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IMAGES de FRANCE LA REVUE DES MÉTIERS D'ART MAI 1944 LE NUMÉRO : 17 Fre 13, RUE S'GEORGES, PARIS
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IMAGES de FRANCE LA REVUE DES MÉTIERS D'ART MAI 1944 LE NUMÉRO : 17 Fre 13, RUE S'GEORGES, PARIS
LE CINÉMA COMÉDIE DRAMATIQUE (A) : LA RABOUILLEUSE, film français. — Cadre : La ville d'Issouand, sous la Restauration. Sujet : Conflit d'intérêts ayant pour centre l'héritage d'un barbon chambré par une intrigante. Mise en scène : Fernand Rivers. Interprétation : Gravely ; pas assez étroit physiquement pour le rôle, rage et crie dans son nez, toutes dents serrées (exercice recommandé), pour se donner de l'autorité; Suzy Prim ; joue avec entrain de la prunelle à cile battants; Larquey, Marguerite Pierry, etc. Note : Ce film se voit sans ennui comme aussi sans enthousiasme démesuré; une comédie honnêtement filmée. FILM POLICIER (B) : CÉCILE EST MORTE, film français. — Cadre : Paris. Sujet : Enquête à rebondissements, menée par le fameux commissaire Maletet de Georges Simenon. Mise en scène : Tourneur; métier solide. Interprétation : Préjean ; aisance de vieux routier; Brochard ; composition un peu trop parfaite, ne nous laissant guère d'illusion sur le rôle de son personnage; Santa Relli ; visage intéressant, à suivre ; Gabriello, Raybaz, etc. Note : Film construit suivant toutes les règles du genre; intérêt assez soutenu; gags parfois un peu lourds. COMÉDIE (B) : LE RESQUILLET, film allemand double. — Cadre : Salzburg et environs. Sujet : Les amours d'un docteur en toute sorte de choses et d'une fausse soubrette. Mise en scène : Hans Deppe. Interprétation : Willy Fritsch, Hertha Feiler, Helma Salmin, Hilde Seaxak, Charlotte Daudert, etc. Note : Fantaisie laborieuse, se déroulant dans le cadre heureusement ravissant du vieux Salzburg, une bien jolie ville d'art par parenthèse. Abréviations: (A) Adultes seulement... (B) Toutes personnes. --- LES VENTES La seconde étape de la saison de l'hôtel Drouot, qui va de janvier à Pâques, a été moins brillante que l'an dernier. Il faut deux mois pour préparer une vente, et l'avenir immédiat est si incertain que les vendeurs hésitent à s'engager. Ceux qui s'y sont risqués ne le regrettent cependant pas, car les prix se maintiennent depuis six mois avec une remarquable fermeté. Ceux des timbres-poste ont légèrement fléchi dans l'ensemble, encore que les pièces rares et parfaites dépassent toujours la cote, mais dans tout le reste on n'aperçoit aucun signe de baisse. Dans les tableaux, c'est la peinture récente qui domine, par la quantité comme par la qualité, les œuvres les plus proches de nos étant évidemment moins rares que les anciennes. Une étude de Delacroix, Le Marchand arabe, a atteint 770.000 francs; une toile de fleurs de Fantin-Latour (que l'on ne rencontre presque jamais dans les ventes publiques), 345.000 francs; quatre toiles de Corot, 380.000, 502.000, 605.000 et 650.000 francs; cinq Claude Monet, 400.000, 400.000, 425.000, 360.000 et 350.000 francs. Un pastel de Degas, Femme t'essayant le bras, payé 15.000 francs à la vente Degas en 1918, est monté à 501.000 francs. Avec un tout petit tableau de l'époque de la Revue blanche, et qui a fait 350.000 francs, Vuillard a pris sa revanche sur Bonnard, toujours plus cher que lui depuis 1939, et qui cette fois est resté à 168.000 et 150.000 francs, mais pour des œuvres mineures qui n'affaiblissent en rien sa cote très élevée et en constant progrès. Sa plus-value est un des phénomènes de l'heure présente dans le domaine pictural, de même celle de Segonzac, dont les musées nationaux viennent d'acquérir une Vue de Saint-Tropez pour 400.000 francs, alors qu'à 300.000 et 335.000 francs, ses derniers prix à l'hôtel Drouot, Matisse n'a que doublé ceux d'il y a quinze ans. A la même époque un beau Lépine valait de 10.000 à 20.000 francs et l'on vient d'en payer un 330.000 francs... une vue de Paris, naturellement. L'écart entre les deux prix d'une étude de Géricault pour le Radeau de la « Méduse », 300 francs en 1896 et 339.000 francs il y a quelques semaines, n'est pas moins impressionnant. Contre cette mobilisation massive les tableaux anciens se sont défendus de leur curiosité. A 139, laubourg Saint-Honoré, son Annuaire général des ventes publiques pour la saison 1942-1943. Abondamment commenté et illustré, cet ouvrage de 654 pages comprend deux volumes, le premier publiant les prix des tableaux, le second, ceux des livres, autographes, gravures, monnaies, sculptures, céramiques, objets d'Extrême-Orient, raspieres, tapis, meubles, orfèverie, joaillerie et timbres-poste. Chez les libraires. Notre collaborateur André Fage vient de faire paraître aux éditions « Art et Technique », 139, laubourg Saint-Honoré, son Annuaire général des ventes publiques pour la saison 1942-1943. Abondamment commenté et illustré, cet ouvrage de 654 pages comprend deux volumes, le premier publiant les prix des tableaux, le second, ceux des livres, autographes, gravures, monnaies, sculptures, céramiques, objets d'Extrême-Orient, raspieres, tapis, meubles, orfèverie, joaillerie et timbres-poste. Chez les libraires. --- REVUE MENSUELLE 13, rue Saint-Jean, Paris (9) Tél.: Tru. 82-54. Ch. post.: Paris 178-705. R.C. Paris 261-513 B (Saine). Bureau de Lyon : 87, cours Gambetta. Tél.: Money 52-09. Ch. post.: Lyon 984-22. N° 108 – 11e ANNÉE OLIVIER QUÉANT, Directeur. ROGER BASCHET, Rédacteur en Chef. --- IMAGES DE FRANCE PLAISIR DE FRANCE --- TARIF DES ABONNEMENTS A. France, Colonies françaises et Monaco………………Fr. 178 B. France : Affranchissement demi-tarif Fr. 300 Affranchissement plein tarif Fr. 390 --- SOMMAIRE Pages --- LE COUVRE, par ROGER BASCHET. --- RICHARD STRAUSS, par MAURICE BEX. --- «LES FIANCES DU HAVRE» --- NAISSANCE DE MARIONNETTES, par PLASSE LE CAISNE. --- UNE VISITE-CONFÉRENCE AU MUSÉE DE LOUVRE. LA GRANDE LEÇON DE L’ART, par OLIVIER QUÉANT. CHAMBRE D’HOMME. LE CINÉMA — LES VENTES — LE THÉÂTRE --- Droits réservés pour tous les articles de ce numéro (texte et gravures). Copyright by Images of France ©, 1944. Les manuscrits, insérés ou non, ne sont jamais rendus et ne pourront en aucun cas faire l’objet d’une réclamation. --- COMÉDIE DRAMATIQUE (A) : LE BAL DES PASSANTS, film français. Il était une fois un bon jeune homme qu’il avait que le tort, d’ailleurs bien involontaire, d’étre le fruit d’amours illégitimes et essentiellement fugitives puisqu’elles ne durent que l’espace d’une nuit, une nuit de 14 juillet pour préciser. Sans doute parce qu’il fut conçu au bruit des fions, à la sortie d’un bal populaire dit «bal des passants», il fut tout naturellement musicien. Et comme il avait du sentiment, pas de rancune, mais au contraire beaucoup de p’tit filiale, au premières œuvre il l’intitula le Bal des passants. En souvenir de celui où papa et maman, vous comprenez?... Bien. Ce précieux manuscrit, par suite d’une légété coupable, il l’oublie dans un café. Un vilain moniteur le fait souvent. Il déménage, s’en attribue la paternité et s’en sent pour faire sa cour à une tache héritière. Le geai paré des plumes du paon ! Hélas ! pauvre, bon jeune homme ! Heureusement, ce dernier! est prévu à temps de quitter train d’e-vraiment tirer les oreilles du geai, si j’ose risquer ce rapprochement et du coup conquiert l’héritière. Coup de foudre ! Mariage ! Joie, joie, pleurs de joie ! La-dessus, le pare qu’il chérissait de loin meurt, mais non sans avoir remis à sa fille ! légitime, cela-là — un coffret contenant, selon les meilleures traditions, la douloureuse histoire de ce péché de jeunesse, photos jaunes, etc. Par malheur, ne voilà-t-il pas qu’une de leurs extrêtres fraternelles est surprise par l’héritière, devenue la femme du bon jeune homme! Sans chance d’explications ni aller au fond des choses, celle-ci bondit un autre faisant d’anges afin d’annuler un plus fort un tendre espoir qu’elle avait conçu. Elle ne veut conserver aucun souvenir du bon jeune homme, rien ! rien du tout ! Comme il se doit, elle pense périr et n’en réchappe que de justesse, mais toujours sans donner de ses nouvelles parce qu’elle a de la suite dans les idées. Jusqu’au jour où le hasard (qui soit béni !) lui pousse sous au main le fameux coffret. Elle comprend, elle se repent, elle reprend sa place au foyer, mais elle se guide de dire ce qu’elle a fait en cours de promenade. Etreintes ! bauers ! joie, joie, pleurs de joie ! Or, la fausse d’anges est aussi un maître chanteur. Le bon jeune homme apprend l’affaire. Il est atterré : il est dégoûté. A son tour, il ne veut pas avoir rien de commun avec son épouse. Il tient pour une longue en Amérique du Sud, à longtemps qu’il y reste sept ans, sans donner de ses nouvelles, bien entendu. L’héritière est désolee de cette susceptibilité. D’autant mieux qu’elle a conçu entre temps un nom qui n’a jamais disparu, que cette fois s’est matérialisé sous la forme d’une belle petite fille ! Telle Pénélope, elle attend le retour du bon jeune homme, lequel pousse la mauvaise tête jusqu’à ne pas prendre connaissance du courrier conjugal «le chef de France». Pourtant, la nostalgie du souvenir le ramène aujourd’hui à sa porte et, après une valse-hésitation dont je vous fais grâce, c’est la propreté qu’il ne se soupçonne pas qu’on reconstitue le foyer. Tout laisse à espérer que cette fois c’est pour ça bon. Toutefois, rien ne prouve qu’une nouvelle série de malentendus ne viendra pas le disloquer à nouveau, mais ceci ne pourra fournir que la matière d’un second film de Guillaume Radot. Un peu plus tard, espérons-le. Le temps de la galerie... Le Bal des passants est visiblement un film de propagande en faveur de la famille et de l’honnêtitude des mœurs. Pourtant acquis sans réserve à ce programme, je ne puis dire qu’une chose : ce n’est pas avec de paroles somettes que l’on donne aux Français l’amour du foyer et l’envie de laisser venir à eux les petits enfants. La mise en scène de M. Guillaume Radot est inégale, mais dans l’ensemble plus ferme que celle de son directeur, Jean-Pierre Lassaux. --- MARCEL LASSEAUX. ANDRÉ FAGE. --- MAI 1944 ---
A PROPOS DU 80e ANNIVERSAIRE D'UN GRAND COMPOSITEUR "Don Juan" RICHARD STRAUSS jugé par Debussy et Faure Il y aura quatre-vingts ans, le 11 juin prochain, que Richard Strauss naquit. Comme sa vocation se dessina très vite et qu'il se mit à composer dès le collège, il n'y a guère moins longtemps qu'a commencé sa carrière artistique, enviable entre toutes pour son éclat et sa durée. À peine le futur auteur de la Femme sans ombre aura-t-il fait ses débuts — au lendemain de la mort de Wagner, peu avant que Liszt disparaisse à son tour — qu'il ne tardera point à être considéré par ses compatriotes comme le musicien le plus représentatif de son pays. Il garde encore ce privilège aujourd'hui. Hors de chez lui, les choses vont un peu moins rapidement. Son style composite, ou le sublime et le familier alternent, son audace imaginative très personnelle, son parti pris d'accumuler les thèmes et de les échafauder avec une hardiesse qui donne le vertige, son écriture complexe à laquelle l'opulence mouvante des timbres qui la parent confère un relief si particulier ont, certes, de quoi surprendre ses premiers auditeurs. Il ne faudra rien moins que l'admiration avouée de ses pairs pour entraîner les foules et pour vaincre leur hésitation. En France, où durant les premières années du siècle on a vu Richard Strauss reparaitre chaque saison sur l'estrade de Colonne ou de Lamoureux « avec sa silhouette haute et maigre de chef
"Don Quichotte" d'orchestre aux gestes saccadés et impérieux et sa figure pâle, un peu fiévreuse », c'est ainsi que les choses se passent. Aux auditeurs étonnés par la Vie d'un héros, Don Juan, Till l'espiègle, Mort et Transfiguration, Ainsi parlait Zarathoustra ou Don Quichotte, Claude Debussy révèle le secret de cet art étincelant et mystérieux : « Richard Strauss, écrit-il, semble dessiner la ligne de ses idées avec l'orchestre; il a une façon tout à fait personnelle de pratiquer le développement, il superpose les tonalités les plus éperdument éloignées avec un sang-froid absolu qui ne se soucie nullement de ce qu'elles peuvent avoir de « déchirant », mais seulement de ce qu'il leur demande de « vivant ». Au bout d'un instant on est pris d'abord par sa prodigieuse variété orchestrale, puis par un mouvement frénétique qui vous emporte là et aussi longtemps qu'il le veut. L'homme qui construisit une pareille œuvre est bien près d'avoir du génie. » Le mot revient encore sous la plume de Claude de France à propos de Till l'espiègle : « On a envie de rire aux éclats ou de hurler à la mort et l'on s'étonne de retrouver les choses à leur place habituelle. Cela n'empêche nullement que ce morceau ne soit génial par certains côtés, et d'abord par sa prodigieuse sûreté orchestrale et le mouvement frénétique qui nous emporte du commencement à la fin. » L'opinion d'un Gabriel Fauré n'est pas moins favorable en fin de compte : « Quelque peu déconcerté par la nature et la qualité des phénomènes exté- Pastels de Serge Ivanoff. rieurs et psychiques que Richard Strauss tenta d'exprimer dans ses poèmes symphoniques, je me sens absolument gagné par sa Vie d'un héros, totalement séduit par cette œuvre où s'épanouit une fabuleuse floraison orchestrale, par ces pages de vigueur, de luxe éblouissant et de charme exquis marquées des signes d'un talent égal aux plus rares talents. » Fortes de telles cautions, les œuvres de Richard Strauss ne devaient pas tarder à prendre dans nos programmes et sur nos scènes lyriques la place qu'elles méritaient. Aussi bien les musiciens français qui réservèrent cet accueil à leur émule munichois ne devaient-ils pas être payés d'ingratitude. On sait avec quelle piété le compositeur du Chevalier à la rose a traduit et complété le Traité d'instrumentation de notre Berlioz, et ceux qui l'ont abordé lors du festival de Strasbourg, au printemps de 1905, aussi bien qu'à l'occasion du concours Gabriel Fauré, dont il présidait le jury, en mai 1939, à Luxembourg, se rappellent, non sans reconnaissance, de quelle façon fine et sensible le jeune maître de naguère, devenu un glorieux patriarche, sut toujours apprécier les meilleurs des musiciens de chez nous. MAURICE BEX. "Till l'espiègle"
Les FIANCÉS du HAYRE RAOUL DUFY au Français L A Comédie-Française a dû remettre à une date ultérieure la présentation des Fiancés du Havre, qui était prévue pour la fin d’avril. Cette « première » apportera deux primeurs : le rideau se lèvera sur une pièce de M. Armand Salacrou — dont ce sera l’entrée au répertoire — et il découvrira un tableau de M. Raoul Dufy. Telle est du moins l’impression que le metteur en scène, M. Pierre Dux, veut donner au spectateur. Il était malaisé de concilier cette illusion visuelle avec les nécessités scéniques : le peintre ayant accepté que le décor fût « construit », on ajoutera donc sur la gauche un escalier conduisant les acteurs à un étage qui donnera par des fenêtres sur le jardin d’hiver. Mais, pour respecter la maquette originale, on disposera derrière le décor une grande toile de fond, très visible, et on peindra toute l’armature par bandes horizontales superposées dans les mêmes teintes que celles du paysage (mer, ciel). Le mobilier sera, lui aussi, harmonisé avec les couleurs. Quant à la pièce — dont nous rendrons compte en son temps — bornons-nous à en dire aujourd’hui que, si le goût du burlesque y frise parfois le tragique, elle est franchement comique ; que ses trois actes se passent en 1908 ; qu’on y voit deux prétendants (incarnés par MM. Pierre Dux et J.-L. Barrault) s’y arracher une jeune fille (Mme Madeleine Renaud) ; qu’elle comporte des rôles très pittoresques, tels ceux des marchands de poisson parlant en patois normand, et que les costumes, comme le décor, seront signés Raoul Dufy. J. H. --- IMAGES DE FRANCE
NAISSANCE DE MARIONNETTES Il existe encore des êtres qui portent en eux le goût du merveilleux et le vivent dans leur existence journalière ; artisans, ils expriment par une œuvre populaire et traditionnelle leurs aspirations latentes. Georges Lafaye est un de ces hommes-là. Il a construit de ses mains deux théâtres ; l’un tient sur une petite table-bureau : c’est une scène d’essais mesurant un mètre carré, mais équipée comme les Folies-Bergère ou le théâtre Saint-Georges et sur laquelle il étudie des décors. L’autre occupe une partie de l’atelier : c’est un grand théâtre de marionnettes à gaines, entièrement construit et équipé par lui, avec fils, poulies, câbles électriques, projecteurs et portants : berceau de la fiction que vont créer quelques poupées de bois, de papier et d’étoffe dont les silhouettes pendent au mur de la coulisse en attendant le moment d’entrer en scène et de prendre vie... Voici le roi Renaud au côté de sa mère tristement drapée dans de longs voiles noirs ; voici le petit tambour qui voisine avec la marquise, le matelot et le bossu... Bonshommes étrangement expressifs, nés à quelques mètres du théâtre, dans une petite pièce où séchent encore des têtes dans des goulots de bouteille... Mais de leur fabrication Georges Lafaye parle peu ; à l’entendre, l’imagination suffirait presque à les matérialiser. Et peut-être, dans son enthousiasme, oublic-t-il en effet qu’il les a modelés dans un amalgame de sciure de bois, de vieux chiffons et de colle ! Qu’importe ! A peine terminés ses acteurs font déjà partie du monde de légende qu’il construit à coups de marteau et régit avec assurance ; car, en même temps que sculpteur, menuisier, électricien, Modelage d’une tête dans un amalgame de colle et de sciure de bois. De gauche à droite : Georges Lafaye étudie les maquettes de ses poupées. Répétition d’une vieille chanson mimée par de grandes marionnettes à tige. Une étape de la fabrication : le séchage, qui précède le maquillage et la coiffure. --- IMAGES DE FRANCE
La marionnette ne doit pas parodier la réalité. Par sa nature déjà elle fuit inévitablement le réalisme. Elle a son âme propre et ses moyens ! A tel point qu'il arrive cette chose étonnante : le personnage impose ses propres mouvements au manipulateur. — Mais à quels programmes sont promis ces êtres hallucinants que quelques mouvements d'épaule ou de bras suffisent à lancer dans la vie ? — Je ne veux pas, répond Georges Lafaye, que le spectacle constitue un tour de force de manipulation ; on a trop souvent tendance à vouloir étonner le public et à montrer toutes les possibilités de la poupée sans toutefois les utiliser à bon escient. Je voudrais, au contraire, que ces possibilités ne fussent pas une fin, mais un moyen. « Comme un acteur, la marionnette tombe facilement dans l’ « effet de métier » et le manipulateur doit se faire oublier. « L'art le plus accompli est celui derrière lequel s'efface l'artisan. » » Si bien que l'on ne verra ces poupées que dans des œuvres où elles pourront donner la pleine mesure de leur puissance plastique et expressive : la pantomime, la farce, la comédie, les chansons mimées et, surtout, la tragédie, où elles doivent retrouver le hiératisme divin dont parle le grand Craig. » Mais le piano joue. Les marionnettes s'animent... et la féerie commence sous l'œil attentif et critique du metteur en scène. PLASSE LE CAISNE. machiniste, dessinateur, décorateur, cet homme, qui n'a pas trente ans, est aussi le metteur en scène, le directeur et l'âme de tous ses personnages. Coups de sonnette, cris joyeux ; l'équipe de ses aides est là, composée de jeunes filles passionnées pour leur rôle d'habilleuses et de garçons enthousiastes : troupe homogène, connue sous le nom du « Capricorne ». Les manipulateurs, qui, invisibles du public, feront vivre les marionnettes au-dessus de leur tête, enfoncent leur bras dans la gaine et ajustent les tubes de verre qui permettront aux poupées de faire certains gestes difficiles. Et l'on répète. Alors l'animateur communique à ses sujets, ceux de chair et ceux de bois, son entrain, sa fougue et son cœur. Pour lui, la marionnette est la quintessence du théâtre : « Sa supériorité, explique-t-il, est due à la stylisation dans les formes, à l'expression des visages et surtout au mouvement. Ses traits, esquissés à grands coups de spatule, sont à peine humains ; son jeu est nécessairement interprété et non plus la copie de tics, de manies, d'habitudes ou de réflexes qui alourdissent souvent le geste de l'acteur de chair et en diminuent la grandeur et l'expression. En un mot, celle-ci est épurée et, de ce fait, mieux adaptée à sa fonction dramatique. » Photographies Jahan. Tête d'Œdipe en gros tissu encollé et modelé. IMAGES DE FRANCE
Des femmes se penchent sur le passé... Le Sphinx : tout le mystère antique est là et, face à face avec lui, l'éénigme féminine. (Manteau de Lavin ; tailleur de Robert Piguet, chapeau de Paulette.) UNE VISITE-CONFÉRENCE AU MUSÉE DU LOUVRE Lors d'une des dernières visites-conférences hebdomadaires, accessibles au grand public et destinées à le familiariser avec les collections des musées, André Delfau a pris les croquis que nous reproduisons sur cette page et sur les suivantes. Et puisque la culture et l'élégance — unies par l'esthétique — ne sont point incompatibles, l'artiste a placé, dans le cadre des chefs-d'œuvre anciens, cette création toute neuve : le vêtement de la femme au printemps de 1944. Contraste entre la fugacité de la mode et la fixité de la pierre...
LA GRANDE LEÇON DE L'ART Sous le regard de Jupiter. (Robe de Maggy Rouff ; ensemble de Bruyère.) ACTIVITÉS FÉMININES Si la définition de l'homme de qualité nous paraît pouvoir s'inscrire dans ce triangle : un cerveau, un cœur, des muscles, il serait moins aisé d'enclorer dans une formule les mérites de la femme de qualité. Cette remarque prouve d'ailleurs que la personnalité féminine, plus fluide et plus complexe, se révolte, notamment, contre tout encerclement prémédité et contre toute ingérence de l'esprit mathématique dans la vie. On en pourrait déduire aussi qu'il est plus difficile d'être une femme de qualité qu'un homme de qualité. Il y aurait une belle étude à faire sur les tâches présentes de la femme, avec leur grandeur et leurs servitudes. Son rôle suprême — être mère — comporte plus que jamais de noblesse et d'humilité. On ne peut que s'incliner devant celles dont le dévouement au foyer — parfois privé de son chef — ou à des œuvres sociales absorbe tous les instants. D'autres ont des loisirs. Nous souhaitons ici qu'elles les emploient à des fins dignes, dans les heures graves que nous vivons. L'art, créateur d'évasion, dispensateur de vraies richesses, ne les décevra jamais
L'ÉCOLE DU LOUVRE A ux femmes qui peuvent — ou qui veulent — hausser leur pensée, affiner leur esprit, l’Ecole du Louvre, noble dame sexagénaire, tend ses bras de marbre. Insensible à ces caprices qui confèrent aux artères de Paris une vogue changeante, elle siège au cœur immuable de la ville : là-bas, les instituts de beauté ; ici, l’école de la beauté... Son objet — l’enseignement de l’archéologie et de l’histoire de l’art — est rempli par des cours organiques divisés en trois sections : archéologie préhistorique et antique, arts de l’Asie et de l’Orient musulman, arts du moyen âge, de la Renaissance et des temps modernes, et par deux cours hors section, un d’histoire générale de l’art et un de muscographie. L’Ecole du Louvre, qui ne s’est jamais arrêtée — puisqu’elle rouvrit en novembre 1940 ses portes fermées comme chaque année en juin — bat son plein en cette cinquième année de guerre ; le nombre maximum d’élèves est atteint : 2.011 inscrits, dont la plupart sont des femmes ; plus de la moitié des élèves actuelles passent les examens. C’est qu’en effet l’école offre aux cerveaux actifs toute la gamme de l’assiduité et de l’effort : élèves agréées, élèves libres, auditrices. Celles qui auront brillamment franchi pendant trois ans le cap des examens et soutenu leur thèse se verront pourvues du « diplôme de l’Ecole du Louvre », qui leur ouvrira la carrière des musées et des missions savantes. D’autres borneront leur ambition au titre d’« anciennes élèves libres », qui ne sera point seulement une parure à l’usage mondain, mais un sérieux atout dans le jeu des professions artistiques. Qu’elles en fassent ou non un métier, toutes, et y compris les simples auditrices — campées sur la lisière du bois sacré — tireront de ce stage élevé un profit, matériel ou moral, un bienfait pour le rayonnement de leur personnalité. Et cette satisfaction vaut bien, pour les femmes dont les journées ont des heures creuses, un renoncement à des plaisirs frivoles ou à des babillages stériles. OLIVIER QUÉANT. --- Diane chasseresse et Dianes modernes. (Tailleur de Mad Carpentier, chapeau de Caroline Ranchin ; tailleur de Paquin.) --- Dessins de Delfau. --- Dans l’enfilade du Temps : au loin, la Vénus de Milo ; au premier plan, une femme d’aujourd’hui. (Ensemble de Worth.)
LE THÉÂTRE M. Raimu dans « le Bourgeois gentilhomme ». (La leçon de danse de M. Jourdain.) Dessin de Jan Mara. Il est rare que dans le même temps une pièce et le film tiré de cette pièce soient présentés au public. C'est l'actuel destin du Voyager sans bagage, de Jean Anouilh, créé en 1937 aux Mathurins avec Pitoëff, qui vient de reprendre le théâtre de la Michodière; cette simultanéité excelle à faciliter une comparaison qui suscite mainte controverse entre les deux arts, rivaux suivant les uns, totalement différents selon les autres. Il faut préciser que cette fois il ne s'agit pas d'une pièce filmée, mais d'un film conçu et réalisé sur le même sujet que la pièce par le même auteur. Car, en ajoutant à sa pièce des scènes qui n'y figurent pas, en tirant du cinéma ses effets propres, Jean Anouilh metteur en scène a véritablement créé un film. La plupart des spectateurs qui l'ont vu ont décrété — suivant des aphorismes classiques — que « ce n'était pas du cinéma », que le film « manquait d'action » et qu'il n'était pas « grand public ». De ces critiques j'accepterais peut-être la troisième, qui est d'ordre franchement commercial: je reconnais en effet que le public du cinéma a eu jusqu'à maintenant des exigences plus impatientes que celui du théâtre et une réceptivité moins cérébrale (il n'est d'ailleurs que de cultiver son goût, et plusieurs auteurs de films récents s'y sont courageusement employés). A moi, ce film a plu ainsi que la pièce; je dirai pourquoi plus loin. Est-ce parce que j'ai préféré de beaucoup Mme Blanchette Brunoy à Mme Renée Devillers, est-ce parce que M. Brochard, excellent dans le film, n'est plus dans la pièce, est-ce parce que le cinéma a permis d'ajouter ces scènes poignantes ou charmantes de l'inferme accompagné de sa mère sur le parvis de l'église, de la foule écoutant la messe, de la promenade de Gaston et de Valentine dans une rue escarpée de la petite ville, est-ce parce que M. Pierre Fresnay — un des comédiens les plus intelligents que nous possédions — ne pouvait faire mieux dans la pièce que dans le film? Mais j'avoue avoir encore mieux aimé le second que la première, y avoir goûté encore plus d'émotion, plus de poésie surtout. Cette conclusion baroque ne satisfait que ma sensibilité personnelle, que les deux œuvres ont réjouie parce que au sommet de l'une comme de l'autre il y a l'idée essentiellement neuve, la thèse originale de Jean Anouilh : un homme qui refuse son passé et qui à quarante ans commence sa vie comme un enfant. Avec, au départ, un postulat aussi riche, une psychologie aussi profonde, on passe sur certains détails, à moins qu'on ne les savoure comme tant de passages admirables dont le film est encore plus nourri que la pièce. Il y a un an — dans notre numéro de mai 1943 — je souhaitais la bienvenue au théâtre de Poche, qui dès son premier spectacle se rangeait sous l'emblème de la qualité. Ce théâtre me fait penser à ces petits restaurants de la rive gauche ou de province qui ne paient pas de mine et ne font point de publicité, mais où un quarteron d'habitués se délectent de quelques plats raffinés. En ce printemps de 1944, M. Marcel Oger a inscrit sur son menu trois mets dressés par Vanderic. Une entrée : la Plus Forte (un acte de Strindberg); un plat : Entre chien et loup (trois actes de Louis Chassaigne); un dessert : Veuve (un acte d'Henry Becque). Tel est le souper que les soixante spectateurs (soixante-dix en comptant les chaises de jardin installées dans le passage central) dégustent à petites bouchées. Le plus délicat régal — à mon avis — est le jeu de Mme Andrée Clément, cette jeune comédienne dont j'avais écrit ici il y a un an que son tempérament promettait : il a tenu. Il faut observer ses gestes nuancés, jouir de ses mines expressives et justes durant la lecture des lettres de condoléance dans cette exquise saynjete qui fut suite à la Parisienne pour apprécier une vocation de comédienne et comparer ce charme racé et naturel avec les artifices sous lesquels transparaît si souvent la vulgarité d'actrices lancées. Dois-je avouer que ce programme fait valoir la saveur des pièces courtes et que j'ai regretté qu'Entre chien et loup n'eût pas également un seul acte, voire une seule scène : la meilleure, celle des deux hommes ? M. Marcel Oger y campe avec une étonnante vérité le mari ponctuel et étiqueté tandis que M. Jacques Rémy force un peu trop dans le rôle de l'aventurier. Venant après cette conversation virile, émaillée de mots qui portent, les scènes d'amour et les séductions employées par la femme nous ramènent aux pénicôns. A l'Œuvre, M. Jacques Hébertot présente Sainte-Cécile, de M. Pierre Brasseur, qui ne fait déjà plus figure de débutant. Quelque imparfaite que soit encore sa pièce, il faut encourager cet acteur, jadis simplement léger, devenu un bon comédien, puis un auteur qui progresse vers la profondeur. Le thème est intéressant, l'idée est jolie : un homme, qui n'a pas aimé sa femme du vivant de celle-ci, s'attache à elle après sa mort et lui voue un culte qui pour être tardif n'en est pas moins sincère; plus peut-être ! Les scènes, dont quelques-unes sont bonnes, donnent par leur insuffisante cohésion une impression de décousu : elles semblent même empruntées à des pièces différentes, comme aux auditions du Conservatoire ou dans les cours de comédie. Quant au texte, si certains mors frappent juste, il est en général plat ou assez banal : l'auteur-acteur aura intérêt à soigner sa langue tout au long s'il veut continuer la marche ascendante d'une carrière bien commencée. JEAN HERBAULT. --- Imprimerie de « L'Illustration », 155, route de Saint-Denis, à Bobigny (Seine). Le Rayonnement français, éditeur. Dépôt légal 2e Trimestre 1944. Éditeur n° 2, Imprimeur n° 5. N° d'autorisation 277. L’Imprimeur-Gérant : Georges Huck. Printed in France.

Cette édition de "Plaisir de France" de mai 1944 présente plusieurs articles. Elle inclut des critiques de films tels que "La Rabouilleuse" et "Cécile est morte". Un article est consacré au compositeur Richard Strauss, à l'occasion de son 80e anniversaire, avec des analyses de ses œuvres par Debussy et Fauré. La revue aborde également le théâtre avec la pièce "Les Fiancés du Havre" de Armand Salacrou, mise en scène par Raoul Dufy, et une exploration de l'art de la marionnette par Georges Lafaye. Enfin, un article relate une visite-conférence au musée du Louvre, contrastant la mode du printemps 1944 avec les œuvres antiques.