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First pages of the volume, freely accessible.
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3e Année - N° 52
4fr.
15 Février 1927
L’ART VIVANT
Revue bi-mensuelle des Amateurs et des Artistes éditée par
LES NOUVELLES LITTÉRAIRES
PEINTURE
SCULPTURE
LE LIVRE
ARTS
DÉCORATIFS
ET APPLIQUÉS
Direction, Rédaction
146, Rue Montmartre (2e)
Administration et Vente
LIBRAIRIE LAROUSSE
13-17, Rue du Montparnasse
PARIS (6)
KORÉ
du musée de l’Acropole.
Directeurs-Fondateurs :
JACQUES GUENNE
et
MAURICE MARTIN DU GARD
Rédacteur en Chef :
FLORENT FELS
SOMMAIRE
La Collection Camondo …… J.-E. Blanche
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Au Musée de l’Acropole …… Florent Fels†
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Importation: Renée Sintenis. André Salmon
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La forme des dames……… Eugène Marsan
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L’architecture :
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Splendeur et misère du film allemand………… André Levinson
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Garages modernes ……… Marie Dormoy
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Ouvrages sur l’art ……… André Girodie
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A propos de bêtes ……… Robert Rey
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L’art et le Home ……… ***
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L’importance de l’art chinois. H. Keyserling
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Riviera ………………… Clarisse
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L’art gastronomique……… Vanderpyl
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Soieries pour les Iles…… Louis Dureuil
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Les beaux livres ……… Jean Dorsenne
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Nouvelles artistiques…… Charensol
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La décoration moderne…… Ernest Tisserand
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Calendrier des Expositions
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BING & CIE
EXPOSITION DE PEINTRES MODERNES:
KISLING, ROUAULT, DERAIN,
UTRILLO, PASCIN, SOUTINE.
du 1er au 28 Février 1927
20 bis, Rue LA BOÉTIE
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GALERIE MARCEL BERNHEIM
2 bis, rue Caumartin - Paris (9e)
Téléph. Central 88-28 — Télég. MABERNEGO, PARIS
TABLEAUX MODERNES
ÉCOLE DE 1830
ÉCOLE IMPRESSIONNISTE
EXPOSITIONS PERMANENTES D'ART CONTEMPORAIN
VENTE - EXPERTISES - ACHAT
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"fermé la nuit"
vous engage à venir voir ses expositions, ses livres, ses estampes et prendre votre thé,
28, place dauphine,
41, quai de l'horloge,
téléphone : gobelins 55-55.
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VOIR recto de la dernière page d'Annonces
TARIF des ABONNEMENTS à L'ART VIVANT et des ABONNEMENTS à TARIF RÉDUIT à nos TROIS PUBLICATIONS: NOUVELLES LITTERAIRES, ART VIVANT, JOURNAL DES VOYAGES
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Galeries Georges Petit
8, RUE DE SÈZE, 8 — : — PARIS (IX° Arrond')
R. C. Seine 34,210
TABLEAUX MODERNES
EXPOSITIONS - EXPERTISES
BRONZES DE BARYE
IMPRIMERIE ARTISTIQUE
DIRECTION DE VENTES PUBLIQUES
12, rue Godot-de-Mauroy, 12
FONTAINE et Cie
SERRURERIE DECORATIVE de tous STYLES, SERRURERIE DECORATIVE MODERNE
Œuvres de : A. BOURDELLE — J. BERNARD — A. MAILLOL — P. JOUVE — J.-M. POISSON — LE BOURGEOIS — MONTAGNAC — R. PROU — SUE et MARE — GROULT — St MARCEAUX — T. SELMERSHEIM — A. CHARPENTIER — E. ROBERT, etc.
190, Rue de Rivoli — 181, Rue Saint-Honoré
R. C. Seine 72,356
EXPOSITION DES ARTS DÉCORATIFS MODERNES 1925 : Membre du Jury - Hors Concours
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L'ART POUR TOUS
SOCIÉTÉ DE VULGARISATION ARTISTIQUE
Fondée le 21 Avril 1901 par Edouard MASSIEUX
Faire connaître au grand public les chefs-d’œuvre d’hier et d’aujourd’hui et lui permettre de suivre au jour le jour l’effort des créateurs de Beauté, telle est la tâche poursuivie par l’Art pour tous, qui a organisé plus de 1.200 visites-conférences dans les Musées, Monuments, Expositions, Ateliers, Manufactures, etc.
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“CLIO”
Reliure automatique pour collection annuelle de L’Art Vivant
Nous pouvons fournir à nos lecteurs un “Clio” pour une collection annuelle de “L’Art Vivant”, leur permettant de relier les exemplaires de leur revue soit en fin d’année, soit en cours d’abonnement.
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12 francs
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Joindre 2 francs pour frais d’expédition en province et 4 francs pour les pays étrangers ayant adhéré à l’accord de Stockholm. Les commandes non accompagnées de leur montant ne seront pas exécutées.
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LIQUEUR BÉNÉDICTINE
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ACTUELLEMENT EN VENTE
Édition ART VIVANT
CARTON DE 10 REPRODUCTIONS EN COULEURS
—— reproduites en fac-similé par le Procédé JACOMET ——
CONFORMES AUX ORIGINAUX (AQUARELLES ET PEINTURES)
MATISSE
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Propriété de l’artiste
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FIGURE COUCHÉE.
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PICASSO
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Collection Paul Guillaume
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L’ENFANT.
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UTRILLO
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Collection Van Leer
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LE CANAL ST-MARTIN
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VLAMINCK
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Collection F. Fels
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MA MAISON.
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MARQUET
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Collection Bernheim
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NOTRE-DAME de PARIS
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VAN DONGEN
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Collection Fontaine
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LA PLAGE.
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DUFY
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Collection Le Portique
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LES COURSES.
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SEGONZAC
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Propriété de l’artiste
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L’ARBRE.
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CEZANNE
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Collection A. Vollard
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BAIGNEUSES.
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RENOIR
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Collection A. Vollard
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BAIGNEUSES.
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Tirage limité, numéroté : 750. PRIX : France et Colonies : 385 francs (frais de port en sus $^{(1)}$), taxe de luxe comprise
A l’Étranger : Dollars : 15,40 ; ou Livres sterling : 3.42. ; ou Francs suisses : 77 ; ou Pesetas : 110 ; ou Florins hollandais : 38,50.
(1) France, Algérie, Tunisie, Maroc, Belgique, Luxembourg 3 %. Autres Colonies, Etranger 5 % du prix de l’ouvrage
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LIBRAIRIE LAROUSSE, 13-17, rue Montparnasse, Paris (6e)
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ÉDITIONS DES QUATRE CHEMINS
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Contenu détaillé de l'ouvrage. — I. L'Ar' Antique: La Préhistoire — l'Egypte — L'Ancienne Asie — La Grèce — Rome. II. L'Art Médiéval: Les Indes — La Chine — Le Japon — Les Tropiques — Byzance et l'Islam — Le Christianisme — L'Art Gothique. III. L'Art Renaissant: Vente — France — Rome — La Flandre — La France — L'Allemagne. IV. L'Art Moderne: La Flandre — La Hollande — L'Espagne — La Monarchie Française et le dogme esthétique — La Passion rationaliste — L'Angleterre Le Romantisme et le Matérialisme — La Genèse contemporaine
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Port et emballage: 8 fr. à ajouter au premier versement
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Profession
Domicile
Lecteur de l'Art Vivant.
SIGNATURE:
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Christofle
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L'ART VIVANT
TROISIÈME ANNÉE
15 FÉV. 1927
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PROMENADES
LA COLLECTION CAMONDO
Ce matin-là, plus vide encore de visiteurs était le musée du Louvre ; quoique les journaux nous aient appris qu'on avait peu réveillonné, les vacances de Noël incitaient à s'attarder au lit les amateurs d'art. Presque seul je me trouvai donc, avec les gardiens et deux Allemands, graves comme il convient à qui médite sur l'esthétique moderne. J'aurais deviné, si je ne les avais point écoutés, ce qu'ils se communiquaient tout haut et notaient sur un calepin. — Ces Herren écrivent-ils dans quelque journal, ou bien sont-ils des gens d'affaires ? Quels qu'ils soient, ce sont gens avertis. Ils protestaient contre la présentation par le Louvre des œuvres qu'on lui légue : le beau Vêtheuil ensoleillé de Claude Monet est à contre-jour, avec plusieurs des toiles les plus admirées, quasiment invisibles, tandis que les Londres, les Nymphéas, s'étalent sur les meilleurs murs. Mais ce qui indignait ces Allemands, c'est la place qu'occupent les œuvres de Degas, artiste qu'ils semblent rayer de la liste des grands peintres modernes.
— Le Louvre, dit le plus jeune à l'autre, le Louvre ne possède qu'une toile du Lautrec ! Pas de Seurat !
Soudain, le visage de l'aîné de ces Herren me parut familier. Nous échangeâmes des regards effarouchés, puis des saluts ; nous avions discuté, jadis, à Berlin, chez Cassirer, à propos d'un tableau de Van Gogh et d'un Goya que Herr Von Tschudi voulait faire entrer à la Pinacothèque. Cette fois-ci, nous ferraillames courtoisement au sujet du Lautrec absent et du fameux tableau offert par Sir Joseph Duveen au Petit Palais, ou à feu Lapauze... J'étais venu revoir les Claude Monet ; mais, au Louvre, l'attention est souvent détournée de ce qu'on y cherche ; les Degas accaparèrent la mienne au détriment des Cathédrales et des Nymphéas.
— De Lautrec, m'aventurai-je à dire, ne vaudrait-il pas mieux montrer, au Louvre, les lithographies et quelques esquisses, plutôt que les peintures de chevalet ? Lautrec, encore dans la tradition du XVIIIe siècle, comme Forain, tirait avantage du papier ou du carton ; son écriture était d'un caricaturiste ; il engendra tout un art, si populaire aujourd'hui, si brillant, que l'on désignerait par le mot : dessin de catalogue. La publicité par l'image est l'art de notre époque, il a de multiples branches, jusques au portrait mondain conçu à la façon de Marie Laurencin, de Van Dongen, de Domergue, bref le portrait mode, couturier, magazine stylisé, bien entendu, quelque chose qui se reproduit sans peine et qui fait bien sur une page, auprès d'un texte que personne ne lit. Car, entre parenthèses, il est patent que personne ne lit les articles, surtout quand ils sont illustrés. Aussi avons-nous une équipe très nombreuse de dessinateurs pour le couturier : travail assez lucratif aujourd'hui. Vingt ans plus tôt, c'était Helleu, c'était Boldini. Ce caractère « d'actualité » peut n'avoir rien d'inartistique; c'est la plus amusante des façons de comprendre le portrait et la moins périlleuse... Une exposition de portraits féminins clas-
sés dans l'ordre des modes successives, frapperait par les changements concomitants qui se manifestent de dix ans en dix ans dans la technique picturale de la figure, des robes, des chapeaux, des accessoires rendus. Le nouveau style-catalogue fut une révolution. La peinture en elle-même comme la présentation d'une silhouette s'inspirèrent donc de la page illustrée, avec toutes les conséquences qui en devaient découler : les pires et les plus heureuses.
Mais entre Degas et Lautrec, n'y a-t-il pas plus d'écart que de Degas aux primitifs, aux Hollandais? Comparer Lautrec à Degas ne serait équitable que si l'on songeait aux sujets où chacun de ces Parisiens s'est complu, dans l'atmosphère ambiante des milieux que Carco nous décrit et que le music-hall, le cinéma ont révélés à la province. Les jeunes mariées sont devenues curieuses des sensations que procurent à leurs frères et à leurs dignes papas les boîtes de Montmartre.
Herr X... n'en voulait point démordre : Lautrec était « pathétique », un surréaliste, un expressionniste, enfin le grand maître moderne ; Degas n'avait été qu'un triste « académique ». Et le Berlinois prenait à témoin son compagnon. Tous deux s'avouaient insensibles aux menus chefs-d'œuvre que sont la Répétition en scène (grisaille) et autres toiles de chevalet datant de 1871 à 1880.
— Pourquoi tant de Degas ennuyeux, insistait notre esthéticien dépité, puisque l'Ecole moderne française est une fontaine de Jouvence, la plus riche, la plus tonifiante ?
Je ne pouvais que souscrire à cet éloge si sincère et si juste d'un étranger. Quant à sa partialité!...Quelle singulière manie ont-ils tous de renverser les propositions, assurant que tel maître d'autrefois « faisait pressentir » tel et tel de nos contemporains, au lieu d'observer que tel nouveau venu rappelle un maître qui l'a précédé ? Il y a tant à admirer — de tous côtés, en tous sens—parmi les ouvrages de nos écoles! Pourquoi comparer ? L'on perd un peu patience en lisant avant de diner paisiblement que les nouveaux Corot échus au Louvre « font deviner » déjà « l'exaltation claire et méthodique d'Utrillo », ou qu'ils sont « architecturés comme des Cézanne ». Bouffonne logomachie !
Quoi qu'il en soit, Degas fut, pour M. de Camondo, l'objet d'un culte tout particulier ; mais son choix se fixa de préférence sur les scènes chorégraphiques, et singulièrement sur les plus achevées. Camondo, abonné de l'Opéra, l'ami des danseuses, parvint à se faire ouvrir l'atelier de Degas et à se lier avec le terrible antisémite, grâce à la franc-maçonnerie des dévots de la danse. Degas, alors, ne vendait pas volontiers ses toiles anciennes, il les gardait pour lui, comme ses dessins, avec la jalousie inquiète d'un homme qui, perdant la vue, ne pourrait plus exécuter ces figures, ces intérieurs, ces architectures, baignés dans la pénombre, tels que les Hollandais n'en parfirent de plus précieux. Renonçant à l'huile et au pinceau, à la technique de ces maîtres-orfèvres, il n'employait plus que le pastel ; dès lors, il sembla acquérir le droit d'être
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L'ART VIVANT
classé parmi les impressionnistes, dont il n'avait été que l'ami. Ce qu'il avait appris d'eux, de Delacroix et de toute la peinture contemporaine (peinture qu'inlassablement il étudiait comme un débutant attentif, modeste, toujours surpris par le talent des autres), il s'en servit avec frénésie, avec de plus en plus d'indépendance. Comment a-t-on pu parler de la froideur de Degas ? Degas n'était que passion, que violence, il brûlait de mille feux ; ce classique était le plus romantique des visionnaires. Son prodigieux sens de la forme et de la couleur se développa avec autant de logique et de réflexion que de fougue, jusqu'à cette dernière période de sa vie monacale où il flagellait ce qu'il avait caressé jadis, rudoyait des corps de femme, lacérait jupes de tarlatane, maillots, décors de théâtre, au moyen de bâtons de craie colorée et du fusain. N'y a-t-il pas une sorte de rage — la rage du sensuel qui a trop résisté à l'appel de la chair — dans ces séries de grands pastels d'une polyphonie si éclatante, d'une construction si dramatique, que nous ne connûmes qu'après sa mort ? L'épanouissement de son cruel génie d'observateur était là. Pyrotechnie du coloriste-dessinateur, bouquet d'artifice, fusées d'adieu.
Mais, dira-t-on, qu'est-ce donc que la couleur ? Qu'est donc la lumière, selon vous ? Quel impressionniste du paysage en aura davantage pénétré les secrets ? La couleur, la composition, le dessin changent avec les modes féminines et le point de vue des esthéticiens. Degas ne change que de procédés.
Je signalai aux Herren berlinois les femmes à la baignoire, les nus au tub, anciens pastels de Degas, d'un modelé serré, d'une anatomie impeccable. Les yeux novices ou gâtés ne distinguent là ni l'invention ni les subtilités de la couleur. Examinons le tableau représentant une maigre créature qui s'essuie le dos, le torse plié sur les cuisses. Suivons la gradation des verts, allant du pistache au vert olive entre des roses et des beiges qui accompagnent en sourdine le gris saumâtre du corps anguleux de la dame. Degas a créé ces discrètes raretés, ces « enharmoniques », ces assonances de la couleur, aujourd'hui tombées dans le domaine public, tant on s'est inspiré de lui, mais qui constituèrent une innovation comparable à la musique de Debussy. L'art des « intimistes », Vuillard en tête, est sorti du cabinet de toilette des laiderons de Degas, papiers de tenture, mobilier pauvre, pot à eau et éponge de garni. Eclairage artificiel, lumière frisante ; entrecroisement des sabrures de la brosse ou du pastel. Les raretés exquises de la couleur, serait-ce la précision dure, coupante de la forme, chez Degas qui les dissimule aux regards des amateurs de secousses plus violentes? Mais il y a de tout dans l'œuvre de Degas, qui a tout essayé, tout « réalisé »; nous nous en apercevons à mesure que son œuvre se révèle à nous dans son ensemble, si riche, si variée, et cependant de tendance unique. Degas s'affirmera, plus tard, comme un cauteleux initiateur dont l'influence ne se sera que trop cachée et sur trop d'écoles, pour que l'on ait, tout de suite, pu la repérer. En cela, son cas ne serait point sans analogie avec celui de Monet : il est peu d'artistes modernes qui ne soient redevables à l'un et à l'autre de ces pères de la peinture moderne. Cézanne, Renoir, plus « géniaux » dans le sens allemand du mot, ouvriraient des voies plus difficiles à fréquenter après eux.
L'une des particularités les plus remarquables de l'art de Degas nous semble venir de son intelligence, et de sa formation classique. Même en sa vieillesse, il ne versa pas dans le genre affiche, sa technique demeurant celle du peintre à l'huile, quel que fût son procédé : détrempe, colle, pastel, ou l'amalgame de tous ceux-ci, voire ses coloriages de planches lithographiques, de lavas sur zinc. Cette tenue picturale, comme on disait jadis, est sans doute une qualité désuète, que l'on affecte de confondre avec recettes d'école. La science de Degas devient une sorte de chasse-mouches. Une page de Toulouse-Lautrec, au contraire, flatte l'œil habitué à l'affiche, à l'illustration. Le déballage de l'atelier de Degas, les ventes faites coup sur coup, et la fatigue des amateurs qui, les années après la mort du maître, marchaient, pour ainsi dire, sur des feuillets maculés par lui, tenons-en compte si nous analysons les causes d'une monstrueuse tiédeur de l'opinion à son endroit. Les mille bouts de papiers marqués de sa griffe nous inclinèrent, nous aussi, à douter si sa réputation n'avait pas été au-dessus de son génie; or, déjà, ses moindres croquetons et études encadrés pour les enchères, nous émeuvent. Oh ! rien ne nous devait être soustrait de ce qui fut l'herbier, le répertoire de documents d'un éternel écolier et d'un grand artiste.
A chacune de nos visites dans un musée, il faudrait pouvoir nous mettre face à face avec les œuvres célèbres, en tâchant de nous dégager des associations d'idées qu'à la longue elles nouent en nos esprits. Ces associations deviennent mécaniques, et, en les subissant, nous recréons à notre insu les ouvrages, nous leur conférons une seconde vie. D'ailleurs, si cette seconde vie assure aux vrais chefs-d'œuvre la durée de leur prestige, leur puissance de rayonnement, elle conserve dans les galeries publiques les autres, les « faux chefs-d'œuvre », sans quoi pinacothèques, glyptothèques, paraîtraient vides ou seraient en perpétuel état de déménagement. Comme je faisais cette déclaration à mes Allemands, ils se récrièrent sur l'insignifiance du Van Gogh de la Collection Camondo. Chez eux, me dirent-ils, les bons musées sont organisés d'un seul coup, ou « épurés systématiquement »; les seuls dignes de notre culture avancée ne devraient comporter que des pièces marquant un stade de l'évolution esthétique, les grands acquêts de l'histoire. Aussi bien, Toulouse-Lautrec et Van Gogh devraient dominer la cimaise, être en milieu de panneau, et Degas relégué vers l'ascenseur... Il y a tant de ferveur, de dévouement, de passion dans les systèmes qu'échafaudent les écrivains d'art, — toujours contre quelque chose ou quelqu'un — qu'il leur sera beaucoup pardonné.
Recommandons-leur les quatre très jolis volumes de Bernard Berenson, enfin traduits en français par les soins de MM. Charles Du Bos et Gillet. Berenson, l'Américain de Florence, oriental et slave d'origine, apporta à l'étude des mai tres italiens de la Renaissance les méthodes les plus « avan cées » avec un esprit très pénétrant, mais fort aventurieux. Comme tous les anglo-saxons, mes Herren berlinois ont dû être formés par Berenson ; mais sur nos contemporains, Berenson reconnaît lui-même aujourd'hui les erreurs qu'il a commises, dans l'emballlement où les organisants l'avaient entraîné, au temps où le Salon des Indépendants n'était pas encore la marmite d'un nouvel académisme-pot-au-feu.
Je proposai à ces messieurs un rendez-vous prochain dans la salle Chauchard. Ils crurent que je me gaussais d'eux. Néanmoins, nous primes jour, à une date lointaine, après le vernissage des Indépendants, à leur retour d'Espagne où, selon eux, résident quelques « génies » de demain.
J. E. BLANCHE.
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L'ART VIVANT
Photo Archives d'Art et d'Histoire
DEGAS, LA FEMME A LA POTICHE
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L'ART VIVANT
LES SCULPTURES DE RENÉE SINTENIS
Musée de Dusseldorf
POULAIN
Collection Jean Renoir
POULAIN BONDISSANT
Musée de Cologne
LE BOXEUR
Musée de Vienne
POULAIN AUX CHAMPS
GAZELLE
Photos Alfred Flechtherm
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L'ART VIVANT
IMPORTATION
RENÉE SINTENIS
MADAME Renée Sintenis est un statuaire allemand que je désirais présenter depuis longtemps aux amateurs parisiens qui le pouvaient ignorer encore. Ma sympathie pour cette artiste s'est éveillée dès ma rencontre avec son œuvre. J'ai beaucoup regretté que « des circonstances indépendantes de notre volonté » (comme disent, en leur candeur, les organisateurs de fêtes ratées) aient à jamais retardé la publication d'une histoire de belle et de bêtes illustrée des dessins de ce statuaire si original. L'un des trop rares critiques occupés de la sculpture vivante, je n'ai pu parler plus tôt de Mme Renée Sintenis, obligé par une logique première de présenter d'abord les artistes étrangers affiliés à notre Ecole de Paris. Cependant, il n'est pas vrai qu'on fasse fi en cette revue de l'art étranger parfaitement national, ou pour le moins évolué hors de nos cercles d'influence. Nos tables des matières, encore que l'actualité locale eût des exigences quand Paris est devenu le plus grand atelier du monde, répondent assez aux injustes reproches d'un groupe impatient de critiques belges (1).
Donc, Mme Renée Sintenis est allemande. Je m'attarderai d'autant moins à rechercher les origines françaises de cette artiste qu'elle n'est spécifiquement ni française ni allemande. Elle appartiendrait plutôt à ce groupe composite d'artistes qui eussent donné à l'Allemagne une Ecole de Berlin ou une Ecole de Munich, ou plutôt cette Ecole de Dusseldorf qui pouvait être, si l'Allemagne n'avait été, depuis cinquante ans, aussi résolument à la suite de l'art français, avec des éclats individuels, de Liebel (« Die Kokote ») suivant Courbet à Max Liberman, importateur de l'expressionnisme ; de Rudolf Lévy, massier de l'Académie Matisse, au Russe Archipenko, germanisé par la renommée après avoir offert à Berlin tout ce qu'il avait reçu de Paris. Si une Ecole de Berlin, ou de Dusseldorf, s'était constituée, c'est l'italogermain Ernesto de Fiori, statuaire, qui en pourrait être le chef. Mme Renée Sintenis y occuperait une place de choix. Mais on sait assez qu'après l'épreuve dite des ponts coupés par la guerre, l'Allemagne artistique s'est renationalisée dans le sens de l'expressionnisme et à cette évolution Mme Renée Sintenis n'a évidemment aucune part.
J'examinerai donc son œuvre en dehors de tout cadre. L'Europe exige beaucoup du critique français. Singulièrement requis par sa nation et tous ceux qui s'y veulent agréger, contraint de tenir pour assez logique que les directeurs de revue ne le muent pas en envoyé spécial, très souvent occupé d'une personne personnelle sans rapport avec la plastique, handicapé par le change et toutes les conditions si durées d'un temps, hélas ! incomparable, le critique doit confesser que les occasions lui manquent de rencontrer hors Paris une Europe qui boude patriotiquement Paris, comme font, par ordre de leurs dictateurs, les Européens de Bruxelles et d'Anvers. C'est pour dire que sans la bonne volonté des directeurs de la galerie Simon nous eussions insuffisamment connu l'œuvre de Renée Sintenis, tout de même ren-
(1) Je m'apprêtais à traiter ici de la jeune école belge, lorsque ma susceptibilité fut mise à l'épreuve par certain ultimatum. Je n'ai souscrit aucun billet à ordre sur Bruxelles, ni endossé aucune traite anversoise. Libre de dettes, je ferai à mon heure mes cadeaux.
contrée une fois, et de façon inoubliable, en la galerie Flechtheim.
Mme Renée Sintenis a modelé surtout des adolescents et des animaux familiers, libres d'entraves. Ses animaux sont aussi nus que ses minces athlètes et que ses jeunes filles. Son chef-d'œuvre, c'est le poulain en liberté, l'être bondissant que sa jeunesse protège assez contre aucun asservissement. Hé ! Toute ma critique ne devrait-elle pas tenir en ces seules lignes ? Cette critique qui serait une apologie devrait, si brève, être assez parfaite pour receler tout le sentiment qui s'élève de l'œuvre tendre et forte.
Il y a de cela tout près d'un siècle, Stendhal écrivait : « Si les Allemands, cette nation sentimentale et sans énergie (?), qui meurt d'envie d'avoir un caractère, et qui ne peut en venir à bout, composaient le beau moderne, ils y feraient entrer un peu plus d'innocence et un peu moins d'esprit. »
Au fait, l'énergie que l'Allemagne laissa paraître depuis, n'est-ce que l'opiniâtre quête de ce « caractère » ? Si la notation de Stendhal adhère insuffisamment à une politique que le Dauphinois ne pouvait prévoir, elle conserve quant à l'art toute la valeur à quoi elle prétendait. Quand on se sera bien entendu sur le sens du mot « esprit » compris de la façon la plus opposée au sens qu'il aurait appliqué aux ouvrages des Français ; quand on aura convenu qu'il ne s'agit que de toutes sortes d'intentions collectives, dont les morales avant tout, on sera bien à l'aise pour écrire qu'à l'heure où l'Allemagne s'inquiète d'un beau moderne et qui lui soit propre, Mme Renée Sintenis, adaptée à la vie allemande, lui apporte, par ses dons, cette innocence si nécessaire à la révélation du caractère.
Des philosophes blonds, entichés de Keyserling, s'aviseront-ils qu'une forte part d'extrême-orientalisme est dénoncée par le style même de Mme Renée Sintenis ? En tout cas, si des traces d'asiatisme sont évidentes dans son œuvre, je n'y veux pas voir le bénéfice d'une quête désespérée. L'art de Mme Renée Sintenis n'est pas une conséquence de l'effondrement impérial ; il ne ressortit pas à l'idéalisme de la Reischbanner ; on ne le voit pas issu de ce passage incertain des symboles mâles de la force à tout prix (fit-ce par la tricherie de muscles soufflés) à de plus tendres allégories. C'est rien que par une conception un peu bouddhique de la nature, sans contrainte de l'esprit, que Mme Renée Sintenis produit au jour des ouvrages qui, parfois, nous contraignent d'évoquer les grands modèles révélés par les Celliot et les Chavannes.
Au surplus, cette constatation s'impose à un degré infiniment moindre s'il s'agit des figures humaines de la jeune artiste. Ses animaux paissent sur un vaste plateau soumis au souffle des vents d'Asie mais buté sur une Europe de vieille culture. Ses adolescents s'ébattent au bord du Rhin, modèles que Mme Renée Sintenis dispute aux photographes surmoralistes de l'insidieux et charmant Querschnitt.
Cependant, si aucune statuaire accomplie dans les conditions de notre civilisation n'est parfaitement indépendante du beau antique, pour user toujours des ingénues délices des critiques de Stendhal, c'est encore au Mercure nu attachant sa sandale, dit le Sason du Louvre ainsi qu'au jeune Héros combattant ou Gladiator Borghese d'Agasias d'Ephèse, qu'il se faudrait référer pour mesurer toute la part d'éternité incluse dans une œuvre aussi fraîche, à la fois spontanée et réfléchie, que celle de Mme Renée Sintenis, artiste dont on exigera tant qu'à cet instant de sa carrière on voudrait parler de ses « promesses » en lui accordant tout l'honneur dû.
André SALMON.