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Revue Pratique de l'Habitation
d'aujourd'hui
23e année
Publication périodique n° 104
Prix : 350 F
- Table: Black and white, framed with red curtains.
- Chairs: White, patterned, placed on a red tablecloth.
- Decorative Items: Various items including flowers, candles, and a lamp.
- Background: Modern interior design with large windows.
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LE DÉCOR D’AUJOURD’HUI
DIRECTEUR : JACQUES DE BRUNHOFF
2, RUE DU COLONEL-DRIANT, PARIS - 1er
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le décor d'aujourd'hui
revue pratique de l'habitation
N° 104
1956
sommaire
- De la couleur! de la couleur! par Michel Dufet ..... 245
- Un grand médecin accueille ses malades. Le nouveau monastère de La Clarté-Dieu, par Madeleine Fuchs ..... 246
- Tables basses (créateur, Magot) ..... 249
- Au Liban comme au Pérou, Jean Royère sert bien l'influence française ..... 255
- Les nouveaux fauteuils «Corolle» (fabriqués par Méral) ..... 256
- Ces meubles de série sont en acier plié et aussi, polychromes (réalisations de Lancel) ..... 261
- Une villa à la Celle-Saint-Cloud (décorateur Gustave Gautier) ..... 262
- Balle d'avoine, pelure d'oignons, etc., éléments nouveaux du décor ..... 263
- Arbustes décoratifs à fruits, par H. Fuchs, ingénieur horticole ..... 270
- Salles à manger ..... 273
- Cette surprenante vitrine-portrait est... à Montluçon! ..... 274
- Ces tapis viennent de l'Équateur ..... 277
- Les salons de jadis, renaissent grâce à la série (sièges Erton) ..... 278
- Dans des volumes rustiques des sièges modernes (sièges Steiner) ..... 279
- Se chauffer. Exposé pratique des modes de chauffage individuel et analyse des plus récents appareils, par Charles Rambert, architecte D.P.L.G. ..... 281
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photo collas
En exposant au Salon des Artistes Décorateurs une chambre composée de meubles métalliques fabriqués en série, Lancel a voulu démontrer que le métal, réservé jusqu'alors à l'équipement de bureaux ou cuisines, pouvait tout aussi bien figurer dans les pièces les plus nobles et les plus luxueuses de la maison. Le coin de la chambre que nous montrons ici avec son élégant meuble d'appui entièrement en métal léger, témoigne de cette certitude. Dans un coffre gainé de Sanglar parchemin, la façade, avec deux portes et quatre tiroirs laqués vert foncé, s'encadre dans un profil en aluminium aluminité or. Le fauteuil tout en acier reçoit une garniture de Dunlopillo que recouvre un tissu «toison». La coiffeuse est en métal et glace. Disderot a édité ce luminaire dessiné par Lancel. Une heureuse tapisserie de Julien se détache d'un panneau mural revêtu de Buflon. Au sol, du Vénidal rouge vif des Etablissements Maréchal.
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2, RUE DU COLONEL-DRIANT - PARIS (1er) - CENTRAL 22-90
REGISTRE DU COMMERCE : SEINE 257-489 B . COMPTE CHÈQUE POSTAL : PARIS 1752-84
Directeur : JACQUES DE BRUNHOFF
Rédacteur en chef : MICHEL DUFET
Secrétaire de la Rédaction : MADELEINE FUCHS
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Directeur : Guy DUVERNE, 2, rue du Colonel-Driant - PARIS (1er) - CEN. 86-15
PRIX
Le numéro (France et Union Française) franco 350 F.
Abonnements :
Un an (8 numéros), France et Union Fse : 2 300 F ; recommandé : 2 500 F,
Étranger : 3 000 — — 3 300 —
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En cas d'augmentation de prix les abonnés seront servis jusqu'à concurrence de la somme à leur crédit
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REVUE PRATIQUE DE L'HABITATION d'aujourd'hui
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DE LA COULEUR ! DE LA COULEUR !...
CONCEVOIR et composer un décor ou un meuble grâce à des matériaux dont la couleur n’est pas éphémère constitue bien l’un des signes qui semble devoir distinguer le style de notre époque. L’invention de ces matériaux nouveaux et leur adaptation à notre vie de chaque jour par des architectes et des décorateurs épris d’inattendu sont à la base de cette révolution. Pigments qui ne sont pas influencés par la lumière du jour et dont l’intensité ne diminue pas; matières plastiques qui les peuvent recevoir dans leur masse et prendre telle forme que l’on souhaite, revêtement pour plaquer, tissu pour gainer, pellicule pour enduire; émaux que l’on peut, grâce au progrès des techniques, appliquer sur des panneaux de glace; aluminium enfin qui, par des procédés anodiques d’oxydation et des gravures au sable ou aux acides peut recevoir des coloris d’une exceptionnelle richesse, confèrent aux décors colorés une pérennité certaine et modifient de façon totale le climat de la décoration contemporaine. Le Salon de la Société des Artistes Décorateurs a été, cette année, le haut lieu où se sont confrontées, et d’une façon exceptionnellement neuve et spectaculaire, ces diverses techniques, animées par des créateurs soucieux de neuf et ennemis des routines.
Mais s’il convient de complimenter les organisateurs de ce Salon, il faut aussi rendre hommage aux grandes firmes qui n’ont pas craint de consacrer à des recherches sans aucun résultat pécuniaire immédiat, d’énormes crédits. Et nous citerons les Charbonnages de France qui ont permis la réalisation au Salon des Arts Ménagers de cette maison en plastique qui fut un si sensationnel événement, Saint-Gobain grâce à qui put être présentée au Salon des Décorateurs, cette immense salle revêtue de glace émaillée d’un ton vert et garnie de vitrines aux formes si rares, enfin Formica, Pechiney, etc. Que d’aussi importantes firmes consentent de grands sacrifices pour encourager et subventionner des recherches montre bien que celles-ci sont capables d’intéresser un nombreux public sinon d’être, à plus ou moins longue échéance, une source de lucrative efficacité.
Ils sont devenus bien rares aujourd’hui, en effet, ceux qui contestent la nécessité d’adapter les progrès techniques à notre vie de chaque jour et ne souhaitent de la rendre ainsi plus facile, plus heureuse, moins encembrée de fastidieuses besognes. Et s’il en est qui regrettent le bon vieux temps, leur romantisme ne va pas jusqu’à souhaiter le retour des diligences, des galères ou des moissons à la faucille.
Car ce ne sont pas seulement les intérieurs de nos maisons qui se parent aujourd’hui des plus vives et brillantes couleurs, mais aussi leurs façades. On sait que Le Corbusier a orné de panneaux rouges, jaunes et bleus d’une rare violence les alvéoles ouvrant derrière les balcons de sa maison de Marseille et nos lecteurs connaissent les réalisations de Delmarle dans les habitations construites par Zehrfuss pour la Régie Renault à Flins. Citons aussi les nombreux essais dont la réussite est complète et qui ornent de coloris homogènes, sans outrances et fort harmonieux, des immeubles reconstruits dans des villes sinistrées comme Royan, Toulon, etc. C’est donc bien un nouveau langage qui s’offre aujourd’hui à nos architectes et à nos décorateurs pour s’exprimer et donner à notre vie une atmosphère et un cadre absolument nouveaux. Et si l’on peut déplorer, dans ces premiers balbutiements, une violence, une sauvagerie qui convient peu à nos climats brumeux et gris, on ne saurait accueillir sans respect ces prémices d’un art grâce auquel, malgré la géhenne où les mauvais bergers nous font vivre, la volonté de créer autour de nous bonheur et joie s’affirme avec tant d’évidence.
Michel DUFET.
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ici, un grand accueille ses MÉDECIN MALADES
EN plein Paris c'est une surprise que de découvrir un appartement aussi somptueux de proportions, parqueté comme à Versailles, s'ouvrant, comme une maison de campagne, sur un jardin où pousse du gazon et grandissent des érables. Habité depuis un an par un grand médecin, cette demeure a le mérite de ne pas avoir le clinquant du neuf et d'évoquer une intimité franche, où ne se heurtent ni les tonalités
A gauche. Une haute fenêtre éclaire la petite salle à manger; comme elle s'ouvre sur un ravissant jardin avec pelouse et gazon, sa lumière est aussi vive et intime que celle de la campagne. Pour en feutrer l'effet, la fenêtre a été voilée et habillée sur toute sa hauteur de deux rideaux de faille jaune passementés d'un galon directoire : « les Cerises ». Les deux fauteuils Louis XVI sont revêtus de cuir jaune. Ci-dessous, l'ensemble de la même salle à manger. Sur les murs un papier peint panoramique de Zuber relate en plusieurs épisodes « la conquête du Brésil » avec cette naïveté imagée et lumineuse qui exclut les coloris chauds et heureux. Lanterne directoire en verre et cristal. Table demi-lure.
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Ci-dessus, détail du papier panoramique « La conquête du Brésil », édité par Zuber. Au-dessus de la cheminée de marbre noir, et tout autour de la salle à manger, s'étale cette lyrique histoire d'Indiens et de Portugais, méchants et bons ennemis de guerre qu'un romantisme à la Chateaubriand a pacifiés dans une chaleureuse compréhension mutuelle. Le même roman-tisme a décrit la nature avec cette générosité brillante qui nous vaut en matière de papier peint l'une des plus spectaculaires réussite du genre. Cette jungle imaginaire aux arbres prodigieux, aux lianes exubérantes, a fourni à l'artiste prétexte à une riche composition ornementale, dans des dégradés de vert, des éclats de rose et d'ocre, des fluidités de bleus. Des objets d'argent, candélabres ou soupières, ressortent dans cette harmonie.
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ni les matières. La recherche de tons patinés, la volonté de donner aux meubles de prix, et au décor, un caractère familier, de faciliter la circulation dans de grandes pièces disposées en enfilade, ont marqué l'audace peu courante du décorateur Bernard Langer. Oui, c'est le mot juste, car, si l'on considère que cet appartement est une habitation fonctionnelle où le médecin exerce sa profession et donne ses consultations, on conviendra qu'il fallait de l'audace pour parvenir, par un désir de simplicité et de respect des exigences de la vie courante, à mettre à l'aise, dans le faste, le docteur et ses clients.
photos ean-pierre sudre
Ci-dessus. Au lieu de se borner à créer dans le grand salon un ensemble qui risquait de paraître pompeux, le décorateur a très habilement donné un caractère d'intimité à cette pièce d'où l'on aperçoit en enfilade toutes les autres pièces de l'appartement. Voici une table bouillotte Louis XVI, à galerie de cuivre, près de sièges Louis XVI en bois doré. Au fond, une belle tapisserie du XVIIIe.
Les murs de la salle de consultation sont entièrement revêtus d'une boiserie Empire peinte en ivoire réchampie de vert; la bibliothèque est conçue dans ce même style. Sur un tapis persan, le bureau du médecin est d'époque Directoire anglais. Le tabouret en X est recouvert d'un coussin capitonné en cuir jaune. Les rideaux en faille jaune sont galonnés de rouge.
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le nouveau monastère de LA CLARTÉ-DIEU
BATI dans un parc boisé à Orsay (Seine-et-Oise), le Monastère de La Clarté-Dieu, couvent d'études des Franciscains, est une œuvre extrêmement moderne. Soumis pourtant aux principes immuables d'une règle spirituelle stricte, Luc et Xavier Arsène-Henry, archi-
Fidèles à la même grande tradition spirituelle depuis saint François d'Assise, les Franciscains savent pourtant s'adapter à une esthétique ultra-moderne, lorsque celle-ci parvient à exprimer avec sincérité l'une des idées majeures qui règle la vie du moine : le dépouillement. Au faite de l'Église Conventuelle, voici la Croix en fer, émouvante de simplicité, soutenue par deux anges, sculptés également dans le fer par Coulentianos, l'un de nos meilleurs jeunes sculpteurs modernes.
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« Bâtissez », avaient dit les moines aux architectes Luc et Xavier Arsène-Henry, « nous y mettrons l'esprit religieux ». L'Église Conventuelle s'élève à plus de 12 m de haut; ses murs sont en ciment brut contrevenus à leur sommet par des fermes apparentes en bois, que l'on voit ci-contre dans une belle perspective. Un Christ expressif domine le maître-autel, dans cette architecture si sobre, qu'aucun embellissement ne vient masquer; sa beauté s'isole dans une grandeur fort tragique.
photos lucien hervé
A droite. Vue d'ensemble de l'Église Conventuelle. Sa disposition tient compte de cette donnée essentielle qu'impose une assemblée groupée autour de l'autel. Au centre, placé sur trois gradins, le maître-autel sans tabernacle est formé d'une seule dalle de béton. La messe peut se dire des deux côtés, soit vers les fidèles en avant, soit vers les membres de la communauté groupés au fond sur de robustes et austères bancs de bois.
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Les murs de béton brut sont ouverts à leur sommet et sur toute leur largeur par des baies vitrées. A gauche, l'une des deux longues verrières, qui ajoutent le mur du côté de l'assemblée des moines, est formée d'éléments de verres colorés, harmonisés dans la gamme allant de l'ocre, au brun par le peintre Resvany. La lumière qui transparaît à travers cette paroi filtrante imprègne les grands murs nus d'or et de joie. Dans ce mur quatre percées permettent aux moines malades d'assister aux offices.