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L'ART ET LES ARTISTES 8e ANNÉE N° 91 ART ANCIEN ART MODERNE ART DÉCORATIF --- REVUE D'ART ANCIEN ET MODERNE DES DEUX MONDES DIRECTEUR-FONDATEUR: ARMAND DAYOT --- OCTOBRE 1942 ABONNEMENT (UN AN) FRANCE... 20 FR. ETRANGER 25 FR. --- RÉDACTION ET ADMINISTRATION 23, QUAI VOLTAIRE PARIS 16, QUERSTRASSE LEIPZIG The illustration depicts a figure with outstretched arms, holding a globe, symbolizing global communication or exchange. The background is dark brown, emphasizing the light and shadow of the figure against the globe.

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L'ART ET LES ARTISTES PRIX DU NUMÉRO : - FRANCE .. Net 2.00 - ÉTRANGER.. Net 2.50 Directeur-Fondateur : ARMAND DAYOT Secrétaire : FRANCIS DE MIOMANDRE --- SOMMAIRE DU NUMÉRO 91 LA PEINTURE ESPAGNOLE : Deuxième article (17 illustrations) .. A. DE BERUETE Y MORET EUGÈNE BÉJOT, Peintre-Graveur (12 illustrations).. HENRY BATAILLE UN NOUVEAU PORTRAIT DE LUCRÈCE BORGIA (6 illustrations) .. J. LORTEL HENRI DÉZIRÉ (7 illustrations) .. WILLIAM ROMIEUX LES FIGURINES D'HENRI VARENNE (5 illustrations) .. PIERRE-MARCEL LAMBERT L'ART DÉCORATIF : LA MAISON EN SAVOIE (5 illustrations).. LEANDRE VAILLAT Le Mouvement artistique à l'Etranger : Allemagne, par William Ritter; Autriche-Hongrie, par William Ritter; Espagne, par J. CAUSSE; Italie, par R. CANUDO; Orient, par ADOLPHE THALASSO; Echos des Arts; Bibliographie. Épreuve d'art : Saint Ferdinand, roi d'Espagne (peinture), par Le GRECO Les avis de changement d'adresse doivent nous parvenir, accompagnés de o fr. 5o en timbres-poste, au plus tard le 15 pour le numéro du mois prochain. Les articles publiés par l'ART ET LES ARTISTES deviennent la propriété de la Revue. Tous droits de reproduction et de traduction réservés. --- J. ALLARD - Galerie de Tableaux des Maîtres Modernes - 20, Rue des Capucines, 20 --- J. FÉRAL EXPERT EN TABLEAUX PARIS # 7, Rue Saint-Georges, 7 # PARIS --- TABLEAUX ANCIENS ET MODERNES GALERIE SAINT-AUGUSTIN Spécialités : Ecole 1830 et XVIIIe siècle. — Miniatures, Dessins, Gouaches, Aquarelles Exposition permanente : 93, Boulevard Haussmann, 93 ---

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Échos de la Mode Le goût à l'air de se fixer en faveur des toilettes 1830, mises à la mode par quelques chanteuses de vieilles romances et par les bals costumés rappelant cette époque qui a eu, jusqu'à ce moment, une assez mauvaise presse. On trouvait la grisette et la grande dame aussi ridicules l'une que l'autre avec leurs petites jupes à volants, leurs grands cols, leurs corsages bouffants, leurs manches à gigot, leurs étoffes à fleurs, leur organdi raide d'empois et leurs chapeaux cabrioles aplatisissant leurs anglaises le long de leurs joues. Brusquement, tout à changé, l'opinion à fait volte-face et rien ne paraît plus nouveau que le vieillot, plus élégant que la simplicité de ces toilettes dont on a tant ri pendant trois générations. On copie les tissus les plus démodés pour en faire de l'inédit, et l'on peut retrouver dans la mémoire le souvenir d'étoffes semblables, de cotillons tout pareils, découverts en furetant dans les greniers, que l'on a massacrés pour en faire des oripeaux de poupées et que l'on voudrait bien avoir aujourd'hui pour exhiber de l'authentique et non du simili. On revient aussi à quelque chose moins ancien, qui a fait florès sous le Septennat du Maréchal de Mac-Mahon, et dont on peut voir l'effet sur les portraits d'élégantes de cette époque. Les belles mondaines portraittrées par Carolus Duran, Lefebvre, Cabanel et autres maîtres, ont assez souvent cette coupe de corsage montant derrière, décolletée devant en pointe ou en carré, avec des plissés de dentelles faisant guimpe des deux côtés. C'est plus séyant souvent que l'encloule ronde et basse, qui exige la perfection du cou pour ne pas choquer le regard et convient plus spécialement à la jeunesse, la vraie, celle que l'on possède en s'éveillant et non celle que l'on fabrique chaque matin, moyennant deux heures de travail devant la glace. Exercice dans lequel excellait Mlle Guimard qui avait la patience, en appliquant son fard, de copier ton pour ton son portrait, exécuté quelque vingt ans avant, quand elle était dans tout l'éclat de sa beauté. Le fichu Marie-Antoinette et le fichu Marie-Amélie se portent aussi tous les deux. Le premier a plus de grâce, plus de vapeux que le second, un peu sec, un peu étirqué, ayant la marque caractéristique de son époque, mais qui, néanmoins, ne produit pas mauvais effet. Toutes ces blancheurs sont très favorables au teint. Si pourtant l'épiderme laisse quelque peu à désirer et paraît un peu jauni, un peu tiré, il est indispensable de le rafraîchir avec un rien de poudre de riz, par exemple la poudre Fleur de Pêche, renommée pour sa pureté. Existant en quatre nuances : blanche, rosée, naturelle et rachel, cette spécialité de la Parfumerie Exotique, 35, rue du Quatre-Septembre, vaut 3 fr. 50 et 4 fr. franco. CHRYSANTHÈME. Sur la pente. — Je pense que ces quelques mèches décolorées reprendront leur teinte primitive sous des applications de Poudre Capillus. Ce n'est pas une teinture, mais l'effet est très bon. Pour avoir le ton exact, il suffit d'envoyer une mèche de cheveux comme échantillon à la parfumerie Ninon, 31, rue du Quatre-Septembre. Prix : 5 fr. et 5 fr. 50 franco. Charles POTTIER EMBALLEUR 14, Rue Gaillon, 14 Près l'Avenue de l'Opéra PARIS 246 - 84 EMBALLAGE SPÉCIAL DE TABLEAUX, MEUBLES, MARBRES & OBJETS D'ART SUCCURSALE 12 :: Rue de Louvois :: 12 GARDE-MEUBLE POUR OBJETS D'ART 12, Rue des Messageries, 12 CHOCOLAT A LA TASSE PRÉVOST Le même Chocolat en tablettes le 1/2 kilo 3 fr. Chocolats supérieurs 4 fr. et 5 fr. le 1/2 kilo Chocolats de ménage 1 fr. 70 et 2 fr. le 1/2 kilo Grand choix de Bonbons au Chocolat QUALITÉ SUPÉRIEURE PARFUMS TRÈS VARIÉS MAISON FONDÉE EN 1827 39, Boulevard Bonne-Nouvelle, PARIS 4, Allées de Tourny, BORDEAUX

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LE GARDE-MEUBLE PUBLIC BUREAU CENTRAL: 18, Rue Saint-Augustin BUREAU DE PASSY: 18, Avenue Victor-Hugo Agrée par le Tribunal BEDEL & Cie MAGASINS: 194, rue Championnet 308, rue Lecourbe 14, rue de la Voûte 2 et 4, rue Véronèse 16, rue Barbès (Levallois) CADRES DE MORENVILLIER ENCADREMENTS ARTISTIQUES STYLES ANCIENS PARIS (2e Arct.) STYLE NÉO-FLOREAL 8, Rue Marie Stuart PHOTOS D'ART des Musées et Salons de Paris et Galeries étrangères. Gravures, Tableaux p Appartements. ETUDES D'ART de tous genres. Cartes Postales illustrées. Portraits Miniatures sur émail, agrandissements. SUPERBE CATALOGUE D'ART avec 600 illust., 1 fr. 75, timbres français ou mandats de tous pays. BELLES COLLECTIONS de Photos et Cartes Postales, de 3 fr. a 100 fr. ASTI: Songeuse 24/30, 1 fr. 75 franco H. A. WEISS, Éditeur 23, rue d'Enghien, PARIS POUDRE DE RIZ AMBRE ROYAL La plus l'ajusté des Louvres VIOLET, PARFUMEUR, PARIS J. MEYNIAL, Successeur de JEAN FONTAINE LIBRAIRE 30, Boulevard Haussmann, 30 ACHAT ET VENTE DE LIVRES RARES ET PRÉCIEUX DU XV° AU XIX° SIÈCLE Manuscrits, Reliures anciennes avec et sans Armoiries, Gravures, Direction de Ventes publiques, Expertises Catalogue franco sur demande BIJOUX ET OBJETS D'ART MODERNE OR :: ARGENT BRONZE :: FER CUIVRE :: CORNE :: IVOIRE :: P. AROUY PARIS - 78, Rue du Bac - PARIS Réparation, Restauration, Transformation, Reproduction :: de Bijoux et Objets d'Art anciens et modernes :: tous vos livres sous la main avec la bibliothèque tournante TERQUEM ENVOI FRANCO DU CATALOGUE 1912 SUR DEMANDE SOCIÉTÉ GÉNÉRALE Pour favoriser le développement du Commerce et de l'Industrie en France SOCIÉTÉ ANONYME :: CAPITAL 400 MILLIONS SIÈGE SOCIAL : 54 et 56, Rue de Provence, à Paris Dépôts de Fonds à intérêts en compte ou à échéance fixe (taux des dépôts : 1 an à 2 ans 2% ; de 4 à 5 ans 3% ; tout d'impôt et de timbre). — Ordres de Bourse (France et Etranger) — Souscriptions sans frais — Vente aux gachets de Valeurs livrées immédiatement (Obligations de Chemins de fer et Bons a lots, etc.). — Escompte et Encaissement de Coupons Français et Etrangers. — Mise en règle de Titres. — Avance sur Titres. — Escompte et Encaissement d'Effets de Commerce. — Garde de Titres. — Garantie contre le remboursement au pair et les risques de non-vérification des tirages. — Virements et Chèques sur la France et l'Etranger. — Lettres de crédit et Billets de crédit circulaires. — Change de Monnaies étrangères. — Assurances (Vie, Incendie, Accidents), etc. SERVICE de COFFRES-FORTS Compartiments depuis 5 francs par mois (Tarif décroissant en proportion de la durée et de la dimension) 89 succursales, agences et bureaux à Paris et dans la banlieue; 852 agences en Province; 2 agences à l'étranger; Londres, 53, Old Broad str., et Saint-Sébastien (Espagne); correspondants sur toutes les places de France et de l'Etranger. CORRESPONDANT EN BELGIQUE Société Française de Banque et de Dépôts BRUXELLES, 70, rue Royale. ANVERS, 22, pl. de Meir.

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--- CRÉDIT LYONNAIS SOCIÉTÉ ANONYME FONDÉE EN 1863 Capital entièrement versé : 250 millions Siège Social : LYON, Palais du Commerce Succursale : PARIS, Boulevard des Italiens Dépôts de fonds à vue et à échéance fixe :: Ordres de bourse (France et Étranger) :: Avances sur titres :: Dépôts de titres :: Escompte et encaissement de coupons :: Envois de fonds en France et à l'Étranger :: Change de monnaies étrangères :: Lettres de Crédit pour voyages :: Souscriptions :: Dépôts de bijoux, argenterie, etc. :: Assurances :: Garantie contre les risques :: de non vérification des tirages :: LOCATION DE COFFRES-FORTS --- COMPTOIR NATIONAL D'ESCOMPTE - DE - PARIS Capital : 200 millions de francs SIÈGE SOCIAL : Rue Bergère SUCCURSALE : 2, Place de l'Opéra Président du Conseil d'Administration : M. ALEXIS ROSTAND, O. Vice-Président, Directeur : M. E. ULLMANN, O. Directeur, Administrateur : M. P. BOYER, OPÉRATIONS DU COMPTOIR Bons à échéance fixe -- Escompte et Recouvrements -- Escompte de chèques -- Achat et Vente de Monnaies étrangères -- Lettres de Crédit -- Ordres de Bourse -- Avances sur Titres -- Chèques Traitées -- Envois de Fonds en Province et à l'Étranger -- Souscriptions Garde de Titres -- Prêts hypothécaires maritimes -- Garantie contre les Risques de remboursement au pair -- Paiement de coupons, etc. AGENCES 37 Bureaux de Quartier dans Paris -- 14 Bureaux de Banlieue -- 150 Agences en Province -- 11 Agences dans les Colonies et Pays de Protectorat - 11 Agences à l'Étranger LOCATION DE COFFRES-FORTS LETTRES DE CRÉDIT POUR VOYAGES Le Comptoir National d'Escompte détient des Lettres de Crédit circulaires payables dans le monde entier auprès de ses agences et correspondants ; ces Lettres de Crédit sont accompagnées d'un carnet d'identité et d'indications et offrent aux voyageurs les plus grandes commodités, en même temps qu'une sécurité incontestable SALONS DES ACCRÉDITÉS Succursale : 2, Place de l'Opéra Installation spéciale pour voyageurs -- Emission et paiement de Lettres de Crédit -- Bureau de change -- Bureau de poste -- Réception et réexpédition des lettres

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THISBÉ PARFUM ULTRA PERSISTANT ED. PINAUD PARIS LIQUEUR BÉNÉDICTINE PHOTOGRAVURE PETERSEN & DUHAMEL TRAIT SIMILI-GRAVURE COULEURS REPRODUCTION DE DESSINS & PHOTOGRAPHIES TÉLÉPHONE : 751-17 18, RUE DES PLANTES, PARIS - XIV° TÉLÉPHONE : 751-17 Galeries KLEINBERGER 9, RUE DE L’ÉCHELLE TABLEAUX ANCIENS Spécialités : ÉCOLES HOLLANDAISE ET FLAMANDE GRANDS VINS DE CHABLIS ET DE LA BOURGOGNE Monopole du Vin de la Moutonne pour l’année 1906 CAVES E. LAPORTE Migennes et gare de Laroche (Yonne) Vins fins de Chablis et de la Côte-d’Or, 1 fr. 50 la bouteille, depuis Vente exclusive en bouteilles - Demander le Prix-Courant pour 1912 Adresse postale et télégraphique : LAPORTE - MIGENNES Téléphone n° 5 à Migennes LE GÉRANT : A. JOBARD.

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LA PEINTURE EN ESPAGNE ET EN PORTUGAL II LE SIÈCLE D'OR DE LA PEINTURE ESPAGNOLE SANS grand éclat, mal définis, comme c'est le propre d'une époque de gestation, tels apparaissent les efforts préparatoires qui, durant presque tout le xvie siècle, tendirent à créer une ambiance artistique apte à favoriser le plein développement de glorieuses écoles picturales. On peut assurer que dans ce siècle les Espagnols, en ce qui touche la peinture, ne suivirent que de loin le courant spirituel de la Renaissance. L'Espagne ne possède pas une seule figure adéquate à ce vaste mouvement. L'expansion victorieuse des armes espagnoles par tout le monde n'eût point de pendant en matière de peinture. Aucun de nos artistes n'égalait alors les Italiens, Flamands, Allemands et Hollandais. Les rares livres d'art imprimés et publiés au cours de cette période sont de pauvres manuels de peintres, veufs d'idées et de doctrines, sauf dans la partie qu'on pourrait dénommer « théologique ». La fin de l'art était, pour d'aucuns, de guider les hommes vers Dieu. L'italianisme, maintenu en Castille par le sculpteur Alonso Berruguete, n'eut pas d'équivalent dans le domaine de la peinture. La tendance prédominante à cette époque sur la région centrale se reflète dans les œuvres du tolédan Juan de Villoldo et plus clairement dans celles de Fr. Juan Correa. En Andalousie, les italianisants les plus renommés étaient le sévillan Luis de Vargas, disciple de Perino del Vaga, complètement raphaélien dans son dessin et ses compositions; Pedro de Villegas Marmolejo, émule du précédent, Pablo de Cespedes, un peu postérieur et unissant à la qualité de peintre médiocre d'autres connaissances plus solides en poésie, archéologie, sculpture et architecture. Dans le « Levant » et particulièrement en Catalogne, la production baisse beaucoup au xvie siècle. Jaime Segarra restait encore fidèle aux influences gothiques. D'un intérêt secondaire sont les œuvres de Pedro Guitart et d'Isaac Hermes, auteur des peintures pour le grand retable de la cathédrale de Tarragone, en 1587. L'Aragon ne devance guère la Catalogne. Ses italianisants ne se distinguent pas non plus des Italiens qui y travaillaient. Valence se détache, à cet égard, de l'ensemble des autres cités « levantines », et fait présager un essor pictural. Ses relations artistiques avec l'Italie se resserraient de plus en plus. L'esprit de la Renaissance commence à prendre racines à Valence avec Fernando de Llanos et Fernando Yañez de la Almedina, déjà mentionnés en leur lieu et place. Juan de Juanes, ou Vicente Juan Macip, caractérise l'école valencienne au moment que nous étudions. Né en 1523, on suppose qu'il s'est éduqué en Italie, aux côtés de quelques disciples ou imitateurs de Raphaël. Non moins connu à Valence que Luis de Vargas en Andalousie, ce fut un pieux croyant, exerçant son art à l'instar d'un devoir religieux. En dehors des sujets de ce genre, il se fait admirer dans quelques portraits, par exemple celui de Juan de Castelvi (Musée du Prado). Sa technique et facture plastique sont italiennes, mais son sentiment religieux ne laisse pas que d'être espagnol pour une bonne part. Luis de Morales ne ressemble en rien à ses contemporains ; si bien qu'il offre une particularité marquée dans sa vie comme dans son naturel artistique. Il naquit au début du xvie siècle, et mourut en 1589. Il était originaire d'Estramadure. On le surnomma « le divin », non, comme on pourrait croire, à cause du genre de sujets qu'il préférait, mais bien de la perfection avec laquelle il les exécutait. La quantité de copies et de pastiches de lui qui circulent et qui datent de son époque même, a eu pour effet que la critique, à partir de Francisco Pacheco jusqu'à nos jours, n'a cessé de ravaler --- Deuxième article de "La Peinture en Espagne et en Portugal" Ph. Lacoste. MORALES — VIERGE À L'ENFANT Madrid, Prado.

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L'ART ET LES ARTISTES A. SANCHEZ COELLO PORTRAIT DU PRINCE DON CARLOS systématiquement son mérite. Maintenant on commence à apprécier chez Luis de Morales des qualités d'une réelle valeur et un véritable intérêt artistique. Il n'a pu être l'élève du bruxellois Pedro de Kempeneer ou Campaña, qui jouit d'un grand renom en Andalousie, où il a laissé des tableaux aussi admirables et personnels que la Descente de Croix et la Purification de la Vierge, tous deux à Séville; Morales, disons-nous, ne put être son élève, puisque Kempeneer n'apparut en Espagne que vers 1548, date à laquelle Morales avait achevé sa formation artistique. Son coloris est pauvre, mais d'une agréable finesse. Il usait de pâte et procédait par demi-teintes grâce à quoi il obtenait de délicates harmonies et des carnations suaves. Parvenu à la maturité, il réduisit le nombre des figures de ses compositions au point qu'il lui suffit d'une ou deux au plus, un peu moindres que grandeur nature, pour en imposer et captiver profondément. Pour traduire la plus intense expression de douleur, son dessin devient sec, fuyant les formes arrondies et donnant une note d'ascétisme forte et pénétrante. Plus intéressants, sans doute, étaient les peintres au service de la Cour du pieux roi Philippe II. Les goûts de celui-ci et les rapports qu'il entretint avec de grands artistes étrangers, ainsi que les préférences que lui-même témoigna en matière d'art dans la seconde partie de sa vie, sont autant de causes qui influèrent puissamment sur le développement de la peinture espagnole. Comme son père, Philippe II fut grand admirateur du Titien, à qui il commanda de nombreuses œuvres de divers genres, entre autres le portrait que fit de lui le glorieux patriarche de l'école vénitienne. Ce souverain, le premier collectionneur de peinture de son temps, fut le protecteur d'un autre artiste moins fameux, le Hollandais Antonis de Moor ou Moro, lequel inaugura la série des portraitistes officiels où figurent Alonso Sanchez Coello, Juan Pantoja de la Cruz, Felipe de Liaño et Bartolomé Gonzalez. Alonso Sanchez Coello, s'il procéda en partie d'Antonio Moro, a beaucoup d'espagnol aussi. Durant longtemps on l'a cru d'origine portugaise; le nom de Coello le fit supposer à Vincencio Carducho et à Palomino. Il est certain qu'il passa les premières années de sa vie en Portugal. De ce que l'on commence aujourd'hui à élucider d'après les documents que viennent de trouver et publieront sous peu, au Portugal, M. José de Figueiredo, et en Espagne le jeune et actif scrutateur des archives de Tolède, M. de San Roman y Fernandez, il appert, entre autres choses, que Sanchez Coello séjourna en Flandres, pensionné par le roi de Portugal Jean III. Il vint ensuite à Madrid, où il résidait en 1541. L'année suivante il se rendit avec Moro à Lisbonne et y resta jusqu'au retour du Hollandais dans sa patrie. Rentré à Madrid, il parvint à être le plus prisé des peintres de la Cour. Sa vie fut brillante et prospère, à en juger par le récit de Pacheco. Il mourut, non en 1590, mais en 1588 à Madrid. Dans son œuvre, on peut distinguer une double production: les portraits et, de moindre importance, les tableaux de genre. Dans les premiers, il imita d'abord Moro au point d'être confondu avec lui; mais bientôt, s'étant affranchi, il prend une manière personnelle qui se marque (cf. portrait du Père Siguenza, à l'Escrural) dans de très fines harmonies de couleur, indice de ce qui allait procurer une renommée impérissable à la peinture espagnole au XVIIe siècle. À l'Escrural, centre où affluaient les artistes pour travailler au service de la Cour, apparaît, en 1568, Juan Fernandez Navarrete, le « Muet », tempérament puissant qui, de ses premiers tableaux (Baptême du Christ, au musée de Prado) aux

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LA PEINTURE EN ESPAGNE ET EN PORTUGAL derniers, fit preuve de flexibilité en changeant peu à peu son style et arrivant à acquérir une liberté et une grandeur inaccoutumées. Son italianisme, florentin dans l'œuvre précitée, puis vénitien avec des touches titianesques, s'évanouit pour faire place à un sentiment plus indépendant et espagnol, à certain réalisme comme celui d'Un Martyr (Salles Capitulaires, Escurial). Juan Pantoja de la Cruz suit l'orientation de son maître et ami Sanchez Coello. Si parfois il accentue la robustesse et la sécheresse, parfois aussi, dans des portraits exécutés «de chic», il néglige un peu trop la facture, ou devient maniére à force de minutie. On dit qu'il fut habile animalier et, quoique dans ses tableaux de composition il n'aît pas su éviter la vulgarité, dans quelques-uns de ses portraits il a fait preuve qu'il connaissait à fond le métier. Celui de Philippe II, conservé à la Bibliothèque de l'Escurial, témoigne d'un savoir et d'un talent artistique hors pairs. Chez Bartolomé Gonzalez, les qualités des peintres précédents s'affaiblissent. Contemporain du maître qui, mieux que personne, eut le don de pénétrer l'âme religieuse et noble de la Castille, le «Greco» fut le tolédan Luis de Carvajal dont les œuvres, à l'Escurial et dans d'autres localités, attendent qu'on leur consacre une étude digne d'un artiste si distingué. Blas del Prado et Luis de Velasco, moins intéressants, sont cependant auteurs de toiles estimables. Tandis que le groupe des Italiens qui vinrent à l'Escurial (il y faut inclure Patricio Caxès, Vicencio Carducho, Romulo Cincinato, Federico Zuccaro et Peregrin Tibaldi, entre autres), est en général caractérisé par un éclectisme insipide, inspiré de diverses écoles, le si discuté et tant admiré Dominico Theotocopouli, le «Greco», ouvre le grand cycle de la peinture espagnole. On possède relativement peu de renseignements sur sa vie, dont le mystère, depuis que le savant professeur M.-Manuel-B. Cossio, en un livre magistral, a mis en relief la personnalité artistique du peintre crétois, fait graduellement place à la vérité, grâce aux recherches de données dans les archives de Tolède. Le «Greco» s'établit à Tolède vers l'année 1575 et y mourut en 1614. Il était déjà réputé, malgré son jeune âge, pour la «maestria» de ses premiers tableaux et quelques portraits exécutés à Venise, Rome et d'autres villes d'Italie. Ses premières œuvres à Tolède, où l'on ignore comment il arriva, furent pour le couvent de Santo Domingo el Antiguo. La principale, l'Assomption de la Vierge, qu'on admirait au centre du maître-autel et qui fait aujourd'hui l'orgueil de l'Institut d'art à Chicago, atteste, entre autres qualités, une influence vénitienne, spécialement celle du Titien et du Tintoret. La noblesse de la composition est encore étrangère au «Greco»; le coloris et la facture n'accusent pas encore la phase de son talent où cet homme extraordinaire commencera à traduire l'âme castillane de la manière la plus profonde et la plus âpre. Tout en conservant des réminiscences de Bassanno, de Barocchio, de Tintoret, plutôt dans les procédés de la composition que dans la façon de peindre, il sut peu à peu s'«espagnoliser» non pas en suivant une tradition picturale quelconque, mais en pénétrant jusqu'au fond de l'esprit espagnol, en reflétant et notant exactement les traits du tempérament et de la race. Si l'on prétend chercher parmi ses tableaux ceux qui servent de jalons pour marquer le caractère de sa production, il faut placer, immédiatement après l'Assomption précitée, le Spolium (cathédrale de Tolède), puis le Martyr de Saint-Maurice (Escurial, Salles Capitulaires), le merveilleux Enterrement du comte d'Orgaz (Santo Tomé, Tolède) et J. PANTOJA DE LA CRUZ PHILIPPE II

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L'ART ET LES ARTISTES LE GRECO — SON PORTRAIT PAR LUI-MÊME enfin l’Assomption de la Vierge (San Vicente, Tolède). La renommée que le « Greco » avait conquise dès avant 1581 lui ouvrit les portes de la Maison Royale. Appelé, en effet, pour peindre un tableau destiné à l’église de l’Escorial, représentant l’histoire de Saint-Maurice et ses compagnons de martyre, il ne réussit pas cependant à contenter le monarque. Ses hardiesses et son esprit, qui devait paraître au Roi hautement révolutionnaire (bien que s’affirment dans cette œuvre une tendance décidée au réalisme et une accentuation si intense et si expressive dans les têtes qu’on ne saurait trouver plus grand stimulant à la piété), ne pouvaient en aucune façon s’ajuster à l’art officiel, aux canons jusqu’alors reçus. Le coloris frais, où prédominaient les teintes bleues et jaunes, le dessin arbitraire et la nouveauté de la facture — il y a là un coup de lumière comme n’en pourrait souhaiter l’impressionnisme le plus exigeant — devaient forcément choquer les gens épris d’autres œuvres sans inquiétude… et sans substance. Le monastère de l’Escorial n’était pas le Panthéon approprié à la peinture du Greco. Cette peinture réclamait une autre ambiance, celle de Tolède, dont l’austérité n’avait pas le guindage classiciste, rigide et sec du temple d’Herrera. L’Enterrement du comte d’Orgaz — simple narration d’un miracle — est la page la plus grandiose et définitive qui ait été tracée dans l’Espagne au XVIIe siècle. Par sa contexture spirituelle, elle équivaut à ce qu’est le Don Quichotte pour les lettres espagnoles. Réalisme et idéalisme, les deux pôles sur lesquels pivote toute création artistique, y sont admirablement équilibrés. Dans la partie haute, la Gloire (Béatitude), le « Greco » a mis tout son idéalisme : au-dessous du trône où siège Jésus-Christ, la Vierge, les Saints, les Patriarches, les chœurs ordonnés des Archanges, spiritualisés, incorporels ; les tons clairs enveloppent cette demeure céleste. Dans la partie inférieure, représentant la scène de l’ensevelissement, les formes et la couleur, propres aux choses terrestres, accentuées et sombres, sont l’expression la plus éloquente et la plus élevée qu’on ait su donner à notre ascétisme. Cette file de têtes, au second plan, forme, en quelque sorte, le plus beau monument qu’on pût ériger pour immortaliser la noblesse et l’élégance sévères des « hidalgos », héros à la fois des campagnes que l’Espagne soutenait dans les deux hémisphères et de cette autre bataille en matière de croyances que livraient ses savants docteurs assistant au Concile de Trente et ses capitaines, terreur de l’hérésie, dans le nord de l’Europe. En dehors de ses portraits, la série du Musée du Prado, ceux des cardinaux Tavera, Niño de Guevara et Quiroga, ceux de Covarrubias, Paravicino et tant d’autres, de religieux ou laïcs, prodiges de vérité et d’exaltation, les sujets religieux suffisent à mettre le « Greco » à la place éminente qui lui revient de droit. Les figures, allongées, sont toujours des images de saints, de martyrs, de mystiques et d’ascètes, de ceux qui ne vivent pas la vie réelle, mais ont sans cesse les yeux fixés au ciel. Cet allongement s’accentue dans toutes celles qui reflètent une aspiration, un élan idéal. A mesure que le « Greco » devenait plus tolédan, sa palette, splendide et fastueuse naguère, prenait des tons plus gris, plus monotones, plus éteints, encore que parfois elle engendrait des harmonies étranges, des rafales de fulgurances éblouissantes et crues, des discordances uniques, que seule pourrait traduire la musique moderne. Cette évolution s’accompagne d’une simplification de la technique. Les somptueux carmins vénitiens vont

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LA PEINTURE EN ESPAGNE ET EN PORTUGAL se transir devant la cendre désolée des gris. D'autre part, en des crises alternant avec des périodes normales et qu'on serait tenté de prendre pour des phénomènes de déséquilibre mental, l'excitation douloureuse et tourmentée des lignes semble presque conçue sous l'empire de terribles attaques épileptiques. Mais, même dans ces désordres, subsistent des accords chromatiques dont la vue se récrée. L'Assomption de la Vierge, à San Vicente, qui correspond à ce qu'on appelle la « dernière manière », participe du caractère que nous venons d'analyser. Que l'on discute tant qu'on voudra au sujet de ses antécédents artistiques, des rapports qu'il offre avec d'autres maîtres, du byzantinisme qu'on relève dans certains de ses tableaux : il n'en reste pas moins vrai que le « Greco », dans ses œuvres les plus grandioses et typiques, et par dessus tout, est le meilleur interprète de l'Espagne seigneuriale et pieuse, et le peintre le plus sensible à l'action de notre milieu. C'est plus qu'il n'en faut pour le considérer comme Espagnol, tout au moins d'adoption, dans le sens le plus élevé du mot. Les disciples du « Greco », son fils Jorge Manuel, Fr. Juan Bautista Mayno, et surtout Luis Tristan, ne constituent pas d'école. Le premier fausse les qualités les plus saillantes de son père ; le second n'a rien de son prétendu maître ; Luis Tristan cultive une note d'ascétisme vulgaire et un coloris trop sec pour que l'on puisse rattacher sa filiation à Theotocopouli. A Valence, Francisco Ribalta, très laborieux et consciencieux, qui étudia en Italie, incarne une tendance coloriste où se fondent les influences de Sebastian del Piombo et du Corrège. C'est de Ribalta que reçut les premières leçons José Ribera, l'« Espagnolet » (né à Jativa en 1858, mort à Naples en 1656) ; la parenté entre eux deux est évidente. En Italie, Ribera puise dans les œuvres du Titien, de Paul Véronèse et particulièrement du Corrège une idée des problèmes de la peinture toute distincte de celle qu'il s'en faisait au début. Mais il n'abandonna pas complètement son premier style, et c'est ainsi que nous le voyons durant des années lutter entre le clair-obscur de Caravache, très intense, et une orientation luministe qui est, au fond, du « plein-airisme ». Son dessin, excellent, il l'a hérité des Valenciens, et aussi sa technique. « Il préférait, observe Auguste-L. Mayer, les couleurs d'un éclat profond et les carnations sévères, rougeâtres ; cela dans les commencements de son style. Son sentiment religieux, aussi sincère que passionné, est la base LE GRECO PORTRAIT DE L'INQUISITEUR CARDINAL NINO DE GUEVARRA