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LES ARTS N° 66 PARIS — LONDRES — NEW-YORK Juin 1907 J. BAIL. — COIN DE LINGERIE CHEZ LES DAMES HOSPITALIÈRES DE BEAUNE (Société des Artistes français)

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Photo Grecque. HENRI MARTIN. — CRÉPUSCULE LES SALONS DE 1907 Société des Artistes français L’ÉPARPILLEMENT des volontés que nous déplorions à la Société Nationale est moins sensible au Salon de la Société des Artistes français. Par contre, il y a plus de monotonie dans les œuvres exposées. La direction imprimée par les premiers rôles est étroitement suivie par les disciples. Beaucoup parmi ceux-ci n’osent se libérer qu’après l’obtention des médailles. Mais, pour la plupart, l’heure des initiatives heureuses est alors passée. L’empreinte demeure ; ils ne sont, à jamais, que le reflet affaibli de tel ou tel. Ce que l’on constate sans regret, par exemple, c’est la disparition progressive des grandes toiles. Les peintres renoncent à prouver leur valeur en peignant au mètre carré. Certains, cependant, s’entêtent. Ainsi, M. Glaize, auteur d’un Enfer, sans accent; M. Laparra, dont le Piédestal perd toute signification par suite de la confusion de la scène. Il faut se réjouir, en revanche, des efforts faits par quelques artistes pour réaliser des œuvres vraiment décoratives, équilibrées dans leurs lignes et harmonieuses dans leurs colorations. Telles apparaissent : Romainville en 1900, de M. Enders; les Vendanges, de M. Carré, où le caractère essentiel du paysage est souligné de très justes valeurs; Lunch dans un parc, de M. Tardieu, habile transposition de site et de personnages; la Visite du président Fallières à l’Exposition des Industries textiles de Tourcoing, épisode panoramique, bien dans l’atmosphère, dû à M. Grau, qui a su varier l’effet en atténuant ou en accentuant par des jeux de lumière, la signification de certains groupes. M. Henri Martin a fait, toutefois, œuvre autrement essentielle dans deux grands et beaux panneaux, où la poésie du sujet est soulignée par la magie des colorations : Crépuscule présente, dans le recueillement du soir, un vieux berger dont la silhouette éclairée par les roses rayons d’un soleil mourant se découpe en lumière sur le haut d’une falaise dominant une mer dont le flot, déjà, s’assombrit; la Vie champêtre réunit en un pré piqué de grands arbres et doré de soleil une famille venue à la rencontre du père, dont le labeur s’achève. Dans un autre ordre d’idées, il convient d’apprécier favorablement l’effort donné pendant plusieurs années par Édouard Toudouze. Chargé de raconter dans une série de cartons de tapisseries destinées à décorer la grand’chambre du Parlement de Rennes, les fastes de l’histoire de Bretagne, il a paré ses compositions d’archaïsme moderniste. Dans celles des tapisseries qui sont exécutées, l’effet voulu par l’artiste demeure. À peine souhaiterait-on, à côté de rouges puissants, la présence d’une autre solide couleur, un bleu profond, par exemple, qui eût aidé à équilibrer les tonalités et à découper plus nettement les silhouettes. Je ne trouve pas la même « lisibilité » dans le somptueux panneau — destiné, semble-t-il, à être exécuté, lui aussi, en tapisserie — où M. Albert Maignan raconte un épisode de la conquête de la Toison d’or : le Poison de Médée. Pendant que l’on tisse aux Gobelins des tapisseries d’après les cartons qu’il a exécutés à la gloire de Colbert; que la municipalité de Toulouse fait maroufler les décorations qu’elle lui commanda pour son Capitole, Jean-Paul Laurens se repose en crayonnant une nocturne collision de Guelfes et Gibelins, d’un dramatique effet, et en peignant la Chronique, où demeurent ses habituelles qualités d’exécution. Avec un constant bonheur, M. Joseph Bail présente, toutes blanches dans leur lingerie caressée de soleil, les Dames hospitalières de Beaune. Pour ses identiques qualités de recueillement on mentionnera ici une œuvre plus modeste : le Bénédicité de l’aïeule, de M. Désiré-Lucas. M. Rochegrosse, le triomphateur de l’an passé, envoie deux petites compositions, dont l’une, *le Bain de l’impéra-

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LES SALONS DE 1907. — SOCIÉTÉ DES ARTISTES FRANÇAIS FRANÇOIS FLAMENG. — « SOIR DE MAI »; PORTRAIT DE Mlle F. F... (Société des Artistes français)

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LES ARTS LÉON BONNAT. — PORTRAIT DE M. PADEREWSKI (Société des Artistes français) trice Théodora, sans avoir un mérite transcendant, est supérieure à l'autre : Ambassadeurs barbares à la cour de Justinien. Combien je préfère, pour la distinction de l'arrangement, la richesse des tonalités et les qualités de lumière, le Jardin de Bérénice, de M. Gorguet! Je regrette, toutefois, que ce dessinateur, habituellement précis, ait négligé d'accentuer la physionomie de Bérénice, un peu flou dans le décor enchanteur. Trop de précision, par contre, compromet la gracieuse composition que M. Gervais a intitulée le Miroir. Il s'agit d'une vasque d'où s'échappe une eau limpide. Deux élégantes créatures, mi-nues, contemplent les lignes de leur buste, la grâce de leur sourire dans ce miroir improvisé. Moderniste aimable, M. Paul Chabas envoie un Premier bain, qui a les qualités de ton, mais non la vigueur des triomphants Joyeux ébats. Sa valeur comme portraitiste s'affirme, une fois de plus, dans le portrait de Mademoiselle M. M... M. Aimé Morot a groupé dans une même toile deux adorables fillettes blondes. Mais pourquoi ce dessinateur nerveux, cet ami des tonalités franches a-t-il peint un lion mélodramatique beurré de bitume et nourri de laques? Deux petits portraits sentimentaux sont titrés par M.Jules Lefebvre, Giovannina et Marguerite. Je leur préfère la gracieuse créature toute claire dans son peignoir blanc, à fleurs, qui a inspiré à M. Tony Robert-Fleury, Douce pensée. C'est à M. Bonnat qu'échoit habituellement la mission de portraiture les présidents de la République. Ses effigies sont véridiques. Celle de M. Fallières l'est presque trop, dans sa pose affaissée, bonhomme, très naturelle. Constatation, mais non critique. Un tel portrait sera un document précieux pour les historiens de l'avenir. On aime pour sa belle franchise et l'intellectualité qui s'en dégage, l'effigie de Paderewski, due au même artiste. M. Bordes, qui a peint, outre un expressif portrait de femme, le portrait de M. Cornely n'avait pas, devant lui, un modèle idéal. Mais il a sauvé la mise en exprimant supérieurement l'esprit qui illumine la physionomie du célèbre journaliste. Mademoiselle Delasalle a signé un bon portrait de Madame G. L... et celui, à mi-corps, du peintre Pierre Prins. Quand on va d'un portrait de femme à un autre portrait de femme et qu'on examine ces visages figés dans le même sourire, qu'on apprécie ces robes froufroutantes indiquées avec maëstria, mais pareillement, la mélancolie prend parfois. Les artistes célèbres qui les signèrent semblent avoir exécuté un travail mécanique. Leur esprit a été préoccupé de flatter la cliente et leur main, de faire valoir les falbalas. Ils se résignent à de telles exigences. Bien peu, parmi eux, donnent l'impression d'avoir eu la curiosité de leur modèle. Et voilà pourquoi ces physionomies, sous l'éclat apparent, révèlent si peu de vie, de volonté, malgré le grand nom qui se lit au coin de la toile. Alors on songe aux effigies émouvantes, spirituelles, que peindraient des artistes moins achalandés. Ceux-ci auraient le temps d'étudier le modèle, de comprendre, de se passionner. Mais il faudrait que ces belles dames consentissent à choisir elles-mêmes leur peintre, celui dont la couleur, les habituelles tonalités s'assortiraient le mieux à leur beauté. Une femme d'élite, Madame Aurel, a écrit : « Vous me dites de certains mots qui me vont mieux que la robe qui va le JULES LEFEBVRE. — GIOVANNINA (Société des Artistes français) Copyright 1907, by J. Lefebvre.

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LES SALONS DE 1907. — SOCIÉTÉ DES ARTISTES FRANÇAIS TH. CHARTRAN. — PORTRAIT DE Mme P...

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LES ARTS TONY ROBERT-FLEURY. — DOUCE PENSÉE (Société des Artistes français) mieux. » Ah! les peintres qui diraient « certains mots » avec leur pinceau ! M. Paul Chabas en fut un parfois. M. Darrieux, M. Lavergne, M. Ivanovitch, M. Cazaban atteignent à l'expression subtile cette année. Revenons aux célèbres : on ne saurait rien dire de nouveau en ce qui concerne M. Dawant, peintre de genre et portraitiste, selon qu'il lui plaît, et M. Baschet, qui a peint deux remarquables portraits d'hommes, son père et M. Tony Robert-Fleury, et pastellé les effigies de Madame L... et de Mademoiselle A.-M. B..., blanche et gracieuse. Inutile, n'est-ce pas, d'insister sur M. Chartran, qui expose le portrait de Madame P..., et dont les mérites sont reconnus dans les deux hémisphères et même à Rome. Mademoiselle F. F..., Madame M... se sont fait portraiture avec de belles robes dont l'éclat est supérieurement rendu par M. François Flameng; Madame O. de R..., la comtesse C... et Mademoiselle J... ont eu raison d'avoir confiance dans la brosse soigneuse de M. Ferrier. Mademoiselle L. U... a posé devant M. Humbert qui l'a représentée séduisante à souhait, et Madame P. D..., devant M. Cormon qui envoie aussi un portrait de sa fille Madeleine. M. Cormon a peint quelques-uns des meilleurs portraits de ce temps, par exemple certain Henry Maret qu'une effigie du même écrivain exposée cette année n'évincera pas. M. Patricot fait surgir de blancs et de gris argentés le visage de la Comtesse Cheref-Ourosoff et M. Lauth pare de mystère la grâce de Mademoiselle L. de L... Certaine Dame en bleu a fait un bon choix en s'adressant à M. Fuchs. Le petit portrait de femme de M. Bouchor est excellent. M. Ernest Laurent divise le ton. Ce procédé, rude avec d'autres, se résout chez lui en harmonies d'un charme infini. Le ton ne vibre pas, mais s'enveloppe de mystère. Toutes choses qui vont bien aux physionomies de $M.$ et $M^{\text{me}}$ $P.J.$ ... Les incidents de la vie élégante sont ici racontés par une élite d'artistes sensibles à la grâce d'une attitude ou à la féerie des lumières exaltant la beauté des mondaines parées pour les fêtes, pour l'amour. Le plus complètement doué d'entre eux, M. Charles Hoffbauer, fait luire dans l'écrin d'un restaurant londonnien une créature d'élite dont la chair, échappée d'un fourreau de satin, de dentelles et de perles, reçoit la caresse des demi-lumières éparses sur les tables ou tamisées par un grand vitrail qui transfigure les clartés venues du dehors. M. Etcheverry, qui raconta naguère, et si élégamment, certaines défaillances mondaines par les soirs de fête, suit cette année ses gracieux modèles sur les plages de Biarritz et de Trouville. Période de repos. Les âmes se recueillent et les liens familiaux se resserrent. A l'abri des parasols et des tentes, les élégantes brodent, surveillent les jeux des babies. Harmonie de cœur, harmonie de nature délicatement exprimées. Mais le ciel se couvre, la bourrasque surgit, renverse parasols et tentes. C'est un sauve-qui-peut général, une envolée de jupes, de plumes, de rubans que M. Etcheverry exprime d'une façon amusante dans le Coup de vent à Trouville. M. Avy saisit dans Déjà, le jour! la mélancolie d'une fin de souper au petit jour, angoissante minute durant laquelle les plus ardents ne peuvent échapper au frisson avant-coureur des matinales clartés. Dans une tonalité maladive qui lui est particulière et qui a du charme, M. Ridel présente une voluptueuse baigneuse que l'arrivée intempestive de cygnes chasse de l'étang dont l'eau caressait sa nudité. Une femme passe ; elle est tout jeunesse, tout sourire. Son auteur ? M. du Gardier, qui expose une autre bonne peinture, un effet de lumière bien franc : Gondoles. Le Potin, de M. Cayron, assemble de jolies femmes. M. Debat-Ponsan réunit d'autres gracieuses femmes A bord de la Suzon et donne une bonne interprétation de nature dans sa rustique Impression d'été sur la Loire. Les Danaides. Saint-Germain-l'Auxerrois rappellent un Sabatté que le séjour de Rome a gâté. De la lumière et de la poésie dans l'Idylle de M. Loys Prat, qu'il ne faut pas confondre avec M. Louis Prat, auteur d'une savoureuse petite toile, Intérieur. Quelques Cènes. La plus émouvante a pour auteur M. Moser. Le Christ est vu de dos. Tout l'intérêt se porte sur les disciples dont les physionomies expressives reflètent la pensée du Fils de Dieu. Il est regrettable que cette idée heureuse soit exprimée dans une couleur sombre qui fait ressembler ce tableau à une toile enfumée, oubliée en quelque musée. Je ferai la même critique aux peintures vigoureuses, intéressantes par certains côtés, mais trop « musée » de MM. Sutton et Le Roy d'Etiolles. Il est entendu que les sujets choisis par M. Devambez sont toujours pittoresquement traités. Il le prouve dans l'Assaut et la Place Pigalle. Mais combien semblent frivoles ces anecdottiques compositions lorsqu'on leur oppose une toile comme le Soir de Fête, de M. Adler, encore que cette œuvre ne soit pas complètement au point. Il faut aussi placer parmi les peintres d'avenir M. Jonas, le portraitiste précis des Marguilliers et le dramaturge des Roufions, épisode de grève en pays minier, et aussi M. Jamois qui se

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LES SALONS DE 1907. — SOCIÉTÉ DES ARTISTES FRANÇAIS révèle dans un excellent tableau : Sortie d'hospice à Lille. Bonnes peintures, la Foire de la Madeleine à Argenton-sur-Creuze de M. Maillaud, le Troupeau en marche de M. Capgras, la Vie champêtre de M. Dupuy, l'Intérieur de pécheurs en pays bigouden, de Madame Gonyn de Lurieux. Paul-Louis Courier conseillait à Madame Pigalle, sa jolie cousine de Lille, d'éviter les récits dramatiques, la délicatesse de son sourire gâtant tout. Il eût donné, je crois, le même avis à Mademoiselle Rondenay qui, ayant peint avec un délicat sentiment un expressif portrait de jeune fille, a voulu forcer son talent dans les Trois-Huit, triptyque qui ambitionne de résumer la vie ouvrière. Une toile de M. Pierre Calmettes permet aux lecteurs du Lys rouge de pénétrer un moment dans l'artiste petit hôtel où Anatole France accumule tant de précieux bibelots. M. Montassier a su exprimer l'âme de certaine salle de l'hôtel de Cluny. Venise a des fervents. Qui s'en étonnerait? Les uns sont tentés par son atmosphère. Le meilleur d'entre ceux-ci est M. Duprat, qui a peint une œuvre excellente: Vers le soir; les autres sont pris par la poésie de ses palais, de ses canaux, tel M. Bompard, qui arrive à une grande intensité de lumière dans le Pont de Marbre; tel M. Léonce de Joncières qui, dans sa grande toile, Sur le sillage de Musset, a exprimé le ravissement d'un couple jeune, l'ami et l'amie, serré au fond d'une gondole dont la sombre et fine silhouette glisse sur le Grand Canal entre deux files de palais; d'autres encore s'essayent à ressusciter l'intimité de la vie vénitienne d'autrefois, de la vie vénitienne chère à Longhi. M. Saint-Germier met dans ses évocations du passé infiniment de talent. Si les Bergers des Abruzzes de M. Guétin n'ont pas de caractère bien particulier, il n'en est pas de même de la Marraine, femme de Scanno (Abruzzes), dont Mademoiselle Marguerite Delorme, dans une toile d'une jolie lumière, a fixé les traits étranges et doux. Accroupie, corsage noir, tablier de soie rose, «la Marraine» présente le nouveau-né, petite momie expressive enserrée dans un maillot blanc à fleurs. On connaissait jusqu'ici de Mademoiselle Delorme des dessins très beaux, mais point encore une toile aussi lumineuse et d'une telle qualité de ton. M. Louis Cabanes a peint adroitement, sans recherche théâtrale, une scène historique: Signature de la paix d'Alais (1629). G. ROCHEGROSSE. — AMBASSADEURS BARBARÈS À LA COUR DE JUSTINIEN

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LES ARTS M. Fouqueray, historiographe des fastes de la marine révolutionnaire, évoque l'agonie héroïque du Ca-Ira au combat du cap Noli, 24 ventôse, an III. M. Boutigny réserve sa sympathie aux armées de terre et raconte pittoresquement l'Entrée de l'armée de Pichegru à Amsterdam. Les traditions de la grande école paysagiste qui honora l'art français au milieu du xixe siècle sont perpétuées par l'infatigable maître Harpignies représenté cette année par deux œuvres caractéristiques : Souvenir du Cap Martin, les Oliviers à Menton. Ce maître mis à part, très haut au-dessus des phalanges d'habiles, on constate deux courants dans l'école moderne de paysage. Les véristes présentent la nature telle qu'elle apparaît dans la lumière diffuse et acceptent comme bon, tout motif, pourvu qu'il y ait un arbre, une colline, un peu d'eau, un ciel. Ils réussissent à rendre, au moyen de virtuo- H. HARPIGNIES. — SOUVENIR DU CAP MARTIN (Apartenant à MM. Arnold et Tripp) sités de palette, l'écorce de l'arbre, le frémissement de la feuille, le miroitement de l'eau qui fuit. MM. Guillemet, Dameron, Rigolot, Biva, Nozal, René Fath ont acquis à cet exercice gloire et fortune. Les idéalistes, eux, se préoccupent de choisir le site, de révéler la poésie de l'heure. Tel, M. Pointelin que représentent supérieurement Côte moussue et Matin, tels ces luminaristes très près de M. Henri Martin, qui s'appellent Loubat et Rémond, tel aussi M. Pillot, auteur d'une Nuit d'aout qui a du charme. M. Morlot est hésitant entre les deux parties. Il s'affirme surtout en des aquarelles, Montarlot, Lever de lune à Bourbonne, très supérieures à ses peintures. Si, en dehors de toute préoccupation, on désire respirer à pleins poumons, s'imprégner d'air et de lumière, il faut s'arrêter devant les Ombres portées, de M. Tkachenko. La lumière d'Afrique, les indigènes de notre Algérie, du Maroc, du désert sont prétextes à maintes œuvres qui passionnent toujours. Ne retrouvons-nous pas en elles un peu du mystère, de la poésie dont sont parées ces terres, où

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LES SALONS DE 1907. — SOCIÉTÉ DES ARTISTES FRANÇAIS la lumière, la vie, la végétation ont une intensité, une robustesse inconnue à notre vieux sol ? Quoi de plus étrange que cette Fête nègre à Blidah de M. Bridgmann, de plus attirant que cette Fantasia dont M. Clairin est le conteur? Le même artiste fixe une impression d'autrefois dans son Marché à Madrid, en 1868, où les yeux des paysans castillans luisent sur le passage d'une Manola parée et fardée. Voici encore les Prisonniers arabes à l'heure de la soupe de M. de Richemont, le lumineux Marché de Sfax de Madame Lucas-Robiquet, le Désert PAUL CHABAS. — PREMIER BAIN peintres étrangers, de bons et vigoureux artistes venus de partout. Les peintres espagnols sont surtout remarquables. Aucun n'a, certes, l'apreté de Zuloaga, mais des qualités autres recommandent l'Andalousie, de M. Ribera, belle page de lumière et d'amour; les étranges bohémien, escortés de gendarmes catalans : Mojos de escuadras de M. Vazquez; les Gitanes de M. Torrès. Les Espagnes de M. Bergès et de l'habile M. Zo s'en affadissent d'autant, encore que son Jeu de pelote soit une bonne toile. La production anglo-américaine est recommandée par le Samovar et les Poissons rouges, de M. H.-S. Hubbel; Rose, où Mademoiselle Greene-Blumenschein marie l'ingénuité de Chardin à la fraîcheur de Renoir; la Visite, de M. Miller; la Poupée mise à l'écart, de M. Fr.-G. Carpenter, œuvre exquise. Le sentimentalisme anglais apparaît évoqué par M. Cabanes à l'heure où le soleil se retire du sol et baigne les montagnes lointaines de l'eures roses. Des Fleurs de printemps soutiennent le juste renom de M. Quost. L'habileté de M. Rivoire et de Madame Anna Zuber s'affirme en d'expertes aquarelles auxquelles nous préférons cependant, pour leur dessin ferme et délicat, les belles et sincères études de fleurs de Mademoiselle Marcelle Lambrette. Des œuvres âpres, acides, tranchant par les types, le rendu, la lumière avec la production ambiante signalent des dans les diaphanes apparitions si gracieuses et si peu sensuelles qui animent le Jardin de Cupidon, de M. Lorimer; dans les sourires d'enfants qui illuminent Sept ans aujourd'hui! de Madame Vedder-Roos; dans Poètes sont ceux qui aiment, de Madame Alma-Tadema, à qui sa fille, Miss Anna, gentiment, donne la réplique dans cette aquarelle titrée: Tout à donner. Peut-être a-t-on trop dit que les recherches neuves étaient systématiquement proscrites des Salons officiels et principalement de celui-ci. Je considère comme une toile franchement moderne l'Œillet rouge, de M. Cauvy, qui a si curieusement échantillonné et fait chanter des tons vifs et francs. M. Rudolf Quittner, auteur d'une autre œuvre très moderne, Aux Bords du fleuve, s'avoue élève, uniquement, de Camille Pissarro. Enfin, les Vampires, étude de nu d'un

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LES ARTS sensualisme aigu et si raffinée de coloration, due à M. Csok, doit plus aux rapports de ton de Cézanne et aux nus de Renoir qu'aux méthodes académiques. Les miniaturistes des xviiie et xviiiie et ceux de la première moitié du xixe siècle ont laissé des portraits spirituels et de dessin ferme, qui font le bonheur des esprits délicats, tant ils sont parlants, indiscrets. Cet art est tombé très bas. Peut-être sied-il, toutefois, de nommer les quelques artistes, des femmes, qui perpétuent avec un certain talent les bonnes traditions. Un seul nom méritait d'être signalé à la Société Nationale des Beaux-Arts, celui de Madame Rossert. Il y a plus de choix aux Artistes français, où l'on retrouve Mesdames Debillemont-Chardon, Pomey-Ballue, Charbuy-Caudron et Mademoiselle Dick-Dumas. Quelques étrangères apportent, dans l'exécution des miniatures, une note peut-être supérieure. Par exemple, Mesdames Maria-J. Strean, Mary-F. Bill, Mademoiselle Martha Baker, dont la Jeune fille aux cheveux rouges est tout à fait remarquable. CHARLES SAUNIER.

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PORTRAITS DE FEMMES A BAGATELLE WINTERHALTER. — S. M. L'IMPÉRATRICE EUGÉNIE (Collection de Madame Gardner)