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P. P. PRUD'HON LOUIS BOILLY. — PORTRAIT DE P. P. PRUD'HON. — PEINTURE. COLLECTION FERTÉ.
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P. P. PRUD'HON LOUIS BOILLY. — PORTRAIT DE P. P. PRUD'HON. — PEINTURE. COLLECTION FERTÉ.
L'ÂME DE PRUD'HON DANS SA PEINTURE P. P. PRUD'HON. — LE PEINTRE ET SA FAMILLE. — PEINTURE. APPARTIENT A M. WILDENSTEIN. --- Ansi le Paris effréné, positiviste, sceptique, dansant, chantant, cinématographile de 1922, va voir fleurir pour un moment la poésie suprême, la vision de grâce et d'amour, la beauté antique à la fois et moderne de l'œuvre de ce charmeur : Prud'hon ! Et ce qu'il y a de miraculeux dans l'aventure, — au reste toutes les aventures d'art sont des miracles, — c'est que ce même Paris, ou trop léger, ou trop occupé de questions graves, va, soudain en présence de ces adorables pages, retrouver toute la foi dans la beauté éternelle, toute la docilité aux principes souverains de l'harmonie, nécessaires pour goûter comme il convient un des aspects les plus parfaits du génie français. Ah ! c'est une belle et opportune fête d'art que va nous donner le Petit Palais ! Et en même temps et plus qu'une fête, une leçon, un rappel, d'autant plus efficaces qu'ils seront persuasifs comme une caresse, suaves comme un chant. Il s'est agi, en ces derniers temps, de la laideur en art. Elle a beaucoup fait parler d'elle, car la laideur attire plus les regards et fait souvent plus de conquêtes que la
LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE 295 vraie beauté. Celle-ci, il faut la méditer pour la mériter, tandis que la première procède et conquiert par attaques brusquées. Mais il semble bien que, dans toute cette discussion, il y ait un malentendu, et que l'on ait confondu la laideur avec l'expression. Pendant trop longtemps l'académisme a méconnu et proscrit l'art expressif et, de réaction en réaction, de jeunes écoles en sont arrivées à grand expressif de la passion orageuse et du dramatique shakespearien. Cela permet de présager à coup sûr le grand et salutaire effet sur les esprits du « mois de Prud'hon ». L'on ira du Louvre, où les immortelles visions du maître résument à la fois le crépuscule du XVIIIe siècle et l'aurore du XIXe, au Petit Palais, où, en plein Paris actuel, les œuvres précieuses provenant des plus belles collections et des plus heureux musées de France prou- l'informe ou au déformé systématique. L'on vient d'en voir un témoignage décisif aux « Cent ans de peinture française », où l'absurde candeur du douanier Rousseau voisinait en compagnie des parodies de Ingres ou des natures mortes à la boue, tandis que l'expression profonde de Delacroix, de Renoir, de Corot, de Manet, de Degas, pour ne citer que de très grands types, maintenait les droits de l'Expression pure, en même temps contre l'académisme périmé des Gérome et des Boulanger, et contre l'académisme à rebours de ceux qu'on a appelés fort improprement les fauves. Or, Prud'hon, en tant qu'expressif de la grâce païenne, a été admirablement senti et apprécié par Delacroix, le veront, comme me le disait jadis Renoir, que c'est un des plus heureux privilèges et une des plus profondes entreprises que de charmer. Ce sera une convocation à la poésie et au romanesque, une réapparition des dieux, qui ne resteront pas sans écho ni sans efficacité pour un peuple qui était journellement appelé à s'amuser de la platitude et habitué à entendre acclamer les singes. Et il n'est pas dit que si l'exposition de Prud'hon a lieu en ce moment même, c'est moins à cause de circonstances accidentelles que par la force même d'un besoin secret des esprits et des cœurs. Si nous aimons Prud'hon, c'est parce qu'il fut un grand peintre, un grand dessinateur, un grand poète et un
LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE grand'amoureux, tout cela étroitement et harmonieusement combiné par la nature et par l'art. Voici un enfant du peuple, né dans un milieu rude et bon, mais immédiatement laissé libre de suivre ses penchants et confié aux soins de ces merveilleux cultivateurs d'âmes qu'étaient certains religieux de l'ancien régime. Le curé Besson, le grand vicaire Sigorgne, l'évêque de Mâcon, M. Moreau, autant d'hommes attentifs, intelligents, sensibles, qui, à la vérité, ne négligeront pas, tout en laissant se développer ses dons, de tenter d'en garder les fruits au profit de leur contrée et de leur œuvre, mais du moins faciliteront en lui l'éclosion d'un mysticisme d'adoration qui deviendra une des faces de son génie. L'autre face, grâce à un autre protecteur, le baron de Joursanvault, c'est la révélation de l'art antique et sa propre complexion amoureuse qui la créeront. Aussi bien, tout comme Raphaël, tout comme Léonard, — tout comme Mozart aussi, — ces sortes de natures sont une somptueuse étoffe sans envers dont un des côtés est le paganisme, l'autre le mysticisme, et tous deux, en somme, dessinés et colorés par les mêmes aspirations de l'homme, grand et complet parce qu'il est double. Mais il y a aussi en Prud'hon une autre dualité, singulièrement émouvante. Ce qui fait l'aiguillon et la beauté de son inspiration, c'est aussi sa fatalité. C'est l'amour qui aura animé toute sa carrière, dirigé toute sa vie; c'est aussi l'amour qui fera son tourment, puis son malheur, puis sa mort. À peine au sortir de l'école, à l'âge de vingt ans, son ami et protecteur, le brave curé Besson, le marie, non seulement pour réparer d'urgence l'accroc à la fille du notaire royal, mais aussi pour l'empêcher de faire d'autres accros ailleurs encore. Il se trouve que cette réparation a pour effet d'ouvrir à Pierre-Paul l'entrée de l'enfer. Il ne trouvera le repos que parmi les divinités de l'Olympe. Quand il reviendra au mysticisme et qu'il peindra, après la mort de Constance, son Christ en croix, ce sera toujours l'expression, déchirante, de sa douleur humaine. Mais dans cette existence à la fois si remplie et si unie, si agitée et si contenue, si féconde en déboires et en splendeurs, les idées et les passions se pressent devant nos yeux avec une telle intensité et une telle diversité qu'il nous faut un peu discipliner nos considérations et classer nos étapes. Ce qui fait qu'on pourrait facilement ne rien comprendre à Prud'hon, c'est que sa destinée, sa vie, comme sa peinture, sont modelées par l'intérieur, et ne sont pas encerclées par un contour rigide, comme celles de David, par exemple, en tous points diamétralement opposé. Le contraste qu'a indiqué si puissamment Corneille dans les Horaces, pourrait être, avec un très léger effort, appliqué à ces deux champions. David-Horace dit à l'humanité, à la sensibilité, à tout ce trouble poétique éperdu qui caractérise les grands amoureux de l'art : Rome vous a nommés, je ne vous connais plus ! Et Prud'hon-Curiace s'écrierait de son côté : Je vous connais toujours, et c'est ce qui me tue! De là vient que l'un refoule ses passions à l'intérieur et les emprisonne sous une enveloppe inflexible, tandis que l'autre, au contraire, les LA SAGESSE RAMENANT LA VÉRITÉ SUR LA TERRE. — PLAFOND DU CHATEAU DE SAINT-CLOUD. MUSÉE DU LOUVRE.
VÉNUS, L’HYMEN ET L’AMOUR. — GRISAILLE. APPARTIENT A M. WILDENSTEIN. laisse s’exhaler lumineusement de tout son être. Jamais l’opposition du cerveau et du cœur ne fut personnifiée avec plus de netteté, et il se trouve, en fin de compte, que sa frivolité de cœur — car Prud’hon, en effet, fut « frivole » — et l’insensibilité de David, — car David fut insensible, nous font assister à un duel où le plus faible est (pour beaucoup d’entre nous du moins) le vainqueur. Pourvus de ce fil conducteur nous voyons plus clairement dans la vie et dans l’œuvre de Prud’hon, et nous comprenons que son prestige tient à ce que, tout grand peintre qu’il est, cette œuvre dépasse la peinture. S’il y a des insuffisances de compréhension à son égard, c’est parce qu’on l’aura trop jugé du point de vue pictural. Delacroix lui-même, si pénétrant que soit son jugement sur la portée et la beauté de l’œuvre, à laquelle il a consacré un de ses plus longs écrits, s’arrête peut-être un peu trop à certaines réserves de métier. Or, ces sortes de restrictions que font parfois les peintres les plus clair-
LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE voyants et les plus équitables ne prouvent qu'une chose, c'est qu'il n'y a point de commune mesure entre les techniques que les différents maîtres adoptent, pour ainsi dire, malgré eux. Quoi qu'il en soit, il est opportun de citer quelques paroles du génie épique sur le génie idyllique : « On ne refusera pas à Prud'hon une grande partie des mérites qui sont ceux de l'antique. Dans la moindre étude sortie de sa main, on reconnaît un homme profondément inspiré de ces beautés. Il serait hardi sans doute de dire qu'il les a égalées dans toutes leurs parties. Il eût retrouvé à lui seul, parmi les modernes, ce secret du grand, du beau, du vrai, et surtout du simple, qui n'a été connu que des seuls anciens. Il faut avouer que la grâce chez lui dégénère quelquefois en afféterie. La coquetterie de sa touche ôte souvent du sérieux à des figures d'une belle invention. Entraîné par l'expression et oubliant souvent le modèle, il lui arrive d'offenser les proportions ; mais il sait presque toujours sauver habilement les faiblesses. » Il est extrêmement curieux de noter, dans cet éloge qui est d'une beauté encore plus grande quand on songe à l'époque où il fut écrit, que Delacroix, qui lui-même prend avec les proportions des libertés, en définitive sublimes, puisqu'elles sont adéquates à sa pensée, relève chez Prud'hon des licences infiniment moins sensibles que celles de n'importe quel autre peintre. Toutefois, il demeure grand et consolant de voir qu'il a vu précisément la cause de la perfection et de l'originalité de Prud'hon. Il l'affirme à plusieurs reprises, dans son Journal, en termes saisissants : il est, dit-il, « le seul peintre de cette époque dont l'exécution soit égale à l'idée ». Il y a mieux encore : il projette l'œuvre dans l'avenir : « Après Gros, issu de David, mais original sur tant de côtés,Prud'hon, alliant la noblesse de l'antique à la grâce des Léonard et des Corrège, ouvrit des horizons infinis et autorisa toutes les nouveautés. » Or, cette vue sur l'avenir, peut-être n'est-elle, de nos jours mêmes, qu'à la veille de se réaliser, puisque les méditations que l'exposition de son œuvre va provoquer chez tous les artistes vraiment sincères et las du joug, soit de l'abstraction, soit de l'objectiviste, pourraient bien occasionner une renaissance de la sensibilité et de la conception poétique. Le mélange de sentiment antique et de tendances modernes est un des attraits de Prud'hon, comme aussi d'André Chénier, de qui on est si irrésistiblement porté à le rapprocher. Il est fils du XVIIIe siècle, mais de ce XVIIIe que nous avons tous plus ou moins dans la peau. LA FAMILLE MALHEUREUSE. — PEINTURE. APPARTIENT A M. G. JACOBI.
PSYCHÉ ENLEVÉE PAR LES ZÉPHYRS. — PEINTURE. MUSÉE DU LOUVRE. Le xvie est trop confus, trop littéraire et italianisant. Le xviie est, à part Molière et La Fontaine, Le Nain et Puget, trop majestueux et conventionnel, Poussin lui-même, si austère dans son humanité et si sculptural dans sa poésie. Le xviiie, lui, est sceptique mais vivant, frivole mais ardent, à tel point que, pour ceux qui les comprennent, Watteau et Marivaux enfièvrent et brûlent. Prud’hon, sous ce rapport, est à vif. Aussi, n’est-ce pas sans raison que le Louvre s’est décidé à le classer à la fin du xviiie plutôt encore qu’au commencement du xixe. Il est, cet ancien élève de l’abbaye de Cluny, ce Fra Angelico trop tôt escompté par les Pères, franc-maçon et élève de Rousseau. Il sera le peintre de la Famille malheureuse et l’allégoriste de la Révolution, mais ne pouvant s’empêcher de nous rappeler, comme André Chénier, qu’il n’y a pas de guillotine pour l’Amour. C’est qu’il avait déjà vécu, aimé ; il avait trente et un ans en 1789, et à vingt-deux ans Rome lui avait définitivement confirmé à lui-même son essence païenne. Singulière et mobile nature, franche dans son impé-
LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE 300 **tuosité, incapable de déguiser sa soif de volupté qui, par un privilège spécial, n'affaiblit jamais le labeur ni la production, mais semble les stimuler encore. N'écrit-il pas à Wille, en 1780 : « Je courrai à la débauche avec moins de plaisir qu'au travail, mais avec autant de docilité. » Il se passionne pour tout, pour l'art antique, pour la guerre d'Amérique, pour les réformes projetées par Louis XVI. Il se passionne pour la passion, en un mot. Et tout cela aboutit à le faire souffrir davantage et en même temps à convertir, comme dans les contes de fées, ses souffrances en rêves fleuris. « Ah ! monami, s'écrie-t-il, dans une de ses confidences, faut-il avoir une âme sensible pour n'éprouver que des sensations douloureuses?» Et d'elles-mêmes ces sensations dou- loureuses s'exhalent en suavités, de même que, avec ses tendances libérales (j'allais presque écrire libertaires) il est robespierriste comme David, mais il trouve le moyen de l'être avec une grâce infinie. --- L'ASSOMPTION — PEINTURE, MUSÉE DU LOUVRE --- **C'est en 1806 que Constance Mayer entre dans sa vie, pour l'illuminer d'abord, puis pour la désespérer à jamais. On n'insistera jamais assez sur la profondeur de ces circonstances ; Constance Mayer sort de l'atelier de Greuze vieilli pour passer à Prud'hon, encore plein de jeunesse à quarante-huit ans. Ici, de l'amour en foule. Mais aussi le démon de la jalousie s'insinuant dans ce bonheur, non chez Prud'hon, le pauvre! mais chez la charmante neurasthénique. Comme ces vers si vraiment XVIIIe siècle, de Boufflers, ont du souvent sembler vrais à Prud'hon : La jalousie est la [sœur de l'amour Comme le diable est [le frère des anges. Il n'est pas besoin d'insister ici sur ce drame que tout le monde connaît, mais qui, dans la suite des temps, prendra de plus en plus sa place dans les grands romans vécus qui comprennent aussi bien Roméo et Juliette qu'Héro et Léandre, Laure et Pétrarque que Hélöise et Abélard, Musset et George Sand que le général Boulanger et Mme de Bonnemain. Nous n'oublions pas que nous avons à faire ici de l'esthétique plutôt que de la psychologie, mais nous vous défions bien, avec Prud'hon et Constance Mayer, de séparer ces deux éléments, et de sentir dignement sa peinture si vous ne sentez pas ce qui la fait si frissonnante encore malgré les atteintes matérielles. Voyez, au Louvre, le tableau de La Justice et la Vengeance divines : il est maintenant bien envahi par le bitume, mais il demeure aussi dramatique, aussi imprégné et frémissant de tous les sentiments, de toutes les convictions du philosophe Prud'hon, que le divin --- A partir de 1794, son labeur serait jugé écrasant s'il n'était pas productif de tant de charme. Nous avons peine à comprendre l'apreté de l'existence, matérielle ou morale, chez ceux qui nous séduisent. Comme principales distractions, Prud'hon promène ses enfants le dimanche et le jeudi, s'entretient avec quelques amis sur des sujets philosophiques et subit les terribles scènes de sa mégère de femme. Entre temps surgissent sous son pinceau enchanteur, sous son crayon magique, les Psychés, les amours, les nymphes adorables. Et nous nous disons : « Comme il devait être content ! »
LA JUSTICE ET LA VENGEANCE DIVINES POURSUIVANT LE CRIME. — PEINTURE. MUSÉE DU LOUVRE. Enlèvement de Psyché palpite de toutes les voluptés de l'amoureux Prud'hon. Pourrait-on dire même que malgré l'obscurcissement que lui fait subir l'altération matérielle, plus épais que les ombres du Golgotha, le Christ en croix, qu'il se hâta de terminer après la mort de la bien-aimée, et qui est plutôt un sanglot qu'une prière, ne dégage pas une impression d'autant plus sinistre ? Nous aurions peut-être dû terminer sur des images plus souriantes cet aperçu sur l'art de Prud'hon peintre. Mais l'exposition commençante va rétablir l'équilibre. On y verra tout ce qui, en fait de poèmes peints, de portraits vivants et attrayants par leur propre romanesque et celui de l'artiste, peut compléter la grande idée que le Louvre a gravée dans nos esprits et dans nos cœurs. Le plafond de Dijon, œuvre capitale, montré à Paris, constituerait à lui seul un de ces événements qui datent dans l'éducation artistique d'un pays et d'une génération. Peut-être aurait-il fallu parler technique après Delacroix, et chronologie après tous les écrivains qui ont écrit des biographies, entre autres Gauchez, Charles Clément et Alfred Forest. Nous ne nous en sommes pas senti la force ni le courage, et nous avons préféré voir pourquoi il faut aimer Prud'hon, et comment il doit être aimé, c'est-à-dire avec une tendresse passionnée. ARSÈNE ALEXANDRE. PHOT. J.-E. BULLOZ, ÉD.
LA CARRIÈRE DE PRUD'HON Il sera commode pour nos lecteurs de trouver ici, avec les études de nos collaborateurs, MM. Arsène Alexandre, Charles Saunier et Clément-Janin, un précis de la vie et de l'œuvre du grand peintre. Ils pourront ainsi, non seulement avoir été mis en communion avec l'inspiration de Prud'hon, mais, pour ainsi dire, le suivre peu à peu dans sa carrière si féconde et dans son « roman » si émouvant. Pierre Prud'hon naît en 1758, à Cluny (Saône-et-Loire). Son père est maître-maçon et tailleur de pierres, et il est le dixième et dernier-né de cet artisan qui n'était pas sans avoir le sentiment des arts. Comme, dès l'enfance, le fils du maçon montre des dispositions pour le dessin, les religieux de Cluny lui facilitent ses études et il trouve successivement des protecteurs avec le curé Berton, le vicaire général de Mâcon et l'évêque même de ce diocèse, Mgr Moreau. Il est admis, grâce à eux, à l'Académie de Dijon, dont le directeur est François Devosge, qui fut aussi le maître de Rude, et l'on sait que le grand sculpteur a immortalisé les traits de cet excellent homme et de ce remarquable instructeur. On peut, d'après certaines œuvres de Devosge, constater qu'il eut une notable part dans le début de la formation artistique de son élève. Prud'hon, de tempérament très romanesque et de nature très ardente se marie en 1778 (un peu d'urgence) avec Jeanne Pennet, fille d'un notaire royal de Cluny. Ce mariage devait faire le malheur de sa vie, car cette femme devint par la suite une véritable mégère. En 1780, Prud'hon part pour Paris, grâce à l'aide et à la protection éclairée du baron de Joursanvault, de Beaune. Après avoir mené une vie assez difficile, il concourt à Dijon pour Rome, et il remporte le prix. Son séjour à Rome dure jusqu'en 1789. C'est là qu'il exécute, en s'inspirant librement d'une œuvre de Pierre de Corfoue, le grand plafond pour Dijon, qui est une des plus importantes attractions de l'exposition du Petit Palais. A Paris, l'existence de l'artiste est plus pénible et plus laborieuse que jamais. Toutefois, son rêve le console de tous ses déboires, et ceux-ci ne gênent en rien l'éclosion de ses gracieuses et tendres inventions, ni le charme captivant de son dessin. Son caractère enthousiaste fait de lui un partisan convaincu des idées nouvelles, mais sans qu'il songe à jouer un rôle politique. Enfin, en 1799, ayant obtenu un grand prix d'encouragement et le logement gratuit au Louvre, puis à la Sorbonne, il commence à être connu, considéré, et produit des œuvres de plus en plus importantes. En 1804, le préfet de la Seine, Frochot, lui commande un tableau allégorique, qui devait être ce chef-d'œuvre : La Justice et la Vengeance divines poursuivant le Crime, et qui ne fut terminé et exposé qu'en 1808. Il est nommé professeur de dessin de l'impératrice Marie-Louise, mais ces fonctions équivalent à une sinécure. En 1816, il est élu membre de l'Institut. Entre temps avait commencé le véritable « roman de Prud'hon ». Mlle Constance Mayer de la Morinière, élève de Greuze, avait, après la mort de celui-ci, été agréée, non sans quelque résistance tout d'abord, comme élève à l'atelier de Prud'hon. L'intimité la plus tendre, mais LE CHRIST EN CROIX. — PEINTURE. MUSÉE DU LOUVRE.
CHARLES-MAURICE DE TALLEYRAND-PÉRIGORD, PRINCE DE BÉNÉVENT. APPARTIENT À MADAME LA COMTESSE JEAN DE CASTELLANE.

Cet ouvrage, numéro de mai 1922 de la collection « La Renaissance de l'art français et des industries de luxe », se concentre sur l'œuvre du peintre P. P. Prud'hon. Il explore la poésie, la grâce et la beauté de ses peintures, les comparant à l'art antique et aux mouvements artistiques de son époque. L'article aborde également les dualités de sa vie, ses passions, ses tourments amoureux et l'influence de Constance Mayer sur son œuvre.