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--- E. GABELSBERGER À MUNICH --- PAPIERS DE GARDE ---

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E. GABELSBERGER À MUNICH PAPIERS DE GARDE

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NUMÉRO 14 NOVEMBRE 1899 L'ART DÉCORATIF R. CARNIEL A MILAN --- DU COMPLIQUÉ AU SIMPLE Il me paraît difficile de ne pas convenir — sans être anglomane pour cela — que l'Angleterre garde jusqu'ici le rang qu'elle a pris depuis vingt ans à la tête des nations, au point de vue de l'introduction du goût dans la demeure et tout ce qui y entre. Je n'entends point par là que chaque objet, pris isolément, vaille toujours mieux en Angleterre qu'en France, en Allemagne ou ailleurs. Mais si c'est l'ensemble de la demeure qu'on considère, ou bien encore, si l'on fait dans chaque pays le dénombrement des maisons où l'on respire l'atmosphère dans laquelle un homme de goût se sent à l'aise, c'est au premier que revient la palme. Voici donc un peuple réputé longtemps inférieur dans les arts et tout ce qui touche au goût, et qui, subitement, passe en tête et prend les autres à sa remorque. Le prêche des apôtres qui se sont rencontrés dans son sein, des Ruskin, des Morris, suffit-il à rendre compte d'un phénomène si rare? Non, sans doute. Alors? Alors, ce phénomène doit être le résultat de causes complexes. Lesquelles, je n'en sais rien et laisse à de plus savants le soin de les rechercher, si cela les amuse. Pourtant, il m'en apparaît une, dont il peut être intéressant de dire un mot. C'est le goût naturel des Anglais pour la simplicité. Comment ce trait de caractère les a servis en cette circonstance, je le sens plutôt que je ne pourrais l'expliquer. L'explication sortira d'ailleurs peut-être, en partie de ce qui suit. En tous cas, il est clair que la simplicité préserve de beaucoup de fautes: où l'on ne met rien que le strict nécessaire, on peut ne pas faire montre de bon goût, mais on est certain de ne pas tomber dans le mauvais. C'est déjà une raison qui, pour être moins profonde qu'une page du troisième Faust, ne manque pas de valeur. En remontant l'histoire, on voit la plus grande beauté coïncider constamment avec la plus grande simplicité. Chez les Grecs, l'harmonieuse majesté des temples doriques ne fut jamais égalée par les monuments d'ordre ionique ou corinthien. Au moyen-âge, le recueillement ressenti devant les cathédrales des douzième et treizième siècle se perd à mesure que le gothique approche du flamboyant. Partout, à mesure que l'ornement usurpe le rôle principal dans l'édifice, la beauté s'émette, l'intérêt s'éloigne de la masse pour s'éparpiller sur les unités de détail, l'impression profonde née de l'ensemble s'affaiblit et meurt. L'homme ému devant le simple fait place aux curiosités du connaisseur, derrière lequel on entrevoit vaguement la silhouette de l'amateur de bric à brac. --- L'ART DÉCORATIF. No. 14.

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L'ART DÉCORATIF Ne faut-il pas conclure de là que la beauté dépend non-seulement de causes qualitatives — si j'ose employer ce galimatias pédantesque — mais de rapports quantitatifs, encore mal définis, entre le principal et le subordonné, la substance de l'objet et ce qu'on y ajoute? Je crois fermement, pour ma part, que tout effort artistique est condamné d'avance à la stérilité, s'il ne prend cette observation pour l'un de ses points d'appui; et les exemples ne manqueraient pas pour défendre cette idée, si je pouvais m'y arrêter. Pour revenir aux Anglais, il se trouve que dans leur goût inné pour le simple et le naturel, ils ont satisfait à cette loi, consciemment ou inconsciemment. Tout leur enthousiasme pour les belles œuvres de l'art domestique, répandues à flots par les artisans surgis, comme par enchantement, des prédications de Morris, ne leur a pas fait oublier que le décor n'est en définitive, que l'accessoire. Quelle que soit l'importance du rôle des éléments décoratifs dans leurs demeures, il est toujours subordonné, bien plus, il s'efface presque devant la suprématie de l'élément architectonique. Considérez, dans un intérieur anglais, le hall avec son escalier, la salle à manger, le drawing-room: l'impression naît avant tout du plan, de la construction, des dispositions architecturales. Chaque unité du plan, les ouvertures, la cheminée, un enfoucement, est un centre d'intérêt par lui-même, uniquement par le caractère architectural de son ordonnancement (j'entends, pour qu'il n'y aie pas de méprise sur ce terme, par les relations métriques des éléments qui le constituent) et sans la moindre intervention d'éléments décoratifs, c'est à dire factices. C'est de la construction pure et simple, mais par quels excellents géomètres! Portes, fenêtres, cheminée, lambris se tiennent en un seul ensemble, coordonnés dans des rapports harmonieux; les surfaces sont distribuées attentivement, leurs grandeurs réglées en vue des fonctions et des effets demandés à chacune. L'architecte tire un parti si intelligent, si complet des moyens simples à sa disposition dans les limites de sa tâche de constructeur, que, celle-ci terminée, il ne reste pour la décoration, réduite à la portion congrue, que juste les points qu'il faut pour que le décor vienne animer cet ensemble, comme une fleur posée dans un beau vase. Lorsqu'on attribue à Morris et à ses amis MISS K. ALLEN MEDAILLES A LA NATIONAL ART COMPETITION DE 1899

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NOVEMBRE 1899 R. RIEMERSCHMID, PIANO A QUEUE (ATELIERS RÉUNIS À MUNICH) seuls la transformation du goût anglais, comme on a l'habitude de le faire, on méconnaît injustement l'importance de la part des architectes à cette œuvre. En s'appliquant, beaucoup plus que les nôtres, à l'étude de l'intérieur, les architectes anglais ont donné à leurs compatriotes les moyens de faire le juste et raisonnable emploi des matériaux artistiques créés par les artisans que Morris a fait surgir. D'autre part, l'importance que les Anglais accordent — avec raison — à ce qu'ils ont nommé la «sanitation», la science sanitaire, agit dans le même sens que leur sobriété de goûts pour réduire au minimum les inutilités décoratives dans leurs maisons, et les porter à rechercher en tout, dans celles-ci, le solide, le durable, le propre, le réellement confortable au clinquant. Il y a donc toutes sortes de raisons de trouver que le goût des Anglais pour la simplicité a d'heureux résultats. Cela convenu, je pense tout le premier que nous faisons bien de ne pas vouloir les copier. Nous avons notre tempérament, d'autres goûts, et ce sont ceux-ci que nous devons consulter. Mais nous pourrions du moins canaliser notre penchant à tout enjoliver, le diriger avec plus de discernement que nous ne faisons, mieux choisir les occasions de l'exercer. Il n'est pas indispensable au bonheur que tous les objets autour de nous, chaque décimètre des surfaces sur lesquelles nos yeux tombent soient «artistiques» c'est-à-dire, dans l'acception vulgaire, ornés d'images bonnes ou mauvaises de fleurs, de fruits, de femmes ou de tire-bouchons. La vie est possible, elle peut même être belle sans cela. Chaque chose à sa place, une place pour chaque chose, et surtout, modus in rebus! Aimons les belles choses, mais fuyons le fatras artistique, de même que nous fuyons le fatras scientifique, le fatras philosophique. C'est aussi dans notre caractère, cela. En France, la transformation du goût commence à peine, et n'a pas l'air de vouloir marcher vite. C'est peut-être autant un bien qu'un mal. Notre routine, qui nous laisse souvent en arrière

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L'ART DÉCORATIF du progrès, est cette fois un préservatif contre les insanités qu'on voit surgir à droite et à gauche sous prétente de rénovation de l'art. D'ailleurs, la tâche n'est pas seulement de trouver ce qui n'existe pas encore, elle consiste d'abord à éliminer ce qui est de trop dans l'existant. Pour parler un langage concret, le goût, et même la raison, peuvent-ils approuver qu'on réunisse, qu'on entasse dans un même intérieur des éléments qui tous, sans exception, depuis les murs et le plafond jusqu'au dernier bibelot, disparaissent sous une formule décorative à peu près uniforme, ne conservant ainsi plus de forme à eux, plus de caractère à eux, plus rien qui distingue essentiellement leur mode d'effet sur nous de celui de l'objet voisin? Qu'est-ce que les grands artistes inconnus, auteurs des temples doriques dont je parlais tout-à-l'heure, ces Grecs dont nous sommes fiers de réclamer la succession penseraient de cela, s'ils pouvaient revenir pour un jour en ce monde? Les formules purement décoratives, quelles qu'elles soient, les bonnes comme les mauvaises, engendrent vite la lassitude par leur répétition; répétition inévitable parceque les imaginations assez puissantes pour en créer de nouvelles n'apparaissent que de loin en loin. Le chapiteau corinthien — je reprends cet exemple — est incontestablement une belle formule décorative; mais de le voir sur la façade de chaque édifice, de chaque maison, cent fois en un quart d'heure, on en a la nausée. Le chapiteau dorique, qui n'a pas de décor, ne fatigue pas ainsi. Vous pouvez vous promener indéfiniment entre deux colonnades de cet ordre sans que votre œil s'en ennui autrement. Il n'y a qu'une chose qui ne lasse jamais, c'est le simple, parceque le vrai n'est jamais que dans le simple. Dans peu d'années, les nouvelles formules décoratives paraîtront aussi fastidieuses que celles d'antan, si nous les prodiguons à tort et à travers, si nous en affublons indistinctement toutes choses avec lesquelles elles n'ont aucun rapport. Le premier pas vers un art domestique moderne doit être d'établir plus nettement le caractère de ceux des éléments de nos intérieurs qui sont d'ordre purement constructif; de les débarrasser des superfluités d'une soi-disant décoration à contre-sens, d'en raffermir les formes émasculées par la trop tyrannique domination du style Louis XV. Les lignes de ce style sont d'origine orientale, dit-on: c'est-à-dire qu'elles représentent les instincts, et peut-être les nécessités matérielles de races bien différentes de la nôtre. Je ne vois pas du tout que le Louis XV soit, dans le passé, le style français par excellence, comme on le prétend souvent; il m'apparait au contraire comme une exception presque inexplicable, une anomalie dans l'enchaînement de nos styles qui tous, depuis Clovis presqu'à Napoléon, sauf cette seule exception, ont toujours eu pour base la ligne droite. Dans le gothique aussi bien que dans le roman et dans le néo-romain, tout support est rectiligne. En tous cas, si l'on veut partir du Louis XV pour rechercher de nouvelles formes, il faut en régénérer les lignes par une transformation profonde; ce n'est qu'à cette condition qu'elles peuvent entrer dans la construction. Ici, bien qu'en commençant ces article, je ne me fusse point proposé d'entretenir le lecteur de personnalités, je ne peux n'empêcher de citer le nom d'un homme qui fait, selon moi, l'œuvre artistique la plus nécessaire à la France en ce moment, parceque cette œuvre répond exactement au programme que je viens d'exposer: celui de M. Ch. Plumet. De quelle que façon qu'on apprécie le degré du bonheur avec lequel il accomplit chaque point de cette tâche, il revient en tous cas à M. Plumet l'honneur — et ce n'en est pas un mince — d'orienter le premier le goût français vers l'avenir dans une voie de logique et de raison, en restant dans les traditions nationales. Dans un article précédent de cette revue, j'écrivais cette phrase: «Peu d'artistes ont de l'art domestique une conception si juste que MM. Plumet et Tony Selmersheim; la dose de décoration sculpturale et picturale convenant à un intérieur, et à chacun des objets qui le composent est réglée par eux avec la sûreté du chimiste pesant les ingrédients d'un mélange sur la balance de précision.» Qu'on me permette de la répéter ici, parcequ'elle précise un des grands mérites de l'œuvre de ces artistes, et fixe le point d'intérêt général sur lequel je voudrais appeler très particulièrement l'attention. Quelle que soit la valeur — et elle est grande — des travaux des artistes qui se sont tournés depuis quelques années vers l'art décoratif, ces travaux resteront à l'état d'unités isolées et n'auront pas de résultat général aussi longtemps que les architectes n'auront pas établi chez nous — comme ils l'ont fait en Angleterre — le cadre dans lequel ces travaux doivent trouver leur juste et raisonnable place. Qu'on fasse des étoffes, des papiers peints, des meubles, des vitraux, des bronzes intéressants, parfait; mais avant tout, qu'on prépare le milieu dont ces belles choses ne sont que les accessoires; accessoires nécessaires, mais inutilisables en bonnes conditions autrement. Notre architecture d'intérieurs a besoin d'être réformée autant que celle des façades.

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NOVEMBRE 1899 Il n'est certes par facile aux architectes de changer les déplorables habitudes existantes, de briser la routine des modèles commerciaux, et, s'il s'agit de maisons de rapport, de convaincre leurs clients qu'il n'en coûte pas plus de construire des intérieurs décents que hideux, et que les locataires ne manqueront pas plus aux bonnes installations qu'aux mauvaises. C'est même, chez nous, une des tâches les plus difficiles qui se puissent imaginer. Mais il le faut; autrement, ce ne serait guère la peine de parler d'art moderne. G. M. JACQUES LE GOÛT PUBLIC Mobilier de salon — Style esthétique — les 7 pièces — 345 francs. En lettres énormes, ces étiquettes s'étalent aux vitrines des grands magasins où l'on vend au public des articles en tous genres, cravates La Vallière ou buffets Henri II, dernières créations de la maison. Et, placés là, devant ces meubles baroques et saugrenus, ces beaux mots de Style et d'Esthétique, expressions des plus hautes et des plus nobles idées d'art, font songer, non sans tristesse, aux cartes de visite des chanteurs de beuglants: «Matuva, artiste lyrique». Art, Lyrisme, Style, Esthétique!!!! Pauvres beaux mots! Vous serviez jadis à désigner les plus élevées des conceptions humaines; aujourd'hui, tombés aux mains de nos bons cabotins en tous genres, vous n'êtes plus, hélas, compris de ceux là même qui se servent de vous, et déjà l'on n'ose plus vous employer à votre exacte valeur, de peur de n'être pas compris. Ainsi songent les hommes de bonne volonté, devant les impudentes étiquettes des grands magasins. Quelle rage ont donc les gens d'aujourd'hui de profaner les mots et les choses? Pendant longtemps, ils ont châtré, en des productions hybrides, les styles des époques révolues, ils ont massacré, tordu, déformé, pour les faire entrer dans nos mesquines demeures, des lignes et des formes, qui, belles et justes quand elles furent créées, étaient devenues inapplicables à nos mœurs transformées. Pendant qu'ils opéraient ainsi, il y avait pourtant, de ci, de là, quelques penseurs qui osaient ne pas se montrer entièrement satisfaites. Viollet-le-Duc, d'abord, qui, sans prévoir d'une façon précise les tentatives de l'art décoratif moderne, prêchait déjà le retour aux constructions rationnelles des époques ogivales, mais en n'en retenant que ce principe de la forme adéquate à la convenance, car, disait-il, les créations d'alors fussent-elles mille fois plus belles encore qu'elles ne le sont, nous devrions nous garder de les copier servilement, puisque, ces KELLER & REINER A BERLIN • CREDEENCE EN CHÊNE TEINTÉ AVEC DOS EN CARREAUX CERAMIQUES

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L'ART DÉCORATIF formes étant l'émanation de goûts et de tendances différents des nôtres, nous n'aboutirions, dans cette voie, qu'à la froide stérilité des pastiches sans âme et sans vie. Puis ce fut, en Angleterre, la courageuse tentative de William Morris et du petit groupe d'artistes qui l'entourait. Ceux là, déterminant nettement leur point de vue, s'imposèrent le devoir de créer, pour les objets d'usage courant, des formes simples et harmonieuses, accusant franchement la destination de ces objets et les matières employées à leur construction. Les premiers temps furent durs; puis, lentement, la raillerie et l'indifférence du début se calmèrent, tandis que, de ci de là, les bonnes volontés surgissaient; mais dans leur pays seulement, car le Continent ignorait leurs tentatives autant que si elles eussent eu lieu en la plus lointaine des planètes: les vagues Renaissances et les faux Louis XV suffisaient toujours à calmer nos plus grandes fringales de beauté. Enfin, un beau jour, ces idées passèrent la Manche, et sous le nom de meubles anglais, de velours anglais, de papiers anglais, les produits de cet art s'installèrent chez nous, timidement d'abord, puis, bientôt, partout et au grand soleil. Faut-il s'en féliciter? Faut-il s'en plaindre? L'avenir nous le dira, mais il serait bien téméraire d'en vouloir juger aujourd'hui, car si ces nouveautés ont suscité chez nous quelques chercheurs réellement épris de la beauté simple et pure des formes rationnelles, ce mouvement, transplanté dans nos pays depuis quinze ans à peine, a dévié déjà d'une façon stupéfiante. Sous des titres prétentieux: genre anglais, style moderne, style esthétique, on voit surgir de toutes parts les formes les plus saugrenues, les lignes les plus malencontreuses, les compositions les plus vides de sens qu'il ait jamais été donné de contempler à aucune époque. La mode, cette chose futile et changeante qu'on appelle la mode, la mode idiote, s'est emparé de la noble tentative de quelques esprits d'élite. Hélas! qu'en a-t-elle fait!! Tous ceux pour qui le but suprême était, hier encore, de copier plus ou moins mal les planches que leur envoyait, périodiquement et à bon compte, une publication quelconque, se sont, du jour au lendemain, érigés en fabricants de style moderne, et, sans connaître les lois les plus essentielles de la composition décorative, font voir le jour à de prétendues créations, où s'entremêlent, sans le moindre trait d'union, les formes de jadis et quelques détails empruntés aux plus médiocres des tentatives modernes, (l'iris et le tournesol stylisés, par exemple, qui, grâce à ces gens là, sont devenus déjà plus rebattus que les rocailles Louis XV ou les cartouches Renaissance.) Les matériaux employés hors de propos, les lignes déformées sans raison, les enchevêtrements de courbes abracadabrantes s'étalant partout à tort et à travers, voilà tout ce qu'ils ont tiré des idées simples et justes qui avaient été le point de départ de William Morris. Et le plus triste, c'est que le public achète cela; et non seulement il l'achète, mais, insuffisamment éclairé, il le confond avec les tentatives sérieuses et réfléchies, tant et si bien que si l'on n'y prend pas garde, et peut-être même malgré qu'on y aura pris garde, le goût des masses, toujours tenté par le clinquant et le bon marché, finira par préférer ces élucubrations aux créations vraiment rationnelles, et replongera, pour combien de temps encore, l'éclosion de la beauté vraie aux gouffres du néant. Puissé-je me montrer mauvais prophète; mais il est un fait indéniable pour ceux qui s'occupent effectivement et d'une façon sincère de la mise en pratique des idées modernes: c'est que le public ne s'est pas arraché au goût des styles anciens sous l'influence d'idées précises et raisonnées, mais par pur caprice, et simplement pour suivre la mode. S'il a cessé d'aller à reculons ou de piétiner sur place, s'il s'est

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NOVEMBRE 1899 remis à marcher en avant, il le fait sans but déterminé, sans direction précise. On ne s'en aperçoit que trop aisément quand on doit, tous les jours, s'efforcer de concilier les goûts de ce public avec les lois de la Beauté et les exigences de la raison. Si amoureux du beau que soit un producteur, il n'osera cependant jamais rompre en visière à sa clientèle, et les mauvaises influences, constamment renouvelées, peuvent inspirer une direction néfaste aux meilleures intentions. La partie est engagée: d'un côté sont les véritables novateurs, secondés par une connaissance approfondie de l'art et par une volonté ferme et raisonnée, de l'autre sont les ignorants guidés par le seul amour du lucre, soutenus par leur suffisance immuablement satisfaite d'elle même et par leur absolu dénuement de scrupules artistiques. Entre eux deux, le public flotte, inconscient. L'éducation du public, et, en même temps des fabricants qui pèchent surtout par ignorance, est le seul remède possible à cet état de choses. De divers côtés, on l'a compris, et des efforts de vulgarisation sont tentés un peu partout. Mais, malgré le travail dépensé et la puissance d'action acquise par les revues et les sociétés fondées dans ce but, il faut bien reconnaître que la grande masse du public est à peine effleurée par ce courant d'idées, tandis que les réclames brutales et poussées jusqu'à l'obsession des marchands ont sur la foule une action puissante et immédiate. GEORGES ISTA LA NATIONAL COMPETITION DE 1899 La fin de l'année est marquée, dans l'évolution des arts appliqués en Angleterre, par deux événements sensationnels: la National Competition et l'Exposition quatriennale des Arts and Crafts. Nous ne nous occuperons aujourd'hui que de la première de ces deux expositions. Chaque année, par la sollicitude d'un gouvernement particulièrement soucieux d'encourager avec intelligence et largesse tous les enseignements artistiques, a lieu au musée de South Kensington une exposition d'ensemble des travaux les plus marquants de toutes les écoles d'art. C'est là un peu en art comme notre concours général de dissertation ou de version latine. Toutes les écoles d'art y prennent part, depuis celles d'Edinburgh ou de Glasgow jusqu'à celles de Birmingham, de Dundee ou de Liverpool, cette dernière marquant tout particulièrement par l'emprise qu'a su lui donner cet admirable, délicat et poétique artiste Anning Bell. Il faut donc, par cela même que nous nous trouvons devant des travaux d'élèves, savoir choisir parmi les très nombreuses œuvres exposées et reconnaître que beaucoup d'entre elles sont assez médiocres et ne méritent même pas notre curiosité. Cependant, même dans celles-là, on peut reconnaître l'intelligence d'un enseignement qui laisse la personnalité de chaque élève se développer suivant son tempériment ou ses goûts, et auquel on se contente de donner des conseils efficaces sur le parti qu'il peut tirer de telle ou telle matière, au lieu d'endiguer cette personnalité, ainsi que cela est le cas dans nos écoles d'art décoratif. Dans son ensemble, le résultat se ressent de l'intelligence de cet enseignement! Si l'on réunissait un certain nombre d'œuvres de nos écoles officielles de Paris et de province, il serait facile de voir que nous empêchons justement de toutes nos forces ce que nos voisins

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L'ART DÉCORATIF cherchent à développer. Quel est le professeur qui oserait chez nous laisser à ses élèves une liberté relative, et les orienter vers des formes nouvelles? Mais pénétrons plus avant dans l'Exposition. Nous y noterons d'abord les illustrations de livres, qui sont cette année particulièrement charmantes et où ces artistes se révèlent sous le jour le plus intéressant. Deux éléments nous y séduisent: l'art de la composition et une science approfondie du dessin. Il faut reconnaître en effet que l'enseignement du dessin est beaucoup plus poussé en Angleterre que chez nous, et cela est tellement vrai, que lorsqu'un artiste comme Spicer-Simson, par exemple, vient se fixer parmi nous, il est aussitôt très remarqué, à cause même de cette technique qui nous manque trop souvent. Les projets de vitraux ne se maintiennent pas à la même hauteur. Ils ne me paraissent pas toujours compris dans un sens assez largement et simplement décoratif et nous assistons trop souvent à des complications par trop inutiles. Du reste la réussite d'un vitrail dépend tellement de la matière dans laquelle il sera exécuté, qu'il est difficile de se faire d'après un simple dessin une idée exacte de ce que sera l'œuvre définitive. Quelques projets de meubles sont à retenir. M. George Ellwood, de Holloway, que nous avions déjà remarqué en 1897 nous donne des projets très poussés, et pleins de trouvailles heureuses pour une chambre. J'aime beaucoup aussi le dessin d'armoire de M. Sydney Cooper qui est peut être un peu rudimentaire, mais d'une heureuse construction. On le sent établi comme un vigoureux morceau d'architecture, et c'est pourquoi nous lui pardonnerons peut être sa trop excessive simplicité. Deux élèves de South-Kensington, MM. Duxbury et Theaker se sont attaqués avec habilité à des décorations pour un piano; et il faut leur savoir gré de transformer ainsi pour le plaisir des yeux le décor du piano, trop souvent négligé. Je ne me souviens pas en effet avoir vu cette année au Salon une seule tentative dans ce sens; et c'est grand dommage. Mais revenons à la National Competition. Il est une critique qu'on ne manquera pas de faire à une exposition comme celle-ci, de même qu'on pourrait la formuler au sujet de l'exposition des travaux de l'Ecole Guérin: la plupart des élèves ne nous montrent que des dessins. Or, devant ces dessins, si habiles qu'ils soient, ne sommes-nous pas portés à craindre que les exposants, si parfaitement à l'aise devant une surface plane, ne réussissent pas dans le relief? Même avec M. Sydney Turner ou M. Ellwood (quoique nous nous trouvions là devant de très parfaits craftsmen), on peut se demander avec quelque hésitation si l'exécution sera à la hauteur du projet. L'esthétique, réalisée dans certaines de ces études, n'est pas tout; nous avons le droit de demander autre chose encore à un meuble usuel, et il ne sera vraiment complet que lorsque ce double but sera atteint. De là le sentiment d'indécision que nous éprouvons à juger certains envois. Par contre, notre critique disparaît devant d'autres, car la National Competition contient dans d'autres domaines de l'art appliqué des œuvres achevées. Tels, par exemple un certain nombre de bonnes tapisseries, d'une facture très serrée, et des papiers peints d'un décor souvent trop naturaliste, parmi lesquels ceux de Ernest H. Simpson (de Leeds) et de M. Frederick Brown (de Chelsea). Beaucoup de jeunes artistes anglais se sont efforcés de nous donner des formes nouvelles d'objets usuels trop longtemps méprisés, théières, cafetières, cuillers etc., effort louable que l'on ne saurait assez encourager. Miss Pemberton (New Cross) a exposé des boutons d'une jolie qualité d'émail; M. F. G. Wood donne une coupe pour un prix de FootBall qui tranche assez heureusement avec le banal objet d'art du genre. De M. William Batchelor nous avons un bon miroir sculpté; de Miss Dorothy Smith (Glasgow) des bas reliefs; de M. Bert Alvey des panneaux peints célébrant la légende de Pelléas et de Merlin. Tous ceux qui ont parcouru avec quelque curiosité la National Competition n'auront certainement pas manqué de constater quelle sensation d'ensemble, d'effort général se dégage de ce tout, et c'est là le bénéfice que nous pourrions tirer en France d'expositions comme celles-là, si nous savions nous assimiler ce qu'il y a de bon chez nos voisins, et regarder de plus près cette organisation intelligente et puissante des écoles d'Art du Royaume-Uni. Certes nous avons chez nous des personnalités que nous pourrions opposer avec succès à celles de nos voisins. Malheureusement les efforts de ceux-ci sont trop disséminés. En Angleterre le gouvernement les soutiendrait, songerait à les utiliser pour l'enseignement certaines de ces forces. Chez nous on les ignore pour ne placer bien souvent dans nos écoles d'art que les plus tristes nullités. Mais qu'importe! L'évolution s'accomplira quant même, par ce qu'elle doit s'accomplir. Tôt ou tard il faudra bien que l'on admette officiellement l'art décoratif moderne dans ce qu'il a de meilleur. Nous ne demandons pas autre chose. HENRI FRANTZ

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NOVEMBRE 1899 EDOUARD LEWICKI ARCHITECTE À PARIS PROJETS DE GARES DU CHEMIN DE FER MÉTROPOLITAIN ÉDICULES D'ACCÈS AUX GARÈS INTERMÉDIAIRES (TYPE A) GARE DE LA BASTILLE (TYPE B) L'ART DÉCORATIF. No. 14.