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d'ecor REVUE PRATIQUE DE L'HABITATION d'aujourd'hui --- 23e année Publication périodique n° 102 Prix : 350 F

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le décor d'aujourd'hui revue pratique de l'habitation N° 102 1956 sommaire - Meubles de luxe, par Michel Dufet ..... 149 - De prestigieux ébénistes ont signé jadis tous ces meubles (chez M. Nicolay) ..... 150 - Mansart et Le Nôtre survivent dans ce domaine breton ..... 154 - A propos des Floralies de Nantes, des fleurs chez nous, par H. Fuchs ..... 156 - Cette vieille maison normande a gardé son authentique décor ..... 159 - Licences et cruautés du surréalisme, par Valentine Penrose ..... 162 - Une cheminée à deux faces ..... 165 - Royère a meublé la maison d'un prince de l'Arabie Séoudite ..... 166 - Des appareils pour éclairage diffusé (créations Biny) ..... 169 - Ces éclairages sont nés au Venezuela ..... 170 - Ces spirituels décors ornent des écoles helvétiques ..... 172 - Du verre pour vêtir nos bureaux (décoration de Jean-Philippe Valois) ..... 175 - Vers la grande liberté de l'architecture (Casino de Bray-Dunes) ..... 179 - C'était il y a plus de mille ans au Pérou ..... 182 - Il y a des sièges nouveaux au Danemark ..... 184 - Grâce à des vitrines mobiles, on peut transformer la façade d'un magasin ..... 188 - L'hygiène et la santé du mur, par Charles Rambert ..... 189 - Ces nappes imprimées pour vos réceptions ..... 194 - La décoration luxueuse emploie aujourd'hui le rotin ..... 196 - Superposons et juxtaposons (meubles à éléments de la T.A.M.) ..... 198 --- photo collas Au Salon des Artistes Décorateurs, Pierre Cruège évoque la pièce de travail d'une créatrice de modèles de couture. Tous les éléments ici réunis sont édités en série, donc de prix très abordables. D'acier noir et acajou clair, les meubles se détachent sur des murs azur. Le plafond, du même gris éléphant que la moquette, met en relief les notes colorées des sièges, édités par S.N.A. et couverts de tissage de laine de Robert Four. Près de la table à dessin non visible ici, les rayonnages Ferboy à tablettes mobiles se prêtent au rangement. Le piétement du bureau, de forme recherchée, vient tempérer la rigueur des structures métalliques. --- SOCIÉTÉ ANONYME AU CAPITAL DE 3 400 000 FRANCS DIRECTION, RÉDACTION, VENTE, ABONNEMENTS 2, RUE DU COLONEL-DRIANT - PARIS (1er) - CENTRAL 22-90 REGISTRE DU COMMERCE : SEINE 257-489 B . COMPTE CHÈQUE POSTAL : PARIS 1752-84 Directeur : JACQUES DE BRUNHOFF Rédacteur en chef : MICHEL DUFET Secrétaire de la Rédaction : MADELEINE FUCHS PUBLICITÉ : SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE RÉGIES Directeur : Guy DUVERNE, 2, rue du Colonel-Driant - PARIS (1er) - CEN. 86-15 PRIX Le numéro (France et Union Française) franco 350 F. Abonnements : Un an (8 numéros), France et Union Frco : 2 300 F ; recommandé : 2 500 F, Étranger : 3 000 — — 3 300 — 6 mois (4 numéros), France et Union Frco : 1 150 F ; recommandé : 1 650 F, Étranger : 1 500 — — 1 650 — En cas d'augmentation de prix les abonnés seront servis jusqu'à concurrence de la somme à leur crédit --- NOTRE COUVERTURE ---

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49, rue d'Hautpoul, Paris-19e - Tél. : Bolivar 98-81 et 82 MATÉGOT DEDAL BIBLIOTHÈQUE MÉTALLIQUE DU TEMPS PRÉSENT TOUTES COMBINAISSONS

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MEUBLES DE LUXE Nous avons souvent constaté ici-même que les ouvrages de luxe créés par nos décorateurs modernes participent à présent du dépouillement, de la netteté, de la simplicité des formes qu’adoptent aujourd’hui les modèles réalisés pour la série. Certains en font un reproche à nos créateurs. Sans doute beaucoup de ces contempteurs souhaitent-ils in petto voir renaître la complication, la surcharge, le tarabiscotage chers à l’époque où notre industrie à ses débuts, mal dirigée, tentait de remettre en faveur, grâce à la machine, les décors de cuivre et d’écaillle, les appliques de bronze, les sculptures ou les surfaces souples et courbes propres aux chefs-d’œuvre de nos grands ébénistes des 17e et 18e siècles. Ruhlmann déjà, en ramenant dans ses meubles de haut luxe, des arrondis à plusieurs courbures, lesquels ne pouvaient être plaqués qu’au marteau, c’est-à-dire selon une technique où la main de l’artisan était seule requise, avait cru pouvoir entraîner l’industrie vers une rénovation de ses modèles. On sait quel fut, dans ce sens, son échec. Ce qui n’empêche pas d’ailleurs, ce grand artiste d’avoir été l’un des plus insignes créateurs de formes du début de ce 20e siècle, ni son œuvre de rivaliser en beauté avec celle de nos plus prestigieux ébénistes des siècles passés. Mais convient-il aujourd’hui, de s’inspirer de ses souplesses pour, sous prétexte de grand luxe, refaire des formes dont le moins qu’on puisse dire est qu’elles sont incompatibles aussi bien avec la vie d’aujourd’hui qu’avec le progrès des techniques ? Nous ne le croyons pas. Et si les matières plastiques l’emportent un jour sur les matériaux traditionnels, ce qui est probable, et réalisent la révolution que nous attendons, ce ne sont pas les formes propres à l’ébénisterie artisanale qui pourront guider nos créateurs. Pas plus que celles-ci n’ont pu rénover l’aspect sobre et dépouillé, mais anguleux de la série. C’est donc bien ce dernier aspect qui préside à toutes les créations valables de notre époque. Et nous croyons qu’elle y doit présider, tout au moins à présent. La belle, la magnifique manifestation d’art que constitue le Salon de la Société des Artistes Décorateurs en est l’indiscutable preuve. Là, sous la magistrale direction de Jacques Dumond, un plan ouvert a été constitué, digne des meilleurs architectes d’aujourd’hui et, grâce à ce plan, une extraordinaire utilisation de l’espace, génératrice de beaux volumes aux proportions heureuses, où peuvent jouer, dans la plus haute expression du luxe, les matières rares et somptueuses aussi bien que les sobriétés rationalistes de la série. C’est, ici, la signification la plus élevée de l’art du décorateur, enfin dépouillé de l’accident et de l’anecdote, de la surcharge du décor. Il dit ce qu’il veut dire, correctement et simplement sans pour cela proscrire, dans les modulations de son architecture, la plus hautaine et la plus actuelle poésie, nécessaire à toute œuvre d’art. Ce salon est, dans notre époque, un événement. Nous ne saurions trop conseiller de l’aller admirer avant que nous en publiions ici les plus excellents détails. C’est la composition architecturale de nos intérieurs qui, aujourd’hui, qu’on le veuille ou non, a la prépondérance sur le travail, fût-il des plus exceptionnels, de l’artisan. Et le jeu des surfaces lisses et nettes, que l’on peut aisément nettoyer soi-même puisqu’on n’a plus de domestiques. Il ne saurait être question de meubler les palais de nos ambassades avec des meubles de série; mais s’il est nécessaire, en vue des programmes exceptionnels de concevoir des formes fastueuses exprimées dans de riches matières, ce n’est pas en retournant aux exemples que nous a laissés notre XVIIIe siècle qu’on y parviendra. Ni en s’inspirant des meubles de Ruhlmann. C’est grâce à des proportions exceptionnelles dictées par l’architecture et le volume des pièces, grâce aussi à cette netteté instaurée par la série. Celle-ci commande l’aspect des intérieurs d’aujourd’hui et, tout en n’excluant pas l’emploi des plus riches matières, leur impose la simplicité correcte et propre de ses formes. On ne saurait se soustraire à cet impératif sans risquer la désuétude et le démodé. Michel DUFET.

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DE PRESTIGIEUX ÉBÉNISTES ont signé VOICI, dans une vieille maison de la rue Bonaparte, l'appartement d'un collectionneur de meubles anciens qui compte parmi les plus experts et les plus avisés, M. Nicolay. Ici le regard ne peut se poser sur rien qui soit indifférent. Chaque objet a son histoire, a été conçu et exécuté par quelque maître, pour quelque reine de France ou pour l’un de ses plus grands seigneurs. C’est un musée, mais photos m. routhier Les signatures ne manquent pas sur ces meubles précieux dont le grand salon est enrichi. Au centre, une table d’accouchée, toute marquetée, d’époque Louis XV, est signée R.V.L.C. Près d’elle, la niche à chien de salon, formant siège, porte le nom de Dromard, tandis que l’ensemble de fauteuils et de chaises transition Louis XV-Louis XVI gardent celui de P. Bernard. Dans le fond à droite, le bureau Louis XV à doucine, s’ouvrant à rideaux est signé de G. Jansen. Sur la cheminée, un buste d’enfant en ivoire et argent d’époque Renaissance. Ce prestigieux ensemble s’inscrit entre des murs garnis d’une boiserie gris-vert encadrant des panneaux de soie damassée jaune pâle.

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is tous ces meubles Dans l'autre coin du grand salon, les objets et les meubles rares sont tout aussi remarquables. C'est d'abord au premier plan, une coiffeuse ayant appartenu à Marie-Antoinette, et signée de Bruns; à ses côtés, un fauteuil à coiffer Louis XVI, signé de M. Delaporte et, plus au fond, près d'une paire de précieux fauteuils à pieds console de Georges Jacob, une chaise voyeuse de M. Gourdin. Sur la petite table de salon, signée Feurstein, on distingue, encadrée, et dans une vitrine, une écuelle peinte dans la prison de Saint-Lazare par Hubert Robert. Le lustre en bois sculpté doré et vert est orné de quatre jolies statuettes en terre cuite, œuvres du sculpteur Caffieri, « Les quatre saisons ».

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Les meubles de cette pièce sont tous de l'époque fin Directoire, « retour d'Egypte », style caractérisé par les sculptures de bois peint doré sur fond d'acajou. La très riche ornementation de ces ensembles hiérarchise sans doute la fonction de ces sièges ou tables, mais reste cependant très proche de l'architecture qui est elle-même sobre et rigoureuse. Le guéridon du premier plan est de Chispuis, le curieux fauteuil à dossier cintré de G. Jacob, ainsi que les deux chaises du fond. Devant la fenêtre, un brûlé-parfum en argent plaque. Ci-dessous, M. N... travaille dans un bureau entièrement meublé par Jacob. Très respectueux de sa collection, il en est aussi l'ami vigilant et vit avec elle. Au premier plan, un fauteuil « retour d'Egypte » de Jacob Frères possède un très beau dossier en acajou cuir de deux tons, les sphynges sont en bois sculpté vert. Le fauteuil de bureau dit « de Maréchal », signé George Jacob, n'a pas d'accrotoirs pour permettre de s'asseoir l'épée au cheveu. Sur le bureau d'époque Directoire, le sous-mât de Colbert. Dans la niche, un buste de Diane, grêne. où l'on vit. Des ensembles homogènes, conçus chacun pour exprimer l'esprit et le caractère d'une époque de notre art mobilier, si riche en inventions heureuses, se succèdent. C'est bien la maison de celui qui ne s'est pas contenté d'être un amateur excellent, mais qui a voulu faire participer à son attrait pour notre prestigieux passé tous ceux qui en souhaitent connaître précisément la substance, et qui écrit pour eux un livre d'où déborde, en même temps que l'amour du beau, la science et l'érudition : « L'art et la manière des maîtres ébénistes du XVIIIe siècle ». photos m. routhier

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A droite. Ici, c'est la salle à manger avec l'enfilade des portes vers le grand et le petit salon. Les meubles sont fin Directoire, « retour d'Egypte », avec les pieds à griffes pour les buffets et des jambes de cerf pour la table (qui se développe à vingt couverts). Les chaises font partie d'un ensemble de Georges Jacob. Sur le grand buffet, un bas-relief en terre cuite, par Clodion. Dans ce petit salon, les boiseries sont peintes en jaune rechampies de roux. Des peintures sur toiles marouflées ont été exécutées par Ranson, le décorateur de Versailles et de Fontainebleau. Sous le grand miroir, un coin de feu en marbre de Carrare blanc se découpe en banquette avec coussins de velours vert, et petite console au-dessus du foyer. Tabouret de chien signé P.A. Blanchon.