Excerpt
First pages of the volume, freely accessible.
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L'ART VIVANT
Revue bi-mensuelle des Amateurs et des Artistes éditée par
LES NOUVELLES LITTÉRAIRES
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PEINTURE SCULPTURE LE LIVRE
Direction, Rédaction
146, Rue Montmartre (2°)
Administration et Vente
LIBRAIRIE LAROUSSE
13-17, Rue du Montparnasse
PARIS (6°)
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ARTS DÉCORATIFS ET APPLIQUÉS
Directeurs-Fondateurs :
JACQUES GUENNE
et
MAURICE MARTIN DU GARD
Rédacteur en Chef :
FLORENT FELS
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SOMMAIRE
LE SALON DES INDEPENDANTS PAR JACQUES GUENNE
Souvenirs sur Théodore Duret
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Louis Vauxcelles
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L'Art du Jardin en France : Le Jardin médiéval
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Marie Dormoy
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Les Grands Maîtres du XVIIIe siècle et leurs reflets féminins
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Edmond Pilon
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Promenades : Au Louvre
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J.-E. Blanche
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Chronique de l'Art Décoratif
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Ernest Tisserand
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Calendrier des Expositions
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A propos de la réouverture du Jeu de Paume………………Robert Rey
Balzac, Critique d'Art…………André Salmon
Le Réalisme des Artistes noirs H. Clouzot et A. Level
Danses Nègres………………André Levinson
Souvenirs d'enfance…………Louis Chéronnet ***
L'Art et le Home……………Charensol
Les Expositions……………Charensol
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HENRI MATISSE. Odalisque
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3° Année - N° 51
4fr.
1er Février 1927
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BING & CIE
EXPOSITION DE PEINTRES MODERNES:
KISLING, ROUAULT, DERAIN,
UTRILLO, PASCIN, SOUTINE.
du 1er au 28 Février 1927
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20 bis, Rue LA BOÉTIE
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GALERIE MARCEL BERNHEIM
2 bis, rue Caumartin - Paris (9e)
Téléph. Central 88-28 — Télég. MABERNECO, PARIS
TABLEAUX MODERNES
ÉCOLE DE 1830
ÉCOLE IMPRESSIONNISTE
EXPOSITIONS PERMANENTES D'ART CONTEMPORAIN
VENTE - EXPERTISES - ACHAT
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dominique DELIVRE DU CAUCHEMAR DE L'ANCIEN
dominique CONSTRUIT • MEUBLE • DECORE
dominique 104 FAUBOURG SAINT-HONORE - PARIS
TEL: ELYS. 62-84
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VOIR recto de la dernière page d'Annonces
TARIF des ABONNEMENTS à L'ART VIVANT et des ABONNEMENTS à TARIF RÉDUIT à nos TROIS PUBLICATIONS : NOUVELLES LITTERAIRES, ART VIVANT, JOURNAL DES VOYAGES
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SERRURERIE DECORATIVE de tous STYLES, SERRURERIE DECORATIVE MODERNE
Serrure de Joseph Bernard
Œuvres de : A. BOURDELLE — J. BERNARD — A. MAILLOL — P. JOUVE — J.-M. POISSON —
LE BOURGEOIS — MONTAGNAC — R. PROU — SUE et MARE — GROULT — St MARCEAUX
— T. SELMERSHEIM — A. CHARPENTIER — E. ROBERT, etc.
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EXPOSITION DES ARTS DÉCORATIFS MODERNES 1925 : Membre du Jury - Hors Concours
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Galerie Charles-Auguste GIRARD
TABLEAUX MODERNES
PARIS -- 1, RUE EDOUARD-VII -- PARIS
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Galerie Montaigne
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Yves Alix, Bosshard, Chabaud, Raoul Dufy, Labourer, Makowski, Edgar Tytgat
TABLEAUX MODERNES
Tel. Élysées 65-58
POUR VOTRE MAISON
Son Entretien
Sa Transformation
COUSSINS - ABAT-JOUR - BIBELOTS
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83, Avenue Niel, 83 — PARIS-17°
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7, RUE D'ARGENTEUIL, 7 — PRÈS L'AVENUE DE L'OPÉRA
Peintures - Dessins - Sculptures de bêtes
ANTIQUITÉS CHINOISES ET ÉGYPTIENNES
BARYE — COURBET — DAUBIGNY — E. DELACROIX — FREMIET — LA FRESNAYE
GERICAULT — GOYA — CHARLES JACQUES — LANÇON — PISSARO — ODILON REDON
SEURAT — DE TOULOUSE-LAUTREC — SAINT-MARCEL — BOUDIN — ADRION — ARNOLD
M. L. BAR — BERGEVIN — BIGOT — BISCHOFF — BOLLIGER — BOMBOIS — BOMPARD
BOSSHARD — BOUCHE — CHAZALVIEL — COCHET — COUBINE — CROZET — DEGAINE
DILIGENT — DOMENJOZ — DRIVIER — DUFRÈSNE — RAOUl DUFY — DUPONT
EBERL — FOUJITA — GARDET — GIMMI — GONDOUN — GUINDET — GUYOT
HERNANDEZ — KARS — KAYSER — PER KROGH — LASERRE — LE BOURGEOIS
LIEBERMANN — MAINSSIEUX — MANOLO — MANZANA — ANDRÉ MARE — BARAT-LEVRAUX — BERTHE MARTINIE — L. PARENT — DE LA PATELLIÈRE — PAVIE — PICASSO
POMPON — JANE POUPÉLET — SAVIN — SIGRIST — SUZANNE VALADON — WLERICK
Du 24 Janvier au 15 Février 1927
de 14 heures à 18 heures — dimanches exceptés
15 FÉVRIER, OEUVRES DE MAREK SZWARC
FIN FÉVRIER, PEINTURES RÉCENTES DE LÉON PARENT
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SOCIÉTÉ ANOMÈ DES ANCIENS ÉTABLENTS
E. BORDEREL ET ROBERT R. SUBES DIRECTEUR ARTISTIQUE CONSTRUCTIONS MÉTALLIQUES FERRONNERIE D'ART 131, RUE DAMREMONT - PARIS
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TABLEAUX MODERNES
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MESSAGERIES MARITIMES
Croisières accompagnées EN MÉDITERRANÉE
PROCHAINS DÉPARTS :
- De Marseille : 9 Février 1927
Retour à Marseille : 17 Mars 1927
- De Marseille : 29 Mars 1927
Retour à Marseille : 5 Mai 1927
Ces croisières comportent chacune la visite de :
NAPLES (Pompéi), LE PIRÉE (Athènes), CONSTANTINOPLE, SMYRNE, RHODES. LARNACA, BEYROUTH, ALEXANDRIE.
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L’ÉGYPTE et la HAUTE-ÉGYPTE jusqu’à ASSOUAN :
Première cataracte du Nil, Philae, Ile Éléphantine, Louqsor, Vallée des Rois (tombeau de Tut-An-Khamon) et des Reines, Karnak, Thèbes, Le Caire, Les Pyramides, le Sphinx, Memphis, Sakkara.
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La PALESTINE avec séjour à JÉRUSALEM
Excursions à Jaffa, Tel-Aviv (la nouvelle cité sioniste), Nazareth, Bethléem, Jéricho, Tibériade, etc. Promenades à la Mer Morte, au Jourdain.
PRIX
- En première classe ………………… £ 125
- En deuxième classe ……………… £ 115
Ces prix comprennent tous les frais accessoires de toute espèce : installation dans les hôtels les plus confortables, excursions en automobiles ou voitures, repas (vin de table gratuit à bord des navires seulement), pourboires, guides, etc.
La dernière de ces croisières de printemps comportera pour la première fois une extension facultative sur : la Mésopotamie et la Perse, Palmyre, Bagdad, Téhéran, Ispahan, la Mer Caspienne.
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Pour tous renseignements, s’adresser au : Siège social de la Compagnie des Messageries Maritimes (Service des Passages) 8 bis, rue Vignon, à PARIS et dans toutes les Agences de voyages.
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LES MESSAGERIES MARITIMES FONT LE TOUR DU MONDE
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L'ART VIVANT
1er FÉV. 1927
SOUVENIRS SUR THÉODORE DURET
Je n'ai jamais tant déploré qu'aujourd'hui les conditions lamentables de bousculade frénétique, de désordonnée précipitation dans lesquelles s'accomplit notre travail de journalisme. Voici que meurt, après la plus noble et droite carrière, un maître vénééré, ce grand et cher Théodore Duret, honneur d'une profession envahie par mille et un valets de charrue et annonciers dénués de syntaxe, de goût, de savoir et de sensibilité. — Sollicité d'écrire deux pages de la revue pour commémorer cette figure d'exception, cette œuvre uniquement dédiée à l'Art Vivant, c'est à peine si j'ai le loisir d'y réfléchir, de chercher sur les rayons de ma bibliothèque l'admirable « Critique d'avant-garde », placée à côté des ouvrages de Chesneau, de Thoré, de Théophile Silvestre, de Duranty, Castagnary, Burty, Roger Marx et Geffroy — jouxte les Curiosités esthétiques ! Duret méritait mieux, vraiment, que cet hommage hâtif dont le seul mérite est en son humble, ardente et profonde sincérité.
Je me souviens de ces fins de journée d'avant-guerre, où divers amateurs de peinture se réunissaient autour d'une tasse de thé dans la galerie d'un grand marchand de la rue Laffitte. Y venaient régulièrement Olivier Sainsère, exquis d'aménité, Octave Mirbeau aux paradoxes d'un flamboiement féroce, le bon paysagiste Guillaumin, seul survivant de la phalange héroïque, et Duret. Duret avait écrit tout l'après-midi en son cabinet de la rue Vignon, parmi ses estampes de Haronobou, ses toiles de Daumier, Van Gogh, Berthe Morisot ; bavarder d'art, de lettres, de politique aussi — car cet artiste fut homme d'action autant qu'homme de pensée — le divertissait ; posément, de sa petite voix flûtée, timbre suraigu de ténorino, il égrenait ses souvenirs : Courbet connu à Saintes, en 1862, Manet rencontré en 63 à Madrid, retour de Badajoz ; et la misère des parias impressionnistes ; sa parole était nette, concise, spirituelle ; on s'instruisait, à la suivre... Mirbeau donnait la réplique, qui, d'ailleurs, se brouilla avec lui, sans qu'on ait jamais su pourquoi.
Il était encore, je parle d'avant-guerre, d'une stature droite, élancée, et fort vif, allègre, élégant, distingué de démarche, le melon un peu rejeté en arrière, le jonc à pomme d'or aux doigts ; n'oubliez pas que Duret avait été un joli homme, un dandy, et que ce Saintongeois fut le type — avant l'envahissement de la capitale par les cosmopolites — du vieux Parisien, non à l'Aurélien Scholl, bone deus, mais à l'Edouard Manet. Rappelez-vous l'effigie tracée par James Mac Neil Whistler, avec la cape rose sur le bras (actuellement au Metropolitan Museum of New-York) ; souvenez-vous aussi du portrait par Manet : ce prodigieux Lapauze, pourtant, assez loin de Duret — quant à l'esthétique — avait su capter la confiance de notre maître qui devint un des bienfaiteurs attitrés et discrets du Petit-Palais).
Donc, Théodore Duret quittait son appartement à la tombée du jour, traversait le boulevard à la hauteur de la Madeleine, musait à la devanture des Bernheim, écoutant les énormités que suggérait à la foule un Eragny de Pissaro, paisible et pur tel un Corot, et où la bourgeoisie la plus spirituelle de la terre voyait je ne sais quoi de démoniaque, de cubiste et de boche...
Peu à peu, il se voûta, se tassa, sortit moins souvent. Depuis un an, il avait dû, lors des démolitions et embellissements (!) déménager ses livres et ses collections rue d'Amsterdam ; nous le vimes rarement ; le froid, la pluie, les boues de l'hiver parisien le contraignaient à demeurer au coin de son feu, tisonnant en ses merveilleux souvenirs. Il s'est éteint doucement, quelques jours après son camarade Claude Monet.
Duret fut, en tous ordres, un républicain. Je n'ai pas à apprécier son rôle de militant d'une république belle sous l'Empire. Petit-fils de légitimistes, Emmanuel-Théodore Duret comte de Brie fut, dès 1863, à vingt-cinq ans, « candidat libéral non administratif » aux côtés de Du faure, en Charente-Inférieure ; les deux adolescents démocrates essuyèrent un échec. Duret vient à Paris, collabore aux journaux de l'opposition, coudoie Vallès et Zola au Globe, fonde la Tribune où il appelle Lavertujon, Glais-Bizoin, Ferry, Pelletan. Au moment du Plébiscite, l'article de Duret est intitulé Non. Mais, à la déclaration de guerre, son papier de la Tribune a pour titre : « Debout, citoyens et soldats » et s'achève sur le refrain du Chant du Départ. En 71, Duret est maire-adjoint du IXe arrondissement, auprès de Chaudey, et ne doit qu'à un hasard, de n'être point fusillé.
Son rôle actif terminé, Duret commence ses ouvrages d'histoire. Je ne puis que faire ici une rapide allusion à ses Essais de critique sur l'histoire militaire des Gaulois, aux Vues sur l'Histoire de France moderne, au livre sur les Napoléons, réalité et imagination : une inébranlable doctrine y est exposée qui s'était sur une science dont Duret ne fait jamais étalage. Mallarmé lui écrit, au reçu de son Histoire de France de 1870 à 1873 : « Votre œuvre renouvelée a droit à ce titre grand et nu : « Histoire de France ». Vous en présentez le détail avec un art lapidaire. Votre livre restera une des chroniques définitives comme notre littérature en compte peu ; son manque d'ornement le rend intéressant pour l'artiste, et en constitue la nouveauté... Quelle machine à penser rare et puissante apparait ici votre esprit : accumulatrice et ordonnatrice d'une infinité de faits, qu'elle coule en masse homogène et exacte comme un métal. »
Duret a l'horreur innée des tyrannies et des guerres. Or, il constate, d'accord avec Michelet, que le caractère commun de la race gallique, comme l'avaient déjà remarqué Strabon et avant lui Posidonius, est qu'elle est irritable et folle de guerre. A étudier l'évolution du peuple français, depuis la chute de l'empire romain et l'invasion des Barbares jusqu'au cataclysm e napoléonien, on ne fait que retrouver au long des siècles, croisades, guerres d'Italie, guerres de Louis XIV, le même esprit d'aventure. Napoléon est le type monstrueusement représentatif de ce besoin d'agression ; le héros invincible ne s'arrête pas, ne s'arrêtera pas plus après Tilsitt qu'après la paix d'Amiens. « C'est le conquérant insatiable, le passionné que sa passion dévore, le chasseur qui, pour surmonter un obstacle démesuré, lance son coursier et se tue avec lui. » Folie du blocus continental, folie de la campagne russe, etc. Et Duret, de noter avec tristesse que cette rage belliqueuse propre à la race depuis la plus haute antiquité et qui apparaissait dans sa plénitude avec Napoléon, se donna carriée au moment même que la France victorieuse avait étendu ses frontières aux extrêmes limites tracées par la nature, soit le Rhin et les Alpes. Rien n'y fait ; les leçons du passé, la simple raison, eussent dû enseigner alors aux Français de s'arrêter, pour s'assurer des avantages acquis. Mais le Dieu des batailles en avait décidé autrement...
Je ne sais si Duret laisse en ses tiroirs quelques réflexions touchant les événements de 1914-1918 et la caricaturale réin-
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L'ART VIVANT
carnation napoléonienne sous les traits de Guillaume de Hohenzollern. Je ne le pense pas. Notre vieux maître, sans rien abdiquer de ses convictions, s'était peu à peu détaché de la vie politique ; il en considérait les péripéties du point de vue de Sirius. Ce penseur intègre, qui avait bataillé contre l'homme de Sedan, ne se mêla à l'action qu'au moment de l'affaire Dreyfus ; on le vit dressé aux côtés de Zola. C'était la seconde fois qu'il se rencontrait avec l'auteur de Mes Haines et de J'accuse, pour défendre la liberté menacée. N'oublions pas que Zola avait été l'un des soutiens imprévus de Manet. Je dis imprévus parce que le romancier naturaliste ne comprit pas plus le coloriste qu'il n'avait deviné son compagnon d'enfance et de jeunesse. Cézanne. Duret savait cela, mais son indulgence était sereine. Il connaissait les limites de l'esprit critique chez Zola, il admi-rait la puissance lyrique de l'évocateur de foules et gardait tendresse de cœur à l'homme. J'ai toujours vu le buste de Zola dans le cabinet de notre maître, près du gros crapaud japonais de bois patiné, près des Delacroix, d'un Tintoret, d'un Poussin, près du portrait de Tama par Manet (Tama fut un petit chien gentil «portrait de famille, disait Duret, je ne puis m'en séparer». Notons pour l'histoire que si Edouard Manet peignit l'image de Tama, Lulu, chat gris, «qui saccageait les boîtes de biscuits », fut représenté par Vuillard sur les genoux de son maître.
Duret traitant, des impressionnistes, aborde et résout les problèmes soulevés par eux, démontre que la lumière est le thème essentiel de leur tableau, et, le premier, découvre que leur méthode ne suffira pas à Cézanne, lequel va reconstruire selon la synthèse l'univers décomposé par leur analyse. Il sent et il sait. Sa clairvoyance touche à la divination. Il n'hésite pas à acquérir les tableaux méprisés de ces débutants ; l'échange de lettres entre Manet et Duret, relatif à un achat de dix toiles à Claude Monet jeune et pauvre, est connu. Ce gentleman aux manières courtoises adorait la peinture.
Pour aider les impressionnistes insultés par les gazetiers du boulevard ou niés par les cuistres, quel ton mesuré de flegmatique ironie prend Théodore Duret ! Comme on sent qu'il est sûr de soi, sans morgue ni pédantisme ! A ceux qui, féru des anciens, repoussent la venue des modernes, voici comme il réplique : « Convives, vous êtes bien à table, gardez vos sièges ; nous allons mettre une rallonge et nous asseoir à vos côtés. Nous apportons un nouveau plat ; il vous procurera les délices de sensations nouvelles. Goûtez avec nous...
— Nous l'avons déjà goûté, votre nouveau plat. Il ne vaut rien.
— Goûtez encore. Le goût est question d'habitude, et le palais a besoin d'apprentissage.
— Non, c'est inutile. Nous ne reviendrons point de notre premier jugement.
— Hé bien, vous vous tromperez, vous en reviendrez. » Ils en sont revenus. Ils adorent ce qu'ils brûlèrent. Je ne dis pas qu'ils aiment, mais ils ont admis. Et d'ailleurs, reprennent-ils, la même antienne avec les successeurs des maîtres d'hier ; nous avons oui, touchant Bonnard et Rouault, Matisse, Segonzac, Utrillo, Dufresne, Braque, Laprade, Bouche, les mêmes grossièretés dont les critiques de la presse sérieuse, vers 1880, rebattaient les oreilles de Théodore Duret.
Duret écrit une langue nerveuse, aisée, d'un naturel parfait. C'est un charmant journaliste, sa chronique est familière, alerte, de bonne compagnie. Lisez ce qu'il dit de Renoir : « Les femmes de Renoir sont des enchanteuses. Si vous en introduisez une chez vous, elle sera la personne à laquelle vous jetterez le dernier regard en sortant et le premier en rentrant. Elle prendra place dans votre vie. Vous en ferez une maîtresse. Mais quelle maîtresse ! Toujours douce, gaie, souriante, n'ayant besoin ni de robes ni de chapeaux, sachant se passer de bijoux : la compagne idéale ! »
Inutile d'insister, la cause est entendue. Ce que Duret dit rapidement en ses articles, il le redira à loisir, avec tous commentaires biographiques, historiques et techniques, dans ses substantielles monographies de Manet, Whistler, Van Gogh.
Et Duret japonisant ! Il n'a pas attendu Burty, Goncourt et Bing pour se décider. Qui a ramené d'Asie le grand Boudha du musée que surveille notre ami d'Ardenne de Tizac ? Est-ce feu Cernuschi ? Allons donc !... C'est Duret. Qui, avant tous les sinologues et japonistes patentés, exposa avec lucidité ce que l'art nippon doit à la Chine ? Nul ne fut plus érudit que notre doyen ; mais son immense savoir s'était mis au service d'une sensibilité vibrante, et il n'entassait faits et documents qu'à l'effet de dégager des lois et s'élever au permanent.
Sur les écoles de Kano et de Tosa, sur l'arabesque d'Hokousai, sur la Mangwa, la Gwashiki, il signe des pages décisives. Et comme Duret saisit bien le lien qui, à travers temps et espace, unit aux dessinateurs japonais du XVIIIe nos impressionnistes et Degas ! Avant Focillon, sagace historien de Hokousai, Duret perçoit la position du problème : Certains artistes voient dans la nature, non les tressaillements d'une puissance secrète, non le dédale d'une rêverie obscure et supérieure, mais un splendide déploiement d'apparences ; ils sont attentifs aux jeux divers des formes et de la lumière, à tous les souffles qui errent à la surface changeante du monde. Ce n'est pas le sens de la vie qui les sollicite, mais la vie même. Elle passe. Ils essaient de la capter sans l'immobiliser ; ils ne s'épuisent pas à la surcharger de symboles ou de pensées ; elle envire leur inspiration sans rendre leur analyse obtuse. Ce qui les attire, ce n'est pas qu'elle est mystérieuse et profonde, c'est qu'elle est instantanée et diverse. Ils répandent sur elle une activité qui ne se lasse point et qui tente d'être aussi souple et rapide que son modèle.
Voilà ce que Duret a vu chez les impressionnistes, et qu'il faut y voir.
Je ne puis alourdir cette chronique déjà longue. Il me faudrait parler encore de Duret wagnérien, (articles de la Tribune, décembre 1869), et des chapitres de doctrine pure sur Schopenhauer, et l'évolutionnisme de Spencer. Rien de neuf dans la pensée et l'art du XIXe siècle que ce moderne — nourri d'humanisme et familier des musées — n'ait approfondi.
Comme toujours, les révolutionnaires sont les plus sagaces traditionnalistes.
Louis VAUXCELLES.
P.-S. — Je sors de la Trinité où viennent d'être célèbres les obsèques de notre maître. Hétas ! étions-nous trente autour de ce cercueil ? Quelle indifférence, quelle ignorance honteuse, et quelle injustice ! Pas un peintre présent... J'en pourrais cependant citer plus de dix, bien vivants et nantis de succès, qu'il réconforta à leurs débuts, et point uniquement de sa plume. Les gens du Louvre, du Luxembourg, du Petit Palais ? Absents. Les amateurs ? Je n'ai aperçu que le docteur Viaud. Les critiques d'art ? Il y avait Tabarant, Fels, et votre serviteur, le « Syndicat de la Presse Artistique » n'ayant pas daigné se faire représenter. Pas davantage la « Société des Gens de Lettres »; seuls, Rosny l'aîné et Lecomte vinrent à ce modeste enterrement. Quant aux historiens, ces messieurs sont apparemment pris par leurs candidatures académiques. Pas un marchand, bien entendu. Insister ici serait cruel. L'État ? J'ai entrevu un fonctionnaire de la Ville de Paris. Mon cher Paul Léon, comptez-vous donc pour rien l'homme qui, seul, en son temps, a dit la vérité ? Ne savez-vous pas que c'est une chose de qualité, l'art français ? que cela importe plus que le reste ? que Rodin et Renoir sont des drapeaux ? Alors qu'aux funérailles d'un sot officiel, il y a cohue mondaine, discours et violoncelle, à celles d'un Théodore Duret, le vide se fait systématiquement. C'est proprement un scandale. J'ajoute ceci : Duret le vieux voltairien enterré sous les pompes de la religion, voilà un spectacle inattendu. Le nom de Théodore Duret, fraternellement accolé à ceux des artistes illustres qu'il a menés à la victoire, survivra aux patronymes des fantoches qui l'ont honoré de leur mépris.
L. V.
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L'ART VIVANT
Musée du Petit Palais
THÉODORE DURET, PAR ÉDOUARD MANET
Photo Bulloz
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L'ART VIVANT
L'ART DES JARDINS
En haut : LA DAME A LICORNE, Musée de Cluny.
En bas : LE CONCERT CHAMPÈTRE, Musée du Louvre.
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DE QUEL MYSTÉRIEUX ÉMOI FURENT PRIS LES ICONOCLASTES DEVANT CES CHOSES FRAGILES ET ÉPHÉMÈRES ! TANDIS QU’ILS MUTILAIENT LES SAINTS DE PIERRE, LES VIERGES DES PIETAS, LES JUGEMENTS, QUEL SENTIMENT LEUR FIT ÉPARGNER LES SOUPLES SOIES ET LES SOMPTUEUSES LAINES DES TAÏSSERIES OU S’INSCRIVAIENT LA GESTE DIVINE, LES BÊTES APOCALYPTIQUES OU LES VERTES ARABESQUES DES FRONDAISONS AUTOMNALES.
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L'ART VIVANT
LE CHATEAU DE BURY
L'ART DU JARDIN EN FRANCE
LE JARDIN MÉDIÉVAL
L'art du jardin ne pouvant s'épanouir que dans la quiétude et le bien-être, est l'art des civilisations raffinées. Le jardin est partie inhérente de la vie de l'homme, il est le cadre de sa vie extérieure, comme la maison est le cadre de sa vie intérieure, il est le repos et la douceur de vivre.
Le goût des jardins et du jardin a toujours existé. Très tôt, il a été porté à sa perfection, d'abord à Babylone, dont les jardins suspendus étaient considérés comme la huitième merveille du monde, ensuite, à Athènes, avec ceux du lycée et ceux de l'Académie.
Pour comprendre et goûter l'art du jardin, il faut admettre que le jardin est une œuvre d'architecture dont le matériel est la nature, c'est-à-dire les végétaux.
L'art du jardin se compose de divers éléments : parterres, quinconces, broderies, fontaines, que le maître jardinier emploie comme le maître d'œuvre emploie des éléments d'architecture; colonnes, arcs, plates-bandes, voûtes, etc....
Les éléments de l'art du jardin sont la foule des fleurs et des plantes, et leurs formes. Viennent ensuite la clarté des pierres et des bancs, les jeux de lumière et d'ombre, les eaux jaillissantes, les perspectives, les changements de niveau, les mouvements de terrain. Un jardin doit être ordonné et, cependant, donner l'impression de la profusion.
Les orientaux avaient poussé l'art du jardin à un point rare de raffinement, on peut même affirmer que l'art du jardin est né en Orient, principalement en Perse, mais je crois que l'on doit aussi admettre que nos jardins français n'ont rien à leur envier. Versailles reste et restera toujours une œuvre d'art de premier ordre. Mais il faut bien reconnaître que nos jardins français ont emprunté aux jardins orientaux un nombre incalculable, non seulement de fleurs mais aussi de plantes et d'arbres. Les uns comme les autres ont été importés chez nous, soit par les Maures lorsqu'ils remontèrent jusqu'à Poitiers, soit par les Croisés quand ils revinrent de Constantinople et de Palestine.
L'art du jardin français date du moyen-âge et, comme tout ce qui fut l'œuvre de cette époque, du premier coup il atteignait la perfection, sinon dans sa réalisation, du moins dans sa conception.
L'amour des jardins était très développé au moyen-âge et nous trouvons, dans nombre de fabliaux et de romans, de charmantes descriptions de ces promenades privées. Durant le haut moyen-âge, aménagé dans la cour du château, dépourvu d'arbres qui auraient pu gêner la défense, il était divisé en carrés réguliers, ce qui était plus commode pour l'exploitation.
C'est seulement au commencement du XIIIe siècle que la pacification commence à se faire, que l'on jouit d'une certaine sécurité, que l'on commence à ménager, en dehors de l'enceinte, un enclos plus ou moins vaste où poussent à la fois les fleurs et les légumes.
Le jardin se composait toujours, alors, d'un préau gazonné avec fontaine lorsque cela était possible, de berceaux de vignes, de parterres de fleurs, de roses, fort prisées pendant le moyen-âge, d'un verger et d'un potager.
Si le terrain prêtait à l'aménagement d'une pièce d'eau, on y mettait des cygnes ou des poissons variés. Sur les pelouses s'ébattaient des lapins, des écureuils et d'autres animaux familiers. Certains jardins possédaient même de grandes volières remplies de nombreuses variétés d'espèces. Les paons surtout étaient en faveur. La coutume en remontait à Charlemagne, puisqu'il est mentionné dans la Capitularia que ses intendants étaient tenus à en nourrir sur ses domaines.
Dans les parterres étaient cultivés les lis, les roses, quantité de plantes ménagères, les fèves, la marjolaine, le persil, la lavande, le chou-blanc, les épinards. Il ne semble pas