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First pages of the volume, freely accessible.
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L'ART ET LES ARTISTES
8e ANNÉE
N° 90
ART ANCIEN ART MODERNE
ART DÉCORATIF
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REVUE D'ART ANCIEN ET MODERNE DES DEUX MONDES
DIRECTEUR-FONDATEUR: ARMAND DAYOT
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SEPTEMBRE 1912 ABONNEMENT (UN AN) FRANCE... 20 FR. ETRANGER 25 FR.
RÉDACTION ET ADMINISTRATION 23, QUAI VOLTAIRE PARIS 16, QUERSTRASSE LEIPZIG
The illustration depicts a figure with outstretched arms, holding a globe, symbolizing global influence and exploration.
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L'ART ET LES ARTISTES
PRIX DU NUMÉRO :
- FRANCE .. Net 2.00
- ÉTRANGER.. Net 2.50
Directeur-Fondateur : ARMAND DAYOT
Secrétaire : Francis de Miomandre
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SOMMAIRE DU NUMÉRO 90
LA PEINTURE ESPAGNOLE : Premier article (16 illustrations)
A. DE BERUETE Y MORET
FRANCIS AUBURTIN (7 illustrations)
J.-F.-LOUIS MERLET
VICTOR ROUSSEAU (8 illustrations)
PAUL VITRY
Conservateur au Musée du Louvre
LES FOUILLES DE LA CYRÉNAÏQUE (6 illustrations)
J. LORTEL
L'ART DÉCORATIF : ALBERT MARQUE, Sculpteur (6 illustrations)
LÉANDRE VAILLAT
Le Mouvement artistique à l'Etranger : Allemagne, par WILLIAM RITTER ; Angleterre, par FRANK RUTTER ; Autriche-Hongrie, par WILLIAM RITTER ; Etats-Unis, par WALTER PACH ; Italie, par RICCIOTTO CANUDO ; Orient, par ADOLPHE THALASSO ; Echos des Arts ; Bibliographie (3 illustrations).
Épreuve d'art : Le Chant de la Vague (aquarelle originale), par FRANCIS AUBURTIN
Les avis de changement d'adresse doivent nous parvenir, accompagnés de o fr. 5o en timbres-poste, au plus tard le 25 pour le numéro du mois prochain.
Les articles publiés par l'ART ET LES ARTISTES deviennent la propriété de la Revue. Tous droits de reproduction et de traduction réservés.
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J. ALLARD
Galerie de Tableaux des Maîtres Modernes
20, Rue des Capucines, 20
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J. FÉRAL
EXPERT EN TABLEAUX
PARIS 7, Rue Saint-Georges, 7 PARIS
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TABLEAUX ANCIENS ET MODERNES
GALERIE SAINT-AUGUSTIN
Spécialités : Ecole 1830 et XVIIIe siècle. — Miniatures, Dessins, Gouaches, Aquarelles
Exposition permanente : 93, Boulevard Haussmann, 93
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Échos de la Mode
Le calot, l'affreux calot de cheveux, pittoresquement dénommé "bouse de vache" par les satiriques du sexe fort, enchantés de dauber sur nos erreurs de goût, a fait son temps; on ne le voit plus que sur des têtes arriérées ou trop économes pour renoncer à quelque chose sans l'avoir usé. On aurait donc pu croire que jamais les femmes ne retomberaient dans si funeste fantaisie et, cependant, elles adoptent encore une coiffure de même acabit, quoiqu'un peu moins hideuse. On voit de jeunes visages ensevelis dans des mèches aplatis que maintient sur les oreilles et le front une torsade ou une naite; les cheveux sont séparés par une raie généralement mal faite et le tout se réunit en maigre tortillon sur la nuque.
Je ne sais si c'est pour rappeler de loin, oh! de très loin feu la Joconde, mais c'est diablement laid, ça tient du serre-tête et surtout du bonnet d'âne quand, pour raffiner, on y ajoute des coques de ruban.
On obtient un effet plus mirobolant encore, les jours de gala, en plantant horizontalement, au-dessus de l'oreille, un long plumet dont la pointe, ainsi dirigée en arrière, époussette le visage des gens assez imprudents pour s'approcher à portée de cette sauvage parure.
J'ai admiré cela à table, l'autre jour, dans un hôtel où les voyageuses se piquaient d'élegance. Toutes les dames avaient leur plumet et tous les plumes trempaient dans les plats pour s'éponger ensuite sur le plastron des serveurs qui prenaient l'air dégouté devant ces échantillons de sauces qu'on leur offrait de force.
Les chapeaux sont mieux qu'on ne pouvait l'espérer au début de la saison, lorsque des formes absurdes firent invasion. Ce n'est pas qu'il en manque encore, mais c'est la minorité et les grands chapeaux style Trianon l'emportent de beaucoup. Ils sont d'une réelle distinction, quelle que soit leur garniture, fleurs ou plumes, et supportent à mer-veille un peu d'originalité, bords relevés, croqués, ondulés, retroussés cavaliers qui ont un chic auquel on doit rendre hommage.
Là-dessous, les femmes paraissent plus jolies, plus jeunes; le teint, protégé par l'ombre du chapeau, a un bel éclat, mais il faut veiller à ce que rien ne le dépare. La moindre tache, rougeur, trace de hâle, doit être effacée bien vite, ce qui est facile avec la Véritable Eau de Ninon, célèbre pour avoir conservé une perpétuelle jeunesse à Mme de Lenclos.
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Charles POTTIER
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CHEMIN DE FER D'ORLÉANS
Billets d'Excursion en Touraine, aux Châteaux des Bords de la Loire et aux stations balnéaires de la ligne de Saint-Nazaire au Croisic et à Guérande
1° ITINÉRAIRE
1° Classe : 86 francs — 2° Classe : 63 francs
Durée : 30 JOURS avec faculté de prolongation
Paris — Orléans — Blois — Amboise — Tours Chenonceaux et retour à Tours — Loches, et retour à Tours — Langeais — Saumur — Angers Nantes — Saint-Nazaire — Le Croisic — Guérande, et retour à Paris, via Blois ou Vendôme.
2° ITINÉRAIRE
1° Classe : 54 francs — 2° Classe : 41 francs
Durée : 15 JOURS sans faculté de prolongation
Paris — Orléans — Blois — Amboise — Tours Chenonceaux, et retour à Tours — Loches et retour à Tours — Langeais, et retour à Paris, via Blois ou Vendôme.
Ces billets sont délivrés toute l'année
CARTES D'EXCURSIONS EN TOURAINE
Ces cartes, délivrées toute l'année à Paris et aux principales gares de province, comportent la faculté de circuler à volonté dans une zone formée par les sections d'Orléans à Tours, de Tours à Langeais, de Tours à Buzanças, de Tours à Gièvres, de Buzanças à Romorantin et de Romorantin à Blois.
Elle donne, en outre, droit à un voyage aller et retour, avec arrêts facultatifs, entre la gare de départ du voyageur et le point d'accès à la zone définie ci-dessus.
Leur validité est de 15 jours, non compris le jour du départ à l'aller, ni celui de l'arrivée au retour, avec faculté de prolongation à deux reprises, de 15 jours, moyennant supplément.
Des cartes de famille sont délivrées avec une réduction de 10 à 50 % sur les prix des cartes individuelles, suivant le nombre des membres de la famille.
CHEMINS DE FER DE L'ÉTAT
VOYAGES CIRCULAIRES au littoral de l'Océan entre — BORDEAUX ET NANTES —
Billets individuels et de famille à prix réduits, délivrés par toutes les gares du Réseau de l'État (lignes du Sud-Ouest), du jeudi précédant la fête des Rameaux au 31 octobre, valables 33 jours, non compris le jour de la délivrance, et pouvant être prolongés de 3 fois 20 jours moyennant un supplément de 10 o/o pour chaque prolongation.
Itinéraire : Bordeaux, Blaye, Royan, La Grève, Le Chapus, Fouras, La Rochelle-Ville, La Rochelle-Pallice, Les Sables-d'Olonne, Saint-Gilles-Croix-de-Vie, Pornic, Paimbœuf, Nantes, Clisson, Cholet, Bressuire, Niort, Bordeaux ou inversement.
Faculté d'arrêt aux gares intermédiaires.
Billets individuels : 1° classe, 60 fr.; 2° classe, 45 fr.; 3° classe, 30 fr.
Billets de famille : Prix ci-dessus réduits de 10 o/o pour une famille de 3 personnes et jusqu'à 25 o/o pour un nombre de 6 ou plus.
Billets spéciaux individuels et collectifs de parcours complémentaires à prix réduits pour rejoindre ou quitter l'itinéraire du voyage d'excursion.
La demande des billets doit être faite à la gare de départ 3 jours au moins à l'avance. Ce délai est réduit à 2 heures pour les billets demandés dans les gares de : Angoulême, Bordeaux (Etat, Saint-Jean et Bureau Central), Châtelailon, Cholet, Fouras, La Rochelle-Ville, La Roche-sur-Yon, Les Sables-d'Olonne, Nantes (Etat et Orléans), Niort, Paris-Montparnasse, Paris-Saint-Lazare, Poitiers, Pornic, Royan, Saintes et Tours.
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CHEMIN DE FER DU NORD
SAISON BALNÉAIRE ET THERMALE 1912
10 minutes de Paris: Enghien-les-Bains. — 2 h. 1/2 de Paris: Pierrefonds. — 3 heures de Paris: Le Tréport-Mers; Saint-Valery-sur-Somme; Le Crotoy; Paris-Plage (Etaples); Boulogne. — 3 h. 1/2 de Paris: Mesnil-Val; Cayeux; Bérck; Merlimont (Rang-du-Fliers-Verton); Plages de Quend et de Fort-Mahon (Quend-Fort-Mahon); Plages Sainte-Cécile et Saint-Gabriel (Dannes-Camiers); le Portel (Boulogne); Wimereux (Wimille-Wimereux); Calais. — 4 heures de Paris: Bois-de-Cise; Le Bourg-d'Ault et Onival (Eu); Hardelot (Pont-de-Briques); Wissant (Marquise-Rinexent); Dunkerque; Malo-les-Bains; Saint-Amand; Saint-Amand-Thermal; Forges-les-Eaux (Serqueux). — 4 h. 1/2 de Paris: Andresselles et Ambleteuse (Wimille-Wimereux); Petit-Fort-Philippe (Gravelines); Loon-Plage. — 5 heures de Paris: Lefrinckouke; Zuydcoote; Bray-Dunes (Ghyvelde). — 5 h. 1/2 de Paris: Ostende; Blankenberge. — 6 heures de Paris: Heyst.
Jusqu'au 31 Octobre, toutes les gares délivrent les billets à prix réduits ci-après indiqués: 1° Billets de saison pour familles d'au moins 4 personnes valables 33 jours (Réduction de 50 $ /, à partir de la 4^e personne. — 2° Billets individuels hebdomadaires, valables 5 jours, du vendredi au mardi et de l'avant-veille au surlendemain des fêtes légales (Réduction de 20 à 44 $ /). — 3° Cartes d'abonnement de 33 jours (Réduction de 20 $ /, sur le prix des abonnements ordinaires d'un mois. — 4° Billets d'excursion du dimanche et jours de fêtes légales (2^e et 3^e classes) individuels ou de famille (Réduction de 20 à 65 $ /).
Jusqu'au 31 Octobre, toutes les gares délivrent des billets d'excursions de 1^e, 2^e et 3^e classes, à prix réduits, valables pendant une journée pour visiter Pierrefonds et Compiègne; Coucy-le-Château et la forêt de Saint-Gobain; Villers-Cotterets et la forêt; Chantilly et le Musée Condé.
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Ph. Lacoste.
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Académie de la Historia, Madrid.
La Peinture en Espagne et en Portugal
PAR
A. DE BERUETE Y MORET
Les historiens de notre Art observent que les Espagnols se distinguent moins par l'originalité dans la production que par l'inspiration et une forte et libre expression du tempérament. Tout en recevant constamment des influences étrangères, ils savent néanmoins trouver une modalité appropriée au plus intime de leur caractère. Ils font parler à leurs œuvres un langage artistique qui à l'harmonie délicate substitue presque toujours une manière robuste, quel-
Ph. Lacoste.
Madrid, Bib. de l'Escorial.
CODE VIGILANO
(MANUSC. DE L'AN 966)
quefois violente à force d'être expressive. L'austérité, vertu castillane, revêt des formes où la passion, loin d'exclure la sincérité, l'accroît.
La peinture espagnole n'a pas tendu, en un développement plus ou moins capricieux, à obéir à des idées exclusives de fine beauté et de sélection scrupuleuse. Scrutant plus au-dedans, elle a préféré refléter, avec une rare précision, le fond inné de l'être. Elle nous offre, par dessus tout artifice, la vérité : vérité terrible, douloureuse parfois, réfléchie et calculée à l'occasion sans cette saudade (1) lyrique de la peinture portugaise, sans l'habile « savoir faire » de la française, sans cette minutie chère aux artistes du Nord et sans le charme magique de leur maîtresse à toutes, l'Italie. Nous allons voir, à travers ces pages, comment se définit son évolution.
(1) Mot portugais difficile à traduire qui signifie mélancolie, nostalgie,
Premier article de “La Peinture en Espagne et en Portugal”
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L'ART ET LES ARTISTES
SAUVEUR BÉNISSANT, FRESQUE DU “PANTHÉON DES ROIS” (FIN DU XIe SIÈCLE)
L’art pictural proprement dit n’apparaît en Espagne qu’au xive siècle. Pour rechercher ses origines, il faut remonter à des manifestations fort antérieures, telles que les miniatures qui illustraient les manuscrits et les décorations murales.
Des premières, correspondant à l’époque visigothe, nous ne savons que ce qu’en dit Saint-Isidore (Ethym. liv. xixe, chap. xive, De pictura). «Maintenant, on trace d’abord les lignes de la future image et on détermine quelques ombres; puis on les couvre de couleurs, en suivant l’ordre de l’art inventé. » Le manque absolu de documents graphiques nous empêche de juger de leur caractère et du procédé qu’on y employait. Cependant, on peut s’en rendre quelque compte par les œuvres de la même espèce, postérieures et déjà influencées du goût arabe, dont il n’est pas téméraire de supposer qu’elles conservaient en partie certains éléments de la tradition visigothe.
Parmi celles de cette période qui nous sont parvenues, figurent les enluminures de manuscrits et quelques vélins isolés. Les manuscrits à miniatures que renferment diverses bibliothèques et archives (L’Escurial, la Bibliothèque nationale et l’Académie de l’histoire) révèlent le sens de ces œuvres, intéressantes à un point de vue archéologique et historique, mais dépourvues des qualités propres à marquer les orientations et les tendances qui se sont faites jour plus tard. A titre de pure curiosité,
nous signalerons, avec Justi, que dans leur style, le caractère latin du dessin, dégénéré et barbare, et qu’on qualifie souvent de «byzantin», est mêlé, ainsi que le système d’enluminure usité par les Francs, de motifs ornementaux du Nord, irlandais selon d’aucuns, mais non pas à notre avis.
Un des exemplaires les plus anciens, quoiqu’on n’en puisse préciser la date, est le missel sur parchemin provenant du Monastère de San Millan de la Cogulla et appartenant aujourd’hui à l’Académie Royale d’Histoire. De la même époque, ou en tout cas antérieures au xe siècle, paraissent être les Ethymologias de Saint-Isidore et le De Institutione Virginum de Saint-Léandre, toutes deux conservées à la Bibliothèque de l’Escurial. C’est au xe siècle qu’appartiennent la Biblia Sacra (San Isidoro de Leon) et le Codice Lucense (Escurial). Dans la région «levantine» (méditerranéenne), on enregistre comme de cette période le Psautier de Ripoll, la Bible de San Pere de Roda, le Juero Juzgo de Ripoll, le Codice de Dardona et les Homélies de Beda. Enfin, du xe ou xiie siècle datent les Commentaires à l’Apocalypse, vulgairement dits Beatos, de Beatus, nom de leur auteur. Leur valeur historique s’accorde mal avec la rudesse de leur style.
Cet art venait à l’Espagne de la France. Le xiie siècle est, pour nous, essentiellement un siècle d’importation française, et encore qu’on dénomme
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LA PEINTURE EN ESPAGNE ET EN PORTUGAL
PANNEAU PROVENANT DU MONASTÈRE DE PIEDRA
Ph. Lacoste.
Académie de la Historia, Madrid.
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«irlandaises» les miniatures de ce genre, il n'est pas facile de trouver alors trace de relations entre Espagnols et Irlandais. Par contre, on relève l'influence française, clunéenne spécialement, dans les contrées limitrophes des Pyrénées, Catalogne, Navarre qui, pour des raisons naturelles, avaient de plus grandes et plus directes communications avec la France qu'avec le reste de la péninsule.
Existe-t-il quelque chose d'espagnol, de national dans de telles miniatures? Il y a bien quelque chose, en effet, mais non dans toutes, qui les différencie de celles des autres pays, surtout des françaises auxquelles elles ressemblent le plus; quelque chose de provenance arabe, orientale, qui, infiltré chez les artistes chrétiens de ce temps, leur donne certaine personnalité. Cela se réduit à des motifs et ornements, à la façon de traiter les sujets,
au type des édifices : art, enfin, qui n'est qu'à l'état embryonnaire ; il y suffit d'un trait quelconque, comme nous venons d'en noter, pour marquer une caractéristique.
En même temps qu'on faisait des miniatures, on décorait de peintures murales les églises et les monastères. Les documents contemporains nous parlent de ces peintures, et l'on en cite quelques-unes, à la détrempe, au Baptistère de Mérida et d'autres, visigothes aussi ; de toutes, il ne reste que le souvenir. On attribue au xne siècle les plus anciennes connues. Celles qui subsistent encore à Soria, Leon, Tolède et en Navarre constituent autant d'indices qui portent à penser que l'art de la peinture murale s'était généralisé dans presque tous les royaumes chrétiens. Le fait que la plupart ont été détruites ne signifie rien quant à l'abondance
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L'ART ET LES ARTISTES
Jorge Ingles — Portrait du Marquis de Santillane
des œuvres qui devaient exister. La peinture découverte il n'y a pas longtemps dans l'ermitage de San Baudelio (Casillas de Berlanga, province de Soria) est regardée comme la plus antique des quatre mentionnées ci-dessus. Suivant les auteurs de cette découverte, les restes trouvés ne sont pas postérieurs au xiiie siècle; leur archaïsme médiéval est une note de rude indépendance. Ce sont des peintures à la détrempe sur le revêtement de plâtre. Les sujets se rapportent, soit à la vie du Sauveur, soit à des scènes pittoresques avec chasseurs, chevaux, aigles, etc., les secondes représentant sans doute quelque miracle.
De la comparaison de toutes ces peintures avec celles du Panthéon des Rois, à Leon, on retire la conviction qu'elles les précèdent chronologiquement; en outre, leurs figures sont plus parfaites que celles des miniatures des Codices Beatos du xe et xiie siècle, et elles offrent une plus grande parenté avec celles du xiiie.
La décoration de la voûte du Panthéon Royal à San Isidoro, de Leon, appartient au début du xiiiie siècle au plus tard. Elle comprend trois grandes compositions : Le Sauveur bénissant au centre, et sur les côtés : La Cène et l'Institution de l'Eglise ainsi que d'autres scènes de moindre importance sans ordre bien défini.
Avant de connaître la trouvaille de Casillas de Berlanga, on croyait les peintures de Leon les premières de la série et byzantines par leur style. Aujourd'hui, l'on juge cet ensemble d'un intérêt capital, non qu'on le suppose l'œuvre d'un artiste étranger, mais par ce que prouve, en faveur de la production espagnole, le fait qu'il y ait eu un homme de talent capable de concevoir et d'exécuter avec une telle maëstria.
Les vestiges de décoration murale, cachés jusqu'en 1871 dans l'abside du « Cristo de la Luz » à Tolède et qu'on prit d'abord pour une œuvre byzantine, peut-être de la fin du xiiie siècle, n'ont pas autant de valeur. On y trouve plus de rigidité et un esprit plus barbare que dans ceux de Leon. Les archaïsmes « locaux » que trahit leur facture, imputables sans doute à un artisan moins adroit, n'autorisent pas à assigner à ces peintures une date si lointaine. Il en existe quelques-unes encore en Navarre, qui remontent peut-être au xiiiie siècle, et peut-être aussi sont dues à une main française, de même que d'autres de la région pyrénéenne, à Sigena (province de Huesca) et à Roda.
A partir du xiiie, la peinture en Espagne offre un caractère nettement progressif, indiqué par les manuscrits déjà plus nombreux, parmi lesquels se distingue celui qu'on a mal nommé Livre gothique (Archives de la Cathédrale d'Oviedo) appartenant à l'époque romane.
Ce que nous avons mentionné jusqu'ici ne fournit guère, en ce qui concerne la peinture, que des antécédents, mais non ses origines véritables. Nous sommes déjà tout près de celles-ci avec la série de devants d'autel peints et de panneaux qui, provenant de divers points des Pyrénées, se trouvent réunis au Musée épiscopal de Vich. Le panneau découvert dans le village de Montgrony (numéro 9 du Musée) rappelle de très loin, avec ses figures grossièrement peintes, à grandes taches
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LA PEINTURE EN ESPAGNE ET EN PORTUGAL
rouges sang de bœuf sur fond d'ocre jaune, les miniatures des Apocalypses espagnoles.
Le coloris de cette œuvre et d'autres analogues, obtenu au moyen de teintes plates et vives, sans être claires ni différenciées par des raies noires, s'altère, de même que leur dessin, à l'extinction du xiiie siècle. Depuis lors, on imite en Catalogne l'art byzantin en employant pour le modelé certains reflets cuivrés et en reproduisant, avec plus d'élégance à l'occasion, les formes de cet art.
En dehors d'autres exemples, on ne sort pas jusqu'ici du domaine décoratif, d'un art explicatif, auxiliaire, soit pour l'illustration des manuscrits, soit pour l'ornementation des monuments. Plus tard, il conquiert son entière indépendance et se constitue, à proprement parler, de manière à se suffire à lui seul pour éveiller l'émotion. Parallèlement à cette évolution, la miniature est peu à peu reléguée à une condition subalterne.
La peinture à l'étude de laquelle nous avons à consacrer notre attention est la peinture tabulaire ou de retable.
Les peintres florissant en Espagne à partir du xiiiie siècle jusqu'à la première moitié du xviie sont ce qu'on appelle les primitifs espagnols. Il n'est pas facile de les classifier. Cependant, nous croyons voir qu'ils forment deux grands groupes, l'un comprenant ceux d'Aragon, Catalogne et Valence, l'autre ceux de la région centrale, les Andalous inclus.
Alors que dans le royaume d'Aragon les influences italiennes demeurent plus marquées et constantes, soit que le peintres les y reflètent plus spontanément, ou parce que des relations politiques et d'ordres divers préexistaient entre ce royaume et l'Italie, dans la région centrale ces influences sont plus faibles. Par contre, les peintres de cette dernière région adoptent d'enthousiasme le style flamand d'abord, puis le germanique. Si, en Catalogne, nous constatons la prédominance de l'école siennoise et à Valence la trace de diverses tendances, nous découvrons le style flamingo-espagnol dans le Nord-Ouest de la Castille, et un caractère « eyckien » très marqué
Coll. du Marquis de Santillane, Madrid.
JORGE INGLES — PORTRAIT DE LA MARQUISE DE SANTILLANE
dans le Centre. L'Andalousie, au sein de ce groupe, forme une sous-école plus italianisée, apparentée à l'art catalan.
De laquelle de ces manifestations va surgir le véritable art espagnol ? Il est difficile, en toute rigueur, de le préciser. Notre opinion est que la peinture nationale n'apparaît qu'ultérieurement à toutes les influences ci-dessus notées, avec un esprit d'indépendance à peu près absolue et où la tradition n'a que peu de poids.
Malgré cette opinion personnelle, nous devons consigner celle de M. Emile Bertaux sur une question de telle importance : « Jusqu'au milieu du règne des Rois catholiques — dit-il — l'art catalan est l'art aragonais restèrent complètement séparés du castillan. Les origines d'un art indépendant et vigoureux, du véritable art espagnol, c'est en Castille qu'il faut les chercher, parmi les fidèles imitateurs de la technique flamande ».