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LES ARTS N° 70 PARIS — LONDRES — NEW-YORK Octobre 1907 BERNARDINO LUINI. — PORTRAIT D'UNE DAME MILANAISE (Collection de M. R.-H. Benson)

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La Collection de M. R.-H. Benson (LONDRES) Il y a peu de galeries de tableaux particulières à Londres qui, dans l'opinion des connaisseurs, occupent un rang plus élevé que celle qu'ont formée M. et Madame Benson. Bien que la plupart des tableaux qui la composent se trouvent dans la maison de Londres de M. Benson, située 16, South Street, Park Lane, il en est un certain nombre dans sa maison de campagne de Buckhurst, près de Withyham (Sussex). Quand on étudie cette collection, on ne peut manquer d'être frappé d'abord par le mérite des œuvres qu'elle renferme et, ensuite, par le caractère personnel qui la distingue. On a l'impression que M. Benson ne considère pas les tableaux comme un simple placement avantageux, mais qu'il a profité des occasions qui se sont offertes à lui pour satisfaire de son mieux ses goûts esthétiques. Il a trouvé, dans cette tâche, un précieux collaborateur dans la personne de Madame Benson, fille de feu M. Robert Stayner Holford, de Dorchester House, Park Lane, laquelle, grâce à sa naissance et au milieu dans lequel elle a été élevée, est douée de ce véritable sentiment artistique qu'il est difficile d'acquérir dans des circonstances et une atmosphère moins favorisées. C'est pour cela que l'amateur qui est admis au privilège de visiter cette collection a le sentiment qu'il a pénétré dans l'intimité d'un véritable amateur. Les prédilections de M. Benson sautent aux yeux. Elles sont toutes pour les écoles italiennes du xve et du xviiie siècle et surtout pour la grande école vénitienne et ses rameaux; et, dans le choix qu'il fait des œuvres de ces écoles, il manifeste une autre prédilection née de son sentiment de la valeur et du charme du coloris pur, indépendamment du sujet, bien que, cependant, ce même choix révèle un autre goût encore, celui des œuvres dont les sujets ont un caractère romanesque éloigné de la convention et des canons de l'art religieux ou simplement descriptif. Il convient aussi de noter que M. Benson n'est pas de ces collectionneurs qui mesurent la valeur d'un tableau au nom de l'artiste qui l'a peint ou est réputé l'avoir peint. Pour lui, ce qui constitue avant tout l'intérêt d'une peinture c'est sa beauté inhérente; et la personnalité de l'artiste n'a qu'une valeur secondaire, bien que les recherches nécessaires pour établir l'identité du peintre lui soient une constante source de plaisir et ajoutent, quand elles donnent des résultats satisfaisants, à la valeur et à l'intérêt de l'œuvre elle-même. Il serait impossible, dans les limites qui me sont assignées, de donner une description historique détaillée des tableaux de cette collection. Il faut donc faire un choix de ceux qui offrent un intérêt spécial. M. Benson a toujours très généreusement prêté ses tableaux OPYS VICTORIS CRIVELLI VITTORE CRIVELLI. — LA VIERGE ET L'ENFANT ENTOURÉS D'ANGES (Collection de M. R.-H. Benson)

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LA COLLECTION DE M. R.-H. BENSON aux expositions d'art, de sorte que les connaisseurs sont familiers avec beaucoup de ses tableaux les plus précieux. Il me sera peut-être permis de m'arrêter un instant pour remercier les collectionneurs qui consentent à courir les risques inévitables qu'entraînent le déplacement et le transport des œuvres d'art, et permettent au public de partager le plaisir que leur font éprouver leurs trésors artistiques ; mais je n'aurai pas le courage de faire des reproches à ceux qui estiment que ces risques sont trop considérables. L'école vénitienne est, ici, l'objet d'une préférence si marquée qu'il convient de noter tout spécialement les œuvres appartenant à cette école. La première à signaler, en suivant l'ordre chronologique, est la Vierge et l'Enfant, tableau peint et signé par Carlo Crivelli en 1472. Ce panneau, qui paraît avoir fait partie d'un triptyque, tire son charme principal de sa simplicité. C'est une des premières œuvres de Crivelli, antérieure à l'époque où il adopta le style maniére et la surabondance des détails qui gâtent les œuvres qu'il exécuta ensuite à Ascoli et dans les Marches. Ce tableau a fait partie de la collection de M. G.-H. Marland, vendue en 1863, et de celle de M. William Graham, dispersée en 1886. Il est intéressant de le comparer à la Vierge et l'Enfant entourés d'Anges en adoration portant la signature de Vittore Crivelli, frère et imitateur de Carlo Crivelli, et de constater le mérite supérieur de l'aîné des deux peintres. Ces deux peintures sembleraient indiquer que les grands tableaux signés par Carlo Crivelli étaient l'œuvre commune des deux frères et que Vittore y ajoutait les ornements en gesso. M. Benson est l'heureux possesseur de trois peintures attribuées avec quelque certitude à Giovanni Bellini dont on rencontre rarement les œuvres au nord des Alpes. La première en date, un Saint Jérôme représenté au milieu d'un paysage rocheux qui occupe la plus grande partie de la composition, est un petit tableau qui provient de la collection Monson de Gatton Hall et porte la signature de Bellini et la date de 1505. Comme le paysage offre une grande ressemblance avec celui de certains tableaux représentant saint Jérôme par l'élève et aide de Bellini, Marco Basaiti, on a mis en doute l'authenticité de la signature et attribué cette œuvre à Basaiti. Mais il est difficile de croire que Bellini ait emprunté à Basaiti certains détails du paysage qu'on rencontre dans le Baptême du Christ, de Santa Corona de Vicence, peint en 1510, ou le saint Jérôme lui-même qu'on retrouve, en plus grand, dans le tableau bien connu de Bellini, portant la date de 1513, que possède l'église de Saint-Jean-Chrysostôme à Venise. Il est plus probable que le beau tableautin de M. Benson, dont la valeur artistique prouve l'authenticité, a servi de modèle aux variantes qu'a faites ensuite sur le même sujet Marco Basaiti. La seconde peinture de Bellini est une Sainte Conversation représentant la Vierge et l'Enfant avec saint Pierre et sainte Catherine d'un côté et sainte Lucie et saint Jean-Baptiste de l'autre. C'est un exemple typique des tableaux de sainteté de Bellini de la même époque que le grand tableau de l'église de San Zaccaria à Venise (1505) et le Baptême du Christ dont il a été question

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LES ARTS plus haut. Il a appartenu successivement à M. Wynn Ellis et à M. William Graham. La troisième œuvre de cet artiste est un Bacchus. Le dieu est représenté sous la forme d’un jeune garçon aux cheveux bouclés, assis, couronné de lierre, sur un rocher, au milieu d’un paysage et revêtu d’une tunique d’outremer bleu. C’est une œuvre typique de cette grande renaissance de l’art païen et romanesque inaugurée par Bellini. Ce même esprit se retrouve dans la Fête des dieux, peinte en 1514, qui est au château d’Alnwick. De Giovanni Bellini la transition est aisée à cette phalange de génie sortie de son atelier et inspirée par lui. M. Benson a une affection particulière pour ces peintres de Photo Brown, Clement & Co. DUCCIO DE BUONINSEGNA. — LA TENTATION DU CHRIST (Collection de M. R.-H. Benson) l’école de Bellini et il est peu de collections privées, si même il en existe, qui donnent une idée aussi complète des divers genres de cette école. Procédant par ordre chronologique de crainte que les œuvres secondaires ne souffrent de la comparaison avec les principales, nous citerons en premier lieu le Portrait d’une dame vénitienne par Vittore Carpaccio, autrefois dans la collection du marquis d’Exeter à Burghley House. Le modèle, coiffé d’un turban, assis à un petit balcon grillé, rappelle, dès le premier coup d’œil, le tableau de deux dames vénitiennes à un balcon par Carpaccio qui se trouve au musée municipal de Venise. On le retrouve ici, sous la figure d’une sainte, dans une Sainte Famille, ou une Sainte Conversation. Un autre portrait fort intéressant représente un jeune homme en robe d’hermine, assis près d’une fenêtre et tenant un parchemin enroulé, et porte la signature de Marco Basaiti, dont il a déjà été parlé. Dans le fond du tableau est une niche abritant une statuette de Vénus vue de dos. Francesco Bissolo est représenté par une Annonciation signée, provenant de la galerie Manfrin à Venise, datant

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LA COLLECTION DE M. R.-H. BENSON Photo Brown, Clément & Co. ÉCOLE FLORENTINE. — LE CHRIST ET LA VIERGE INTERCÉDANT AUPRÈS DU PÈRE ÉTERNEL (Collection de M. R.-H. Benson)

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LES ARTS de ses débuts, de l'époque où il inclinait vers Carpaccio et ne s'était pas encore identifié avec l'aide de Bellini, et par un tableau de la Vierge et l'Enfant avec sainte Catherine, œuvre plus faible dont la Vierge et l'Enfant se retrouvent dans le tableau de Bissolo qui est à l'Académie de Venise. Un autre peintre de l'école de Bellini est Francesco Rizzo, élève et collaborateur du peintre Francesco de Santa Croce, dont il porte parfois le nom. A en juger par les nombreuses répliques de ses tableaux tapageurs, l'atelier de Santa Croce devait être une véritable fabrique de peintures. Le tableau que possède M. Benson, le Mariage mystique de Sainte Catherine, est connu par ses répliques. Il en existe une tout à fait pareille au musée Fitzwilliam de Cambridge; le paysage seul diffère. Il faut citer aussi une petite Sainte Famille attribuée à Marco Belli, mais qui paraît être une des œuvres de la vieillesse de Vincenzo Catena; une Vierge et l'Enfant avec des Anges, attribuée parfois à Bartolommeo Veneto, parfois au peintre Bergamasque Andrea Previtali, qui exerçait son art à Venise, et une Adoration des Rois signée par Baldassare Carrari de Forli, un imitateur de Carpaccio. Deux charmants et lumineux petits tableaux de l'école de Bellini, représentant des scènes des Métamorphoses d'Ovide, indiquent les préférences du propriétaire de cette collection pour la peinture qui réunit le sentiment poétique et la richesse du coloris et nous préparent à l'étude des importants exemples des principaux peintres vénitiens. Ces derniers ont été si souvent exposés qu'une description détaillée en paraîtrait superflue. Le Giorgione, le Titien, Palma le Vieux et Sebastiano del Piombo, ainsi que leurs contemporains et leurs congénères, Bonifazio, Lorenzo Lotto, Romano, Cariani, Andrea Schiavone et Paul Véronèse, sont tous représentés ici. On a beaucoup écrit sur le Giorgione de Castelfranco, depuis que le sénateur Morelli a étendu et circonscrit à la fois les limites de l'authenticité des œuvres attribuées au plus grand des Vénitiens. Les dix-sept tableaux dont l'authenticité est reconnue comme à regret par quelques écrivains ont été portés, par d'autres écrivains, à soixante (originaux ou copies d'originaux perdus) et la liste n'est certainement pas épuisée. D'autre part, certains critiques ont établi le peu que l'on saura jamais probablement de la vie du Giorgione et jeté un jour nouveau et instructif sur la signification véritable de ses œuvres; cependant on est toujours loin de la solution du problème que présente la vie artistique du Giorgione. On sait qu'il entra fort jeune dans l'atelier de Giovanni Bellini à Venise, où il eut comme camarades Jacopo Nigretti, dit Palma, du même âge que lui, et Tiziano Vecelli et Sebastiano Luciani, plus jeunes tous les deux. L'entrée de ces jeunes artistes dans l'atelier de Bellini semble avoir coïncidé avec le changement qui se fit dans la manière du maître qui abandonna la convention simple et même un peu sèche dont on peut faire remonter l'origine à Byzance même pour se consacrer avec délices à l'allégorie, à la mythologie et aux sujets romanesques. On est généralement d'accord pour dire Photo Braun, Clément & Cie. FILIPPINO LIPPI (ATTRIBUÉ A). — TOBIE ET L'ANGE RAPHAËL (Collection de M. R.-H. Benson)

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LA COLLECTION DE M. R.-H. BENSON que le Giorgione, le Titien et autres ont hérité de leur maître vénéré leur exubérance quasi païenne. Ne pourrait-on supposer que le contraire exactement se produisit et que ce fut la juvénile et irrésistible ardeur de ses élèves qui convertit le vieux maître aux idées nouvelles, et que c'est ainsi que Bellini sentit s'opérer en lui ce rajeunissement, cette poussée de sève qui se manifeste presque avec excès dans la Fête des dieux d'Alnwick Castle? Il n'est peut-être pas de collection particulière où l'on puisse mieux étudier que dans celle-ci la fameuse question Photo Brown, Clement & Co. COSIMO ROSSELLI (attribué A). — LA VIERGE ET L'ENFANT DANS UNE PRAIRIE (Collection de M. R.-H. Benson) des relations qui ont existé entre le Giorgione et le Titien. Dans l'histoire de la peinture les noms de ces deux maîtres sont inséparables surtout en ce qui concerne le commencement de la carrière du Titien. Une étude des œuvres de ces deux grands précurseurs de l'art et des nombreuses théories qu'on a émises sur leurs relations mutuelles semble amener aux conclusions suivantes. Tout d'abord, c'est le Giorgione qui fut l'âme du renou-

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LES ARTS AMBROGIO LORENZETTI. — GRUCIFIEMENT (Collection de M. R.-H. Benson) AMBROGIO LORENZETTI. — PIETA Photo Brown, Clement & Co. GIOVANNI BELLINI. — SAINTE CONVERSATION (Collection de M. R.-H. Benson) Photo Brown, Clement & Co.

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BERNARDINO LUINI. — HISTOIRE DES MARTYRS DU VAL DI NON (Collection de M. R.-H. Benson) Philip Brouss, Clement & Co.

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LES ARTS vellement de la peinture — il faut dire renouvellement et non renaissance car la gaieté joyeuse du Giorgione n'avait jamais eu de parallèle, pas même en Grèce. C'est le Giorgione qui a influencé le Titien et non le Titien qui a influencé le Giorgione. Il semblerait aussi — et c'est une probabilité qui ne saurait être contestée — que lorsque le Giorgione mourut prématurément de la peste, en 1510, à l'âge de 33 ans, il laissa un grand nombre de tableaux inachevés ou dans un état d'exécution plus ou moins avancé, et qu'une partie de ces tableaux furent finis par le Titien. C'est le cas de Raphaël, d'Holbein, de Van Dyck, de Gainsborough et d'autres peintres enlevés dans la plénitude de leur talent et à CARIANI. — PORTRAIT D'HOMME (Collection de M. R.-H. Benson) l'apogée de leur succès. Si l'on accepte cette hypothèse, il s'en- suit que, comme artiste et comme homme, le Giorgione fut l'aîné du Titien. Quand on étudie les premières œuvres du Titien, on constate ce fait remarquable que, si l'on adopte la date présumée de sa naissance, il n'existe de lui aucune œuvre qui indique l'inexpérience ou que l'on puisse croire exécutée avant sa trentième année. L'hypothèse si ingénieuse d'après laquelle la date traditionnelle de la naissance du Titien serait inexacte et le Titien aurait eu douze ans environ de moins que le Giorgione, faciliterait singulièrement les choses et il serait à désirer qu'elle reposât sur des preuves solides. On ne connaît pas la date exacte de la naissance du Titien; mais il n'y a pas lieu de contester ce que dit Lodovico Dolce, que le

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LA COLLECTION DE M. R.-H. BENSON LORENZO LOTTO. — SUZANNE ET LES VIEILLARDS (Collection de M. R.-H. Benson)