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LES ARTS N° 69 PARIS — LONDRES — NEW-YORK Septembre 1907 --- FRANÇOIS CLOUET (ATTRIBUÉ A). — MADELEINE DE VILLEROY (Bibliothèque Nationale. — Estampes)

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EXPOSITION DES PORTRAITS PEINTS OU DESSINÉS DU XIIIe AU XVIIe SIÈCLE Faite à la Bibliothèque Nationale de Paris Dans dernier, à pareille époque, M. Henry Marcel annonçait son intention de faire connaître successivement au public les richesses artistiques trop ignorées de la Bibliothèque Nationale. Le grand succès de l'exposition des œuvres d'art du xviie siècle, si parfaitement organisée par le très regretté Henri Bouchot, venant elle-même après la magnifique exposition des Primitifs français en 1904, a montré combien les amateurs et le grand public en général appréciaient cette heureuse initiative. Aussi, fidèle au plan qu'il s'était tracé, M. Henry Marcel, aidé de M. Th. Mortreuil, a-t-il pensé à réunir cette année les portraits conservés dans les manuscrits enluminés de la fin du xiiiie au xviiie siècle, ainsi que les portraits dessinés des xvie et xviiie siècles. Nous ne saurions trop applaudir à cette tentative si intéressante; en effet, si l'on songe qu'en France, par suite d'un climat souvent rigoureux, et par suite surtout des goûts changeants d'un peuple fort peu conservateur de sa nature, les manuscrits enluminés constituent les principaux vestiges de la peinture du moyen âge, on comprendra aisément toute l'importance des documents que nous avons sous les yeux et qui, réunis pour la première fois et présentés avec tant de science par M. Camille Couderc, constituent l'introduction nécessaire de l'Histoire du Portrait en France. La peinture en miniature est un art essentiellement français, et, dès le règne de saint Louis, les miniaturistes parisiens étaient célèbres dans le monde entier; à cette époque, en effet, des artistes laïques apparaissent à côté des moines qui, jusque-là, avaient exclusivement travaillé à l'ornementation des manuscrits. Ces laïques, plus indépendants et vivant de la vie du siècle, s'évadèrent peu à peu des formules anciennes jalousement conservées dans les cloîtres, et non seulement osèrent innover (oh! bien timidement au début) dans la composition des scènes religieuses, au grand scandale des pieux écrivains d'alors comme Guillaume Durant, évêque de Mende, mais encore chercheront à peindre le monde qui les entourait; c'est ainsi que dans le Psautier de saint Louis, exécuté en 1256, le combat d'Abraham représente bien plus, à nos yeux, des croisés compagnons de saint Louis que des personnages bibliques. De ces premiers essais aux portraits proprement dits, avec le sens que nous donnons à ce mot aujourd'hui, il n'y avait qu'un pas, et nous verrons qu'il fut vite franchi. Les miniaturistes laïques enluminaient également des romans et des livres d'histoire profane; n'étant plus tenus, pour cette sorte de travaux, par les formules traditionnelles dont nous parlions plus haut à propos des compositions religieuses, ils transportèrent plus aisément les thèmes qu'ils avaient à illustrer dans l'entourage des princes et des seigneurs qui leur commandaient ces ouvrages. Peu à peu l'habitude leur vint, pour mieux flatter la vanité de leurs Mécènes, de peindre, sur le premier feuillet du manuscrit, soit l'auteur offrant son livre à un seigneur ou à une dame, soit, plus simplement, ces personnages priant Dieu ou la Vierge. C'est dans ces petits tableaux que nous devons chercher l'origine du portrait enluminé au moyen âge. Il ne faudrait pas, certes, ainsi que le fait remarquer M. Henri Martin dans son savant ouvrage sur les miniaturistes français, voir des portraits dans tous les tableaux de présentation, beaucoup étant des copies postérieures ou n'offrant aucun caractère d'exactitude; mais souvent ces petites scènes en contiennent de véritables, aisés à reconnaître par l'étude du manuscrit ou l'examen de la peinture. Dès l'extrême fin du xiiiie siècle, nous trouvons de ces tableaux de présentation; un des plus anciens et des plus curieux est le portrait de Marie de Brabant, entourée de Blanche de France, de Jean de Brabant et du ménestrel Adenet Le Roi, qui date des environs de 1290. Ces portraits sont d'un art très sommaire, pour ne pas dire plus; les figures des personnages sont à peine indiquées par un simple trait gris, les chairs n'existent pas, les mains ne sont pas formées, les poses sont archaïques et raides; mais malgré tous ces défauts, communs aux autres compositions de cette époque, nous sentons les efforts faits par le peintre pour donner une personnalité à ces différents personnages. Nous éprouvons la même sensation devant le portrait de Jeanne d'Eau, agenouillée aux pieds de la Vierge, et devant ceux de Philippe le Bel, de Louis X le Hutin et de Philippe V le Long. Les portraits de Philippe VI de Valois et de ses pairs dans les actes du procès de Robert d'Artois, en 1332, dénotent un très léger progrès; l'artiste a fait un grand effort pour bien grouper ses personnages, mais sa manière d'exprimer les figures est encore bornée au simple trait cerclant les visages, les différents personnages sont raides et figés, les pieds chevauchent maladroitement les uns sur les autres, les gestes des bras et des mains sont très convention- JEANNE, COMTESE D'EU ET DE GUINES Miniature exécutée vers 1311 (Bibliothèque de l'Arsenal)

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--- JACQUEMART DE HESDIN (ATTRIBUÉ A). — JEAN, DUC DE BERRY Miniature des Grandes Heures du Duc de Berry, manuscrit exécuté vers 1400 (Bibliothèque Nationale. — Manuscrits) ---

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LES ARTS nels, tel l'allongement extraordinaire de certains index, nous sentons néanmoins une légère amélioration. Nous arrivons en effet à une époque qui fait date dans l'histoire de la peinture en miniature, c'est celle où le fameux atelier parisien de Pucelle va nous donner une série d'œuvres très belles, dont les plus célèbres sont la Bible de Robert de Billyng, et le Bréviaire de Clisson, exécuté en 1334. Nous ne saurions trop insister sur ces œuvres de Pucelle, car c'est là qu'apparaît pour la première fois ce culte de la nature et de la vie, ce souci d'exactitude et de vérité qui devaient caractériser notre art français des xive et xve siècles. L'influence de cette évolution apparaît particulièrement dans les portraits enluminés de cette époque. A défaut de ceux de Jeanne de France, reine de Navarre, datés de 1340, et déjà si vivants, qui furent prêtés à l'exposition des Primitifs français par M. H. Yates Thompson, l'exposition a pu montrer, grâce à l'obligeance du baron Vitta, deux portraits de Jeanne de Valois, sœur de Philippe VI, dont l'un, la représentant en franciscaine, aux pieds de saint Louis de Marseille, témoigne de cette évolution. L'avènement de Charles V marque une nouvelle transformation dans l'art du portrait en France; ce prince, très instruit et très savant, adorait les livres et se plaisait surtout dans sa librairie, origine de notre Bibliothèque Nationale; sous son règne, les miniaturistes eurent fort à faire, aussi leur art, d'une façon générale, et celui du portrait en particulier, fit-il de grands progrès. Nous en avons un exemple très frappant dans les nombreux portraits de ce prince qui sont exposés, et dans lesquels le modèle des figures apparaît vraiment pour la première fois; ces artistes, dont nous ignorons malheureusement les noms, cherchent à exprimer les chairs, les physionomies s'éclairent pour ainsi dire et deviennent bien personnelles. Ces portraits de Charles V sont généralement peints dans des encadrements à bordure tricolore sur des fonds très soignés et très finis, habituellement composés d'ornements géométriques dont les couleurs vives sont très harmonieuses. Mais ce qui nous plaît surtout dans cette suite d'effigies royales, c'est la très grande sincérité des artistes qui les ont exécutées; ce sont des portraits d'après nature par excellence, des portraits faits par des artistes vivant dans l'intimité du prince, le connaissant admirablement, notant les plus petites transformations causées soit par l'âge, soit par les infirmités, et tenant à le peindre tel qu'il était, avec son grand nez, son visage malheureux, sa mine chétive et contrefaite; ce qui explique cette ressemblance étonnante que nous trouvons entre ces différentes miniatures, ressemblance confirmée au reste par la très belle statue du roi, jadis à Saint-Denis, aujourd'hui au Louvre, ainsi que par le portrait du roi qui se trouve dans le Parement de Narbonne, du même musée. Toutes ces qualités, nous les retrouvons dans l'exquis portrait de Marguerite de Clisson, qui pourrait être daté des environs de 1385. L'artiste n'avait plus cette fois à peindre un prince vieilli et contrefait, mais une jeune et jolie femme; il l'a fait avec une sincérité aussi grande, ce qui nous a valu cette gracieuse apparition, si naturelle et si charmante. Citons à titre de comparaison et pour bien montrer la différence de l'art italien et de l'art français à cette époque,

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Cy commence le Lure de Freee Hayton --- Cy commence le lure freee fethan hayton de lordes de pe monstre soum comam du roy d'annemie qui parle des merveales des r. empojaul mes dille E royanne & cattroy et ram pour le plus noble roy suire et le plus nely qui soit ou monte et est fur le maa ge te la mec avance. En ves illes in te mec que ten nen puct pas bien fanour le nombre les gais qu hibitat an celio royanne wont apelle aathans et t eunect auter cubr mains breur hymnes et famines solont leur nacon mais tous ont les jeuls moult pras. et ont poux ta linte. selles gais ont lettes qui telante vettambant a lettes latines. et pardant une langage qui moult et douate des autres langues du monte. va avance de cette gait et moult onnale. Sar auams avient au coulal, autres ala tu --- JEAN SANS PEUR, DUC DE BOURGOGNE Manuscrit exécuté au début du xve siècle (Bibliothèque Nationale. — Manuscrits)

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LES ARTS un très curieux portrait de Pétrarque, identifié par M. de Nolhac, qui est le plus ancien portrait connu du poète. Gaston Phébus, en oraisons aux pieds du Père Éternel, marque un nouveau progrès, très sensible cette fois, dans la peinture de la figure humaine; le modelé en est excellent, les chairs bien traitées, les yeux expressifs et très vivants; la scène s'est élargie et est habilement composée, elle se passe sous une architecture qui dénote une véritable recherche de la perspective. Les miniaturistes sont maintenant en pleine possession de leur art, en un siècle après avoir franchi les différentes étapes que nous venons d'énumérer, ils sont devenus suffisamment forts pour saisir pleinement et interpréter la figure humaine en exprimant le caractère personnel de chaque physionomie. Avec les portraits du duc de Berry, nous arrivons en effet à des œuvres hors pair. On sait quel Mécène magnifique fut ce frère de Charles V, qui exerça tant d'influence sur les goûts de ses contemporains par la protection intelligente qu'il accorda aux artistes et par les très nombreuses œuvres d'art qu'il fit exécuter. Ce prince aimait beaucoup à faire reproduire ses traits, et il semble que les artistes aient rivalisé pour atteindre aux derniers degrés du réalisme dans les portraits qu'ils firent de lui. Voyez le duc assistant à une audience accordée par Charles VI à Pierre Salmon; mais le meilleur de ses portraits exposés est sans contredit celui qui le représente reçu par saint Pierre à la porte du Paradis, et qui se trouve dans le manuscrit des Grandes Heures du duc de Berry, ainsi mentionné dans l'inventaire de 1413 : « Unes très grands moults belles et riches Heures très notablement enluminées et historiées de grands histoires de la main de Jacquemart de Hedin et autres ouvriers de Monseigneur, » et qui contient toute une série de portraits du Duc. La scène est charmante, sous une architecture gris blanc qui laisse apercevoir un ciel bleu légèrement dégradé, saint Pierre, tenant les clefs du Paradis dans sa main droite, attire de sa main gauche le duc de Berry, magnifique de sérénité dans son grand manteau rouge; c'est bien le prince tout-puissant habitué à la réalisation de ses moindres caprices, et l'artiste a rendu admirablement sa figure grasse aux yeux très vifs et CHARLES VIII, ROI DE FRANCE Miniature exécutée vers 1590 (Bibliothèque Nationale. — Manuscrits) LOUIS II D'ANJOU, ROI DE SICILE Miniature exécutée vers 1637 (Bibliothèque Nationale. — Manuscrits)

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EXPOSITION DE PORTRAITS PEINTS OU DESSINÉS DU XIIIe AU XVIIe SIECLE spirituels. Nous sommes à l'apogée du portrait dans les manuscrits enluminés; on pourra en faire de plus savants, on n'en fera pas de plus vrais; cependant, pendant le premier tiers du xve siècle, nous assistons à une nouvelle évolution de cet art. Nous remarquons en effet, dans les portraits de cette date, une tendance à en élargir le cadre et à en faire insensiblement de petits tableaux. Nous en avons un exemple dans le portrait de Jean Sans Peur, représenté dans une salle gothique, recevant l'hommage d'un livre; il est coiffé d'un chaperon noir et vêtu d'un somptueux manteau de brocart d'or, garni de fourrure, qui laisse voir les manches d'une robe verte; la tête, bien personnelle, est très expressive; l'artiste a su grouper habilement plusieurs personnages dans l'entourage du prince, et cela n'a nullement amoindri le souci des détails: les fleurs, les boiseries, les architectures sont en effet rendues avec un soin inouï. Plus nous avançons dans le xve siècle, plus nous trouvons de portraits traités très largement, d'une façon se rapprochant beaucoup de celle des peintres; un des meilleurs du règne de Charles VII, celui de Louis II d'Anjou, roi de Sicile, se trouve dans le Livre d'Heures du roi René, exécuté aux environs de 1437. Ce portrait, d'un modèle parfait, d'un réalisme intense, est à rapprocher de la grande aquarelle exposée dans la même vitrine et qui représente le même prince. Il est intéressant de lui comparer le magnifique portrait du Vénitien Jacques-Antoine Marcello, exécuté à Padoue en 1453, d'un style si noble et si recherché, admirable spécimen de l'art italien de cette époque. Parmi les portraits de ce temps, deux des plus intéressants sont ceux de Guillaume Jouvenel des Ursins, chancelier de France, et de son fils Jean; ces deux portraits sont admirables de sincérité et de vie; quant à la composition de la scène, elle rappelle beaucoup celle de la Vierge au Donateur, du musée d'Aix, attribuée au maître de Flémalle. Cette imitation des peintres par les miniaturistes est très nettement visible dans le Chapitre de saint Michel tenu par Louis XI; c'est du reste assez naturel, puisque le comte P. Durrieu a pu, à juste raison, attribuer cette belle œuvre à notre grand peintre Jean Fouquet, LOUIS DE LAVAL Miniature exécutée vers 1460 (Bibliothèque Nationale. — Manuscrits)

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LES ARTS --- Page 8 Text Content aussi fameux par ses panneaux peints, comme son Jouvenel des Ursins, que par ses miniatures, comme celles des Heures d'Étienne Chevalier. Les portraits de Louis XI et de ses compagnons sont étonnants de vie, les figures sont d'une grande sincérité, enfin la composition, très habile, qui remplit tout le feuillet du petit volume, est d'un vrai peintre habitué à faire grand. Dès lors, cette influence va devenir la caractéristique principale des portraits des livres enluminés, comme, par exemple, celui de Charles le Téméraire, par Louis Liédet; celui du même prince présidant un chapitre de la Toison d'Or, ainsi que ceux de Louis de Bruges et de Jean de Paradis. Parmi les œuvres de cette époque, nous devons faire une place bien à part aux deux très beaux portraits de Louis de Laval, celui où il reçoit l'hommage des Passages d'Outremer de Sébastien Mamerot, et surtout celui qui se trouve dans son Livre d'Heures. Nous avons rapproché ces deux portraits, car ils semblent bien de la même main; dans les deux, Louis de Laval porte une robe violet lie de vin, d'une belle couleur, aux bordures éliminées, peinte largement; dans les deux, l'artiste se montre habile au point de vue perspective, et se révèle coloriste délicat et compositeur savant, mais il excelle surtout dans le rendu des figures. Le portrait de Louis de Laval dans son Livre d'Heures, par exemple, est merveilleux de réalisme; cette tête de vieillard au crâne dénudé, au nez allongé et légèrement relevé, aux yeux petits et bridés, avec ses rides nombreuses franchement indiquées, est un petit chef-d'œuvre; nous remarquons aussi une grande similitude dans la façon de traiter les étoffes et les draperies, entre ces portraits et ceux de Pierre Lebaud et de Jean de Derval. Citons encore les effigies si vivantes de Louis de Bruges, seigneur de la Gruthuyse, et ceux de Charles VIII et de Louis de Bruges, qui forment le centre de deux grandes compositions ordonnées comme de véritables tableaux. Le portrait de Charles VIII, peint dans l'épaisseur de la couverture d'un recueil de prières et identifié par Henri Bouchot, œuvre sauvage et maladroite, est cependant une véritable peinture, tant les touches du pinceau en sont larges et vigoureuses. Le règne de Louis XII vit encore l'accentuation de ces tendances: le portrait d'Enguerrand de Monstrelet, dû à l'École rouennaise protégée par Georges d'Ambioise; celui de Louis XII dans la Conquête de Gênes, dont les peintures si riches et si curieuses pour l'histoire du costume ont été attribuées sans raison à Jean Peréal; enfin, le portrait d'Anne de Bretagne dans ses fameuses Heures, dues au pinceau de Jean Bourdichon, attestent le plein développement de cette dernière évolution du portrait enluminé. Ce fut aussi, hélas! la fin de ce genre, et, désormais, sauf quelques rares œuvres intéressantes, telles que le portrait de Montmorency dans les médaillons de la Guerre Gallique, ou comme celui de Henri II touchant les écrouelles, ce dernier d'une composition si habile et si curieuse pour la reconstitution de cette scène inséparable du Sacre des rois de France, nous assistons --- Image Description JEAN FOUQUET (attribué A). — LOUIS XI TENANT LE CHAPITRE DE L'ORDRE DE SAINT-MICHEL. (Bibliothèque Nationale. — Manuscrits)

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EXPOSITION DE PORTRAITS PEINTS OU DESSINÉS DU XIIIe AU XVIIe SIECLE FRANÇOIS CLOUET (ATTRIBUÉ A). — LOUIS DE BÉRANGER DU GUAST (Bibliothèque Nationale. — Estampes)

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LES ARTS à une véritable décadence. Elle ne fit que s'accentuer avec les années, sauf de rares exceptions, comme les portraits du marquis de Bade, par Brentel; de Louis XIV, d'après Mignard; de la Grande Mademoiselle, et de Barthélemy Hervart, attribué à J. Petitot, jusqu'à la Régence, qui vit s'ouvrir, pour le portrait en miniature, complètement transformé, une ère de prospérité inouïe. Cette décadence de la miniature eut deux causes, la première fut la découverte de l'imprimerie; les imprimeurs, en effet, après avoir pastiché un instant les manuscrits à miniatures, comme le montre le très bel ensemble d'incunables exposés par l'éрудit M. Marchal, y renoncèrent vite et n'usèrent plus que de la gravure sur bois; la seconde fut la mode des portraits aux crayons. Ces portraits aux crayons, si longtemps dédaignés, sont appréciés aujourd'hui à leur juste valeur; ce revirement de l'opinion est en grande partie dû au très regretté Henri Bouchot, qui, le premier, en débrouilla l'histoire. Il restait à les faire connaître au grand public, M. F. Courboin s'est chargé de réaliser cette tâche peu aisée, et il l'a fait avec une science parfaite et une prudence qui révèle un esprit critique des plus avisés; il fut aidé par d'excellents collaborateurs, MM. J. Guibert, F. Bruel et Jean Laran. La mode des portraits aux crayons fit son apparition sous François Ier; elle a pour origine les esquisses rapidement enlevées des peintres désireux de saisir, pour ainsi dire au vol, la ressemblance des grands personnages qui n'avaient pas le temps de leur donner de séances de pose, et dont ils peignaient ensuite les portraits dans leur atelier. C'est là la raison principale des crayons, raison qui se conservera jusqu'au xvie siècle et dont nous avons la preuve dans les mentions de coloris relevées sur certains portraits de Chantilly et, par exemple, sur celui de Renée de Rieux, qui est exposé; à défaut de ces indications manuscrites, il ne saurait y avoir aucun doute sur cette destination des crayons, puisque nous connaissons les portraits exécutés d'après certains de ces dessins, par exemple celui de Marguerite de Valois, sœur de François Ier, à Chantilly, celui d'Élisabeth d'Autriche au Louvre et celui de Catherine de Médicis dans la collection d'Albenas. Mais il arriva bientôt un moment où ces portraits dessinés, qui n'avaient d'abord été qu'un moyen, devinrent pour les artistes un véritable but, comme, HENRI D'ALBRET ET MARGUERITE DE VALOIS Miniature exécutée vers 1526 /Bibliothèque de l'Arsenal Inueni Inam preciofam margaritam quam inti mo coide collegi:

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EXPOSITION DE PORTRAITS PEINTS OU DESSINÉS DU XIIIe AU XVIIe SIÈCLE par exemple, ceux de du Guast et de la reine Margot enfant, qui étaient destinés aux amateurs. Cette mode des crayons prit une telle extension, chacun voulant posséder les portraits des personnages célèbres, que les artistes durent en faire de véritables séries destinées à la vente, ce qui nous explique les répliques si nombreuses que nous rencontrons, répliques obtenues parfois par de simples calques, comme le portrait de Madame de Montrevel. Bien entendu, l'exécution variait selon les prix ; aussi, à côté de portraits soignés comme celui de Jarnac, voyons-nous des répliques de troisième main, fort éloignées des originaux. Notons l'utilisation touchante qu'en fit Catherine de Médicis, lorsque, inquiète de la santé de ses enfants, elle écrivit à M. d'Humières de lui envoyer les portraits de ses enfants « au créon pour avoir plutôt fait ». Les émaillleurs se servaient aussi de ces crayons; le musée Dubouchet conserve le dessin de L. Limosin pour son portrait du Connétable; ajoutons aussi que, dans certains cas, ils n'étaient que de simples reproductions de tableaux. Ces différentes catégories expliqueront suffisamment les inégalités de valeur qui pourront être relevées dans les œuvres exposées. Disposant de trop peu de place pour un sujet aussi important, nous allons étudier brièvement les étapes du portrait aux crayons. Au début du xvie siècle, sous François Ier, ces crayons sont d'une très grande simplicité d'exécution; les artistes se servent exclusivement de crayon noir et de sanguines variées; les œuvres exposées pour cette période sont des répliques dont les originaux sont à Chantilly, mais elles donnent une très bonne idée de cette facture. Actuellement on ne saurait leur donner aucun nom d'auteur, les portraitistes étaient très nombreux à la cour; le plus célèbre est Jean Clouet, mais rien ne permet de lui attribuer formellement aucun de ces crayons. Outre le métier, ce qui nous séduit dans ces portraits, c'est leur très grand accent de vérité, qualité qui les rattache étroitement aux enlumineurs du moyen âge. Nous possédons là des documents du plus haut intérêt sur la cour de François Ier; le roi nous apparaît tel qu'il devait être, avec son grand nez et ses lèvres sensuelles; près de lui sa maitresse, la belle comtesse de Chateaubriant, à la blonde chevelure, et, à côté d'elle, ses deux frères, Lautrec et Lescun, tous deux maréchaux de France de par la faveur de leur sœur. Puis voici la grande sénéchale, Diane de Poitiers, beauté grasse et opulente s'il en fut, qui nous renseigne mieux que toutes les effigies plus ou moins stylisées qui en furent faites, et nous fait très bien saisir le genre de beauté alors à la mode. Citons particulièrement, dans cette série, trois portraits d'enfants: François de Valois, Henri II et Marguerite de France, d'une grâce achevée, d'un dessin exquis. Nous sommes dans la même ignorance au sujet des très nombreux artistes qui travaillèrent sous Henri II et Charles IX; le plus renommé est François Clouet, peintre du roi, comme son père. Des peintures qui lui sont attribuées par une longue tradition comme, par exemple, les portraits de Charles IX à Vienne et d'Elisabeth d'Autriche au Louvre, ont guidé les auteurs du catalogue dans l'attribution qui lui a été faite d'un ensemble de dessins, provenant pour la plupart d'un album qu'on croit avoir appartenu à son neveu Foulon. Mais ce ne sont, si intéressantes soient-elles, que des hypothèses, aucun de ces dessins n'étant signé. Ces portraits, aussi sincères que les précédents, sont d'une facture déjà plus savante; l'artiste, ou plutôt les artistes, car il y a plusieurs mains, outre la pierre d'Italie et la sanguine, comme leurs ainés, se servent du pastel, de craie, et surtout font usage de l'estompe, ce qui, du reste, n'enlève rien à leur réalisme. Cette série constitue un véritable régal pour nos yeux, car elle évoque toute la cour des derniers Valois, depuis le temps où Catherine de Médicis, jeune, nous apparaît, modeste, subissant le joug de Diane de Poitiers, jusqu'au moment où ses portraits nous la représentent impérieuse et dominatrice comme il sied à sa toute-puissance. Près d'elle voici Marie Stuart, si coquette sous LOUISE DE SANOIE ET PIERRE FABRI Miniature exécutée vers 1519 (Bibliothèque de l'Arsenal)