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L'ART ET LES ARTISTES 8e ANNÉE N° 87 ART ANCIEN ART MODERNE ART DÉCORATIF REVUE D'ART ANCIEN ET MODERNE DES DEUX MONDES DIRECTEUR-FONDATEUR: ARMAND DAYOT RÉDACTION ET ADMINISTRATION 23, QUAI VOLTAIRE PARIS 16, QUERSTRASSE LEIPZIG JUIN 1942 ABONNEMENT (UN AN) FRANCE... 20 FR. ET RANGER 25 FR.

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L'ART ET LES ARTISTES PRIX DU NUMÉRO : - FRANCE .. Net 2.00 - ÉTRANGER.. Net 2.50 Directeur-Fondateur : ARMAND DAYOT Secrétaire : FRANCIS DE MIOMANDRE --- SOMMAIRE DU NUMÉRO 87 UN GRAND PEINTRE DE LA PROVENCE : PAUL GUIGOU (11 illustrations) ... THÉODORE DURET ARTHUR RACKHAM (12 illustrations). ... JEAN-MARIE CARRÉ LA PEINTURE ALLEMANDE : Quatrième article (22 illustrations). ... LÉON ROSENTHAL L'ART DÉCORATIF: Le Jardin du Grand Palais (5 illustrations) ... LEANDRE VAILLAT LE SALON DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE ... F. M. Le Mouvement artistique à l'Etranger : Allemagne, par WILLIAM RITTER ; Autriche-Hongrie, par WILLIAM RITTER; Espagne, par J. CAUSSE ; Italie, par R. CANUDO; Orient, par ADOLPHE THALASSO; Echos des Arts; Bibliographie. Épreuve d'art : Bertalda, aquarelle, par ARTHUR RACKHAM (Extrait de Ondine). Les avis de changement d'adresse doivent nous parvenir, accompagnés de o fr. 5o en timbres-poste, au plus tard le 15 pour le numéro du mois prochain. Les articles publiés par L'ART ET LES ARTISTES deviennent la propriété de la Revue. Tous droits de reproduction et de traduction réservés. --- J. ALLARD - Galerie de Tableaux des Maîtres Modernes - 20, Rue des Capucines, 20 --- J. FÉRAL EXPERT EN TABLEAUX PARIS # 7, Rue Saint-Georges, 7 # PARIS --- TABLEAUX ANCIENS ET MODERNES GALERIE SAINT-AUGUSTIN Spécialités : Ecole 1830 et XVIIIe siècle. — Miniatures, Dessins, Gouaches, Aquarelles Exposition permanente : 93, Boulevard Haussmann, 93 ---

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Charles POTTIER EMBALLEUR Successeur de son Père 14, Rue Gaillon, 14 :: Près l'Avenue de l'Opéra :: Téléphone PARIS 246-84 EMBALLAGE SPÉCIAL DE TABLEAUX, MEUBLES, MARBRES & OBJETS D'ART SUCCURSALE 12 :: Rue de Louvois :: 12 GARDE-MEUBLE POUR OBJETS D'ART 12, Rue des Messageries, 12 --- CHOCOLAT A LA TASSE PRÉVOST Le même Chocolat en tablettes le 1/2 kilo 3 fr. Chocolats supérieurs 4 fr. et 5 fr. le 1/2 kilo Chocolats de ménage 1 fr. 70 et 2 fr. le 1/2 kilo Grand choix de Bonbons au Chocolat QUALITÉ SUPÉRIEURE PARFUMS TRÈS VARIÉS MAISON FONDÉE EN 1827 39, Boulevard Bonne-Nouvelle, PARIS 4, Allées de Tourny, BORDEAUX

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SOCIÉTÉ GÉNÉRALE Pour favoriser le développement du Commerce et de l'Industrie en France SOCIÉTÉ ANONYME : CAPITAL 400 MILLIONS SIÈGE SOCIAL : 54 et 56, Rue de Provence, à Paris Dépôts de Fonds à intérêts en compte ou à échéance fixe (taux des dépôts : 1 an à 2 ans 2% ; de 4 à 5 ans 3% ; net d'impôt et de timbre) — Ordres de Bourse (France et Étranger). — Souscriptions sans frais. — Vente aux guichets de Valeurs livrées immédiatement (Obligations de Chemins de fer et Bons à lots, etc.). — Escompte et Encaissement de Coupons Français et Étrangers. — Mise en règle de Titres. — Avance sur Titres. — Escompte et Encaissement d'Effets de Commerce. — Garde de Titres. — Garantie contre le remboursement au pair et les risques de non-vérification des tirages. — Virements et Chèques sur la France et l'Étranger. — Lettres de crédit et Billets de crédit circulaires. — Change de Monnaies étrangères. — Assurances (Vie, Incendie, Accidents), etc. SERVICE de COFFRES-FORTS Compartiments depuis 5 francs par mois (Tarif décroissant en proportion de la durée et de la dimension) 89 succursales, agences et bureaux à Paris et dans la banlieue; 862 agences en Province; 2 agences à l'étranger: Londres, 53, Old Broad str., et Saint-Sébastien (Espagne); correspondants sur toutes les places de France et de l'Étranger. CORRESPONDANT EN BELGIQUE Société Française de Banque et de Dépôts BRUXELLES, 70, rue Royale. ANVERS, 22, pl. de Meir. PHOTOS D'ART des Musées et Salons de Paris et Galeries étrangères. Gravures. Tableaux p' Appartements. ETUDES D'ART de tous genres. Cartes Postales illustrées. Portraits Miniatures sur émail, agrandissements. SUPERBE CATALOGUE D'ART avec 600 illust., 1 fr. 75, timbres français ou mandats de tous pays. BELLES COLLECTIONS de Photos et Cartes Postales, de 3 fr. à 100 fr. ASTI : Songeuse 24 30, 1 fr. 75 franco H. A. WEISS, Éditeur 23, rue d'Enghien, PARIS POUDRE DE RIZ AMBRE ROYAL La plus Parfaite des Poudres VIOLET, PARFUMEUR, PARIS J. MEYNIAL, Successeur de JEAN FONTAINE LIBRAIRE 30, Boulevard Haussmann, 30 ACHAT ET VENTE DE LIVRES RARES ET PRÉCIEUX DU XV° AU XIX° SIÈCLE Manuscrits, Reliures anciennes avec et sans Armoiries, Gravures, Direction de Ventes publiques, Expertises Catalogue franco sur demande tous vos livres sous la main avec la bibliothèque tournante TERQUEM PARIS 31st Boulevard Haussmann angle de la rue Scribe. ENVOI FRANCO DU CATALOGUE 1912 SUR DEMANDE CADRES DE MORENVILLIER ENGADREMENTS ARTISTIQUES STYLES ANCIENS PARIS (2nd Arr.) STYLE NÉO-FLORAL 8, Rue Marie Stuart BIJOUX ET OBJETS D'ART MODERNE OR :: ARGENT BRONZE :: FER CUIVRE :: CORNE :: IVOIRE :: P. AROUY PARIS - 78, Rue du Bac - PARIS Réparation, Restauration, Transformation, Reproduction :: de Bijoux et Objets d'Art anciens et modernes ::

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CAMPAGNE D'ALLAUCH UN GRAND PEINTRE DE LA PROVENCE PAUL GUIGOU App. à M. Kimbell. PORTRAIT DE L'ARTISTE PAR LUI-MÊME On me permettra, en venant parler de Paul Guigou, de débuter par des souvenirs personnels. Guigou est morten 1871, il y a 41 ans. De ceux qui l'ont connu, bien peu doivent vivre aujourd'hui. Il me semble que ce que je puis dire de lui, comme témoin, sera d'un certain intérêt. Comment fus-je amené à entrer en rapports avec lui ? Sans doute après avoir vu quelques-uns de ses tableaux. Mais où et dans quelles circonstances ? Je me rappelle toutefois que ce qui m'attira surtout vers lui, était son souci de peindre en plein air, procédé qu'adoptaient alors les plus osés des jeunes paysagistes et qu'il pratiquait lui-même systématiquement. C'était, en 1868-1870, l'époque où Boudin se produisait avec peine, venu à Paris de sa Normandie ; où ceux qui devaient s'appeler plus tard les Impressionnistes : Pissarro, Claude Monet, Sisley se réunissaient au Café Guerbois autour de Manet. Guigou apparaissait au même moment sorti de la Provence, sans relations avec ceux que je viens de nommer, mais ayant adopté comme eux la pratique alors hardie de se tenir en contact immédiat avec la nature et de peindre ses tableaux, en plein air, directement devant les sites à représenter.

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L'ART ET LES ARTISTES App. à M. Andréas. LA DURANCE A CADENAY Il se trouvait assez dépaysé. Il montrait surtout des vues de la Provence, qui par leur caractère particulier, diffèrent des paysages que la majorité des peintres paysagistes tiraient des environs de Paris, n'étaient pas faits pour lui ouvrir facilement les voies et lui permettre de gagner des adhérents. Nous allâmes plusieurs fois ensemble chez Philippe Burty, qui était alors un critique influent et répandu. Nous fréquentâmes aussi le Café Guerbois, où il entra en relations avec Pissarro. Guigou n'avait rien de l'exubérance, que l'on prête volontiers aux Méridionaux et particulièrement aux Provençaux. Il était de tenue modeste, sobre de paroles, mesuré dans l'expression de ses idées, mais de bon jugement. Ayant pu apprécier ses œuvres, je fus amené à en parler dans un Salon que j'écrivis pour l'Électeur libre, en 1870. On m'excusera de reproduire ce que j'en disais alors : « Paul Guigou a débuté LE VIEUX PONT « en peignant des paysages qui, par la crudité des tons et l'absence des règles conventionnelles, ont d'abord effrayé le public. Depuis, il s'est heureusement dépouillé d'une partie de la rudesse archaïque, et de la crudité exagérée de ses débuts, et il est parvenu à donner des paysages, où la sincérité des tons et l'accentuation du coloris conservées se trouvent fondues dans un ensemble harmonieux. Tel est surtout, au Salon de cette année, le tableau : les Bords de la Durance. Guigou excelle à prolonger une perspective, et à dispenser les plans, dans un lointain habilement ménagé. Peignant de préférence le paysage de Provence, nu et désolé, il sait racheter l'aridité des sites par l'accent de sincérité avec lequel il rend la coloration des eaux, des rochers, des montagnes, et par la vive lumière qu'il projette sur les campagnes. La

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PAUL GUIGOU PAYSAGE DE PROVENCE « plupart de nos paysagistes du Nord nous « peignent des sous-bois aux bouquets d'arbres, « sous lesquels nous jouissons de la fraîcheur de « l'ombre ; Guigou, auquel en Provence les arbres « et le feuillage manquent le plus souvent, peint « l'espace et l'étendue, et fait fuir sur la toile les « horizons les plus profonds ». Ce jugement, que je relis après quarante-deux ans, résume assez bien ce que je puis encore dire aujourd'hui de l'art de Guigou. Le Salon de 1870 était à peine fermé que la guerre éclatait. Guigou, comme tant d'autres, retournait dans son pays natal, pour y prendre les armes. Je ne devais plus le revoir. Je partis, au commencement de 1871, pour un long voyage autour du monde. En revenant, en 1873, je cherchai Guigou. J'allai aux renseignements et j'appri que, rentré à Paris après le siège, il y était malheureusement mort d'accident, dans son atelier, à la fin de 1871. La Provence a produit des peintres remarquables, qui se sont épanouis de 1860 à 1870. On trouvera des détails circonstanciés sur eux, dans le livre que M. André Gouirand leur a consacré (Les peintres provençaux, Paris 1901). Les principaux ont été Ricard, Monticelli et Paul Guigou. A côté des deux premiers, Guigou paraît d'abord manquer de la chaleur méridionale. Mais lorsqu'on a pénétré son œuvre, — sans chercher à établir entre les autres et lui une échelle de grandeur — c'est lui qui se révèle comme le plus profondément provençal, comme le plus intimement attaché au sol natal. Il a peint la Provence avec une telle justesse de vision, un sentiment si heureux, qu'en regardant ses tableaux, on a la sensation d'entrer réellement dans le pays. Il a rendu sa terre comme un homme qui s'en est pénétré; qui en a fait l'objet de son observation constante, qui en a saisi l'âme. Son œuvre en donne l'aspect poudreux, le feuillage asséché par le soleil, l'atmosphère limpide, le ciel découvert ou semé de blancs nuages. Les traits saillants de la Provence y sont pleinement reproduits, la maigreur de la surface, l'aridité des collines dénudées, l'apreté des montagnes rocheuses. Toutes ces particularités apparaissent fixées d'une façon sobre, sans l'emploi de moyens

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L'ART ET LES ARTISTES LES CHASSEURS violents. On sent combien l’artiste appartient au sol. L’ayant connu et aimé dès l’enfance, il ne lui trouve aucune étrangeté et le rend sans ostentation, au naturel. C’est là ce qui distingue les peintres nés sous des cieux chauffés par le soleil, fixant les effets de leur terre natale, d’avec les peintres venus du Nord qui, ceux-ci, voient généralement les pays méridionaux en s’en exagérant la chaleur et la lumière, l’éclat du coloris. Ils en donnent une image outrée, où l’on découvre l’effort, qui fausse la réalité. Les paysages de Guigou apparaîtront sobres, à côté de ceux des artistes qui ont pu peindre la Provence en se laissant aller à en exagérer la couleur, mais ils apparaîtront avec une grande supériorité, comme une juste et forte expression du caractère véritable. Ce que je dis de Guigou, né sur le sol provençal, peignant le midi, comparé aux artistes venus de loin pour le rendre, peut se vérifier, comme s’étant reproduit et répété ailleurs, à Venise, par exemple, où tant d’artistes voyageurs ont été à l’œuvre. Les peintres étrangers nous montrent généralement la reine de l’Adriatique éclairée par des couchers de soleil éclatants, par une lumière violente, qui fait miroiter les eaux et étinceler les murailles. Quand on arrive à Venise et qu’on voit comment Tintoret, Canaletto, Guardi la présentent, baignée d’une belle lumière, douce et comme nacrée, on n’a qu’à regarder autour de soi, pour reconnaître que leur manière calme, comparée à la manière violente des étrangers, est bien celle qui rend le vrai caractère local. M. André Gouirand, dans son livre sur les peintres provençaux, nous donne une biographie de Paul Guigou. Il était né à Villars, près d’Apt en Provence, le 15 février 1834. Il entra d’abord chez un notaire d’Apt. Après un certain temps, sa vocation artistique se faisant jour, il rejoignit ses parents à Marseille, où ils avaient fixé leur résidence, et obtint d’eux de se livrer à l’étude du dessin et de la peinture. L’Académie des Beaux-Arts de Marseille était alors sous la direction ÉTUDE D’OLIVIERS

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PAUL GUIGOU d'un peintre provençal Loubon, un homme de talent. Ce fut à son école que Guigou commença son apprentissage et poursuivit l'étude de son art. Sa formation a donc été entièrement locale et provençale. Il expose pour ses débuts deux toiles, en 1859, à Marseille, à la Société des artistes des Bouches-du-Rhône. Il envoie, pour la première fois, à Paris au Salon, en 1863 et continue ensuite à s'y produire. Il vient alors à Paris. Il n'y fait guère qu'un séjour intermittent, retournant fréquemment se retremper resté négligé de ses compatriotes les Marseillais et il n'avait pas suffisamment attiré l'attention à Paris, pour qu'enlevé prématurément, il pût exciter l'intérêt. Guigou et son œuvre disparaissent donc. Il n'en n'est plus question. On ignore l'homme et les tableaux restent ensevelis. Cet oubli devait durer trente ans. Enfin en 1900, commence ce que l'on peut réellement appeler une résurrection. Deux œuvres de l'artiste apparaissent à l'Exposition centennale et, au même moment, M. André Gouirand publie son livre sur les peintres dans l'air natal. Pendant qu'il demeure à Paris, il va peindre des payages aux environs, en 1865 à Moret, en 1866, à Triel. Il commençait à entrevoir le succès et à pouvoir échapper aux difficultés que tout débutant doit surmonter; lorsque la mort le frappa, le 21 décembre 1871. Il avait trente-sept ans. Guigou mort, son œuvre va rester longtemps inconnue. Comme toutes les choses neuves, elle n'avait pu rencontrer l'approbation que de rares amateurs, de cette sorte d'irréguliers qui n'ont point d'action immédiate et ne sauraient exercer d'influence directe autour d'eux. En dehors des quelques partisans de cet ordre, Guigou était provençaux. Dès lors l'homme tient une place au premier rang. Mais ce n'est vraiment qu'à partir de 1907, date d'un heureux événement dans l'histoire de Guigou, que l'attention des collectionneurs est attirée sur lui et sur son œuvre. A cette époque, M. Armand Dayot, inspecteur général des Beaux-Arts, bien inspiré, acheta pour le compte de l'État, le merveilleux paysage qui figure aujourd'hui au Musée du Luxembourg, et où vit, avec une intensité toute moderne, la lumineuse poésie de la nature provençale. Nous reproduisons d'ailleurs ici cette toile magnifique. Peu d'années après, M. Paul Rosenberg qui se souvenait de l'œuvre du Luxembourg, fut vive- LA ROUTE BLANCHE