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LA COLLECTION DE M. DELANNOY HOMME DU MOYEN-AGE LIT EN BOIS SCULPTÉ A BALDAQUIN. — FIN DU XVe SIÈCLE.
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LA COLLECTION DE M. DELANNOY HOMME DU MOYEN-AGE LIT EN BOIS SCULPTÉ A BALDAQUIN. — FIN DU XVe SIÈCLE.
LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE Il a fallu que l'Europe attendit une longue suite de siècles pour qu'un Christophe Colomb découvrit (ou redécouvrit) le « Nouveau Monde ». Il ne faut guère moins de temps relativement, pourque nous achevions de découvrir l'ancien. C'est une constatation que nous sommes à même de faire chaque jour en matière d'art, pour ne nous en tenir qu'aux questions qui intéressent cette Revue. Nous n'aurons point de peine à en donner quelques exemples typiques. Ce n'est que depuis peu d'années que la Préhistoire a fait les immenses progrès que commentait M. Paul Léon, avec tant d'éloquence, à la récente cérémonie des Eyzies. En ce qui concerne l'art extrême-oriental, de même, on a jadis commencé à s'enthousiasmer pour les porcelaines chinoises de la famille verte ou rose à plus ou moins chimériques décors, et pour les « coquilles d'œufs ». Ce n'est que depuis un quart de siècle environ que l'on a été à même de connaître et de comprendre la puissance et la profondeur des pièces archaïques : bronzes aux rudes arabesques, aux formes pleines et sobres, peintures grandioses et synthétiques, sculptures de fouilles qui viennent rejoindre et égalent les plus belles terres cuites primitives de la Grèce et de l'Asie-Mineure. Pour l'art japonais de même, les laques de la collection de Marie-Antoinette, les panneaux noir et or montés en meubles par Carlin, l'« écritoire », de Camille Desmoulins, les charmants bibelots du XVIIIe siècle qui enthousiasmèrent les Goncourt et constituèrent le principal de leurs collections, furent à peu près tout ce que l'on pouvait connaître de cette merveilleuse terre si digne d'inspirer l'admiration dans ses époques fécondes et la sympathie dans ses fatalités destructives. Nous avons été charmés par Outamaro avant de connaître Moronobou, et par les délicates bijouteries des faïences de Satzuma, en attendant que les origines coréennes de la céramique japonaise nous fussent révélées. On multiplierait ces cas si particuliers de ce qu'on pourrait appeler la prépostérité de l'esthétique. Mais bornons-nous à ce qui concerne les civilisations qui nous touchent de plus près. Le phénomène se présente avec quelques variantes. Il y a dans nos découvertes et nos redécouvertes, d'assez bizarres éclipses. Une des plus curieuses est celle qui a fait paraître et disparaître et réapparaître l'histoire et le goût de notre art du Moyen Age. A peine celui-ci est-il révolu et laisse-t-il place à la Renaissance, tout comme celle-ci devra s'évanouir devant le Grand Siècle, qu'il estnié impitoyablement et détruit avec une sérénité féroce. Tout ce qui est gothique est voué à la mort. S'en vont en grosil les vitraux merveilleusement colorés, en fumée les boiseries aux fines arcatures ; se cachent sous la chaux les peintures sublimes qui nous auraient prouvés aussi grands que les trecentistes et quattrocentistes italiens. Voltaire va encore plus loin que Boileau, et il ne sera pardonné aux artistes du XVIIIe siècle d'avoir annihilé ce qui pouvait demeurer de nos grands ancêtres dans des chapelles oubliées ou obscures de quelques lointaines provinces, que parce qu'ils vainquirent à force de grâces, — grâces elles-mêmes reniées à leur tour par les Romains de la Révolution. Chose singulière ; au moment même où l'Antique, ou soi-disant tel, règne en despote dans les arts, un homme recueille avec passion, — et courage, — tout ce qu'il peut sauver du gothique proscrit. Il prépare des matériaux pour des réhabilitations rendues difficiles par CAQUETEUSE. — FIN DU XVIe SIÈCLE. ÉCOLE LYONNAISE.
LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE tant d'anéantissements. Elles-mêmes ne commenceront qu'après une nouvelle période de dédain, qui à son tour se reproduira presque sous nos yeux. On sait que nous voulons parler d'Alexandre Lenoir et du Musée des Monuments Français, ancêtre de notre précieux Cluny. Les lignes sévères de l'époque impériale et sa discipline guerrière ne permettent point d'apprécier l'élégante candeur des xive et xve siècles, en même temps que leur fantaisie si franche et si vivante dans leur plus bel épanouissement. Il faut que le Romantisme éclate comme une mousquetade pour qu'on se passionne pour tout ce qui est plus ou moins « moyen-âgeux ». Alors les Sauvageot et les du Sommerard surgissent à point nommé, et font de surprenantes découvertes dans ce qu'on aurait pu croire le royaume du néant. Mais bientôt cette reflorescence elle-même s'arrête. Il n'y a plus, semble-t-il, de « Cousins Pons ». Ce ne sont pas les beaux travaux théoriques, trop théoriques même, de Viollet-le-Duc qui peuvent contrebalancer, sous le Second Empire, la naissante fureur pour le xviiie siècle (plus ou moins bien compris d'ailleurs). Sous la Troisième République cette idolâtrie pour les délices de la Pompadour, de la Dubarry et de Marie-Antoinette atteint son paroxysme, et Courajod, en CHEMINÉE BOIS ET PIERRE. — XVe SIÈCLE.
LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE vérité, perd bien son temps en dépensant toute sa bouillante ferveur pour le Moyen Age Français. Pourtant pendant tout ce temps, les musées s'enrichissent de ces témoins méconnus, et on peut prévoir le jour où ce Moyen Age, maintenant que toutes les autres époques ont jeté leur feu, reprendra la parole, puisque c'est lui qu'on a le moins laissé parler... * Ces réflexions nous venaient en tête récemment en visitant dans les galeries du célèbre décorateur Jansen une collection d'œuvres d'art qui précisément embrassent les xive, xv° et xvi° siècles. L'amateur qui les avait rassemblées, M. Delannoy, avait hérité d'un peu de l'âme du Cousin Pons, de Sauvageot et de du Sommerard. L'on a ri, avec raison, de la célèbre formule de Ponson du Terrail : « Nous autres, gentilshommes du Moyen Age » parce qu'il fait ainsi parler des personnages qui ne se doutaient pas, et pour cause, de l'étiquette conventionnelle que les historiens leur colleraient. Mais quand elle devient, au lieu de rétrospective, actuelle, cette appellation a parfaitement sa raison d'être, et j'imagine que dans son petit appartement de la rue Clapeyron, l'excellent Delannoy dut se considérer comme un « homme du Moyen Age » à plus de titre que l'Élias Wilmandstadius, de Théophile STALLE EN BOIS SCULPTÉ. — FIN DU XV° SIÈCLE ILE-DE-FRANCE.
LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE 57 SAINTE BARBE, EN PIERRE POLYCHROMÉE. — FIN DU XV° SIÈCLE. Gautier. Car celui-là ne l'était que d'intention, tandis que Delannoy entouré de ses boiseries, chaises, buffets d'églises, tables, lits gothiques, vitraux, sculptures, l'était de fait, d'atmosphère et de possession. Il entretenait ces trésors dans une lumière atténuée, et il créait, nous dit-on, des harmonies appropriées à la noblesse de lignes de ces pièces, dont les fleurs de lys attestent, pour quelques-unes, l'origine royale. C'est une sorte de goût commun à tous les fanatiques de ces époques. Le Musée de Cluny en est la preuve et l'attestation, et l'on ne peut guère en comprendre autrement la mise en scène, du moins dans une évocation. Il faut l'ampleur et le goût de présentation de Jansen pour que, dans ses galeries, les meubles et objets d'art de la collection Delannoy deviennent encore cent fois plus expressifs et précieux que dans le pittoresque capharnaüm du vieux collectionneur. SAINTE BARBE, EN BOIS SCULPTÉ. — XV° SIÈCLE. ÉCOLE DE BOURGOGNE. Aussi semble-t-il difficile de ne pas croire qu'en même temps que cette exposition, coïncidera un commencement de remise en honneur pour cet art de nos vieux huchiers et imagiers. Quoique ce ne soit pas la seule richesse de la collection, c'en est le chapitre le plus important, et quelque ingrate que soit la tâche de commenter les principaux numéros d'un ensemble dont heureusement nos gravures peuvent donner une plus juste idée que toutes les paroles, nous devrons cependant en signaler, pour les « curieux », les dominantes. Il est certain, par exemple, que les lits de l'époque « gothique » sont d'une insigne rareté, pour ne pas dire actuellement introuvables, en dehors de ceux que gardent jalousement les musées. Or, la collection n'en
LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE BRONZES DIVERS DES XIVe, XV° ET XVIe SIÈCLES. comprend pas moins de deux, de fière mine, avec leurs fines colonnettes ouvragées et les délicates dentelles de bois qui couronnent les dossiers. De même, une grande cheminée en chêne sculpté, avec des pilastres en pierre, également ouvragés, est une pièce d'ordre supérieur. L'anonyme Maître la tailla dans une seule poutre de chêne d'une épaisseur et d'une dureté telles qu'on ne les voit que dans les légendes, et cette masse rebelle fut pourtant assouplie comme de la cire sous le ciseau qui fit courir tout du long un rinceau riche et simple, et surtout modela au centre le charmant motif d'une Vierge couronnée par deux anges, d'une arabesque tout à fait exquise. Guère moins important est un buffet d'église, très opulent, comme toujours dans la simplicité. Une chaise à dossier et à dais, toute semée de fleurs de lys dans un lacis de losanges, pourrait également devoir être considérée comme une des pièces capitales. Une porte à jour est encore un admirable spécimen du travail du bois, et il n'est guère qu'un palais qui puisse, au sortir du modeste appartement de celui qui la découvrit, héberger et mettre en valeur un pareil travail. Les connaisseurs nous ont enfin paru attacher une attention particulière à un petit tabouret ajouré aux armes d'Arenberg, et à un autre petit banc d'une époque assez reculée. L'art du bois est représenté encore par diverses statuettes de saintes, de vierges et de rois, d'un grand charme. La Sainte-Barbe, le Roi polychromé, sont parmi les meilleures. Il faut renoncer à énumérer les fauteuils, chaises, caqueteuses, crédences et tables qui tous disent la gloire du bois. Une Table de changeur, qui paraît issue d'un tableau de Metsys est d'une curiosité toute particulière dans sa structure compliquée. Nombreux sont les ouvrages de dinanderie, d'horlogerie, les coffrets où le cuir ou bien le fer sont poussés au meilleur degré de l'habileté technique. Nous avons prononcé plus haut, à deux reprises même, le nom redoutable de Cluny ; et ce n'est guère que dans ses vitrines ou sur ses étagères que l'on peut maintenant y trouver les pièces analogues, pour cette raison que le temps a eu raison de tout ce qui n'avait pas été recueilli
LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE 59 dans les musées, et que les collections d'antan furent dispersées au profit de ces derniers. Ainsi de deux autres ouvrages, ou plutôt d'un ouvrage tout à fait exceptionnel et d'une réunion de précieux fragments. Ces fragments sont ceux de vitraux des XIIIe, XIVe, XVe et XVIe siècles, provenant en partie de Notre-Dame. C'est presque un miracle qu'il faudrait attribuer à Notre-Dame elle-même qu'après la destruction en masse des verrières par le Chapitre de la cathédrale au XVIIIe siècle, il soit resté encore quelques vestiges pour l'expiation et les regrets, d'une part, et de l'autre pour la délectation des sincères amateurs. L'autre objet de haute valeur est une tapisserie du XVe siècle qui évoque à elle seule tous les romans de chevalerie. N'est-ce pas un chapitre du Roman de la Rose que cette scène de chasse, avec ses sveltes seigneurs et les gracieuses gentilfemmes qui se livrent à quelque subtile dissertation sur l'amour, tandis que cavaliers et varlets traquent le sanglier ? Charmante scène sur fond de verdure, d'arbres et de fleurettes, fragment sans doute, mais d'une qualité qui ne le cède guère à celle des tapisseries d'Angers. On a quelquefois des prédilections pour des objets de moindre rareté, et moins prisés dans les ventes à sensation. Avouerons-nous que deux petites enseignes à la Sirène nous ont produit cette impression ? L'une en pierre, toute petite, l'autre en bois, peint au naturel. Il nous semblait que cette déité avait signalé la porte de quelque fameux cabaret fréquenté par les poètes les plus inspirés et les buveurs les plus intrépides. Mais cela c'était de la fantaisie, une fantaisie plutôt, et nous ne devons pas perdre de vue notre thèse quant à la résurrection du goût pour l'art gothique — puisqu'on doit continuer de l'appeler ainsi, art français étant plus exact. Sans doute, la statuaire, la miniature et l'orfèvrerie, ainsi que les vitraux ont reconquis depuis pas mal d'années la suprématie dans l'histoire de l'art et les fastes de la curiosité. Mais il restait un pas à franchir pour que les arts du mobilier fussent à leur tour appréciés, en dehors du monde restreint de l'érudition, — et il est vraisemblable que la dispersion de la collection Delannoy va aider à le franchir. ARSÈNE ALEXANDRE BASSET AUX ARMES D'ARENBERG. COMMENCEMENT DU XVIe SIÈCLE.
SINDBAD RACONTE SES TRAVAUX. •
Sur les Décorations nouvelles DE JOSÉ-MARIA SERT Bien qu'Espagnol, José-Maria Sert vit en France depuis plus de vingt-cinq ans. Il y a appris, pensé ; son talent s'y est développé, dans un élément que son pays natal ne lui eût pas fourni. Il faut admirer là, un des exemples les plus frappants d'acclimatation, de pénétration de la France. Sert est maintenant des nôtres et ses succès, pareils à la fortune de Sindbad, qui ont pour champ le Vieux et le Nouveau Monde, font rejaillir sur la France un peu plus de lumière, de joie de vivre, de grâces libres et de gloire. Son œuvre n'est pas inconnue des lecteurs de La Renaissance, elle a son public d'admirateurs, qui n'est pas celui qu'on voit s'écraser aux Salons devant certaines toiles qui semblent faites pour un catalogue de magasin de nouveautés et peuvent « illustrer » tous les rayons dans une même scène, depuis l'entre-sol des chaussures jusqu'au hall des faux coromandels et des perroquets empaillés. José-Maria Sert ne doit pas être connu (je le crains pour elle) de la clientèle des expositions de blanc ou des soldes de fin de saison. Il est le seul décorateur qui possède encore le réel sentiment de l'élégance et du vrai luxe. Sa « clientèle » se trouve être très restreinte. Il en est peu qui le soient même dans des limites si marquées. Sert ne peut travailler que pour des palais ou presque. En achevant un portrait de lui qui soit fidèle, il faudrait noter, — ce qui n'est pas sans importance pour qui sait classer les individus, — qu'il est actuellement, le peintre le plus cher du monde. Cette constatation nous ravit. Pendant trop longtemps, l'art s'est mis au service de la médiocrité, il s'est adapté... Ce qui est bien l'aventure la plus horrible qui pouvait lui arriver... Il s'est démocratisé, il s'est associé aux tentatives du premier manœuvre venu, qui voulait fabriquer des meubles pour la campagne. On lui a fait décorer des asiles et des logements ouvriers. D'échelons en échelons, l'art n'est plus pour la masse qu'un objet de bazar et de magasin, une affiche, une étoffe à vil prix, pour jeter sur un divan fait d'un sommier. Tout le monde s'est piqué de faire de l'art, de le rénover, de le transformer, — comme s'il y avait trente-six manières d'art ! L'art ne peut pas être mis impunément à la portée de tout le monde, ni à toutes les sauces. L'art ne saurait mériter ce nom que lorsqu'il marque un état supérieur, une élévation, un affinement. Il ne peut pas descendre, il faut monter à lui. Une artiste d'un talent infiniment original, Marie Laurencin, me disait dernièrement, en faisant son emploi du temps, qui se résument à trois heures par jour de travail réel : « Ma peinture me semble un tel luxe qu'il me serait impossible de peindre, dans le seul but de gagner de l'argent ! » *** Dévant les décorations de José-Maria Sert, telles que la salle de bal bleue de sir Philipp Sassoon, à Londres, où la salle à manger en camaïeu blanc et garance de la marquise de Salamanca, à Madrid, on a l'impression qu'il ne peindrait pas, si on ne lui offrait toute la surface d'une pièce à couvrir et que cette salle ne dut servir exclusivement qu'à des fêtes. Il lui faut déployer des cortèges, étaler devant nos yeux des horizons magnifiques et que, dans une salle par lui décorée, le seul désir qui puisse naître à l'esprit, soit celui d'amener des musiciens, de faire danser, d'animer l'atmosphère de la présence de femmes en toilettes somptueuses, parées, royales, divines, parmi des fleurs rares et des lumières éblouissantes. Dégager un sentiment de faste, de luxe, oui, tel est réellement le caractère de José-Maria Sert. Transporter dans des royaumes inconnus, des pays qui ne trouvent point leur place sur les deux hémisphères, qui réunissent tous les climats et les temps révolus au temps présent, où l'on patine à l'ombre des orangers en fleurs, où tous les fruits se mêlent à toutes les efflorescences, où le Chinois et le nègre voisinent, où les magots de porcelaine dansent des sarabandes, en compagnie des rois mages de crèches napolitaines, — tel semble toujours avoir été le but de cet artiste, de ce grand décorateur. Cette fois, l'œuvre nouvelle qu'il vient d'achever va passer l'Atlantique. Elle est destinée à un palais de
LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE Floride. C'est la fantaisie d'un milliardaire, qui l'a payée un prix considérable, avec le souhait que l'artiste vint donner ses vues pour la mise en place. José-Maria Sert a choisi comme thème de ces huit panneaux de trois et quatre mètres de largeur sur six de haut, les Aventures de Sindbad-le-Marin. C'est une des histoires les plus célèbres des Mille et une Nuits; elle est animée des souffles de la mer et traversée de caravelles. Les vagues la sillonnent de leurs remous : c'est pour un décorateur qui sait peindre indifféremment les oiseaux et les femmes, les monstres et les nuées, l'homme et les fauves, une série de visions qui mêlent, — tantôt aux décors enchantés de l'Orient les noirs tourbillons de ces cataclysmes décoratifs des naufrages aux pays des enchanteurs, tantôt des îles flottantes qui sont le dos d'une baleine,... des autruches qui jaillissent de l'œuf en courant, etc... * La technique de Sert, ce mot est bien laid, mais l'habitude de l'entendre prononcer par de soi-disant connaisseurs et professeurs d'art, fait qu'on l'a dans la tête, comme ces locutions qu'on prend aux cuisinières en leur faisant la critique des repas de la veille... — la manière de Sert, me plairait mieux, — est comme l'am- pleur, l'élegance, le faste de ses sujets, tout à fait à part dans l'art contemporain. C'est un procédé que l'usage a perfectionné encore et qui donne l'impression de pouvoir franchir heureusement les redoutables étapes des années. La surface en est lisse comme celle d'un miroir, il semble que le pinceau qui l'a couvert s'y soit promené avec une légèreté aérienne, comme l'aile de la mouette effleure le tain de l'eau. C'est dans le camaiue que cet art, si libre et si fantaisistement prodigue, semble se réaliser avec le plus de bonheur. Cette fois, les scènes sont exécutées en bistre sur fond d'or. Mais l'ingéniosité du décorateur — et par laquelle il se révèle uniquement et avant tout décorateur, — nous séduit, dès le premier regard dans la présentation de ces panneaux. Il a peint, en effet, les huit épisodes des Aventures de Sindbad-le-Marin, sur une étoffe d'or simulée, largement drapée contre un fond pareillement doré. Mais il faut imaginer que la draperie dorée est doublée de velours couleur de rubis, qui fait, en retombant, dans le haut et sur les côtés de la décoration, un chaud et splendide lambrequin... Les reproductions ci-jointes montrent avec quelle hardiesse est campée la table du festin, devant laquelle Sindbad, devenu vieux, raconte à ses amis les lointains voyages qui l'ont enrichi, sans lui ôter jamais le goût d'en entreprendre d'autres, malgré les périls de la mer. On y voit aussi la caravelle fendant les vagues, avec sa figure de proue, ses ponts, ses voitures, tout le beau fracas d'un de ces navires d'autrefois, qui ne pouvaient avancer qu'au gré des éléments, et s'environnaient des mystères de la Nature, tour à tour hostile et complice. Les merveilleuses histoires trouvent rarement des illustrateurs dignes d'elles. Don Quichotte rencontra Boucher et Oudry et nous en avons gardé une série de tapisseries entre toutes admirable. Les grands décorateurs ont rendu jadis les murailles animées de certains mythes qu'ils magnifiaient à la haute température de leur génie. Véronèse fut l'un des plus superbes, Tiepolo lui succède comme d'une génération plus délicate déjà, aux bronches touchées par une pointe de tuberculose, qui empourpre les joues et rend plus élancé le corps. Aux villas de Vénétie, Tiepolo s'est amusé à décorer des chambres de la base au faite, en se jouant, créant non seulement des simulacres de scènes vivantes sur les murs, mais encore improvisant, dans une architecture restreinte, raisonnable, une architecture complètement fantaisiste, qui trouve les murailles, ouvre des horizons illimités et donne à une chambre close l'aspect d'un campanile ouvert à tous les vents. Ces artistes, qui créaient ainsi des paliers, édifiaient des terrasses à balustres, des colonnades, des temples perçaient de si profondes perspectives, dans lesquelles ils faisaient évoluer des armées de figurants, vêtus de somptueuses étoffes, caracolant sur des pur sang à la robe magnifique, ne pouvaient se cantonner, comme nos petits maîtres d'à présent, dans une seule branche de l'art. Ils étaient universels ou quasi. Ils donnent le sentiment de supplanter Dieu. Ils créent, comme lui-même, une heure d'une journée, dans tous ses ensembles et ses métamorphoses, — sa fleur et son ciel. Ils devaient être architectes et animaliers, portraitistes et peintres de nature-morte, paysagistes... que sais-je ? Ce sont des musiciens à grand orchestre, qui font le tonnerre et la douce rumeur du vent sur les blés. Aujourd'hui, nous voyons des artistes qui se sont fabriqué rapidement une petite « manière » et qui s'y tiennent avec une sérénité imperturbable, qui imposent au public un talent schématique, embryonnaire, falot qui ne savent faire que des fleurs et d'une façon, que des visages, sans les mains, etc. Aussi, l'art du décorateur est-il mort depuis longtemps, malgré la noble exception que fait Puvis de Chavannes, car il ne peut être compté, en aucune manière, comme décorations ces sortes de tableaux agrandis, de Jean Paul-Laurens ou Bonnat, que l'on voit au Panthéon, par exemple. D'ailleurs, comment le décorateur aurait-il pu continuer d'exister, dans un temps où l'on ne construit plus ni palais, ni galeries, ni églises où se puissent prodiguer les caprices de leur imagination et les différents aspects de leur talent ? Un décorateur, un seul, qui le soit dans tout ce que l'on peut attacher à ce mot de mouvement et d'idées, de ligne et de couleur, de fantaisie et d'étude, de tradition et de luxe, un décorateur nous est resté, ou plutôt nous est revenu : José-Maria Sert, catalan. ALBERT FLAMENT.
SINDBAD ET LA BALEINE.

Cette publication de "La Renaissance de l'Art Français et des Industries de Luxe" explore la redécouverte progressive de l'art médiéval français, souvent négligé au profit d'autres périodes. L'article met en lumière la collection de M. Delannoy, composée d'œuvres des XIVe, XVe et XVIe siècles, notamment des meubles, sculptures et vitraux gothiques. Il souligne l'importance de cette collection pour la réhabilitation du goût pour l'art du mobilier médiéval, souvent méconnu du grand public.