMES PEINTRES ... --- UNE VILLA À MONTMORENCY, par OLIVIER QUÉANT ... --- L'HOMME DE QUALITÉ, par OLIVIER QUÉANT ... --- DELULIO TRAVAILLE, par PIERRE NOIRAYE... --- Pages --- MOZART A PARIS. --- DESSINS ANIMÉS, par MARCEL LASSEAUX ... --- DANS LA SALLE DU CONSERVATOIRE ... --- LE CINEMA — LES LIVRES — LE THÉÂTRE --- TARIF DES ABONNEMENTS A. France, Colonies françaises et Monaco . . . . . . . . . . Fr. 178 B. Étranger . . . . . . . . . . Fr. 300 Affranchissement demi-tarif Fr. 390 --- MARS 1944 Droits réservés pour tous les articles de ce numéro (texte et gravures). Copyright by Images de France, 1944. Les manuscrits, insérés ou non, ne sont jamais rendus et ne pourront en aucun cas faire l'objet d'une réclamation.

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--- Coll. O. Petrides. --- MARIE CASSATT. Portrait d'enfant (pastel) --- Le 60ème Salon des femmes peintres Les femmes peintres et sculpteurs ont compris que leur Salon, pour passer le cap de la soixantaine, avait besoin d'être régénéré. L'âge et les habitudes rendaient l'intervention urgente : c'était une question de vie ou de mort.... Elles firent donc un effort qui se manifesta, cette année, par plus de tenue et de fermeté. Bien des toiles eussent mérité d'être citées, comme les scènes indochinoises de Mme Boullard-Devé, le Paysage de neige de Mme Barcy ou les naïves compositions de Marianne Clouzot. Une des grandes salles du palais de Tokio, où étaient exposées quelques œuvres rétrospectives de Berthe Morisor, Suzanne Valadon, Marie Cassatt, avait été réservée à des invitées de marque, parmi lesquelles figuraient Louise Hervieu, Marie Laurencin, Madeleine Luka, Pauline Peugniez, Melsonn, Jouclard, Eliane de la Villeleon, organisatrice de la section : un sang nouveau bien fait pour revivifier le Salon... R. B.

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UNE VILLA A Le jardin à la française à l'orée des bois. Chambre formant boudoir L’INTERDICTION d’entreprendre des constructions nouvelles ou même des travaux importants force les architectes à se contenter des simples remaniements que, non sans dédain, les créateurs appelaient avant la guerre des « arrangements ». Aujourd’hui on ne rougit plus de récupérer de vieux matériaux dont on tirera, avec habileté, des effets imprévus : la maison démodée redeviendra pimpante comme un chapeau suranné entre les mains d’une modiste experte. Ainsi a fait Jean Pascaud à Montmorency. La villa de M. et MmeX... accusait toutes les caractéristiques du style 1900 ; il en rabota les murs

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MONTMORENCY extérieurs, perça de larges fenêtres dans les façades aveugles qui méconnaissaient à la fois la vue et le soleil, construisit une terrasse avec les pierres de démolition. Il déplaça les cloisons intérieures, organisa le confort et créa un ensemble homogène qui tient à la fois de l'hôtel particulier, destiné à être habité toute l'année, et de la maison de campagne adaptée à son cadre de verdure ; le tout très simple, sans éclats de luxe déplacé, et garni de meubles en chêne, de rideaux à fleurs. Le jardin, remanié par les soins de l'architecte paysagiste Maurice Villette fut dessiné en tenant compte des arbres existants et du décor des bois. Photographies « I. de F. »

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L'HOMME DE QUALITÉ O N parle beaucoup de la qualité : elle doit être la marque de toutes les créations de nos ateliers. Mais on n'entend guère exprimer ce vœu à l'égard des hommes, comme s'il n'était pas aussi pertinent pour les gens que pour les choses. Que reproche donc en effet à ce « Fils de personne » le père que M. de Montherlant anime devant nous ? Précisément de n'être pas « de qualité », d'avoir en lui le germe d'un « Français moyen » : affreuse formule qu'il nous faut effacer pour élever notre regard vers des Français plus grands. Nous rejetterons tout de suite le comportement de cet homme envers un enfant âgé seulement de quatorze ans : l'excessive dureté, en matière d'éducation, est aussi déplorable que la faiblesse ; le despotisme et la démagogie, qui s'opposent dans leurs principes, se rejoignent dans leurs effets. La réaction est une force de la nature, la plus malaisée à réprimer. Il n'est pas de pires dévoyés que les fils de pères inflexibles ni de plus cyniques libertins que certains anciens élèves de trop rigides institutions. Nous reconnaîtrons avec M. de Montherlant que beaucoup d'enfants ne sont pas éduqués ; on s'occupe trop d'eux ou pas assez : animaux savants enrubannés ou chiens errants sans collier. C'est que l'éducation ne devrait pas, à notre avis, être réservée aux parents ; il faudrait que, conjointement, elle incombât aux maîtres, qui se contentent le plus souvent de donner à nos fils une instruction compartimentée. Au lieu de gaver des cerveaux, il importe de forger des caractères. Au lieu de faire des bacheliers, il s'agit de former des hommes. La spécialisation viendra plus tard ; il est toujours temps de s'atrophier. On apprend aux enfants trop de choses qu'ils oublient vite. On oublie de leur apprendre ce dont ils ont besoin pour la vie. La culture véritablement humaine, l'initiation artistique sont aussi négligées que le développement de la valeur spirituelle et morale. L'homme de qualité est harmonieux, équilibré. Sans être universel, il goûte la poésie, la littérature et les arts de son pays et des autres. Sans être encyclopédique, il connaît l'œuvre de Beethoven, de Shakespeare, de Goya et de Rodin. Sans être omniscient, il n'est pas borné. Il a le sens de l'honneur et du courage; le culte de l'effort et de la volonté. Il a une conscience, inaliénable, qui lui dicte, en toutes circonstances, ses actes, ses paroles et ses écrits. Il a de l'élegance dans ses manières, de la distinction dans ses gestes. Il a du charme, viril : le charme de la force. Le personnage de Montherlant fait l'apologie du mépris, jette l'anathème sur l'indulgence, ne s'estime pas satisfait d'avoir un enfant « gentil » et qui « a de bonnes notes en classe » ; il stigmatise les journaux qui font une publicité tapageuse à des gens sans classe ni mérite... Pour d'aucuns, ses sentences cinglent comme un fouet. Pour nous, elles claquent au vent comme un drapeau : le drapeau de l'homme de qualité. La brutalité avec laquelle l'écrivain exprime ses idées maîtresses ne nous déplaît point quand elle s'adresse à des hommes. Elle a le mérite de réagir contre la plus fâcheuse tendance à laquelle un individu ou une collectivité puisse céder : la facilité. Facilité et médiocrité sont les deux flasques mamelles de la foule ; pas seulement de la foule populaire, mais aussi, hélas ! d'une part de la bourgeoisie où le matérialisme sévit et qui se laisse déchoir de son rôle d'élite. Car la véritable élite n'est pas celle de l'argent, mais bien celle de l'esprit et du cœur. La facilité? Elle fut dans certaine presse qui abaissa le niveau intellectuel de ses lecteurs ; elle fut et elle reste dans certains spectacles, dans certaines émissions radiophoniques qui assouvissent les appetits les plus vulgaires du public ; elle est non seulement dans des bars élégants, mais aussi dans des salons où ces dames parlent gâteaux tandis que ces messieurs discutent bénéfices et sécurité ; elle est dans le relâchement du langage et l'oubli de la valeur des mots , elle est dans la rue, dans le Métro, au bureau de poste, au vestiaire du théâtre, où le débrouillard exhibe son indiscipline et se targue de son incorrection. Mais il ne suffit pas de constater. Ne disons plus : « Puisque les autres le font, je peux bien le faire aussi. » Rétablissons l'exemple dans le bon sens en observant les inscriptions : « Haut », « Bas ». Il sied d'inculquer aux jeunes hommes les notions de l'idéal et de la virilité. Conseillons-leur la lecture des romans de chevalerie, des livres de Barrés et de La Varende. L'histoire et la langue de notre pays sont assez riches pour que nous n'ayons nul besoin de puiser au dehors des leçons ou d'y emprunter certains vocables. L'homme de qualité sera, lui, le fils de quelqu'un : l'héritier d'un preux ou d'un gentilhomme de chez nous. --- OLIVIER QUÉANT --- IMAGES DE FRANCE

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TAILLE DIRECTE DELUOL TRAVAILLE AUX confins de l'Ile-de-France, en bordure de la Beauce, dans un vallon tranquille et vert — la gare la plus proche est à 5 kilomètres et le car ne passe plus — dort un hameau d'une vingtaine d'habitations paysannes : vingt toits de tuile, autant de simples façades... L'une d'elles cependant s'orne d'une niche qu'habite une statue moderne, souple et puissante à la fois : c'est la maison de Deluol, « un monsieur sculpteur », comme m'a dit le paysan qui me l'a indiquée. Deluol : un des plus jeunes représentants de l'art actuel, et peut-être un des meilleurs, parce que en dehors de toute école ; un indépendant et, si l'on n'avait quelque peu abusé du terme, je dirais : un autodidacte. Originaire de Valence, il gagna tout jeune Paris pour y étudier la peinture et entra à l'Ecole des beaux-arts ; mais l'enseignement académique ne convenait guère à son caractère... Ce débutant voulait d'emblée s'attaquer aux grands problèmes de son art ; la question du relief, en particulier, le tracassait ; et pour la résoudre il voulut, dès qu'il sut tenir un pinceau, essayer quelques recettes personnelles ; élèves et professeurs vinrent alors voir sur son chevalet comment on pouvait devenir victime de la troisième dimension ! Ce fut un tollé général, mais ce fut aussi pour Deluol l'occasion de comprendre qu'il n'avait peut-être pas « pris la bonne voie ». Il fit alors l'achat d'outils de sculpteur et, bravement, se mit à tailler la pierre. Tels nos imagiers du moyen âge, qui auraient été bien surpris d'entendre parler de modelage, il n'eut pas un instant l'idée de travailler d'abord le plâtre ou la glaise... « Tout ce que je connaissais de beau dans les musées — me dit-il — tout ce que je voyais sur les façades des monuments, aux porches des cathédrales, tout ce qui avait bravé les siècles et la critique de l'homme n'était que le produit de la taille directe. En Grèce, c'est Phidias qui donna le signal de la décadence en abandonnant ce procédé ; et s'il s'en tira avec honneur, c'est parce qu'il avait commencé par là alors que ses disciples et successeurs tombèrent --- IMAGES DE FRANCE

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Le grenier, qui sert de salon et de chambre d'apparat. La cheminée, utilisée comme fruitier. vite dans le naturalisme... L'art suprême n'est pas de copier la nature. » Un phénomène inverse se produisit dans la Rome païenne du début de l'ère chrétienne : les sculpteurs, bien qu'en possession d'une tech- nique éblouissante, piétinaient pendant que dans les catacombes des hommes simples, dépourvus de toute culture artistique, se mettaient à tailler la pierre pour faire de leurs propres mains cette IMAGES DE FRANCE

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croix qui dominerait leur autel, ce poisson qui l'ornerait... Ils osèrent s'attaquer à la matière, et ce fut la naissance de l'art chrétien, avec toutes les cathédrales en puissance dans leur ciseau. Seule la taille directe permet de vaincre la difficulté que rencontre l'esprit lorsqu'il s'agit de tracer sa pensée dans le solide. » Et Deluol conclut: « Si nous voulons connaître une renaissance de l'art, je dirai qu'il faut rejeter toute la technique actuelle et suivre l'exemple de nos ancêtres. » Pierre ou bois, il n'a pas de préférence. Les transports de matériaux s'avérant à peu près impossibles, il se contente des ressources locales... Un jour il rapportait, triomphant, une vieille pierre tombale abandonnée en bordure du cimetière ; quelques semaines auparavant il exposait chez son ami Adnet deux statues qui avaient pris naissance dans une bordure de trottoir en granit. Mais, évidemment, il préfère le marbre. Il a quitté son atelier de Paris pour une maison de paysan achetée peu de temps avant la guerre. Sans rien lui enlever de son caractère rustique il l'a « appropriée » à ses besoins. Un appentis lui sert d'atelier ; mais sept mois sur douze il travaille en plein air (c'est un des avantages de la taille directe) et laisse la dernière couvée, mi-poules mi-canards, occuper seule l'atelier. Et ce n'est pas un des moindres attraits de cette demeure que de côtoyer tant de de bêtes que l'on a peu l'habitude de voir aussi familières... et qui ne respectent pas toujours les sculptures répandues partout au hasard de la fantaisie de l'artiste ; et n'est-ce pas au contact de toute cette vie que l'œuvre de Deluol doit d'être si humaine? L'amour de la vie, il se manifeste en effet dans sa maison comme en son œuvre : le grenier lui sert de salon, de chambre d'apparat et de fruitier ; en fait, c'est la pièce d'un pirate ! Ici sont accrochés les souvenirs de voyages, là les reliques du passé ; les oripeaux du rêve voisinent, sans aucune gêne, avec les instruments de la réalité. Nul snobisme dans cet assemblage, mais la marque d'un esprit curieux et avide de nouveauté. Sa sculpture n'est-elle pas d'ailleurs une expression de mouvement? Mais de l'homme et de son œuvre on a déjà beaucoup parlé. Les uns ont pensé « Renaissance », d'autres ont cité Carpeaux ! Disons simplement que c'est un bel artiste qui travaille en accord avec le ciel de l'Ile-de-France ! PIERRE NOIRAYE. Photographies Jahan Deluol ne cesse d'orner sa maison de motifs qu'il taille sur place.

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--- Âgé de sept ans, Mozart joue du clasecin chez le prince de Conti. Tableau d'Ollivier. — Phot. Giraudon. --- Mozart à Paris C’est un fait regrettable contre lequel certains initiés faisant figure d’apôtres ont courageusement entrepris de réagir : notre pays, qui est sans doute dans le monde celui qui a apporté depuis un demi-siècle la plus riche contribution à la musique et qui compte actuellement le plus de grands compositeurs vivants, est aussi celui où l’éducation musicale est le moins développée. Il nous souvient que dans notre enfance le maître de solfège ne trouvait guère pour se promener avec lui dans la cour du collège, à l’heure de la récréation, que le professeur de gymnastique, parfois l’aumônier : les autres frayaient peu avec lui. Simple indication, lourde de sens ! La culture musicale reste chez nous l’apanage d’une élite, allant de la vocation bon teint au snobisme chatoyant en passant par toutes les nuances de la sincérité. L’immense majorité de notre peuple, qu’il s’agisse de la timide pensionnaire ou du peintre en bâtiment, du savant polytechnicien ou du troupier en marche, reste à instruire dans ce domaine. Tous les livres sur la musique et sur les musiciens dont la lecture favorisera cette initiation méritent donc d’être signalés et diffusés. La biographie de Mozart, par Arthur Schurig, récemment parue chez Correa, n’est pas, à vrai dire, un nouveau livre, mais bien une adaptation, réalisée par J.-G. Prod’homme, de la seconde édition d’un ouvrage publié en 1923. Riche en documents peu ou pas connus, cette étude éclaire çà et là le lecteur français sinon sur l’œuvre, qui n’est que superficiellement traitée, du moins sur la vie privée et sur les voyages du compositeur. Tel ce rayon de soleil qui, guidé par un vitrail, jette une lumière poudreuse dans le coin d’un temple et révèle soudain ce qu’une ombre auguste dissimulait habituellement au regard. Le premier séjour que Mozart fit à Paris en 1765 est entré dans la légende, aidé en cela jadis par l’image, hier par le film. Schurig n’est pas le premier à railler doucement ce « barnum » de père, Léopold Mozart, maître de chapelle avide de profits, qui décida un beau jour d’exhiber dans les villes d’Europe, comme des phénomènes, ses deux enfants prodiges : Nannerl, âgée de onze ans, et son frère Wolfgang, qui allait en avoir sept. Grimm, dont les relations se paraient de grands esprits tels que Diderot, Rousseau, d’Alembert et qui se fit l’impresario diligent du petit musicien au bel habit lilas bordé de galons d’or, écrivait dans sa Correspondance : > … « C’est peu pour cet enfant d’exécuter avec la plus grande précision les morceaux les plus difficiles avec des mains qui peuvent à peine atteindre la sixte ; ce qui est incroyable, c’est de le voir jouer de tête pendant une heure de suite et, là, s’abandonner à l’inspiration de son génie et à une foule d’idées ravissantes qu’il sait encore faire succéder les unes aux autres avec goût et sans confusion »… Si Mozart le père put savourer l’orgueilleuse satisfaction de « faire exécuter de la musique par ses enfants en présence de la famille royale » à Versailles en 1764, celle aussi d’être présenté à Mme de Pompadour, il ne réussit pas, par contre, à approcher le « célèbre Voltaire » lors --- IMAGES DE FRANCE

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d'une tournée que la troupe fit en Suisse deux ans plus tard. De son château de Ferney, situé à deux lieues de Genève, le philosophe exprimait ses regrets à Mme d'Epinay, qui lui avait recommandé Mozart : « ... J'étais très malade quand ce phénomène a brillé sur le noir horizon de Genève. Enfin, il est parti, à mon très grand regret, sans que je l'aie vu... » Sur le second contact du musicien avec Paris, moins spectaculaire, et aussi beaucoup moins connu, A. Schurig nous donne des détails qui sont parfois des révélations. Il y arriva le 23 mars 1778, accompagné cette fois de sa mère, mais toujours suivi, entouré des conseils épistolaires de son père, qui de loin demeurait son mentor. « Les six mois que Wolfgang devait rester à Paris ont eu une grande importance pour son évolution intime », nous dit l'auteur du livre, qui ajoute : « Mozart, à vingt-deux ans, était un brave jeune homme, inexpérimenté, peu au courant des choses de la vie, moins encore des affaires, pauvre par surcroît, en un mot un fantaisiste qui voulait tenter la fortune comme pianiste, et même comme compositeur, dans le lieu du monde le plus difficile à conquérir pour lui. » Grimm s'aperçut vite qu'« il ne saurait pas nager dans les eaux parisiennes » et cessa de s'intéresser à lui. Resté seul après la mort de sa mère, Mozart continua à recevoir de Léopold de savoureuses épitres dont on résiste mal à citer ces passages : « Pour l'opéra, tu te guideras sur le goût des Français... Je t'en prie, avant d'écrire pour le théâtre, écoute leurs opéras et ce qui leur plaît surtout... Ecoute avant d'écrire, et réfléchis au goût de la nation. Je te connais : tu peux tout imiter (sic) »... O conseils utilitaires des pères ! on sourit aujourd'hui quand on pense à qui ces préceptes s'adressaient ! Cependant Mozart refusa une place d'organiste à Versailles avec un traitement de 2.000 livres par an ! Il connut des déceptions qui expliquent l'amertume de ses lettres ; ces dernières ne sont pas tendres, en particulier, pour les chanteurs français qui « crient et hurlent, et cela à plein gosier, du nez et de la gorge ». La première œuvre écrite par Mozart à Paris pour le théâtre fut une partie de la musique d'un ballet de Noverre, les Petits Riens, qui fit spectacle le 11 juin 1778 avec les Finte Gemelle, de Piccini. Le 18 juin au Concert spirituel des Tuileries était exécutée la Symphonie en « ré », dite parisienne, bientôt suivie d'une seconde symphonie jouée le 8 septembre sous le titre d'Ouverture en « si » bémol. Les concessions — Schurig divit — que le compositeur avait faites au goût parisien dans ces deux ouvrages, et surtout dans le second, procurèrent à Mozart un accueil favorable de la part du public. Si bien que, parlant de la première symphonie, il écrivait le 5 juillet à son père, dont on devine la joie : « Elle a extrêmement plu. » Suivent, dans cette même lettre, l'expression de l'inquiétude que lui avait causée l'interprétation de l'orchestre lors des répétitions et, à propos de la mort de Voltaire, des commentaires virulents qu'A. Schurig juge à son tour avec sévérité. Parmi les autres œuvres écrites par Mozart à Paris figurent la Sonate pour piano en « la » mineur, la Sonate pour violon et piano en « ut » mineur et la Sonate pour piano en « la » majeur. Cédant aux instances conjuguées de son père et de Grimm, Wolfgang quitta Paris le 26 septembre 1778... Mozart — le grand Mozart — à qui le destin refusa une sépulture, mais donna l'immortalité, est revenu une troisième fois à Paris, et y est revenu pour toujours : auréolé de sa gloire, l'auteur de Don Juan et de la Flûte enchantée a été accueilli, adopté par la France non plus comme l'enfant qui avait attendri les dames de la cour, mais comme un géant de la musique, dont l'œuvre géniale a conquis l'admiration d'un peuple. Nom prestigieux, dont la seule résonance commande le respect, évoque en nous clavecins et menuets, perruques blanches et habits amarante... Ce Mozart-là était à Paris le 15 décembre 1840 quand fut exécuté son Requiem aux Invalides pour le retour des cendres de Napoléon ! Et il y était encore en ce jour de l'hiver dernier où, près de deux siècles après sa première arrivée parmi nous, Münch conduisait son Festival dans la vénérable salle de notre ancien Conservatoire. J. H. --- SONATES POUR LE CLAVECIN Qui peuvent se jouer avec l'Accompagnement de Violon DEDIÉES • A MADAME VICTOIRE DE FRANCE Par J. G. Wolfgang Mozart de Salzbourg Âge de Sept ans ŒUVRE PREMIÈRE Paris Grâce par Mme Florence Co-découvant rue St. Joseph à présentée Mme Honoré Vic a vue le Palais Regist. N. PARIS Avec profils de Kol. --- Première page du recueil des sonates composés par Mozart enfant. (Bibl. Nationale.)