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DANS LE ROYAUME DE LA MODE VANT la guerre, — qui ne le sait ? — nos journaux de mode pillés ou contrefaits par les publications similaires austro-allemandes. Celles-ci avaient pris des titres aussi « parisiens » que possible, de façon à donner le change à leur clientèle : avant tout, il fallait être Parisien, à Berlin comme à Vienne, et laisser croire à l’abonné que tout venait de Paris, le texte comme les dessins. Il existait même un périodique de mode, mensuel, qui, publié à Paris, par une maison d’édition française, avait créé une édition entièrement allemande, et qui, elle, s’imprimait à Berlin. A parler franc, il n’y aurait eu rien à redire à cela si, à la faveur de cette édition allemande d’un journal de modes parisien, on n’avait trop souvent essayé de nous envahir de camelotte allemande… N’insistons pas. Ce fut une erreur : nous serions stupéfiés d’apprendre que ceux qui la commirent avant 1914 seraient tentés de la renouveler. Si la chose se produisait, nous en reparlerions ici, sans ambiguïtés. Or, voici ce que je viens de constater, pendant un séjour à l’étranger, spécialement en Italie : toutes les librairies, toutes les gares, tous les kiosques à journaux, les plus grandes comme les plus petites villes, sont envahis par les journaux de mode dits « Parisiens ». Tandis que vous avez de la peine à vous procurer un quotidien français, on vous offre, d’ailleurs à des prix très élevés, vingt publications concernant la mode, et toutes avec des titres qui veulent être alléchants en français. Ces publications sont imprimées en français… mais… mais vous chercheriez en vain le nom de l’imprimeur et la ville où cet imprimeur opère. Mieux : aucune de ces publications ne porte la moindre adresse. On ne sait ni qui les dirige, ni qui les confectionne. On ne sait rien que ceci : au bas de la quatrième page de la couverture, on lit parfois — et pas toujours — le nom d’un représentant exclusif pour l’Italie, avec ce texte que je reproduis en fac-similé d’après le journal de modes Excelsior pour que chacun puisse se faire une opinion par la typographie de l’origine austro-allemande de ces publications. Pour la Saison d’Automme-Hiver 1923/24 viennent de paraître: Paris Confection. Edition de Luxe avec les Dernières Créations Parisiennes de Costumes et Man-teaux pour Dames et Enfants. Album de Carnaval du Chic Parfait. Dessiné par les meilleurs artistes, confient un grand choix de Travestis Élégants dont la plupart dans les couleurs naturelles. Offre avec son exécution artistique combinée avec de splendides coloris l’Album de Carnaval le plus complet. Album d’Enfants du Chic Parfait. Bel Album contenant de nombreux modèles d’en-fants de tout âge: Robes, Costumes, Man-teaux, Lingerie d’enfant etc. A qui fera-t-on croire que cela est imprimé à Paris, — avec des caractères français, ou en Italie avec des caractères italiens ? — Mais, dira-t-on, qui vous a déclaré qu’Excelsior est un journal de Paris ? Qui ? Mais le journal lui-même, car, cet Excelsior — rien de notre vivant Excelsior quotidien et bien français, celui-là, — qui ne donne aucune adresse à Paris, ni aucun nom d’imprimeur, ni d’éditeur, proclame cependant et en grosses lettres, qu’il est de Paris, et pas d’ailleurs. Je publie sa page de couverture. Je la publie en noir, mais elle est en couleur.

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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE Et quelle couleur ! Et quelle mode de Paris ! C'est inoui. Vous lisez bien : Excelsior, en haut, — Paris, en bas. Voici maintenant Paris Chic Parfait, sans autre adresse que celle de l'Italien qui en est le « représentant » à Milan, sans nom d'imprimeur, ni d'éditeur, comme son frère Excelsior-Paris : Paris Chic Parfait... Quel chic, hein ? Le dessin de la couverture vous engage tout de suite à vous habiller à la mode de Paris. Comme trahison du goût français, il n'y a pas mieux.

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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE Et voilà Paris-Confection dont je vous recommande le fond de paysage... parisien ! O combien parisien !... C'est formidable. Toujours rien comme indication d'origine. --- Hiver 1924 PARIS-CONFECTION Les titres ridicules de ces journaux suffisent à prouver que nous sommes en présence d'un truquage, mais d'un truquage qui nous déshonore, car, ce qu'il y a là dedans, est absolument médiocre. De la mode française et parisiennne, ça ? Allons donc ! Et c'est contre quoi je m'élève. C'est contre quoi il faut que tout le monde proteste. C'est une tromperie formelle sur l'origine de la marchandise. Des gens fort avisés s'y laissent prendre. Le 28 septembre dernier, en tête de l'Intransigeant, M. René Bizet consacrait un vibrant article à Venise. Un Italien lui disait : « Regardez ce kiosque à journaux où vos publications de mode triomphent... » Ah! mais non... Ce ne sont pas « nos publications de mode ». Ce sont des falsifications de nos vraies publications de mode. Il faut qu'on le sache. Il faut qu'on le dise et qu'on le crie, au besoin, par-dessus les toits. Moi aussi je m'y suis laissé prendre. Mais en y regardant de près j'ai découvert le vol, puisque « copier, c'est voler ».

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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE J'ai acheté un numéro de Elite, publication de 54 pages illustrées, et où on ne rencontre absolument aucun nom ni d'éditeur, ni d'imprimeur, ni de « représentant ». Il est rédigé en français (?). La couverture est signée, — de qui est-elle signée ? Voyez vous-même : Avez-vous lu la signature ? Moi, pas. Au dos de la couverture d'Elite, on lit ceci : Pour savoir tout ce qui se passe dans la mode consultez les journaux : Le Grand Chic, Le Chic, Façon Tailleur, Elite, Tailor made, La Confection Parisienne, La Lingerie Parisienne, Parisiana, Grandiose, Modes d'Enfants, Bal Masqué. Est-ce que nos couturiers et nos modistes savent cela ? Est-ce que leurs Associations connaissent l'abus qu'on fait de la couture parisienne, de la mode parisienne ? Et ne pourrait-on rechercher les moyens d'y mettre ordre ?

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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE Enfin que dites-vous de l’« ATELIER BACHWITZ » qui exécute à des centaines de milliers d’exemplaires des gravures de mode pour le Chic Parisien — mais oui : le Chic Parisien ! et autres “ parisiâneries ” du même goût… Qu’est-ce que « l’ATELIER BACHWITZ »? Un des journaux qui s’impriment dans l’ATELIER BACHWITZ décrit ainsi ses modèles : Die Hutmode ist im Laufe der Jahre zeitlos geworden. Denn schon der Sommer brachte uns eine Filzvogue von überraschender Mannigfaltigkeit, welche, mit den ersten Herbstnebeln, nur noch größere Befestigung finden wird. Filz ist die hohe Mode. Filz in allen Farben, von den zartesten Pastelltönen angefangen, bis zu den dunkelsten Nuancen, schwarz mit inbegriffen. Neben matten, treten seidig glänzende und changeant-Filzhüte als Neuheit hervor. Diesen zunächst stehen Samt und changeant Tafthüte, während der Lederhut nur mehr in zweiter Linie, für Sporthüte rangiert. Was die Formen anlangt, sind nebst den Clocheformen Hüte mit hohen Kappen und bald vorne, bald seitlich oder rückwärts breit aufgeschlagenen Krempen als Neuheit anzuführen. Für die Jugend bringt die Mode große Canotiers aus Filz und Samt mit voluminösen, rückwärts oder seitlich angeordneten Schlupfen und Schleifen, für welche Moiré-, Samt- und Faillebänder — die letzteren häufig mit angewebten hellen Kanten — letztmoderne Materialien abgeben. Große, unfrisierte Straußfedertuffs, Paradiesflanken und Kronenreiheraigretten — sehr beliebt in der Zusammenstellung Schwarz-Weiß suchen sich neuerdings Geltung zu verschaffen. Im allgemeinen jedoch sind die Garnituren einfach, und die Mode bemüht, auffallende Wirkungen zu vermeiden. Trotteurhüte zeigen häufig Straußfeder- oder Reiherpinsel, schlupfen- etc., etc. A côté du texte français et du texte anglais, ce texte allemand est bien savoureux. Le Chic Parisien et la Revue des Chapeaux, et bien d’autres encore donnent une adresse à Paris... Enfin ! Et voilà donc des journaux de modes français... Tellement français qu’ils se font imprimer aux ATELIERS BACHWITZ, WIEN (AUTRICHE). A bas l’Allemagne, n’est-ce pas ? Mais vive l’Autriche, cette bonne et brave Autriche qui nous envoyait de tendres boulets avec ses canons à longue portée... Je m’arrête. Et je dédie la conclusion à M. Louis Dangel qui a créé la puissante Société destinée à défendre les créateurs de la mode. Il a proclamé: « COPIER, C’EST VOLER », — et il a eu raison. Il l’a dit au nom de Madeleine Vionnet, de Jeanne Lanvin, de Jenny, de Worth, de Poiret, de Chérui̇t, de Paquin, de Rodier, de Louis Cartier, de Bianchini, Férier, de Pérugia, etc. Qu’il sache que presque toutes ces feuilles font pire que de copier nos modes : elles les trahissent car, sous des vocables français, elles offrent de la mauvaise roustissure à la clientèle étrangère. Si l’étranger nous juge là-dessus, c’est, proprement, lamentable. Le génie créateur de nos « modellistes » françaises doit être protégé contre ça, et à tout prix. « Copier, c’est voler », oui : mais la trahison volontaire du génie français, du goût parisien, qu’est-ce donc ? M. Louis Dangel, dont l’énergie est sans défaillance, y regardera de près. Et peut-être alors les éventaires des librairies dans le monde entier seront-ils moins envahis par les truquages de la Mode de Paris. HENRY LAPAUZE.

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VARSOVIE. — CHATEAU DU ROI STANISLAS-AUGUSTE. PORTE DE LA GRANDE SALLE DES FÊTES.

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L'ARCHITECTURE POLONAISE ET L'INFLUENCE DE L'ART FRANÇAIS VARSOVIE. — CHATEAU LAZIENKI. — FAÇADE OUEST. --- SITUÉE sur les frontières de l'Orient, reflétant dans son art, sa littérature, dans toute sa culture, l'influence de la civilisation européenne, mais transformée par le génie national, la Pologne est certainement un des pays les plus curieux pour l'historien et l'artiste et, malheureusement, un des moins connus. L'histoire si agitée et si chevaleresque de ce pays se lit dans les vieilles pierres de ses monuments ; nous y trouvons des traces du sévère art roman, des vestiges de l'architecture gothique parmi les châteaux et les églises ; la Renaissance y a laissé de sa grâce, le XVIIIe siècle de son élégance et le style empire de sa majesté. Beaucoup de ces monuments ont péri ou ont été endommagés par l'envahisseur, que ce soit le Cosaque ou le Turc ; mais leurs ruines mêmes sont autant de souvenirs glorieux, comme des cicatrices de blessures sur le corps d'un guerrier. Depuis la renaissance de la Pologne, si éprouvée pendant la guerre, il s'est accompli dans ce pays un minutieux travail de reconstruction qui se poursuit

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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE VARSOVIE. — PALAIS DU CONSEIL DES MINISTRES. — COUR D'HONNEUR. APRÈS LA RESTAURATION PAR M. LALEWICZ, ARCHITECTE. encore avec une énergie, une patience, un patriotisme vraiment admirables. Il a fallu rétablir les chemins de fer, les gares, les églises, les bâtiments publics, détruits pendant la guerre ; à Varsovie, on a remis en état les constructions endommagées, les jardins, les squares, les monuments : on a fait venir de Gomel la magnifique statue équestre du prince Joseph Poniatowsky, œuvre de Thorwaldsen, on érige un monument dédié à l’Amérique, d’après le projet du sculpteur polonais Dunikowsky, dont le buste du maréchal Pilsudsky fut admiré au Salon de la Société Nationale à Paris en 1921. Mais ce qu’on connaît moins c’est le travail qui se poursuit pour la restauration des beautés architecturales de Varsovie, des élégantes constructions des XVIIe et XVIIIe siècles et de l’époque de l’Empire, des palais et des hôtels particuliers, déshonorés par des boutiques crasseuses, des enseignes, des affiches, qui mangeaient leurs façades, comme une lèpre hideuse ; on ne connaît pas les beaux hôtels de l’époque du roi Stanislas-Auguste, édifiés dans le goût français le plus pur, et auxquels une restauration intelligente est en train de rendre leur ancienne splendeur. C’est certainement au Gouvernement Polonais que revient l’honneur d’avoir créé, protégé et subventionné cette reconstitution du passé artistique et architectural de la Pologne ; le Département des Beaux Arts du Ministère de l’Instruction Publique est un centre d’activité artistique, auquel collabore tout ce qui a un nom dans les arts en Pologne. Mais les savants et les artistes, qui s’occupent actuellement de l’étude des beaux palais, de Lazienki, de la restauration de Wilanow, palais des Branicki, de la conservation de ce que l’histoire de la Pologne a laissé de monuments et de vieilles pierres, sont trop modestes pour parler eux-mêmes de leur formidable travail scientifique, archéologique et architectural, destiné à reconstituer l’ancienne splendeur de Varsovie, ce « Paris de l’Orient ». Varsovie possède quelques monuments du XIVe et du XVe siècles. Mais la grande majorité des vieilles constructions datent des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles. Ainsi la « Stare Miasto » belle place, bordée de maisons pittoresques à portails, à frontons et écussions sculptés ; ainsi les hôtels particuliers, du style baroque de l’époque de l’administration du comte Brühl sous le règne du roi Auguste II — toutes ces constructions viennent d’être débarrassées des verrues qui leur sont poussées sous formes de boutiques, et nettoyées de la crasse qui les couvrait. Les plus belles églises de Varsovie sont du XVIIe, ainsi que de la fin du XVIIIe siècle, lorsque fleurit en Pologne le style Louis XVI ; on reconnaît ici la main des Neufforges, des Louis, etc., comme on constate, en

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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE 591 VARSOVIE. — PALAIS DU MINISTÈRE DES FINANCES. — COUR D'HONNEUR. APRÈS RESTAURATION DE M. LALEWICZ, ARCHITECTE. --- général, l'influence prépondérante que posséda en Pologne l'art, la grâce et le goût français. Cette question de l'expansion française en Pologne dans le domaine des arts n'a, pour ainsi dire, pas encore été effleurée ; elle nécessiterait quelques mots sur les influences étrangères, que l'art polonais, notamment l'architecture, eut à subir. L'art normand se retrouve dans certaines constructions du nord de la Pologne (a Plock) ; l'art gothique y a également pénétré par Konigsberg et Dantzig, mais dans le gothique polonais nous trouvons beaucoup du caractère national et individuel polonais, comme par exemple, dans les plans, dans la forme des voûtes et de leurs arêtes, dans les chapelles à colonnes. Mais c'est surtout à partir du xvie siècle qu'on distingue nettement les influences étrangères. La Renaissance italienne a joué à cette époque un rôle prépondérant dans l'art polonais ; elle a laissé son empreinte sur les belles églises de Lwow, sur des maisons particulières, non seulement construites, mais habitées par des italiens ; il ne faudrait pas oublier que la capitale de la Galicie avait alors une importance politique et commerciale qu'elle a perdu depuis et que de nombreux marchands étrangers et notamment des italiens y habitaient à demeure. C'est également l'Italie qui inspira le style baroque du temps du roi Casimir, comme dans l'hôtel de Ville de Posen, dans les châteaux de Lublin, de Zolkiew, de Iaroslaw et d'autres. Vers le xviie et surtout pendant le xviiie siècle, l'influence italienne cède le pas au goût français. Les rois de Pologne et l'aristocratie polonaise entretenaient de tous temps les relations les plus étroites avec la société française et cherchaient leurs alliances parmi les grandes familles de France. On sait qu'un prince français, le duc d'Anjou, régna en Pologne, et qu'une Leczinska, fille du roi Stanislas, fut reine de France. Cette communauté d'intérêts, de goûts et d'idées, l'usage de la langue française à la cour et dans la noblesse, l'éclat, dont brillait la France comme foyer artistique et littéraire, contribuèrent à diriger le style architectural polonais vers l'art français. Le palais de la famille de Wisznewieck, qui occupa le trône de Pologne, reflète les influences françaises de l'époque. Le plan de ce palais, sa belle cour d'honneur, certains détails de la façade, rappellent le style de Mansard, tandis que la décoration des appartements, les moulures des plafonds, les dessus de portes sont dans le style Louis XV et même Louis XVI. Nous retrouvons cette influence du goût français dans beaucoup d'autres châteaux en Pologne et ce n'est pas une des moindres surprises que ce curieux pays ménage au voyageur français lorsqu'on voit apparaître au bout de quelque avenue les toits d'une belle

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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE VARSOVIE. — CHATEAU DU ROI STANISLAS-AUGUSTE. SALON ROUGE. construction, soit dans le goût des « folies » de la Ré- gence, soit dans le style plus simple et plus gracieux de Louis XVI. Mais c'est surtout dans la capitale, à Varsovie, que domine l'influence française ; si nous retrouvons encore dans les constructions des environs de Varsovie, comme au château de Wilanow, par exemple, des traces du goût italien, tous les palais, les hôtels et les maisons de la Varsovie du XVIIe et du XVIIIe siècles reflètent exactement le rococo et le style classique français. Telle place, telle rue de Varsovie nous donnent une impres- sion saisissante de France ; ce petit hôtel de la place Sigismund ne rappelle-t-il pas la maison « au dragon » de la rue du faubourg-Saint-Antoine ? et n'avons-nous pas aperçu certaines maisons des vieux quartiers de Varsovie dans les environs du Luxembourg ou dans la rue des Franc-Bourgeois ou Vieille-du-Temple ? Les églises des Carmes, des Dames de la Visitation de la rue « Krakowskie Przedmescie » sont absolument dans le style de Saint Roch, de Saint Sulpice, de Saint André ; nous y voyons les mêmes frontons, les mêmes ornements architecturaux de l'époque de transition du style Louis XV à celui de Louis XVI. Et pourtant ces constructions ne sont pas des copies serviles. Tout en s'inspirant du style français, les architectes polo- nais surent produire des créations originales, même pendant ce XVIIIe siècle, auquel la France imprima son cachet de grâce inimitable. Néanmoins les constructions les plus typiques pour le style polonais ne se rapportent pas à cette époque brillante de l'histoire de Varsovie, mais bien au règne du roi Stanislas-Auguste Poniatowsky et au commen- cement du XIXe siècle. Le roi Stanislas-Auguste n'était pas seulement un grand constructeur, comme l'étaient les rois de France, il était encore un amateur éclairé d'art. Aidé par son secrétaire Albertrandi, le roi rassembla peu à peu une collection, unique au monde, de dessins,

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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE 593 VARSOVIE. — CHATEAU DU ROI STANISLAS-AUGUSTE. — GRANDE SALLE DES FÊTES. LES LUSTRES NE FIGURENT PAS DANS CETTE PRISE DE VUE. ILS FURENT ÉVACUÉS, EN 1915, À MOSCOU PAR LE GOUVERNEMENT RUSSÉ ET RESTITUÉS EN 1921 AU GOUVERNEMENT POLONAIS PAR LE GOUVERNEMENT SOVIÉTIQUE. --- de plans et de projets d’architecture de tous les théâtres de tous les palais d’Europe. Des artistes, sur l’ordre du roi, faisaient des dessins et des mensurations de tous les édifices remarquables du monde entier. Cette collection composée de plusieurs milliers de feuillets, et présentant une documentation inappréciable pour l’artiste, l’architecte, qui y trouvait des sujets d’étude et d’inspiration est conservée actuellement à la Bibliothèque de l’Académie des Beaux-Arts de Pétrograd (une question : pourquoi cette collection n’est-elle pas encore rendue à la Pologne, selon les conditions du Traité de Riga ?) C’est pour ce prince que fut construit vers 1770 le beau palais, situé entre la place Sigismund, décorée d’une colonne commémorative de ce roi, et la Vistule. La façade, donnant sur le fleuve, est dissimulée en été par la frondaison touffue des arbres, mais pendant l’automne et en hiver, on peut admirer ce chef-d’œuvre d’architecture, d’une élégance si simple et si sobre. En revanche, la décoration intérieure du palais est d’une grande richesse ; la salle de bal, d’un magnifique aspect avec ses cariatides de marbre blanc, ses colonnes, ses bas-reliefs, ses torchères en bronze, une enfilade de salons, surchargés de moulures, aux portes décorées d’ornements en bronze doré — en font une véritable habitation royale. Ce sont ces beaux appartements qu’on remet actuellement en ordre, en y replaçant les meubles de l’époque, les bronzes de Gouthière, les pendules de Cafféri, de sveltes et gracieux vases de Sévres. On rétablit également les salles de la bibliothèque du palais, converties pendant de longues années en écuries d’un régiment de Cosauques ; la riche bibliothèque des Zaluski, qu’on attend de Pétrograd, y trouvera place. Ce palais, construit par le dernier roi de Pologne, a vu les plus grands événements de ce pays ; c’est d’ici que le malheu-